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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 12:28
Dominique ROCHER : Un portrait.

Née à Alençon (orne) le 6 juillet 1929, Dominique Rocher a suivi des études d'infirmière et a collaboré comme journaliste à un quotidien du Sud-ouest, ainsi qu'à la revue Rencontres Artistiques et Littéraires dont elle fut directeur artistique. Deux statuts professionnels dont elle se servira plus tard lors de la rédaction de ses romans.

Elle a vécu à Paris, à Angoulême en Charente puis est revenu à Paris au début des années 1960 et s'est installée définitivement en proche banlieue parisienne. Mariée à André Rocher, journaliste, lui-même auteur au Fleuve Noir de quelques romans dans la collection Angoisse sous le nom de Michel Saint-Romain.

 

Si la littérature l'a fait toujours habitée depuis sa naissance, c'est le sentiment d'angoisse qui a géré sa vie et en est resté une quotité intégrante. Ce qui explique une partie de son œuvre marquée par la production de romans justement publiés dans la collection Angoisse du Fleuve Noir. Sa carrière littéraire débute avec la parution d'un roman historique, Le Désert rouge, dans la collection Alternance des Editions du Scorpion en 1959. Roman ayant pour thème la campagne d'Egypte de Bonaparte.

Suivront quels ouvrages sur commande, ésotériques pour la plupart, concernant l'interprétation des rêves (Le langage universel des rêves aux Editions de L'Olivier d'Argent sous le pseudonyme de Noémie Quid en 1984), les rites magiques, deux romans de suspense aux éditions Rive Droite, La voix du seppuku et Doublé Fatal, ainsi qu'un ouvrage de médecines naturelles chez le même éditeur, et de nombreuses nouvelles publiées dans des recueils collectifs au éditions du Choucas, aux éditions Cheminements, à l'occasion du Salon du roman Noir de Cognac ou par l'association L'Ours Blanc dans la revue Les Chemins de traverse.

Mais c'est bien dans la Collection Angoisse du Fleuve Noir que Dominique Rocher s'est pleinement exposée et exprimée, en créant le personnage du docteur Saint-Christol pour deux romans dans la collection Angoisse. Mais il n'est pas le seul médecin présent dans les romans publiés dans cette collection.

Et par la suite, ce sera le personnage de la Rouquine, l'infirmière Olga Vincent qui opérera notamment en Afrique dans quelques romans publiés chez Lulu.com ou Manuscrit.com.

Et pourquoi de la littérature populaire ? Dominique Rocher me répondait lors d'une correspondance épistolaire : La littérature populaire est à l'image de la vie, pleine de suspense. Enigme de la naissance, de notre destinée. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Qu'est-ce qui nous attend au tournant... et à la fin de notre vie ? Peut-être une façon de se rassurer. Dans le roman de suspense, l'énigme est en général résolue. A l'image de celui ou de celle qui choisit la carrière médicale dans l'espoir inconscient de vaincre la mort.

Concernant l'angoisse Dominique Rocher déclarait à Olga Georges-Picot dans le Bulletin Fleuve Noir Information N°67 de septembre 1970 :

Pourquoi écrivez-vous?

Pour oublier mon angoisse.

Quel événement de votre vie vous a poussé à écrire ?

Ma naissance. L'angoisse fait partie intégrante de l'aventure humaine. Comme tout le monde je suis née avec elle.

Qu'est-ce que l'angoisse pour vous ?

Une bête sauvage dont il faut faire un animal familier.

Dominique Rocher, qui êtes-vous réellement ?

Une toute autre personne que celle que j'ai essayé de vous faire entrevoir. L'angoisse en fait, c'est de se sentier toujours à côté de la question. A côté des gens, à côté de l'amitié, à côté de l'amour.

Vous m'aviez dit qu'il restait l'humour ?

C'est une erreur. L'humour, en réalité, n'est qu'une forme subtile de l'angoisse. Elle est partout, en somme. Si vous le rencontrez et si vous avez de la chance de la reconnaître, faites-lui un sourire. C'est encor le meilleur moyen de vous en tirer.

L'humour est toujours présent dans les romans de Dominique Rocher, principalement dans ses romans de suspense. Car outre les arts martiaux, c'est bien vers l'humour anglais et l'humour noir que vont ses préférences.

Et qu'en est-il de l'inspiration ?

A cette question Dominique Rocher répondait dans Fleuve Noir Information N°117 de septembre/octobre 1975 :

L'inspiration naît au cours de lectures, au hasard de faits quotidiens qui, soudain, déclenchent une émotion. Grâce à cet élément émotif, les objets ou les êtres prennent une autre dimension. Ils bénéficient d'un éclairage nouveau qui les transposent dans une autre réalité, tout aussi vraie, à laquelle s'ajoutent l'insolite et le poétique. Chaque auteur transparait dans ses romans et aucun humain n'étant semblable, chaque œuvre est forcément différente.

J'avais eu le plaisir de faire la connaissance de Dominique Rocher lors d'un salon organisé dans l'enceinte de la Bilipo. Nous avions correspondu et sachant que Philippe Ward recherchait des auteurs ayant œuvré au Fleuve Noir, je lui avais fourni ses coordonnées. Et le 1er décembre 2004, Dominique Rocher m'annonçait qu'elle devait être éditée chez Rivière Blanche en avril 2005. Ce qui fut fait et un second suivi quelques années plus tard.

 

Dominique Rocher s'est éteinte le 13 septembre 2016, faisant don de son corps à la science.

Collection Angoisse :

167 : Délire (1969)

174 : Boomerang (1969)

179 : Les Voyances du Docteur Basile (1970)

186 : Le Pacte du sang (1970)

198 : Le Docteur soigne la veuve (1971)

209 : L'Homme aux lunettes noires (1971)

221 : Le Monstre sans visage (1972)

231 : Humeur rouge (1973)

257 : La Clinique de la mort (1974)

 

Collection Anticipation :

685 : La Nuit des Morphos (1975)

 

Voir les ouvrages de Dominique Rocher chez Rivière Blanche ici :

Autre site utile à consulter :

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 13:43

Pas toujours facile à négocier...

 

Emmanuel VARLE : Dernier virage avant l'enfer.

Les témoignages d'anciens détenus sur la vie quotidienne en prison abondent, et pourtant, un de plus n'est pas superflu. Sauf que...

A soixante-dix-sept ans, Roland Mertonnier, né le 15 février 1939 dans le cinquième arrondissement parisien a passé trente-six années de sa vie enfermé dans une cellule. En plusieurs fois, je précise. Au moment où il nous délivre son message, des tranches de vie, des anecdotes, des ressentis, des analyses, des souvenirs plus ou moins heureux, des coups de gueule, dans un patchwork narratif, cela fera douze ans qu'il n'a pas connu l'évolution extérieure.

Que faire quand on est isolé dans sa cellule ou qu'on veut échapper à la promiscuité forcée avec des individus pas toujours très reluisants, aux sarcasmes et vexations des matons ?

Ressasser ses souvenirs, son parcours, étayer les jalons de sa vie ou se réfugier dans la lecture.

Car Roland lit, c'est un peu tout ce qui l'intéresse coincé entre ses quatre murs et des barreaux pour seul horizon.

C'est ce qui fait que je suis encore en vie, la lecture. Sans livres, la vie m'apparaîtrait définitivement terne, comme une fleur fanée. Le livre est le meilleur moyen d'évasion quand vous êtes entre quatre murs.

Pourtant il aurait pu connaitre un autre destin. Celui d'un enfant gâté, fils de bourgeois. Il a préféré marcher à l'ombre, étant d'un naturel rebelle. Il trimballe derrière lui un passé de délinquant, ayant commencé ses frasques tout jeune, alors que rien ne le prédisposait à devenir un braqueur.

Alors les gardes à vue, il connait. Pourtant cela a évolué, il parait.

Avant de se retrouver en cabane, il y a des étapes. La garde à vue en est une. J'ai toujours détesté les gardes à vue. Maintenant, ça a un peu évolué. Un avocat pointe son nez dès le début et les flics cognent moins. Leur façon de te baiser la gueule, c'est la procédure. Ils te font des sourires et t'enfoncent.

Et quand tu es innocent de ce qu'ils t'accusent ? C'est pareil, et si tu s faible, tu avoues. Mais ça, c'est pas dans l'histoire de Roland.

Ce qu'il n'apprécie pas non plus, ce sont les façons de procéder des surveillants. Et les exemples ne manquent pas.

Il est comme ça, Roland, il saute du coq à l'âne, une anecdote en appelle une autre, tout s'enchaine, et les digressions ne manquent pas de sel. Il est vrai que les occasions de s'amuser sont réduites à leur plus simple expression. Ainsi les oiseaux. Un détenu voulait installer une volière, demande qui lui a été refusée, bien évidemment. Un de ses compagnons d'infortune a possédé un canari. Mais la méchanceté n'est jamais bien loin. Les détenus perdent en général leur humanisme en compagnie des matons.

Roland s'est trouvé un ami, une pie. Elle venait lui rendre visite de temps à autre. Mais une pie n'est pas un volatile comme un autre. D'abord, il est de notoriété publique qu'une pie bavarde. Ce n'est pas pour autant qu'elle est cafteuse. Et la vie possède un autre travers. Elle est réputée pour être voleuse. Alors une pie qui s'invite en prison, cela semble presque logique, non ?

Roland peut choquer parfois dans ses déclarations, dans ses pensées. Il est raciste, il l'avoue. Il ne regrette rien, même s'il a cabossé sa vie de façon délibérée. C'est son choix et il l'assume.

Mais ce n'est pas pour autant que les détenus doivent cohabiter dans la saleté, être les têtes de Turc de matons tatillons et sadiques. S'ils sont en prison, je parle des gardiens et des surveillants, il l'ont choisi, personne ne les a forcé à embrasser ce métier. Alors pourquoi déverser leur haine envers des êtres qui purgent une peine, souvent méritée ? Les détenus se chargent de faire régner leur propre loi à l'intérieur des établissements. Et ils l'appliquent à leur manière, souvent expéditive. Les affinités existent, mais les rejets également. Surtout envers les pointeurs, ceux qui s'attaquent aux femmes et aux enfants. Et ceux-là sont les bêtes noires des détenus.

Roland reçoit depuis quelque temps un visiteur de prison. Un jeune homme nommé Timothée. Un rouquin qui fait partie d'une association. Il ne vient pas souvent, il s'incruste toutefois. Il lui offre de petits cadeaux, par exemple des livres écrits par d'anciens détenus narrant leur condition de vie en tôle. Roland ne comprend pas ce geste.

Mais revenons à ma première phrase.

Les témoignages d'anciens détenus sur la vie quotidienne en prison abondent, et pourtant, un de plus n'est pas superflu. Sauf que...

Sauf que l'auteur est un ancien commissaire de police en retraite, possédant le grade de Commandant fonctionnel. Et c'est là que réside toute l'ironie de ce récit romancé. Il se place de l'autre côté de la barrière et décrit les conditions de vie, ou de survie, d'un détenu, lui qui a eu l'occasion d'en envoyer plusieurs au cours de sa carrière derrière les barreaux. Et c'est sans complaisance qu'il narre la descente aux enfers d'un jeune loubard qui a pris de l'envergure et décrit avec une précision clinique les conditions de détention d'un prisonnier. Sans complaisance non plus qu'il peint les conditions de détention, conditions parfois ignobles. Et l'on s'étonne après que quelques révoltés prennent des surveillants en otage, mettent le feu et dégradent tout. De toute façon tout est dégradé, alors, un peu plus un peu moins...

Emmanuel VARLE : Dernier virage avant l'enfer. Collection Crimes et Châtiments N°71. Editions Les Presses Littéraires. Parution le 22 septembre 2016. 446 pages. 14,00€.

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 14:42

Une histoire qui n'est pas tirée par les cheveux...

Nils BARRELLON : La lettre et le peigne.

Reich est en déconfiture. La ville est en ruines, l'aviation alliée ne lésinant pas sur ses frappes. L'armée russe déferle dans les rues, parmi les décombres.eBerlin. Avril 1945. Le III

Anna Schmidt, une jeune femme épuisée, s'est endormie dans l'encoignure d'un porche. Elle est recueillie par une habitante du quartier qui l'emmène dans un cave où se sont réfugiés les locataires d'un immeuble. Un grand nombre de femmes, de vieillards et d'enfants sont agglutinés dans cet espace confiné. Dehors les Russes avinés, les Ivan comme ils sont surnommés, patrouillent. Certains d'entre eux s'infiltrent dans la baraque et choisissent des jeunes filles et jeunes femmes, dont Anna, pour procéder à une relation charnelle sans payer.

8 septembre 2012. La capitaine Anke Hoffer, de la BKA (police fédérale), habitant Wiesbaden, soit à six-cents kilomètres de Berlin, a été appelée à Berlin au Musée historique allemand. Un crime vient de s'y commettre. Le gardien de nuit a été retrouvé dans un local interdit au public. D'après les caméras de surveillance deux hommes cagoulés se sont introduits nuitamment dans l'établissement. Cet homme se trouvait au mauvais endroit. Car pour accéder à l'objet de leur convoitise, les deux meurtriers devaient passer par ce vestiaire. Ils ont dérobé un peigne en ivoire, banal en apparence, sauf qu'une croix gammée et les initiales A.H. étaient gravées dessus. A.H., comme Adolph Hitler.

A Berne, Bernd Wagner, le président de l'Aurore Blanche, un groupe extrémiste néo-nazi, peut se frotter les mains. Son futur gendre vient de réaliser l'opération peigne, celle qui décoiffe, avec brio, en laissant toutefois un cadavre sur le terrain. Mais une autre opération doit être réalisée afin de contenter son mystérieux correspondant.

Quelques semaines plus tard, à Francfort, Jacob Schmidt, un musicien de jazz, sort de l'établissement dans lequel il joue en compagnie de quelques amis. Il est accompagné d'Ann, mais comme il est légèrement pompette, pour ne pas dire plus, elle préfère rentrer chez elle et ne pas passer la nuit avec lui. Il est agressé près de chez lui. Il s'en sort mais sa guitare est vraiment mal en point. Il décide de porter plainte ne serait-ce que vis-à-vis de l'assurance. Son interlocuteur au commissariat n'est guère intéressé et convaincu par cette histoire d'agression, mais prend toutefois la déclaration. La capitaine Anke Hoffer qui travaille à un bureau proche, entend quelques mots et est fortement intriguée et intéressée par les propos de Jacob. Elle s'occupe d'un autre dossier, l'affaire précédente ayant été classée, mais ce qui vient d'arriver à Jacob pourrait bien posséder une corrélation avec le vol et le meurtre au musée.

 

 

Mais entre 1945 et 2012, de nombreux événements ont marqué la vie d'Anna Schmidt et les déboires de Jacob. D'abord la naissance de Joseph, le fils d'Anna, et ses pérégrinations afin de trouver un appartement où vivre décemment. C'est par l'entremise d'un cousin, le seul représentant d'une famille anéantie, qu'elle peut se loger. Elle lui remet une lettre à donner plus tard à Joseph au cas où celui-ci se sentirait un jour en danger. Les années passent. Joseph se marie avec une Française et ils ont un enfant, Jacob. Le ménage se délite peu à peu, la Française rentre chez elle à Toulouse, seule, car selon les lois allemandes, Jacob, né en Allemagne, est confié à son père.

Et il semblerait bien que ce soit cette fameuse lettre qui soit à l'origine des malheurs de Jacob lequel voit son appartement dévasté et les incidents, les agressions s'accumuler.

De Berlin, Franfort, Paris, Rennes, Berne, le lecteur est invité aux voyages dans l'espace et le temps. Déstructuré, ce récit alterne allègrement les aller-retour sans pour autant que le lecteur soit perdu dans l'histoire.

Habilement construite, cette intrigue est maîtrisée de bout en bout, même si parfois cela ne semble pas évident, surtout pour le lecteur qui traque les petites divergences dans les datations. Mais tout est résolu lors de l'épilogue, et ce qui paraissait une erreur de la part de l'auteur trouve sa justification dans les explications finales.

 

Ce roman est moins vif, moins rapide, moins nerveux que le précédent opus de Nils Barrellon, mais l'auteur répond à une exigence temporelle. La position des tireurs couchés se déroulait en quelques jours, le protagoniste principal étant un homme traqué. Dans La lettre et le peigne, l'intrigue se déroule sur près de soixante dix ans, et évidemment il est des épisodes qui ne peuvent être placés sous silence, mis sous l'éteignoir.

On peut lire les romans indifféremment de leur ordre de parution sans pour autant être dépaysé. On retrouve de façon évanescente quelques personnages qui sont apparus ou tiennent les rôles principaux dans les précédents romans de Nils Barrellon, ce qui permet à l'auteur de construire une forme de saga un peu dans l'esprit des Rougon-Macquart de Zola ou de la série des Jalna de Mazo de La Roche.

 

 

 

 

 

Nils BARRELLON : La lettre et le peigne. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Parution le 10 septembre 2016. 296 pages. 19,00€.

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 14:10

Hommage bis à Brice Pelman décédé le 17 octobre 2004.

Gilles-Maurice Dumoulin et Brice Pelman en octobre 1999 pour les cinquante ans du Fleuve Noir à la BILIPO.

Gilles-Maurice Dumoulin et Brice Pelman en octobre 1999 pour les cinquante ans du Fleuve Noir à la BILIPO.

Votre premier roman « Le cadavre et moi » parait dans la collection L’Aventure criminelle dirigée par Pierre Nord. Ensuite paraissent quatre livres au Masque, sous le pseudonyme de Pierre Darcis. Pourriez-vous nous parler de cette époque, qui s’étale de 1960 à 1967.

Oui.

Au cours des années que j’ai passées dans ce club de lecteurs, j’avais quand même eu le temps d’écrire un roman. Ce roman s’appelait effectivement

Je l’avais tapé en plusieurs exemplaires, afin de le soumettre aux quatre ou cinq maisons qui à l’époque éditaient des romans policiers. Et Pierre Nord a été le seul à m’écrire une lettre encourageante, une longue lettre de deux pages que je garde encore comme une relique. J’ignorais qu’il était le colonel Brouillard, je ne savais à peu près rien de lui. Mon roman lui plaisait mais il contenait trop de maladresses pour être publié sous sa forme initiale. Pierre Nord m’a incité à le modifier.

J’ai introduit des inter-chapitres, retapé l’histoire, surtout le dénouement. Il a été tiré d’emblée à trente mille exemplaires et la critique l’a bien reçu. De plus j’étais le seul français de la collection * et ça c’était une particularité qui jouait en ma faveur. Mais avant d’en arriver là j’avais dû m’atteler à une besogne beaucoup plus ingrate. Il s’agit des traductions. Des traductions de l’anglo-saxon avec la collaboration de ma femme.

Pierre Nord avait un sens pratique certain. Il appréciait mon style qui était approprié au genre policier et il savait que ma femme était professeur agrégée d’anglais. Alors il m’a demandé de traduire un roman à l’essai. Ma femme m’a dicté au magnétophone un premier jet en m’indiquant les différentes nuances à donner à telle ou telle phrase, tel ou tel mot, et je rédigeais ensuite la version définitive. Ce travail finalement est devenu satisfaction, et c’est ainsi que nous sommes devenus presque à notre corps défendant traducteurs de la collection L’Aventure criminelle chez Fayard.

Par la suite Pierre Nord m’a chargé de raccourcir, ou de développer des romans, d’accentuer leur côté argotique, de faire en sorte qu’une simple histoire policière puisse être éditée dans la collection espionnage qui se vendait beaucoup mieux. La traduction proprement dite se doublait d’un travail d’adaptation que j’assimile personnellement à un travail de forçat. Chaque livre m’était payé au forfait, à l’époque 70 000 francs, le franc lourd n’avait pas encore fait son apparition. A l’heure de travail, nous gagnions moins qu’une femme de ménage. De plus comme un fait exprès nous récoltions toujours les livres les plus longs.

Cela dit, comme dans la chanson, je ne regrettais rien. Mais Pierre Nord me faisait miroiter l’espoir d’une seconde publication dans sa collection. Cet espoir était la carotte. Traduire, et encore traduire. Et je traduisais comme à l’avenant. Après une vingtaine de romans toutefois j’ai refusé de marcher et j’ai envoyé mon manuscrit au Masque qui l’a accepté. C’était

J’ai passé avec Pierre Nord d’excellentes soirées, vidé de nombreuses bouteilles de whisky. Il est mort et j’en profite pour lui rendre hommage. Et Pierre Nord vivait à Monaco, j’habite à Nice. Cela facilitait les contacts.

Alors ce travail de traducteur, je l’ai poursuivi ensuite pour Mystère Magazine et Hitchcock Magazine. J’ai calculé que j’avais dû traduire plus de trois-cents nouvelles. Ce qui n’est pas rien. Enfin bref ce travail m’a compté pour la pratique de la nouvelle et des romans policiers et m’a beaucoup appris.

 

 

* Brice Pelman, alias Pierre Darcis ne se souvenait peut-être plus que les premiers numéros de la collection L'aventure criminelle étaient signés Pierre Nord, que le numéro 9, Le taureau par les cornes, était dû à Frédéric Hoë qui a récidivé avec le N°57, La peau du lion, et que Hugues G. Clary était probablement français puisque les deux romans signés de ce pseudo ne possédaient pas de titre originaux en anglais ou américain.

 

Le cadavre et moi Collection l'Aventure criminelle N°72. 1960.

Le cadavre et moi Collection l'Aventure criminelle N°72. 1960.

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 12:51

Hommage à Brice Pelman décédé le 17 octobre 2004.

Brice PELMAN : La troisième victime.

Dans cet ouvrage, Brice Pelman reprend un thème, ou plutôt un accessoire, largement utilisé dans les romans policiers : Le message anonyme.

L'action se passe à Opio, village des Alpes-Maritimes, département cher à l'auteur et qui a servi de décor pour bon nombre de ses romans.

Suzanne, la protagoniste, est délaissée par son chirurgien de mari. La cohabitation avec sa belle-mère n'est pas signe d'entente cordiale et les époux sont réduits à faire chambre à part, ce qui est frustrant, vous l'avouerez.

Le destin malin va se manifester sous forme de lettres anonymes, des lettres d'amour au style ampoulé.

Bidule, un être simplet qui sert de facteur intérimaire entre la belle Suzanne et son galant, est secrètement amoureux de la jeune femme, sosie de Romy Schneider.

Mais Alexandra, amie de Suzanne, femme du potard local et tireuse de cartes à ses heures, voit dans ses tarots un avenir funeste. Les cadavres viennent confirmer sa prémonition, mais Suzanne n'en a cure, toute réjouie de croire que son épistolier transi se cache sous les traits de l'associé de son mari.

Elle s'adonne sans retenue aux joies de l'amour hygiénique, pour ne pas dire clinique, enfouissant métaphoriquement les cadavres sous le lit conjugal. Suzanne vit un amour obsessionnel dont elle ne peut se dépêtrer.

Brice Pelman était un vieux routier du roman policier, et ce retour au Fleuve Noir fut sympathique. Il avait émaillé la défunte collection Spécial Police de quelques bons titres, je ne pousserai pas la flagornerie pour écrire que tout était excellent, mais des romans comme Le jardin des morts, In vino veritas, Un innocent, ça trompe énormément et quelques autres restent dans les esprits des amateurs.

 

La troisième victime est de cette veine et se lit avec un plaisir non dissimulé.

 

Brice PELMAN : La troisième victime. Collection Crime Fleuve Noir N°30. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1992.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 06:10

Les deux premières aventures de Slimane enfin rééditées...

Jean-Paul NOZIERE : Les enquêtes de Slimane.

Publiées à la fin des années 1990, chez Points, les aventures et enquêtes de Slimane retrouvent un nouveau souffle. L'occasion également pour les lecteurs qui ont apprécié les romans le mettant peu ou prou en scène chez Rivages de découvrir la genèse de cet homme en marge de la société.

 

 

 

Un regrettable accident.

Entré dans la police pour comprendre le meurtre de son père ancien harki, et peut-être découvrir les assassins, Paul Slimane Rahali, surnommé l’Arabe, a démissionné.

Depuis il vit la plupart du temps dans un camping-car, regarde des cassettes vidéo, ou se promène en VTT. Il lui arrive parfois d’exercer la profession non avouée de détective, couvert par une ancienne collègue, Florence, avec laquelle il a des relations épisodiques.

Une jeune femme requiert ses services car elle n’a pas eu de nouvelles de sa fille depuis un an. Pour la mère il s’agit d’un meurtre. Elle veut connaître la vérité. La dernière fois que la jeune fille a été signalée, elle était dans une bourgade royaume des chasseurs. Selon un témoin elle se serait embarquée à bord d’un camion conduit par un chauffeur Turc.

Pour Slimane commence une enquête difficile, à laquelle il ne croit pas trop au départ. Mais peu à peu il se rend compte qu’il se trouve au cœur d’un problème qui ne peut se résoudre qu’avec la découverte éventuelle du ou des coupables, si meurtre il y a.

En réalité, outre le délit de faciès dont il est accablé, il veut comprendre pourquoi son père est mort et il pense qu’à travers cette enquête il parviendra à résoudre la mort d’un père qui n’a jamais réussi à s’intégrer dans une communauté. Lui même vit en marginal, et si son passé le taraude, sa relation ambiguë avec sa sœur n’est pas le moindre de ses affres.

Jean Paul Nozière explore avec tact le registre d’un racisme ambiant dans une ruralité issue d’un dix-neuvième siècle regardant vers le troisième millénaire. Un gros industriel qui pèse sur un village, régissant sa loi, offrant du travail ou mettant à la porte de son usine qui bon lui semble, obsédé par la chasse. Les villageois, eux dépendent du maître et découvrent un bouc émissaire en la personne du fils, un homosexuel, avéré ou non.

Un roman qui en dehors de la personnalité de Slimane, héros tourmenté, demande au lecteur de réfléchir sur les dessous d’une province, de la province en général, qui est au diapason de la ville pour certaines élucubrations écologiques, racistes, mais totalement en décalage dans d’autres domaines.

 

 

 

Première édition Collection Points Seuil N°639. Editions du Seuil. Parution 19 mai 1999. 252 pages.

Première édition Collection Points Seuil N°639. Editions du Seuil. Parution 19 mai 1999. 252 pages.

Bogart et moi.

Le problème pour un itinérant, c’est de savoir que son véhicule va bientôt lâcher prise, rendre l’âme, toucher les pouces.

Pour Slimane, qui va par monts et par vaux, au gré de son inspiration, l’idée même que son antique C25 Citroën donne des signes évidents de défaillance ne l’aide pas à remonter un moral en dents de scie. Aussi comme il a un vieux copain en Province, copain qu’il a négligé depuis des années, (mais n’est-ce point une occasion en or de le revoir ?), propriétaire d’un auto-casse, il décide de lui rendre une petite visite impromptue.

Donnant-donnant, Luc Cardina veut bien lui trouver une pièce de rechange mais à une condition, démontrer que la mort d’Enrique, qui lui prêtait un coup de main dans les jours de bourre, n’est pas due au hasard. Enrique était dans la région depuis quelques mois et il est décédé dans un accident de voiture jugé normal par la gendarmerie et le docteur chargé des premières constatations. Enrique se serait endormi au volant, affaire classée.

Par pour Luc Cardina qui s’obstine à penser que quelque chose cloche. Alors Slimane prend son bâton de pèlerin et parcourt le pays, c’est ça ou alors il raque pour que son véhicule soit remis à neuf.

Première personne à interroger, Maria Torrès, soupçonnée par le voisinage de pratiques magiques nocturnes. Il est reçu par un gamin méfiant, sauvage, qui se demande si le visiteur est envoyé par la DDASS. Pour Slimane qui supporte mal la présence des cigales, les débuts ne sont guère encourageants. D’autant que Florence, sa copine inspecteur de police, et Yasmina, sa sœur dont il est secrètement amoureux sans vouloir se l’avouer, décident de le rejoindre sur place.

Heureusement qu’il a pour compagnon Bogart, un chien qui lui au moins ne pose pas de questions et est un mélomane averti, surtout lorsque l’Arabe joue du saxo.

Une enquête qui apporte son lot de désagréments, sous forme de petites tombes. Une enquête qui fout le bourdon à Slimane qui trouve comme dérivatifs de longues escapades en vélo dans la montagne environnante, ou la vision de vieux films qu’il passe et repasse à longueur de nuits. Et comme il supporte mal la présence des deux femmes venues lui apporter un soutien qui lui pèse, il enverrait bien tout balader. Seulement il a entamé un travail, il lui faut le continuer, ne serait-ce que par amour-propre. Jean-Paul Nozière avec Slimane, l’ancien flic reconverti comme détective routard, nous propose un personnage (dont la première aventure est parue sous le titre “ un regrettable accident ” dans la même collection) nouveau dans le monde du polar. Slimane dans son rôle de marginal est sympathique, attachant, agaçant parfois, comme tous ceux qui dérangent la conscience, et vous montrent que le monde n’est pas aussi rose que vous voudriez bien le croire.

Jean-Paul Nozière, j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, de par son style, de la force de ses intrigues, du ton résolument noir qui enrobent ses histoires, est proche du roman noir américain, un peu dans la mouvance de Jim Thompson.

 

 Première édition Collection Points N°670. Editions du Seuil. Parution août 1999. 254 pages.

Première édition Collection Points N°670. Editions du Seuil. Parution août 1999. 254 pages.

Jean-Paul NOZIERE : Les enquêtes de Slimane. Collection Rivages Noir N°1028. Editions Rivages. Parution octobre 2016. 508 pages. 8,90€.

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 06:05

Méfiez-vous des quidams lambdas, ce sont les pires...

Gilles VIDAL : Plus mort tu meurs

Tout jeune, à sa majorité, il avait estourbi et envoyé ad-patres son premier candidat à la mort avec doigté et facilité. Candidat involontaire faut-il préciser.

Il avait écouté et assimilé les leçons prodiguées par son père, un orfèvre en la matière. Puis les avait appliquées dans la plus pure tradition paternelle.

Vêtu d'un survêtement banal, il était entré dans le parc où batifolaient des gamins surveillés par des parents omniprésents. Il s'était caché dans des buissons, puis s'était approché d'un banc sur lequel se reposait un quadragénaire pensif.

Un gantelet en mailles de fer à la main, il avait occis sa cible sans coup férir de deux tapes, nullement amicales, et il avait accroché à son tableau de chasse son premier cadavre. Un inconnu qui ne lui avait rien fait, mais qu'importe. Seul le geste compte et il l'avait réalisé avec brio.

Par la suite il avait enchaîné les contrats et le carnet de commande ne désemplissait pas.

Ce jour là il a pris le train. Il est devenu un quinquagénaire bien conservé même s'il est démuni côté capillaire. C'est un homme passe-partout qui a rendez-vous à Voroy, une commune qu'il connait bien, même si cela fait déjà un bon moment qu'il ne s'y est pas rendu. Et il est joyeux. Allez savoir pour quoi...

 

 

 Avec un humour noir féroce et froid, glacial presque et pourtant empli de sentiments, Gilles Vidal nous entraîne dans le sillage d'un tueur aguerri, qui ne regrette rien. D'ailleurs qu'aurait-il à regretter ? Sûrement pas sa trajectoire professionnelle qui n'a jamais failli.

Tueur est un métier comme un autre, comme ces soldats qui s'engagent parce qu'ils ont envie d'en découdre.

Mais la vie, ou la mort réserve parfois de drôles de surprises, qui finalement ne sont pas si drôles que ça.

Une ode au père qui a tout appris, ou presque.

 

 

 

Gilles VIDAL : Plus mort tu meurs. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution octobre 2016. Version numérique. 12 pages. 1,99€.

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 06:12

Enfin mise en lumière...

Yvan MICHOTTE : Louise des ombres.

A bientôt trente ans, Louise a des envies, pourtant elle n'est pas enceinte.

Quoi que cela se pourrait car elle sort avec Julien, même s'ils n'habitent pas ensemble. Mais ces envies, ou plutôt cette envie, est de tout ordre familial. Elle n'a pas connu son père et elle décide de retrouver sa trace, ses origines. Elle sait qu'il s'est donné la mort en 1999, au pied du phare de la Roque près de Quillebeuf-sur-Seine, en Normandie.

Sa mère, avec laquelle elle ne correspond qu'épisodiquement, ne veut pas parler de cet épisode de sa vie, et elle détourne à chaque fois la conversation téléphonique. Louise s'est rendue sur place, en compagnie de Joshua Pastorius, un détective, mais ils ont été reçus fraîchement par les autochtones, surtout par ceux qui entretiennent le cimetière. Faut dire que Louise avait mis du cœur pour les rendre colériques en piétinant la tombe. Une forme de défoulement pour cacher son désarroi.

Louise rentre à Paris, mais cette quête du père lui tient trop à cœur et elle retourne à Quillebeuf retrouver des traces de son père, Jacques Verdier. Par les voisins et ses rares amis, elle apprend qu'il était capitaine d'une drague, ces bateaux qui nettoient les fonds du fleuve pour permettre aux navires de remonter la Seine. Mais qu'il possède aussi un lourd passé, ayant été condamné pour meurtre au début des années 1980. Et puis il y a cette histoire de navire, une épave du XVIIIe siècle, qu'il aurait découverte en draguant les fonds de Seine, et qui aurait renfermé un trésor.

Seulement il semblerait que les recherches de Louise indisposent une ou plusieurs personnes. Sa chambre d'hôtel est visitée, ses affaires éparpillées et déchirées, une inscription sur le miroir de la salle de bain lui ordonne Tire-toi d'ici salope sinon bientôt ce sera ton tour. Ton tour de quoi ? De finir peut-être comme les animaux qui nagent dans le lavabo. Des têtes de rats, des souris déchiquetées.

 

 

Agathe, bientôt trente ans elle aussi, est journaliste, rédigeant de petits articles dans le Le Havre Libre,, un quotidien régional et comme de bien entendu elle doit couvrir des événements aussi importants que des inaugurations, les repas des représentants du Troisième âge et la galette des Rois ou le Noël chez les pompiers. Pigiste payée à la ligne, il faut en écrire pour toucher le minimum vital.

Un soir elle est contactée par son rédacteur en chef. Un incendie s'est déclaré au Polaris, une boîte de nuit. Elle doit couvrir l'événement. L'homme qui a déclenché l'incendie est retrouvé dans les décombres. Mort évidemment. C'est le commissaire Garrot, une figure locale immuable qui dirige l'enquête.

 

Pastorius et Louise décident de se plonger dans les archives du Havre Libre et à l'époque cette histoire de meurtre, en réalité une algarade, un crime à caractère raciste, dont Verdier fut l'accusé à cause d'un témoin inopiné, a été couvert par Garrot, alors jeune inspecteur de Police. Garrot aurait tout fait, selon l'article journalistique, pour faire tomber Verdier. Et qu'il se déplace pour l'incendie du Polaris laisse Agathe songeuse.

C'est ainsi que Louise et Pastorius font la connaissance d'Agathe, une perle en son genre et que tous trois vont s'atteler à remonter le temps et enquêter sur les deux affaires, l'accusation contre Verdier puis son décès par suicide, et l'incendie criminel de la boîte de nuit. Deux affaires qui possèdent un point commun. Non, plusieurs puisqu'une famille havraise, possédant des pions dans diverses affaires commerciales, dont le Polaris, mais également des entreprises d'Import-export s'immisce dans cette intrigue et que le commissaire Garrot mouille sa chemise dans des enquêtes dont il pourrait fort logiquement se passer.

 

Louise est bipolaire et Pastorius ne tient droit que grâce à l'alcool qu'il ingurgite, pour autant ils forment un couple d'enquêteurs tenant la route. D'autant que Pastorius conduit une Jaguar, mais qu'il est un ancien marin, voire pirate. Mais c'était avant qu'il raccroche. Louise est costumière à l'Opéra Garnier et elle professe envers la peinture, plus particulièrement Georges de La Tour et son tableau Le Tricheur à l'as de carreau, un vif intérêt.

Malgré leurs défauts, ou au contraire grâce à ces travers, variations d'humeur chez Louise, dipsomanie chez Pastorius, ces deux personnages emportent l'adhésion, voire l'empathie du lecteur. Sans oublier Agathe qui se révélera une alliée précieuse.

Yvan Michotte nous propose donc des aller-retour entre Quillebeuf-sur-Seine et Le Havre, plus quelques randonnées à Honfleur et dans le Nord-Cotentin. Peu à peu on découvre les différentes personnalités des personnages, parfois il faut attendre presque jusqu'à la fin de l'histoire, avec des prolongements logiques. La mère de Louise a eu une aventure avec Verdier, aventure concrétisée par la naissance de la jeune femme, et ce sont les conditions dans lesquelles elle a connu le marin qui forment cette intrigue peu banale. Puis la désaffection du marin envers cette amante passagère, désaffection expliquée dans des lettres qui seront remises à Louise.

Il reste toutefois quelques ombres au tableau, notamment comment Louise a connu Pastorius, et pourquoi a-t-elle attendu si longtemps pour s'enquérir de son géniteur ?

Le premier réflexe du lecteur est d'être dubitatif au début de sa lecture. Et au fur et à mesure qu'il progresse, il est conquis. En effet, Yvan Michotte a assimilé les trucs et astuces de grands feuilletonistes et romancier du début du XXe siècle, en incorporant à son récit retournements de situation en nombre, faux-semblants, substitution d'identité et autres thèmes qui firent des succès durables. Les épisodes s'enchainent inexorablement jusqu'à un final... renversant !

Un roman prometteur et un auteur à suivre.

Yvan MICHOTTE : Louise des ombres. Enquêtes normandes. Editions Le Cargo imaginaire. Parution 16 septembre 2016. 314 pages. 19,00€.

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 06:02

Quand l'auteur du Bossu s'invite chez vous...

Revue Le Rocambole N° 75/76. Le mystérieux Paul FEVAL.

Mon petit plaisir lorsque j'achète une revue, c'est de débuter par les articles courts laissant le dossier principal pour la bonne bouche, ou les bons yeux, comme vous voulez.

Donc, ce nouveau numéro a bénéficié de cette approche qui peut sembler singulière mais qui pour moi possède l'attrait d'une entrée rafraîchissante avant de passer au principal et roboratif.

Georges Spitzmuller, romancier pluri-générique comme le signale Daniel Compère rédacteur de cette rétrospective, est aujourd'hui méconnu, voire oublié, pourtant auteur d'un très grand nombre de romans de guerre, historiques, de livrets d'œuvres lyriques, de pièces de théâtre, puis de romans policiers et sentimentaux sous son nom et les pseudonymes d'Henri de Chazel (ou Henry de Chazelle), Jean Floréal ou encore Eugène Géral, sans oublier celui de Paule Bruys pour les romans sentimentaux, pseudonyme partagé avec sa femme. Ses romans de guerre lui ont été pour la plupart inspirés par sa participation à la guerre de 14/18, ayant été nommé capitaine de réserve en 1913 à l'âge de quarante sept ans.

Un auteur à redécouvrir au hasard des recherches dans des vide-greniers et autres brocantes, car il est impensable de le trouver sur des étagères de bibliothèques municipales. Dans des médiathèques spécialisées, peut-être, mais cela suppose des déplacements longs et coûteux pour la plupart d'entre-nous.

Parmi les varias, la présentation d'un roman d'Henri Balesta, Deux crimes; souvenirs d'un juge d'instruction, publié en 1883 chez Maurice Dreyfous éditeur, notice établie par Jérôme Serme. Plus quelques chroniques dont la revue des autographes présentée par Jean-Pierre Galvan, complètent cet opulent numéro double consacré à Paul Féval.

Le lecteur ne pourra s'empêcher de rêver de posséder l'œuvre complète de Paul Féval, qui est répertoriée par Jean-Pierre Galvan, et qui avait déjà bénéficiée d'un recensement dans Paul Féval, parcours d'une œuvre, ouvrage édité par Encrage/Les Belles Lettres en 2000. De même une bibliographie des études récentes consacrées à Paul Féval est proposée par Dominique Laporte.

 

Mais intéressons-nous maintenant au plat de résistance qui mijote doucement sur le feu de notre curiosité : Le dossier Paul Féval.

Parmi les seize articles qui composent ce volumineux et intéressant dossier et dont je n'aurai la fatuité de tous vous les décortiquer, mais d'en présenter quelques-uns au hasard, hasard habilement dirigé par le scripteur curieux de cet article, j'ai relevé :

Ainsi Paul Féval, père... et fils, de Marie Pierre Rootering, revient sur la vie et l'œuvre du fils du célèbre feuilletoniste, auteur fécond et dont souvent ne restent à l'esprit que quelques ouvrages, des suites au célèbre roman et personnages créés par son père, Le Bossu : dont le principal, La jeunesse du Bossu, roman posthume publié en 1935.

Je me permets de signaler, à ce propos une petite anecdote qui me ramène à ma jeunesse et que vous-même avez peut-être vécue :

On m'avait offert pour un Noël, Le Bossu de Paul Féval, puis à une autre occasion, La jeunesse du Bossu. Je m'étais étonné que ces deux romans, publiés dans la Bibliothèque Verte, ne se suivent pas chronologiquement puis je m'étais rendu compte qu'en réalité il s'agissait de deux auteurs différents. Par la suite, mais beaucoup plus tard mes parents n'ayant pu me fournir d'explications, j'eus enfin une réponse à cette question, et appris que Paul Féval Fils écrivit de nombreuses suites au Fils de Lagardère, de la Petite-fille du Bossu, mais également repris les personnages de D'Artagnan et de Cyrano, les opposant dans des aventures épiques.

Autre article, celui de Virginie Fernandez, La Fabrique de crimes de Paul Féval, ou le pastiche du roman criminel, disponible chez SKA notamment en version numérique.

Deux articles méritent d'être signalés, revenant sur la fameuse conversion de Paul Féval et ce qu'il advint de ses œuvres.

En effet, de 1877 à 1884, trente-et-un volumes parurent chez l'éditeur catholique Victor Palmé.

Les œuvres revues et corrigées de Paul Féval et la Société des Gens de Lettres, article de Jean-Pierre Galvan, article étayé par la correspondance échangée, et D'énormes ballots, avec Féval complet et converti, vont s'éparpiller dans les bibliothèques paroissiales, par Agnès Sandras, reviennent sur cette étonnante conversion à la religion catholique, conversion en trompe-l'œil mais qui pour beaucoup signifia une relance des ventes des romans de Paul Féval.

Ruiné, Paul Féval retrouva un second souffle financier en procédant à l'expurgation de ses romans. Et donc il serait bon de savoir, lors de rééditions, si les romans proposés, comme La Fée des grèves aux éditions Astoure, proviennent du fond Victor Palmé et sont expurgés, ou s'il s'agit d'œuvres originelles.

 

Il existe parfois de petites coquilles qui ont échappé aux auteurs des articles et à la vigilance du rédacteur en chef, et donc n'ont été rectifiées.

Ainsi page 13, peut-on lire :

En témoignent quelques-unes des études recueillies dans les actes du colloque tenu à Rennes à l'occasion du centenaire de sa naissance en 1987. Paul Féval serait donc né en 1887 ? Non, il s'agit bien du centenaire de sa mort, survenue à l'hospice des frères de Saint-Jean de Dieu, rue Oudinot à Paris.

Ce ne sont que broutilles, comme le caillou égaré dans un plat de lentilles, mais c'est gênant.

Nonobstant, cette revue éditée par l'Association des Amis du Roman Populaire est une fois de plus fort captivante et intéressera tous ceux pour qui la Littérature populaire est à l'image de la vie, pleine de suspense (Dominique Rocher).

L'abonnement à la revue Rocambole, trois numéros dont un double, est de 49,00€, et le meilleur moyen est de se rendre ici :

Revue Le Rocambole N° 75/76. Le mystérieux Paul FEVAL. Publication des Amis du Roman Populaire. Eté-automne 2016. Parution juillet 2016. 352 pages. 29,00€.

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Published by Oncle Paul - dans Revues
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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 05:56

A part l'homme peut-être...

Edward BUNKER : Aucune bête aussi féroce

Depuis huit ans qu'il végétait en prison, Max Dembo attendait ce moment avec une certaine fièvre et une fébrilité teintée d'angoisse.

Depuis longtemps il s'y préparait, ayant envoyé plus de deux cents lettres. Mais il n'a jamais reçu une seule réponse. Enfin le grand jour est arrivé. Libre ! Libre au bout de huit ans. Libre, mais pas de travail.

Car il est difficile pour un ancien détenu de trouver un emploi et ce n'est pas avec le maigre pécule qu'ils possèdent que les ex-taulards peuvent se permettre de se conduire en rentiers.

Et c'est là que débute le cercle infernal : Tu n'as rien, tu voles. Tu voles, tu vas en prison. Tu sors de prison, tu ne trouves pas d'emploi. Tu ne trouves pas d'emploi, tu n'as rien...

Pourtant Dembo s'était juré de ne plus dévier, de ne plus tomber dans l'engrenage. Mais les premiers pas sur la route de la liberté sont semés d'embûches et l'officier responsable de conditionnelle est trop rigoriste, trop moraliste pour véritablement inciter Dembo à ployer l'échine.

Dembo supplie Rosenthal, ce censeur pourtant issu d'une communauté brisée. Peine perdue. Dembo s'enlise à nouveau dans une facilité de façade. L'exaltation de tenir dans sa main un avenir flou, exacerbé par quelques doses de drogue, d'abord une cigarette d'herbe de provende, puis le comprimé puis la seringue.

Et c'est la dégringolade, le retour aux sources, le retrait des bonnes intentions.

 

Roman autant que récit, Aucune bête aussi féroce est un constat en même temps qu'une dénonciation.

Edward Bunker a passé la moitié de sa vie en prison, et d'ailleurs ce livre a été écrit et publié alors qu'il tuait le temps en geôle.

Plus heureux et plus fort mentalement que son héros, dans ses choix et dans ses résolutions, Bunker enfin libre a réussi complètement sa reconversion littéraire.

Mais il est l'îlot planté au milieu d'un fleuve en cru, et malheureusement rares sont ceux qui s'en sortent. Justement à cause de la carence, de la méfiance, de la répulsion de l'employeur éventuel envers un repris de justice. Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à mettre au banc de l'accusation et le nombre de demandeurs d'emploi étant plus conséquent que celui des offres, le système de réinsertion en peut trouver de panacée.

Cri de désespoir qu'Aucune bête aussi féroce ne pourra pousser sans se faire entendre un jour.

Démagogie direz-vous. Oh que non, triste réalité tout simplement.

Edward BUNKER : Aucune bête aussi féroce
Première édition Rivages Thriller. 1991. 346 pages. 1991.

Première édition Rivages Thriller. 1991. 346 pages. 1991.

Edward BUNKER : Aucune bête aussi féroce (No beast so fierce. 1973. Traduction de Freddy Michalski). Collection Rivages Noirs. n°127 (mars 1992). Réimpression 12 octobre 2016. 448 pages. 9,50€.

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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