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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 06:02

Cela mettrait ce livre à 5$36... Y'a un truc...

Jean-Hugues OPPEL : 19 500 dollars la tonne.

Homme de principes, Falcon ne veut pas être qualifié de tueur à gages mais tient à l'appellation d'assassin professionnel. Et effectivement, il ne joue pas dans la cour des amateurs, des bricolos qui sabotent le travail qui leur est confié.

Ainsi, à Caracas, où sa mission l'a conduit, il a maquillé son boulot de tireur isolé en attentat laissant sur place assez d'indices pour induire les policiers en erreur. Il quitte les lieux la conscience pas vraiment tranquille. Non pas qu'il regrette son geste, il a été payé pour, mais parce qu'il sent qu'il a omis une petite vérification qui pourrait lui être fatale.

De plus, il commence à vieillir, l'âge de la retraite va bientôt sonner pour lui, et les tueurs à gages, principalement issus d'Europe de l'Est arrivent sur le marché en cassant les prix. D'ailleurs il n'a pas touché la totalité de la rétribution qui lui est due, et, homme de principes, il n'accepte pas ce manque à la déontologie. Et il rencontre aux USA son commanditaire, ou plus exactement le représentant de commanditaires texans. Ce n'est pas Dallas, mais ça sent bien le pétrole.

 

Agent analyste de la CIA, Lucy Chan, d'origine chinoise mais Américaine à part entière, elle sait le préciser lorsqu'on la titille sur la couleur de sa peau et sur son nom, Lucy Chan donc, surnommée Lady-Lee, survole l'Atlantique pour une mission au Nigéria. Après Lagos, elle se rend à Port Harcourt, et là aussi ça sent le pétrole, à plein nez, jusque dans ses bottes dont elle a eu soin de se prémunir. Elle rencontre le chef d'antenne de la base locale de la CIA, qui entretient quelques préjugés sur les femmes et leur capacité à mener à bien leurs missions. Elle le détrompe rapidement. L'agent West a alerté la CIA à cause de la tension actuelle et de la chute des cours du pétrole, ce qui est préjudiciable à tout le monde.

Un message crypté attend Lucy Chan lui demandant de se rendre au Nord-Kivu, dans la région des Grands Lacs, en République Démocratique du Congo. A Goma, l'un des résidents, un major parait-il, lui explique que les avions qu'elle entend voler au dessus d'elle sont chargés de cassitérite, provenant des mines exploitées manuellement par les locaux travaillant dans des conditions dangereuses pour un coût extrêmement bas mais qui à la revente grimpe à des prix d'or. Elle approche un Chinois faisant partie d'un groupe de visiteurs appartenant à un conglomérat guère préoccupé d'écologie ou de recherches zoologiques.

 

A Londres un opérateur de marché surveille jour et nuit, sur les quatre écrans disposés devant lui, les cours des actions et des matières premières, des fluctuations régies selon l'offre et la demande.

 

Pendant ce temps, un individu qui se cache sous l'alias de Mister K. envoie des mails, des newsletters, plus ou moins subversifs prétendant éclairer les masses en divulguant les scandales de la spéculation boursière. Une pratique que n'apprécient pas la CIA et d'autres services d'état. Pour un courtier en immobilier, il ne s'agit que d'un emmerdeur qui peut déranger les esprits faibles et agiter ceux des crétins complotistes. Il est vrai que montrer du doigt certaines pratiques financières en jouant avec de l'argent virtuel, peut déstabiliser les marchés boursiers.

 

Sérieux, détaillé, documenté, précis, ce roman est toutefois nimbé d'un humour subtil et Jean-Hugues Oppel se montre même persifleur par intermittence, lors de certaines scènes.

Et le final pourrait paraître baroque, emprunter au non sens, se révéler comme une immense farce, sauf que ce genre de pratiques s'établit en coulisses, sans que le commun des mortels soit dans la confidence. Le maquillage au nom du secret et de la raison d'état et surtout des financiers.

Et ce n'est pas tant l'histoire en elle-même qui n'en est que le support, mais le fond de l'intrigue qui interpelle (c'est un mot à la mode !), mais qui devrait donner froid dans le dos des petits épargnants. Il ne s'agit pas d'une leçon d'économie pour les Nuls, mais de montrer en évidence quelques pratiques peu avouables, et d'ailleurs peu avouées. Et tant pis pour ceux qui se laissent prendre les doigts dans le pot de confiture, ou dans le paquet d'actions achetées et revendues en quelques secondes, empochant ou perdant quelques millions de dollars ou d'euros. La Bourse n'est qu'un immense jeu de Monopoly.

 

Il faut toujours se méfier des pays qui croient nécessaire de mentionner démocratique (ou populaire) dans leur nom.


- Savoir dépenser pour économiser, ne pas hésiter à commencer par perdre pour gagner ensuite, de sages préceptes que trop de grands patrons négligent ou méprisent. Vous connaissez la différence entre un producteur de cinéma américain et un producteur de cinéma européen, surtout français ?
- Allez toujours, je sens que ça va être hilarant.
- Le producteur français se demande toujours combien va lui coûter un film, l'américain combien il peut lui rapporter. A méditer, mon vieux.

Jean-Hugues OPPEL : 19 500 dollars la tonne. Editions La Manufacture de Livres. Parution le 2 mars 2017. 256 pages. 16,90€.

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 14:47

La devise des Chiens de guerre !

Frédéric PAULIN : Le monde est notre patrie.

Les hommes politiques, souvent par démagogie, regrettent souvent le nombre élevé de fonctionnaires et leur principale préoccupation est d'en diminuer le nombre. La plupart du temps pour des motifs cachés, des conflits d'intérêt, car le travail, quel qu'il soit, doit être assuré et dans ce cas, il faut passer des marchés auprès d'entreprises privées avec lesquelles ils entretiennent quelques accointances, souvent financières.

Ancien légionnaire reconverti comme mercenaire, Maxence Stroobants a créé sa petite entreprise de sécurité avec son ami Blaskó, qu'il connait depuis toujours ou presque. Ils étaient sur tous les fronts et continuent. C'est leur vie. Ils aiment et ils assument.

Pour l'heure, nous sommes en janvier 2014 à Falloujah en Irak. Stroobants et son équipe ont été engagés afin d'assurer la sécurité de l'ambassadeur des Emirats arabes. C'est l'une des premières missions confiées à la Stroobants Secure SA, dont Stroobants est le président et Blaskó le vice-président, et il ne faut pas se louper. Les Américains ont plié bagages depuis quelques semaines et les insurgés sont proches. Il faut exfiltrer l'Ambassadeur qui ne se rend pas compte du danger imminent.

C'est une réussite qui appelle d'autres contrats. La petite structure prend de l'importance, les missions se suivent mais ne se ressemblent pas. Presque pas. A Bagdad, Stroobants et consorts doivent réceptionner à l'aéroport des colis légers, une métaphore pour désigner des passagers. Deux hommes en costume cravate et une jeune et belle femme aux yeux verts. Une gendarme nommée Grace Battilana. Stroobants est troublé par l'apparition de cette jeune femme à l'air déterminé.

Grace Battilana a été affectée en Afrique pour des raisons personnelles, une forme de repentance. Et Grace, femme libre, n'invite dans son lit que celui qu'elle veut. Par exemple, son supérieur hiérarchique qui lui met la main sur le genou et la cuisse dans la voiture qui les emmène à une destination quelconque. Elle le rabroue sèchement devant des témoins gênés. Evidemment cette réaction ne plait pas non plus au commandant Frey-Lefèbvre. Mais avec Stroobants, les atomes crochus se sont immédiatement déployés, et une part de tendresse les lie au lit.

Stroobants a décroché un marché au Niger dans la région d'Arlit, auprès de la société Areva. Toujours la sécurité à assurer, les mines d'uranium sont trop précieuses pour les laisser entre les mains de n'importe qui. Les coins périlleux ne manquent pas pour Stroobants et Blaskó, qui se trouvent sur tous les fronts avec leurs hommes. Il faut déplorer des pertes, ce sont les inconvénients de la guerre.

A cause de son incompatibilité d'humeur avec son commandant, Grace est mutée dans une gendarmerie en Bretagne. Stroobants vient la rechercher et lui offre un poste de vice-président, conjointement avec Blaskó. Elle sera chargée de la partie financière, et grâce à une connaissance elle parviendra à effectuer un montage financier qui devrait leur assurer leurs arrières.

Mais la roue tourne et pas toujours dans le sens souhaité. A cause d'un parlementaire aux dents longues, parlementaire d'opposition est-il besoin de le préciser.

 

Roman de guerre, de politique-fiction, de géopolitique, roman noir et de gangsters, Le monde est notre patrie est tout cela à la fois et même un peu plus. C'est également un docu-fiction fort intéressant qui nous plonge dans les soubresauts des pays du Moyen Orient et de l'Afrique, rongés par les conflits religieux et ethniques.

Stroobants, l'homme à l'oreille coupée, un géant qui mène ses hommes au combat avec charisme, est un mercenaire comme les décrivait Jean Lartéguy dans son roman éponyme :

" A ma connaissance, aucun mercenaire ne répond plus à la définition qu'en donne le Larousse :"Soldat qui sert à prix d'argent un gouvernement étranger". Les mercenaires que j'ai rencontrés et dont parfois j'ai partagé la vie combattent de vingt à trente ans pour refaire le monde. Jusqu'à quarante ans, ils se battent pour leurs rêves et cette image d'eux-mêmes qu'ils se sont inventée. Puis, s'ils ne se font pas tuer, ils se résignent à vivre comme tout le monde -mais mal, car ils ne touchent pas de retraite- et ils meurent dans leur lit d'une congestion ou d'une cirrhose. Jamais l'argent ne les intéresse, rarement la gloire, et ils ne se soucient que fort peu de l'opinion de leurs contemporains. C'est en cela qu'ils diffèrent des autres hommes."

Son indéfectible ami Blaskó, l'Albinos, lui est tout dévoué et quasiment immortel. C'est l'homme de terrain sur lequel Stroobants peut compter lorsqu'il doit se rendre dans un autre endroit chaud ou négocier des contrats.

Grace Batillana, tout comme Stroobants et Blaskó, possède ses fractures qui ont du mal à cicatriser. La vie n'est pas un long fleuve tranquille pour cette femme aux nerfs à fleur de peau.

D'autres personnages apparaissent peu à peu dans cette galerie, comme ce jeune député aux dents longues, élu d'une modeste circonscription provinciale avec seulement quelques voix d'avance sur son adversaire politique, nommé président d'une commission parlementaire chargée de contrôler les finances de structures indépendantes comme Stroobants Secure S.A. S'il n'avait pas été dans l'opposition mettrait-il autant d'ardeur dans ses recherches ?

 

Au départ, je n'étais guère chaud pour lire ce roman, les lieux et les événements décrits ne m'inspirant pas, les journaux et magazines, la radio et la télévision s'étendant largement sur les épisodes sanglants et meurtriers qui secouent l'Irak, la Syrie et autres parties du monde pour des problèmes religieux et ethniques.

Mais j'ai été entraîné, à mon corps défendant, par ces personnages qui tout en étant des chiens de guerre défendent une certaine idée de la liberté face à des bandits de grands chemins réunis en bandes organisées brandissant le Coran pour légitimer leurs exactions. Du moins c'est ce que l'on voit du côté occidental.

 

Frédéric PAULIN : Le monde est notre patrie. Collection Goater Noir N°17. Editions Goater. Parution le 21 novembre 2016. 480 pages. 20,00€.

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 10:20

“ La femme éternelle et toujours renouvelée.

Collection : PRESENCE DES FEMMES. Editions Fleuve Noir.

N’avez-vous pas regretté, mesdames, de n’avoir pas vos livres comme vous avez vos journaux, vos programmes de radio et de télévision, vos salons de coiffure, vos magasins et vos secrets ? Ne vous êtes vous pas indignées de voir que sous l’appellation de “ romans féminins ”, on ne vous offrait trop souvent que des historiettes fades et roses, écrites toutes, ou presque, sur le même ton et d’après le même modèle ?

De grands livres ont, certes, été écrits pour les femmes. Il leur manquait cependant une collection de romans modernes, bien écrits, bien construits, passionnants et profonds, dont les personnages principaux, leurs problèmes, leurs réactions, leurs amours et leurs aventures, leurs drames et leurs joies soient spécifiquement féminins : des romans tout entiers consacrés à la PRESENCE DES FEMMES dans le monde d’aujourd’hui. Des romans, en un mot, qui vous apporteront le reflet de vous-même, de vos rêves mais aussi de vos réalités.

Ce sont ces romans que vous offre notre collection “ PRESENCE DES FEMMES QUI VOUS PRESENTE? DEPUIS Janvier dernier, à raison d’un titre par mois, les œuvres les plus marquantes de quelques unes des meilleures romancières françaises, anglaises, allemandes, américaines. Parmi elles, des noms déjà bien connus en France : Monica Stirling, Toni Howard, Vina der Mar, Charity Blacstock, Florence Hurd.

Avec PRESENCE DES FEMMES, les femmes deviennent présentes dans le roman et la vie d’aujourd’hui.

Cette présentation est parue dans Fleuve Noir Information n° 41 de Mai 1968 (une date historique !). Malgré tout, et quoique le ton se veut résolument moderne il n’y aura que quarante sept titres édités de Janvier 1968 à mars 1972. La révolution a-t-elle véritablement porté ses fruits, les femmes sont-elles restées fleur-bleue ? La collection n’a pas eu l’impact escompté.

Pourtant elle se voulait la concurrente d’autres collections spécifiquement féminines en vogue à l’époque, patronnées par des revues non moins féminines, Nous Deux, Intimité, Mode de Paris, dont le succès s’étala sur des années. La grosse machine Harlequin reprit le flambeau, et le succès des romans de Barbara Cartland ne s’est jamais démenti.

Le Fleuve Noir essaya par deux autres fois avec Femme Viva et Tourmente, d’accrocher à son catalogue des collections destinées aux femmes, mais l’aura du Fleuve, avec la production de Spécial Police, Espionnage ou Anticipation, plus axée sur le lectorat masculin, ne parviendra pas à franchir la barrière des sexes.

Si les auteurs sont essentiellement féminins, quelques hommes se sont immiscés, ayant souvent produit par ailleurs des titres pour la collection Grands Romans notamment. Les premières couvertures ne sont pas signées et contredisent quelque peu l’esprit de modernité. Il est bientôt fait appel à Gourdon, la référence en matière de graphisme.

A signaler que sous le pseudonyme de Nadine de Longueval se cachait la romancière et essayiste Françoise d'Eaubonne, féministe libertaire, née le 12 mars 1920 et décédée le 3 aout 2005. Elle était la sœur de Jehanne Jean-Charles, femmes de lettres également et épouse de l'écrivain et humoriste Jean-Charles.

 

Collection : PRESENCE DES FEMMES. Editions Fleuve Noir.

1 - Hurd Florence : Arabella (Secret of Canfield house) trad. Marie Daix [jan-68]

2 - Pala Dolores : Toi, qui m'aimais (In search of Mihailo) trad. Lily Jumel [fév-68]

3 - Stirling Monica : La mal-aimée (Lovers aren’t company) trad. Claude Saunier [mar-68]

4 - Napier Géraldine : Rayon mariage (Here come the brides - ) trad. Lily Jumel [avr-68]

5 - Howard Toni : Une femme dans un port (Lavinia) trad. Lily Jumel [mai-68]

6 - Cetto von Gitta : Le métier de mari (Ehe man Eaemann wir) trad. Laure Casseau [jun-68]

7 - Mar del Vina : La pension de Mrs Leslie (About Mrs Leslie) trad. Lily Jumel [jul-68]

8 - Greenaway Gladys : Le carnaval des coeurs (trad. ) [sep-68]

9 - Blackstock Charity : Ceux qui viennent la nuit (The knock at midnight) trad. Claude Saunier [oct-68]

10 - Miles Roger : Plus morte que vive (The wench is dead) trad. Lily Jumel [nov-68]

11 - Greenaway Gladys : Le vent du diable (trad. ) [déc-68]

12 - Longueval de Nadine : Les quatre miroirs [jan-69]

13 - Stirling Monica : Le ciel des autres (Sigh for a strange land - ) trad. Claude Saunier [fév-69]

14 - Glanville Brian : Un mariage romain (trad. ) [mar-69]

15 - Hoffmann Peggy : La fille folle (trad. ) [avr-69]

16 - Turnbull Patrick : Tu es venue comme le printemps (You came like the spring) trad. Wanda Vulliez [mai-69]

17 - Tibber Robert : Un jour comme les autres (The common place day) trad. Lily Jumel [jun-69]

18 - Rico Don : Les filles du crépuscule (trad. ) [jul-69]

19 - Eng Rita : Ruthie (trad. ) [sep-69]

20 - Paley Judith : L'avenir portait un nom (trad. ) [oct-69]

21 - Trevor Elleston : 80 000 suspects (trad. ) [nov-69]

22 - Longueval de Nadine : Les feux de l'émeraude [déc-69]

23 - Braunburg Rudolf : Gina et la stratosphère (Gina und die stratosphare) trad. Laure Casseau [jan-70]

24 - Funk Peter V. : La poupée et la ballerine (trad. ) [fév-70]

25 - Stuart Alex : La croisière du S.S. Viking [mar-70]

26 - Walker Lucie : La vallée radieuse (trad. ) [avr-70]

27 - Longueval de Nadine : Croyez à mes envoûtements distingués [mai-70]

28 - Bishop Sheila : La nuit de Ravento (trad. ) [jun-70]

29 - McCrae Elisabeth : Une vie bien remplie (A well furnished life) trad. Robert Favart [jul-70]

30 - Greenwood Robert : Les trois filles de M. Lipton (Spring at the limes) trad. Laure Casseau [sep-70]

31 - Shulman Irving : Une idole est née (trad. ) [oct-70]

32 - Longueval de Nadine : Laquelle des trois ? [nov-70]

33 - Cetto von Gitta : Jeune femme avec enfant ... (trad. ) [déc-70]

34 - Wolff Victoria : Un autre homme (trad. ) [jan-71]

35 - Denham Alice : Vivre à deux (trad. ) [fév-71]

36 - Peters Elizabeth : La tête du chacal (The jackal’s head - 1968) [mar-71]

37 - Zurecker Jill : Les astres ne mentent jamais (Sterne lugen hicht - ) trad. Laure Casseau [avr-71]

38 - Gray Tony : Interlude (Interlude) trad. Mario Daix [mai-71]

39 - Lampel Rusia : Adina (Schuhe fur Adina) trad. Lily Jumel [jun-71]

40 - Longueval de Nadine : La mort du cygne [jul-71]

41 - Walker Lucy : Le désert de sable (trad. ) [sep-71]

42 - Longueval de Nadine : Drôle de meurtre [oct-71]

43 - Bishop Sheila : Enigme en Sicile (trad. ) [nov-71]

44 - Peters Elisabeth : La bague mystérieuse (trad. ) [déc-71]

45 - Walker Lucy : La vallée des oiseaux (trad. ) [jan-72]

46 - Lewis Maynard : L'orgueil de l'innocence (trad. ) [fév-72]

47 - Walker Lucy : Jour de joie pour Jodi (trad. ) [mar-72]

Collection : PRESENCE DES FEMMES. Editions Fleuve Noir.
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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 06:32

N'oublie-pas de monter là-haut...

Bruno SENNY et René FOLLET : Si tu vas au mont...

Trois nouvelles écrites par Bruno Senny et joliment illustrées par René Follet, lequel nous invite également à compulser son carnet de croquis.

Détective amateur, Baudruche possède le physique du bon vivant, de l'honnête homme. La panse rebondie, la trogne réjouie, la calvitie assumée et la moustache conquérante, il se dirige, à l'heure où nous le retrouvons, vers le Mont-Saint-Michel.

Ce n'est pas forcément pour s'adonner à quelques dévotions envers l'archange Michel, celui qui a vaincu le dragon, ou alors accessoirement, afin de justifier le déplacement, mais bien pour goûter, et déguster, quelques produits locaux.

A l'auberge Saint-Jacques, où il a réservé une chambre, et après avoir effectué une promenade apéritive sur les remparts, il se leste l'estomac de pas moins de dix plats, sans compter les corbeilles de pain puis les desserts, ce qui honore la cuisine de l'aubergiste. Celui-ci, afin de rendre hommage à la capacité d'ingurgitation de son hôte, l'invite à déguster quelques petits verres d'alcool de cidre, et lui narre l'histoire de Maître Jean, perdu quarante ans auparavant dans la baie, quasiment jour pour jour. Maître Jean avait rendez-vous, mais ce fut un lapin et il repartit chez lui, de nuit. Mais la marée l'ayant surpris, il fut retrouvé le lendemain, totalement déboussolé et noyé.

Toujours intéressé par des énigmes non résolues, Baudruche se penche sur ce cas, et refait le chemin parcouru par le noyé entre le Mont-Saint-Michel et le Bec d'Andaine, tout en interrogeant, placidement, quelques témoins de l'époque.

Baudruche est un fin observateur et un déductif avisé. Rien ne peut lui faire perdre l'appétit et encore moins la boussole.

 

Dans Le pendu de la chambre 8, par une sombre fin de journée orageuse, Baudruche rend visite à son neveu Benjamin, qui travaille en compagnie de deux ouvriers à la réfection d'une vieille maison.

Naturellement il n'arrive pas les mains vides et une collation roborative est proposée à Kajick, Mehdine et à son neveu. Il ne s'oublie pas, naturellement.

Pour ceux qui seraient intéressés, cette collation est composée de vingt-quatre œufs pochés, d'autant de belles tranches de pain grillé, du saumon fumé de l'Atlantique et de jambon à l'os, d'épinards, de sel et de poivre, et du Vouvray afin d'humecter leurs papilles. Des œufs Bénédicte ! Bon appétit, bien sûr !

Kajick et Moretti râlent. Leur entrepreneur ne les a pas payé, et ils promettent de lui montrer de quel bois ils se chauffent. D'ailleurs Benjamin venait de garnir la cheminée. C'est alors que Kajick découvre un papier qui a été poussé lorsque la table a été disposée pour ces agapes improvisées. Un message précisant : Je vais me pendre dans la chambre 8 et signé Moretti, l'entrepreneur indélicat.

L'orage gronde, la lumière s'éteint, et c'est dans le noir que tout ce petit monde grimpe l'escalier et se rend dans la fameuse chambre 8. Grâce à une lueur diffuse venant de l'extérieur ils peuvent constater que personne ne les attend. Pas le moindre pendu. Une boule de feu s'introduit et c'est un peu la panique à bord.

Toutefois, la panne d'électricité n'était due qu'à la défaillance momentanée du disjoncteur, et Baudruche, aperçoit Kajick remontant l'escalier en catimini. Il le suit, un cri s'élève, et dans la fameuse chambre 8 ils découvrent le pendu.

Une histoire de meurtre en chambre close, un peu tirée par les cheveux, malgré la calvitie totale de Baudruche qui possède du flair, malgré l'énorme moustache arborée sous son nez.

 

Enfin, avec Natures mortes, nous suivons Baudruche dans ses déambulations parisiennes, attendant que son estomac se manifeste bruyamment afin de lui signaler qu'il est l'heure de procéder à un repas sinon pantagruélique, tour au moins digne de satisfaire une panse toujours avide de mets reconstituants. Il est attiré par la devanture d'un bistrot affichant Anguille aux petits légumes et à la Leffe Triple, et il s'assied à une table, la seule qui reste.

Un jeune homme, entré en même temps que lui, est convié par le patron à s'installer en face de Baudruche. La conversation s'établit immédiatement entre les deux hommes, tous deux étant attirés par la littérature, et ils se découvrent des passions communes envers des auteurs comme Thomas Owen. Le jeune homme se présente, Pierre Jeanneau, et son repas terminé, repas auquel il ne s'est guère intéressé ses papilles ayant perdu leurs capacités dégustatives à cause d'une sinusite, il lui propose de se rendre le soir même à un vernissage privé organisé par son futur beau-père, Alexandre de Saint Cyr, à Rambouillet.

Baudruche s'y rend, attiré par une curiosité toute légitime, et fait la connaissance de quelques personnalités en vue déjà présentes que lui présente Pierre qui semblait l'attendre avec impatience. Tout en dégustant une bière, son liquide favori, Baudruche écoute les conversations. Alors que Fernande, la cuisinière apporte le plateau sur lequel sont disposées les flûtes de Champagne, sauf pour Baudruche abonné à ses bières, Lucien, le secrétaire particulier de l'hôte de la soirée, la bouscule involontairement, ou par inadvertance, ou pour une autre raison. Flûte alors, les flûtes tombent. Une nouvelle tournée est proposée, l'une des convives s'écroule, verre en main.

Plus que l'histoire, et sa résolution, ce sont les personnages mis en scène qui offrent un charme certain et humoristique à cette histoire. Sophie, la belle jeune femme blonde évaporée, gouailleuse et aguicheuse, Bernard-Henri Jones, son compagnon, Maryline, la promise de Pierre, belle jeune fille pudique et effacée, et quelques autres qui font penser à des personnages existants ou ayant pu exister.

 

Baudruche, à placer entre Hercule Poirot, le commissaire Montalbano et Pépé Carvalho, est un détective amateur qui se conduit comme un professionnel. Ventre affamé n'a pas d'oreille dit-on, aussi est-ce pour cela que l'ami Baudruche qui porte bien son nom, ne le renie pas, mais n'apprécie que quiconque blague sur son patronyme, est-ce pour cela qu'il voit et entend les petits faits, les discussions feutrées, grâce à sa capacité à ingurgiter moult productions gastronomiques du terroir avec bonhommie, rondeur, et satisfaction voluptueuse. Pas le genre vorace de Bérurier qui engloutit tout en éclaboussant son marcel. Car Baudruche reste digne dans l'accomplissement de son rite culinaire.

Le lecteur lui ne restera pas sur sa faim mais demandera toutefois un supplément, comme une friandise, d'autres aventures gourmandes.

 

Bruno SENNY et René FOLLET : Si tu vas au mont... Collection Baudruche N°6. Editions de l'Elan. Parution le 25 janvier 2017. 128 pages. 16,00€.

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 05:51

L'effet qui se coule ?

Cicéron ANGLEDROIT : Hé cool, la Seine.

Nouvelle aventure pour l'ami Cicéron peu de temps après avoir retrouvé puis perdu son père. Et comme l'on dit quand quelqu'un décède, c'est la vie !

L'installation de caméras vidéos à la gare de Vitry perturbe sérieusement la vie du commissaire Saint Antoine, car les images qu'elles enregistrent lui posent un problème. Il demande l'aide de Cicéron, contre gratification puisée sur une caisse noire, naturellement, mais lorsque le détective qui rien d'autre en chantier entame son enquête, c'est trop tard. Le commissaire a obtenu une explication de la part de la SNCF, ou plutôt des informaticiens chargés du programme, et Cicéron se retrouve une fois de plus les poches vides. Et même qu'il a dû mettre la main à la poche pour surveiller une femme qui figurait sur les photos, quotidiennement, mais dont l'apparence changeait à chaque apparition.

Un problème administratif mais la vie continue, avec ses aléas. Les problèmes administratifs, Momo y est confronté lui aussi, car manchot depuis un attentat, il vend devant l'Interpascher ses Belvédères, un journal de réinsertion, mais la COTOREP, dans sa grande bonté a décidé que comme il n'avait plus qu'un bras, il ne pouvait pas vendre et récolter le pognon en même temps. Le voilà donc sur la touche.

Cicéron a hérité de son père un petit pavillon à Villejuif, et la clerc de notaire qui a réglé la succession lui demande de déjeuner avec elle. Cicéron aurait-il fait une touche ? Non, pas lui mais son commissaire qui se retrouve avec un noyé retrouvé dans la Seine, et dont il ne sait que faire. Mais j'anticipe.

Sandrine, la clerc très claire de notaire, n'a pas invité notre détective pour ses beaux yeux, mais parce qu'elle n'a plus de nouvelles de son mari, disparu depuis deux ou trois jours. Et cette défection conjugale l'alarme. D'autant que Gérard, son époux qui se nomme Manvussa, est un producteur de Téléréalités pour une chaîne câblée, et qu'il lui téléphone tous les jours, non pas pour s'enquérir de sa santé, mais afin de savoir s'il a du courrier. Or Laurence, la secrétaire de Gérard, n'a pas de signes de la part de son patron, et ça c'est inquiétant.

Cicéron accepte d'enquêter, et il emmène avec lui Momo pour prendre accessoirement l'atmosphère des Studios de Brétigny qui sont placés sur Arpajon, simple détail géographique, mais surtout pour rencontrer et interroger Laurence qui confirme l'absence de son patron. Une absence qui l'inquiète (je l'ai déjà dit ? Pas grave, car Laurence double ses phrases, alors ça balance) d'autant qu'il lui avait semblé que la dernière fois qu'elle a vu Gérard dans son bureau, celui-ci paraissait attendre un appel téléphonique ou un message important.

J'ai oublié de préciser qu'entre temps, durant le week-end, Cicéron a rendu visite à son ex-belle-mère, enfin pas vraiment belle-mère puisque son père ne s'était pas marié avec Jocelyne, et à son frère Jérôme, beaucoup plus jeune que lui, qui n'est pas utérin mais consanguin. Vous suivez ? De toute façon, ceci n'interfère pas dans l'enquête que Cicéron doit mener.

Donc, comme je l'ai écrit un peu vite tout a l'heure, enfin il n'y a pas si longtemps que cela, le commissaire Saint Antoine s'est retrouvé avec un noyé sur les bras. Eventuellement, et cela arrangerait Cicéron, si le noyé était Gérard, tout le monde serait content, les deux enquêtes seraient bouclées, et on pourrait passer à autre chose. Mais non, l'aspect physique ne correspond pas. C'est ce qui ressort d'une conversation entre Saint Antoine et Cicéron. Et Saint Antoine, pas bégueule, propose une transaction à Cicéron.

Il a appris que Gérard possédait des relations, notamment avec Le Mahousse, le patron de NRV14, La grande chaîne de télévision, lequel est en relations avec des ministres, et donc Saint Antoine accepte d'enquêter sur la disparition de Manvussa, tandis que Cicéron, officieusement et sans se mouiller, se penchera sur son noyé, en compagnie de Vanessa R'Messa, lieutenante de police, et accessoirement amante, pas religieuse, de Cicéron.

Et voilà Cicéron engagé dans une enquête où il fera de la figuration intelligente, tout comme Momo et René, lequel pris de boisson, comme cela lui arrive souvent, se retrouve en accident de travail à cause d'un accident de cave. La sienne, de cave, précisons-le, mais comme il n'est pas si cave que ça, il s'arrange pour être indemnisé.

 

 

Si les références à San Antonio sont nombreuses et justifiées, notamment lors de sa production dans les années 1950/1960, j'en ajouterai une autre qui peut-être semble moins évidente car cinématographique. Il y a du Charlot, du Charlie Chaplin, là-dedans. Les gags, l'humour, mais la tendresse également, un petit côté naïf et fleur bleu, imprègnent les aventures de Cicéron, avec un brin de désabusement envers la société.

Cicéron n'est pas avare de ses prestations auprès de la gente féminine, mais il pense également à sa famille. Enfin celle qu'il vient de retrouver, car quoique fauché la plupart du temps, il n'est ni pingre ni égoïste. Et avec ses deux compagnons il incarne un célèbre trio, plus respectueux de la loi, mais dont les démêlés sont assez vaudevillesques, les célèbres Pieds-Nickelés, un manchot remplaçant un borgne.

 

Quelques scènes amusantes mériteraient d'être adaptées en sketchs humoristiques telles la leçon de conduite par René dont le permis de conduire a rejoint les archives de la préfecture, ou l'obstination de Brigitte, la pharmacienne préférée de Cicéron, à lui faire ingurgiter des pullules destinées à pallier une éventuelle DSLA (déficience sexuelle liée à l'âge) alors qu'il lui prouve, ainsi qu'à Vanessa, combien son système érectile bénéficie d'une vigueur que personne ne peut remettre en cause. Heureusement pour lui et pour ses partenaires.

Voilà, je vous ai tout dit, ou presque. Et si vous trouvez que mon billet est quelque peu décousu, c'est la faute à Cicéron, ou plutôt à la lecture de ses aventures, des pérégrinations et des situations qui reviennent hanter mon esprit durant la narration et qui me fait parfois perdre le fil. Mais bon, le mieux est peut-être de vous plonger dans ce livre, et non pas dans la Seine.

Cicéron ANGLEDROIT : Hé cool, la Seine. Les enquêtes de Cicéron N°6. Editions du Palémon. Parution le 23 février 2017. 266 pages. 10,00€.

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 06:54

Inusable Sherlock et éternel Holmes ! Bis !

Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes.

Sherlock Holmes, personnage emblématique de la littérature policière, et de la littérature tout court, est peut-être le héros de fiction ayant connu le plus de textes apocryphes, de parodies et de pastiches.

En effet, le premier texte le mettant en scène et n'étant pas signé par Conan Doyle, est écrit à peine quatre mois après cette naissance littéraire, par le créateur d'un autre monument de la littérature populaire britannique, James M. Barrie et son héros Peter Pan.

C'est ce que j'écrivais en introduction du recueil Les avatars de Sherlock Holmes, édité quasi concomitamment avec cette œuvre, Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes, qui nous offre une palette plus complète mettant en scène le célèbre détective britannique. Toutefois il est à noter que la nouvelle qui entame ce recueil se trouve également dans le volume précité, mais dans une traduction légèrement différente. Je passerai donc dessus pour m'attarder un peu plus longuement sur d'autres textes qui valent largement le détour.

Des textes écrits entre 1892 (Robert Barr - Le grand mystère de Pegram) et 2012 (Bernard Oudin - L'aventure du banquier pervers), qui démontrent combien le personnage de Sherlock Holmes a pu inspirer les auteurs, depuis sa création jusqu'à nos jours et sont un véritable foisonnement d'imagination parfois au service de l'actualité.

 

Ainsi dans L'aventure du banquier pervers de Bernard Oudin, publiée en 2012, l'auteur tient à préciser que Toute ressemblance avec des personnes ou des événements ayant défrayé la chronique de l'année 2011 relèverait de la plus improbable coïncidence.

Pourtant, examinons quelque peu le début. Mycroft Holmes, le frère de Sherlock pour ceux qui ne le sauraient pas, demande au détective de passer le voir au Club Diogène, où ils ont leurs habitudes. Accompagné de Watson, Sherlock se rend donc au club pour apprendre qu'une sale affaire entache l'honneur de Wagner-Cohen, le célèbre banquier fondateur de la Banque de commerce et d'investissement. Celui-ci est accusé par une femme de chambre du Claridge d'avoir voulu abuser d'elle. Le banquier naturellement nie les faits. Pourtant Harriet O'Shaughnessy, Irlandaise catholique, ne démord pas de sa version. La fin est évidemment pure imagination de l'auteur, puisque l'histoire se déroule quelques dizaines d'années en arrière et l'implication politique atteint l'Echiquier de la Couronne.

 

Plus étonnant, c'est la présence dans ce recueil de Jean Giraudoux, écrivain et diplomate français surtout connu pour ses pièces de théâtre comme La guerre de Troie n'aura pas lieu ou La folle de Chaillot. D'un cheveu est d'une œuvre de jeunesse datant de 1908.

De même Arthur Conan Doyle nous offre avec La kermesse du terrain de cricket, une parodie de ses propres textes.

Bien évidemment, tout le monde sait qu'entre Arsène Lupin et Sherlock Holmes s'était engagé un duel, ou plutôt un défi. Arthur Conan Doyle n'avait pas apprécié que Maurice Leblanc emprunte son personnage et le créateur d'Arsène Lupin dut changer le nom du détective en Herlock Sholmès.

Quant à Jack London, il ne s'agit pas d'une parodie, mais d'une forme d'éloge dans lequel il mêle son admiration pour Arthur Conan Doyle, son désir de le rencontrer et son parcours personnel comme trimardeur, sa passion pour la boxe puis journaliste.

Bref ce recueil est un véritable panel des parodies et des pastiches holmésiens, incluant des auteurs français, ce qu'avait omis le recueil des avatars de Sherlock Holmes.

Ce volume est agréablement illustré, ce qui lui confère un charme indéniable, par Leonid Koslov, Scott Bond, Vlou et un anonyme.

 

Sommaire :

BARR Robert : Le grand mystère de Pegram

BARRIE James M. : L'aventure des deux collaborateurs

DOYLE Arthur Conan : La kermesse du terrain de cricket

LEHMANN R. C. : Le cambriolage d'Umbrosa

HARTE Bret : Le vol du coffret à cigares

LEHMANN R. C. - Yard

KAHN William B. - La beauté secourue

LEBLANC Maurice : Herlock Sholmès arrive trop tard

GIRAUDOUX Jean - D'un cheveu

ALCESTE - Le coupable

O'HENRY - Les aventures de Shamrock Jolnes

LONDON Jack - Arthur Conan Doyle

STEELE Frederic Dorr - L'aventure de l'éditeur de livres d'art assassiné

KUMMER Frederic Arnold - Le meurtre de la cathédrale de Canterbury

REOUVEN René - La plus grande machination du siècle

Bibliothécaires Royal Borough - Le comptable pressé

ASHMAN Peter G. - Epinglé au mur

LIEBOW Ely M. - L'aventure de l'héboniste chronique

FORTIER Jacques - L'autre défenestration de Prague

OUDIN Bernard - L'aventure du banquier pervers

Le détective détraqué ou les mésaventures de Sherlock Holmes. Recueil collectif. Editions Baker Street. Parution le 19 janvier 2017. 288 pages. 18,00€.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 09:41

Avoir un bon copain...

Jean FAILLER : Les mécomptes du capitaine Fortin.

Mais parfois, cela entraîne le dit copain dans une galère dont il aura du mal à se dépêtrer.

Ainsi le capitaine Jean-Pierre Fortin, Jipi pour les intimes, policier au commissariat de Quimper, ne pensait certes pas que le coup de main qu'il donne à son ami Béjy va se retourner contre lui.

Fortin réglait en compagnie de Béjy, qui outre être pompier est également président du club d'archéologie sous-marine, un problème de moteur sur le bateau du club, lorsque son copain reçoit un appel téléphonique de sa femme. Leur fille Fabienne, âgée de quinze ans, vient de faire le mur, montant à bord d'une voiture de sport. Le conducteur n'est autre que le fils du chirurgien, bien connu des services de police car il s'amuse à revendre de la drogue au lycée. Le père a écrasé le coup grâce à ses relations, mais pour Fortin Fabienne est sûrement embarquée dans quelque chose qui ne sent pas bon. Pas bon du tout même.

Et Fortin se rend immédiatement en compagnie de Kermanach, où est située la villa du chirurgien. Une vingtaine de voitures de sport sont déjà garées dans le parc et la fête bat son plein. Une fête consciencieusement arrosée comme il se doit, entre jeunes filles et jeunes gens de bonnes familles qui s'adonnent à ce que dans le grand monde autrefois on appelait une soirée libertine, de nos jours une partouze et dans certains quartiers une tournante. Mais toutes les jeunes filles, et gamines comme Fabienne, ne sont pas d'accord, mais que peuvent-elles faire sous la loi du nombre. Crier ? Oui, et ce sont justement ces cris qui alertent Fortin et Béjy lorsqu'ils arrivent devant la demeure.

Une bagarre éclate entre Fortin et Béjy, et quelques membres mâles de cette petite sauterie. Ils sont pris à partie par un gros bras qui veut montrer qu'une batte de base-ball n'est pas uniquement un instrument pour taper dans une balle. Fortin reçoit un verre d'alcool en pleine figure ce qui ne lui éclairci pas les idées, et la bagarre devient générale. C'est à ce moment que surviennent les gendarmes et qu'au cours de leur perquisition ils découvrent allongée mollement dans la baignoire d'une des salles de bain de l'étage une femme défunte d'une trentaine d'années. Et cette mort est suspecte.

Donc, outre un agent de sécurité, un programmateur de musique (disc-jockey en français), dans ce gentil tohu-bohu il y avait donc cette femme qui après vérification d'usage de son identité s'avère être Germaine Durant plus connue dans le petit monde des nuits parisiennes sous l'appellation de Jessica Baccara, répertoriée comme hôtesse d'accueil. Pour une partie fine entre adolescents, cela fait quand même pas mal de trentenaires, et pas des meilleures relations.

Fortin convaincu d'agression, et de plus son corps dégageant quelques effluves d'alcool, est arrêté par les Bleus. Et son statut de capitaine de la police n'y fait rien. Il s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Et son commissaire ne peut rien faire sauf que de le suspendre, voire le révoquer. Et ça le lieutenant Mary Lester ne veut pas en entendre parler. Alors elle prend la défense de son ami Fortin, et enquête sur les brisées de la gendarmerie, ce que n'apprécie pas l'adjudant-chef Cotten. Un gars borné, pour qui le règlement est la Bible sacrée du gendarme, sa tacata-tactique, à laquelle il ne faut déroger sous aucun prétexte.

 

Mary Lester est une battante qui sent qu'un coup fourré s'est préparé insidieusement et dont Fortin se trouve être la victime. Elle se doute d'où cela peut venir mais pour cela elle doit mener ses investigations. Et elle sent que Bejy n'est peut-être pas net dans cette affaire. Peut-être.

Elle va demander la coopération de Passepoil, un policier spécialiste de l'informatique et non pas l'un des compères de Lagardère, afin d'effectuer des recherches, s'adjoindre, en remplacement de Fortin, Gertrude, une forte femme dans tous les sens du terme. Mais une autre jeune femme décède dans des conditions qui demandent une enquête, et cela conforte Mary qu'elle se trouve sur la bonne piste. Elle va notamment se rendre du côté de Châteaulin dans une ferme, obtenir l'aide d'un ornithologue amateur, faire jouer quelques relations.

 

Déjà trente-neuf romans (ne pas se fier à la numérotation car il existe des volumes doubles) que Jean Failler a consacrés à Mary Lester et je n'en avais encore jamais lu un. Une carence que je vais combler car j'ai été conquis par, non seulement cette histoire, mais également par Mary Lester, et le côté humaniste de l'auteur. Et les quelques références placées ici ou là dans l'ouvrage à propos d'affaires précédentes m'y incitent fortement.

Si le personnage de Mary Lester est attachant, c'est le côté humain qui prédomine. Outre les antagonismes existant entre les Bleus et les policiers sont particulièrement intéressants, le côté strict des uns mettant en valeur le côté plus indiscipliné pour la bonne cause des autres. Enfin pas tous, car il y a quand même quelques réticences de la part des supérieurs de Mary Lester, et tous les gendarmes ne sont pas bornés, étroits d'esprit comme Cotten.

Sont mis en évidence également les difficulté des paysans, des agriculteurs bretons, par le biais d'une famille qui se retrouve ruinée, pour des agriculteurs j'aurais pu écrire fauchés, obligés de s'endetter pour mettre leurs installations aux normes. Le paysan n'a pu faire face à la crise, de la chute des cours des prix, n'a pas pu bénéficier de la largesse des banques qui ne prêtent qu'aux riches, et ce fut la dégringolade, le refuge dans l'alcoolisme.

Rien de misérabilisme, mais une vision impartiale et poignante de ce que peuvent vivre de nombreux cultivateurs et éleveurs, dans un marché tourné vers l'international, et qui ne marche que par une productivité à outrance pour peu de bénéfices. Quant il y en a. Ce n'est pas un réquisitoire, mais un constat amer.

Un roman agréable à lire et à méditer, et je sais que bientôt je vais retrouver Mary Lester dans des aventures précédentes puisque je possède quelques ouvrages que je n'avais pas lus, pour des raisons que je ne saurais préciser.

Jean FAILLER : Les mécomptes du capitaine Fortin. Collection Mary Lester N°45. Editions du Palémon. Parution le 21 octobre 2016. 320 pages. 10,00€.

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 06:03

Tu lui demanderas qu'elle me rapporte ma clarinette et mon saxophone soprano ...

Marc VILLARD : Si tu vois ma mère.

Spécialiste de la nouvelle et du roman minimalistes, Marc Villard ne s'exprime jamais mieux que lors qu'il met son imagination au service du jazz et des Etats-Unis.

Avec protagonistes des personnages célèbres ou non ayant connu des démêlés durant leur quotidien, des tranches de vie cabossées, des parcours chaotiques, des dérapages.

 

Lamborghini Miura : Miles Davis a décidé que des représentants de son peuple, des Afro-américains, pourraient bénéficier de billets à tarif réduit pour assister à l'un de ses concerts. Seulement cela ne plait guère à l'organisateur qui délègue à deux petits bras l'accrochage de son véhicule. Ce ne pourrait être qu'une banale histoire de gros sous, mais tout réside dans l'humour féroce des deux dernières phrases.

 

South Central 92 : Lee Benton est fauché et il a dû mettre son trombone en gage. Il veut récupérer son instrument mais des émeutes secouent South Central. Les agresseurs de Rodney King ont été déclarés non coupables, ce qui attise la fureur de la communauté Black. Lorsqu'il arrive chez Marvin Slater, le dealer blanc du quartier, celui-ci est mort. Tué par des Noirs, comme Lee. C'est sa fille âgée d'une dizaine d'années et adepte de la batterie qui l'affirme. Comme elle ne possède plus aucun parent, Lee décide de la prendre sous son aile. L'épilogue est un pied-de-nez aux préjugés.

 

La pierre noire : Andy Parker est infirmier au Metropolitan Hospital et lorsqu'il ne soigne pas ses patients, il dessine des portraits à la pierre noire, plus propre que le fusain. Des personnes rencontrées dans le métro, sur son lieu de travail également. Surtout. Ce jour-là il vient de croquer Costello, un vieil homme qui est décédé quelques minutes auparavant lorsqu'il apprend que Billie Holiday a été admise dans les locaux. Marc Villard se penche sur les derniers jours d'une icône du jazz.

 

La Baronne : La baronne, c'est Pannonica de Koenigswarter, mécène des jazzmen et mère nourricière de cent-vingt-deux chats. Deux petits loubards ont décidé de s'emparer d'objets de valeur dans sa grande maison, alors que Nica et Charlie Rouse, le trompettiste, sont partis au Five Spot voir jouer le pianiste Barry Harris. Mais ils ne s'attendaient pas à trouver sur place Thelonious Monk qui cuve sa fatigue. C'est en farfouillant dans des vinyles qu'ils reconnaissent ce musicien représenté sur des pochettes de disques. Thelonius qui ne veut pas qu'ils touchent au piano.

 

Une vie bien pourrie : Un épisode mouvementé dans la vie d'Art Pepper, le saxophoniste fauché qui s'injecte des substances prohibées dans le bras. Juana, l'une des prostituées mexicaines qui travaillent dans ce quartier de Los Angeles, il les connait charnellement presque toutes, lui demande de devenir son protecteur, son mac officiel étant parti pour deux mois. Art Pepper est bien embêté car il a déjà Diane sur le dos.

 

Les mélomanes : Le jazz toujours, bien évidemment, mais avec un invité vedette, Charles Bukowski. Un musicien, accompagné d'un pack de six bières, qui déclare adorer ses poèmes, s'invite chez lui. Mais l'écrivain n'apprécie pas du tout le style free-jazz du saxophoniste. Alors dans sa rubrique Journal d'un vieux dégueulasse, il l'éreinte.

 

Arnaqueurs : Comme son titre l'indique, il s'agit bien d'une arnaque que Paul Davis, saxophoniste, accepte d'organiser. Manuela, une prostituée qui loge dans le même hôtel miteux de San Diego, a imaginé pouvoir subtiliser une rondelette somme d'argent à Sanchez, mais pour cela il lui faut l'aide de Paul Davis. Et comme la plupart des musiciens, le saxophoniste est fauché. Alors il accepte.

 

Marvin et Rosa : Jeune trompettiste, Marvin Hawley se rend pour un cours avec son prof de musique. Mais il sent qu'il arrivera en retard, quand une femme noire, comme lui, refuse laisser sa place dans le bus bondé à un Blanc malgré les exhortations du chauffeur. Cette femme qui refuse d'obtempérer en ce 1er décembre 1955 se nomme Rosa Parks, et elle sera à l'origine du mouvement de protestation des Noirs de Montgomery (Alabama), qui feront la grève des transports pour se rendre à leur travail en signe de solidarité. Parmi les manifestants, le jeune Martin Luther King. Un épisode qui datera dans le lutte contre la ségrégation aux Etats-Unis.

 

Seize nouvelles, inédites ou qui ont déjà été publiées notamment dans la revue Jazzman avant que celle-ci soit absorbée par Jazz Magazine, ou chez SKA en version numérique, qui mettent en scène des musiciens de jazz fauchés pour la plupart, vivant de drogue et d'alcool. Une représentation de l'Amérique chère à Marc Villard, loin du rêve américain. Marc Villard possède une écriture évocatrice des démêlés de ses paumés qui se débattent et veulent s'en sortir par la musique de jazz.

Et je n'ai pu m'empêcher de songer, en lisant ces textes, à un autre écrivain, romancier, nouvelliste, journaliste et correspondant de guerre, Ernest Hemingway. Un style sobre et pourtant poétique, décrivant une génération perdue, selon l'expression de Gertrude Stein.

Un rapprochement peut-être osé, car Marc Villard possède son propre style et ses points de fixation, ses obsessions, personnels, mais qui pour moi s'est instauré comme une évidence.

Quant au titre, il renvoie à un morceau de Sidney Bechet, enregistré en 1952.

 

Sommaire :

Lamborghini Miura

South Central 92

La pierre noire

Drums

Don't explain

La baronne

Une vie bien pourrie

Les mélomanes

Nostalgia in Times Saure

Arnaqueurs

Le pont

Tijuana Moods

La route du blues

Marvin et Rosa

Cadillac Walk

Roma 1987

Marc VILLARD : Si tu vois ma mère. Nouvelles. Collection Bande à part. Editions Cohen & Cohen. Parution le 23 février 2017. 188 pages. 15,00€.

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 06:23

Si, un peu quand même...

Michel MOATTI : Tu n'auras pas peur.

La pêche au gros est pratiquée, en général, en milieu marin pourtant il est des endroits improbables dans lesquels on peut s'adonner à ce sport physique.

Un mort vient d'être retrouver dans les eaux du Lower lake, un lac de Crystal Palace, quartier situé au sud de Londres. Mais il ne s'agit pas d'un mort ordinaire. Lynn Dunsday est journaliste au Bumper, un média en ligne et elle vient d'être informée de l'horrible découverte par une auxiliaire du journal dont le métier est de traquer les informations susceptibles de constituer le corps d'un article sensationnel.

Lynn se rend donc sur place et retrouve Trevor Sugden, vieil ami et journaliste lui aussi au Broadway News, journal papier à faible diffusion mais dont le format est original. Et sur place, ils s'aperçoivent immédiatement que ce fait-divers devrait passionner les lecteurs à cause de la mise en scène qui l'entoure.

Un palan vient de retirer des eaux du lac un siège baquet sur lequel est attaché un cadavre. Le corps porte autour du cou une pochette bleue, un peu comme en sont dotés les passagers d'un avion. Et des traces de peinture bleue dégoulinent délayées par l'eau.

Les deux journalistes sont refoulés par les policiers qui forment un barrage délimitant l'endroit où le corps a été repêché, mais la télévision est sur place. Lynn et Trevor enragent de ne pouvoir compléter leur reportage, mais rien n'y fait. Toutefois ils possèdent déjà assez d'éléments pour écrire leurs articles.

Andy Folsom est un policier attaché au service des homicide et il est chargé en compagnie de son responsable d'enquêter sur cette macabre découverte. Il sort depuis quelques temps avec Lynn, des rendez-vous amicaux dans des bars ou restaurants, et il aimerait bien que cela devienne plus fusionnel. Lynn n'est pas encore prête à engager une relation amoureuse mais il ne désespère pas. Il peut apporter un peu plus de précision sur ce cadavre pour l'heure encore inconnu.

Avec Trevor, Lynn se lance dans la recherche d'informations plus concrètes. La mise en scène lui rappelle quelque chose, ainsi qu'à Trevor. Et c'est le déclic. Un accident d'avion qui s'est déroulé quelques dizaines d'années auparavant, le 10 décembre 1967. Le Beechcraft à bord duquel le chanteur, alors âgé de vingt-six ans, s'est écrasé dans le lac Momona, Wisconsin. Son corps avait été repêché alors qu'il était encore attaché à son siège baquet. Détail macabre, l'un de ses bras avait été congelé dans les eaux du lac. Or le cadavre possède la même particularité.

Cette mise en scène démontre que l'assassin joue avec les policiers. De plus le meurtrier vient de poster sur Internet des vidéos le montrant exécuter son forfait. Bien sûr il n'est pas reconnaissable mais c'est l'acte de mise à l'eau qu'il a filmé.

Lynn obtient des détails par son ami Andy, malgré les mises en garde de ses supérieurs, tandis que Trevor possède lui aussi ses sources de renseignements, dont il ne veut dévoiler la provenance mais qu'il partage toutefois en partie avec la jeune journaliste.

Un jeu pour le meurtrier, une provocation également. Et un nouveau meurtre est perpétré sur la personne d'une femme, dans une mise en scène tout aussi macabre qui rappelle une autre affaire.

 

Plus que l'enquête en elle-même, une intrigue construite avec rigueur, menée par les policiers d'un côté et les deux journalistes de l'autre, sans que jamais ou presque apparaisse l'assassin, ce sont les parcours des trois protagonistes principaux, Lynn Dunsday, Trevor Sugden et Andrew Folsom qui forment la colonne vertébrale du roman. Chacun d'eux ou presque sont des fracturés de la vie. Et le journalisme est leur rédemption. Mais jusqu'à quand ?

Mais un autre problème est évoqué, celui de l'information partagée que l'on subit chaque jour plus ou moins consciemment et dont le contenu se veut agressif et intrusif afin de capter l'attention du maximum de lecteurs. Dégotter l'information le premier, tel est le mot d'ordre des rédacteurs en chef, et plus particulièrement celui du Bumper, mais pas n'importe quoi. Du sensationnel, des citations, des témoignages. Et comme le déclare Grant, le patron de Lynn :

Un bon papier, c'est quand les gens le lisent et ont envie de raconter l'histoire qu'ils viennent de lire à tous leurs copains.

Pour autant, il ne veut pas entrer dans le système du voyeurisme, dans le genre de sites qui comme Bestgore diffusent des vidéos sordides, d'horreur, de petits films tels que la dégustation par un individu taré de morceaux de viande prélevés sur son copain (véridique!). Ou des viols, des meurtres, tout ce qui plait à une population qui se délecte du visionnage de ces reportages tournés dans un but inavouable. Des photos et des vidéos non bricolées, non retouchées, partagées, car les gens ont le droit de connaître la vérité, d'après le créateur de ce site malsain. Et il en existe d'autres.

Car tous se retranchent non seulement dans le droit mais dans le devoir d'information, la soif de vérité et la lutte contre les prétendues censures du Net. Et la frontière entre information et voyeurisme est floue.

C'est tout cela que Michel Moatti dénonce dans ce roman, car au-delà de l'intrigue bien ficelée mettant en scène un assassin qui justement aime faire de la mise en scène, dans un but bien précis, ce sont les médias toujours à l'affût du sensationnel qui sont visés. Et la mise en ligne de vidéos n'est plus seulement affaire de professionnels, mais d'amateurs qui sur Youtube, par exemple, mettent n'importe quoi pourvu que cela choque et attire des visiteurs. Le poids des mots, le choc des photos, slogan cher à Paris-Match, est détourné au profit de ceux qui veulent faire de l'audience, à n'importe quel prix.

Mais Michel Moatti, tout en apportant quelques descriptions, ne joue pas dans cette cour vénéneuse, et les images que le lecteur peut se représenter, il se les forge mettant son imaginaire au service du suggéré. D'ailleurs le rythme est rapide, les chapitres sont courts, presque comme des articles journalistiques, et l'ennui, qui pourrait insidieusement s'insérer consécutif à de trop longues descriptions, n'a pas le temps de s'installer que déjà on passe à une autre image, comme une lecture kaléidoscopique.

 

Michel MOATTI : Tu n'auras pas peur. Editions H.C. Parution le 16 février 2017. 474 pages. 19,00€.

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 13:46

Hommage à Maurice Renard né le 28 février 1875.

Maurice RENARD : Romans et contes fantastiques.

Qui se souvient aujourd'hui de ce grand fantastiqueur français qui œuvra dans la foulée de Jules Verne, de Herbert-Georges Wells, voire d'Edgar Poe, et fut reconnu par ses pairs, tout aussi bien Rosny Aîné que Jean Ray.

Rosny Aîné écrivait à son propos : Imaginons un Poe non plus mangeur d'opium, mais grand lecteur de Descartes : nous aurons un surnaturel à la française, un insolite qui n'exclut pas l'explication rationnelle, un merveilleux qui fait référence aux découvertes scientifiques, voila qui donne au fantastique de Maurice Renard son originalité.

Et en 1923, Jean Ray écrivait : Toute l'œuvre de Maurice Renard égrène ses pages comme un chapelet de pierres de luxe, de pierres de l'angoisse, de gemmes aux reflets opalins d'une cervelle humaine palpitante de la vie. Et les cailloux précieux se tiennent, s'agrippent, ne se séparent plus car, malgré sa beauté polychrome, sa diversité d'essence et d'action, cette œuvre semble tendre vers un tout, vers un point unique situé au-delà des connaissances humaines.

 

Lorsque j'ai découvert cet auteur, sur le tard, je n'ai pas été déçu comme on peut l'être parfois par un auteur trop encensé. Des œuvres élégantes, claires, dénuées de toutes ces horreurs, de toutes ces atrocités dans lesquelles se complaisent certains auteurs actuels qui recherchent plus l'accumulation de l'effroyable, de la cruauté, du sensationnel, que la nouveauté. Certains, pas tous heureusement.

Maurice Renard fut en quelque sorte le précurseur dans ce domaine littéraire d'un genre bien particulier, et à la lecture de quelques uns de ses contes, j'ai ressenti comme une impression de déjà lu. impression inévitable puisque les textes de Maurice Renard sont antérieurs à bon nombre de récits que j'ai pu lire depuis des décennies, depuis mon adolescence.

Des similitudes, je ne parle pas de plagiats ni de parodies, des similitudes existent avec des textes dus à des auteurs américains par exemple. Ce qui n'est pas forcément répréhensible ou gênant pour le lecteur. Partant d'une même idée de base, chacun peut la développer à sa façon, dans son style propre.

Maurice Renard est un auteur à découvrir, à lire ou à relire, car il écrit d'une manière alerte, claire, élégante (je sais je l'ai déjà écrit), dénuée de toute vulgarité ou de ce style ampoulé qui paraît bien désuet aujourd'hui.

Un merveilleux conteur et prosateur, également poète, qui sait faire passer dans le dos ce délicieux frisson de l'aventure fantastique.

 

Ainsi dans Les mains d'Orlac (1920) il explore le thème de la main greffée qui acquiert une existence autonome aux dépens de son propriétaire. Auparavant, dans Le Péril bleu (1912) il met en scène, thème récurrent, des extra-terrestres inattendus. Mais il manipule également l'impossible, avec virtuosité, dans Le Maître de la lumière, Le professeur Krantz ou L'homme truqué à moins qu'il préfère l'indicible des Mille et un matins, ou encore Fantômes et fantoches.

Le lecteur de ces pages ne ressort pas avec un goût amer dans la bouche et des visions d'horreur plein la tête, mais émerveillé et quelque peu rêveur.

En nous sommeille notre âme d'enfant, et elle ne demande qu'à se réveiller comme lorsqu'au temps de nos tendres années nous nous délections avec des histoires issues des Contes des Mille et une nuits, des aventures de Peter Pan ou de Gulliver.

 

Sommaire :

Préface de Jean Tulard.

Fantômes et fantoches

Le docteur Lerne , sous-dieu

Le péril bleu

M. D'Outremort

Les mains d'Orlac

L'homme truqué

Château hanté

La rumeur dans la montagne

Un homme chez les microbes

Le professeur Krantz

Le maître de la lumière

Contes des mille et un matins

Documents (recueillis par Francis Lacassin)

Maurice RENARD : Romans et contes fantastiques. Recueil établi par Jean Tulard et Francis Lacassin. Collection Bouquins. Editions Robert Laffont. Parution mars 1990. 1282 pages.

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