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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 06:23

Si, un peu quand même...

Michel MOATTI : Tu n'auras pas peur.

La pêche au gros est pratiquée, en général, en milieu marin pourtant il est des endroits improbables dans lesquels on peut s'adonner à ce sport physique.

Un mort vient d'être retrouver dans les eaux du Lower lake, un lac de Crystal Palace, quartier situé au sud de Londres. Mais il ne s'agit pas d'un mort ordinaire. Lynn Dunsday est journaliste au Bumper, un média en ligne et elle vient d'être informée de l'horrible découverte par une auxiliaire du journal dont le métier est de traquer les informations susceptibles de constituer le corps d'un article sensationnel.

Lynn se rend donc sur place et retrouve Trevor Sugden, vieil ami et journaliste lui aussi au Broadway News, journal papier à faible diffusion mais dont le format est original. Et sur place, ils s'aperçoivent immédiatement que ce fait-divers devrait passionner les lecteurs à cause de la mise en scène qui l'entoure.

Un palan vient de retirer des eaux du lac un siège baquet sur lequel est attaché un cadavre. Le corps porte autour du cou une pochette bleue, un peu comme en sont dotés les passagers d'un avion. Et des traces de peinture bleue dégoulinent délayées par l'eau.

Les deux journalistes sont refoulés par les policiers qui forment un barrage délimitant l'endroit où le corps a été repêché, mais la télévision est sur place. Lynn et Trevor enragent de ne pouvoir compléter leur reportage, mais rien n'y fait. Toutefois ils possèdent déjà assez d'éléments pour écrire leurs articles.

Andy Folsom est un policier attaché au service des homicide et il est chargé en compagnie de son responsable d'enquêter sur cette macabre découverte. Il sort depuis quelques temps avec Lynn, des rendez-vous amicaux dans des bars ou restaurants, et il aimerait bien que cela devienne plus fusionnel. Lynn n'est pas encore prête à engager une relation amoureuse mais il ne désespère pas. Il peut apporter un peu plus de précision sur ce cadavre pour l'heure encore inconnu.

Avec Trevor, Lynn se lance dans la recherche d'informations plus concrètes. La mise en scène lui rappelle quelque chose, ainsi qu'à Trevor. Et c'est le déclic. Un accident d'avion qui s'est déroulé quelques dizaines d'années auparavant, le 10 décembre 1967. Le Beechcraft à bord duquel le chanteur, alors âgé de vingt-six ans, s'est écrasé dans le lac Momona, Wisconsin. Son corps avait été repêché alors qu'il était encore attaché à son siège baquet. Détail macabre, l'un de ses bras avait été congelé dans les eaux du lac. Or le cadavre possède la même particularité.

Cette mise en scène démontre que l'assassin joue avec les policiers. De plus le meurtrier vient de poster sur Internet des vidéos le montrant exécuter son forfait. Bien sûr il n'est pas reconnaissable mais c'est l'acte de mise à l'eau qu'il a filmé.

Lynn obtient des détails par son ami Andy, malgré les mises en garde de ses supérieurs, tandis que Trevor possède lui aussi ses sources de renseignements, dont il ne veut dévoiler la provenance mais qu'il partage toutefois en partie avec la jeune journaliste.

Un jeu pour le meurtrier, une provocation également. Et un nouveau meurtre est perpétré sur la personne d'une femme, dans une mise en scène tout aussi macabre qui rappelle une autre affaire.

 

Plus que l'enquête en elle-même, une intrigue construite avec rigueur, menée par les policiers d'un côté et les deux journalistes de l'autre, sans que jamais ou presque apparaisse l'assassin, ce sont les parcours des trois protagonistes principaux, Lynn Dunsday, Trevor Sugden et Andrew Folsom qui forment la colonne vertébrale du roman. Chacun d'eux ou presque sont des fracturés de la vie. Et le journalisme est leur rédemption. Mais jusqu'à quand ?

Mais un autre problème est évoqué, celui de l'information partagée que l'on subit chaque jour plus ou moins consciemment et dont le contenu se veut agressif et intrusif afin de capter l'attention du maximum de lecteurs. Dégotter l'information le premier, tel est le mot d'ordre des rédacteurs en chef, et plus particulièrement celui du Bumper, mais pas n'importe quoi. Du sensationnel, des citations, des témoignages. Et comme le déclare Grant, le patron de Lynn :

Un bon papier, c'est quand les gens le lisent et ont envie de raconter l'histoire qu'ils viennent de lire à tous leurs copains.

Pour autant, il ne veut pas entrer dans le système du voyeurisme, dans le genre de sites qui comme Bestgore diffusent des vidéos sordides, d'horreur, de petits films tels que la dégustation par un individu taré de morceaux de viande prélevés sur son copain (véridique!). Ou des viols, des meurtres, tout ce qui plait à une population qui se délecte du visionnage de ces reportages tournés dans un but inavouable. Des photos et des vidéos non bricolées, non retouchées, partagées, car les gens ont le droit de connaître la vérité, d'après le créateur de ce site malsain. Et il en existe d'autres.

Car tous se retranchent non seulement dans le droit mais dans le devoir d'information, la soif de vérité et la lutte contre les prétendues censures du Net. Et la frontière entre information et voyeurisme est floue.

C'est tout cela que Michel Moatti dénonce dans ce roman, car au-delà de l'intrigue bien ficelée mettant en scène un assassin qui justement aime faire de la mise en scène, dans un but bien précis, ce sont les médias toujours à l'affût du sensationnel qui sont visés. Et la mise en ligne de vidéos n'est plus seulement affaire de professionnels, mais d'amateurs qui sur Youtube, par exemple, mettent n'importe quoi pourvu que cela choque et attire des visiteurs. Le poids des mots, le choc des photos, slogan cher à Paris-Match, est détourné au profit de ceux qui veulent faire de l'audience, à n'importe quel prix.

Mais Michel Moatti, tout en apportant quelques descriptions, ne joue pas dans cette cour vénéneuse, et les images que le lecteur peut se représenter, il se les forge mettant son imaginaire au service du suggéré. D'ailleurs le rythme est rapide, les chapitres sont courts, presque comme des articles journalistiques, et l'ennui, qui pourrait insidieusement s'insérer consécutif à de trop longues descriptions, n'a pas le temps de s'installer que déjà on passe à une autre image, comme une lecture kaléidoscopique.

 

Michel MOATTI : Tu n'auras pas peur. Editions H.C. Parution le 16 février 2017. 474 pages. 19,00€.

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 13:46

Hommage à Maurice Renard né le 28 février 1875.

Maurice RENARD : Romans et contes fantastiques.

Qui se souvient aujourd'hui de ce grand fantastiqueur français qui œuvra dans la foulée de Jules Verne, de Herbert-Georges Wells, voire d'Edgar Poe, et fut reconnu par ses pairs, tout aussi bien Rosny Aîné que Jean Ray.

Rosny Aîné écrivait à son propos : Imaginons un Poe non plus mangeur d'opium, mais grand lecteur de Descartes : nous aurons un surnaturel à la française, un insolite qui n'exclut pas l'explication rationnelle, un merveilleux qui fait référence aux découvertes scientifiques, voila qui donne au fantastique de Maurice Renard son originalité.

Et en 1923, Jean Ray écrivait : Toute l'œuvre de Maurice Renard égrène ses pages comme un chapelet de pierres de luxe, de pierres de l'angoisse, de gemmes aux reflets opalins d'une cervelle humaine palpitante de la vie. Et les cailloux précieux se tiennent, s'agrippent, ne se séparent plus car, malgré sa beauté polychrome, sa diversité d'essence et d'action, cette œuvre semble tendre vers un tout, vers un point unique situé au-delà des connaissances humaines.

 

Lorsque j'ai découvert cet auteur, sur le tard, je n'ai pas été déçu comme on peut l'être parfois par un auteur trop encensé. Des œuvres élégantes, claires, dénuées de toutes ces horreurs, de toutes ces atrocités dans lesquelles se complaisent certains auteurs actuels qui recherchent plus l'accumulation de l'effroyable, de la cruauté, du sensationnel, que la nouveauté. Certains, pas tous heureusement.

Maurice Renard fut en quelque sorte le précurseur dans ce domaine littéraire d'un genre bien particulier, et à la lecture de quelques uns de ses contes, j'ai ressenti comme une impression de déjà lu. impression inévitable puisque les textes de Maurice Renard sont antérieurs à bon nombre de récits que j'ai pu lire depuis des décennies, depuis mon adolescence.

Des similitudes, je ne parle pas de plagiats ni de parodies, des similitudes existent avec des textes dus à des auteurs américains par exemple. Ce qui n'est pas forcément répréhensible ou gênant pour le lecteur. Partant d'une même idée de base, chacun peut la développer à sa façon, dans son style propre.

Maurice Renard est un auteur à découvrir, à lire ou à relire, car il écrit d'une manière alerte, claire, élégante (je sais je l'ai déjà écrit), dénuée de toute vulgarité ou de ce style ampoulé qui paraît bien désuet aujourd'hui.

Un merveilleux conteur et prosateur, également poète, qui sait faire passer dans le dos ce délicieux frisson de l'aventure fantastique.

 

Ainsi dans Les mains d'Orlac (1920) il explore le thème de la main greffée qui acquiert une existence autonome aux dépens de son propriétaire. Auparavant, dans Le Péril bleu (1912) il met en scène, thème récurrent, des extra-terrestres inattendus. Mais il manipule également l'impossible, avec virtuosité, dans Le Maître de la lumière, Le professeur Krantz ou L'homme truqué à moins qu'il préfère l'indicible des Mille et un matins, ou encore Fantômes et fantoches.

Le lecteur de ces pages ne ressort pas avec un goût amer dans la bouche et des visions d'horreur plein la tête, mais émerveillé et quelque peu rêveur.

En nous sommeille notre âme d'enfant, et elle ne demande qu'à se réveiller comme lorsqu'au temps de nos tendres années nous nous délections avec des histoires issues des Contes des Mille et une nuits, des aventures de Peter Pan ou de Gulliver.

 

Sommaire :

Préface de Jean Tulard.

Fantômes et fantoches

Le docteur Lerne , sous-dieu

Le péril bleu

M. D'Outremort

Les mains d'Orlac

L'homme truqué

Château hanté

La rumeur dans la montagne

Un homme chez les microbes

Le professeur Krantz

Le maître de la lumière

Contes des mille et un matins

Documents (recueillis par Francis Lacassin)

Maurice RENARD : Romans et contes fantastiques. Recueil établi par Jean Tulard et Francis Lacassin. Collection Bouquins. Editions Robert Laffont. Parution mars 1990. 1282 pages.

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 14:42

Mais le plus tard possible...

Jean-Paul NOZIERE : Et vous mourrez longtemps.

La frontière entre littérature pour adolescent et celle pour adulte n'existe pas pour Jean-Paul Nozière. Il s'adresse à tout le monde, sur le même pied d'égalité, faisant fi de l'âge, car les thèmes abordés s'adressent aussi bien aux deux catégories de maturité.

Huit nouvelles composent ce recueil, des textes inédits ou déjà publiés lors de parution dans des ouvrages collectifs.

Elles possèdent en commun un procédé théâtral, ou radiophonique, avec peu de personnages. D'ailleurs le ton est donné dès la première de ces nouvelles, intitulée Délivrance.

Les projecteurs s'allument. Sur la scène, deux corps sont allongés sur un sol couvert de poussière rouge. Un homme et une femme...

Cet homme, c'est Hugo, encouragé par Inès. Il n'en peux plus, il est fatigué. Depuis deux mois ils marchent. Ils n'ont plus rien à manger, ils ont soif. C'est l'home qui se plaint tandis que la femme l'exhorte à continuer. Ils doivent grimper une falaise puis redescendre le chemin qui mène à la grotte, but de leur pérégrination. Hugo est défaitiste, heureusement Inès est là pour le motiver.

 

Blanc comme neige : Un policier interroge Bambi, un surnom donné comme une dérision mais que le gamin revendique. L'homme veut connaître le fin fond de l'histoire des billets truqués, et surtout quel rôle lui et son copain Emeci ont joué dans cette histoire. Emeci, comme M.C. Solar. Un huis-clos entre un adulte et un gamin mais qui aura le dernier mot ?

 

Alain Delon : A cause de ses copains poivrots, comme lui, qui l'ont surnommé Alain Delon, Momo est devenu fier comme Artaban. Et c'est dur de se rendre compte devant la glace qu'il est un vieux rabougri, fringué comme une loque.

 

N'oubliez pas de composter votre mort : Dans le train corail qui effectue la liaison Lyon-Perrache/Dijon, un trajet que Léa vient d'effectuer une douzaine de fois, toutes les semaines, enfin elle pense que cette fois c'est la bonne. Elle tend son billet non composté au contrôleur. Une façon comme une autre pour engager la conversation avec l'homme de la SNCF qui apparemment n'attend que ça. D'ailleurs, il remarque qu'elle lit un roman policier et la discussion prend un tour littéraire et il avoue avoir été publié à la Série Noire. Il a en tête une histoire de tueur en série qui propose à ses futures victimes un pistolet, les laissant composter leur mort. Un peu l'histoire de l'arroseur arrosé.

 

La messe est finie : Le père Angelo Tortori est complètement déprimé. Son église tombe en ruines mais il n'a pas les moyens financiers pour engager des réparations. L'évêque n'a que faire de la paroisse de San Domenico et le père Angelo enrage. Il s'adresse au Christ qui le regarde du haut de sa croix. Une solution existerait bien, elle se nomme Fausta Carli, une vieille dame riche dont l'héritage serait le bienvenu. Une histoire qui rappelle un peu Don Camillo avec les imprécations du curé et ses discussions avec le Christ, lequel le met en garde contre toute envie d'outrepasser quelques règles des Dix commandements.

 

Voici quelques-unes des histoires dont Jean-Paul Nozière nous régale, avec cet humanisme qui joue sur la dérision et l'humour noir. Des scénettes qui pourraient être adaptées dans un film à sketches comme Les 7 péchés capitaux, Le Diable et les dix commandements, La Française et l'amour, Les contes de Canterbury, Les Parisiennes, Le crime ne paie pas et autres films qui furent en vogue principalement dans les années 50/60.

A conseiller à ceux qui aiment les bonnes nouvelles, et à ceux qui désireraient découvrir un genre possédant toutes les facettes d'un prisme dont la vengeance, la jalousie, la cupidité, le machisme seraient les vitrines principales.

 

Sommaire :

Délivrance

Blanc comme neige

Alain Delon

N'oubliez pas de composter votre mort

La sœur de Pinocchio

Morte dans l'après-midi

La messe est finie

Et vous mourrez longtemps

 

Jean-Paul NOZIERE : Et vous mourrez longtemps. Collection Nouvelles. Editions Thierry Magnier. Parution le 11 janvier 2017. 208 pages. 11,00€.

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 06:14

Plus fort que Vivaldi et ses 4 saisons...

Jean-Christophe CHAUMETTE : Les 7 saisons du Malin.

Les 7 saisons du Malin est un recueil de nouvelles déclinant les âges de la vie en prenant comme thème les 7 péchés capitaux.

Ainsi, la Naissance associée à l’Envie met en scène une jeune femme qui aurait tout pour être heureuse mais ne se contente pas de ce qu'elle possède. C’est une jalouse, une envieuse, et évidemment cela va lui jouer un sale tour.

L’Enfance et la Gourmandise vont souvent de pair, mais le boulimique Francis va apprendre à ses dépends qu’il faut parfois se raisonner.

Suivent l’Adolescence et la Luxure, la Jeunesse et l'Avarice, l’Âge adulte et la Paresse, l’Âge mûr et la Colère, enfin la Vieillesse et l’Orgueil.

Le tout avec toujours comme personnage récurrent Théophanis Theosphelpemis.

 

Un recueil à lire le sourire aux lèvres, afin de conjurer le sort et ne pas laisser le Malin s’arroger le droit de régler le destin à sa façon.

Jean-Christophe Chaumette narre ces différents épisodes avec une verve satanique et l’on en redemande.

Jean-Christophe Chaumette a débuté au Fleuve Noir, mais la récession enregistrée tant en nombre de titres qu’en auteurs Français publiés par cette maison d’édition quinquagénaire (lors de la parution de la première édition de ce recueil) fait que quasiment tous les romanciers qui signaient au Fleuve ont été laissés sur la touche. Rares sont ceux qui ont pu tirer leur épingle du jeu et s'attirer les faveurs d'autres éditeurs.

 

Première parution : Collection 2000.com. Editions Naturellement. Parution mars 2000.

Première parution : Collection 2000.com. Editions Naturellement. Parution mars 2000.

Jean-Christophe CHAUMETTE : Les 7 saisons du Malin. Editions L'ivre-Book. Parution 25 février 2017. 166 pages. Version numérique 3,99€.

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 06:41

Un héritage pas forcément convoité...

Hugo BUAN : L'héritage de Jack l'Eventreur.

Le commandant Workan n'apprécie pas d'être dérangé au téléphone, même si c'est une dame qui le demande. Mais lorsque sa correspondante lui précise que ce qu'elle a à lui confier concerne, entre autre, sa mère et qu'elle lui donne rendez-vous au Décollé, son intérêt est immédiatement éveillé.

Deux affaires distinctes qui pourtant possèdent un vague rapport, d'après ce que Workan comprend.

Sa mère a été assassinée de nombreuses années auparavant dans des conditions mal définies, et il en garde une trace indélébile. Mais le Décollé, ou Pointe du Décolé, le ramène quelques semaines en arrière, à Saint-Lunaire près de Saint-Malo. Une enquête qui avait été confiée à son adjoint le capitaine Lerouyer mais qui s'était soldée par un échec et transmise à la gendarmerie locale.

Le lendemain en fin d'après-midi il se rend donc à Saint-Lunaire et rencontre madame Drummond, une vieille dame, enfin pas tant que ça puisqu'elle n'est que septuagénaire, dans sa villa. Bien entendu la conversation débute par le rappel de l'assassinat qui s'est déroulé sur la personne d'une jeune femme, une prostituée d'après madame Drummond, l'affaire non résolue, mais il s'agit de tout autre chose dont elle veut entretenir Workan.

Elle lui révèle, sous le sceau du secret, qu'elle n'a pas d'enfant, possède une sœur, Jessica, mais plus important et plus effrayant, qu'elle est l'arrière-petite-fille de Russel Stablehorse. A première vue, ce nom ne dit rien à Workan, mais lorsqu'elle lui précise que Russel Stablehorse est plus connu sous le nom de Jack l'Eventreur, le commandant de police en reste sur le cul. Heureusement qu'il est assis.

Tout d'abord il pense à une affabulation mais elle possède des documents, des feuillets écrits de la main du tueur qu'elle a photocopiés, les orignaux étant placés dans un coffre, selon lesquels le fameux Jack dit l'Eventreur auraient perpétrés plus de crimes que ceux recensés puisqu'il aurait également sévi en Indes où il a résidé quelques années pour son travail d'architecte. Or il semblerait que le meurtre en 1999 de la mère de Workan, Ewa, serait signé par un individu agissant de façon similaire que le célèbre tueur britannique. Une méthode utilisée envers la jeune morte découverte à Saint-Lunaire.

Madame Drummond pense que le copieur pourrait être Terry, le fils de Jessica, internée dans une clinique psychiatrique de Dinan, dont elle n'a plus eu de nouvelles depuis des années. Quant au frère de Terry, Harry, il est supposé mort dans un affrontement militaire en Afghanistan au début des années 2000. Or Terry est le premier descendant mâle de Russel Stablehorse et la corrélation entre les deux hommes de la famille semble évidente.

Et Workan se trouve plongé à nouveau dans ce drame familial qui le perturbe quotidiennement, l'assassinat non résolu de sa mère. Il tient absolument à s'investir personnellement, malgré le refus de son patron, le commissaire divisionnaire Prigent, et de la procureure Sylviane Guérin, qu'il ne porte pas dans son cœur. Et c'est réciproque. Mais une autre affaire le requiert, l'agression d'un chirurgien-orthopédiste d'une clinique rennaise. Or l'homme de l'art est l'ami d'un député qui brigue un poste ministériel, donc il faut tout mettre en œuvre pour découvrir l'agresseur, rapidement et sans faire de vagues.

Workan se renseigne auprès de monsieur Cochet, un résident de Saint-Lunaire, qui avait hébergé la défunte de l'été précédent. L'homme reconnait volontiers avoir accueilli la jeune femme, une nommée Yuliya Svyrydiuk, originaire d'Ukraine. C'est un homme serviable que ce monsieur Cochet qui offre asile à ce que pudiquement on appelle une escort-girl. Yuliya a été remplacée par Cathia, qui pourrait être originaire des Balkans mais l'est tout prosaïquement de Clermont-Ferrand. Cette brave môme va connaître le même sort que sa prédécesseuse.

Workan refile l'affaire du chirurgien à ses adjoints Leila et Roberto. Leila est accessoirement sa maîtresse, et Roberto ne se montre pas futé. Alors évidemment ça patine et Workan est obligé de mener de front les deux enquêtes, l'officielle et l'officieuse, en ménageant la chèvre et le chou. C'est-à dire la procureure et le commissaire.

 

Workan est un policier qui use de l'humour à froid, grinçant, voire acerbe, et ses réparties cinglantes, avec notamment Sylviane Guérin, la procureure, donnent une note humoristique dans une intrigue qui lui tient personnellement à cœur. Et dont le résultat pourrait le libérer d'un poids qu'il traîne depuis quinze ans comme un boulet. Un souvenir dont il ne peut se défaire, ravivé tous les ans par la réception d'un morceau de tissu ensanglanté.

Workan, on a déjà pu s'en rendre compte dans les précédentes aventures dont vous pouvez retrouver les chroniques ci-dessous, est un policier bourru, agissant comme un électron libre. Il circule à bord d'une vieille Bentley, son côté provocateur.

Le côté humoristique est complété par ses relations avec Leila, et surtout par les bévues de Roberto, l'adjoint qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et ne sait pas prendre d'initiatives.

Mais le plus important dans ce roman, c'est bien le côté personnel auquel Workan est confronté. Ce retour en arrière sur le décès de sa mère. Et Hugo Buan joue avec brio sur le présent, les mortes de Saint-Lunaire, le passé proche, l'assassinat de la mère de Workan, et le passé plus lointain, ce retour en arrière sur les traces de Jack l'Eventreur. Bien entendu, tout en apportant une thèse sur l'identité de cet assassin, Hugo Buan reste fidèle à l'Histoire du Ripper tel que décrite par les spécialistes.

Amusant parfois, émouvant souvent, ce nouvel opus des enquêtes de Workan est une réussite. Avec une porte ouverte sur une nouvelle affaire. Seul petit point noir, Harry, le frère supposé décédé en Afghanistan, est prénommé en fin de volume Andy.

 

Hugo BUAN : L'héritage de Jack l'Eventreur. Commissaire Workan N°8. Editions du Palémon. Parution le 22 septembre 2016. 304 pages. 10,00€. Version numérique 5,99€.

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 06:28

Des jumelles sans la courroie mais dans un bel étui !

Sophie AUBARD : Pas de deux.

Entre Manon et Solyne, c'est le jour et la nuit.

Manon, l'extravertie bruyante, et Solyne, l'introvertie silencieuse.

Pourtant tout devrait les rapprocher mais tout les sépare, même si elles vivent ensembles. Elles sont jumelles et ont vécu un drame dans leur adolescence.

Alors que le 24 décembre 1997, les deux jeunes filles et leurs parents étaient en vacances dans les Petites Antilles, afin de changer des séjours à la neige, un petit avion de tourisme a percuté leur voiture sur une route menant à la plage. Un passage dangereux, la route étant à proximité des pistes d'atterrissage. Bilan, deux morts et deux rescapés dans le véhicule, sans compter les occupants de l'avion d'instruction.

Depuis Manon et Solyne vivent dans un appartement situé en haut d'une maison de ville de Levallois-Perret, en compagnie de leur chien Haka. Sous le regard curieux de leur voisine madame Chaville, une vieille dame solitaire et toujours à l'affût.

Manon est vive, enjouée, insouciante, travaillant l'après-midi pour une boîte de communication implantée dans la commune. Elle sort souvent le soir, retrouvant son amie Charlène dans un bar. Elle s'amuse, laissant sa sœur seule à la maison.

Solyne est timide, réservée, et travaille le matin à la médiathèque de Levallois. Le samedi elle fait ses courses sur le marché, mais ne parle à personne. D'ailleurs pour ne pas être dérangée, elle feint d'être en communication téléphonique, le portable accroché à l'oreille. Elle est bénévole dans une association caritative et fréquente l'église du quartier. Mais c'est avec une certaine réticence qu'elle distribue les repas et s'approche des indigents. Et elle se méfie de l'œil inquisiteur de madame Chaville, œil qui obstrue le judas lorsqu'elle rentre ou sort.

Manon est attirée par le nouveau serveur qui officie derrière le comptoir du Balajo, son bar préféré, et elle s'en ouvre à Charlène qui elle se dépêtre avec ses affaires de cœur. Il s'appelle Naël et est étudiant. Son père vit toujours au Liban dont il est originaire. Les présentations sont rapides, et ils se promettent de se revoir le plus rapidement possible.

Et tandis que Solyne cultive sa sobriété, Manon déguste le Chablis avec gourmandise, rentrant parfois un peu pompette. Solyne reste solitaire et Manon fréquente Naël.

 

Ce qu'elles ignorent, c'est qu'un homme les suit, les épie, lorsqu'elles sortent ou rentrent chez elles, toujours séparément. Et il envoie des messages adressés à un mystérieux correspondant, messages qu'il signe Le Clown.

 

Une vie tranquille, rangée dans une banlieue proche de Paris, deux jeunes femmes apparemment sans histoires qui vivent ensembles sans heurt, ou presque. Parce que parfois Solyne n'est pas contente de Manon et elle le dit, le crie presque. De ses sorties nocturnes, de son goût pour le Chablis, de sa propension à ne pas ranger leur petit appartement. Solyne est tellement rigoureuse.

Et peu à peu le lecteur découvre les us et coutumes de ces deux sœurs, si différentes dans leurs réactions. Il lit les messages du Clown et les recommandations ou exigences de son correspondant.

Et il se demande si Sophie Aubard n'aurait pas utilisé un thème dont certains auteurs de romans policiers de détection usèrent de temps à autre, avec plus ou moins de bonheur. Alors le doute s'installe dans l'esprit du lecteur. Elle, Sophie Aubard, n'aurait pas osé quand même ! Et si, elle a osé, mais c'est si bien amené, si habilement construit, que le lecteur se laisse prendre par la main jusqu'à un épilogue logique et émouvant.

Une histoire d'amour, un roman à l'eau de rose diraient certains, mais également un roman de suspense, une énigme qui devient angoissante quant au devenir de ces deux sœurs, et juste quelques personnages qui gravitent autour d'elles. L'auteur s'attache à l'aspect psychologique de Manon et Solyne et construit son intrigue avec brio, ce qui n'était pas facile au départ. Elle joue en permanence sur la corde raide sans être déséquilibrée.

Une histoire simple et pourtant la vie est compliquée, à moins que ce soit le contraire. Mais une belle histoire qui nous change des brutalités policières ou autres, des affaires de drogue, des loubards de banlieue, de la morosité de la vie. Même si la vie n'a pas épargné nos deux jumelles. Un roman rafraichissant alors que l'intrigue joue sur les nerfs.

 

Chaque début de chapitre est consacré à un accident aéronautique, ce qui nos remémore quelques souvenirs mais en même temps l'on découvre d'autres accidents qui n'ont pas forcément fait la une des journaux, ou si peu.

 

Le rugby est un sport de voyous joué par des gentlemen, alors que le foot est un sport de gentlemen joué par des voyous.

Sophie AUBARD : Pas de deux. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 19 janvier 2017. 210 pages.8,95€.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 11:35

Hommage à Paul Gerrard, né le 21 février 1910.

Paul GERRARD : La Javanaise.

Si les jeux des adultes et ceux des enfants parfois se ressemblent étrangement, il faut bien constater néanmoins que ceux des adultes sont toutefois plus meurtriers et moins ingénus.

Si Sandri et ses petits camarades se frottent à la bande des frères Peyraud, Les Rouquins comme ils les ont surnommés, en réalité cela ne va jamais bien loin.

Enfin pas jusqu'à mort d'homme ! Ce n'est pas comme les adultes qui n'ont aucun savoir vivre.

Pour un malheureux colis qu'ils s'arrachent, les voilà qu'ils défouraillent à tout va. Même que les balles ne sont pas perdues pour tout le monde. Surtout pas pour le pauvre Sandri, le pauvre, qui récolte des pruneaux alors qu'il ne demandait rien à personne. Juste un peu d'amour et de compréhension.

Mais, et si on envisageait l'hypothèse, saugrenue je vous l'accorde, que le jeune Sandri était celui à qui étaient destinées les projectiles ?

En ce cas on serait en droit de se demander ce qui avait nécessité de telles mesures expéditives. Les morts gratuits, cela existe, et comme dit son père, Je suis le plus insignifiant des hommes et mon fils n'avait que le capital de sa jeunesse.

 

Un roman policier qui débute un peu comme un ouvrage destiné à la jeunesse mais qui devient très rapidement pathétique, avec un regard sans complaisance jeté sur des parents, des adultes cyniques.

D'ailleurs Paul Gerrard, né sous le patronyme de Jean Sabran, a écrit de nombreux romans pour la jeunesse sous le pseudonyme de Paul Berna dont l'immortel : Le cheval sans tête, qui a reçu le Grand Prix de littérature du salon de l'enfance en 1955.

De temps à autre on redécouvre Paul Gerrard et il serait bon de retrouver quelques rééditions de bon aloi, ne serait-ce qu'en volume Omnibus. Il le vaut bien. Même si des Intégrales ont été publiées par le Masque à la fin des années 1990, mais cela est bien loin et les ouvrages ne sont plus disponibles.

La Javanaise, un roman dur, émouvant, poignant, avec cependant quelques touches d'humour, histoire de mieux se replonger dans la triste réalité.

 

Première édition : Presses de la Cité. Coll. Un Mystère n°707. Parution 1964.

Première édition : Presses de la Cité. Coll. Un Mystère n°707. Parution 1964.

Paul GERRARD : La Javanaise. Collection Le Masque Jaune N°1964. Parution 5 juillet 1989.

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 06:55

Inusable Sherlock et éternel Holmes !

Les avatars de Sherlock Holmes.

Sherlock Holmes, personnage emblématique de la littérature policière, et de la littérature tout court, est peut-être le héros de fiction ayant connu le plus de textes apocryphes, de parodies et de pastiches.

En effet, le premier texte le mettant en scène et n'étant pas signé par Conan Doyle, est écrit à peine quatre mois après cette naissance littéraire, par le créateur d'un autre monument de la littérature populaire britannique, James M. Barrie et son héros Peter Pan.

Avec un humour très britannique, James M. Barrie se met en scène dans cette nouvelle intitulée Une soirée avec Sherlock Holmes. Il rend visite à Conan Doyle et le célèbre détective est là, se prélassant dans un fauteuil. Débute alors entre les deux hommes une joute oratoire, afin de déterminer qui sera le plus déductif.

Annoncé comme recueil inédit, il faut toutefois relativiser puisque le texte de P.G. Wodehouse, Extraits du carnet d'un détective, a déjà été publié dans le volume 2 du Mémorial Sherlock Holmes, chez Clancier-Guénaud, en octobre 1982 sous le titre Le plus grand triomphe d'Adrian Mulliner dans une traduction de Geneviève Lebaut. Cette nouvelle met en scène un détective privé, Adrian Mulliner, qui veut absolument narrer une de ses aventures aux quelques membres du club présents ce soir-là. Il dénigre Sherlock Holmes, se demandant comment il peut s'en sortir financièrement.

Comme l'indique le titre de cette nouvelle écrite par Edward Frederic Benson et Eustace H. Miles, Le retour de Sherlock Holmes nous propose les retrouvailles de Watson et de son ami alors que le détective était censé avoir disparu dans les chutes de Reichenbach.

Si A. A. Milne est plus connu comme le créateur de Winnie l'Ourson, popularisé par les Studios Disney, il ne faut pas oublier qu'il fut aussi un romancier pour adulte, dont l'excellent Mystère de la maison rouge, un classique du roman de détection réédité en 1995 au Masque. Avec L'enlèvement de Sherlock, sous-titrée La seule version authentique des aventures de Holmes, voici une histoire totalement décalée qui tient en quatre pages, seulement.

Je passe rapidement sur les autres nouvelles qui figurent dans ce recueil, non pas quelles soient inintéressantes, au contraire, mais pour m'attarder un peu plus longuement sur Le Mystère de Pegram de Robert Barr. Rien que le titre, ou plutôt cette histoire, est un véritable mystère car elle fait l'objet de deux traductions quasiment simultanées. Celle-ci est signée Jean-Paul Gratias, et le titre original est : Detective Story Gone Wrong : The Adventures of Sherlaw Kombs.

Une fois encore le clone du détective de Conan Doyle, grâce à son don de déduction parviendra à résoudre une énigme ferroviaire qui semblait dès le départ vouée à l'échec. Mais pour une fois, tout en ayant raison, il se trompera sur l'identité du coupable.

Ce qui m'a amusé et interloqué tout à la fois, c'est le fait que le traducteur, avec sûrement une bonne raison, a changé le nom du protagoniste. Sherlaw Kombs est devenu sous sa plume, ou son clavier, Charlot Keums. Peut-être dans un but de compréhension phonétique, allez savoir. Et quand on nous serine que les traducteurs veulent rester fidèles au texte original !

Enfin, dans la nouvelle qui clôture ce recueil, L'affaire du second butin, est due également à Robert Barr, on ne se lasse pas de redécouvrir cet auteur britannique contemporain de Mark Twain, Jerôme K. Jerôme, H. G. Wells et Conan Doyle et avec lesquels il collabora. Mais dans cette historiette Conan Doyle lui-même est mis en scène tout comme Sherlock Holmes à qui il rend sa véritable identité.

 

Les avatars de Sherlock Holmes est une anthologie extraite du Grand livre des parodies et pastiches holmésiens composé par Otto Penzler en 2015, un volume qui devrait être suivi d'autres publications, pour le plus grand plaisir des amateurs de Sherlock Holmes mais également de textes humoristiques et quelque peu insolents.

 

Sommaire :

Avant-propos de l'éditeur.

 

James M. Barrie : Une soirée avec Sherlock Homes (An Evening With Sherlock Holmes). Traduction de Jean-Paul Gratias.

P.G. Wodehouse : Extrait du carnet d'un détective (From a Detective's Notebook). Traduction de Frédéric Brument.

E.ustace H. Miles : Le retour de Sherlock Holmes (The Return of Sherlock Holmes). Traduction de Frédéric Brument.

A. A. Milne : L'enlèvement de Sherlock (The Rape of Sherlock). Traduction de Frédéric Brument.

John Kendrick Bangs : Une énigme pragmatique (A Pragmatic Enigma). Traduction de Frédéric Brument.

Stephen Leacock : Tiré par les cheveux (An Irreductible Detective Story). Traduction de Frédéric Brument.

Robert Barr : Le mystère de Pegram (Detective Story Gone Wrong : The Adventures of Sherlaw Kombs). Traduction de Jean-Paul Gratias.

Robert Barr : L'affaire du second butin (The Adventure of the Second Swag). Traduction de Jean-Paul Gratias.

Les avatars de Sherlock Holmes. Rivages Noir N°1037. Editions Rivages. Parution 4 janvier 2017. 140 pages. 6,20€.

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 15:33

Attention à la casse, car il ne s'agit pas de verre blanc susceptible de porter bonheur...

Eric FOUASSIER : Le piège de verre.

En cette fin du mois d'octobre de l'an 1503, l'assassinat d'un troisième alchimiste inquiète Anne de Bretagne en son palais de Blois.

Elle est convaincue que sa couronne est en danger, du moins celle de son mari le roi Louis XII. D'autant que d'étranges messages ont été gravés sur le front de chacun des homicidés. Sur le dernier en date figurent les lettres Let D.

Se souvenant que cinq ans auparavant, de ce qui est advenu lors du décès accidentel, du moins c'est ce qui a été officiellement déclaré, de Charles VIII, elle fait appel à Héloïse Sanglar, fille d'apothicaire et apothicaire elle-même, ayant repris l'échoppe de son père décédé dans de troublantes circonstances.

La jeune fille, âgée maintenant de vingt-trois ans, avait enquêté en compagnie de Pierre Terrail, le chevalier Bayard, démontrant un esprit intelligent, vif, et se montrant courageuse dans des moments difficiles. Elle prépare à l'aide de produits naturels des onguents, des panacées, des parfums et autres médications destinées à soulager les maux de toutes sortes. Au moment où l'envoyé de la reine lui enjoint de quitter Amboise et de se rendre immédiatement à Blois, elle met la dernière main à la confection de cierges commandé par un monastère. Elle se met immédiatement en route laissant son apothicairerie aux mains de son ouvrier-compagnon, compagnon dans le sens de compagnon du devoir, qui sait se débrouiller seul la plupart du temps.

Sur place, Héloïse fait montre de détermination et ne s'en laisse point conter par la Reine. Elle veut savoir pourquoi celle-ci est persuadée que le trône est en danger. Anne de Bretagne lui montre alors un parchemin qui avait été glissé dans son psautier et sur lequel est inscrite cette phrase pour le moins sibylline : Qu'En Ce Vitrail Le Lys Défaille.

Peu avant que Maître Barello, l'alchimiste, soit assassiné, il avait reçu la visite d'un maître verrier et de son assistant Jean surnommé l'Angelot. Héloïse recueille plus de renseignements auprès de Tiphaine, la servante, et de Guillaume, l'apprenti de l'alchimiste. Le jeune garçon a assisté à une scène étrange qui le fait frissonner encore d'horreur. L'alchimiste avait découvert une vitre rouge enchâssée dans un cadre de cuivre, avait déposé un jeune chiot près du verre puis allumé une chandelle. La lumière se reflétant dans le verre rouge avait touché l'animal qui en était mort. Incroyable.

Le maître verrier est reparti en compagnie de l'Angelot et il faut percer le secret qui entoure ce phénomène étrange et mortifère. Pour cela, le mieux est de se rendre à l'abbaye de Baume-les-Moines, dans le Jura, et le rencontrer. Anne de Bretagne adjoint à Héloïse le chevalier Henri de Comballec, baron de Conches, et son écuyer Robin. Toutefois avant de repartir pour Amboise afin de préparer ses affaires, Héloïse est agressée dans les jardins royaux par des soudards et elle ne doit, sinon la vie sauve, tout du moins une virginité intacte à Philippe de Clèves, évêque de Nevers, qui baguenaudait dans les parages.

Puis c'est le grand départ et Héloïse ne peut emmener tout son attirail d'onguents et autres médicaments, juste une petite trousse de premier secours, et là voilà juchée sur une mule alors qu'elle pensait effectuer le trajet à bord d'une litière. Faut pas rêver non plus.

En cours de route, les dangers guettent nos voyageurs, et arrivés sains et saufs, à Baume-les-Moines, c'est pour repartir munis d'un parchemin découvert dans une anfractuosité de l'édifice. Un parchemin comportant de nombreuses strophes qu'ils doivent décrypter s'ils veulent continuer leur chemin qui les conduira au maître vitrier. Bourges, Sens, Autun autant de villes étapes qui ponctuent ce jeu de piste et ce chemin de croix jalonnés de dangers de toutes sortes. Ils sont suivis par un albinos chargé de leur mettre des bâtons dans les roues, ou sous les pieds de leurs cheveux, voire de les éliminer.

Pendant ce temps, que fait Pierre Terrail, le chevalier Bayard, cet homme auquel pense si fortement Héloïse ? A la même chose, c'est-à-dire qu'il pense à la jeune femme et son souvenir est prégnant, malgré les nombreuses années au cours desquelles ils ne se sont pas vus, ayant tout juste correspondu la plupart du temps par pigeon voyageur. Bayard est actuellement près de Naples, combattant pour le compte du roi de France et affrontant les troupes espagnoles qui désirent elles aussi se partager ce morceau de province.

 

Roman historique, Le piège de verre est également un roman ludique, un thriller ésotérique, mais pas trop, et une histoire d'amour entre deux jeunes gens, voire trois car bientôt Héloïse s'aperçoit qu'Henri de Comballec ne lui est pas indifférent.

Mais c'est bien le thème historique qui prévaut, les problèmes rencontrés par Anne de Bretagne pour assoir sa notoriété, les jalousies exacerbées de celle qui a été répudiée, à cause d'une tradition qui veut que le nouveau roi épouse la veuve du précédent et surtout pour des intérêts domaniaux ou dont la descendance pourrait prétendre régner à la place de Louis XII, si celui-ci venait à décéder sans postérité.

Quant à la partie ludique, il s'agit de décrypter une énigme. Mais celle-ci est alambiquée, et il faudra user de leurs connaissances mais compter aussi sur une grande part de chance pour parvenir à décoder ce texte. Car une véritable course contre la montre se joue dans un contexte à étapes foisonnantes de rebondissements.

Roman de la manipulation, cette histoire est habilement construite et réserve son lot de surprises. Quant à l'épilogue, ouvert, il ouvre la voie à une nouvelle aventure d'Héloïse, aventure qui je l'espère sera écrite et publiée avant cinq ans, comme le laps de temps qui sépare celle-ci de la précédente.

 

Eric FOUASSIER : Le piège de verre. Roman historique. Editions Jean-Claude LATTES. Parution le 1er février 2017. 480 pages. 20,00€.

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 10:25

Hommage à Dick Francis, décédé le 14 février 2010.

Dick FRANCIS : Dans l’œil du cyclone

Perry Stuart est l’un des "Monsieur Météo" de la BBC, quelqu’un qui fait la pluie et le beau temps, à qui bon nombre d’entraîneurs de chevaux de courses viennent demander conseils, pronostics et prévisions météorologiques.

Ami et collègue de Kris Ironside, autre présentateur adulé, Perry ne résiste pas à la tentation de l’accompagner chez des propriétaires de chevaux, dont un protégé en devenir semble mal en point, puis de le suivre jusqu’en Floride afin de scruter, à bord d’un avion, l’œil d’un cyclone dans la mer des Antilles. Ce qui leur permettrait de faire d’une pierre deux coups : visiter en même temps une île lilliputienne qui abriterait ils ne savent trop quoi, le propriétaire de cette chiure de mouche sur une carte maritime n'étant pas prolixe dans ses explications.

L’épopée se déroule contre vents et marées et Perry se retrouve seul sur l’îlot en question, tel un Robinson moderne, survivant grâce à un troupeau de bovidés dont la présence est pour le moins insolite.

Et il va se trouver bon gré mal gré au cœur d’un complot dont l’attrait principal est l’uranium enrichi. Parmi les personnages qui gravitent dans cette histoire assez alambiquée, une accorte infirmière et un duo d’agents secrets, plus un cheval, animal qui pour une fois ne tient pas le rôle principal.

 

Dick Francis est un excellent raconteur d’histoires et le lecteur se laisse prendre à chaque fois dans des mailles plus ou moins grosses mais efficaces.

L’humour sous-jacent est toujours présent et les scènes à grand spectacle ne manquent pas. Et l’on découvrira la prépondérance des prévisions météorologiques, souvent plus importantes que les informations d’ordre général.

 

Dick FRANCIS : Dans l’œil du cyclone (Second Wind - 1999. Traduction Mona de Pracontal). Collection Thriller. Editions du Rocher. Parution 16 mai 2001. 266 pages.

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