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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 14:56

Bon anniversaire à Maurice Gouiran né le 21 mars 1946.

Maurice GOUIRAN : Qui a peur de Baby Love ?

Hormis ces prénoms à manger un hamburger dans un restaurant trois étoiles, qu’est-ce qui peut bien relier cette succession de morts succombés à une mode de suicide à moins qu’il s’agisse de meurtres perpétrés par un individu particulièrement machiavélique ?

D’abord c’est Polycarpe Bouffaréou qui est retrouvé pendu au dessus d’une passerelle. Seulement il porte un bandeau orange, qui cache le trou effectué par une balle de SIG-Sauer. De plus un carré de tissu gris est accroché à son veston. L’arme du crime est retrouvée quelques mètres plus bas. Bref cela ressemblerait bien à une mise en scène selon le lieutenant Emma Govgaline mais il lui manque des éléments pour étayer cette hypothèse, d’autant que des traces de poudre sont relevées sur sa main. Le lendemain, un deuxième cadavre, du nom de Passionis Cimarosa est découvert dans une calanque. Selon toutes vraisemblances un nouveau suicide avec comme point commun le SIG-Sauer, le bandeau de couleur, différente cette fois, le morceau de tissu gris sur le veston. Et si cela ne suffisait pas un troisième trépassé est retrouvé dans un parking, Pamphile Bonfaloux.

Les trois défuntés occupaient un poste en vue dans la société marseillaise, parfois très proche du maire. Bizarrement leur décès était programmé dans le journal local, annoncé par la veuve, les enfants, la famille et un(e) certain(e) Baby Love. Manquaient la date de décès et celle des obsèques.

Pendant ce temps, Clovis, le héros récurrent des romans de Maurice Gouiran, est sollicité par Elodie, charmante jeune femme qui joue les intérimaires dans son lit, car son frère Paterne, installé comme professeur à Strasbourg se serait ôté la vie à l’aide d’une arme à feu le jour du 1er de l’an. Premièrement il n’avait aucune raison de quitter notre bonne vieille terre, ensuite des traces de poudre subsistaient sur sa main droite. Seul problème, Paterne était gaucher. Dans l’ordinateur de Paterne subsiste une vieille photo de classe avec huit condisciples vêtus de blouses grises. En 1972, un anachronisme.

Le lien est trouvé grâce à Raf, un policier qui renseigne pour le plaisir Clovis, et rejoint ce que notre héros va pouvoir confronter avec les informations recueillies auprès d’Emma. Huit collégiens, âgés de dix sept ans environ, étaient internes dans un institut catholique marseillais dont l’aumônier, le père Sylvain, ancien de l’OAS et auparavant de l’ORAF, Organisation de Résistance de l’Algérie Française, créé en 1956, honnissait les communistes, la gauche dans son ensemble et prônait les valeurs de l’extrême droite, fustigeant les ultra gauches. Les huit condisciples auraient flirté avec le GUD, une émanation de l’association Occident.

Lors d’un repas pris en compagnie d’Emma, qui vient d’être dessaisie de l’affaire par le juge d’instruction au profit d’une vague enquête concernant un supposé attentat envers une ligne ferroviaire, et d’un des survivants de cet établissement, Philogène ils apprennent que les autres condisciples se prénommaient Priam, décédé depuis, Philémon et Pancrace. Pendant qu’Emma et Clovis dissertent, Philogène prétextant une avarie de la prostate se rend aux toilettes où il est retrouvé une balle dans la tête, l’arme à ses pieds. Cette affaire de P sent vraiment trop mauvais.

 

L’histoire prend donc sa genèse dans un institut catholique, ferment d’idées extrémistes et favorisant les amitiés particulières. D’ailleurs les bandeaux enserrant les têtes des morts sont de couleurs différentes, un peu comme un arc en ciel ou les couleurs du Rainbow Flag, couleurs des homosexuels. Maurice Gouiran ne se gêne pas, et il a raison, pour tirer à gauche et à droite, pour dénoncer les politiciens qui veulent se faire un nom avant de prouver leurs compétences.

Ainsi : Décidément, ces socialos qui avaient mis le pays sur la paille n’étaient même pas capables de s’entendre entre eux. Comment pouvaient-ils pouvoir prétendre gouverner un jour ? Mais tout le monde en prend pour son grade, pour preuve : A Marseille, on interdisait systématiquement la passerelle lorsque le chef de l’Etat daignait gratifier la cité phocéenne de son auguste présence, question de sécurité probablement. Mais ce matin-là, le premier des Français, bien critiquable à d’autres égards, n’y était strictement pour rien.

Les hommes politiques ne sont pas les seuls visés. Les policiers et les journalistes également : Pour nous (journalistes), comme pour la police, l’affaire était close (décès de Paterne) et le sujet du jour, c’étaient les incendies de voitures, les vrais, les faux. La polémique enflait à ce sujet et les lecteurs avaient sacrément besoin d’infos croustillantes. L’auteur assène des vérités qui ne font pas toujours plaisir, mais c’est ça le rôle d’un écrivain honnête, au risque de déplaire. Ainsi les failles de l’école privée, comparée à l’école publique. Les bourgeois, mais aussi les ruraux confiants dans une éducation rigoureuse, qui n’hésitaient pas à dépenser moult argent pour des résultats peut-être probants mais aux méthodes discutables. Mais on peut sourire toutefois à cette affirmation : A Marseille, les filles sont si belles qu’un mec normalement constitué ne peut guère résister à l’appel de la chair.

Maurice GOUIRAN : Qui a peur de Baby Love ? Editions Jigal ; collection Jigal Polar. Parution septembre 2009. 276 pages. 18,25€.

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 13:41

Un romancier berger qui n'en faisait pas tout

un fromage !

THIRION Louis : Un portrait.

Né le 25 octobre 1923 à Neufchâteau dans les Vosges, Louis Thirion s'est éteint le 9 décembre 2011 à Paris.

Après une enfance qui l'entraîne des Vosges jusqu'à Dieppe en passant par les Basses-Alpes (devenues Alpes de Haute Provence) Louis Thirion sera marqué par la tentative sanglante de débarquement Anglo-Canadien le 19 août 1942, qu'il voit d'une fenêtre de la maison familiale. Ce jour là il passe du statut d'adolescent à celui d'adulte.

A cette époque il s'intéresse surtout au "bricolage" scientifique utilisant pour cela l'imposant matériel abandonné par son père, pionnier de la radio et collaborateur aux premières émissions de Radio Tour Eiffel. Ce qui l'amène à monter des postes émetteurs clandestins, établissant des liaisons radio avec des chalutiers navigant dans la Manche, ce qui se traduitt par une certaine confusion et engendre quelques enquêtes gênantes. Ce qui l'a amené à devenir interprète pour l'armée américaine, pour le 195 Rail of Batellion, en 1944.

Mais laissons la parole à Louis Thirion qui s'exprimait ainsi :

Plus tard, cette manie devait me créer des problèmes et je me souviens d'un certain soldat allemand venu imprudemment seul et sans arme acheter des œufs, qui me trouva écouteurs aux oreilles, en pleine zone interdite. Je ne sais pas lequel eut le plus peur des deux, mais je crois bien que cette maison, perdue dans le lacis inextricable des chemins creux normands, fut abandonnée par notre équipe en moins de dix minutes.

Plus tard, la paix revenue, je voyageai avec optimisme en Europe, à la recherche d'un moyen de gagner ma vie sans m'ennuyer. Mais de la pêche au thon pour laquelle je n'étais pas doué, en passant par le forage de puits de mine et la vente de calendriers polychromes, j'accumulais des expériences plus ou moins réussies.

Puis décidant d'utiliser quelques diplômes qui traînaient dans mes dossiers, je collaborai pendant quelques années avec un laboratoire. Initié aux secrets de la recherche biologique moderne, je découvris cet infini à la fois merveilleux et inquiétant qu'est le bouillonnement de la vie. J'eus brusquement envie de réfléchir et quittant le laboratoire, je devins berger. Seul sur les flancs austères des Pré-Alpes du Sud, en présence de l'infini cosmique, j'écrivis mon premier roman de science-fiction.

 

C'est ainsi que de 1960, étant agriculteur fromager dans la Drôme, puis son retour à la ville en 1970, travaillant dans la publicité pharmaceutique, puis un mariage tardif en 1972 conclu par la naissance de trois enfants, Louis Thirion écrivit des romans et des pièces de théâtre.

Son premier ouvrage, Waterloo morne plaine, fut publié en 1964 aux éditions du Scorpion et chroniqué dans Le Canard enchaîné le 20 mai 1964. L'article se terminait ainsi : un récit truculent, enlevé à la pointe de la baïonnette bic, suavement irrespectueux et contraire aux plus solides enseignements de l'école de guerre. A conseiller aux associations d'officiers de réserve.

THIRION Louis : Un portrait.

Suivirent deux romans d'espionnage aux éditions S.E.G. Un guépard pour Olga et Le guépard se mouille, respectivement en 1966 et 1967, puis Les résidences de Psycartown chez Eric Losfeld en 1968, qui eut l'honneur d'être chroniqué par Jacques Chambon dans la revue Fiction N°184.

1968, année turbulente mais également prolifique pour Louis Thirion qui entre aux éditions Fleuve Noir.

Parmi les auteurs de la Collection Anticipation, Louis Thirion est un peu l'électron libre méconnu coincé parmi une horde de romanciers issus du sérail, même s'il ne fut pas le seul a intégrer la digne vieille dame de la Science-fiction française à cette époque et à n'avoir produit quasiment uniquement que des romans relevant de ce genre.

Non seulement il n'est pas astreint à produire quatre romans par an, comme la plupart de ses collèges, mais de plus s'il inscrit ses ouvrages dans le space opera, ou opéra de l'espace, genre privilégié à l'époque, le traitement et ses sources d'inspiration divergent profondément.

Son premier roman, Les Stols, parait en juin 1968, date hautement symbolique puisque suivant les fameux débordements et les contestations du mois de mai.

En octobre 1998, Louis Thirion me précisait dans un courrier la genèse de ses romans de science-fiction et plus particulièrement la saga de Jord Maogan :

Ce fut un jour d'hiver des années 60 qu'accoudé au comptoir de zinc d'un bistrot minable de la rue Saint-André des Arts, aujourd'hui transformé en piège à touristes, que je me suis entendu dire par l'un des intellectuels de base de cette époque que les propos que je tenais à propos du monde en général et de l'évolution de la pensée moderne en particulier étaient superfétatoires.

Rendu modeste par cette affirmation péremptoire, je décidai de ne pas me mesurer aux géants mais de distraire le plus grand nombre. Cette décision a marqué ma vie car l'on parle encore de Sartre alors que personne ne parle jamais de moi mais qui dira le plaisir secret que l'on éprouve de se voir lire dans les autobus, les véhicules de livraisons en stationnement et les trains.

Il est vrai que Jord Maogan antihéros maladroit et emprunté auquel le Fleuve Noir (sans doute abusé sur sa véritable nature) a donné vie était un personnage peu banal. Principalement occupé à faire entrer les boules les plus grosses dans les plus petites, il a parcouru l'univers en translations instantanées (procédé emprunté depuis avec succès par nombre de suiveurs). Miracle on a parlé de moi pour me chercher des parrains; l'on a cherché des sources d'inspiration étrangères là où il n'y avait que cogitation personnelle. J'avais peut-être le droit de porter la barbe comme Karl Marx (ce que je me suis bien gardé de faire) mais je n'avais pas le droit d'avoir autant d'imagination que Van Vogt. Pire encore, je ne savais pas exploiter les filons par la production intarissable de clones. J'ai donc tué Maogan. La suite a été anarchique. Une succession de romans touts différents les uns des autres. Pourtant des bouquins comme Le temps des rats ou Cette chose qui vivait sur Véra sont restés bien actuels et en Amérique l'on a pris beaucoup de plaisir à lire Réalité 2.

THIRION Louis : Un portrait.

A la question bateau et pourtant incontournable : Comment vous sont venus le besoin, l'envie, le plaisir d'écrire et pourquoi de la littérature populaire, Louis Thirion m'avait répondu :

Parce qu'à notre époque les autres auteurs se prennent trop au sérieux.

 

Et s'il fut impossible aux critiques spécialisés d'accoler le nom de Louis Thirion à un célèbre précurseur, cet auteur atypique a suscité toutefois quelques vocations dont Roland C. Wagner. D'ailleurs, Roland C. Wagner, qui signe la postface de l'ouvrage Dans les espaces déjantés (éditions Critic), un long article consacré à la collection Anticipation avant Louis Thirion et présente l'œuvre de Thirion, ne tarissait pas d'éloges sur ce romancier qui lui fit découvrir à l'âge de dix ans la science-fiction en général et la mythique collection du Fleuve Noir en particulier.

 

Fin 1983, début 1984, paraissait le numéro 2 d'une revue au titre quelque peu provocateur : Le Singe revue cynique, qui était dirigée par Philippe Godard. Au sommaire la première partie d'un roman de Louis Thirion : Le bonheur est pour demain, titre apparemment resté inédit. Mais notre auteur signait également des articles de fond, dont : Tentative d'explication rationnelle de l'utilisation du fœtus humain dans une société post-reaganienne mécanisée, sous le pseudonyme du Docteur Mabuse-Lambioffier. Combien d'années fut éditée cette revue, combien de numéros furent publiés ? Seul Philippe Godard, qui par la suite collabora avec Louis Thirion pour l'écriture de quatre romans jeunesse pourrait nous le préciser.

 

Sources : Correspondance personnelle avec l'auteur et Fleuve Noir Info N°56 de septembre 1969.

 

Anticipation

354 - Les Stols

377 - Les Naufragés de l'Alkinoos

393 - Les Whums se vengent

427 - Ysée-A

456 - Sterga la noire

543 - Le Secret d'Ipavar

590 - Métrocéan 2031

599 - Chevaliers du temps

998 - Chez temporel

1182 - Le Répertoire des époques de cette galaxie

1204 - Expérimentation alpha

1283 - Ticket aller-retour pour l'hyperspace

1339 - Lorsque R'Saanz parut

1348 - Galactic paranoïa

1442 - Que l'éternité soit avec nous !

1455 - Le Temps des rats

1509 - Accident temporel

1644 - Réalité 2

1673 - Les Guerrières de Arastawar

1701 - Cette chose qui vivait sur Vega

1734 - Ysee A (rééd. de 427)

1800 - Requiem pour une idole de cristal

 

Super Luxe

62 - Sterga la noire (Rééd. de Antic. 456)

 

Autres publications :

Sigurt le Viking, Hachette Jeunesse, avec Philippe Godard. (2004)

Sigurt le Viking et la montagne d'argent, Hachette Jeunesse, avec Philippe Godard.(2005)

Sigurt le Viking: Le pur-sang des vagues, Hachette Jeunesse, avec Philippe Godard. (2005)

Passeport pour la 5e dimension, Rivière Blanche. (2005)

Helios, Rivière Blanche.(2007)

Adam, L'Enfant-Monde suivi de Solaise, Rivière Blanche. (Ouvrage posthume - 2012)

 

Dans les espaces déjantés : réédition de Les Stols, Ysée-A et Sterga la noire. Editions Critic novembre 2015.

 

Pièces de Théâtre :

Les Pilules jouée au Théâtre de l'Epée de bois

Les orgues du vent; Eudes l'enfant venu d'ailleurs; Le petit bonhomme de San Francisco; Appartement 6000, toutes jouées au Théâtre de l'étrange sur France Inter, avec notamment Roger Hanin et Pierre Tornade.

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 08:45

Faites l'amour et pas la guerre ou l'art de s'envoyer en l'air !

Jan THIRION : La grande déculottée.

Cela commence à bien faire. Ils étaient partis pour trois semaines, maximum, et les mois s'éternisent.

Les hommes du front en ont marre et ils se prennent la tête. A l'arrière, les autres, les civils, eux aussi en ont marre. Ah, si c'étaient eux qui étaient là-bas, du côté de Souain, dans les tranchées, sûr que ce serait tranché depuis longtemps.

Marcaillou, vingt-six ans et quatre mois. Dans la fleur de l'âge comme ses compagnons d'infortune. Ceux qui restent, les valides. Mais une rumeur enfle, un espoir fleurit, il paraitrait qu'elle s'approche. Elle était là-bas, il n'y a pas si longtemps, et puis là pas plus tard que... Mais si, là voilà, trois véhicules verts s'arrêtent, des hommes en descendent, au garde-à-vous, cela prêterait à rire.

Les pioupious n'ont même pas eu le temps de se décrotter les vêtements et les godillots. Ils ne sont pas présentables et pourtant ils sont tous là, à présenter armes à la capitaine Pubis. Mon Dieu, qu'elle est belle, pensent-ils tous, certains avec d'autres mots mais tous avec admiration.

Elle passe en revue les hommes alignés devant elle dans la tranchée bombardée. Parfois des éclaboussures de terre voltigent, mais ce n'est rien. Tous sont obnubilés par sa beauté, et son courage. Elle doit remplir une mission, choisir un adjoint.

Marcaillou, contre toute attente, et à sa grande surprise, est désigné comme celui qui va remplir l'office auprès de la capitaine Pubis. Quoi, il ne sait pas, entre les rumeurs et le réel, c'est plus qu'une tranchée, c'est un gouffre. Alors il suit ceux qui accompagnaient la capitaine vers une destination inconnue, traversant le camp où tous les pioupious sont en train de ranger, nettoyer, démonter, armes et véhicules.

Dans une guitoune un bac d'eau l'attend. Il doit procéder à des ablutions qui ne sont pas du luxe. Puis il est invité à se rendre sous une autre tente, celle de la Capitaine pubis, où l'attend un repas fin (pour l'époque, car roboratif et chaud) et le lit de la capitaine.

Mais quel est le dessein de la Capitaine Pubis en choisissant un jeune mâle fougueux et en manque ?

Il est temps maintenant de s'intéresser au parcours de Célestine Pubis, parcours amoureux entamé par des plaisirs solitaires non dénués de conséquences. Car ses transports amoureux, seule ou en compagnie, se traduisent toujours par des manifestations étranges et sismiques. Et la locution coup de foudre prend ici toute sa signification sous la plume de Jan Thirion. Alors pourquoi ne pas utiliser ses dons orgasmiques pour la Patrie ?

 

Jamais trivial, tout est en pudeur et en retenue (si l'on peut dire !), La grande déculottée est un conte grivois, moral, tournant la guerre en dérision, ce qui n'est pas dérisoire, usant d'un humour caustique, d'une ironie mordante, prônant une guerre en dentelle, avec parfois des accents oniriques.

Ce qui pourrait être une bluette est en réalité un réquisitoire contre la guerre et toutes les vicissitudes qu'elle engendre. Ode à l'amour, charnel, et surtout à l'encontre des soldats qui ont l'honneur de se trouver au premier rang des combats, sans compensation, alors qu'à l'arrière les militaires en chausson se prélassent dans les divans des belles respectueuses.

Jan Thirion nous propose une utopie qui malheureusement ne jamais se réalisera. On ne pourra que le regretter. Ce serait trop beau si un jour cela pouvait se réaliser. Et s'il revisite la Grande Guerre, Verdun, Amiens et autres endroits où le courage des soldats était à la hauteur de l'incompétence de leurs chefs, c'est bien pour leur rendre hommage, mais également au rôle parfois méconnu de certaines femmes qui savaient remonter dans l'ombre le moral des troupes.

 

Vous pouvez faire votre marché, sur le site des éditions SKA. La visite est gratuite, pas comme au Salon du Livre de Paris.

 

Jan THIRION : La grande déculottée. Novella numérique. Collection Culissime. Edition Ska. Parution mars 2016. 227 pages. 3,99€.

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 11:13

La mer sans arrêt, roulait ses galets...

Stanislas PETROSKY : L'amante d'Etretat.

Noyer son chagrin dans l'alcool occasionne des retours de bâtons et des crises de foie. Surtout lorsque l'intempérance est liée à des prises de médicaments en surnombre.

Isabelle, vingt ans, découvre une fois de plus sa mère dans les vignes du Seigneur, et la vendange est quasi prête. Aline Mergis est hospitalisée en urgence, et comme les toubibs l'avaient annoncé, elle ne passe pas la nuit.

Il est vrai qu'Aline Mergis n'avait pas une vie heureuse. Son mari ne dédaignait pas les bouteilles et lui tapait dessus à tout de bras. A force de taquiner le flacon il était passé sous un train. Aline aurait pu être délivrée d'un mari brutal, au contraire elle était tombée en dépression. Elle l'aimait malgré tout. Isabelle avait connu cet épisode, consignant durant son adolescence dans un cahier les brutalités paternelles, la déchéance de sa mère.

Isabelle est encore étudiante et elle est démunie. Financièrement et moralement. Pourtant elle accepte la proposition de l'ordonnateur des pompes funèbres, préparer le corps de sa mère par un thanatopracteur. Sa vocation est toute trouvée. Finies les études de comptabilité, elle va devenir elle aussi thanatopracteuse. Et elle demande d'effectuer un stage de découverte en compagnie de Frédéric, le fils de l'ordonnateur, et de fil en aiguille, les deux jeunes gens s'aperçoivent qu'ils se plaisent et plus si affinités.

Et Frédéric et Isabelle se complètent si bien qu'ils travaillent ensemble, comme thanatopracteurs, qu'ils se marient, qu'ils... n'ont pas encore d'enfants. Ils décident d'acheter une maison à Etretat, loin du lieu de travail au Havre, mais loin également des parents de Frédéric qui pensaient à un meilleur parti pour leur fils.

Seulement Frédéric est un adepte assidu de la planche à voile, et il sacrifie volontiers à sa passion, même lorsque le temps n'y est pas favorable. Et un jour Frédéric oublie de rentrer, emporté par le vent, les embruns, les vagues, une sirène peut-être... Le corps n'est pas retrouvé, seules quelques reliques viennent s'échouer sur la plage. Isabelle tombe elle aussi en dépression, et ce ne sont pas les parents de Frédéric qui vont l'aider à remonter la pente sur laquelle elle se laisse doucement glisser.

Elle aménage dans leur jardinet un jardin du souvenir, un peu façon jardin japonais, avec des bambous qui la protègent des regards des voisins, et elle passe son temps dans ce petit enclos où elle dort.

 

L'Amante d'Etretat pourrait être une charmante et misérabiliste bluette à la Delly, un roman à l'eau de rose trempé dans le formol. C'est sans compter sur l'esprit machiavélique de Stanislas Petrovski qui nous offre un épilogue à double détente et un beau portrait de femme.

Isabelle n'a pas eu une enfance heureuse, mais elle ne se plaint pas. Son carnet intime lui sert d'exutoire durant de longues années. Pourtant elle trouve enfin le bonheur, avec Frédéric, même si cette rencontre est fortuite. Sans le décès de sa mère, surtout dans ce genre de circonstances, peut-être que la vie aurait été autre. Mais ce qui est frappant chez Isabelle, c'est cet amour fusionnel qu'elle ressent envers Frédéric. Surtout lorsqu'il est parti, noyé, que son corps n'est pas retrouvé, et qu'elle importune tous les jours la gendarmerie afin de savoir s'il y a du neuf.

Elle entreprend une longue descente aux enfers afin que l'image de Frédéric perdure, entretenue par ce jardin du souvenir qu'elle protège avec cet amour porté au paroxysme. Elle frôle la folie mais comme dans toute histoire d'amour, il y aura un élément déclencheur. Dans quel sens ? Les histoires d'amour finissent mal en général, comme chantaient les Rita Mitsouko, mais il peut y avoir des exceptions. Ou non.

Stanislas Petrosky entrouvre une autre facette de son talent, tout en sensibilité mais pas en sensiblerie ni en mièvrerie.

 

Stanislas PETROSKY : L'amante d'Etretat. Collection Parabellum. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 27 février 2016. 124 pages. 8,00€. Version numérique : 5,99€.

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 09:30

Une idée comme une autre. Pour certains, c'était en 2 CV, en 4 L ou en Ami 8...

CHEFDEVILLLE : L'amour en super 8.

Parfois, un livre, une fois lu et refermé, laisse pantois, dubitatif et perplexe. Pour de multiples raisons. C'est ce qui m'arrive avec cet Amour en super 8, car je me demande toujours s'il s'agit d'un roman ou d'une autobiographie.

Car franchement, certaines scènes, certains épisodes, certains personnages relèvent de la pure fiction. Impossible de s'imaginer que tout ce qui est décrit ce soit réellement déroulé.

Dans le même temps, la force d'écriture, de persuasion dans la description de certaines scènes, certains épisodes, certains personnages, obligent le lecteur à se demander si tout cela n'est pas tiré d'expériences personnelles de la part de l'auteur, qui d'ailleurs, il ne s'en cache pas, se met directement dans la peau du personnage principal. Chefdeville se montre convaincant dans ses démêlés et l'on prend à plaindre l'auteur d'avoir subi autant d'avanies (et framboise).

 

Panique à bord : Chef vient de procéder à une miction rouge. Sûr qu'il couve quelques chose, on ne pisse pas du sang pour rien. Réflexion faite et après un séjour à l'hosto, trois jours de coma éthylique, il s'avère que c'est moins grave que ce qu'il augurait. Il aurait dû se douter qu'après avoir mangé un saladier de betteraves rouges, une réaction physiologique se serait produite, influent sur la couleur de ses urines. Plus grave, Chef est atteint d'amnésie passagère. Son intempérance liée à une consommation excessive de cachets lui joue des tours de mémoire.

Chef est un ancien photographe qui connu son heure de gloire. Aujourd'hui il est dans le creux de la vague à cause d'un mascaret d'alcool. Il se connecte souvent sur des sites comme Nozana, hébergeur de photos sur lequel il met ses clichés en vente, ou encore Assbuck, site d'amis qui se pressent sur son mur. Il avait sorti un livre également, une compilation de photos d'écrivains ratées, ou photos ratées d'écrivain, qui lui avait valu un joli succès. Un incident de parcours, et il est devenu dipsomane, lui occasionnant des pertes passagères de mémoire.

Trop de Assbuck tue le social et le meilleur des réseaux c'est encore celui des bars. Au bistrot 12 où il a ses habitudes, il consomme. Mais après il faut régler l'addition. C'est ainsi qu'en cherchant dans son portefeuille, dans une toute petite poche, il découvre un billet, tiens il ne se rappelait l'avoir mis là, et une photo. Un photomaton, plus exactement. Il ne connait la jeune femme ni des lèvres, ni des dents, mais c'est comme s'il venait de recevoir une décharge électrique. Deux indications : 2005 et Ruby's. Avec ça il ne va pas aller loin, et pourtant il ne sait pas quel long chemin il va parcourir à cause, ou grâce à ce cliché.

Le professeur Cary pourtant l'a prévenu, si Chef continue à s'imbiber ainsi, il ne pourra plus rien contre le delirium tremens (ferait mieux de préciser très épais !) qui guette son client surchargé en Gamma GT. Sans compter sur le syndrome de Korsakoff qui justement à tendance à tout lui faire oublier.

Sauf le rendez-vous que Chef a avec une huile du Ministère de la Culture (si, ça existe !) et qui pourrait déboucher sur une relance de sa carrière. La rencontre doit avoir lieu à la Panacée, un musée d'art contemporain situé dans l'ancienne fac de pharmacie montpelliéraine. L'homme lui commande officiellement un documentaire en hommage à Nicéphore Niepce, l'inventeur de la photographie. La pellicule commence à défiler dans la tête de Chef qui entrevoit déjà des possibilités, un tournage en Super 8, comme au bon vieux temps.

Invité à une expo parisienne par son ami Slo, Chef fait la connaissance d''une charmante jeune femme, Ombeline, dont il tombe amoureux tout de suite, et même aussitôt, et qu'il engage pour finaliser son projet. Et ils redescendent sur Montpellier, car le travail dont est chargé Chef n'attend pas. Parallèlement et concomitamment, Chef décide d'enquêter sur l'origine du Photomaton, car cette photo, ou plutôt celle qui figure dessus, le poursuit. C'est ainsi qu'il se rend au Ryby's une vieille boîte de nuit, un ancien cabaret, aujourd'hui fermé. Il s'infiltre toutefois à l'intérieur de l'établissement et découvre une mallette en piteux état qui renferme des négatifs, eux aussi en piteux états. Il les restaure tant bien que mal et il a alors l'idée de s'en servir.

 

Chefdeville court derrière une chimère... Ses souvenirs sont noyés dans l'ombre, comme les jeunes filles de David Hamilton étaient exposées dans un flou artistique, et il est difficile de démêler le vrai du faux dans cette intrigue qui se développe peu à peu et prend consistance comme un polaroïd sépia. De temps à autre des bribes de souvenirs remontent à la surface, mais souvent ce sont des bulles nauséabondes. Pourtant il y a eu des bons moments. Avec ses filles notamment. Mais l'alcool, qui paraît-il conserve, a dilué ses relations et ses souvenirs.

C'est le plus personnel, à mon avis, des romans de Serguei Chefdeville, alias Serguei Dounovetz, qui avec ces deux noms, entretient une image double du narrateur, un jeu de miroir non seulement avec le lecteur mais également avec lui-même.

 

- Je me méfie des buveurs d'eau. Ce sont des gens coincés qui n'aiment pas la vie. Ou alors des sportifs, ce qui est pire.
- Et ceux qui n'en boivent jamais. Ils grillent leur vie et celle de leur proche.
- Discours de moraliste maurrassien. Je bois plus d'eau que toi, Riton.
- Oui, mais jamais sans pastis.
- C'est pour lui donner du goût. J'honore l'eau.

CHEFDEVILLLE : L'amour en super 8. Editions Le Dilettante. Parution le 9 mars 2016. 288 pages. 17,50€. Version numérique : 8,49€.

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 10:21

Et il y a de quoi !

Jean-Paul NOZIERE : Maman, j'ai peur.

Les vacances en compagnie des parents, très peu pour Grégoire. Il a assez suivi ses géniteurs durant leurs déplacements estivaux pour aspirer à un peu de liberté, d'air frais, même en ce chaud mois de juillet.

Seulement ce qu'il n'avait pas prévu dans sa petite tête d'adolescent de seize ans, c'est qu'il ne verra pas Julia comme il l'escomptait. Il se faisait une fête de la revoir et patatras, elle doit accompagner ses parents en Toscane. La tuile.

Alors, faut bien l'avouer, il commence à s'ennuyer ferme dans la petite station thermale de Boriro-les-Bains. Bien sûr il peut se rendre à Dijon, en compagnie de sa sœur qui est tout juste majeure et possède son permis de conduire, mais cela ne remplace pas la présence tant souhaitée de Julia. Il est tellement malheureux que lorsqu'il aperçoit Tintin, son ami âgé de vingt-deux ans en train de vaquer à des occupations qui lui sont chères, il préfère l'éviter.

Avant de suivre Grégoire jusque chez lui, et assister à un épisode qui va marquer ses vacances et sa vie, penchons-nous sur le cas de Tintin. Car le jeune homme est un cas. Vingt-deux ans, ancien gendarme, il n'aura effectué que six mois de présence chez les représentants des forces de l'ordre pour intempérance. Il soigne sa dipsomanie à Boriro-les-Bains, station thermale spécialisée dans toutes sortes d'affections et généralement réservée aux représentants du quatrième, voir cinquième âge. Et pour passer le temps, Tintin découpe dans les journaux nationaux et régionaux les articles consacrés aux faits-divers, articles qu'il collationne précieusement dans des classeurs.

Pendant ce temps, Grégoire est parvenu en vue de la maison de ses parents. Les vitres d'une fenêtre ont été brisées pourtant il ne règne aucun désordre dans les pièces du bas. A l'étage, dans la chambre de ses parents, s'étale un déballage de fringues, pis que dans un vide-grenier. Cela le laisse coi, et s'avançant il entrevoit une gamine tentant de se cacher derrière l'amas de vêtements.

Elle s'exprime dans un sabir dans lequel surnagent quelques mots de français. Elle a réalisé le désastre seule, a quatorze ans et s'appelle Anca Marcovic. Et elle profite d'un moment d'inattention de Grégoire pour s'enfuir.

Envolée, Julia. Enfouie dans les limbes de la mémoire, Julia. Effacée d'un coup de gomme amoureux, Julia. Car oui, Grégoire est tombé amoureux de la petite voleuse. Il sait que ces filles sont des esclaves du vol, exploitées par des individus peu scrupuleux, en provenance de l'Est et plus particulièrement de Roumanie, mais il ne pensait pas que l'une d'elle se serait perdue dans la région. Et que les quatorze ans annoncés comportent sûrement quelques mois supplémentaires.

Il faut d'abord ranger les affaires dans les penderies, et constater qu'Anca, si elle se prénomme bien ainsi, n'a rien volé, n'en a pas eu le temps. Donc inutile de prévenir les gendarmes. Et les parents non plus, superflu de leur annoncer ce qu'il s'est déroulé durant leur absence et de gâcher leur voyage en Irlande.

Il convainc sa sœur Eloïse de l'aider dans sa démarche, c'est-à-dire de retrouver Anca, et demande de même à Tintin de l'aider. Un ancien gendarme, ça peut avoir des relations, même s'il n'a que six mois d'expérience et est sur la touche.

 

Une enquête qui peut s'avérer dangereuse, Grégoire et ses complices vont bientôt s'en apercevoir. Mais cela permet aussi à Grégoire de cerner le problème, le secret de Tintin. Quant à Eloïse, si elle accepte, elle veut toutefois garder une marge de manœuvre et de liberté afin de consacrer un peu de son temps à son petit copain. La vie privée doit être respectée, il n'y a pas de raison. Mais le principal est bien de retrouver Anca, de l'aider à s'affranchir de la tutelle d'individus qui profitent de certaines situations, ou les provoquent, afin de se constituer un magot conséquent sur les dos de gamins perdus affectivement et socialement.

 

Parallèlement à cette intrigue, nous suivons le parcours de Téréza Marcovic. Marcovic, c'est ce qu'elle doit dire aux policiers si elle se fait arrêter. Et tricher sur son âge également.

Téréza écrit son parcours, depuis sa naissance, ou ce qu'elle en sait, près de ses parents, de sa famille, comment elle a été amenée à quitter son village natal, Mitru au sud de la Roumanie, à venir en France dans la voiture d'un passeur, et ses différentes pérégrinations et mésaventures. Tout ça parce que sa famille croule sous les dettes d'usuriers qui méprisent les gitans, les tziganes, même dans leur propre pays.

 

Ancré dans un paysage social qui n'est pas sans rappeler un épisode qui s'est déroulé il y a quelques années dans le Sud de la France, le réseau Hamidovic pour ne pas le citer, Maman, j'ai peur s'adresse en principe aux adolescents. Mais il s'agit bien de montrer la réalité sous ses angles les plus noirs, tout en gardant cette part d'humanisme qui devrait toujours guider la vie de tout un chacun. Ne pas porter de jugements hâtifs, ne pas se laisser aller à des préjugés engendrés et colportés par des adultes qui eux-mêmes forgent leurs opinions sur des faits relatés sans véritable profondeur d'analyse, et souvent avec une bonne dose de suppositions non avérées.

Ce roman garde une grande part d'innocence propre aux enfants, aussi bien ceux qui sont les bannis de la vie que ceux qui n'ont rien à demander parce qu'ils ont tout, amour, tendresse et confort matériel. Une opposition entre deux mondes narrée avec pudeur par Jean-Paul Nozière qui explore avec justesse et force l'univers des enfants dans le monde pervers des adultes.

 

Jean-Paul NOZIERE : Maman, j'ai peur. Editions Thierry Magnier. Parution 10 février 2016. 272 pages. 14,50€ version papier. 10,99€ version numérique.

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 10:41

Orages, oh des espoirs !

Michel PAGEL : Orages en terre de France.

Et si la révolution de 1789 avait avorté, les guides de la France étant tenues par l’église et les représentants de la religion Catholique ?

Et si la Guerre de Cent ans n’avait jamais cesser d’exister, l’antagonisme franco-britannique perdurant depuis l’an mil ?

Extrapolant sur ces deux hypothèses, Michel Pagel narre quatre pages d’histoire, imaginant notre pays, de l’an de grâce 1991 à l’an de grâce 1995, sous la domination d’évêques, d’archevêques prenant leurs ordres et leurs consignes auprès du Vatican.

Le Roi de France, régnant dans un régime constitutionnel, fait figure de pantin. Les provinces, toujours divisées en comtés, passent successivement de la domination anglaise à l’occupation française, et vice-versa, ce qui engendre moult conflits permanents entre parents et enfants. Selon leur lieu de naissance, sol annexé par l’un ou l’autre de ces deux pays, ils vivent, réagissent en opprimés, en révoltés ou, au contraire, se conduisent en loyalistes.

Les séquelles de l’Inquisition exercent leur oppression sur la population, constituant dans certains domaines scientifiques un frein puissant. L’obscurantisme est lié à de nombreux préceptes et l’application à la lettre des commandements de Dieu, et leur déviance inéluctable, empêchent le développement des moyens de communication. “ Tu ne voleras point ” prends une signification absurde jusqu’au jour où la science est reconnue comme un progrès vital pour les belligérants.

Dans d’autres domaines, au contraire, la technologie est performante et toujours profitable aux stratégies militaires.

 

Dans ce recueil de quatre nouvelles uchroniques se déroulant dans le Comté de Toulouse, le Comté du Bas-Poitou, l’Île de France et le Comté d’Anjou, le fil conducteur est issu d’une rivalité toujours latente, d’une rancune tenace : Jeanne d’Arc et Napoléon servent de référence encore aujourd’hui dans nos récriminations quotidiennes et épidermiques.

Ce roman est la réédition d’un ouvrage paru en 1991 dans la défunte collection Anticipation du Fleuve Noir sous le numéro 1851, version revue et corrigée en 1998 dans la collection SF métal.

Ce qui à l’époque pouvait passer pour d’aimables fabliaux prend aujourd’hui une consistance nouvelle, alors que l’on nous parle de plus en plus d’intégration, de droit du sang et droit du sol, de sans-papiers, d’identité nationale et tout le tintouin.

Michel Pagel qui alterne romans humoristiques et récits plus sérieux, plus graves dans la teneur et le propos, possède plusieurs cordes à son arc. Il construit petit à petit une œuvre solide, et s’inscrit, non seulement comme une valeur sûre de la jeune S.F. française (à l'époque de la première édition de ce roman) mais comme un romancier tout court.

Première édition Collection Anticipation N°1851. Parution décembre 1991.

Première édition Collection Anticipation N°1851. Parution décembre 1991.

Réédition Collection S.F. métal, N°48. Fleuve Noir. Parution mars 1998.

Réédition Collection S.F. métal, N°48. Fleuve Noir. Parution mars 1998.

Michel PAGEL : Orages en terre de France. Réédition version numérique. Editions Les moutons électriques. Parution le 5 septembre 2014. 6,99€.

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 15:47

Le sabre et le goupillon.

GREG : Le crime de Saint-Anastase.

Normalement, la Criminelle n'aurait jamais dû s'occuper de cette affaire de corbeau, d'anonymographe, mais le bedeau a été si convaincant dans sa démarche que les inspecteurs Hardy et Lesage se sont laissés convaincre de l'utilité de l'usage de leurs compétences.

Casimir Monsang, soixante-cinq ans, bedeau en la paroisse Saint-Anastase, déclare qu'on veut tuer le curé. Et il en apporte la preuve noir sur blanc, ou presque.

Le père Bachelard officie dans la petite église située dans l'ile de la Jatte, à Neuilly, et il reçoit depuis quelque temps des poulets anonymes dans des enveloppes jaune poussin. Le bedeau le sait car il a surpris le curé lisant cette missive. Il l'a récupérée dans la corbeille à papiers, l'a lu et depuis se pose de multiples questions quant à la teneur du message.

Tu as intérêt à cesser de couvrir qui tu sais. C'est ta peau qui est en jeu. et en guise de signature, la formule passe-partout, un ami qui te veux du bien ou similaire.

Hardy et Lesage sont convaincus, quelque chose de pas catholique se profile envers le curé et ils décident de se rendre sur l'île de la Jatte, rencontrer le religieux. Ils sont reçu par le vicaire, le père Jacques Lanuit, qui est désolé, mais la santé du père Bachelart est chancelante et il leur est conseillé de ne pas le déranger durant son repos. Ce qui n'empêche pas le père Bachelard de se présenter à eux, tel un hercule, une enveloppe jaune à la main, et dont la souscription est composée de lettres découpées dans un journal.

Comme il est l'heure de se restaurer, les deux policiers en profitent pour déjeuner non loin, tout en conversant. Dans l'établissement où le père Lanuit crèche. D'ailleurs deux sœurs, des jeunes filles, semblent le narguer, l'atticher. Revenons à notre sujet. N'importe qui pourrait en vouloir au destinataire des lettres, il ne faut écarter aucune hypothèse.

Quant ils rentrent au bercail, Hardy et Lesage apprennent la mort d'un jeune enfant de chœur, par empoisonnement. Voilà qui ouvre des horizons nouveaux.

Les enfants de chœur, c'est bien connu, ont tendance à déguster en douce le contenu de la fiole de vin de messe, afin de vérifier si par exemple le breuvage n'aurait pas un goût de bouchon. Donc, normalement, ce n'est pas le gamin qui procédait à la préparation de la cérémonie quotidienne, qui était visé, mais bien le curé. Ou le vicaire, car il était prévu que le père Lanuit (quand revient la nuit) devait s'acquitter de cette tâche.

Une enquête qui réserve à Hardy, Lesage, et leurs collègues, bien des surprises et entrevoir des répercussions dont les prémices sismiques datent de nombreuses années en arrière. Le journal dans lequel les lettres ont été découpées n'est autre que Le Drapeau, un canard qui ne paraît plus depuis vingt ans, et personne ne le regrette, sauf ceux qui y étaient abonnés. Une réputation de journal de droite, voire d'extrême-droite, aux relents sulfureux de racisme et de déclarations patriotiques.

Il leur faut alors vérifier les antécédents de tout ce petit monde, et apprennent par exemple que le père Bachelard fut aumônier. Ce n'est pas la seule révélation intéressante qu'ils se mettent sous les yeux.

 

Fini d'écrire en avril 1986 au Connecticut, ce roman abordait déjà les odeurs nauséabondes qui ont toujours flotté autour de partis politiques ou de groupuscules d'extrême-droite. La fin de la guerre, la défaite des nazis, le parlé politiquement correct n'ont que peu mis sous la cendre les idées nauséeuses de cette extrême. Et il semble que plus on en parle, plus les hommes (et femmes) politiques fustigent ces idées, plus ces idées s'ancrent dans la population lui donnant une crédibilité non justifiée.

Donc Le crime de Saint Anastase, roman policier classique dans sa construction aborde également le roman psychologique, le roman noir moderne, avec peut-être moins de force que ceux qui sont écrits de nos jours, mais a le mérite d'aborder un problème qui ne finit pas de remuer la vase.

 

Greg le créateur d'Achille Talon ou encore de Modeste et Pompon, a écrit cinq romans policiers publiés dans cette collection 14X22, après avoir séjourné quelques années aux Etats-Unis, séjour au cours duquel il rédige ses romans et mais également quelques-uns des scénarios pour des épisodes de La Croisière s'amuse et de Perry Mason.

 

Il en est de certaines enquêtes comme de petits jeux que l'on trouve dans les pages récréatives des magazines : cinq ou six pêcheurs à la ligne sont représentés d'un côté, un unique poisson, ferré, de l'autre. Entre les personnages et la proie, un écheveau compliqué de traits emmêlés, chaque pêcheurs étant au départ d'un des tracés, mais un seul de ceux-ci aboutissant au poisson. Qui l'a pêché ?

GREG : Le crime de Saint-Anastase. Editions du Fleuve Noir. Parution janvier 1987. 178 pages.

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 08:57

Hommage à Pierre Siniac disparu le 13 mars 2002.

Pierre SINIAC : Le crime du dernier métro.

Nous retrouvons dans cet ouvrage l’univers particulier de Pierre Siniac, avec toutefois un petit plus : un crime en vase clos.

Un petit vieillard d’aspect fragile se trouve seul dans la dernière rame du métro qui mène à la Porte de la Chapelle. Tout seul dans le dernier wagon à la station Jules Joffrin. Lorsque la rame arrive à la station suivante, Marcadet Poissonniers, deux voyageurs montent, ne le voient pas aussitôt et s’installent chacun dans leur coin. Quelle n’est pas leur surprise de le trouver quelques moments plus tard, pendu à l’affiche qui détaille le nom des stations. Un meurtre mais personne pour le commettre.

Quant au suicide, il est difficile de l’imaginer, ou du moins difficile d’imaginer comment le pendu aurait pu exécuter son projet. Evidemment au terminus, il est malaisé de cacher, disons l’incident. La police est rapidement sur les lieux, et pour l’un des deux voyageurs, brocanteur de son état, c’est la catastrophe. Il est fiché, ayant déjà accompli quelques années à l’ombre des hauts murs. D’autant que le lendemain il est accusé par une vieille dame accro des romans policiers, voyageuse un peu trop voyeuriste, de l’avoir dévalisée.

Pour le commissaire Cliquetangueuse, l’affaire n’est pas simple, et effectivement elle ne le sera pas.

S’inspirant d’un fait-divers de mai 1937, une mystérieuse jeune femme assassinée dans un wagon de métro où elle se trouvait seule, Pierre Siniac avec Le crime du dernier métro nous entraîne dans son univers particulier, avec des personnages issus d’une imagination débridée, dans des situations alliant le tragique au comique, narrant une histoire banale sans l’être, usant de termes argotiques désuets et une verve de feuilletoniste sans faille.

Pierre Siniac réussit à nous étonner à chacun de ses romans.

 

Pierre SINIAC : Le crime du dernier métro. Série grise N°11. Editions Baleine. Parution septembre 2001. 164 pages.

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 14:06

Et les apparences ne sont pas des appas rances...

Roland SADAUNE : Apparences.

Résider dans une tour de dix-huit étages, n'est pas rédhibitoire. A condition d'être jeune, alerte et d'habiter au premier.

Mais pour l'homme qui se déplace avec difficulté, cela devient plus problématique. Un bruit obsédant l'agace, comme un bruit de crécelle, il sait d'où cela provient, mais il y remédiera plus tard. Peut-être.

Pour l'heure, il vaque à ses petites affaires, sacrifiant à sa passion. La vaisselle une fois de plus est reportée au lendemain, il doit s'atteler à autre chose.

Une revue dont il a marqué la page, une photo de jeune femme, belle comme toutes les jeunes femmes qui figurent sur ce genre de magazine. Bien mieux que Sandra, mais Sandra c'était sa femme, morte dans un accident dont il a réchappé. Il ne s'en remet pas.

Alors il découpe les photos des magazines, photos glacées comme les femmes qui sont dessus, malgré leur galbe et leur sourire.

Alors il les découpe, pas les femmes mais les photos, puis les attache avec un morceau de scotch sur le mur près de son lit. Une véritable collection de portraits. Une exposition de mannequins, des top-modèles... Puis il prend un feutre...

 

Pendant ce temps, un dingue, selon la terminologie de Delmes, le rédacteur en chef du magazine Réalité, se paie le luxe de trucider des jeunes femmes, cinq déjà, des répliques, des sosies des modèles d'une maison de couture. Toutes égorgées dans un périmètre d'un kilomètre autour de la Porte de Clichy. La sixième vient d'être découverte. Delmes est venu sur place, prendre une bouffée d'atmosphère, en compagnie de Lou Rascal, sa jeune collaboratrice photographe. Et Lou se pose des questions. Après tout elle est journaliste, et un journaliste se doit d'être curieux.

 

Une nouvelle intimiste qui permet à Roland Sadaune de mettre en scène la solitude d'un veuf qui n'a plus que ses souvenirs pour vivre, et les illusions cinématographiques pour combler une absence. Celle d'une femme, celle de Sandra.

Un texte tout en pudeur, parfois en non-dits, qui joue sur les contrastes, et laisse le lecteur évasif, s'imaginant les quelques scènes tournées comme un court-métrage.

Mais tout est en trompe-l'œil, c'est la force du peintre qu'est Roland Sadaune de pouvoir jouer ainsi avec ses personnages, jouer sur les situations, sur les apparences. Des détails s'échappent, mis en valeur dans un flou ambiant, des touches de couleurs, du rouge, du noir et surtout du blond.

Roland SADAUNE : Apparences. Nouvelle numérique. Collection Noirceur Sœur. Editions SKA. 1,49€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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