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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 09:37
Caryl FEREY : Mapuche.

Je n’aime pas qu’on m’appelle ma puce !

Caryl FEREY : Mapuche.

Oups (ça fait bien, ce n’est pas vulgaire, et démontre une certaine contrition de la part de celui qui prononce ce mot) ce n’est pas ma puce, mais Mapuche. Et qu’est-ce que cela signifie ?

Je ne m’intéresse aux quatrièmes de couverture qu’après avoir lu le roman. A cause du lieu où se déroule l’intrigue ? L’Argentine, je le sais parce que je l’ai appris en glanant ici et là quelques renseignements, souvent par hasard, et en m’intéressant à autre chose. Mais en règle générale je ne suis pas plus intéressé par les histoires se déroulant dans les pays d’Amérique du Sud, que par ceux qui ont l’Europe du Nord pour cadre.

Et puis j’ai entamé la lecture. D’abord avec ce regard de l’entomologiste qui pense n’avoir découvert qu’une espèce d’insecte déjà recensée, puis après un examen approfondi se rend compte qu’il examine un cas rare.

Déjà, dès les premières pages, mais j’y reviendrai, je me suis senti en osmose avec quelques réflexions énoncées par Caryl Ferey, et de savoir que nous abondions dans le même sens, fit que je me suis laissé allé à continuer ma lecture balayant mes premiers préjugés. Ensuite l’histoire en elle-même, ou plutôt les personnages décrits avec réalisme, humanisme, empathie, et bien loin de la caricature.

 

Jana ne vit que par l’art. Elle est sculptrice et peintre, et la vente de ses œuvres lui suffit pour survivre. Elle est seule, n’est pas dispendieuse, mais elle est libre. Et cela vaut toutes les richesses du monde. Alors qu’elle s’escrime sur ce qu’elle pense être son chef d’œuvre, la carte du cône Sud de l’Argentine dressé sur un socle de béton et dont elle défonce à l’aide d’une masse les anciens territoires. Jana est une Mapuche, une ethnie qui a été dépouillée et quasiment décimée par les chrétiens lors de l’invasion espagnole.

Elle est dérangée en plein travail par un appel téléphonique émanant de son amie Paula. Paula est inquiète, elle n’a pas de nouvelles de Luz, un travesti comme elle qui tapinait avec elle sur les quais depuis six mois. Luz avait laissé un message vers une heure et demie, lui donnant rendez-vous à cinq heures. Il est sept heures et Paula est alarmée. Rendez-vous est pris au Transformer, une boite où Jana n’a pas mis les pieds depuis des années. Mais l’ambiance n’a pas changé, toujours aussi glauque.

Luz est retrouvée, son corps émasculé flottant parmi les immondices qui stagnent sur les eaux du Richuelo. Les policiers sont sur place et interrogent Jana et Paula. Mais cette dernière ne peut apporter que de vagues renseignements. Elle ne connait que le véritable prénom de Luz, Orlando. C’est tout.

Ruben Calderon est un rescapé des geôles clandestines de Videla, dans l’école de Mécanique de la Marine. Il avait été incarcéré, adolescent, puis après avoir végété quelques mois en cellule, libéré un jour de juillet 1978, sans aucune explication, lorsque l’équipe nationale d’Argentine avait gagné la coupe du monde de football. Son père, Daniel Calderon, poète de renommée internationale, avait quitté l’Europe où il séjournait pour rejoindre son pays, mais il avait été arrêté à son arrivée puis avait disparu de la circulation, tout comme sa jeune sœur. Elena, la mère de Ruben, avait alors pris la tête des Grands-mères de la Place de Mai. Ruben qui s’était tourné provisoirement vers le journalisme s’est alors installé comme détective, afin de retrouver les responsables des disparitions, d’hommes, de femmes, d’enfants. Et ce sacerdoce se fait dans la douleur, car la grande majorité des juges, des militaires qui officiaient sous la dictature ont été reconduits dans leurs fonctions.

Trente ans ont passés. Son ami Carlo, journaliste d’investigation ce qui n’est pas sans danger non plus, lui apprend qu’une de ses amies, Maria Victoria Campallo, photographe, avait essayé de le joindre sans résultat, lui annonçant qu’elle avait quelque chose d’important à lui montrer. Mais elle n’a plus donné signe de vie. Or Maria est la fille d’un important homme d’affaires de Buenos Aires, principal soutien du maire. Ruben veut bien, par amitié, essayer de retrouver la jeune femme.

Les chemins de Ruben et de Jana vont se croiser et remuer la boue. Les vieux fantômes ne sont pas loin et le voile qui recouvre les forfaits et les exactions des militaires durant les années de sang va peu à peu se déchirer. Mais les religieux ne sont pas non plus en odeur de sainteté, oubliant ce pour quoi ils se sont engagés, bafouant la vocation de charité, d’amour, de paix, de fraternité. Mais ceci s’est vérifié tout au long de l’histoire. Des enfants arrachés à leurs parents et adoptés par des personnes influentes sont au cœur de l’intrigue. Mais également les anciens militaires qui ont réussi à camoufler leurs méthodes sanguinaires et leurs responsabilités dans la dictature.

 

Mapuche est certes un roman noir car les événements décrits relèvent de l’histoire la plus glauque de l’Argentine, mais également un thriller car certaines des scènes proposées s’inscrivent dans la plus pure tradition du roman d’aventures.

Spectaculaires elles sont narrées avec fougue, virtuosité, délire, enthousiasme, frénésie, violence, sauvagerie et le lecteur les vit, les ressent en étant littéralement au plus près de l’action.

J’allais oublier : La politique néolibérale de Carlos Menem avait conduit le pays en une spirale infernale à la banqueroute, avec à la clé accroissement de la dette, réduction des dépenses publiques, exclusion, flexibilité du travail, récession, chômage de masse, sous-emploi… le tout sous les encouragements du FMI. Et la tendance s’était inversée lorsque justement cette politique avait été abandonnée. Cela ne vous rappelle rien ? La Grèce par exemple, non ? Il est vrai que le FMI œuvre dans l’intérêt des financiers et non dans celui des pays.

Curiosité :

Juste une petite erreur, à mon avis, dans une description de bagarre, de tentative de meurtre à laquelle est confrontée Ruben. Un homme derrière lui tend sur sa gorge une corde à piano. Pour se défendre Ruben attrape les testicules du tueur dans son dos et les tord. Sous la douleur l’homme recule. Je ne veux pas essayer cette figure de combat mais il me semble que l’homme qui tenait la corde à piano en reculant aurait dû trancher la gorge de Ruben. Or il n’en est rien. Tant mieux pour Ruben, sinon, l’histoire tournait court. Cela me laisse sceptique, mais comme je vous l’ai dit, je ne veux pas essayer.

Réédition Folio Policier N°716. Parution janvier 2014. 560 pages. 8,50€. Format Epub 8,49€. Une grosse économie !

Réédition Folio Policier N°716. Parution janvier 2014. 560 pages. 8,50€. Format Epub 8,49€. Une grosse économie !

Existe également en format audio, 2 CD. Lu par Fédor Atkin. Environ 14 h 20 d'écoute. 24,90€.

Existe également en format audio, 2 CD. Lu par Fédor Atkin. Environ 14 h 20 d'écoute. 24,90€.

Caryl FEREY : Mapuche. Série Noire. Editions Gallimard. Parution avril 2012. 462 pages. 19,90€.

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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 12:36
Jean-Paul DEMURE : Aix Abrupto.

Aix...empt de tout reproche ?

Jean-Paul DEMURE : Aix Abrupto.

Caissière dans un supermarché de la région parisienne, Sandrine Pereire décroche un contrat de cantatrice pour le festival d'Aix en Provence où elle doit interpréter le personnage de Papagena dans La Flûte enchantée de Mozart. A Aix, c'est la grande effervescence pré-électorale des municipales. Jibé, instituteur et militant du groupe la Brosse à chiendent, colle des affiches contestataires un peu partout dans la cité en compagnie de Vincent. Les deux hommes sont pris à partie par de gros bras. Dans le coma, Vincent est emmené à l'hôpital.

Le conseiller Pigasse, brigue la place de premier adjoint, sachant que la tête de liste ne tiendra pas la route et que son chemin de premier édile de la cité est tracé. Il assure ses arrières avec l'aide de Mr Prosper, tenancier d'une boite de nuit en cheville avec des truands marseillais et un inspecteur de police, Durbé, qui sait fermer les yeux quand ses intérêts sont en jeu. Patrice, animateur dans une radio-locale, se fait un malin plaisir de dénoncer sur les ondes les magouilles, les travers commis par les édiles et les personnages influents de la cité.

Il reçoit Jibé, lequel raconte la rixe les ayant opposés Vincent et lui aux nervis d'un candidat, décrivant même l'un de ses agresseurs, vite repéré comme le videur de la boîte de nuit de Mr Prosper. Maginus, un simplet, à l'incitation de sa mère, traine dans la ville et essaye de se faire un peu d'argent, déguisé en Papageno, jouant de la flûte. Il est photographié en compagnie de Sandrine à la terrasse d'un café.

Pigasse surprend Béatrice, sa maîtresse, dans les bras d'un gamin, ce qui l'atteint dans son orgueil de mâle. Il la révoque mais elle possède des photos compromettantes.

Maginus, attiré par des gémissements, découvre dans la cave du cabaret Le Salomé un moribond. Il prévient l'inspecteur Durbé, ignorant que celui-ci est de connivence avec le patron de l'établissement. Les illusions de Sandrine fondent comme neige au soleil. Elle n'a plus le rôle principal de Papagena et le directeur lui offre en compensation la doublure de la Preguntas, une cantatrice vieillissante hôte de Pigasse. Elle se confie à Patrice lequel lui raconte que le propriétaire de la radio est un avocat, ami du Baron, truand marseillais. Pigasse décide de ne pas céder au chantage de Béatrice et de son petit ami, Ahmed, et demande en vain à l'inspecteur Durbé de lui donner un coup de main puis se résigne à solliciter l'aide de Mr Prosper.

Le patron de la boîte de nuit confie le travail à l'un de ses hommes, Alex. Alex reconnait sur un journal Maginus et Sandrine. Le corps du truand a été évacué de la cave mais il faut se débarrasser du musicien des rues. Alex et deux gros bras s'occupent d'abord d'Ahmed. Béatrice, à l'avenir assuré en Amérique du Sud, assiste au tabassage de son amant et donne les négatifs que Mr Prosper garde par devers lui. La mère et la sœur d'Ahmed signalent la disparition de l'adolescent mais Durbé n'en a cure.

 

Les nombreux personnages qui s'entrecroisent, l'action sans cesse renouvelée, les scènes grandioses telles celle de l'Opéra, font de ce roman un succédané de feuilleton. Jean Paul Demure se déchaine et laisse éclater son talent tout en dénonçant le laxisme de certains policiers et le racisme dont ils font preuve.

On notera la présence de deux noms connu des amateurs de littérature policière : Pigasse, qui fut le créateur de la maison d'édition La Librairie des Champs Elysées, et de la collection Le Masque, ainsi qu'un certain Jibé, qui fait référence à Jean-Bernard Pouy, romancier qui a également mis le pied à l'étrier de nombreux écrivains, leur permettant d'être publiés.

Réédition collection Folio N°2717. Parution mai 1995. 208 pages. 6,40€.

Réédition collection Folio N°2717. Parution mai 1995. 208 pages. 6,40€.

Jean-Paul DEMURE : Aix Abrupto. Série Noire N°2082. Parution janvier 1987. 288 pages. Nouvelle édition mai 1996.

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 16:02

Dernier désir n'est pas forcément Noir désir...

Quant à ce que j'en dis...

Olivier BORDAÇARRE : Dernier désir.

Il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin, affirme un dicton populaire. Ce n'est pas pour autant que tout ceux qui se nomment Martin sont des ânes.

Jonathan Martin et sa femme Mina se sont installés dix ans auparavant dans une vieille maison d'écluse près de Neuilly en Dun, sur les bords du canal du Berry. Jonathan s'occupe par-ci par-là, élevant ses abeilles, récoltant son miel, bricolant, surveillant leur fils Romain, à peine dix ans, tandis que Mina assure le rôle de guide-conférencière au château de Lienesse, situé non loin, et s'occupe des conserves pour l'hiver. Une vie reposante après des années de consumérisme francilien effréné.

 

Une jour un visiteur tape à l'huis et se présente : Bonjour. Excusez-moi de vous déranger, je viens juste me présenter. Je suis votre nouveau voisin. J'ai emménager dans la maison, là-bas, au bout du chemin. Je m'appelle Martin. Vladimir Martin.

Et c'est ainsi que commence l'histoire. Vladimir Martin s'est installé dans la maison d'éclusier proche de la leur, et leur voisinage débute sous d'heureux auspices. Seulement Vladimir, un homme charmant au demeurant, riche, sympathique, élégant, spirituel, affable, se met à copier insensiblement Jonathan. D'abord il revend sa somptueuse voiture pour posséder la même que Jonathan, même couleur évidemment, mais neuve. C'est une entame dans la similitude, qui se prolonge par une analogie physique. Lui qui portait des cheveux longs, attachés par un catogan, se les fait tailler, une coupe à la Jonathan, et se laisse pousser sous la lèvre inférieure ce petit bout de barbe appelée mouche. Il se passionne soudainement pour le blues, s'enthousiasmant devant la discothèque de Jonathan qui possède une collection incroyable de disques, achetant une chaîne de luxe et plus de cinq cents CD afin de partager la passion de son voisin.

Il rend visite à ses nouveaux amis, ou les invite, offre à Jonathan du whisky de luxe hors d'âge ou amène des bouteilles millésimées, mais lui même ne touche jamais à son verre. Il s'extasie devant la table de ferme que Jonathan a fabriquée et veut la même, offrant une somme rondelette pour sa confection. Il devient de plus en plus intrusif, mais cela ne gêne pas Mina, qui n'y voit rien de suspect. Cependant il offre à Romain des jouets dispendieux, que Jonathan n'a pas les moyens d'offrir à son fils. Il fait rénover sa maison, à grands frais, installant une cuisine identique à celle de Jonathan.

Les semaines passent et Jonathan est de plus en plus intrigué et monte progressivement en lui une pointe d'exaspération. L'ambiance amicale du début se transforme peu à peu en ambiance délétère, du moins c'est ce que ressent Jonathan, qui est bien obligé de faire bonne figure devant Mina et Romain.

 

Le très (trop ?) médiatique libraire-chroniqueur Gérard Collard a déclaré lors de la parution de ce roman : Une histoire extraordinaire entre Poe, Simenon et King. Une merveille !

Une merveille, d'accord, mais pour le reste je suis plus réservé. Effet médiatique, mais que viennent faire Poe et King ? Pour Simenon, je suis assez d'accord, à cause des personnages et de l'atmosphère, mais je serais plus enclin à chercher des rapprochements, des cousinages littéraires avec Max Genève, Franz Bartelt et surtout Pascal Garnier. Peut-être Gérard Collard n'a-t-il jamais lu un de leurs livres, sinon le lien lui serait venu immédiatement à l'esprit. Ou alors il a jugé qu'ils n'étaient pas assez connus du grand public, trop Français, pour établir un parallèle. Il ne s'agit pas d'énoncer des jugements à l'emporte-pièce, mais de coller au plus près de la réalité.

Ambiance et atmosphère bon enfant au départ, Vladimir sachant se montrer sous des dehors abordables, aimables, empathiques avec ses voisins qui s'imprègnent de la douceur de vivre de coin berrichon. Mais peu à peu ce voisinage devient pesant et le suspense est entretenu par une ellipse de l'origine de Vladimir. D'où vient-il, pourquoi s'est-il installé non loin de chez Jonathan et sa petite famille. Sa richesse, il la doit à un héritage, du moins c'est ce qu'il affirme. Mais il étale trop ostensiblement son argent. Et pourquoi vouloir calquer son environnement sur celui de ses voisins. Et bien évidemment, si Mina n'est pas dérangée par cette attitude, Jonathan souffre et cela influe sur son caractère.

Des scènes incluses dans ce roman, qui semblent n'être là que comme des diversions dans l'intrigue, telle cette séance au cours de laquelle Vladimir se rend chez la coiffeuse, montrent combien cet homme possède un ascendant sur les autres. Des épisodes humoristiques, comme celui au cours de laquelle Mina dérape lors d'une prestation conférencière sur les aménagements du château de Lienesse et plus particulièrement sur une toile de Lucien d'Abancourt.

Ou encore cette conversation amenée par Léonard, le frère de Mina, qui passe quelques jours chez eux, et est un écologiste convaincu, installé dans la Drôme et parfois se mélangeant les pédales dans ses convictions.

 

Dernier désir est un roman intimiste, se focalisant sur quelques personnages dont plus particulièrement Jonathan, Mina, Romain et Vladimir, les autres n'étant là que pour accentuer le trouble puis la faille et enfin le gouffre qui va s'opérer entre les divers protagonistes. Catalogué Thriller, ce livre est un suspense qui grandit, enfle insidieusement, et offre un épilogue que n'aurait pas renié Fredric Brown.

Il est précisé en fin de volume, que ce roman est le fruit d'une étroite collaboration entre Véronique et Olivier Bordaçarre. Espérons que certaines scènes ne relèvent que de l'imagination.

 

Première édition : éditions Fayard. parution 3 janvier 2014. 288 pages. 18,00€.

Première édition : éditions Fayard. parution 3 janvier 2014. 288 pages. 18,00€.

Olivier BORDAÇARRE : Dernier désir. Réédition Le Livre de Poche Thriller N°33938. Parution 7 octobre 2015. 240 pages. 6,90€.

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 09:26
Jean AMILA : La Lune d’Omaha.

Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des bœufs !

Jean AMILA : La Lune d’Omaha.

Colleville sur mer, Saint Laurent sur mer, Vierville sur mer. Cinq kilomètres de plages. Le 18 juillet 1956 eut lieu la cérémonie d'inauguration du cimetière et du mémorial d'Omaha Beach. Février, Mars 1964, les journaux régionaux ne parlaient pas encore du 20ème anniversaire du débarquement et des réceptions prévues. Février 1964. Parution du roman de Jean Amila, La Lune d'Omaha et pour l'auteur une nouvelle occasion de brocarder la guerre et ses cortèges d'horreur.

Il prend pour théâtre ce petit bout de terre (70 hectares) concédé à perpétuité par le gouvernement français au gouvernement américain. Et d'imaginer une histoire de déserteur qui au lendemain de la guerre se serait fait passer pour mort avec la complicité d'un paysan normand, le père Delouis. George Hutchins devient George Delouis, livret de mariage falsifié d'Amédée Delouis à l'appui. A la mort du père Delouis en 1963, lequel était employé à l'entretien des parterres, des plantes, de la tonte du gazon, des jardins du cimetière américain d'Omaha, ce secret est enfoui dans la tombe avec le corps du jardinier.

C'est sans compter avec l'avidité du fils légitime du père Delouis. S'ensuivent tractations, marchandages guidés par la haine, l'hypocrisie et la roublardise. Hutchins le déserteur qui éprouve le désir de réendosser, non pas son uniforme mais son identité devant la bassesse d'une famille attirée par l'héritage, quitte le village de Seine et Marne où il est installé avec Jeanine sa femme, institutrice, et ses trois enfants, et révèle son origine et la supercherie lors d'une confrontation appelée par euphémisme, familiale.

Seulement il menace de se dénoncer auprès des gendarmes, mettant ainsi fin au versement d'une rente mensuelle qu'appréciait son frère d'adoption. Il est reconnu par le sergent Reilly, le responsable de l'entretien du Mémorial, lequel se propose de l'aider, ainsi que le capitaine Mason, à lui trouver des excuses dans son comportement lors du Débarquement. Hutchins ne serait que déserteur par négligence, après avoir été prisonnier et s'être évadé. Retentirait la douce mélodie du bonheur et de la tranquillité si la femme de Hutchins ne s'était pas si impliquée dans la fabrication de l'identité de son époux et si celle de Reilly, une petite paysanne avide de plaisir, un peu pute sur les bords (lesquels ?), d'une vingtaine d'année sa cadette, ne venaient perturber cet agencement viril dans lequel on reconnaît la mansuétude du héros américain.

 

Guy de Maupassant, dans ses contes normands, ne s'était pas privé de dévoiler les travers d'une certaine paysannerie rapace, retorse, madrée, donc jusque là rien de réellement provocateur de la part d'Amila. A priori cette histoire de déserteur aurait pu susciter une certaine indignation de la part de ceux qui prônent les vertus rassurantes de mots tels que Patrie, Noble Cause, Valeur, Idéal, Honneur. Mais Jean Amila va plus loin dans la bravade et l'audace de ses dénonciations romancées.

 

Il ose insinuer que certaines magouilles auraient eu lieu lors de l'aménagement du cimetière. Par exemple un trafic de fumier dont le père Delouis serait à la tête, ce qui contrarie le sergent Reilly. “ Car hélas! tous les arbrisseaux, les parterres, les buissons de roses galliques et les pépinières ne se contentaient plus de l'humus symbolique américain, il fallait du fumier français! ”

Une fois par semaine environ le sergent Reilly rend un hommage à ses camarades de combat. “ Il faisait en zigzag ce qu'il appelait l'appel de l'escouade. D'un bout à l'autre du grand cimetière, il se promenait selon une ligne brisée, mais invariable. ” “ Il remontait vers le centre, autour de la chapelle ronde. Et presque avec tendresse, il touchait en passant les croix de Harry, de Gordon, de Hann... Il s'arrêtait plus longuement devant la croix de James R. Bancroft, le râleur... Au delà du grand Agénor de bronze du Mémorial, il rendait visite au mur des disparus où le dernier homme de l'escouade, Cornell, avait son nom au milieu d'autres, pulvérisés, jamais retrouvés ”.

Il traque comme le font encore aujourd'hui les jardiniers français employés à l'entretien, le moindre brin d'herbe risquant de jeter une note discordante de laisser aller incongru. “ Il avait eu l'honneur de faire un stage à Arlington avant de venir au cimetière d'Omaha Beach. Il lui en était resté la haute conscience du gazon absolument irréprochable. Chasse féroce à l'ignoble pissenlit, au sournois laiteron, au vulgaire pâturin! Mètre par mètre, d'un bout de l'année à l'autre, le gazon était ausculté, tondu, noyé, roulé, piqué... Pas une trace de mousse aux endroits d'ombres. Pas la moindre éclaircie aux surfaces brûlées par le soleil de juillet et d'août! Les bords nets! La tonte au ras des croix! 

Une profession de foi que l'on retrouve en bonne place dans le dépliant fourni à l'entrée du Mémorial: “ L'alignement parfait des tombes sur la pelouse vert émeraude merveilleusement entretenue inspire un sentiment inoubliable de paix et de sérénité ”. Et il valait encore mieux passer par le père Delouis, officieux adjudicataire des fumiers et composts, que de se voir livrer un “ fumier farci de pourridié malade, ou truffé de tonnes de vers blancs qui compromettaient tout la végétation ”.

Il y avait toujours la solution de porter plainte. Seulement “ Ça menait loin et ça prêtait le flanc à la rigolade de la sympathique population ”. Et puis entre nous, cette façon de faire son beurre et d'écouler sa production, cela a toujours existé et existera toujours, quoique l'on dise ou fasse. Pas de quoi fouetter un bœuf, ou un chat, et encore moins matière à un article. Allons plus loin dans l'horreur et l'absurdité dénoncées avec une force tranquille, goguenarde et irrespectueuse de la part de Jean Amila qui va bientôt nous camper quelques scènes et dessiner des portraits caricaturaux propres à soulever la réprobation générale, l'indignation dans la presse locale, l'irritation des édiles, le mécontentement onctueux du clergé assorti d'une menace d'excommunication, la colère des autochtones.

 

Envisager une telle pratique blasphématoire et irrévérencieuse envers la mémoire de héros qui le 6 juin 1944 avaient mouillé leurs pantalons aussi bien au propre qu'au figuré ne pouvait que soulever une poignée de hallebardes prêtes à fondre sur l'iconoclaste anarchiste. Plus que le courage, la témérité et le plaisir de combattre, (Lafayette, nous voici !) c'était la peur de mourir qui obligeait nos libérateurs à mettre un pied devant l'autre et de grimper les falaises.

L'apaisement et la communion que ressent le sergent Reilly vont en prendre un sacré coup lorsqu'il apprend par le curé de Saint Laurent sur mer que les vaches du père Delouis auraient été enterrées dans l'immense charnier en compagnie des cadavres des soldats américains. Bien sûr “ Reilly n'avait guère d'illusions sur la façon dont l'Armée avait pu traiter les cadavres. Et il était bien placé pour savoir que les croix alignées, le gazon impeccable, la bannière étoilée, les mots IDEAL, VALEUR et PATRIE gravés sur le Mémorial et le grand Agénor au coup de pied à la lune, ne recouvraient qu'une immense fosse commune ... Mais le coup des vaches, il ne l'avait jamais soupçonné. Et parce qu'il éprouvait du ressentiment pour Claudine, ce matin-là, il trouva cela aussi normand, aussi français, aussi dégoûtant que le croissant trempé dans du café au lait ”.

 

Devant cette marque flagrante d'irrespect Reilly ne peut qu'exprimer sa fureur à son supérieur qui se montre pour le moins philosophe et balaie par une citation empruntée à Alexandre Dumas (on peut pisser dans un fleuve, aucune importance!) ce qu'il considère comme une blague, traitant le curé de farceur ou le père Delouis d'avoir voulu se rendre intéressant... L'attitude des paysans à son égard, la subordination de ses jardiniers teintée d'ironie, trouvent explication à ses yeux. “ Brusquement il se souvint de la curieuse manière qu'avaient les gens de par ici de prononcer Omaha, en le traînant, en le veulant jusqu'à en faire un meuglement : Omeuheuuu!... ”

Extrait de l'article publié dans la revue Polar N°16, 3e série, octobre 1995.

Nouvelle édition mai 1995.

Nouvelle édition mai 1995.

Réédition Carré Noir N°424. Parution avril 1982. 3,80€.

Réédition Carré Noir N°424. Parution avril 1982. 3,80€.

Réédition Folio policier N°309. Parution septembre 2003. 5,80€.

Réédition Folio policier N°309. Parution septembre 2003. 5,80€.

Jean AMILA : La Lune d’Omaha. Série Noire N°839. Parution 1964.

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 14:27

Moralité en forme de prolégomènes :

ne soyez pas candidat politique en région PACA...

Serge QUADRUPPANI : Saigne sur mer.

Une nouvelle mission attend notre ami Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe.

C'est en épluchant le journal au comptoir du café où il prend son petit déjeuner et malgré les sarcasmes amicaux des autres habitués ou du patron, que le Poulpe sent se réveiller en lui le justicier qui sommeille en lui.

Un candidat aux élections municipales de la Seyne sur mer décède d'une indigestion de pruneaux, fruits d'un calibre de 11.43.

Un épisode de plus dans la course au pouvoir qui n'aurait aucun intérêt si le candidat en question n'avait décidé de divulguer les dessous de certaines affaires qui traînaient au fond du marigot politique.

Endossant son habit de chevalier servant, le Poulpe prend sous sa coupe protectrice Camille la frêle jeune fille dont le père flic municipal est décédé parce qu'il savait trop de choses sur les événements et les hommes qui les avaient provoqués. Une enquête tortueuse, pleine de rebondissements, au cours de laquelle il frôlera à plusieurs reprises la mort, ce qui ne l'empêche pas d'avancer contre vents et marées.

 

Cette nouvelle aventure du Poulpe, plus tordue, plus axée dans le quotidien et la réalité, est moins convaincante que la précédente, imaginée et écrite par Jean-Bernard Pouy.

L'attrait du nouveau est passé par là, mais il faut toutefois saluer la performance, et bon vent au Poulpe.

 

Serge QUADRUPPANI : Saigne sur mer. Le Poulpe N°2. Editions Baleine. Parution 15 février 1996. 154 pages.

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 13:08
Richard MATAS : Folies douces.

Une folie douce qui m'enchantait un moment,

en suçant mon pouce..

Richard MATAS : Folies douces.

Un entrefilet du Monde des Livres du 16 octobre 1992 nous apprenait la disparition de Richard Matas, dans une petite maison de la banlieue de Barcelone.

Auteur d'une pièce de théâtre (Milan), de quelques nouvelles, et de deux romans, Mauvais sang chez Fayard en 1981, puis de Folies douces chez Actes Sud en 1990, Richard Matas était aussi, et peut-être surtout, connu comme traducteur. Notamment il avait traduit Sailor et Lula de Barry Gifford paru aux éditions Rivages.

La Série Noire a eu l'excellente initiative de rééditer de cet auteur authentique et secret Folies douces en avril 1993.

 

Qui est Fitzpatrick ? Un scénariste de cinéma en quête de sujet ? Peut-être. Mais le catalyseur, le prétexte pour Mendel et Vagey de se confier, de se déboutonner par enregistrements interposés.

Comme une mise au point pour ces deux amis, ces deux-demis frères aujourd'hui séparés, l'un sortant de prison, ayant purgé une peine de prison de quarante mois, l'autre en fuite, en exil dans un hôtel minable de Madrid.

Une séparation due à un crime dont l'un serait responsable et l'autre coupable ?

Roman policier, Folies douces ne l'est certes pas.

Roman noir, assurément.

Roman de deux destins qui basculent comme une voiture le long d'une corniche.

Roman de deux acteurs dans la vie qui jouent au cinéma et font leur métier.

Roman de deux fils de chiffonniers dont l'amitié se chiffonne, se brouille, pour un amour brouillon.

Au fur et à mesure que Mendel et Vagey se confient, se confessent à tour de rôle, recherchent la vérité en remontant le temps ou l'autoroute, en sublimant ou dégradant leurs actions, leurs pensées, se reconstitue un puzzle entre sourd et muet.

 

Première parution 1990. Collection Polar Sud. Editions Actes Sud. 156 pages. 12,30€.

Première parution 1990. Collection Polar Sud. Editions Actes Sud. 156 pages. 12,30€.

Richard MATAS : Folies douces. Série Noire N°2318. Parution avril 1993. 160 pages. 5,55€.

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 14:30

Un temps à ne pas mettre un policier dehors !

Pascal JAHOUEL : Un temps de chien !

Mais que fait donc Bertrand Hilaire Lejeune, dit BHL, comme Bazar de l'Hôtel de Lille, attifé en femme par ce froid boréal qui glace les rues du centre ville de Rouen ?

Depuis quelque temps, de vieilles dames se font choper leur sac à main en pleine rue, et d'après les témoins, les vauriens seraient des jeunes. Aussi le commissaire Chassevent a imaginé BHL patrouillant dans le quartier, habillé dans la tenue adéquate de la chèvre, et prenant ainsi sur le fait le ou les indélicats.

Entre Chassevent et BHL, c'est je t'aime, moi non plus. Et le commissaire a infligé cette enquête à son subordonné comme on filerait une punition à un enfant pas sage.

Mais bientôt une autre affaire va occuper BHL, malgré l'heure indue à laquelle Chassevent lui confie le problème. Il est dix-huit heure, l'heure de regagner ses pénates, et pourtant il doit se rendre à Iscampville, constater le décès d'un Roumain par inhalation de monoxyde de carbone. Pour BHL, malgré la mise en scène, il s'agit d'un meurtre. La soirée pépère qu'il s'était promise est fortement compromise, et pour se réconforter, il s'enfile quelques calvados derrière la cravate. Une façon comme une autre de fêter le premier samedi de l'an neuf.

Toutefois, malgré les réticences de Chassevent, lequel préfère déguster béatement son whisky affalé dans son fauteuil, BHL continue son enquête sur la mort de Tudor Lupu, ne négligeant surtout pas l'aide que peuvent lui apporter Clarisse, agoraphobe se cantonnant dans un travail de recherches bureaucratiques, ou encore Justin son adjoint auquel il remonte souvent les bretelles.

Par Clarisse, BHL apprend que le compte bancaire de Lupu était plus que confortablement approvisionné. Cinq cent mille euros, ce n'est pas une petite somme, même si Lupu fut vingt ans auparavant un joueur de hand-ball renommé et de haut niveau. Et comme dit Clarisse, qui lui rappelle qu'à cette époque, les forçats du ballon touchaient peanuts :

Mais si, souviens-toi, c'était avant que les télés s'emparent du sport et le travestissent en un spectacle pour débiles d'où le bon gros flouze coule à flots.

Donc Lupu était comblé financièrement mais il n'existait aucun signe extérieur de richesses. C'est ainsi que BHL oriente son enquête vers la municipalité qui l'employait à des travaux divers et comme entraîneur de l'équipe locale de hand-ball. Et notamment des conseillers municipaux prospères, qui sont tout ébaubis.

Un autre Roumain est lui aussi retrouvé mort. Mais cette fois le meurtre ne fait aucun doute. Il y aurait-il corrélation entre les deux ? Un commissaire de Paris, vindicatif et arrogant, est dépêché sur place car l'homme n'était que de passage à Rouen, accompagné de prostituées. Du coup Chassevent se hausse du col devant la Fistule, c'est le surnom donné à ce policier imbu de sa personne, et relègue BHL au rôle de petit inspecteur de province ne sachant pas prendre de décisions.

Pourtant BHL, pugnace, tenace, ne veut pas en rester là. Il appréhende un gamin, d'origine portugaise, le prenant sur le fait en train de chouraver un sac à main, fait connaissance de sa mère, une brave dame en manque d'affection, de la chef de bande, une gamine qui se déclare végétarienne et méphistophélique, plus quelques autres personnages hauts en couleur et va se trouver dans des situations plus ou moins plaisantes.

 

Roman ébouriffant, aussi bien dans sa construction, dans son style, dans les scènes parfois épiques qui se glissent dans la narration, dans les petites phrases chocs et dans la description des personnages, Un temps de chien ! fait penser, toutes proportions gardées Pascal Jahouel possédant son propre univers, à un ouvrage qu'auraient écrit en commun Frédéric Dard et San Antonio. Je sais ils ne faisaient qu'un mais leur approche littéraire était très différente.

Dans un mélange de français châtié, à la limite trop fignolé, et d'argot plus ou moins récent, Pascal Jahouel a réussi la gageure d'un roman policier moderne écrit à l'ancienne et dont le style narratif fait parfois passer au second plan l'enquête. Ainsi si vous n'êtes jamais allé dans une jardinerie, ou si vous y aller de temps à autre les yeux fixés uniquement sur l'objet de vos désir, je vous conseille de suivre le parcours décrit par Pascal Jahouel, et vous découvrirez ce magasin avec un œil neuf et circonspect.

Voir également l'avis de Pierre F. Sur BlackNovel1

A découvrir également le précédent roman de Pascal Jahouel :

Pascal JAHOUEL : Un temps de chien ! Collection Roman policier mais pas que... Editions Lajouanie. Parution le 28 aout 2015. 240 pages. 18,00€.

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 09:04
Bill ALBERT: Et Rodriguez, alors ?

C'est pas le Pérou...

Bill ALBERT: Et Rodriguez, alors ?

David Rodriguez, Américain d'origine mexicano-juive, pompiste qui aimerait devenir journaliste, débarque à Lima dans le but d'écrire une série d'articles afin d'obtenir ses galons de reporter.

Une rencontre fortuite, de longues jambes bronzées, un sourire doux, un regard vert, une caresse sur la main, il ne lui en faut pas plus pour l'inciter à accourir au rendez-vous que lui a fixé à Piura, au cœur du Pérou, Anna. Le voilà bientôt pris en tenaille entre Carrillo, le représentant local de la Junte Militaire qui désire lui montrer les aménagements de la révolution agraire, entre les guérilleros menés par un certain Vasquez ou encore les Brigades de la mort.

Hempal, un journaliste, déguste même dans l'épaule une balle qui lui était destinée. Christa, la compagne d'Hempal lui en veut, ce qui ne l'empêche pas coucher avec lui. Rodriguez s'enfuit, aidé par Anna et passe la nuit avec elle dans un taudis, en tout bien tout honneur. Au petit matin la jeune femme a disparu et Rodriguez est invité par des soldats à les suivre. Carrillo lui propose de visiter une coopérative agricole afin de lui démontrer les avantages de la Réforme. Vasquez et ses hommes investissent la place. Carrillo est abandonné dans le désert et Rodriguez prié de se joindre à la petite troupe.

A la faveur d'un dérangement intestinal il fausse compagnie à ce beau monde. Il arrive à Catacaos, après avoir échappé aux recherches militaires, et se réfugie chez un prêtre dont il a fait la connaissance à bord de l'avion le menant de Lima à Piura. Hempal et Christa les rejoignent et Rodriguez apprend qu'il est recherché, accusé d'avoir tué Carrillo dont le corps a été découvert dans une rizière. Rodriguez et Christa trouvent asile dans un hameau, tandis que le prêtre et Hempal tombent entre les mains des soldats lancés à sa poursuite. Les bruits courent que Hempal serait mort. Rodriguez cherche à joindre Vasquez afin de passer en Equateur.

Les soldats approchent et les deux jeunes gens sont obligés de fuir à nouveau. Ils ont pour guides deux envoyés de Vasquez. Après de multiples avatars, dont la traversée d'un ancien cimetière pré-inca, le passage sur une passerelle de bois, la disparition de leurs guides, ils arrivent enfin dans le refuge de Vasquez et retrouvent Anna. La réputation de Rodriguez, en tant qu'envoyé de la CIA et meurtrier de Carrillo, les a précédés. Vasquez qui était le cousin de Carrillo semble en vouloir à Rodriguez et le retour au bercail des deux guides détend légèrement l'atmosphère.

 

Ce roman picaresque bourré d'humour et de références cinématographiques, d'ailleurs Rodriguez se fait son cinéma personnel, traite d'un sujet beaucoup plus grave qu'il y parait : la condition des paysans péruviens face à la Junte militaire en place. L'on pourra regretter une fin, en queue de poisson pour certains, ouverte pour d'autres, d'un roman dont le héros est le petit-fils d'un révolutionnaire zapatiste et d'un Russe trotskyste. L'on pourra regretter également l'abandon en cours de route de certains personnages, à moins qu'une suite soit prévue à ce roman. Mais on ne le saura pas ce roman étant le seul de Bill Albert à avoir été traduit en France.

Comme ils ne se supportaient pas, les deux hommes étaient inséparables.

Bill ALBERT: Et Rodriguez, alors ? (And what about Rodriguez ? - 1990. Traduction de Daniel Lemoine). Série Noire N°2281 Parution octobre 1991. 320 pages. 7,80€.

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 16:25

Un train peut en gâcher un autre...

Jean Bernard POUY : La petite écuyère a cafté.

Surnommé Le Poulpe à cause de la longueur démesurée de ses bras, Gabriel Lecouvreur, est une sorte de justicier des temps modernes, quoiqu'il s'en défende.

Il ne se "considère pas comme le vengeur masqué mais comme quelqu'un qui contrebalance la vacherie du monde en tatanant quelques indélicats, en remettant des salauds sur le chemin de la rédemption, en expérimentant une technique toute personnelle de reprise individuelle".

C'est en lisant les quotidiens dans un café proche de son domicile parisien que Gabriel dit Le Poulpe relève les anomalies d'un système auquel il ne collabore pas.

Ainsi lorsque deux adolescents sont retrouvés près de Dieppe, enchainés à des rails, écrasés par un train régional, une lettre de suicide écrite à l'intention de leurs proches laissée près du ballast, il subodore une supercherie et un meurtre déguisé.

Il ne se sentira satisfait et l'esprit en repos que lorsque cette affaire sera résolue. Dans la discrétion, et pour son plus grand profit parce qu'il faut bien vivre.

Pour cela et à l'instar de ses prédécesseurs mythiques et auxquels on pourrait le comparer, de Robin des Bois à Arsène Lupin, en passant par le Saint et quelques autres, il change d'identité et devient tour à tour journaliste, chercheur au CNRS, ou tout autre quidam dont la présence sur les lieux de l'évènement litigieux requiert un incognito en béton.

Il enquête en marge de la police, mais force reste à la justice. Profondément humain, il se positionne politiquement à gauche, combattant l'extrême-droite, un état d'esprit qui reflète celui de ses auteurs. Malheureusement il confond Maurice Leblanc et Gaston Leroux, attribuant la paternité d'Arsène Lupin au second.

 

Un nouveau personnage somme toute sympathique dont les aventures nous seront narrées à visage découvert.

En effet Jean-Bernard Pouy, s'il est l'instigateur de cette série n'est pas seul pour relater les prochains épisodes du Poulpe. Serge Quadruppani, Patrick Raynal et d'autres, se sont attelés à l'écriture de cette saga, chacun dans son style. Tout en respectant une ligne de conduite, une bible, ils apportent leur sensibilité, leur vision, leur humour, sans trop modifier les traits physiques et moraux du héros. A suivre ...

Réédition collection Librio. 1998.

Réédition collection Librio. 1998.

Adapté en BD avec Nikola Witko. Editions 6 pieds sous terre. 58 pages.

Adapté en BD avec Nikola Witko. Editions 6 pieds sous terre. 58 pages.

Jean Bernard POUY : La petite écuyère a cafté. Collection Le Poulpe N°1, éditions Baleine. Parution septembre 1995. 158 pages. 5,95€.

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 10:44
Raymond MARSHALL : En trois coups de cuiller à pot

Plus une petite louche pour la route ?

Raymond MARSHALL : En trois coups de cuiller à pot

Situées à une cinquantaine de kilomètres l'une de l'autre, Fairview et Bentonville sont aussi dissemblables que le jour et la nuit peuvent l'être.

Fairview se meurt. La prospérité due à l'implantation de petites fabriques n'est plus qu'un souvenir et la jeunesse s'est enfuie à Bentonville, la ville nouvelle dont la richesse réside en un centre industriel en pleine évolution et des usines modernes.

Seuls sont restés à Fairview que les vieux, quelques nostalgiques de la cité, et ceux qui ne sont pas attirés par les lumières factices. Fairview est triste et décrépite. Bentonville connait le revers de la médaille avec la présence de centaines de tripots, de cercles de jeux, et l'implantation dans chaque boutique, ou presque, d'appareils à sous généralement truqués.

L'organisation du jeu de Bentonville est dirigée par un nommé Korris qui a la main mise ou presque sur toutes les affaires lucratives et illégales de la cité. Mais ce n'est qu'un homme de paille, le véritable maître étant Vardis Spade, dont tout le monde connait le nom mais pas le visage.

 

Dans ce contexte de rivalité, seul Sam Trench, le gérant et directeur du Clairon, le journal local de Fairview, a essayé de dénoncer les pratiques existantes à Bentonville. Seulement, alors qu'il avait tenté de dénoncer l'organisation dans un article, les hommes de Korris avaient saisi et détruits tous les exemplaires du canard. Et comme la police et l'administration sont soudoyés par Spade et ses hommes de main, il a dû se plier à leurs exigences.

Clare Russel est devenue la cheville ouvrière du Clairon, après un passage dans des quotidiens ou hebdomadaires plus huppés. Trop travailleuse, elle avait été obligée de réduire son temps de travail, victime d'épuisement professionnel (à l'époque on ne disait pas encore burn out) et était entrée au Clairon avec des émoluments moindres mais la sympathie affichée de tout le personnel, qui à son contact, avait retrouvé de l'allant. Clare aurait aimé pouvoir écrire une série d'articles sur ce qu'il se passait réellement à Bentonville, mais Sam Trench le lui avait formellement interdit, se souvenant de la mauvaise expérience passée.

Clare fréquente Peter Cullen, propriétaire de stations-services, et elle le retrouve parfois le soir à Bentonville. Ils sont plus ou moins fiancés, mais Clare refuse pour le moment entendre parler épousailles. Elle n'est pas prête.

Ce jour là, elle rencontre dans le bureau d'Al Barnes, son collègue, un dénommé Timson qui désire acquérir des terrains à Fairview, et plus particulièrement Pinder's End, le quartier le plus déshérité de la ville. Une initiative pour le moins incongrue mais l'homme est persuadé que cela pourrait devenir un bon placement, les terrains étant très bon marché.

Harry Duke est fort prisé à Bentonville. C'est un joueur au passé trouble de tueur et bon nombre de personnes requièrent des tuyaux sur les courses de chevaux. Et en général, ces tuyaux sont de bon rapport. Kells, homme de main de Bellman, lui signifie que celui-ci aimerait l'engager pour faire acte de présence à la roulette dans ses salles, ce qui inciterait d'autres joueurs à parier. Bellman n'est dans la cité que depuis un an, son affaire commence à être florissante, mais pas assez à son gré. Et selon toutes vraisemblances Bellman aurait peur. Duke est appelé par une jeune femme qui le met en garde contre Bellman. Ce qui titille l'intérêt d'Harry Duke.

Peter Cullen et Harry Duke sont amis de longue date et Cullen l'invite à manger afin de lui présenter sa fiancée. Mais auparavant Duke doit rencontrer Schultz pour mettre cette histoire de Bellmann au clair. Lorsqu'enfin il est présenté à Clare, il y a comme un échange d'atomes crochus. Mais Clare ne veut pas le reconnaître, elle est trop loyale.

 

C'est ainsi que commence une histoire qui durera trois jours et qui verra d'abord la mort de Timson, puis les tensions qui existent entre les différents clans s'exaspérer pour finir par une guérilla en règle.

En trois jours, Duke fera le ménage dans cet imbroglio, aidé par Clare qui s'investit complètement dans cette grande lessive, parfois à son corps défendant. Duke se montre flegmatique, sachant toujours s'énerver et se mettre en colère lorsque la situation l'exige, se montrant excellent et rapide tireur. Il possède toutefois un côté fleur bleue. Parmi les autres personnages qui évoluent dans cette histoire, signalons ce couple de jeunes, préfiguration de Sailor et Lula.

Une histoire qui dure trois jours et trois nuits, avec beaucoup d'alcool fort à la clé pour se tenir éveillé ou pour digérer les événements qui se précipitent. Un peu une ambiance à la Peter Cheney, l'autre romancier britannique des débuts de la Série Noire. Un roman signé Raymond Marshall qui signait également James Hadley Chase et jouait à son propre concurrent.

Un roman à l'intrigue carrée, assez emberlificotée pour tenter de ne pas dévoiler l'identité de Vardis Spade, même si le lecteur s'en doute peu à peu, sans véritable temps mort, avec un final très flingueur, et quelques traces d'humour. Bref, un roman authentiquement américain signé par un Britannique.

 

Curiosité :

Dans le premier chapitre, Raymond Marshall décrit les deux villes, Fairview et Bentonville, et leurs différences, présente quelques personnages, Sam Trench et surtout Clare, puis relate brièvement les événements qui forment le cœur de l'intrigue. Il conclut en signalant que tout sera réglé en trois jours, et que l'organisation qui existait depuis six ans sera démantelée. Fort disert par moment, il se montre toutefois mutique sur l'épilogue, appâtant le lecteur et l'invitant à suivre les péripéties de l'intrigue.

Le plus surprenant, c'est qu'il avait suffit de trois jours pour venir à bout d'une organisation qui existait depuis six ans. Voici comment débuta la première journée, telles sont les dernières phrases du premier chapitre.

Réédition Carré Noir N°107. Parution février 1973. 256 pages.

Réédition Carré Noir N°107. Parution février 1973. 256 pages.

Raymond MARSHALL : En trois coups de cuiller à pot (Just the way it is - 1944. Traduction de R. Vidal). Série Noire N°20. Parution décembre 1948. 254 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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