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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 06:50

Comme celui de la Joconde ?

Serge QUADRUPPANI : Le sourire contenu.

Chassé de son emploi de superviseur au service contentieux dans une compagnie d'assurances, Mark Senders est un adepte des boissons alcoolisées et des produits illicites qui offrent un voyage dans les paradis artificiels.

Alors qu'il vient de passer la nuit dans un tunnel piétonnier de Riverside Park et dans un état d'ébriété avencée, il entend un homme parlant fort dans son téléphone portable (les gens ne se rendent pas compte combien ils peuvent embêter leurs voisins dans les endroits publics avec leur cellulaire), narrant à son correspondant une conversation avec une tierce personne.

C'est ainsi que Senders apprend malgré lui qu'il s'agit d'une photo, d'une femme à identifier et de l'envie de lui crever les yeux. S'il n'y avait que ça, Senders ne se serait peut-être pas mêlé de la conversation, seulement un type en tenue de jogging arrive, bouscule l'homme. Un cri, l'homme est à terre et le joggeur se retourne vers Senders un poignard de commando de marine à la main.

On n'est pas toujours lucide lorsque l'on est quelque peu bourré, ou alors on se découvre un courage insoupçonné dans un fond de bouteille. Senders s'interpose. Le joggeur prend la fuite et l'homme à terre lui demande de prendre son portefeuille. Il ne faut jamais contrarier un homme sur le point de mourir, aussi Senders s'exécute et c'est ainsi qu'il se retrouve avec une belle somme d'argent et la photo d'une femme nue, aux yeux violets et au sourire contenu.

Senders est un dessinateur, mais cette profession ne nourrit pas son homme, pourtant il se promène toujours avec un carnet de croquis sur lui et il est sensible aux paysages, et surtout aux femmes aux yeux violets.

Le portefeuille recélant des pièces d'identité au nom d'Edward Morgan, Senders écoute le répondeur téléphonique de son agressé puis se rend au domicile dudit. Tout d'abord il est éconduit par le gardien de l'immeuble dans lequel réside (résidait ?) Morgan, mais celui-ci (le gardien) intrigué par les dessins que Senders est en train de croquer, l'invite à boire un thé dans la salle de surveillance. Il assiste à une séance de spiritisme organisée en compagnie de deux vieilles dames et d'un chien (pourquoi pas ?), une séance bizarre ponctuée d'un gaz paralysant. Lorsqu'il se réveille, Senders, qui pensait finir dans la gueule du chien, s'introduit en compagnie de celui-ci dans l'appartement de Morgan et découvre sous le téléphone une feuille sur laquelle sont griffonnés les mots Sofia et Shelter Island.

Sophia, probablement la femme au sourire contenu et aux yeux violets. Senders va se mettre à sa recherche et c'est comme ça que débute un étrange périple qui l'emmènera dans un voyage asiatique bravant malgré les dangers inhérents à ce genre de tribulation, surtout lorsque cette partie du monde est en pleine turbulence. Le gouvernement britannique doit céder le territoire de Hong-Kong qui était sous sa domination, à la Chine, et que le Cambodge connait une crise politique ponctuée par des soulèvements militaires dont les civils seront les premières victimes, comme d'habitude.

 

Mark Senders, héros malgré lui de ce roman, est comme un pion sur un jeu d'échec, confronté aux Rois, aux Dames, aux Fous, aux Cavaliers en pousse-pousse, trimballé sur des cases qui vont des Etats-Unis à Hong-Kong, à l'ile de Shelter, au Viêt-Nam et au Cambodge. Il se déplace comme dans un voyage onirique, entre rêves et cauchemars hantés de chimères opiacées.

Il se sent manipulé, mais il ne sait pas pourquoi, ni comment, il se contente de suivre les instructions, les conseils, les demandes, ou les obligations qui lui sont imposées par différents protagonistes dont Sofia, qu'il rencontre incidemment. Mais elle ne peut lui parler, lui montrant qu'elle porte dans son sillon mammaire un micro dont elle ne peut se défaire. Senders apprend toutefois qu'elle est employée au Haut-commissariat aux Réfugiés, un organe de l'ONU.

Une longue quête débute pour Senders, qui perdra de vue, le lecteur aussi, sa recherche de la femme aux yeux violets et au sourire contenu, bousculé par les événements et multiples incidents et traquenards dont il sera l'objet. Inconscience, pugnacité, devoir moral de continuer ou obligation matérielle et physique de se plier aux injonctions, tout cela à la fois et plus encore peut-être.

Senders, et le lecteur par la même occasion, vit comme dans un rêve, à cause des nombreux produits dopants qu'il consomme, souvent fournis aimablement. Mais un rêve, ou plutôt un cauchemar éveillé, comme lorsque l'on poursuit dans un demi-sommeil un rêve éveillé que l'on traîne en longueur, que l'on prolonge malgré soi, ajoutant des épisodes en une semi conscience parce que l'on ne veut pas s'extraire des images qui nous emprisonnent l'esprit et retrouver un quotidien banal. Ou comme dans ce nuage de Shenzen qui s'étend sur la baie de Hong-Kong tel un voile occultant.

Nonobstant, derrière cette quête-enquête, Serge Quadruppani s'attache également à montrer au lecteur confit dans son petit confort la géostratégie dans cette partie du monde, tout en établissant un éloge de l'ambiguïté des sentiments humains confrontés aux manichéismes assassins.

Première édition collection Les Noirs N°43. Editions Fleuve Noir. Parution avril 1998. 224 pages.

Première édition collection Les Noirs N°43. Editions Fleuve Noir. Parution avril 1998. 224 pages.

Serge QUADRUPPANI : Le sourire contenu. Collection La Petite Vermillon N°429. Editions de La Table Ronde. Parution le 9 mars 2017. 256 pages. 8,70€.

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 10:11

Histoires noires pour nuits blanches...

Jean RAY : Le Grand Nocturne suivi de Les Cercles de l'épouvante.

Avec des Si, on mettrait Paris en bouteille, affirme le proverbe. Et l'on peut toujours imaginer que le succès de Jean Ray est dû par l'occupation des Nazis en Belgique et surtout de la fermeture de la frontière avec la France.

Dans sa postface, Arnaud Huftier, grand connaisseur de Jean Ray et de son œuvre précise :

Le 20 août 1940, une ordonnance instaure la censure préalable. L'une de ses missions est de briser l'influence culturelle française prépondérante en Belgique. Il s'agit donc de redonner une visibilité nouvelle à la production littéraire belge au nom des "valeurs nationales".

Ce qui provoque par voie de conséquence une émergence d'auteurs belges, et comme l'a remarqué alors Germaine Sneyers, la production belge gravitait autour de deux pôles : le régionalisme et l'onirisme. Le fantastique est également favorisé de même que l'insolite.

Le Poe belge, comme l'a surnommé Gaston Derycke dans Cassandre le 10 janvier 1943, se voit hissé au sommet de la littérature belge tout simplement parce que son œuvre propose, d'une certaine manière, la synthèse de l'enracinement belge et du fantastique - tout en faisant l'ellipse sur les questions politiques.

Cette période signe la résurrection de Jean Ray, et le natif de Gand se voit porté au pinacle des lettres, tout autant belges que françaises. Il deviendra la Référence du Fantastique, à la hauteur de ses confrères belges Simenon et Steeman qui, eux, œuvraient dans le policier et le roman noir. Si Simenon vivait à l'époque en France, Steeman était en Belgique, fondant avec Jules Stéphane, Thomas Owen, Evelyne Pollet et Max Servais, la coopération d'édition les Auteurs Associés, coopérative que rejoindra Jean Ray.

De 1942 à 1944, des années d'intense activité pour Jean Ray qui se concrétisent par la parution du Grand Nocturne et des Cercles de l'épouvante, avec des textes inédits ou repris dans des publications précédentes dans des magazines belges, mais aussi des Derniers contes de Canterbury et deux romans Malpertuis et L a cité de l'indicible peur, tous devenus des classiques de la littérature fantastique.

 

Certaines thématiques reviennent quasi systématiquement, chères à l'auteur. Le port, l'eau, l'alcool, la nuit, la brume... et des conversations entre adolescents, marins, camarades de comptoir.

Les conversations pour installer l'ambiance, avec souvent un interlocuteur naïf, le port et l'eau pour amplifier l'atmosphère sombre qui s'englue dans nuit et la brume, et l'alcool pour permettre les divagations des personnages, jouant entre réalité et virtualité, entre le tangible et l'irrationnel. Les événements vécus, imposés aux personnages, découlent-ils d'un fantastique quotidien ou proviennent-ils d'une absorption trop fréquente et effrénée d'alcool ?

Le soin de trancher est laissé au lecteur qui se délecte rétrospectivement de la peur et de l'effroi ressentis par des protagonistes se mouvant dans la banalité quotidienne des troquets ou d'endroits tout aussi dangereux et maléfiques, comme les cales d'un navire.

Et pour ceux qui ne connaitraient pas encore Jean Ray et son œuvre, une excellente entrée en matière et un régal de lecture, une écriture dépouillée de tout ce sadisme, cette violence, ces hyperboles dans la brutalité contenus dans la plupart des romans d'horreur qui foisonnent actuellement, le suggestif prenant la place au descriptif.

 

Sommaire :

Le Grand Nocturne

Le Grand nocturne

Les sept châteaux du roi de la mer

Le fantôme dans la cale

Quand le Christ marcha sur la mer

La scolopendre

 

Les Cercles de l'épouvante :

Liminaire. Les cercles.

La main de Goetz von Berlichingen.

L'assiette de Moustiers.

Le cimetière de Marlyweck

L'homme qui osa.

L'auberge des spectres.

L'histoire du Wûlkh.

Le miroir noir.

Fin. Hors des cercles.

 

Autres textes :

Monsieur Briscombe et le feu.

Last chance

En ville inconnue.

 

Postface de Arnaud Huftier.

Bibliographie.

Jean RAY : Le Grand Nocturne suivi de Les Cercles de l'épouvante. Alma Editeur. Parution le 2 mars 2017. 310 pages. 18,00€.

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 10:10

Un clin d'œil à la Comtesse déchaussée ?

Hervé JAOUEN : Le vicomte aux pieds nus.

En cet été 1895, le vicomte Gonzague de Penarbily, est plus occupé fréquenter les cercles de jeux ou à ôter l'opercule de jeunes pucelles britanniques qu'à se consacrer à ses études de droit. A vingt-huit ans, on a l'avenir devant soi.

Il est en vacances chez sa mère, Hortense de Penarbily, une veuve qui a hérité d'un manoir et quelques terres et métairies dans le pays bigouden, mais ce n'est pas pour autant que l'argent coule à flots. Ce serait plutôt le contraire, et afin de garder un rang social digne de son titre, Hortense a transformé son manoir et des dépendances en gîtes fort prisé par une clientèle venue d'Outre-manche.

Gonzague batifole donc dans la cabine de bains ou joue les herboristes laissant à sa jeune compagne admirer l'envers des feuilles, tout en sachant que dans un mois il doit se marier avec une jeune fille de bonne famille nantaise, dénuée de titre de noblesse mais fort pourvue en dot. Sa sœur Bérénice, plus jeune de deux ans, est promise au fils du notaire local, lequel sait parfaitement gérer ses affaires en plus de celles de la famille Penarbily. Bérénice est offusquée par les frasques de son frère, tandis qu'Hortense est fière de son coq.

Les mois passent, Gonzague se marie, mais dilapide rapidement la dot. Et crime de lèse-épouse, il utilise un condom lors de ses devoirs conjugaux. La mariée n'est pas bréhaigne comme ses parents aurait pu le supposer. Bref, le divorce est prononcé et le père bafoué n'en reste pas là. Alors Gonzague, qui sent le souffle des policiers dans son dos, décide de quitter la France. Il pense d'abord se réfugier en Angleterre, mais finalement il embarque pour les Etats-Unis en deuxième classe.

Les cabines ressemblent à des chambrées de caserne, six lits sur deux rangées superposées, mais la cohabitation avec les autres passagers est enrichissante. Deux techniciens de la compagnie cinématographique des frères Lumière partagent sa cabine, et curieux à juste titre, Gonzague demande des détails sur cette invention. A New-York, il existe déjà les petits films et le projecteur inventé par Edison, mais aussi bien les vues animées et l'appareil ne valent pas ceux des Frères Lumière.

Alors Gonzague rentre en France, réussit à convaincre sa mère à participer à la nouvelle aventure du cinéma et tous deux se rendent à Lyon chez les frères Lumière puis à Paris ils rencontrent Méliès dont les productions sont plus abouties encore.

C'est le départ pour le Canada, et munis du matériel ils s'installent à Montréal. Appuyés par le clergé local qu'ils invitent à visionner leurs vues animées édifiantes, ils aménagent une salle et proposent même des séances à mi tarif pour les scolaires. L'argent rentre et Hortense, en femme réfléchie économise afin de rembourser leurs dettes, les hypothèques et acheter de nouveaux films. C'est le début de la fortune.

Ensuite ils iront aux USA, en Floride, dans le Missouri... Mais les aigrefins veillent, Edison n'est pas satisfait de la concurrence, Hortense s'éprend d'un homme et vice versa, l'argent rentre dans les caisses, Gonzague fait la connaissance de Suzanne, une Louisianaise expansive, pétulante et affranchie qui l'aime, le suivra et l'aidera dans ses entreprises, n'hésitant pas à payer de son corps lorsque le besoin s'en fait sentir, en tout bien tout honneur. Mais comme d'habitude, grandeur est suivi de décadence...

 

Le Vicomte aux pieds nus nous emmène sur trente ans d'une saga familiale foisonnante dont Hervé Jaouen possède le secret.

Tout d'abord le lecteur est confronté à une ambiance bretonne tout en étant gauloise, et il suivra les aventures désordonnées de Gonzague dans ses divers périples. Il sera indulgent, tout comme Hortense la mère, envers ce fils de famille dépensier et folâtre, applaudira à ce qui pourrait être une rédemption lorsqu'il décide de trouver une occupation rémunératrice en s'adaptant à de nouvelles technologies, en étant un novateur dans ce qui n'était pas encore appelé le septième art, travaillant même ensuite lors du retour en France après un départ précipité des Etats-Unis, après un passage à Saint-Pierre Miquelon, comme scénariste et réalisateur-producteur de sa propre production cinématographique.

Il tremblera lorsque Gonzague et Hortense, ainsi que son mari, seront la proie de cousins américains qui ne respectent pas la famille. D'ailleurs intercalé dans la linéarité du récit, le journal d'Hortense nous entraîne au cœur de leurs pérégrinations mouvementées, amoureuses, exploratrices.

De plus la jeune nation possède une appétence pour les nouvelles technologies, se les appropriant en y apportant quelques modifications, en déposant les brevets, et instaurant le commerce unilatéral, tout pour l'exportation, rien pour l'importation. Phénomène amplifié de nos jours dans tous les domaines, ou quasiment.

Mais le lecteur s'amusera surtout car ce roman n'engendre pas la morosité. C'est drôle, c'est vivant, c'est émouvant, c'est égrillard, c'est historique, c'est frais et vivifiant, c'est impertinent, c'est distrayant.... Tout sauf ennuyeux !

 

Si j'ai qualifié ce roman de saga familiale, ce n'est pas tant parce qu'il s'étale sur trente ans, mais bien parce que j'ai relevé quelques greffons, quelques bourgeons qui pourraient donner lieu à des suites.

Par exemple, lors de leur séjour à Saint-Pierre et Miquelon, Hortense et son fils se trouvent en présence d'un Emmanuel Turgot. Et cela nous ramène à un ouvrage précédent de l'auteur. Mais d'autres indices laissent à penser que Hervé Jaouen va explorer la vie quotidienne et les tribulations de Suzanne, de Madeline, fille que Gonzague a eu au Canada mais qu'il n'a jamais connue, Bérénice, la sœur de Gonzague qui au contraire de sa mère n'apprécie pas du tout les frasques de son frère, voire d'autres personnages qui évoluent dans ce roman et qui mériteraient d'être étoffés.

 

Hervé JAOUEN : Le vicomte aux pieds nus. Editions des Presses de la Cité. Parution le 2 mars 2017. 464 pages.20,00€.

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 13:32

Bon anniversaire à Sergueï Dounovetz né le 19 mars 1959.

Sergueï DOUNOVETZ : Vipères au train.

Septuagénaire (et plus) pour l’état-civil, trentenaire dans sa tête d’aventurier, Cyprien attend à l’ombre des hangars l’avion qui doit amener Léo, un copain de longue date, la cinquantaine tranquille et cheminot en retraite.

Un copain, c’est vite dit, disons une connaissance qui aurait mangé dans la même gamelle, qui l’aurait fait cocu, s’il faut tout préciser. Mais si Cyprien attend Léo, c’est parce qu’il a besoin de lui et de son expérience ferroviaire.

Cyprien, qui a passé plus d’un quart de siècle en tôle n’a pas raccroché. Il est en relation avec un truand local, Ted, et de quelques affidés pour le moins ahuris et déjantés. Faut dire que le soleil tape fort dans ce coin d’Amérique latine et la bière tout comme le tord-boyaux local, l’alcool d’agave, coulent à flot. La petite bande, constituée il faut bien le dire de branquignols, s’est mise en tête de dévaliser une banque contenant le trésor, composé de lingots d’or, de pierres précieuses et de diamants bruts, de Zédler, le dictateur régnant sans partage sur le pays.

Mais l’Herbe Rouge, une organisation révolutionnaire en lutte contre le tyran pourrait bien faire avorter ce projet par les actions commandos engagées contre le pouvoir. S’emparer du magot, puis le faire voyager à travers désert de sable, dunes et montagnes, n’est pas un mince problème. D’autant que se greffe l’intrusion d’une guérillera de vingt ans, qui se conduit déjà en femme fatale.

 

Vipères au train est un aimable pastiche de westerns tequila baroques dans lesquels les protagonistes tous aussi déjantés les uns que les autres. Voir les films ayant pour acteurs principaux Terence Hill et Bud Spencer par exemple.

Ce roman oscille entre parodie et gravité, avec parfois des traits d’humour grinçants et des scènes, limite bon goût penseront les pisse-froid, aimables gauloiseries de fin de banquet pour ma part.

Une parodie bon enfant qui ne montre pas toutefois toutes les possibilités d’écriture de Sergueï Dounovetz qui nous avait habitué à plus de rigueur. Un entracte en quelque sorte.

 

Sergueï DOUNOVETZ : Vipères au train. Collection Rail Noir N°6. La Vie du Rail. Parution février 2004. 150 pages. 7,00€

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 06:23

Entrez dans le monde merveilleux

de la fantasy féérique...

Brice TARVEL : L'Or et la Toise.

Depuis que le mage Vorpil a failli à sa mission, celle de protéger le roi Storan II, le puissant monarque du pays de Fagne, ce pays a été scindé en deux par deux barons aux dents longues. Storan II est mort sans successeur mâle ou femelle, pour des causes qu'il n'est point besoin d'approfondir ici mais seulement en relever les conséquences.

Vorpil mûrit sa vengeance, chagriné par cette défection et lance un sort contraire sur les deux baronnies. La Fagne du Nord, dirigée par Varcellon, connaîtra les effets du gigantisme tandis que la Fagne du Sud, le baron Tillot à sa gouvernance, éprouvera les effets opposés, ceux du nanisme.

Fagne est atteint d'un autre fléau, héritage d'alchimistes apprentis sorciers. Fagne est un pays de marais et la pluie qui tombe continuellement ou presque entretient cette humidité sans parcimonie. Et ces brennes aux eaux devenues pesteuses recèlent de nombreux méhaignies, d'animaux infréquentables et de dangers de toute sorte.

Au moment où le lecteur entre sans passeport dans cette histoire, il fait la connaissance de deux flandrins nommés Jodok et Clincorgne.

Ces deux traîne-savates, ou plutôt traîne-vase, vivotent dans les marais, mais ils ont une idée en tête, surtout Jodok. Une légende, mais est-ce vraiment une fable, affirme que les caves du château du baron de Tillot en Fagne du Sud renferment des caisses d'or. Et que si ce trésor pouvait tomber entre leurs mains, ils sauraient quoi en faire. Mais auparavant, il leur faut se munir de toiseur, cet élixir qui permet de ne pas être atteint de gigantisme, au nord, et inversement proportionnel au sud. Clincorgne se plaint notamment que son bras s'allonge, ce qui lui crée une difformité dont il se passerait bien.

Pour se procurer cette panacée, les deux compères se rendent chez Renelle, la sorcière, une matrone ivrognesse aux chairs débordantes, mais qui, jeune fille, était d'un abord aimable et abordable. Clincorgne s'en souvient, mais c'était avant. Donc, ils demandent du pousse-pouce à la mégère, laquelle accepte de leur en fournir, mais sous condition.

Ils doivent raccourcir la chaumine de Renelle, qui tout comme les humains possède cette faculté de grandir seule. Les premiers embarras que les deux camarades vont affronter se dressent devant eux sous la forme de moines dirigés par Ermunoc. Les Moines Pourpres se déplacent à l'aide de radeaux, accompagnés d'aquachiens, répandant la bonne parole, celle du Tout-Haut, et surtout la leur. Et les contrarier n'est pas la solution pour s'en libérer.

Jodok et Clincorgne se débarrassent, non sans mal des intrus, récupérant au passage le radeau qui leur permettra de joindre la Fagne du Sud. Munis de toiseur, les voilà sur la route aquatique, et Renelle qui a compris leur projet, va elle-même tenter de rejoindre la Fagne du Sud, par ses propres moyens, et essayer d'arriver avant eux pour s'emparer du trésor.

 

Et en Fagne du Sud, me demanderez-vous, curieux et impatients que vous êtes ?

Le baron Tillot est aussi gros qu'une souris, refusant d'ingurgiter du toiseur, pour des raisons personnelles et lubriques. Or sa propension à vouloir rester minuscule faillit lui être fatale. Candorine, sa fille issue d'une des nombreuses relations que Tillot entretient avec toutes les gerces du château et d'ailleurs, Candorine a manqué, par inadvertance, l'écraser sous son pied mignon.

Depuis Candorine est encagée en compagnie d'Alda, son accorte meschine, dans les souterrains du castel et elles subissent les effets négatifs du rétrécissement de leur espèce de clapier suspendu au dessus d'une eau fangeuse. Leur geôlier, Gober, assure le ravitaillement et le vidage du jules contenant déjections et pissats. Quand il a le temps.

La situation commence à devenir intenable et Candorine ne désirant pas voir sa jeunesse flétrir dans cette immonde fillette, cet objet qui fut cher en un autre lieu et une autre époque à un certain roi Louis, décide de s'évader. Or pour parvenir à ses fins, il lui faut ruser et obtenir l'aide d'Alda, que la jeune femme ne lui refuse pas, car elle aussi n'en peut plus de stagner dans l'eau marronnasse et limoneuse de toutes sortes de détritus.

Parvenues à leur fin, non sans mal, je raccourci leurs mésaventures afin de vous laisser les découvrir avec cet appétit vorace qui anime tout lecteur, elles vont à l'air libre tenter de rejoindre la Fagne du Nord. Car Candorine est amoureuse d'un paladin qu'elle a aperçu un jour de l'imposte de sa chambre, lequel fort galamment lui a envoyé du bout des doigts un baiser. Les deux femmes ne savent pas qu'elles vont être confrontés à des dangers pouvant attenter à leur santé, voire à leur vie, mais l'attrait de la liberté est plus fort que tout, humains, animaux, maladies, périls en tous genres.

 

En empruntant le vocable issu de la belle langue française, et en digne héritier de Villon, Ronsard et Rabelais, Brice Tarvel nous offre un roman rafraîchissant et non seulement parce que l'eau y présente en permanence. Il ressort de ses tiroirs des termes, certes désuets, mais au combien expressifs.

Et le lecteur les goûte, les roule sous sa langue, tente de les emprisonner dans sa mémoire en essayant de s'en souvenir afin de pouvoir les utiliser plus tard pour la plus grande édification de ses proches. Foin de ces anglicismes qui polluent les textes journalistes, nous replongeons dans le vieux parler françois médiéval.

Brice Tarvel nous entraîne dans un monde imaginaire qui pourrait être le nôtre dans quelques siècles si les soi-disant progrès scientifiques altèrent la faune et la flore avec les pesticides, les désherbants, les produits phytosanitaires dont veulent absolument nous souiller des entreprises attirées par l'appât du gain au détriment de la nature.

Un double voyage et une rencontre inévitable entre les différents protagonistes de ce roman haut en couleurs, passionnant de bout en bout, et on ne se lasse pas de s'ébaubir devant l'imagination sans faille de Brice Tarvel.

Et pour le plus grand plaisir du lecteur, une suite va bientôt compléter cet ouvrage, mais ce sera pour plus tard. Quand j'aurai lu Au large des vivants, ce qui ne saurait tarder.

 

Brice TARVEL : L'Or et la Toise. Ceux des Eaux-mortes Tome 1. Collection Dédales. Editions Mnémos. Parution le 20 janvier 2011. 250 pages. 18,30€.

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:42

Bon anniversaire à Brigitte Aubert, née le 17 mars 1956.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer.

Les apparences sont trompeuses : Georges Lyons n’est pas économiste et ne pointe pas dans une entreprise comme il l’affirme.

En réalité, lorsqu’il quitte son domicile de Genève le matin, c’est pour se rendre dans un petit bureau où il se livre à des exercices physiques pour entretenir sa forme, ou alors il participe à un hold-up en compagnie de Benny, Phil et Max, la dernière recrue.

Le braquage, ce jeudi 8 mars à Bruxelles, s’effectue sans trop de problèmes. Seul grain de sable dans une machine bien huilée, Lyons croit reconnaître Martha, sa femme, au bras d’un inconnu. Il pense se trouver devant un sosie et téléphone à Martha, sensée se trouver chez sa mère.

La jeune femme décroche et Lyons est rassuré. Arrivé chez lui, il se rend compte que quel que soit le numéro de téléphone qu’il compose, il obtient Martha au bout du fil. Il se confie à Lanzman, un psychiatre qu’il voit régulièrement depuis un accident de voiture dont il est sorti indemne, légèrement amnésique, mais qui a fait une victime, un auto-stoppeur. Les souvenirs affluent parfois, surtout le visage de Grégory, son frère battu et abandonné par leur mère alcoolique à l’âge de quatre ans.

Tout se dérègle lorsque Max lui apprend que Phil a été détroussé et l’accuse d’avoir facilité cette spoliation. Dans le même temps, des tueurs tentent de l’abattre. A nouveau, il aperçoit celle qui ressemble tant à sa femme, couleur de cheveux exceptée, et la suit jusqu’à une réunion chez un avocat du nom de Silberman, dirigeant d’un parti néo-fasciste. La femme dit s’appeler Magdalena et être mariée avec l’un des invités. Il est poursuivi à la fois par des tueurs et par ses anciens acolytes.

Max, le premier, le convoque, mais Georges évite le piège tendu et tue son complice, s’apercevant que celui-ci travaillait en réalité pour les Palestiniens. C’est Phil ensuite qui se présente chez lui, et Georges doit la vie sauve à Martha qui abat sans complexe l’intrus. Une facette de la personnalité de Martha que découvre Georges, le confortant dans sa suspicion envers cette femme devenue énigmatique.

Un ami chinois vivant en fraude à Genève lui donne l’explication des mystères téléphoniques : les numéros qu’il compose sont reliés à un téléphone sans fil détenu par Martha. Le souvenir de Grégory, le frère mythique, le taraude de plus en plus. Une réminiscence obsessionnelle. Benny lui tend également un piège, mais il est abattu par un tueur auquel Georges échappe. Martha confirme à Georges qu’elle est effectivement Magdalena, ce sosie qui se trouve souvent sur son chemin et lui avoue qu’elle est à la recherche d’une liste d’anciens nazis réfugiés en Amérique du Sud. Une liste qu’elle n’est pas seule à convoiter d’où les avatars subis par Georges. Il va comprendre peu à peu qu’il a été manipulé, hypnotisé par son psychiatre et qu’en réalité il est peut-être Grégory, Georges étant mort dans l’accident, et qu’il serait le fils d’un nazi.

 

Autant le précédent roman de Brigitte Aubert — Les quatre fils du docteur March (1992) — jouait sur le suspense psychologique et mêlait avec habileté angoisse et noirceur, autant celui-ci s’avère rocambolesque, parfois à la limite de la parodie du roman d’espionnage, d’aventures et du feuilleton fin de siècle dernier.

Le côté humoristique au deuxième degré et l’absence de temps mort allègent une histoire désordonnée, qui fuse en tous sens. Les thèmes de la gémellité, du double, double vie de certains personnages par exemple, et la quête de l’identité sont une fois de plus largement exploités, alliés à des préoccupations plus actuelles : la chasse aux criminels de guerre et la résurgence du fascisme.

Double intrigue dans laquelle patauge le héros, mais parfois aussi le lecteur. Il faut du talent pour se sortir de cet imbroglio et Brigitte Aubert n’en manque pas. Elle ne se cantonne pas dans un seul genre, et l’entreprise est louable en soi.

 

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Réédition Collection Points policiers N°104. Parution juin 1995. 296 pages. 6,10€.

Une autre couverture de la Collection Points

Une autre couverture de la Collection Points

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Réédition : éditions Alliage. Parution septembre 2016. Version numérique. 3,99€.

Brigitte AUBERT : La Rose de fer. Collection Seuil Policiers. Editions du Seuil. Parution 3 juin 1993. 300 pages. 17,30€.

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 13:48

Vous aimez Hubert Haddad ? Vous aimerez Hugo Horst !

Hugo HORST : Le confesseur.

Jeannot, alias Saint-Chrême, alias le Confesseur, est un tueur ainsi surnommé par son protecteur, un ancien d'Algérie comme lui à cause de sa propension à recueillir les confessions de ses victimes avant de les abattre.

Mais son ami, le Préfet a été rayé de la carte des vivants et il en garde une certaine amertume. Il vient à peine d'achever sa besogne en cours qu'un nouveau contrat lui est proposé par un truand nommé Ceruto.

L'heureuse élue s'appelle Elise et comme à son habitude Saint-Chrême fait sa connaissance à la terrasse d'un café avant d'entamer le travail proprement dit. Une nouvelle rencontre est programmée, seulement elle n'aura jamais lieu.

Il apprend par les journaux qu'Elise a été abattue et qu'il est activement recherché par les flics comme meurtrier présumé, un quidam ayant eu la bonne idée de le prendre en photo alors qu'il discutait avec la jeune femme à la terrasse du bar.

Il ne lui reste plus qu'à filer à l'anglaise. Destination l'Afrique, dans un petit village de vacances, puisque apparemment Elise devait y passer quelques jours, ayant égaré un prospectus vantant les mérites de ce club. Il embarque donc, sous une identité d'emprunt, mais ne s'intègre pas au groupe formé par ses compagnons de voyage.

Pourtant l'une des hôtesses lui montre une affection particulière. Tout va bien jusqu'au jour où Elise débarque en compagnie d'autres touristes. Elise qui affirme être Sophie. La révolte vient à gronder et bientôt le club de vacance est transformé en Fort-Alamo, les autochtones se rebellant contre le gouvernement en place.

 

Malgré un épilogue décevant, un peu tir‚ par les cheveux, ce roman mi-noir, mi-aventures exotiques se lit avec plaisir.

Le "héros" peu banal, puisqu'il ressent le besoin de lier connaissance avec ses futures victimes avant d'accomplir son contrat, pourrait, presque, être sympathique.

Hugo Horst ne plante pas le décor africain, il se contente de brocarder un certain type de villages vacances pour touristes aisés.

De quoi vous dégoûter à jamais des voyages organisés et vous inciter à rester à la maison, en compagnie d'un bon livre d'aventures. Par exemple.

 

Au fait, le lien entre Hubert Haddad et Hugo Horst ? C'est le même auteur !

 

Hugo HORST : Le confesseur. Editions Zulma. Parution 22 janvier 1998. 254 pages. 9,20€.

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 11:14

Il peut encore servir...

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe !

Légèrement imbu de sa personne et de l'aura dont il pourrait jouir grâce à ses écrits philosophiques, Voltaire revient à Paris, après un an d'absence, pensant être accueilli par une foule en délire. Las, personne ne se précipite au devant de son équipage, il peut franchir l'octroi sans même être embêter par les douaniers. Franchement c'est lui faire injure.

Alors il regagne son domicile rue de Longpont, chez les époux Dumoulin, et décide d'arroser Paris de papillons publicitaires (à l'époque il n'était pas encore en usage de parler de flyers !) vantant ses mérites. Naturellement il reçoit chez lui des quémandeurs, mais ce sont des quémandeurs peu intéressants. Si, quand même, les d'Alas, une fratrie de protestants qui se plaignent des agissement d'un ecclésiastique avec lequel ils entretiennent des relations plutôt tendues. Tellement tendues que l'un d'eux a reçu une bastonnade qu'il n'a pas digérée, obligé de garder le lit durant quelques temps. Le curé hargneux est un certain père Elisabeth, et le portefeuille garni que lui offrent les trois frères est convaincant.

L'abbé Linant, dont la principale préoccupation est de nourrir son estomac, et celui de Voltaire par la même occasion, se voit remettre sur le marché, non point une profession électorale, mais un billet de réclame pour un musée de curiosités anatomiques, tenu par maître Hérissant, taxidermiste de profession. L'entrée n'est pas donnée, mais la curiosité poussant le philosophe, une visite s'impose.

L'empailleur vient justement de recevoir une jeune fille qui a été pendue, coupable d'avoir dérobé à son maître des chemises. La foule, toujours avide de sensations fortes, a pu remarquer que le bourreau a laissé le soin à son apprenti de réaliser la pendaison a sa place, un travail saboté aux yeux de tous. Tellement saboté que la jeune fille n'est pas tout à fait morte. C'est ce que peuvent constater Voltaire et son secrétaire, ainsi que Hérissant qui perd une pièce à naturaliser.

Blanche est emmenée chez le philosophe et il est procédé à un bain revigorant et nettoyeur. Et lorsque la belle Emilie, marquise du Châtelet et néanmoins amante de Voltaire, débarque à l'improviste, c'est pour voir une nymphette à moitié nue, ou à moitié vêtue, déambuler dans l'appartement. Bon ami, ainsi est surnommé Voltaire dans les bons jours, narre, pour faire diversion, les problèmes rencontrés par la fratrie d'Alas avec l'abbé commanditaire, le Père Elisabeth. Et pour faire diversion, c'est loupé. Elisabeth Théodose de Breteuil n'est autre que le frère d'Emilie.

Emilie n'aime pas que l'on touche à sa famille, philosophe ou pas. Elle propose une sorte de marché, elle lance un défi à l'écrivain aux écrits pas vains : Le premier qui résoudrait le problème de Melle Blanche alias Cunégonde prouverait sa supériorité en matière de générosité, d'efficacité dans l'établissement des droits humains, dans la protection de la liberté, et règlerait à sa façon l'affaire d'Alas.

Jolie joute en perspective, d'autant que des cuillers disparaissent mystérieusement et réapparaissent tout aussi mystérieusement dans les effets de Blanche, et que des morts vont interférer dans cette enquête qui va mettre aux prises les deux amants, adversaires le temps de prouver à l'autre une supériorité factuelle, et que des personnages font leur apparition au grand dam des deux antagonistes. Ainsi Marguerite, veuve du marquis de Bernières, qui aimerait bien mettre Voltaire dans son lit afin de lui réchauffer les pieds, ou encore Hérault, lieutenant général de police et Tamaillon son adjoint. Sans oublier que le précédent maître de Blanche a disparu dans des conditions inexplicables, jusqu'à ce que son corps soit retrouvé.

 

Joyeusement iconoclaste et sympathiquement irrévérencieux, Ne tirez pas sur le philosophe ! est une récréation pour le lecteur. Selon la quatrième de couverture, En San Antonio du thriller historique, Frédéric Lenormand crée des héros infatigables, hauts en couleurs.

Si je suis entièrement d'accord sur les deux dernières affirmations, la première, elle, me laisse dubitatif, même si l'on peut lire, par exemple :

Je ne la connais ni d'Eve ni d'avant. Alors que San Antonio écrivait : Je ne la connais ni des lèvres ni des dents.

Mes références iraient plutôt vers P. G. Wodehouse ou Jerome K. Jerome, deux auteurs britanniques certes, mais dont le style de l'auteur se rapproche sérieusement, ou pas.

Le mieux est peut-être de vous proposer un florilège de citations :

Tous les coups sont permis quand on est homme de foi, c'est l'Eglise qui définit la morale.

Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. Hélas, souvent, le bibliothécaire était gaga.

Dans la pièce mitoyenne, son frère Elisabeth s'amusait avec les enfants, une occupation bien masculine. Il jouait à l'inquisiteur avec les peluches, Torquemada-tortue s'apprêtait à brûler sur un bûcher M. Lapin-marrane, ses neveux battaient des mains, il n'est jamais trop tôt pour inculquer à la jeunesse la véritable échelle des valeurs chrétiennes.

Frédéric LENORMAND : Ne tirez pas sur le philosophe ! Série Voltaire mène l'enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 8 mars 2017. 350 pages. 19,00€.

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 06:05

Où Mary Lester démontre qu'elle a du chien...

Jean FAILLER : La cité des dogues.

Cela fait huit mois que Solange Roch a été retrouvée sur une plage malouine, morte, le corps déchiqueté probablement par les rochers affleurant. C'était le 15 mars alors qu'elle était portée disparue depuis une dizaine de jours. L'enquête de police diligentée par le commissaire Rocca a conclu à un accident cardiaque.

Simone Roch, trente quatre ans, était une sportive accomplie, jouant au tennis et battant les meilleur(e)s, pratiquant la planche à voile et la voile, courant ses dix kilomètres quasiment tous les jours sur le Sillon. Et rien ne la prédisposait à décéder d'un arrêt cardiaque. Mais son mari, le notaire Roch, un notable qui est également le suppléant du député, ne croit pas à la version officielle.

Et c'est ainsi que Mary Lester, auréolée par la résolution de quelques affaires, dépendant du commissariat de Quimper, est chargée de reprendre le dossier et d'y apporter son grain de sel. Le député possède des relations qu'il a contactées afin que la lieutenante soit détachée auprès du commissaire Rocca.

Le commissaire Rocca est imbu de sa petite personne, et ses lieutenants filent droit, notamment le lieutenant Maüer qui évite de prendre des initiatives. Elle se rend à Paramé chez le notaire, dans sa malouinière, ou plutôt son vide-bouteilles, une maison ancestrale qui à l'origine servait de garçonnières et de lieu de rendez-vous pour les corsaires en goguette. L'homme est apparemment attristé par la mort de sa femme et il ne croit nullement en les conclusions du médecin légiste.

Mary Lester rencontre d'abord des partenaires de jeux de Simone, au tennis ou à la voile, mais ceux-ci se contentaient de pratiquer leurs sports en sa compagnie. Rien de sexuel là-dedans, rien de compromettant. Alors elle demande à Maüer de vérifier si des disparitions inquiétantes ne se seraient pas produites à la même époque ou plus tard.

Ce n'est pas de bon cœur que le lieutenant se penche sur les dossiers, pourtant il découvre trois affaires qui n'ont pas été traités. Un jeune homme et deux personnes âgées n'ont pas donné signe de vie depuis quelques mois. Comme il faut bien se sustenter, Mary se rend à la pizzeria où travaillait le jeune homme. Les deux patrons du restaurant italien ont reçu une carte postale de leur ancien employé en provenance des Antilles. Ils avaient tout simplement omis de le signaler au commissariat. Un coup d'épée dans l'eau.

Mais pour les deux personnes âgées, c'est plus inquiétant. Un homme qui s'était installé dans une maison de retraite et une femme qui vivait chez elle. Leur point commun, celui d'être des sportifs, comme Simone. Et tous les jours ou presque, ces deux disparus avaient l'habitude de se promener, en marchant d'un bon pas, sur le Sillon, un chemin qui longe la plage.

 

Ne sentant pas à l'aise dans l'hôtel qu'elle avait dans la vieille ville, Mary Lester prend une chambre dans un autre établissement situé sur le Sillon, ce qui lui permet d'avoir une meilleure vision et un panorama unique sur la mer.

Pour autant, elle n'est pas rassurée, surtout le soir, lorsqu'elle croise un homme à l'air chafouin et rébarbatif, promenant ses deux chiens. Officiellement il est habilité à veiller sur le port comme vigile pour une entreprise de sécurité. Elle apprend que les dogues sont une vieille tradition malouine, abrogée en 1770, et qu'ils étaient lâchés dans les douves et sur la grève afin de protéger la cité des envahisseurs en provenance de la mer. Mary allie donc connaissances historiques et enquête dans une histoire qui m'a fait penser un peu à Charles Exbrayat dans ses romans provinciaux.

 

Jean Failler, nous décrit Saint-Malo et une partie de son histoire sans jouer les guides touristiques. Par petites touches il montre la cité de Robert Surcouf sans encombrer son intrigue.

Le lecteur averti se doutera dès le début, ou presque, de l'identité du ou de la coupable, et le comment, mais c'est le pourquoi qui le tiendra en haleine. Et surtout l'atmosphère du roman, les démêlés de Mary avec le commissaire Rocca et avec Maüer qui traîne les pieds, plus quelques scènes au cours desquelles sa vie ne tiendra qu'à un fil ou à une laisse.

Un roman simple, mais pas simplet, dans lequel l'auteur privilégie l'étude des personnages à la construction de l'intrigue, tout du moins à la résolution de l'énigme.

 

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Première édition : Editions Alain Bargain. Parution 2eme trimestre 1996. 240 pages.

Jean FAILLER : La cité des dogues. Collection Mary Lester N°8. Editions du Palémon. Parution 1998. 304 pages. 9,00€. Version numérique 5,99€.

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 09:36

De nouvelles révélations ?

Jean François PRE : Le Cheval du Président.

Installé au Guatemala depuis quelques années après un séjour en Amérique du Sud, Willy Anhalt, un Belge reconnu comme l'un des meilleurs chroniqueurs hippiques s'est reconverti dans une petite affaire d'import-export.

Son associé Alvaro Marques lui propose une affaire en relation avec son ancien métier. Le cheval du président guatémaltèque doit participer prochainement au Grand Prix de l'Arc de Triomphe, à Paris. Une course prestigieuse que n'a jamais gagnée un cheval américain. Il est indispensable que Pajecillo remporte la course, c'est ce que lui annonce Villa-Hernandez, le chef de la police, qui pour l'obliger à remplir sa mission gardera sa femme en otage. Il en va de l'honneur de la nation.

Pendant ce temps Jacques-Etienne Musset, dit Jacket et lointain descendant du poète, et son amie Susan Murgrove, deux riches aventuriers se prélassent aux Bahamas. Ils sont convoqués par Kitch-Maillard, un magnat de la presse new-yorkaise, qui a eu vent d'un complot visant le président dictateur de la petite république centre-américaine.

Nouveau venu dans la famille du Fleuve Noir, Jean-François Pré est chroniqueur hippique à Tiercé Magazine, au Parisien et sur TF1. Aussi le domaine des courses, il connait bien, mais contrairement à certains spécialistes qui noient leurs romans des compétences et du savoir acquis dans leur domaine, il n'aborde le sujet que pour justifier son intrigue.

Le couple d'aventuriers aux amours platoniques, au grand regret de la belle Susan soit dit en passant, s'inscrit dans la lignée de Sam et Sally qui fit les beaux jours du Fleuve sous la plume de M.G. Braun et eut son heure de gloire à la télévision.

Un roman agréable mais à Jean-François Pré de confirmer avec une suite de ces deux héros sympathiques, mêmes si ce sont des nantis. Jacket est un socialiste qui réside à Genève, à occulter sa particule afin de rationnaliser son appartenance au PS. C'est un digne descendant des romantiques du siècle dernier, a la phobie des avions qu'il surnomme des cercueils volants, est joueur dans l'âme et oubliant qu'il en est un, se dit que les nantis ont le don de se compliquer la vie. Quant à Susan, elle attend désespérément que Jacket daigne poser outre ses yeux, ses mains sur elle.

Jean François PRE : Le Cheval du Président. Collection Aventures sans frontière. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1997.

Réédition version numérique. Parution octobre 2015. 3,99€.

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  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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