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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 11:02
James N. FREY : Du plomb dans la tête

Surtout ne pas dépasser la dose prescrite !

James N. FREY : Du plomb dans la tête

Ancien boxeur, Joseph Zanca dit le Tank effectue de petits boulots pour une mystérieuse agence.

Il supplée en quelque sorte les flics, lui qui ne les aime guère. Sauf un, Donaldson, qui semble être embarqué dans une très sale affaire.

C'est Samantha, la fille de Donaldson, qui appelle à la rescousse Zanc. Mais ces deux là ne sont guère faits pour s'entendre. Pour Samantha, le mieux pour débrouiller une affaire compliquée, c'est de se servir de ses petites cellules grises. Zan ne demande pas mieux, mais faudrait-il encore qu'il ait en main toutes les données. Et comme il le constate :

Traquer un tueur en sa compagnie, c'est attirer la catastrophe sur sa tête comme l'arbre attire la foudre.

Et bizarrement, tout ce qu'ils entreprennent semble enfoncer davantage Donaldson dans la panade.

 

Flics pourris et drogue au programme. Plus évidemment quelques cadavres pour épicer le récit qui, s'il n'est pas sans saveur, aurait gagné à être réduit.

 

Je dois avouer qu'au début j'ai eu du mal à accrocher, mais peu à peu que se précisait la trame, que les personnages prenaient de l'ampleur, que l'action devenait moins confuse, la lecture est devenue plus agréable.

L'épilogue, l'identité du coupable, est archi-classique et la traduction d'un autre roman de James N. Frey nous permettrait de mieux appréhender cet auteur qui au demeurant ne manque pas de qualités.

James N. FREY : Du plomb dans la tête (A Killing in Dreamland - 1988. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire N°2211. Parution janvier 1990. 320 pages. 7,80€.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 11:20

Hommage à Ellis Peters décédée le 14 octobre 1995.

Ellis PETERS : La foire de Saint-Pierre

De tous temps, et de nos encore, les marchés importants, les foires comme celles de Lessay ou de Gavray dans la Manche, des foires millénaires, ont drainé un nombre impressionnant de visiteurs, d'acheteurs, de marchands, de camelots.

Et pour les cités, cela représente une rentrée non négligeable d'argent.

Sauf qu'à Shrewsbury, lors des trois jours pendant lesquelles se tient la foire de Saint-Pierre, les taxes et autres redevances tombent dans l'escarcelle de l'abbaye.

Les édiles de la cité ont beau envoyer auprès de l'abbé une délégation afin qu'une quote-part soit reversée en vue d'améliorer les fortifications et les rues de la ville, ceux-ci repartent sans avoir obtenu gain de cause.

Alors ce sont les jeunes qui prennent la relève et vont manifester leur mécontentement auprès des forains. Mais comme bien souvent, cela se termine par des rixes. Une bataille rangée qui laisse sur le carreau le meneur, suite à un malencontreux coup de bâtons assené par l'un des commerçants.

Le lendemain, le forain est retrouvé assassiné tandis que le jeune homme, qui cuve une cuite carabinée, ne peut se souvenir avec exactitude ses faits et gestes nocturnes.

Frère Cadfael, notre vieille connaissance, va écouter les uns et les autres, fouiner de ci de là, mener son enquête, l'honneur de l'abbaye étant en jeu.

J'avoue ne pas me lasser de lire les aventures de frère Cadfael.

Dame Ellis Peters possède bien du talent mais le contexte, l'époque dans laquelle elle situe ses intrigues y sont également pour beaucoup.

L'époque médiévale m'a toujours fasciné, mais je ne suis pas le seul. Et le roman historique décliné de cette manière élégante devrait en passionner plus d'un.

 

Réédition juillet 2001. 288 pages. 7,10€.

Réédition juillet 2001. 288 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : La foire de Saint-Pierre (Saint Peter’s fair - 1981. Traduction de Serge Chwat). Collection Grands Détectives. Editions 10/18. N°2043. Première parution 1989.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 10:17
Donald WESTLAKE : Le ciel t’aidera ?

Si t'es sage !

Donald WESTLAKE : Le ciel t’aidera ?

Donald Westlake faisait partie à la fin des années 1980, avec Bill Pronzini, Stuart Kaminsky et Lawrence Block, des valeurs sûres de la Série Noire. Ceux que l’on pourrait qualifier de la troisième génération du roman policier ou noir américain.

Et lire un Westlake, c’est assurément le meilleur moyen de chasser la mélancolie et la morosité que peut-être vous ressentez durant les longs mois d’hiver ; mélancolie et morosité entretenues par le vent et la pluie qui continuellement déferlent, surtout à l’approche de la nuit.

Voilà pour la note poétique et passons maintenant à la note humoristique. En effet Westlake, c’est l’humour, souvent de situation, mais aussi d’écriture et je pense, quoi que étant ignare en langue anglo-saxonne, qu’il faut rendre hommage à la traductrice Rosine Fitzgerald, pour le travail effectué afin d’en rendre toute la subtilité qui se dégage dans cette adaptation.

Westlake nous propose dans Le ciel t’aidera ? une nouvelle aventure de Dortmunder, un voleur ma foi bien sympathique. Une aventure qui commence bien mal puisqu’étant poursuivi par la police new-yorkaise pour un coup raté, Dortmunder n’a d’autres ressources que de se réfugier dans un couvent de religieuses. Un étrange marché est conclu entre la mère supérieure et son invité surprise : Dortmunder est chargé d’aller délivrer une des religieuses, Sœur Marie de la Grâce, détenue contre son gré par son père au soixante-seizième étage d’une tour.

Plus facile à dire qu’à faire mais faisons confiance à Dortmunder et laissons-nous entraîner dans cette histoire distrayante à la limite du loufoque.

 

Une petite citation ?

Dortmunder s’assit dans le lave-vaisselle, se cogna la tête, fit entrer sa jambe gauche, se cogna la tête, s’enfonça en se tortillant, donnant à son dos une courbe intéressante et jusqu’alors inconnue, et se retrouva la tête baissée pour voir son ventre, les jambes enlacées en nœud de vache et d’une façon générale, en train de se convertir en contorsionniste.

Editions Rivages Noir N°727, sous le titre Bonne conduite. Nouvelle traduction de Patricia Christian. Parution mars 2009. 368 pages. 9,15€.

Editions Rivages Noir N°727, sous le titre Bonne conduite. Nouvelle traduction de Patricia Christian. Parution mars 2009. 368 pages. 9,15€.

Donald WESTLAKE : Le ciel t’aidera ? (Good behavior – 1985. Traduction de Rosine Fitzgerald). Série Noire N° 2120. Parution janvier 1988. 320 pages.

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 12:25

C'est ce que l'on appelle de la Taureau magie ?

Philippe WARD : Danse avec le taureau.

Le 3 juillet 1912, un jeune étudiant Cubain décède dans les arènes de Bayonne. Il assistait à une corrida et le toréador fut malmené par un taureau qui n'appréciait pas vraiment ce jeu de cape et d'épée. Et l'épée, mal enfoncée dans le cou taurin s'envola et vint se ficher dans le cœur du spectateur.

Cent ans plus tard, le 3 juillet 2012, six personnes cagoulées assistent à une sorte de cérémonie dont la mise en scène est assurée par la Grande Servante. Les membres de cette réunion sont conviés à toucher pour la première fois chacun leur tour selon un rite défini une épée cachée sous une tête de taureau. Cette arme blanche possède son histoire et la Grande Servante ne souhaite pas transformer cette célébration en hommage façon secte ou autre. Cette épée, elle l'a reçue en héritage et elle s'apprête à célébrer les cent ans de la cérémonie des sangs.

 

Alain Larrezabal a ressenti un frisson en tenant l'arme contre lui. Il est directeur d'une revue taurine et la corrida a vampirisé sa vie. Il est tout dévoué au taureau et à la tauromachie. Il aimerait pouvoir posséder cette arme et songe comment pouvoir s'en emparer. Alors qu'il rédige un article sur l'Epée pour sa revue, il est interrompu par la sonnette de son appartement. Il ouvre et reçoit un coup violent en plein visage.

Il est retrouvé le lendemain nu, agenouillé devant un mur sur lequel est accroché une photo montrant un taureau. Une corne de taureau a été fichée dans son anus. Pas au taureau mais au cadavre. D'après le légiste une lame aurait été enfoncée derrière sa tête. De plus trois objets ont été dessinés dans le bas du dos, des tatouages représentants une épée courbe, un croissant de lune et une étoile. Du moins c'est ce que croit reconnaître Vincent, l'un des deux policiers chargés des premières constatations. En compagnie de Stéphane, son coéquipier, il hérite de cette enquête pour le moins inhabituelle.

Dans deux semaines doivent se dérouler les séculaires fêtes de Bayonne, et ce meurtre tombe vraiment mal.

Amaia passe ses vacances chez elle en famille à Itxassou, et elle entend bien en profiter pour voir évoluer les joueurs de cesta punta, jeu qu'elle préfère à la corrida. Elle est policière à Lille, les joies de la décentralisation, et elle possède la particularité d'être la première femme analyste-psychologique de la profession. Outre ses parents qui tiennent une auberge dans le village, elle a retrouvé sa jeune sœur Lucie. Bref des vacances qui se déroulent sous d'heureux auspices mais vont être mouvementées.

Car le commissaire de Bayonne requiert ses compétences pour l'enquête sur le meurtre du journaliste amoureux des taureaux. D'autant qu'un autre meurtre va se produire peu après lors de la féria de Pampelune. Cette fois il s'agit d'un agent de toreros qui subit cette frome de châtiment dans les mêmes conditions. La mise en scène est identique et la liste va s'allonger au grand dam des policiers bayonnais qui pour autant ne le sont pas, bâillonnés.

De plus elle retrouve une ancienne amie, Marie-Christine, qu'elle n'a pas approchée depuis des années, pour des raisons qui lui sont personnelles, et qu'elle fréquente sa sœur Julie l'indispose. Seulement son enquête lui prend beaucoup de temps car outre le directeur de la revue et l'agent de toreros, un surfeur, puis un ancien membre de l'ETA subissent le même sort.

 

Au début, ses nouveaux collègues, Vincent et Stéphane, lui battent froid, mais Amaia leur démontre rapidement qu'elle n'est pas née de la dernière pluie et leur prouve ses compétences en matières de réflexion et d'analyse.

 

Une enquête difficile, pour Amaia et ses collègues, dangereuse également, mais qui engendre chez le lecteur un plaisir ineffable. Il participe aux recherches, et côtoie le monde de la tauromachie dans les coulisses.

Car Philippe Ward évite le piège de la description de scènes spectaculaires et sanglantes avec renfort de banderilleros, de picadors, de matadors, de foule en délire. Son propos est plus subtil. Enquêter dans le domaine des corridas, mais par la bande, et mettre en scène une analyste-psychologique policière, la première de la profession et la seule existant en France chargée d'étudier le profil psychologique du meurtrier, sans s'attarder dans des considérations oiseuses, pédagogiques. Il ne prend pas partie pour les aficionados ou les anti corridas, laissant le lecteur seul juge en son âme et conscience. Mais justement il prend soin de mettre en présence deux personnes proches, deux sœurs, Amaia qui n'aime pas du tout ce genre de sport et Lucie qui au contraire ne manquerait pour rien au monde la Féria de Pampelune et les Fêtes de Bayonne, malgré son jeune âge.

Une approche sympathique d'une tradition de plus en plus battue en brèche par les défenseurs des animaux, ce que l'on peut comprendre. Mais comme beaucoup de manifestations folkloriques qui font la réputation d'une région, attirent les touristes, ceci fait partie d'un héritage difficile à éradiquer. Et si Philippe Ward ne prend partie ni pour les uns, ni pour les autres, c'est tout simplement de la tolérance, chacun voyant midi à sa porte, et il faut tenir compte des décalages horaires.

Pour le lecteur curieux, c'est aussi une invitation au voyage dans le pays basque. Bayonne, bien sûr, Biarritz, Pampelune, située de l'autre côté de la frontière, Cambo-les-Bains, Saint-Jean-Pied-de-Port, Itxassou... Mais pour autant Philippe Ward ne s'attarde pas sur des descriptions géographiques ou touristiques, son propos est ailleurs. Connu pour ses romans fantastiques, Philippe Ward délaisse ce genre pour une approche plus policière, avec une nouvelle enquêtrice que l'on aura plaisir à retrouver.

 

Philippe WARD : Danse avec le taureau. Collection Zones noires. Editions Wartberg. Parution 17 septembre 2015. 168 pages. 10,90€.

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 08:35
Dominic STANSBERRY : Un manifeste pour les morts

Un hommage ambigu rendu à Jim Thompson...

Dominic STANSBERRY : Un manifeste pour les morts

Au bout du rouleau, Jim Thompson se réfugie dans l’alcool et le tabac, malgré les efforts consentis auprès de sa femme Alberta.

Pourtant il a encore envie d’écrire, et lorsque Miracle, un metteur en scène lui aussi sur le déclin, lui propose d’écrire un scénario et d’en faire un roman, il est partant.

Une entreprise sans grand avenir mais que Jim accepte car le couple doit déménager, trouver quelque chose de plus petit, de moins onéreux. Il se rend à son studio dans la ferme intention de s’atteler à la tâche demandée, mais un inconnu déboule, une arme à la main avec l’intention de le tuer sous un prétexte vaseux. Thompson le met en fuite.

L’inconnu, qu’il surnomme l’Oki à cause de son accent hérité de l’Oklahoma, a laissé sa voiture en bas de l’immeuble où Jim travaille. Dans le coffre gît le cadavre d’une jeune femme. Et c’est ainsi que Jim Thompson est amené à enquêter tout en brouillant les pistes des policiers.

 

Ce ne serait qu’une histoire banale si Thompson n’était pas le héros malgré lui de ce roman dont l’intrigue est quelque peu convenue. Et il est dommage justement que ce soit Thompson, ou tout autre auteur de roman noir, qui soit mis en scène. Cela ne relève guère la légende, ou même l'estime que l’on peut professer à l’encontre de ce genre de bonhomme, méconnu, méprisé de son vivant.

Il aurait mieux valu que l’auteur de ce récit prenne pour héros un détective placé financièrement et moralement sur la corde raide. Utiliser un personnage connu relève plus du racolage que d’une fiction améliorée. Mais, car il y a un mais…

Mais d’un autre point de vue on peut comparer le style de Dominic Stansberry à celui de Jim Thompson, un Jim Thompson vieillissant qui confond réel et imaginaire, noyé dans les brumes de l’alcool qui le ronge et d’une paranoïa issue de sa dipsomanie.

Toutefois cet ouvrage possède l'avantage de donner envie de lire ou relire les romans de Jim Thompson, un point positif.

Dominic STANSBERRY : Un manifeste pour les morts (Manifest to the dead – 2000. Traduction d’Emmanuel Jouanne). Série Noire N°2696. Parution novembre 2003. 224 pages. 10,05€.

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 13:54

Une Miss qui ne doit rien à un quelconque concours, pour ne pas dire à un concours quelconque !

Philippe THIRAULT, Marc RIOU & Mark VIGOUROU : Bloody Manhattan et Une chanson douce.

Deux bandes dessinées, signées pour le scénario Philippe Thirault, pour les dessins Marc Riou et Mark Vigouroux, qui constituent les deux premiers volets d’une série appelée Miss.

Dans le premier tome – Bloody Manhattan – le lecteur fait la connaissance de Nola, dont l’enfance ne fut pas gâtée, loin de là.

Née à Brooklyn, après un passage dans une école tenue par des religieuses, elle fait l’apprentissage de la vie avec Franck, ancien flic qui tient une officine de détective privé, puis rencontre Slim, un Noir dont la profession n’est guère avouable.

Miss sait se servir de sa langue, de ses pieds et éventuellement des armes qui lui tombent sous la main.

Dans le volume deux, Une chanson douce, elle est associée à Slim et des contrats particuliers leur sont proposés.

Tuer un mari riche et encombrant par exemple. Elle retrouve sa mère également, dans un sale état. Le scénario est toutefois plus confus que dans le premier ouvrage et part un peu dans tous les sens.

 

Philippe Thirault, auteur de romans au héros déjanté (Hémoglobine blues ou Speedway aux éditions Serpent à plumes, collection Serpent noir) possède l’art des petites phrases caustiques et des métaphores corrosives. Exemple le texte de Bloody Manhattan qui débute ainsi : “ On a appelé ça les années folles. New-York s’élargissait comme une tâche d’urine sur un buvard ” ou encore “ Chez les flics […] les bons deviennent voyous et les mauvais, ils restent flics ” .

 

Les dessins qui enchâssent le texte et les couleurs qui les habillent s’intègrent parfaitement à l’humeur prônée par Philippe Thirault. Le verdâtre prédomine ainsi que le rouge carmin.

Les traits sont parfois esquissés, flous, surtout en ce qui concerne les personnages, alors qu’en d’autres planches, les décors sont plus que réalistes.

Les rues du New-York décrit ne se resserrent pas comme des canyons sous la domination des gratte-ciel mais s’élargissent en Champs-Elysées, peut-être pour mieux montrer du doigt la pauvreté, le dénuement, mettre en évidence l’indigence de ces quartiers déshérités.

L’envers du décor des Etats-Unis d’Amérique, avec toutefois une pointe de nostalgie, celle du rêve américain qui synonyme de liberté est aussi celui d’esclavage.

 

Philippe THIRAULT, Marc RIOU & Mark VIGOUROU : Bloody Manhattan et Une chanson douce.

Philippe THIRAULT, Marc RIOU & Mark VIGOUROU : Bloody Manhattan et Une chanson douce. Miss volumes 1 et 2. Humanoïdes Associés. 48 pages chaque. Parution avril 1999 et décembre 1999.

Disponible en version Kindle : 5,99€ chaque.

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 10:14
Jean-Claude IZZO : Chourmo.

C'est vraiment la galère !

Jean-Claude IZZO : Chourmo.

Depuis qu’il a démissionné, Fabio Montale, flic marseillais d’origine italienne, vit seul dans un cabanon, passant ses journées chez Fonfon, son ami bistrotier ou à pêcher en mer.

Sa cousine Gélou, qu’il n’a pas revue depuis des années et dont il était amoureux adolescent, lui demande de retrouver son fils Guitou qui a fugué en compagnie de Naïma, jeune fille d’origine maghrébine. Fabio se rend dans le quartier de l’adolescente. Serge, un ami éducateur du temps où il était encore policier, se fait descendre sous ses yeux.

Ses rapports avec Pertin, le commissaire du quartier, un ancien collègue, sont toujours aussi tendus. Il ne récolte guère de renseignements auprès de la mère et de Mourad le jeune frère de Naïma, à part l’intégrisme qui anime Rédouane, le frère aîné. Quand à Naïma elle vit depuis quelque temps chez son grand-père.

Il découvre, dans le taudis où Serge logeait, des quotidiens algériens, des publications du Groupe Islamique Armé, et une lettre signée Pavie, une paumée que l’ex éducateur essayait de sortir de la drogue. Montale est suivi par deux hommes dont Balducci, un truand varois.

Les cadavres d’un historien algérien, Hocine Draoui, et d’un jeune homme inconnu sont découverts chez Fabre, un architecte dont le fils Mathias était un ami de Guitou. Fabio pense qu’il s’agit du fugueur. Il rencontre la mère de Mathias, une Vietnamienne dont Fabre a reconnu l’enfant. La femme semble taire des informations mais Fabio promet de ne pas dévoiler à Loubet, le flic chargé de l’enquête, l’identité de Guitou trop rapidement. Puis il se rend chez le grand-père de Naïma. La jeune fille a disparu et le vieil homme a été agressé. Pavie aussi est introuvable.

Fabio retourne chez la mère de Naïma et trouve dans les affaires de Rédouane des tracts et une arme. Chez Serge, il découvre un cahier dans lequel l’éducateur a consigné les agissements du FIS dont fait partie Rédouane. Près de chez Serge, vit un casseur d’automobile. Pavie est morte et l’homme est en train d’incinérer son cadavre lorsque des inconnus lancent des bombes incendiaires.

 

S’il n’y avait que l’histoire, intéressante en soi, certes, et bien traitée, ce roman de Jean-Claude Izzo s’inscrirait dans la moyenne des bons romans de l’année.

Seulement Izzo apporte sa touche, son lyrisme, et son humanisme. Chourmo, qui en provençal veut dire galère, du français chiourme, est un cri d’amour et de colère. Cri d’amour pour Marseille, sa ville. Cri de colère envers toutes les aberrations du racisme, qu’elles proviennent d’un côté ou l’autre de la barrière.

Comme il le fait dire à l’un de ses personnages : Nous avons cette faculté-là, d’avoir la mémoire courte, quand ça nous arrange….

Les gens oublient un peu vite les morts, ceux qui se sont battus pour une patrie qui n’était pas la leur. Ils les rejettent par égoïsme, à cause d’une façon de vivre différente de la leur. La guerre des boutons élargie à une race.

Réédition février 2002. 320 pages.

Réédition février 2002. 320 pages.

Réédition Folio Policier N°195. Parution février 2001. 368 pages. 8,00€.

Réédition Folio Policier N°195. Parution février 2001. 368 pages. 8,00€.

Jean-Claude IZZO : Chourmo. Série Noire N°2422. Première édition 1996.

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 13:25
Jean-Bernard POUY : La clé des mensonges.

Ouvre la porte à la vérité ?

Jean-Bernard POUY : La clé des mensonges.

Deux gendarmes qui escortent dans un train une jeune fille afin de la présenter devant un juge d’instruction, cela paraît banal en soi.

Un des deux gendarmes, près de la retraite et atteint d’envies répétées et urinaires, encore plus banal, n’est-ce pas ?

Mais que certains types à l’allure trop honnête pour l’être vraiment, semblent les épier, attendant un moment propice pour effectuer une action quelconque à l'encontre de la jeune femme, alors là, cela devient sérieux et pour le moins bizarre.

Mais quelle forme d’action tout d’abord ? Pour la délivrer des griffes des représentants de l’ordre ou au contraire pour l’abattre afin quelle ne puisse pas révéler un secret concernant une affaire politique ?

Zapala, ne se pose pas tant de questions, ou s’il se les pose, c’est inconsciemment et dans le feu de la bagarre. Dans le feu, est bien l’expression appropriée car son collègue tombe touché par les balles ennemies. Le gendarme restant et la jeune fille sautent du train, échappant à leurs poursuivants. Commence alors une aventure bizarre, dans laquelle le gendarme jette aux orties trente et quelques années de carrière, une retraite bien méritée, et ce pour un motif dont il serait bien incapable de préciser le pourquoi du comment. Prennent également une place prépondérante dans cette histoire une clef et un transit intestinal qui peut rapporter gros.

Lors de la parution de cet ouvrage en Série noire, il y a un peu moins de trente ans, j’avais estimé que Jean Bernard Pouy faisait partie de cette jeune génération d’auteurs au talent de conteur indéniable et qui savait se renouveler jusque dans ses références littéraires tout en utilisant un humour à froid.

Après n’avoir juré que par Wittgenstein, il citait alors un autre obscur philosophe autrichien du nom d’Arthur Keelt, né de son imagination mais pris au sérieux par des censeurs patentés qui pensent tout connaître et qui gobent la première mouche venue comme la truite d’élevage.

Comme si tout cela n’était qu’une immense boutade lancée par un auteur qui ne se prend pas au sérieux, et encore moins les critiques littéraires, ceux qui comme au cinéma, tressent les lauriers (rares) ou jettent l’opprobre (le plus souvent) sur une œuvre pour le simple plaisir de se croire les maîtres de la pensée de tout un chacun, de démolir pour assouvir leur satisfaction personnelle et cacher une certaine médiocrité.

Réimprimé en janvier 1997. 192 pages.

Réimprimé en janvier 1997. 192 pages.

Réédition Folio Policier N°543. Parution mars 2009. 192 pages. 5,80€.

Réédition Folio Policier N°543. Parution mars 2009. 192 pages. 5,80€.

Jean-Bernard POUY : La clé des mensonges. Série Noire N°2161. Parution décembre 1989.

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 13:36

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville

Brice TARVEL : Dépression.

C'est ce que pourrait réciter Sarg, le pêcheur de rats qui vient d'apprendre un peu abruptement son infortune.

Sans prendre de gants, et avec une certaine jouissance dans la voix, la grosse Yaya, la loueuse de bouées, vient de lui apprendre que Jarine, qu'il aime, s'est amusée à batifoler près de l'Etang avec trois Batraks.

Il est de notoriété publique que Jarine vend son corps à qui veut en profiter, mais Sarg a des œillères, alors il noie son chagrin dans l'alcool d'algue et fume du varech.

Il pleut en permanence sur Duracor, ville située sur la mer ou près d'un lac immense. Les habitants, les Emergents, ne savent pas trop. Dans la basse ville, vivent les pauvres, pataugeant dans une boue qui imprègne tout. Les maisons sont de misérables huttes, ou des cabanes montées sur pilotis. Dans la haute ville se sont installés les riches. La pluie y est présente, comme partout, mais ils sont moins incommodés par les boues. Seulement s'ils ont bénéficié d'une certaine forme de protection, cela s'est retourné contre eux, et ils sont quasiment tous atteints de la rouille, cette maladie qui ronge implacablement.

Cette pluie a transformé morphologiquement certains organismes. Près de l'Etang vivent les Batraks, appelés aussi les dégénérés, le corps parsemé de pustules. Et Zam, par exemple, est affublé d'un pied palmé qui lui occasionne une claudication. La surveillance de la cité est assurée par les Squameux, des vigiles à l'affût de tout.

Jarine est amie avec Vavette, une adolescente qui pratique le même métier qu'elle. Seulement la maladie ronge la gamine. Elle a attrapé la rouille, juste une petite plaque qui ne demande qu'à s'élargir sur son bras, et Jarine est inquiète. Elles se rendent chez le docteur Tanagor, lequel pense pouvoir lui proposer une médication de sa composition.

Pendant ce temps, Sarg et Zam, chacun de leur côté, recherchent Jarine. Car Zam est devenu amoureux de celle qu'il a eu le plaisir d'honorer en compagnie de deux Batraks comme lui. Mais Jarine est introuvable, rongée et stimulée par un secret qu'elle garde jalousement.

De leur côté, inlassablement, les Compagnons de l'Arche construisent dans le Grand Marais, un bâtiment susceptible de pouvoir les emmener loin, au delà de l'horizon, vers des terres plus accueillantes. Ils sont guidés par une utopie qui pourrait un jour se transformer en réalité.

 

Un roman pluvieux, suintant d'humidité, dans lequel tout le talent de Brice Tarvel, qui signait lors de la première parution de ce roman François Sarkel, dégouline avec fraîcheur tout au long des pages. Figure de proue, Jarine, qui encore jeune, et peut-être est-ce pour cela, rêve de partir de ce cloaque, éprise de liberté.

On pourrait y voir une parabole, celle d'un pays en décomposition politique, cette pluie incessante se mesurant aux déclarations des hommes politiques qui entretiennent plus la morosité ambiante qu'un véritable espoir de changement, un déluge de décisions catastrophiques. Et Jarine, en désirant acquérir une liberté par la fuite peut se comparer à tous ces jeunes qui aspirent à un avenir meilleur, ensoleillé dans leurs têtes.

Mais est-ce vraiment ce qu'a voulu écrire l'auteur. Je n'en suis pas persuadé. En véritable romancier populaire, il a écrit une histoire dans laquelle les péripéties et les entrelacs entre le parcours des divers protagonistes foisonnent et ne laissent pas de temps aux lecteurs pour s'ennuyer.

Les jeunes auteurs français devraient lire ce roman et en prendre de la graine. Au lieu de puiser à outrance dans le vocabulaire anglo-saxon, il serait plus intelligent de leur part de s'inspirer de Brice Tarvel et de se pencher dans un dictionnaire des synonymes. Le plaisir de retrouver des mots peut-être obsolètes mais au combien jouissif à la lecture comme rubigineux, éburnéen, phosphène, palustre, stertoreuse, spumescente, smaragdin... Mais tout le monde ne peut se prévaloir d'une telle classe.

Un roman que Jean Ray ne pourrait renier.

Autre édition : Editions Lokomodo. Parution 17 mars 2012. 212 pages.

Autre édition : Editions Lokomodo. Parution 17 mars 2012. 212 pages.

Première édition sous le nom de François Sarkel. Editions Fleuve Noir. Collection Anticipation N° 1745. Parution mars 1990. 192 pages.

Première édition sous le nom de François Sarkel. Editions Fleuve Noir. Collection Anticipation N° 1745. Parution mars 1990. 192 pages.

Brice TARVEL : Dépression. Editions Lune écarlate. Parution 27 septembre 2015. 198 pages. 16,99€.

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 12:20
JOYAUD Béatrice : Plaisir en bouche.

Ceci n'est pas un cours d'éducation sexuelle !

JOYAUD Béatrice : Plaisir en bouche.

Abandonné, recueilli par un policier et placé dans un orphelinat, Balthazar Chacun prend son envol à quinze ans en s’enfuyant de l’établissement.

Il rencontre dans un bar Helga, une gamine de son âge, et l’emmène dans sa chambrette. En reconnaissance de la nuit passée, elle le présente à son oncle Robert qui tient un petit restaurant. Il gravit tous les échelons de la restauration et bientôt s’impose comme un maître queux incontestable.

Il s’inscrit dans une école gastronomique, qui compte une centaine d’élèves dont une seule fille, et en sort haut la main major de sa promotion. Au cours de ses années d’études il s’est lié avec trois autres compères, Lepan, Berthelin et Perduré. Quelques incidents émaillent ses années d’études. Il se confronte à des tenants de la défense du terroir, tandis qu’il prône la valorisation de la recherche, du goût et des couleurs. Parmi ces défenseurs du terroir figure la seule fille du groupe.

Au décès de l’oncle Robert, Balthazar reprend l’affaire avec Helga. Rapidement ils rachètent un restaurant plus sélect, l’Arthus et le cuisinier peut se consacrer à de nouvelles recettes. Rapidement il obtient ses trois étoiles. Tout marche pour le mieux jusqu’au jour où il reçoit une lettre anonyme le prévenant qu’il s’est englué dans la facilité. Conséquence il perd une étoile. Mais il s’acharne malgré les lettres anonymes qui lui donnent conseils ou le réprimandent. Le succès de l’Arthus ne lui suffit pas. Il crée Le Palais des Nuits, grâce à un fond d’investissement, et s’investit dans de nouvelles préparations, plus scientifiques. Il veut se surpasser, étonner. Il va même jusqu’à élaborer des recettes à base de résidus d’origine humaine ou animale, de pierre et même de drogues ou de poison.

 

Sous l’étiquette de roman noir, Plaisir en bouche dénonce certaines dérives gastronomiques, en grossissant d’une manière pour le moins exagérée l’inventivité qui devient le moteur obsessionnel de quelques chefs de cuisine.

L’action se passe dans les années 2040 et quelques, mais on ne peut présager des résultats. D’ailleurs sous les traits de Balthazar j’ai aussitôt plaqué le visage d’un cuisinier savoyard coiffé d’un chapeau à larges bords qui est le chantre de la cuisine dite du terroir mais à base d’éprouvettes, instigateur de la cuisine dite moléculaire.

Si le roman se montre fade dans les premiers chapitres, peu à peu la saveur se rehausse grâce à quelques épices savamment dosées et ajoutées au gré du déroulement de l’intrigue jusqu’à un final qui se révèle savoureux.

Réédition Folio Policier N°503. Parution février 2008. 240 pages. 7,00€.

Réédition Folio Policier N°503. Parution février 2008. 240 pages. 7,00€.

JOYAUD Béatrice : Plaisir en bouche. La Noire. Parution novembre 2001. 176 pages. 14,75€.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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