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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 13:36

Et les suiveurs trépassent ?

Michel LEBRUN : La caravane passe.

Parmi toutes les caravanes publicitaires qui précédent les coureurs du Tour de France, se faufilent le car, la camionnette et la Traction des cafés solubles Solocafé.

Solocafé, le meilleur et le moins cher des cafés en poudre...

Bernard Portel, une ancienne gloire de la chanson et du cinéma, aujourd'hui sexagénaire, pense que sa carrière est enfin relancée après une quinzaine d'années de galère, d'hospitalisation et de drogue. Il est accompagné du jeune accordéoniste Dominique Quercy qui se produit également en solo pour deux ou trois morceaux lors du spectacle nocturne. Gigi Saint-Elme, la vingtaine, qui a déjà joué dans un cabaret et à l'avenir prometteur, complète la partie variété itinérante.

Metz, cinq kilomètres. Dominique Quercy joue un peu de piano à bretelle juché sur la camionnette puis Bernard Portel prend la relève depuis le car, mimant les chansons enregistrées sur magnétophone. Distribution de babioles avant le spectacle du soir. Léon Terroux, le chauffeur du car, François Ravier, le chef de caravane et madame Micheline, la directrice, sont les autres membres de cette fine équipe.

Tandis qu'André Trochut arrive en tête de cette sixième étape, la première du roman, madame Micheline présente Gigi et Portel à un jeune journaliste localier qui n'a jamais entendu parler de l'ancienne vedette déchue mais portant beau et est plus intéressé par le décolleté de la chanteuse. La foule avide attend le spectacle et la distribution d'échantillons de café. Bref tout ce petit monde est content, heureux, joyeux, les sourires fleurissent, la fête peut commencer, même si madame Micheline se montre parfois un peu cassante et pète-sec. Faut la comprendre cette belle trentenaire, elle a la charge de la bonne organisation sur ses frêles épaules.

Après le repas pris en commun, la prestation musicale peut commencer. Bernard Portel retrouve ses sensations et le public, mitigé au départ l'applaudit chaleureusement. Tout irait pour le mieux si une fissure n'était pas en train de s'installer dans le petit groupe.

Madame Micheline et François Ravier ont beau cacher leur liaison, personne n'est dupe. Portel a récupéré à la permanence du Tour une lettre de sa jeune femme Clémence, une différence d'âge qui se décline en décennies, lettre dans laquelle elle donne des nouvelles de leur fille. Clémence a aidé Portel à sortir du gouffre et ils sont mariés depuis cinq ans. Mais Portel est attiré par Gigi. Faut dire que la gamine lui envoie des œillades qui laissent supposer qu'il ne lui est pas indifférent. Quercy voit justement d'un mauvais œil ce rapprochement et la pointe de la jalousie commence à lui transpercer le cœur. Ils sont amis, théoriquement Portel et lui, mais quand même. Quant à Léon Terroux, il se marre, intérieurement, supposant les événements à venir. Par exemple que Portel et Gigi vont coucher dans la même chambre.

Le lendemain, étape Metz - Colmar. Victoire de Roger Hassenforder. Jacques Anquetil cède son maillot jaune à Nicolas Barone. Tout se déroule normalement, ou presque, chez les membres de Solocafé. Sauf que la fissure s'élargit, devient faille, puis fracture.

La troisième étape, du roman mais qui est la huitième du tour, emmène les coureurs jusqu'à Besançon, la victoire revenant à Pierino Baffi, Jean Forestier endossant le nouveau maillot jaune. Ce sera le terme de cette histoire qui se clôt avec quelques rebondissements et retournements de situation, ce dont Michel Lebrun est spécialiste.

 

Dans une sorte de huis-clos en plein air et itinérant, avec tous les principes d'un vaudeville, Michel Lebrun concocte une histoire dont il a le secret, machiavélique à souhait.

Le tour de France 1957 n'est là que pour servir de décor, de support, à une intrigue intimiste. De même la caravane du tour et ses attractions, ses slogans publicitaires, sa bimbeloterie lancée des voitures ou distribuée à l'arrivée de l'étape, met en valeur le microcosme de ces six personnes embringuées dans une histoire tragique de... cœur.  

Une fin non écrite mais suggérée grâce à quelques indices placés ici et là, que le lecteur peut à loisirs imaginer autre.

Publiée en 1958, Michel Lebrun dénonce déjà cette propension à utiliser par certaines personnes, soit par snobisme, soit par manque de vocabulaire, des expressions anglo-saxonnes.

-Allons dîner, dit François Ravier. Sinon nous serons en retard pour le show.

Cette manie, pour faire moderne, de parsemer ses phrases de termes pseudo-américains !

Près de soixante ans plus tard, il faut aux lecteurs un dictionnaire pour lire certains romans ou même des magazines féminins qui truffent leurs titres ou leurs articles de ces termes censés être à la mode. Pourquoi ne plus se servir du mot rétro mais écrire à la place vintage, par exemple.

Michel LEBRUN : La caravane passe.

Michel LEBRUN : La caravane passe. Collection Un Mystère N°427. Editions Presses de la Cité. Parution juin 1958. 192 pages.

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 10:49

Bon anniversaire à Hubert Monteilhet né le 10 juillet 1928.

Hubert MONTEILHET : Les cavaliers de Belle-Île.

Les amateurs de cape et d’épée se souviennent avec délices de leurs premières lectures : Féval, Zevaco et surtout le grand, l’immense, le magnifique Alexandre Dumas.

Hubert Monteilhet, bien connu pour ses romans policiers dont Les Mantes religieuses (Grand Prix de Littérature policière en 1960) ou Le Retour des cendres, je ne vous les citerais pas tous, par manque de place, renoue avec bonheur avec ce genre. Les cavaliers de Belle-Île qui est la suite des aventures et mémoires du Chevalier d’Espalungue entamées dans De plume et d’épée parues en 1999 chez le même éditeur.

On retrouve dans ce second volet les principaux protagonistes du roman précédent, Louis XIV bien sûr, Mazarin et quelques-uns uns de ceux qui marqueront l’histoire tels Colbert, Le Nôtre, Fouquet et tant d’autres, des personnages moins connu, Rossignol par exemple, spécialiste du chiffre et du décryptage. Sans oublier d’Artagnan, l’ami de d’Espalungue et ses compères Aramis et Porthos, Athos étant au paradis des Mousquetaires. Espalungue mène une vie paisible à Paris mais ses relations avec Anne d’Autriche l’amènent à reprendre le chemin vers de nouvelles aventures, Rome, la Bretagne et l’Angleterre. Tout cela pour déjouer une rumeur : le roi est-il le fils de son père ?

Ecrit d’une plume alerte, parfois verbeuse, ce roman, fort documenté, s’inscrit dans la tradition du livre épique, et Hubert Monteilhet, égal à lui-même, sait distiller de temps à autres des coups de griffe jubilatoires.

 

Hubert MONTEILHET : Les cavaliers de Belle-Île.

Hubert MONTEILHET : Les cavaliers de Belle-Île. Editions de Fallois. Parution août 2001. 398 pages. 19,05€. Réédition Le Livre de Poche. Parution janvier 2003. 444 pages.

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 08:20
MARIE & JOSPEH : Le petit roi de Chimérie.

Quoique l'on soit en République, on trouve encore des

petits rois un peu partout...

MARIE & JOSPEH : Le petit roi de Chimérie.

Lire un roman de Marie et Joseph, c'est savourer la douceur et l'acidulé d'un bonbon que l'on roule voluptueusement sur la langue, c'est le pétillement de mille bulles de champagne qui éclatent et rebondissent à l'infini, c'est le flou d'une photo de David Hamilton représentant les Demoiselles d'Avignon de Picasso, c'est cocasse, c'est tendre, c'est burlesque, c'est poétique, c'est une phrase que l'on voudrait lire et relire, c'est un passage, un morceau choisi que l'on voudrait garder au fond de son cœur comme une antienne que l'on répète tout en y découvrant à chaque fois une nouvelle saveur.

 

Dans Le petit roi de Chimérie, le blues n'a plus la place qu'il occupait dans les précédents romans du couple. Il est remplacé par la pluie, le vent, les nuages qui filent à l'horizon, la plaine qui s'étend à perte de vue, la grisaille tenace des mines désaffectées.

Raphael, adolescent doué mais fantasque, joue avec les mots, avec les gens, avec les sentiments. Lorsqu'au bout du jeu la mort profile son ombre, il a de quoi s'affoler et disparaître. D'autant qu'il s'est fixé une mission et entend la mener à bien.

Néro, jeune prof exilé, s'il en prend fait et cause pour Raphael, va essayer tout au moins de lui sauver la mise dans ce brouillard qui englue toute chose et n'est qu'un vaste miroir déformant.

 

A signaler la présence d'un quatuor de policiers plitôt jubilatoire, et dont les patronymes se décomposent comme suit :

Le premier s'appelle Mai

Le deuxième Héoudon

Le troisième Corne

Et le quatrième Icarre.

A vous maintenant de vous amuser.

 

Le petit roi de Chimérie une nouvelle réussite du couple Marie & Jospeh, qui a déjà à son actif quelques belles petites perles telles que Square du Congo, Si t'as peur, Jappes, Chaudes bises et surtout La grande Arpente des Champs d'en bas.

MARIE & JOSPEH : Le petit roi de Chimérie. Série Noire N°2130. Parution mars 1988. 192 pages.

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 12:29

D'autres seront toujours là pour prendre la relève...

Patrick CAUJOLLE : Meurtres au sommet de l'Etat Français.

Ce n'est pas en changeant le numéro (ou chiffre) des différentes Républiques qui se sont succédées au cours des décennies, que les affaires d'Etat ont été supprimées.

Et ces affaires d'Etat sont plus nombreuses que l'on pourrait imaginer, qu'elles éclaboussent le haut de la pyramide ou dégoulinent jusqu'à immerger la base dans de sombres et tortueuses manipulations, machinations, prévarications, corruptions, et pires, assassinats et meurtres.

Patrick Caujolle, à qui l'on doit déjà notamment chez le même éditeur Les Casses du siècle, a rassemblé vingt récits afin de nous montrer les différentes facettes de ces crimes de sang qui ont défrayé la chronique plus ou moins récemment et dont, selon son âge, le lecteur se souviendra ou pas.

Par exemple qui sait que Paul Doumer, dont on connait le nom grâce à des plaques de rue, fut assassiné en 1932, le 6 mai exactement, lors de l'inauguration du Salon des écrivains combattants. Claude Farrère vient d'obtenir le Prix Goncourt. Paul Doumer décèdera dans la nuit et aussitôt les suppositions vont bon train, les rumeurs les plus folles s'échangent dans la foule. Le meurtrier, Pavel Gorguloff, est de nationalité russe, âgé de quarante et un ans, et est le fondateur d'un parti antibolchévique dont il est le seul membre. Mais l'affaire se politise et les journalistes et certains écrivains se divisent sur les motivations réelles de l'assassin, pensant que cet attentat serait une manœuvre tendant à précipiter la guerre contre l'URSS, comme il est écrit dans l'Humanité du 11 mai.

Si ce meurtre est commis contre la plus haute autorité de l'Etat et que son auteur est immédiatement identifié et arrêté, d'autres crimes de sang ont été perpétrés contre des ministres ou des députés, sans que tout soit véritablement résolu. En effet bon nombre d'affaires vont secouer la Cinquième république, pour ne citer que les affaires les plus proches de nous, et sans que soit réellement défini l'aspect du décès. Assassinat ou suicide, selon ce que les partis politiques mis en cause le décrètent afin de taire les jalousies et manœuvres politicardes mises en place.

Et bizarrement, les trois affaires les plus célèbres se sont succédées durant le septennat de Valéry Giscard D'Estaing et ont fourni bien des controverses selon les affinités partisanes de tel ou tel parti ou média, proche du pouvoir ou au contraire en divergence totale d'opinions.

Il suffit de citer les noms de Robert Boulin, de Joseph Fontanet ou encore Louis de Broglie. Trois affaires qui ont longtemps défrayé la chronique et connaissent de temps à autres des résurgences médiatiques sur fond de manipulation politico-financières. A noter que le parti politique s'appelait les Républicains Indépendants. Aujourd'hui, il existe Les Républicains, mais sont-ils indépendants ?

Patrick Caujolle a étudié attentivement les éléments des dossiers, les a épluchés, analysés, ne se contentant pas de recopier ou de s'inspirer d'articles journalistiques, et avançant des thèses non dénuées de fondement ou des pistes intéressantes et probantes.

Bien d'autres affaires sont ainsi narrées, nous renvoyant à un passé plus ou moins proche, tombées parfois dans les oubliettes de l'histoire mais qui ressurgissent grâce à des événements qui les remettent en lumière comme l'assassinat de Jean Zay, par la milice dans l'Allier le 20 juin 1944, et dont le corps a été transféré récemment au Panthéon. Or si le nom de Jean Zay n'était pas inconnu de tous, son action sociale est tombée dans les oubliettes. On peut mettre par exemple à son actif :

Pendant ses quarante-quatre mois au gouvernement de front populaire, Jean Zay a institué, au titre de l’Éducation nationale : les trois degrés d’enseignement, l’unification des programmes, le prolongation de l’obligation scolaire à quatorze ans, les classes d’orientation, les activités dirigées, les enseignements interdisciplinaires, la reconnaissance de l’apprentissage, le sport à l’école, les œuvres universitaires ; et au titre des Beaux-arts : le CNRS, le musée national des arts et traditions populaires, le musée d’Art moderne, la Réunion des théâtres lyriques nationaux, le festival de Cannes (source Wikipédia).

Bref cet ouvrage de Patrick Caujolle, jamais ennuyeux car écrit simplement, sans fioritures ni inclination partisane, avec pour seul but d'établir la vérité et d'informer les jeunes générations, ou remémorer aux plus anciens des affaires sensibles, offre un prolongement que n'ont pas toujours eu la possibilité d'étayer les journaux des différentes époques pendant lesquelles elle se sont déroulées. C'est l'impartialité qui prime, même si pour certains, cela va à l'encontre de leurs opinions.

Juste pour vous appâter quelques titres de chapitres qui montrent la diversité des affaires traitées, résolues ou non :

Darlan, l'homme à abattre; Traquenard dans le tortillard pour le préfet Barrême; Le député, la belle-fille et la cheminée; Pour la peau de Philippe Henriot; La mort de Yann d'Arc (Yann Piat); Georges Mandel, un ministre à éliminer, Les Cagoulards contre Fantomarx; L'assassinat du préfet Erignac...

Chaque chapitre est précédé d'une photographie mettant en scène le personnage relatif à l'article ou un lieu significatif.

Patrick CAUJOLLE : Meurtres au sommet de l'Etat Français. Le Papillon Rouge Editeur. Parution le 24 avril 2015. 272 pages. 20,50€.

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 11:06
John LUTZ : ça sent le brûlé

Heureusement, de nos jours, il existe des détecteurs de fumée...

John LUTZ : ça sent le brûlé

Un détective privé, en général, est une personne dont le métier est de confondre des amants afin de prouver le délit d'adultère, de rechercher des personnes, disparues le plus souvent, parfois d'enquêter sur le mobile d'un crime et d'en découvrir le ou les auteurs.

Carver, le détective boiteux, lorsqu'il s'est reconverti dans cette profession, était loin d'imaginer qu'un jour l'enquête, c'était pour son propre compte qu'il allait la mener.

Un dingue d'un nouveau genre sévit dans cette partie du centre de la Floride où Carver s'est installé en compagnie de son amie Edwina. Ce dingue s'attaque aux commerçant locaux à l'aide d'un appareil de plongée sous-marine transformé en chalumeau. Ceci en principe ne devrait concerner que la police du cru. Mais un jour c'est le propre fils de Carver qui est pris pour cible, devenant une torche vivante.

Plus que motivé, Carver prend l'enquête à son compte. La colère, la rage, le désespoir, l'animent et il jure d'abattre sans pitié celui qui a osé s'en prendre à son fils. Ses soupçons vont vite le conduire à un jeune schizophrène, un paranoïaque, rejeton d'une riche famille.

Adam Kave, le père, s'occupe plus de son affaire de chaine de restaurants et de la création de nouveaux hot-dogs que de la vie familiale. Elana, la mère, atteinte d'un cancer, s'enferme dans sa tour d'ivoire. Nadine, la fille, se rebelle facilement, ruant sous l'autorité paternelle et sort avec un marchand de voitures dont l'avenir semble assuré. Quant à Paul, le fils, meurtrier présumé, il a disparu.

L'obsession de Carver ne l'aveugle-t-il pas ? Ne fonce-t-il pas tête baissée vers une piste trop bien délimitée ?

Ce roman de John Lutz s'intègre dans la lignée des grands romans noirs américains dont l'épilogue est particulièrement tragique.

John LUTZ : ça sent le brûlé (Scorcher - 1987. Traduction de Denise May). Série Noire N° 2122. Parution janvier 1988. 288 pages. 6,65€.

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 08:28
Lee MARTIN : La foire aux poupons

Et ceux-là ne sont pas en celluloïd !

Lee MARTIN : La foire aux poupons

Si quelqu'un ne m'avait pas conseillé vivement de lire ce roman, je dois avouer que je serais passé à côté d'un roman attachant, prenant.

Si le sujet est neuf, ce qui est déjà un bon point, la manière de développer ce sujet, de faire dialoguer les personnages, de camper ceux-ci et d'établir une relation de connivence entre l'auteur et le lecteur, par narrateur-héros interposé, à l'aide de touches sentimentalo-humoristiques, accroche dès la première page le lecteur.

La disparition de femmes enceintes et la découverte d'un trafic d'adoption de bébés, trafic illégal, sont des thèmes qui auraient pu être traités dans un style mélo jouant avec les grands sentiments. Ce n'est pas le cas, le mouchoir en papier n'est pas fourni avec le livre.

L'auteur, Lee Martin, a su établir la différence entre sensibilité et sensiblerie. Sensibilité donc car le thème est grave, sérieux, mais cette pointe d'humour indispensable à mettre en valeur les situations dramatiques est toujours présente.

Deborah Ralston, mère adoptive de trois enfants, femme-flic, jeune grand-mère, s'est remise au jogging, autant pour tenir la forme que pour entretenir celle de son chien. Et c'est justement au cours d'une séance de course qu'elle découvre le cadavre d'une jeune femme enceinte. C'est tout naturellement que l'enquête lui est confiée. Et nous assistons à une tranche de vie familiale typiquement américaine, bon enfant, décontractée, humoristiques et débridée, dans laquelle les chips et le Coca-Cola sont les éléments nutritionnels de base. Les investigations de Deborah Ralston sont toujours freinées par son capitaine qui a la phobie des heures supplémentaires, soit par la législation qui impose des limite à son rayon d'action, soit par un ulcère tenace et inopportun à l'estomac.

 

Ce roman se lit d'une traite tellement le lecteur est pris par l'intrigue, mais hélas ce sera le seul roman de l'auteur à être traduit. Le seul sous le nom de Lee Martin, je précise car deux autres romans seront traduits par la suite, Le crâne en fleur (SN N°2258) et La mort préfère les blondes (SN N°2271), sous le pseudonyme d'Anne Wingate et dont le véritable patronyme est Martha Guice, ancienne policière de son état.

Lee MARTIN : La foire aux poupons (A conspiracy of Strangers - 1986. Traduction de Noël Chassériau). Série Noire N°2118. Parution novembre 1987. 288 pages.

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 10:54

Bon anniversaire à Jean Paul Nozière né le 7 juillet 1943.

Jean-Paul NOZIERE: Tangos.

Milou s’est installé à Sponge dix ans auparavant.

Directeur d’un supermarché il est devenu une figure marquante de la cité, chacun lui étant plus ou moins redevable. Il traficote et même les gendarmes bénéficient de ses largesses.

Seulement il a écrasé Babeth, la fille d’un riche transporteur, un soir de cuite, avec son 4X4 et il a été enfermé durant une semaine dans un asile psychiatrique, gavé d’antidépresseurs. Il revient au village et recueille une jeune auto-stoppeuse, Dolorès, et lui propose de dormir chez lui.

L’arrivée au village n’est pas ce qu’il escomptait. Les gendarmes ont dressé un barrage et se conduisent envers lui comme avec un vulgaire pékin. Les villageois le traitent d’assassin. Seul Maurice, son majordome, un Libanais qui reste en France grâce aux faux papiers que Milou parvient à lui procurer, semble lui vouer la même déférence qu’avant l’accident.

Des appels téléphoniques intempestifs, des dégradations sur son 4X4, les accusations portées par Dolorès le perturbent fortement. Ses deux chiens sont éventrés dans le chenil. Muni d’une carabine, Milou tire au hasard et tue Dolorès. Tandis que Maurice est chargé d’enterrer les cadavres, Milou fouille le sac de la jeune fille et découvre des lettres adressées par Babeth ainsi qu’un pistolet. Au supermarché, complètement disjoncté par l’alcool et les médicaments, il se montre particulièrement odieux envers ses employés, les menaçant du pistolet qu’il s’est accaparé, allant jusqu’à écraser une femme sous un chargement de pommes de terre déversées d’un chariot élévateur. A la fête du village il se conduit guère mieux et est rejeté par tous. Alors il se rend chez le père de Babeth et découvre cadavre gisant au milieu de bandes magnétiques et de lecteurs de cassettes.

 

L’action de ce roman se déroule dans un petit village des Côtes d’or, et pourtant le lecteur pourrait se croire transporté dans une bourgade des Etats-Unis, tellement l’ambiance décrite semble issue d’un ouvrage de Jim Thompson.

La vindicte des villageois, leur façon de procéder afin de démontrer que Milou n’a plus qu’une solution celle de quitter la cité, les agissements de Milou envers ses employés et ceux qu’il considère sous sa botte, à commencer par les gendarmes, n’ont rien à envier aux thèmes développés par Thompson.

Et une fois le livre terminé, avec un excellent retournement de situation, il reste une morale : il ne faut jamais se fier aux premières impressions. Un roman noir fort qui serait judicieux d’adapter au cinéma. Et l’on retiendra également la dérive de Milou comme une brèche issue de son enfance et les nombreuses références musicales qui sont échelonnées tout au long du roman.

 

Jean-Paul NOZIERE: Tangos. Collection Les Noirs N°42. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1998. 222 pages.

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 08:09
Marcia MULLER & Bill PRONZINI : Mais où sont les trésors d'antan ?

Cherchez et vous trouverez... Peut-être !

Marcia MULLER & Bill PRONZINI : Mais où sont les trésors d'antan ?

Délaissant son personnage favori, le Nameless, Bill Pronzini aime à écrire à quatre mains, c'est à dire en collaboration, pour construire une histoire, chacun apportant une page, un chapitre, des idées.

C'est ainsi qu'il a coécrit avec notamment Barry Malzberg, John Lutz ou Collin Wilcox. Pour ce roman il a fait équipe avec Marcia Muller, dont on a pu lire Les puces tuent et De bric et de broc dans la même collection.

Ce roman est un habile montage utilisant le privé Quincannon de Bill Pronzini, qui apparait dans entre autres Une mine épatante, et l'héroïne de Marcia Muller, la directrice d'un musée d'art mexicain.

 

Histoire gigogne qui entremêle deux enquêtes, l'une en 1894, l'autre de nos jours, et dont le principal attrait est de mettre l'accent sur les rapports tendus, les contrastes, la culture, les difficultés d'adaptation entre les Mexicains d'origine espagnole et les Américains de souche anglo-saxonne, dans une région conquise par la lutte, la guerre, ce qui laisse toujours des traces, aussi bien maintenant que plus de cent ans auparavant.

 

Une histoire passionnante de recherche de trésors et étude de mœurs qui transporte le lecteur dans la Californie de Zorro et la ville de Santa Barbara, lieu d'un célèbre feuilleton télévisé de la fin des années 1980.

Marcia MULLER & Bill PRONZINI : Mais où sont les trésors d'antan ? (Beyond the Grave - 1986. Traduction de Madeleine Charvet). Série Noire N°2113. Parution novembre 1987. 320 pages. 6,65€.

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 13:57

C'est un cas, dis ?

Roland SADAUNE : Un caddie nommé Désir.

Dans un chariot de supermarché, on peut entasser des packs d'eau, des packs de lait, des packs de bière, des packs d'essuie-tout papier, et bien d'autres packs comme des packs d'emmerdes.

Raphael Darmont, ancien lieutenant de police, blessé professionnellement et physiquement, voire affectivement, va s'en ramasser un plein tombereau pour avoir dépanné une jeune femme en quête d'un euro, pièce libératrice d'engin à roulettes faussement économique que plus t'en mets dedans, plus tu crois faire des économies et plus tu dépenses car plus tu jettes, date de péremption faisant foi comme autrefois le cachet la Poste.

Raphael Darmont qui devait rejoindre sa femme Véronique, préposée à l'accueil du Mammouth écrase les prix et non Mamie écrase les prouts (dixit Coluche), prête donc une pièce que Malika avec un sourire aguichant lui promet de lui rendre. Il lui donne rendez-vous pour le lendemain dans un petit restaurant du quartier et ce qui devait arriver arriva. Eberlué et surtout essoufflé Darmont, qui a monté quatre à quatre les quatre étages de l'immeuble de la cité tandis que la belle se transbahutait tranquillement par l'ascenseur vers un septième ciel prometteur. Le logement ressemble plus à une caverne d'Emmaüs qu'à une chambrette d'amour mais ce n'est pas le décor qui importe, c'est le lit propice aux galipettes.

Avec Véronique, c'est souvent Véro tout court, car après bien des années de mariage, l'entente n'est plus tout à fait la même. Véro lui reproche ses manquements, ses oublis, de petites dates d'anniversaire qui comptent pour elle et qu'il enfouit enveloppé dans ses problèmes. Bref, la gente dame lui fait le plus souvent le coup des jambes croisées que la visite de la grotte Chauvet. Petit aparté, Malika, elle, a la grotte chauve, ce n'est qu'un détail mais Raphael n'est pas habitué à ce manque de pilosité. De plus Véro reproche à son mari des passades, mais faut le comprendre aussi. Enfin, essayer.

Malika est une ancienne caissière de cinéma, et comme les multiplexes phagocytent les petites salles, elle se retrouve sans emploi, avec un minuscule pécule qu'elle entretient en étant standardiste pour une boite qui met en relation des hommes esseulés avec des femmes compatissantes, mais uniquement par téléphone. Pour le numéro de téléphone, je ne l'ai pas en tête mais il figure dans le bouquin avec le prénom Monica.

Raphaël a déclaré être directeur d'une grosse entreprise, ça en jette, en réalité il n'est que le directeur des ressources humaines, le recruteur d'une société de sécurité, fonction qui lui assure un statut alors qu'il s'est fait virer de la police deux ans auparavant pour une bavure, une rixe dans laquelle il s'est retrouvé embringué en compagnie de municipaux et d'assistants de la sécurité, son arme à feu réglementaire se retrouvant entre les mains de ses agresseurs. Non seulement il s'est récupéré sur le carreau, mais son arme dite de sauvegarde, l'officieuse que tout bon policier possède attachée à la cheville, a été également confisquée par les malandrins malhonnêtes.

Darmont ne verra Malika que deux ou trois fois, et les deux personnages qui l'abordent, des amis ou connaissances supposées de la jeune femme, la décrivent sous un jour inattendu, lui instillant le doute dans son esprit. Et c'est à l'instigation de l'un des deux hommes qui lui confie avoir lui aussi été floué, qu'il se rend chez Malika. Elle recevrait chez elle un vieux, enfin un plus vieux que Darmont, pour des séances de relaxation dont on ressort fourbu. Seulement lorsque l'ex-flic s'introduit chez Malika, il se rend compte d'un changement, que des affaires ont disparu. Poussant son investigation, il découvre Malika, ou plutôt le cadavre de celle-ci recroquevillé dans sa douche.

Darmont est mal parti et l'instinct du policier, du chasseur se réveille en lui. Il demande en prenant des gants et en gardant la plupart des informations pour lui, des renseignements auprès d'un de ses anciens collègues, le brigadier-chef Limon qui pense avec justesse qu'il est dans la boue.

 

 

Avec Un caddie nommé Désir, titre clin d'œil à la pièce de théâtre de Tennessee Williams, Un tramway nommé Désir, Roland Sadaune nous brosse un tableau sombre mais empreint parfois d'onirisme d'une vie en demi-teinte d'un flic reconverti et qui s'adonne à quelques passades pour agrémenter sa vie en déliquescence.

Cela n'aurait pu être qu'une comédie de boulevard, un vaudeville de supermarché, seulement Roland Sadaune est trop empreint de littérature noire pour laisser passer une si belle occasion de nous fournir un drame. Il y a un peu de Day Keene dans ce roman ancré dans l'est du 17e arrondissement parisien et sa périphérie. En artiste peintre talentueux il nous brosse des portraits façon Van Gogh, mais ce ne sont pas les seules analogies picturales que j'ai ressenties à la lecture de ce roman. S'il fallait transposer ses phrases, ses scènes, son ambiance et son atmosphère en toile, j'associerai Seurat pour son pointillisme dans la description, Arcimboldo pour la composition de ses tableaux qui forment un tout avec des éléments divers mais relevant de la même famille, et Turner pour la noirceur entrecoupée d'un rayon de soleil fugace de l'ensemble du roman.

Alors que l'on pense que l'épilogue va s'acheminer vers un dénouement convenu, Roland Sadaune d'un tour de pinceau renverse la situation et nous entraîne vers un final inédit et pointu.

 

Roland SADAUNE : Un caddie nommé Désir. Val d'Oise Editions. Parution juin 2015. 194 pages. 13,00€.

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 11:43

Bon anniversaire à Dominique Rocher née le 6 juillet 1929.

Dominique ROCHER : Le serpent dans la chaussette.

Selon la tradition anglaise, on glisse les cadeaux de Noël dans des chaussettes accrochées à la tablette de la cheminée.

Une coutume sympathique qui tend à s’étendre mais pas toujours à bon escient. Ainsi trouver dans une chaussette un serpent est pour le moins inattendu et désagréable, du moins c’est que ressent Olga Vincent, dite la Rouquine à cause de sa chevelure flamboyante.

Olga a décidé de passer des vacances tranquilles au Sénégal, via un Tour-operator. Dans l’avion qui l’emmène en Afrique elle est assise à côté d’une femme qui s’obstine à garder son bagage avec elle. Au bout d’un petit sommeil réparateur elle se retrouve avec toujours la même personne sur le siège voisin, ce qui à priori est normal, sauf que la dame semble partie chez Hadès. Pourquoi s’empare-t-elle du bagage ? Elle serait bien incapable de le dire. Peut-être un réflexe, le bagage menaçant de choir.

Dans sa chambre d’hôtel, Olga, curieuse et impulsive, inspecte le sac emprunté par erreur et d’une chaussette s’échappe le fameux serpent évoqué plus haut. Selon les infos télévisées, Marie Borman, docteur en médecine, ne serait pas décédée mais simplement dans le coma et Olga est priée de se présenter à l’aéroport. Ce qui n’enchante guère notre Rouquine avide d’aventures. Comme Marie Borman devait rejoindre une mission humanitaire, Olga décide de s’échapper de l’hôtel à bord d’un taxi de brousse. Après tout elle est infirmière, alors elle peut donner le change.

Elle est arrêtée par un contrôle de police, et comme une étourdie elle tend le passeport de la défunte. Au commissariat elle tente d’expliquer pourquoi elle est en possession de papiers ne lui appartenant pas et convainc par des arguments tarabiscotés les policiers qui la laissent repartir pour le fameux camp humanitaire. Lequel lui réserve de nombreuses surprises, mais pas celles auxquelles elle s’attendait, c'est-à-dire un mâle pouvant lui faire gouter les charmes de l’amour charnel exotique. Des hommes elle en rencontre et s’ils s’en prennent à son corps ce n’est pas forcément à cause de ses charmes indéniables.

 

Le serpent dans la chaussette s’inscrit dans la veine des romans policiers d’aventures des années 60, charmant, sans prétention, mais habilement construit, avec de nombreux rebondissements, et une bonne dose d’humour. Ce qui n’empêche pas Dominique Rocher d’égratigner au passage le système médical de plus en plus administratif.

Où étaient passés ses rêves de jeunesse quand il avait décidé de faire médecine pour sauver des vies ? Bien sûr il lui arrivait encore d’en sauver, souvent par l’intermédiaire d’un spécialiste, ce qui n’était pas particulièrement gratifiant. Et puis les méthodes de soins étaient devenues trop techniques… Les consultations étaient minutées. Le côté humanitaire était perdu.

Dominique ROCHER : Le serpent dans la chaussette. Editions L’Orchidée Noire. Lulu.com. Parution décembre 2009.

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