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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 10:49

Bon anniversaire à Frédérick Tristan, né le 11 Juin 1931 à Sedan, écrivain et poète. Frédérick Tristan a utilisé le pseudonyme de Mary London entre 1986 et 2001 pour signer une douzaine de romans policiers relatant les Enquêtes de sir Malcolm Ivory.

Mary LONDON : Un meurtre chez les Francs-Maçons.

Sir Malcolm Ivory est appelé à la rescousse par son ami le superintendant Douglas Forbes, lequel est complètement débordé par la nouvelle affaire qui vient de lui tomber sur les bras.

Lors d’une cérémonie maçonnique, un banquier est assassiné d’une curieuse façon. D’ailleurs tout est curieux aux yeux de Forbes et d’Ivory. Scotland Yard a été prévenu alors que théoriquement personne ne pouvait sortir du local où se tenait la réunion.

Bousculant les habitudes, une femme était présente à cette cérémonie, qui plus est la veuve de la victime, et le mort portait un tablier brodé du XVIIIème siècle. Bigre de cornegidouille, un crime en vase clos qui n’est pas pour déplaire à Sir Malcolm qui en a vu d’autres, et ne se laisse pas démonter par cet embrouillamini du plus mauvais effet, du moins dans les rangs de la Franc-maçonnerie.

Bon, qu’en quatrième de couverture soit portée la mention : voici enfin rééditée dans une traduction revue et complétée l’une des enquêtes les plus fascinantes de Sir Malcolm, cela me fait doucement sourire. Pour moi, ce n’est que farce et canular, que cette traduction dont la mention du copyright n’est même pas mentionnée, sauf un titre anglais, mais cela n’a pas valeur de preuve.

Donc pour moi il s’agit d’un auteur français qui s’amuse, et il a bien raison. Les plus intransigeants resteront de marbre devant ce texte, mais comme j’aime bien m’amuser moi aussi de temps en temps et passer de bons moments, j’ai apprécié, d’autant que ce texte est peut-être mieux écrit que certains romans que l’on nous propose parfois sous couvert de noir et de réalisme. La jalousie, personne n’y coupe, même les plus obscurs.

Lecture amusante, qui ne prend pas le chou comme savent si bien s’exprimer nos adolescents, expression qui déteint chez les plus âgés.

Cette chronique a été écrite lors de la parution de ce roman, alors que le pseudonyme de Frédérick Tristan n'avait pas encore été dévoilé.

Mary LONDON : Un meurtre chez les Francs-Maçons.

Mary LONDON : Un meurtre chez les Francs-Maçons. Une enquête de Sir Malcolm Ivory aux éditions du Rocher. Parution février 1999. 220 pages. 12,20€. Réédition Pocket décembre 2005. 212 pages. 6,10€.

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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 07:48
Gérard DELTEIL : Balles de charité.

Et pour dix balles, t'as plus grand chose...

Gérard DELTEIL : Balles de charité.

Les associations caritatives ne se comptent plus et se déclarent une guerre impitoyable.

C'est à qui aura le plus de parts de marché, le plus de partenaires sociaux, d'aides des finances publiques et de clients secourus, la meilleure image de marque. La répartition du budget humanitaire étant fonction du nombre de secourus.

Dans un Paris où les pauvres sont légion et vivent dans des quartiers déclassés, où les riches paradent dans des sites protégés tout en s'ennuyant fermement, Cesbran, l'un des employés de la Compagnie du Christ tente de sortir son épingle du jeu. Alors qu'il démarche dans une tour du Front de Seine et promet le rétablissement de l'électricité si les habitants lui confient leurs intérêts, Deschiens, le chef de marketing, lui propose une mission particulièrement délicate.

A cause de l'insécurité, des attentats terroristes, des restrictions de déplacement, les riches n'osent plus bouger de chez eux d'où leur ennui. Cesbran doit recruter parmi les déclassés des animateurs sociaux qui organiseront des soirées récréatives, racontant de quelle façon ils survivent dans leur zone, dans leur ghetto. Une mission simple en apparence, qui flatte l'égo de Cesbran mais en même temps le démarcheur se demande s'il n'est pas l'homme de paille d'un coup fourré.

Il se rend au Nouvel Auber, lieu de sa nouvelle activité, et prend contact avec le directeur d'une agence de voyage susceptible de le mettre en relation avec des personnes intéressées par ce genre de soirées. Cela ne plait guère à Dorval, héritier d'un consortium électronique mais Cesbran sait défendre sa cause. Parmi ses trois recrues, une femme, Hélène et deux hommes dont il n'est pas sûr à cent pour cent. La première soirée, avec Hélène comme animatrice, se passe bien et Cesbran est conforté dans sa mission. Il découvre dans la chambre d'hôtel voisine de la sienne le cadavre d'un journaliste, qui enquêtait sur un trafic de conserves soi-disant fabriquées pour le compte de la Compagnie par de nouveaux esclaves, ce qui est contraire à l'éthique des associations humanitaires. Il a juste le temps de copier sur disquettes les fichiers du journaliste avant l'intrusion des policiers, disquette qu'il soumet à l'un de ses amis.

L'homme est assassiné et sa femme révèle à Cesbran que la Compagnie procédait à des jeux d'écriture pour racheter des actions du groupe Dorval. Ce qui là encore est contraire à la déontologie des associations caritatives. L'un des deux collaborateurs de Cesbran, chargé de surveiller Hélène, lui apprend qu'elle bricole dans sa chambre avec du matériel électronique. Il n'a guère confiance en Hélène qu'il a vue en compagnie d'un pontife de chez Dorval puis au restaurant avec Deschiens. Alors qu'il flâne dans la Boule avec Véro, sa compagne, il est témoin d'un attentat. Les victimes se comptent par dizaines. Cet attentat a pour conséquence de faire chuter les actions du Groupe Dorval.

 

A une époque où l'on ne parle que de solidarité, aides pécuniaires, assistance en tout genre, cette vision futuriste d'un Paris contrôlé par différentes associations de bienfaisance n'est qu'une fabulation qui malheureusement risque de devenir à plus ou moins longue échéance réalité.

Un roman d'anticipation, en marge au catalogue de la Série Noire, qui malgré cette extrapolation d'un avenir plutôt sombre reste foncièrement policier et noir.

Curiosité :

Ce roman a été écrit sur une idée d'Eric Le Braz.

Gérard DELTEIL : Balles de charité.

Gérard DELTEIL : Balles de charité. Série Noire N°2213. Parution janvier 1990. 192 pages. Réédition Folio Policier N°145. Parution janvier 2000. 5,80€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 14:04

Game of drones !

Hervé SARD : Larguez les anars !

Assister à son propre enterrement, telle est la situation incongrue à laquelle participe Léo Tanguy, cyber reporter indépendant.

Sont également présents lors de cette cérémonie funèbre ses parents, ses amis, ses copains, et ceux qui le détestaient, bien contents de sa disparition. Tanguy est déguisé, maquillé, grimé, et personne ne le reconnait, ce qui était le but recherché. Cela ne l'empêche pas de se conduire en quidam ayant fréquenté Tanguy et d'étreindre quelques personnes, de leur parler, d'exprimer ses regrets. En réalité pour tester le terrain et les inconnus venus assister à son départ.

Tout a commencé par l'épandage nocturne dans un champ de maïs de larves de pyrales, ces papillons malfaisants qui détruisent en un rien de temps les plantes amoureusement cultivées par les agriculteurs désireux de fournir à leurs concitoyens la manne nécessaire à leur nourriture. La solution résiderait bien dans l'exploitation de champs de maïs OGM, cette nouvelle génération de semences rapportant gros, surtout aux laboratoires phytosanitaires, mais les réticences sont nombreuses et la confiance limitée, une alternative à l'utilisation de produits chimiques déversés en masse. Une autre solution, soi-disant plus écologique consisterait à semer du VertuMax, une plante qui annihile les chenilles. Seulement le VertuMax est invasif et se développe comme du chiendent, et lorsqu'il s'est installé quelque part, rien ne lui résiste.

Un olibrius s'est donc amusé à épandre des larves de pyrales dans le champ de Michel, grâce à des drones. Michel étant un copain du père de Léo Tanguy, le cyber-reporter s'est donc intéressé à cette affaire peu commune et ses investigations l'ont conduit jusqu'à une grange où étaient disposés sur des étagères des drones. Ce que n'avait pas prévu Léo Tanguy, c'est le coup de massue reçu sur la tête puis l'incendie de la baraquement. Léo, sorti de son évanouissement à temps avait pu récupérer un téléphone portable, contenant l'égo-portrait (pour faire simple : un selfie) de son agresseur et se carapater avant l'arrivée des pompiers. Pour tous il était mort dans l'incendie. Seuls ses parents et quelques personnes de confiance, dont la maire du village de Plouguer, sont dans la confidence de sa résurrection.

Connaître la trogne de l'agresseur c'est bien, mais encore faut-il remonter jusqu'aux commanditaires. Léo entame donc son enquête aidé par des parents et des amis indéfectibles dont Potiron, un individu à verticalité réduite. Je souligne que l'appellation de nain est devenu péjorative, comme bon nombre de mots de la langue française, on se demande bien pourquoi.

 

Les paysans réfractaires, dont Michel, appartiennent au MPT, Mouvement Pour la Terre, qui n'est pas vraiment un parti mais un mouvement, d'où son nom, lequel est opposé au P2R, Parti pour un Renouveau Républicain. Et Républicain, maintenant on sait ce que ça veut dire depuis que le vocable a été récupéré à des fins politiques.

Et c'est ainsi qu'accompagné de Potiron qui conduit la plupart du temps le combi, Léo va participer à une marche organisée à l'origine par le MPT, marche qui doit arriver à la capitale le 14 juillet, le jour du feu d'artifice.

 

Ils partirent dix mais par un prompt renfort ils se virent dix mille en arrivant au port... Et Léo côtoiera des personnages typiquement atypiques dont Ben-Hur qui conduit un attelage de chiens, installé dans une sorte de poubelle-container roulante. Et cette assemblée nationale déambulant joyeusement est constituée de revendicateurs et contestataires de tout poil et de toute confession, surnommée par un des protagonistes comme une bazarchie.

 

Ce roman ne pourrait n'être qu'une immense mascarade, au sens propre, une hénaurme farce comme l'écrivait San-Antonio, une parodie, une accumulation de scènes comiques, cocasses, absurdes, délirantes, mais tout comme dans un film de Charlot, sous le vernis du grotesque se cache un aspect plus troublant, plus actuel, plus pernicieux, plus sérieux, représentatif d'un monde scientifique en évolution et dont on a du mal à discerner si c'est bénéfique ou non pour la planète et les êtres humains.

Mais c'est pointer du doigt également la perversité de l'Homme qui manigance, manipule, extrapole, invente, et s'amuse de la naïveté de ses concitoyens.

On n'est jamais déçu avec Hervé Sard et ce roman qui dénonce quelques bêtises humaines est à rapprocher de cet autre opus, poulpesque lui, qu'est La catin habite au 21. Le même regard acéré et tendre à la fois sur la gent humaine, celle que nous sommes à même de côtoyer.

 

Hervé SARD. Larguez les anars ! Les nouvelles enquêtes de Léo Tanguy. N° 18. Editions La Gidouille. Parution le 30 mai 2015. 200 pages. 10,00€.

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 10:54
Julius A. LION : Les corbillards reviennent à vide.

Un problème de coordination dans la logistique ?

Julius A. LION : Les corbillards reviennent à vide.

L'inspecteur Boule est en congés forcés à cause d'une vilaine blessure écopée lors d'une arrestation mouvementée. Et sa convalescence, il va la passer en Normandie, près de Louviers, dans sa famille.

Ce n'est pas de gaieté de cœur mais parce que son chef le lui a demandé et que Jacquelin Le Vougier, journaliste véreux, est déjà sur place. Une enquête pas si banale qu'il y paraît à première vue puisque vont se greffer sur une ténébreuse affaire d'empoisonnements quelques drageons non moins vénéneux.

Trois des participants à un symposium d'astrologie reçoivent des menaces de mort alors que du poison a été prélevé dans un laboratoire. Boule propose de manière officieuse sa collaboration à Margaret Lockton, l'épouse du commissaire de police local, lequel possède deux passions : les femmes et la peinture. Boule, qui est loin d'être misogyne, retrouve en Sylvaine Sellier, la juge chargée de l'affaire, une vieille connaissance.

Les trois astrologues décèdent d'empoisonnement mais c'est l'arbre qui cache la forêt. En réalité Boule doit enquêter, et démontrer, la malhonnêteté d'un député véreux, Taillandier, qui bénéficie de la protection d'un flic ripou : Tardy. Ce qui l'amène à rouvrir le dossier d'un ancien député, Peychmarty, impliqué dans un trafic de prostituées maliennes, recrutées dans la brousse pour venir travailler en France.

 

Les corbillards reviennent à vide est un roman complètement délirant, aux dialogues caustiques, percutants, acides et humoristiques. D'ailleurs l'humour est toujours présent que ce soit dans les conseils prodigués pour mener à bien une partie de pêche en rivière ou cette scène grand-guignolesque de rodéo stock-car dont les engins motorisés ne sont autres que des corbillards.

Sans avoir fait véritablement parler de lui, Julius A. Lion, en quatre romans, a construit une œuvre dense et efficace. Il est dommage qu'il soit venu sur la tard à la littérature et que le changement de direction de la vénérable collection l'ait écarté du catalogue, car il possède un sens indéniable de la construction, de la dérision et de la mise en scène spectaculaire.

Il aurait pu marquer de son empreinte d'une façon plus indélébile son passage dans la collection. Peut-être est-ce parce qu'il n'épargne personne dans la famille politique, que ce soient des représentants de gauche ou de droite.

 

Elle avait un rire qu'il eut fallu prendre avec une pince à cornichons tant il était aigre.

Nous ne fréquentons pas les politiciens véreux, ce qui revient à dire que nous ne fréquentons aucun politicien.

Julius A. LION : Les corbillards reviennent à vide. Série Noire N°2208. Parution novembre 1989. 7,10€. Disponible sur le site de la Série Noire

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 12:41

Tous à terre ! Le premier qui bouge, je le bute !

Barbara ABEL : L'innocence des bourreaux.

Il se fait comprendre quand il veut, Joachim Fallet, jeune drogué en manque et désargenté. Les rares clients de la supérette et le caissier sont stupéfaits et interloqués à cette annonce brutale qui les dérange alors qu'ils déambulent dans les travées.

En ce vendredi midi, il n'y a guère de chalands dans le magasin sis dans un quartier résidentiel. C'est ce qui a poussé Joachim, affublé d'une cagoule, à entrer et braquer le caissier. Il lui faut de l'argent au plus vite afin de s'acheter sa dose.

Une quadragénaire et son gamin de quinze ans, qu'elle a eu du mal à emmener avec elle, lui arrachant sa manette de jeu vidéo et balançant son téléphone portable avant de l'entraîner. Théo n'était pas emballé pour rendre visite à son papy, qui ne se souvient même pas de son nom et l'oublie aussitôt le seuil franchi. Non, Théo aurait préféré rester chez lui les yeux rivés sur son écran à s'abrutir devant un jeu de massacre. Elle l'a traîné presque de force et installé dans la voiture. Pour l'heure il n'est pas encore dans le magasin, il est assis à la place du mort, attaché sur le siège avant du véhicule.

Une vieille dame impotente, posée sur un fauteuil roulant conduit par une sexagénaire, son aide familiale, dame de compagnie, femme de ménage infirmière intermittente. La vieille dame est du genre acrimonieux, toujours à critiquer négativement tout ce qui constitue son quotidien, et surtout à houspiller son accompagnatrice.

Un couple adultère qui vient de passer un bon moment entre les draps défaits d'un hôtel proche. Eux aussi ont la mine défaite d'ailleurs. Et adultère pas trop. Lui il est marié, elle est célibataire. Adultère à moitié donc. Il a fourni à son patron un prétexte fallacieux pour justifier son absence, elle avait une liste de courses à acheter, et ils en ont profité pour comparer leur anatomie et plus si affinité.

Une jeune mère de famille, qui vit seule avec son gamin de trois ans, est descendu précipitamment de chez elle afin de palier un manque d'ingrédients, laissant son gamin scotché devant des dessins animés.

Et puis le caissier qui a remplacé au débotté sa collègue malade, enceinte paraît-il de ses œuvres, le résultat de l'unique fois où ils se sont retrouvés ensemble dans le même lit.

Huit personnes donc face à un homme en manque et surtout face à une arme à feu. Dévaliser la caisse, demander à tous ceux qui sont là, tétanisés, de vider leurs poches, de balancer leurs portefeuilles, et attendre le bon vouloir du braqueur qui se demande maintenant ce qu'il va faire de ses otages. Baisser le volet roulant afin d'empêcher d'autres clients d'entrer, et puis les attacher, et enfin prendre la poudre d'escampette. C'est sans compter sur l'impondérable, ce grain de sable qui n'était pas invité dans cette petite réunion.

D'abord la dame de compagnie qui rend l'âme en même temps que son cœur qui lâche, et d'autres incidents qui bientôt vont transformer le braquage en drame. Surtout quand l'ado, qui trouve que sa mère n'est pas assez rapide et étonné de voir le volet roulant s'abaisser, s'invite dans cette supérette-partie, prenant de revers le voleur surpris.

 

Avec brio Barbara Abel nous délivre un suspense implacable, décrivant tout d'abord les affres de ce drogué en manque, déclencheur de drames, puis revenant quelques moments en arrière afin de nous présenter les différents protagonistes de cet début d'après-midi mouvementé. Avec toutefois quelques cachoteries de bon aloi qui entretiennent le suspense.

Et le lecteur pourrait, à juste raison, penser que cette histoire va se clore avec l'arrivée salutaire de la cavalerie, gyrophares bruyants en guise de trompettes de la victoire. Eh non ! Car Barbara Abel, en romancière perverse (c'est un peu fort comme vocable mais c'est bien pour démontrer tout le talent de conteuse déstabilisante qui l'anime), nous offre une vie après la vie, un enchaînement inéluctable de scènes tragiques teintées parfois d'humour noir.

Car certaines victimes de ce braquage, ou ce qu'il en reste, ne réagissent pas selon des critères bien définis. Les moralisateurs et les technocrates peuvent toujours édicter leurs consignes à respecter lors d'un hold-up, on ne sait jamais quelle sera notre réflexe dans ce genre de situation particulière, le subconscient et le caractère inhérent à chaque individu réagissant parfois différemment à ce qui est programmé.

Un roman beaucoup plus sensible et percutant, à mon avis, Que derrière la haine et Après la fin, dont les prologues dévoilaient trop l'épilogue, ôtant de ce fait le sel de l'intrigue et la montée en puissance du suspense.

Barbara ABEL : L'innocence des bourreaux. Editions Belfond. Parution le 14 mai 2015. 320 pages. 18,50€.

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 08:06
Max Allan COLLINS : Le boucher de Cleveland

Vente en gros et au détail...

Max Allan COLLINS : Le boucher de Cleveland

Neuf cadavres en pièces détachées ont été retrouvés sur le Run et dans les bidonvilles de Cleveland, en l'espace de quelques mois.

Eliot Ness, le directeur de la sécurité, décide après avoir mené à bien l'épuration dans la police de Cleveland, de s'atteler à la tâche. L'inaction lui pèse, pourtant il sait qu'un échec lui serait fatal.

Les inspecteurs Merlo et Curry n'ont pas ménagé leurs efforts, sans grands résultats. Seuls deux cadavres ont pu être formellement identifiés. Ness se grime en chômeur afin de tirer les vers du nez du cafetier d'un des bidonvilles de la banlieue. Il suit plusieurs pistes et les soupçons pèsent bientôt sur Franck Dolezal, un immigré alcoolique qui a travaillé quelques années auparavant comme tueur dans un abattoir. Fait aggravant Dolezal est homosexuel, l'un des profils attribués à celui qui est surnommé le Boucher. Le shérif, dont l'un des adjoints a reconnu Ness sous son déguisement, décide de s'approprier l'enquête. Il incarcère Dolezal qui, en manque d'alcool, avoue tout ce qu'on lui demande. L'homme se suicide mais Ness n'est pas pour autant convaincu de sa culpabilité.

Vivian, une jeune femme qu'il a fréquenté, confie à Ness qu'elle soupçonne Lloyd Watterson, le fils d'un chirurgien ami du maire de Cleveland, comme étant le tueur recherché. Lloyd, chirurgien raté, s'occupe des affaires financières de son père. Pensant que Ness ne l'a pas écoutée, elle demande à Wild, le journaliste, de s'introduire dans la demeure du jeune homme. Wild se fait surprendre et ne doit la vie sauve qu'à ses réflexes et à Vivian. Seulement lorsque Ness arrive sur les lieux Lloyd a déménagé emportant les preuves de ses assassinats.

 

Véritable reportage et histoire romancée, ce livre pêche pourtant par sa froideur, même si les problèmes de cœur d'Eliot Ness apportent le côté sentimental.

Le personnage du tueur, un psychopathe, n'est pas assez développé. Traitée à la manière de Robert Bloch, c'est à dire côté assassin et non pas enquêteur, cette histoire aurait eu plus de rayonnement, de profondeur, en mettant l'accent sur l'aspect psychologique, sur les motivations, les affres, les problèmes de conscience de celui qui fut surnommé le Boucher de Cleveland. Mais il est vrai que le héros est Eliot Ness, et seulement Eliot Ness.

Le crime, ce n'était pas de vivre dans un bidonville, c'était qu'une telle agglomération puisse exister.

Max Allan COLLINS : Le boucher de Cleveland (Butcher's Dozen - 1988. Traduction de Noël Chassériau). Série Noire N°2206. Parution novembre 1989. 320pages. 7,80€. Disponible sur le site de la Série Noire

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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 08:14
Marvin ALBERT : La Sœur de Minuit.

N'est pas la sœur de mes nuits...

Marvin ALBERT : La Sœur de Minuit.

L'avocate, et petite amie de Pete Sawyer, Arlette Alfani est soupçonnée par la police de complicité dans l'évasion d'André Colin, dit Dédé le Dingue, dangereux récidiviste et tueur patenté.

Celui-ci avait été incarcéré à la suite d'un vol de bijoux, dénoncé par sa maîtresse, Christine Boyer. Sawyer se rend à Anvers mais Christine, une Eurasienne, qui était serveuse de bar a disparu. Colin est sur ses traces et abat deux des gardes du corps de Huang, le propriétaire du bar. Sawyer pense que Huang, qui est impliqué dans un trafic de main d'œuvre clandestine et autres activités illégales, a organisé l'évasion de Colin afin de faire main basse sur les bijoux.

De retour à Paris, Sawyer reçoit la visite d'Alfani, truand notoire en retraite et père d'Arlette, bien décidé à sauver l'honneur de sa fille. Grâce aux contacts et relations de son ami et associé Fritz Donhoff, qui se remet lentement de ses blessures (voir Le tombeau du dernier sourire), Sawyer rencontre quelques personnages dont un Asiatique patron d'immigrés clandestins œuvrant dans le prêt-à-porter, une ancienne amie de Christine, serveuse dans un bar, un ancien moine bouddhiste qui pense qu'elle se cache chez les chèvres, la secrétaire d'un hebdomadaire, une comtesse qui avait embauché pour des soirées, sans la déclarer, la jeune fille, et d'autres qui alimentent sa moisson de renseignements.

Les gardes du corps fournis par Alfani lui sauvent la mise, lui évitant quelques désagréments corporels, ce qui n'est pas le lot de tout le monde. Sawyer se rend compte que Huang et Colin, séparément, le suivent dans ses démarches pour retrouver la jeune fille. Huang est le responsable en Europe d'une sorte de triade appelée La Sœur de Minuit, l'un des noms sous lequel est désignée la déesse Kali.

 

D'une trame un peu mince, Marvin Albert réussit à tirer trois cents pages, grâce à son professionnalisme et à ses digressions, retours en arrière sur le passé de certains personnages, extrapolations philosophiques, descriptions géographiques, et dialogues travaillés. Un roman agréable à lire mais qui date un peu, comparé à la production américain et française due à la nouvelle génération.

 

Il y a, dans toute prison, au moins un gardien susceptible de se laisser corrompre par une offre alléchante.

Curiosité :

L'évasion de prison de Colin à l'aide d'un hélicoptère ressemble à un fait-divers qui s'est déroulé à cette époque.

 

Marvin ALBERT : La Sœur de Minuit. (The Midnight sister - 1989 -  Traduit de l'américain par Rosine Fitzgérald). Série Noire N°2200. Parution octobre 1989. 320 pages. 7,80€. Disponible sur le site de la Série Noire

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 14:04

La vengeance est comme une omelette norvégienne : ça se déguste froid mais flambé !

Gilbert GALLERNE : La Mort pour vengeance.

Un regard, une rencontre, une irrésistible bouffée de colère et de ressentiment, et pour Agnès Castellane c'est un retour en arrière de sept ans accompagné d'un sentiment d'un gâchis programmé.

L'homme qui révulse ainsi Agnès Castellane n'est autre que Laurent Martel, un kidnappeur d'enfant qui a réussi à sortir de prison grâce au témoignage d'un codétenu et qui aujourd'hui se pavane à Cannes avec un producteur car son livre à succès est pressenti pour être adapté en film.

Agnès est responsable de la Sécurité à l'hôtel Sémiramis et elle est sur le qui-vive. Le lendemain c'est l'ouverture du fameux Festival de Cannes, et malgré la légère vétusté de l'établissement, des acteurs doivent y séjourner. Or la présence de Martel la dérange car elle avait pris l'homme sur le fait alors qu'il récupérait le sac contenant l'argent de la rançon. Seulement la précipitation du procureur a fait échoué l'opération et Martel s'est défendu en prétendant avoir découvert l'objet par hasard. Emprisonné malgré tout il a purgé cinq ans de taule puis a été libéré grâce à un témoignage opportun. Mieux, il a obtenu une indemnité conséquente, à laquelle s'ajoute les droits d'auteur de son bouquin, qu'il n'a pas écrit, et qui lui permettent de vivre à l'aise.

Chastaing, le directeur de l'hôtel prend la défense de son client lorsqu'Agnès signifie à Martel de déguerpir de l'hôtel. Et demande à la responsable de la sécurité de se calmer. Difficile à appliquer, mais elle se promet intérieurement de surveiller l'individu. L'arrivée de Ron Maxter, un acteur en pleine ascension dans le cercle fermé des stars, détourne l'attention. Il est accompagné de sa femme, actrice elle-même mais à la réputation de moindre envergure, et de son gamin Matthew, quatre ans. Ron Maxter, acteur et chanteur, comparé à raison par certains comme le nouveau Sinatra, est un habitué des lieux et il est accueilli avec déférence par Chastaing.

La présence de Martel perturbe fortement Agnès qui demande à Bernard, plus de cent kilos de muscles mais un gramme de neurones, de le surveiller, mais le vigile est plus occupé à faire les yeux doux à Barbara, la nièce de Nancy Maxter qui sert de garde d'enfant à Matthews. Quant à Martel il retrouve sur son chemin un détenu qu'il a côtoyé en prison et qui vient de se faire la belle. A deux, ce qu'il projette pourrait réussir.

Et ce que prévoyait Agnès se produit. Matthews est enlevé alors que Barbara et le vigile s'adonnent au simulacre de la reproduction. La rançon exigée pour la restitution du gamin est plus que conséquente. Alors Ron Matthews, justifiant son rapport avec Franck Sinatra, demande à son oncle, directeur de casino à La Vegas, et accessoirement parrain de la mafia locale de l'aider financièrement. Et l'oncle, d'origine italienne, est catégorique. Il faudra payer la rançon, ne précisant pas ce qu'il a en tête, et Agnès Castellane ne doit pas s'immiscer dans cette affaire, sinon son neveu Damien risque d'en subir les conséquences. Or Agnès Castellane y tient à son neveu. Surtout qu'elle a surpris Martel tourner autour de lui.

Agnès a vraiment Martel en tête, elle en parle au commissaire, mais ce son passé de commissaire ne plaide pour elle. Elle est agressée un soir, soupçonne Martel, mais il a un alibi tout comme lors de l'enlèvement du petit Américain. Bref, ce n'est pas du cinéma, même en période de festival.

 

Gilbert Gallerne a l'habitude de construire des suspenses implacables, réservant leurs lots de surprises qu'il déballe au moment où on ne s'y attend pas, mêlant la tragédie familiale comme un huis-clos tout en assurant le grand spectacle.

Les prétendants à cet enlèvement ne manquent pas, sauf aux yeux d'Agnès Castellane focalisée sur Martel, mais d'autres pourraient jouer le rôle de coupable idéal, leurs motivations ne manquant pas ou par trop évidentes. Ainsi Georges, l'homme à tout faire de l'hôtel, toujours à traîner dans les couloirs avec ses chariots de linge sale, faut pas croire ce n'est pas parce qu'on est de la haute qu'on ne salit pas ses draps, et qui attend des papiers afin de régulariser sa situation et pouvoir enfin faire venir sa famille qui végète de l'autre côté de la Méditerranée. Or un chariot a justement été utilisé pour kidnapper l'enfant.

Apparemment simple, cette intrigue prend du volume au fur et à mesure qu'elle est développée, et en artisan consommé du roman d'énigme et de suspense, Gilbert Gallerne embobine le lecteur pour lui livrer un final éblouissant dépassant le cadre strict d'un roman policier classique. Un peu à l'instar des maîtres américains, tels que Marvin Albert, Max Allan Collins et quelques autres de la grande époque, Day Keene, William Campbell Gault ou Wade Miller, mais en y ajoutant le machiavélisme indispensable pour forger cette impression ressentie par le lecteur qu'on le manipule, pour son plaisir.

Gilbert Gallerne, contrairement à la vogue des auteurs modernes qui jonglent sur le sensationnel et le voyeurisme, parfois malsains, ne s'attarde pas trop sur les conditions de détention du gamin, juste quelques lignes comme ça en passant, l'essentiel n'étant pas là. Son propos principal résidant dans l'affrontement entre Martel qui clame son innocence, et Agnès Castellane, persuadée en son âme et conscience de détenir la vérité. Et ce qui est vrai un jour ne l'est pas forcément le lendemain, sauf si la répétition est plus facile que l'innovation.

 

Gilbert GALLERNE : La Mort pour vengeance. Collection Molécule. Editions France Loisirs. Parution mars 2015. 332 pages. 9,99€. Inédit.

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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 09:59
Michael Geller : Faux cracks et vrais tocards

Comme en politique ?

Michael Geller : Faux cracks et vrais tocards

Ken Eagle est l’un des jockeys les plus en vue des champs de courses de l’est des Etats-Unis. Aussi quelle meilleure pression que l’enlèvement de sa fille lorsque un ou des inconnus veulent qu’il arrive bon dernier dans toutes les courses auxquelles il doit participer dans la même journée.

Naturellement il encours le blâme et la suspension auprès des commissaires de courses mais contre la vie de sa fille, il n’a guère le choix.

Si les parieurs ne sont pas contents, et ils ont raison de l’être, les entraîneurs qui l’emploient eux non plus ne sont pas satisfaits. Mais que l’un d’eux, Bucky Walters, particulièrement vindicatif, soit retrouvé dans le coffre de sa voiture avec une balle dans la tête, n’arrange pas les affaires de Ken Eagle.

Pour la police, ce n’est qu’un dossier de plus. Lorsque l’un des bookmakers crie sur tous les toits que Ken lui a refilé des tuyaux et que ceux-ci s’avèrent être crevés, la coupe déborde et Ken est obligé d’enquêter en compagnie de la fille de Bucky Walters afin de faire toute la vérité sur ces louches agissements.

Premièrement pour sauvegarder son honneur et sa réputation de probité et secondement parce qu’il est préférable de rester en vie quand on est encore jeune.

 

Roman mené à train d’enfer qui ne s’essouffle pas et qui devrait intéresser non seulement les turfistes mais également tous les amateurs de bonnes histoires. A placer à côté des romans de Dick Francis, le spécialiste des romans policiers hippiques.

 

Michael Geller : Faux cracks et vrais tocards (Dead last- 1986. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire 2111. Parution octobre 1987. 256 pages.

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 15:14

Xavi El Valent le valait bien...

B. &F. DARNAUDET, Gildas GIRODEAU et Philippe WARD : Le glaive de justice.

 

Publiée originellement chez Rivière Blanche, cette mini-saga ayant pour personnage principal Xavi El Valent et déclinée en deux tomes, se voit consacrée par la réédition en un seul volume chez Mnémos, dans leur collection de poche Hélios.

Pour les éditions Rivière Blanche, c'est une forme de consécration, de reconnaissance du travail éditorial effectué depuis dix ans, dans l'ombre tutélaire de l'Occitanie, après la découverte d'auteurs prometteurs comme David S. Khara, Laurent Whale, puis leur récupération par d'autres maisons comme Critic, 10/18 et Fleuve Noir, Mnémos... ou la possibilité donnée à d'anciennes gloires, principalement issues du sérail du Fleuve Noir de s'exprimer à nouveau.

 

B. &F. DARNAUDET, Gildas GIRODEAU et Philippe WARD : Le glaive de justice.

Le glaive de justice.

Ne nous y trompons pas. Si cette histoire est ancrée dans le fantastique, elle prend résolument ses sources dans l’histoire languedocienne et occitane, et plus particulièrement catalane dans les années sombres de la lutte contre les Cathares. Et si les auteurs donnent aux belligérants des noms d’emprunt, il est au moins une figure qui parle d’elle-même : Simon de Malfort, qui réfère directement à Simon de Montfort. De Tolosa à Kottliure, en passant par Murèl, Besièrs, Perpinyà, le col du Pertus et le mont Canigò, et autres lieux dont les patronymes n’ont aucunement besoin d’être traduits, le lecteur effectue un voyage initiatique.

Dans la plaine de Murèl s’affrontent d’un côté les Francs du roi Amalrik III le Vil assistés des troupes de Gontran le Défiguré, le Pape noir, de l’autre les armées du roi d’Ock Béranger V et du roi Père IX de Katland. Les deux premiers compères veulent annexer les pays d’Ock et de Katland et éradiquer la religion des infidèles kathars. La bataille fait rage, et Père IX, légèrement aviné, se moque totalement des consignes de ses lieutenants. Il est abattu par Agna et ses hommes, les morts-vivants. Xavi, le jeune bruixot, thaumaturge et nécromancien, tente de le ramener à la vie, en vain. Lui-même est cerné par l’armée d’Agna et alors qu’il va sombrer sous les coups, Agna lui laisse la vie sauve. Commence alors pour Xavi la quête du Glaive de justice tandis que les combats continuent, que les armées d’Ock et de Katland sont obligées de reculer sous l’avancée ennemie.

Pour obtenir le Glaive de justice Xavi est obligé de se rendre dans les fourneaux du forgeron Borvo, sorte de dieu Vulcain qui règne au milieu de lycanthropes sur le mont Canigò, afin de s’emparer de l’arme, mais cela ne suffit pas car, afin que celle-ci possède sa puissance maximale, il faut aussi retrouver les reliques de Sant Vicenç. Son épopée, comme le lecteur peut s’en douter, sera une succession de péripéties aventureuses, sanglantes, où le courage ne résout pas tout. Heureusement il est accompagné dans sa quête par deux fidèles, le géant Lo Singlar et l’archer Pau qui utilise des flèches pour le moins bizarres. Malheureusement la belle Agna veut elle aussi s’emparer du Glaive de justice. Et comme rien n’est simple et que tout le monde se jalouse afin d’avoir la prépondérance, Agna est en butte à des manœuvres pas très catholiques de la part du cardinal Posel Virt Schneesturm, au profil ambigu, même s’il est un allié des Francs et du Pape noir.

Entre trahisons, embuscades, pièges, échauffourées avec des loups-garous, surveillance des lignes ennemies par les Goelaks, des volatiles qui sont des sortes de drones, et autres joyeusetés, Xavi d’un côté et Agna de l’autre réussiront-ils à posséder le Glaive de Justice ? C’est ce que nous proposent de découvrir les auteurs de ce roman haletant en trois parties et dont l’épilogue se veut une entrée en matière. La première est due à la plume de Philippe Ward, qui décrit La Bataille de Murèl, la deuxième signée François Darnaudet qui propose Du sang sur la neige et enfin la troisième et dernière, la plus longue aussi, intitulée tout simplement par Gildas Girodeau Le Glaive de justice. Comme à leur habitude les trois compères s’amusent à affubler leurs personnages de patronymes puisés dans l’entourage de leurs connaissances et amis. Ainsi retrouve-t-on un Laguerre, un cardinal Jirrodo, un Dard M’Odet, un Gallerne de Palerme ou encore un Dou’n Ovetz, et quelques autres peut-être moins connus.

Ce roman, sous des dehors de joyeuse récréation à consonance fantastique et historique, n’est pas si léger qu’il y parait. Et l’on s’aperçoit que les mêmes événements reviennent à périodes régulières et pas plus tard qu’il y a quelques semaines, dans des conditions moindres que celle décrite, mais dont l’effet jette toujours l’opprobre sur ceux qui commettent ces actes que je juge, personnellement, barbares. « Ils ont rassemblé les survivants de la tuerie et les ont séparés en deux groupes. D’un côté les hommes valides, de l’autre : femmes, vieillards et enfants. Il fallait sortir les cadavres de la ville et brûler les corps sans perdre de temps. Le premier groupe a été immédiatement mis au travail, ils ont triés le deuxième à leur façon ».

B. &F. DARNAUDET, Gildas GIRODEAU et Philippe WARD : Le glaive de justice.

De Barcelona à Montségur (La saga de Xavi El Valent 2).

Il était une foi, une crise de foi !

Coincés entre les Francs au Nord et les Kastillans au sud, les Okcitans, les Khatars (pas ceux du PSG) et les Katalans subissent une guerre de religion, un schisme fomenté par le Pape Gontran dit le Défiguré et promoteur de la Nouvelle Foi.

En réalité, c'est plus compliqué que cela. Au Nord, il y avait (les corons, mais pas que...) le sénéchal Laguerre (ville attaquée par Laguerre, ville prise par la guerre) et le cardinal (ou selon les circonstances la) cardinal Posel Virt Schnessturm, pape de la dernière Nouvelle Foi, et ses affidés, dont Jirrodo le Nain, Galerne de Palerme, Bernadette di Venezia, ainsi que dans sa mouvance Agna la bruxia et quelques autres. Mais l'obsession de Posel Virt est de posséder le Grazal, qui lui permettrait de régner sur tous les territoires. Au sud, ce n'est guère mieux, avec les Kastillans qui veulent annexer la Katalogne.

Au milieu une poignée d'irréductibles s'élèvent et tentent de contrer les nombreuses attaques. Simon de Malfort, le commandant suprême de l'expédition franque a détruit Besierz et ces résistants en ont encore le souvenir. Xavi EL Valent qui a réussi a réanimer le Glaive de justice et ses compagnons, Lo Singlar et Olympe de Fois essaient de s'allier au sultan An-Nisar tandis qu'à Barcelona, dans les sous-sols de la Sagrada Katland, Pau, Enrekhtouès, Dard M'Odet font face à des adversaires particulièrement belliqueux. D'autant que Roland, le mort-vivant toujours en possession de sa fidèle Durandal n'épargne personne.

Heureusement Xavi et ses compagnons sont des sorciers et ils possèdent des armes susceptibles de contrer les attaques, à gauche, à droite, au centre, derrière, devant, de leurs adversaires qui disposent de zombies, d'animaux mutants comme les Minautaures et autres qui plient, rompent sous les coups mais se relèvent inexorablement.

Grâce au sultan An-Nisar, Xavi est accompagné de la belle Cheikha et surtout il lui est donné en cadeau des tuplars, des chevaux ailés issus d'une croisement de purs-sangs et de vautours. A condition toutefois de les rendre viables, car ces bestioles métissées décèdent quelques heures après leur naissance.

Ce roman épique, qui n'est pas sans rappeler les tristes heures de la croisade des Albigeois, du massacre des Cathares, une croisade mise en œuvre par l'église romaine à l'encontre de ce qui était considéré comme une hérésie, est écrit en trois parties : Le chant 1 : La bataille de Barcelona par Boris et François Darnaudet; le chant 2 : Cheikha, la Mujâhid par Gildas Girodeau et le chant 3 : Mourir à Montségur par Philippe Ward. Tandis que les deuxième et troisième parties se déroulent comme un prolongement de roman, la première ressemble à une succession de vignettes où batailles, combats, engagements divers entre les différentes forces en présence, entre sorciers, animaux mythiques, loups-garous, tigro-raptors, mutants et guerriers indestructibles. Presque comme une bande dessinée sans malheureusement les images ou un jeu de rôle.

Une épopée vive, pleine de fureur, de sang, de coups bas, de trahisons, de coups fourrés de toutes sortes et dont le lecteur ne ressort que difficilement tant les scènes d'action défilent à cadence accélérée.

Vous avez pu reconnaître parmi les différents protagonistes des noms qui ne vous sont pas inconnus, ceux, déformés, des auteurs qui ne s'attribuent pas forcément les beaux rôles, endossant le costume de méchants. Mais au détour d'une phrase, d'une scène, d'un épisode, d'autres personnages apparaissent dont des chroniqueurs sur la toile, un certain archevêque Zeu-Grard, dont vous pouvez retrouver les articles sur K.Libre et un archevêque-centurion du nom de Mau-Gendre qui figure dans un rôle de composition, évidemment. D'autres petits clins d'œil sont placés ça et là que je vous laisse découvrir au fur et à mesure de la lecture. Il en ressort une lecture agréable dont la religion dite chrétienne ne sort pas grandie, mais cela eut été étonnant si l'on analyse toutes les exactions dont elle s'est rendue coupable au cours des siècles envers ceux qui ne se pliaient à sa doctrine.

Ce roman de Fantasy est également une ode à la Catalogne, province scindée en deux par les Pyrénées et écartelé entre deux nations, la France et l'Espagne, à son besoin de reconnaissance et d'indépendance qui l'anime et l'agite des deux côtés de la frontière, légitimement.

Vous pouvez retrouver le monde de Xavi el Valent dans le roman de Phil Becker :

Et découvrez le catalogue de Rivière blanche ci-dessous :

B. &F. DARNAUDET, Gildas GIRODEAU et Philippe WARD : Le glaive de justice. Réédition. Collection Hélios N°32. Editions Mnémos. Parution le 4 juin 2015. 464 pages. 11,90€.

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