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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 07:30

Des innocents qui perdent la tête, c'est un calvaire !

Michel DOZSA : Le calvaire des innocents.

Tous les lundis, depuis deux ans à dix heures pile, Marcel se rend sur la tombe de sa femme dans le petit cimetière de La Clarté dans les Côtes d'Armor. Un dernier hommage hebdomadaire. Mais depuis quelque temps, il a également rendez-vous avec une jeune femme dont le mari est enterré non loin de la tombe de sa femme. Elle s'appelle Cécile Conforlo, et après avoir bu un verre ensemble au café proche du cimetière, ils se promettent de se revoir, même heure, même endroit. Jusqu'au jour où Marcel attend la venue de Cécile, en vain.

Arnaud est un adolescent bipolaire, fils d'un riche magouilleur dans l'import-export. Il a poursuivi ses études, a ressenti quelques vagues velléités de travail, mais il préfère vivre aux crochets de son père. Alors il partage son temps dans le vaste appartement familial et un squat dans un vieil immeuble promis à la démolition situé dans un quartier populaire. Sa mère vaque entre deux réunions avec des amies (ou amis, qui sait) et des plongées dans leur piscine privée. Quant à son père, il le délaisse. Rien d'étonnant à cela qu'il ait entretenu une forme de déprime.

Il a en tête des envies de s'adonner à une activité qui pourrait le rendre intéressant, visible aux yeux de tous. Il a décidé de tuer quelqu'un, mais d'une façon peu commune. Il lui faut chercher comment résoudre ce problème tandis qu'il regarde par la fenêtre du squat la benne à cartons disposée dans la cour. Et il doit assister le soir même à une réception organisée par son père.

En Bretagne, non loin de Perros-Guirec, Ronan Magyar, ancien policier des brigades spéciales reconverti comme détective, et Morgane, sa jeune compagne journaliste, vivent soit chez soit chez l'autre, au gré des envies. Pour l'heure, ils sont ensemble dans un mobil-home installé au fond du jardin dans la propriété d'Hubert, un ami, et Ronan vient de recevoir un appel téléphonique l'invitant à une réception chez Ghyslain de la Motte de Cran, le père d'Arnaud. Cette invitation cache un autre but que de faire connaissance entre voisins, de la Motte de Cran étant nouvellement propriétaire d'une résidence dans la région. La Motte de Cran reçoit depuis quelques temps des lettres, anonymes bien entendu, d'intimidation.

 

Une tête de femme est retrouvée sur une statue parisienne en remplacement de la légitime en pierre, une autre tête est retrouvée dans un jardin de Lannion, d'autres fleurissent des tombes un peu partout, tandis que Cécile Conforlo n'a pas réapparu, ce qui lui serait difficile puisque selon les policiers niçois où elle résidait, celle-ci serait morte depuis des mois, bref Ronan, et son amie Morgane, sont confrontés à un véritable pataquès morbide.

S'agit-il d'une vengeance ou le fait d'un individu atteint de folie ? Ronan se trouve placé au cœur d'un imbroglio, impossible à démêler selon la quatrième de couverture, mais dont il saura quand même démêler les fils, non sans quelques accrocs au passage.

 

Ce roman pourrait n'être qu'une banale intrigue mi-provinciale mi-parisienne, de facture classique, mais justement la facture est plus complexe à déchiffrer qu'il y parait car des éléments extérieurs s'ajoutent, comme la TVA qui n'est pas annoncée au départ et obère le prix à payer.

 

Le lecteur voyage entre le Trégor et Paris à la recherche du coupable, mais également des motivations profondes qui animent celui-ci à semer ainsi des têtes coupées. En réalité il voit se profiler deux affaires, plus ou moins distinctes, lui qui pensait, dès le début du récit, connaître l'identité de ce coupeur de têtes.

Michel Dozsa entraîne le lecteur à sa convenance dans des chemins parsemés de pièges et l'on se demande bien jusqu'où il va nous emmener, empruntant des passages non balisés, effectuant des retours en arrière, nous proposant des autoroutes et des routes secondaires comme pour mieux nous perdre, nous plongeant dans l'expectative, jusqu'à un épilogue issu du passé et particulièrement machiavélique.

Michel DOZSA : Le calvaire des innocents. Collection Investigations. Editions Patrimoine et Société. Parution juin 2014. 296 pages. 10,50€.

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 14:03

Hommage à Maurice Périsset décédé le 12 novembre 1999.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu.

Horriblement défigurée, Valentine est irrémédiablement clouée dans un fauteuil roulant depuis l'accident de voiture survenu cinq ans auparavant.

Entre l'infirme et sa sœur Catherine, la fautive, de quinze ans sa cadette, les relations sont assez tendues.

Valentine passe son temps comme elle peut, assistée par Marie une jeune femme du village. Catherine, qui travaille en tant que secrétaire médicale à Toulon, effectue chaque jour quatre-vingts kilomètres et supporte de moins en moins cette charge.

Elles vivent dans une villa de location, à l'abri des regards indiscrets, alors qu'il serait si facile de vendre La Bastide rose, propriété inhabitée de Valentine, et de placer l'infirme dans une maison spécialisée tandis que Catherine s'achèterait un studio.

Bastien, dix-neuf ans, accusé d'avoir voulu étrangler sa jeune belle-mère, s'évade du Centre psychiatrique de Pierrefeu. Un fait-divers qui va précipiter les événements et exacerber la tension entre les deux sœurs. Bastien va trouver l'hospitalité auprès de Valentine mais pour peu de temps. Il est obligé de fuir.

La gendarmerie est sur les dents; le corps d'un clochard est découvert dans la forêt de Dom. Si le meurtre ne fait aucun doute, le lieu du crime est aléatoire. Bastien est soupçonné, d'autant qu'il a été vu en compagnie du vagabond faire la manche.

Catherine, qui rencontre en cachette son ami Sergio, un bellâtre, décide de partir en week-end. Marie s'occupera de Valentine. Le drame qui couvait s'embrase soudain. La forêt prend feu et Valentine qui était resté seule dans la villa a dû périr dans les flammes.

Marie et Catherine sont convoquées à la gendarmerie pour y effectuer leur déposition. C'est le moment que choisit Marie pour tenter un chantage auprès de Catherine. Elle lui donne même rendez-vous à la Bastide rose, cette fameuse bastide dont Valentine ne voulait se séparer sous aucun prétexte, et que Catherine aurait vendu avec joie.

D'ailleurs cet incendie d'origine criminelle n'a-t-il point été allumé afin de se débarrasser de l'infirme et d'un testament défavorable ?

 

L'épilogue de cette histoire est prévisible et hitchcockien.

La montée de la tension est toutefois admirablement décrite et même si lecteur se doute de ce qui doit inévitablement et logiquement se passer, il est pris par l'ambiance.

Une situation standard exploitée avec bonheur par un auteur qui excellait dans l'art du suspense.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu. Collection Dossiers du Quai des Orfèvres. Editions du Rocher. Parution le 1ernovembre 1990. 240 pages.

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 06:18

Un roman qui ne laisse pas de glace...

J. J. MURPHY : L'affaire de la belle évaporée

En ce 31 décembre, durant les années 1920, l'effervescence règne dans l'hôtel Alconquin.

Tous les résidents sont invités à participer à fêter cet événement, dans la joie et la bonne humeur. Dorothy Parker, journaliste au New-Yorker, attend avec impatience son ami Robert Benchley dont elle est secrètement amoureuse. Mais son ami tarde à venir et Alexander Woollcott, autre compagnon et journaliste lui aussi la tanne pour organiser une partie d'un jeu de société dit du jeu de l'Assassin entre amis. Cela ne la tente guère et elle se défile.

Si Douglas Fairbanks et sa compagne Mary Pickford, qui organisent une réception dans leur luxueuse suite au dernier étage de l'établissement pavanent parmi les invités qui bientôt vont se bousculer près du buffet, d'autres résidents ne sont pas à la fête. Un cas de varicelle vient d'être détecté. Normalement cela ne devrait pas influer sur le déroulement de la joyeuse manifestation, seulement, le docteur Hurst, qui vient de recevoir un pli télégraphique, déclare soudainement qu'il s'agit d'un cas de variole. Et réclame la mise en quarantaine immédiate de l'établissement. Plus personne ne pourra sortir, plus personne ne pourra entrer.

Dorothy Parker est plus qu'inquiète. Heureusement son ami Benchley s'est infiltré au dernier moment et elle pousse un soupir de soulagement tout en lui adressant un énorme sourire.

Parmi les résidents, un hôte marque se fait discret. Il s'agit de Sir Arthur Conan Doyle qui est tourné vers le spiritisme et il n'apprécie que moyennement que Sherlock Holmes et ses exploits reviennent continuellement sur le tapis au détriment de ses autres œuvres. Dorothy le présente à Woollcott, qui ne réagit pas à cette confrontation amicale, mais l'exhorte à participer à son jeu de l'Assassin. Une demande que Conan Doyle refuse avec diplomatie.

Bientôt tout ce petit monde, quelques dizaines de personnes quand même, peuvent écluser des boissons alcoolisées, malgré les mises en garde de Franck Casey, le directeur de l'hôtel. La prohibition doit être respectée, du moins en public.

Arrive enfin le grand moment. Douglas Fairbanks présente à tous Lydia Trumbull, une actrice et reine de la soirée. Seulement l'aura de celle-ci est complètement éclipsée lorsque se présente Bibi Bibelot, une starlette en devenir, complètement nue mais ayant gardé ses chaussures, et parade parmi les invités. Elle fait sensation. Tous les hommes n'ont d'yeux que pour elle et surtout sa plastique, quelques femmes aussi.

Elle arbore autour du cou un médaillon, un objet que le docteur Hurst possédait et a remis à son ami Doyle, puis qui a changé de main, le bijou ayant été confié à Fairbanks. Bibi Bibelot s'introduit dans la salle de bain, et demande aux participants mâles d'aller chercher des caisses de champagne et de les vider dans la baignoire. Deux religieuses râlent devant cette impudeur affichée avec ingénuité. Le docteur Hurst s'introduit dans la salle de bain, la porte est fermée, des cris s'élèvent, puis il ressort. Il est presque minuit, et tout le monde est convié au rendez-de-chaussée afin de fêter le nouvel an. Peu après Bibi Bibelot sera retrouvée morte dans sa baignoire par Dorothy Parker. La porte est fermée à clef. Nulle trace de ce qui aurait pu provoquer le décès de la starlette. Est-ce un suicide ? Difficile d'y croire. Un meurtre ? oui, mais comment, par qui, car aucune blessure apparente ne laisse supposer que Bibi a été assassinée.

 

Voilà un problème de meurtre en chambre close qui va occuper durant toute la nuit Dorothy Parker, Benchley, Conan Doyle, Franck Casey, Douglas Fairbanks et quelques autres, seul Woollcott ne pensant qu'à son jeu de l'Assassin. Pourtant il ne s'agit plus de jouer mais bien de découvrir ce qu'il s'est réellement passé. D'autant que les policiers, en la personne du capitaine Church prévenu, ne peuvent entrer dans l'hôtel puisque celui-ci est placé en quarantaine.

Si la résolution de savoir comment l'assassin s'est débrouillé pour sortir de la pièce à l'insu de tous est assez simplette, reste le problème de savoir comment c'est déroulé ce meurtre, avec quelle arme et pourquoi. Le mobile pourrait en être le médaillon, mais comme dirait l'autre, que vient-il faire en cette galère ?

Une galère véritablement pour Dorothy Parker et son ami Benchley qui se croisent, se cherchent, se perdent de vue pour mieux se retrouver, à la poursuite d'un cadavre baladeur qui n'est autre que Bibi Bibelot, disparue en chaise roulante.

Quiproquos, courses poursuites, réparties égrillardes, jeux de mots, situations rocambolesques parsèment ce roman jubilatoire mais parfois un peu longuet. L'auteur semble tirer à la ligne, mais il est vrai que la nuit du 31 décembre au 1er janvier est l'une des plus longues de l'année.

Personnages réels, Dorothy Parker, Benchley et Woollcott et quelques autres ont effectivement existé, et personnages de fiction s'entremêlent pour une intrigue classique qui ne manque pas de charme, d'humour et de situations parfois rocambolesques. Si Conan Doyle devient l'assistant de Dorothy Parker dans la résolution de cette intrigue de meurtre en chambre close, un protagoniste du nom de Harpo Marx fait des apparitions épisodiques, dans un rôle de figurant endormi.

J. J. MURPHY : L'affaire de la belle évaporée (A friendly game of murder - 2013. Traduction Yves Sarda). Editions Baker Street. Parution le 3 novembre 2016. 336 pages. 21,00€.

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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 07:39

Il est des épisodes dans notre existence que l’on aimerait pouvoir effacer, mais ils sont tatoués dans notre cerveau à l’encre indélébile.

Joseph BIALOT : Votre fumée montera vers le ciel.

Mettre un couvercle sur le bouillonnement de notre crâne serait l’idéal, mais la fermeture n’est pas hermétique, et il s’en dégage des fumées délétères qui nous empoisonnent tout notre vie, du moins celle que nous vivons après ces événements. On les cache soigneusement, comme des faits honteux, mais il arrive un moment où pour les exorciser, il faut en parler, les coucher sur le papier, les réduire à de simples phrases, afin d’en extirper les rares incidents positifs.

Ouvrant son album de mémoires, révélant dans un désordre organisé ses pérégrinations et sa vie quotidienne à Birkenau et à Auschwitz, Joseph Bialot invite le lecteur à partager avec lui des moments éprouvants mais au cours desquels l’auteur ne perd jamais espoir. Renoncer c’est mourir par anticipation.

 

L’ouvrage débute par un nouveau chapitre Et après… qui constitue l’ajout à cette réédition nécessaire, et pose la question qui se trouve de plus en plus présente sous les feux de l’actualité. Et après… les êtres humains se sont-ils inspirés de cette partie nauséabonde de l’histoire pour s’améliorer ? Force est de constater que non. L’intégrisme, le sectarisme, l’intolérance, le négationnisme, le rejet de l’autre pour des raisons raciales, religieuses, mercantiles, sont toujours en vigueur, exacerbés par des individus, quelque soit leur place dans la société, sans scrupules, ignorants, jaloux.

Un exemple frappant : en 1947, deux ans après Auschwitz, dans la ville de Kielce, en Pologne, l’annonce du retour d’une centaine de Juifs survivants, originaires de la région, répand la terreur. Et la rumeur repart : ils vont reprendre leurs biens ! Résultat ? Un pogrom. Dois-je préciser que le mot Pogrom, d’origine russe, désigne un assaut avec pillage et meurtres. Il signifiait à l’origine des actions violentes préméditées, menées à l'instigation de la police tsariste avec l'aide de populations locales contre les communautés juives d'Europe. Les pogroms sont parfois menés contre d'autres minorités telles que les Tziganes. Ces actions s'accompagnent aussi de destructions des biens personnels et communautaires et d'assassinats. Plus jamais ça ! C’était ce que les survivants, probablement naïfs, déclaraient. Soixante-dix ans après, que reste-t-il de des résolutions, des déclarations émises par des personnalités de toute obédience politique ?

 

Après cet aparté, reprenons l’album photos, ou plutôt la succession de courts-métrages que délivre Joseph Bialot. Première image, les couleurs qui se reflètent dans la mer et que peuvent admirer les survivants, qui ont embarqué à bord du Bergensfjord, en port d’Odessa. Plus de mille deux cents kilomètres parcourus entre Auschwitz et Odessa, puis direction la France. Ces couleurs dispensées par le soleil changeaient des dégradés de noir et de gris auxquels ces anciens détenus étaient habitués. Et peu à peu les souvenirs s’enchainent, retour en arrière sur les conditions de vie, de survie à Birkenau, puis à Auschwitz, les maltraitances, les brimades, les humiliations, les restrictions alimentaires et vestimentaires, les coups portés avec violence et sadisme par les Kapos, les petits-chefs plus brutaux que leurs supérieurs.

Une image parmi tant d’autres : une paire de chaussures à semelle de bois, sans lacets, sensées protéger les pieds et que le détenu, Joseph Bialot en l’occurrence, perd en déplaçant des pavés, porté sur son épaule, sur deux cents mètres, lapin tentant d’échapper à un lévrier nazi. Soit il parvient au but en échappant aux coups de matraques et surtout rejoint la procession de détenus, s’infiltrant dans le groupe, et échappant ainsi à la vindicte de son poursuivant, les pieds en capilotade, soit il se baisse pour ramasser la chaussure fichée en terre et risque de rester définitivement à terre.

Ou cette veille de Noël, qui tombe un lundi. Distribution des rations de vivre le samedi, et comme les détenus sont affamés, tout est englouti dans la journée. Le dimanche et le lundi sont synonymes de famine. Ironie du sort, les échanges se paient en cigarettes. A l’époque, le slogan le tabac tue n’avait pas cours, d’autres se chargeaient de votre santé qui partait en fumée. Même entre eux les prisonniers raillaient, peut-être inconsciemment. L’un d’eux, prenant le poignet décharné de l’auteur lui confia : Toi, tu brûleras sans problème, tu es bien sec !

Tous ne sont pas logés à la même enseigne et pour mieux être reconnus, ils sont affublés de triangles sur leurs vêtements. Un triangle rouge : c’est un politique ; un vert, un tueur auxiliaire ; un noir, un fainéant, un saboteur de travail ; un rose, un homosexuel ; un violet, un témoin de Jéhovah, un objecteur de conscience.

 

Si les romanciers trichent avec l’histoire, si les historiens élaborent leurs ouvrages d’après des témoignages et d’autres écrits, Joseph Bialot est un témoin direct, ayant vécu personnellement et directement ce qu’il décrit. Et son livre, son récit, en possède d’autant plus de force que le romancier et l’historien ne pourront jamais traduire l’émotion ressentie par l’acteur malgré lui de cette mise en scène macabre. Au lieu de vouloir reconduire les sans-papiers aux frontières, et souvent les offrir en otages ou victimes aux exactions de ceux qu’ils ont fuis, nos politiques devraient lire cet ouvrage et réfléchir. Mais peut-être est-ce trop leur demander.

Editions de l’Archipel. Version augmentée de C’est en hiver que les jours rallongent (Le Seuil – 2002). Parution 11 mai 2011.

Editions de l’Archipel. Version augmentée de C’est en hiver que les jours rallongent (Le Seuil – 2002). Parution 11 mai 2011.

Joseph BIALOT : Votre fumée montera vers le ciel. Editions Pocket. Parution le 10 novembre 2016. 264 pages. 6,60€.

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 13:14

Pour quelques sushis de plus...

Dominique SYLVAIN : Kabukicho.

Et des sushis, pardon, des soucis, Yudai n'en manque pas.

Gérant du Café Château, un bar dans Kabukicho, le Pigalle tokyoïte, Yudai est également hôte de bar pour femmes esseulées. Principalement Akiko, prostituée qui aime retrouver Yudai sa journée terminée. Elle s'accroche au jeune homme qui lui préfère Kate, l'Anglaise, hôtesse elle aussi mais au Club Gaia.

Il se débarrasse d'Akiko mais il s'inquiète. Kate n'a pas répondu à ses messages, de plus elle est en retard à leur rendez-vous. Plus qu'en retard d'ailleurs, puisqu'elle ne vient pas. L'autre souci de Yudai se manifeste en la personne de Namba, un des collecteurs du clan Itami. Namba est un ancien sumo qui s'est reconverti comme Yakusa et il vient rappeler, arguments frappants à la clé, que Yudai doit de l'argent à Itami, son boss, argent que ne possède pas Yudai.

Sanae, la mama-san du Club Gaia, s'alarme de la défection de Kate, habituellement ponctuelle. Elle s'en étonne auprès de Marie, la Française qui travaille depuis trois ans pour elle. Marie et Kate sont colocataires dans le même studio en banlieue et elles s'entendent bien. Pour l'heure, Marie a autre chose à penser en rentrant chez elle. Malgré le désordre qui règne dans la pièce, une tradition chez Kate, Marie s'installe devant son ordinateur et relit le tapuscrit qu'une agent littéraire a apprécié et doit placer auprès d'un éditeur parisien.

Elle reçoit un appel téléphonique de James Sanders, le père de Kate, qui est mort d'inquiétude. Un message accompagné d'une photo lui est parvenu et il ne comprend pas. Sur le cliché Kate repose les yeux fermés. Elle semble morte. Et une inscription précise : elle dort ici. James Sanders demande à Marie de se renseigner auprès des hôpitaux, ce qu'elle fait mais en vain. Il décide de se rendre à Tokyo le plus rapidement possible.

Entre temps Marie déclare la disparition de Kate au commissariat de Kabukicho, auprès du capitaine Yamada et de son jeune adjoint Watanabé. Yamada est un vieux de la vieille, qui n'a jamais failli. Et depuis trente ans qu'il est en place à Kabukicho, il en a traité des affaires plus ou moins louches. Seul problème, il a perdu quelque peu les pédales depuis son coma provoqué par un accident du travail. Il ne réagit plus aussi rapidement. Watanabé, son adjoint, est un arriviste qui rêve de prendre du galon le plus vite possible, et ses méthodes n'entrent pas dans le cadre de la douceur et du respect envers les témoins, pour lui tous présumés coupables.

La petite phrase accompagnant le cliché représentant Kate titille Yamada. Elle dort ici. Quasiment la même phrase qu'un tueur en série utilisait pour signer ses forfaits quelques années auparavant. Seulement l'homme a été arrêté et il ne pourra plus récidiver, ayant été exécuté par pendaison en début d'année. Un imitateur ? Dans ce cas l'affaire est grave, très grave, car cela laisse supposer d'autres crimes, si crime de sang il ya eu, évidemment.

James Sanders et Marie d'un côté, Yamada et Watanabé de l'autre, essaient de remonter la piste du tueur, car malheureusement ce statut est avéré, confirmé par la découverte du corps de Kate.

 

Grâce à Dominique Sylvain, qui a longtemps vécu au Pays du Soleil Levant, nous découvrons un Japon loin des clichés que souvent nous nous sommes forgés, ou inventés, ou qui nous ont été assenés.

Ainsi, à James Sanders qui croit fermement que sa fille se prostituait, Marie répond qu'elle est (ou était) hôtesse de bar, ce qui est profondément différent. Une hôtesse de bar se contente de faire la conversation, sachant écouter leur partenaire du table d'un soir ou d'habitués, boire évidemment puisque les rencontres s'effectuent dans des bars. Mais elles ne sont pas obligées de coucher. Une énorme différence culturelle avec la civilisation occidentale.

Si Kabukicho est un quartier sulfureux, cela reste un endroit calme même s'il se réveille la nuit, secret, sans effervescence. Les hôtes ou hôtesses sont aimables et les clients en général guère agressifs. Les hôtesses et hôtes de bar ne couchent pas, à de rares exceptions près, et lorsqu'ils s'adonnent à quelques plaisirs charnels tarifés, souvent il s'agit de particuliers qu'ils fréquentent de longe date. Comme Marie avec l'architecte naval qui l'emmène sur son bateau et lui offre des bijoux.

Tout ceci n'est là que pour entretenir une ambiance, une atmosphère, un décor dans lesquels les yakusas prennent leur place, mais sans véritablement empiéter sur l'intrigue.

Les plus importants pour l'auteur, ce sont les personnages qui déambulent dans cette histoire, en sont les éléments principaux. Ils sont à double facette, ou plutôt comme des meubles d'apparence banale mais comportant en leur sein des tiroirs secrets. Et lorsque Dominique Sylvain les ouvre, peu à peu, ils mettent au jour des éléments en trompe-l'œil.

Manipulations, mensonges, faux semblants se révèlent progressivement et le lecteur se trouve plongé dans une intrigue diablement maîtrisée.

Une incursion dans un exotisme qui n'est pas de façade mais propose au lecteur une intrusion dans un pays au charme indéniable, pour peu qu'il ne se contente pas d'être un touriste promené par un guide qui ne lui montre que les aspects positifs d'une ville mais cherche à en découvrir les aspects cachés.

Un autre avis d'expert ? Rendez-vous chez l'ami Pierre sur Black Novel 1 :

D'autres chroniques sur les romans de Dominique Sylvain ? Voyagez ici :

Dominique SYLVAIN : Kabukicho. Editions Viviane Hamy. Parution le 6 octobre 2016. 286 pages. 19,00€. Disponible en version numérique : 12,99€.

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 09:32

Vivement que je sois grand !

Sophie LOUBIERE : Petits polars à l’usage des grands.

Sophie Loubière nous propose un petit recueil de nouvelles courtes, style rafale de mitraillette et dont les chutes valent leur pesant d’euros.

Des situations quotidiennes portées à leur paroxysme, vues à travers la lentille grossissante d’une loupe, et narrées dans un style épuré. Des tranches de vie saignantes narrées en trois coups de cuiller à pot, laissant de côté les détails pour ne s’attacher qu’à l’essentiel, genre synopsis de court métrage.

Un peu comme ces bandes dessinées qui en trois ou quatre planches racontent sobrement une péripétie.

Et ce sont bien les mots de péripéties, d’anecdotes, de petits incidents de parcours qui caractérisent ces nouvelles coup de poing à l’efficacité redoutable ponctuées d’un humour noir ravageur.

 

Et pour enfoncer le clou, ces historiettes sont accompagnées de dessins signés Lefred-Thouron, dessins féroces prolongeant l’épilogue d’un petit plus corrosif dans le trait.

 

Au sommaire de ce recueil :

Compartiment 12.

De façon accidentelle.

La réunion.

Un vilain défaut.

Vernissage.

Ne pas dépasser la dose prescrite.

Cuisine à l'italienne.

Le million.

Ondes de choc.

L'appétit vient en tranchant.

 

Sophie LOUBIERE : Petits polars à l’usage des grands. Librio N°398. Parution octobre 2000. 96 pages. Réédition version numérique. Parution août 2015. 4,99€.

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 10:08

Sans faire de taupinières...

Robert DARVEL : L'homme qui traversa la Terre. Roman d'amour et de vengeance.

Le zoo de Bréval, un zoo comme un autre puisqu'il possède comme pensionnaire un rhinocéros indien, est toutefois le théâtre de deux incidents, sans aucun rapport entre eux, c'est l'auteur qui nous l'affirme.

La santé de Dürer, le mammifère herbivore appartenant à la famille des Rhinocerotidae, ordre des Périssodactyles, inquiète la belle et jeune Emerance de Funcal, fille de monsieur Funcal, riche et redoutable homme d'affaires, et fiancée de Louis Zèdre-Rouge, un savant dont les neurones sont perpétuellement en ébullition et qui vient de mettre au point, ou presque, une invention qui devrait révolutionner le monde moderne.

Emerance s'inquiète donc de Dürer et elle demande à examiner l'animal dont la peau pèle. Elle entre dans la cage, veut flatter le rhinocéros, placide habituellement, mais qui n'apprécie pas le geste, peut-être trop appuyé et lourd sur le corps de l'unicornis, et elle se fait bousculer. Rien de grave. Mais cette main pesante et les frissons qui parcourent la belle Emerance sont probablement dus à un incident qui s'est produit la veille dans le laboratoire de Louis Zèdre-Rouge, en compagnie de Gilping, l'assistant du savant.

Remise de ses émotions, Emerance rentre chez son père, or, en cours de route, un étrange phénomène se produit. Elle marche sur le bitume mais ses pieds s'enfoncent comme s'il ne s'agissait que de vulgaire boue.

Elle a été exposée la veille, une maladresse de Gilping probablement, au rayon ZR, mais elle a confiance. Louis Zèdre-Rouge a sûrement, elle n'en doute point, mis au point le procédé inverse, le rayon RZ.

Seulement les conséquences sont plus graves qu'elle pouvait penser. Rentrée chez elle, elle est accueillie par son père en colère. Il vitupère contre Louis Zèdre-Rouge, passant sous silence que la faute n'en incombe point au savant mais à son assistant. Louis, prévenu, se rend chez de Funcal où il est reçu plus que fraîchement. Mais les deux amants peuvent se voir, dans la salle de bain, elle nue et lui habillé, et se réconfortent mutuellement.

Ils se rendent au laboratoire, ils c'est-à-dire Louis Zèdre-Rouge, Thomas Gilping et Emerance afin de procéder à de nouvelles expériences avec le rayon RZ qui doit, théoriquement contrebalancer les effets du rayon ZR. Les jours passent et Louis calcule toujours d'improbables spéculations afin de remédier au désagrément du funeste rayon. Funeste ? Et oui, Louis aperçoit Emerance s'enfoncer dans le sol bétonné, et bientôt il ne reste plus de la jeune fille qu'une vague trace bientôt effacée.

Louis Zèdre-Rouge est accusé d'avoir attenté à la vie d'Emerance et est emprisonné. Mais il se promet bien de sortir de geôle, car incarcéré pour un crime qu'il n'a pas commis, et spolié de ses inventions, il compte bien rendre la monnaie de leur pièce à ceux qui sont à l'origine du drame. Selon les journaux, à scandale ou non, il se serait pendu dans sa cellule.

Dix ans plus tard, en Islande, à Snæfellsjökull exactement, où cas l'envie vous prendrait d'aller visiter les lieux, des ouvriers-racleurs altérés, en langage courant des altéracs (comme Joseph ?), travaillent en sous-sol afin d'extraire un minerai fort convoité pour la réalisation de procédés modernes n'étant plus astreints à fonctionner à la vapeur et au gaz. Ils explorent la lithosphère pour le compte de Funcal, dont l'empire ne cesse de grandir. Un empire en pire.

 

Si ce roman est placé sous les augustes parrainages de Jules Verne et de Paul Féval, il ne faut pas non plus oublier ces étonnants précurseurs du roman de merveilleux scientifique, à la trame et aux intrigues débridées que furent Paul d'Ivoi, Arnould Galopin, Jean de la Hire, Ernest Pérochon ou encore Maurice Renard et quelques autres dont l'imagination débordante produisait des feuilletons extraordinaires qui offraient des heures de lecture rafraîchissantes aux grands comme aux petits.

Mais Robert Darvel, tout en possédant ce don de romancier-hypnotiseur (dont on ne peut lâcher les romans avant le mot fin), va plus loin dans l'extrapolation tout en employant les recettes des grands anciens, mais sans la lourdeur de la narration, parfois, ou le style ampoulé, voire amphigourique et emphatique qui étaient de mise.

Robert Darvel possède et exploite habilement une élégance d'écriture au service du roman populaire, faisant la nique aux détracteurs de la littérature dite de genre ou populaire, qui justement avancent effrontément, et sans avoir lu les ouvrages, que ceux-ci sont mal écrits, bourrés de fautes et donc sans intérêt. Les pauvres qui se contentent de romans de la Blanche aux nombreuses coquilles qu'ils placent devant leurs yeux d'intégristes de la littérature les prenant pour une nouvelle forme d'orthographe.

En vérité, je vous le dis, Robert Darvel mérite de figurer dans votre bibliothèque en compagnie des plus grands noms de la littérature de l'imaginaire.

Robert DARVEL : L'homme qui traversa la Terre. Roman d'amour et de vengeance. Collection La Bibliothèque Voltaïque. Les Moutons électriques éditeurs. Parution 6 octobre 2016. 224 pages. 15,90€. Existe en version numérique : 5,99€.

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 11:24

Bon anniversaire à Francis Mizio né le 6 novembre 1962.

Francis MIZIO : Twist tropique.

Dans le domaine de l’exotisme, mais dans un registre qui n’est ni polar ni science-fiction, un roman burlesque, désopilant, socio-humoristique, écrit par un auteur qui s’affirme de jour en jour comme un écrivain inclassable et qui désire s’affranchir des limites d’un genre pour mieux s’affirmer : Francis Mizio.

Washington Doug Cercoe et Helen Lenehen-Enehelle sont deux scientifiques dont la réputation est entachée de quelques plagiats, dans leurs rapports écrits pour des revues spécialisées. Il ont proposé à l’association qui finance leurs projets une mission importante pour l’avenir de l’être humain : le rire chez les singes râleurs.

Seulement cette association n’est guère encouragée par les fonds publics, et elle a trouvé un moyen de rentabiliser les déplacements de ses scientifiques. Ceux-ci seront accompagnés d’un touriste qui paiera le voyage et frais divers. Washington D.C. et Helen la Grecque se voient affublés, malgré leurs protestations, d’un plombier “ cinocéphalophile ”, Ladislas Krobka qui possède une collection impressionnante de singes en porcelaine et autres colifichets du même acabit.

Entre Washington et Helen, le courant n’est pas alternatif, mais ne passe que d’un côté. Il est amoureux fou de sa compagne de mission, pourtant on ne peut dire que les charmes de la demoiselle s’étalent au grand jour.

Dans ce coin perdu d’Amazonie où ils exercent, malgré la présence de l’encombrant plombier, leurs recherches, une tribu d’indiens les surveille avec l’espoir d’en tirer un profit pécuniaire et humanitaire.

Et les singes là dedans ? lisez le livre, c’est le seul conseil que je puisse vous donner. Un autre quand même : Francis Mizio joue aussi bien dans le registre polar que dans celui de la science-fiction, mais il ne se cantonne pas dans une seule catégorie.

Ou du moins le seul genre qui prédomine c’est l’humour, ravageur, désopilant, et non dénué d’un œil et d’une plume critique envers la société et ses dérives.

Un talent à suivre quelque soit la sorte d’ouvrage qu’il nous propose. Et à ce propos, parlons d’Internet puisque pendant des années il a collaboré à Libération pour la partie informatique et qu’il a livré des billets d’humeur intitulés “ Mamie, surfe mamie ”.

 

Francis MIZIO : Twist tropique. Hors collection, éditions Baleine. Parution avril 2001. 212 pages.

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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 14:03

L’Hydrangea, plus communément appelé hortensia, est l’un des éléments floraux les plus représentatifs de la Bretagne avec le chou-fleur et l’artichaut.

Hugo BUAN : Hortensias blues. Une enquête du commissaire Workan N°1.

Sauf que, jusqu’à preuve du contraire, cette fleur ne se déguste pas. Mais oser planter une fleur d’hortensia dans la partie charnue d’un individu, ce qui vous l’avouerez n’est pas le récipient idéal pour une décoration florale, dépasse l’entendement du quidam, et plus encore au commissaire Lucien Workan, enquêteur de la police rennaise. Et si encore le défunt était horticulteur ! Mais non, ce n’est qu’un chirurgien-dentiste dont le fondement est orné d’une fleur de cette plante originaire du Mexique, une fleur bleue doit-on préciser.

Marotan, tel est le patronyme du défunt fleuri, exerçait son art dans un immeuble dédié aux professions médicales sis quai de la Vilaine. La maison médicale l’Albatros gérée en SCI, abrite en ses murs un proctologue, un ORL, un psy, un allergologue, un rhumatologue, un généraliste, une kiné, une gynéco, une ophtalmo et une pédiatre. C’est la veuve de Marotan qui a découvert le corps de son mari, s’inquiétant de ne pas le voir rentrer à la maison après sa dure journée de labeur, et de labour dentaire. Il a été assassiné avec un club de golf, sport que pratiquait régulièrement l’arracheur de dents qui par ailleurs ne se contentait pas de lancer les balles dans les trous mais accumulait les conquêtes féminines.

Workan et son équipe sont sur les dents, d’autant qu’un autre cadavre , l’ORL, est bientôt découvert, lui aussi affublé d’un tel ornement floral. Workan soupçonne l’un des toubibs de la maison médicale de s’amuser aux dépens de ses collègues en fleurissant prématurément leurs cadavres, et plus particulièrement le psychiatre qu’il tarabuste avec une joie sadique. Mais il ne montre guère d’affabilité avec ses subordonnés, dont son adjoint Lerouyer, la Berbère Leïla avec qui il couche occasionnellement ce qui adoucit toutefois leurs relations, et quelques autres qui se demandent dans quelle galère ils se sont fourrés.

Sans oublier la Procureur, Sylviane Guérin, qu’il ne ménage pas non plus, par pur plaisir sadique. A moins qu’il s’agisse tout simplement de s’affirmer, lui qui doit sa relative tranquillité professionnelle au passé de résistant d’un aïeul d’origine polonaise. Et pourtant il les aime bien ses hommes (adjointes y compris) et se montre parfois paternaliste, bon enfant avec eux. Selon son humeur.

 

Hugo Buan visiblement s’amuse dans cette histoire mettant en scène un personnage quelque peu déjanté, le commissaire Workan un passionné des œuvres de Francis Bacon, et des adjoints qui parfois frisent le ridicule. Une fine équipe qui ne peut empêcher les cadavres de s’amonceler, au grand dam de Prigent, le grand patron. Le caractère souvent acariâtre de Workan l’amène à se montrer vindicatif, quelque soit son interlocuteur.

Hugo Buan est également un admirateur de Michel Audiard, ça se sent, ça se lit, ça se déguste.

 Pour preuve :

A ce niveau de crétinisme Workan regretta qu’il n’y eut pas de prix Nobel de la connerie, il y aurait au moins un Français vainqueur chaque année.

Un livre de divertissement plaisant à lire.

Hugo BUAN : Hortensias blues. Une enquête du commissaire Workan N°1. (Première édition Collection Univers Grands Romans - 2010. Pascal Galodé éditeurs). Editions du Palémon. Parution le 15 janvier 2016. 352 pages. 10,00€. Existe en version numérique 5,99€.

 

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 13:55

Lorsque la littérature Noire et la littérature Blanche s'unissent, cela donne cinquante nuances de Gris... ponctuées de rose tendre.

Marcus MALTE : Le Garçon.

Le Garçon. Un roman plein de bruit et de fureur, de charme et d'amour, de violence et de morts, de calme et de poésie, un roman qui relate à travers l'existence d'un garçon puis d'un homme trente ans d'histoire et d'histoires de 1908 à 1938.

Chargé de vieilles hardes déposées dans une hotte fabriquée en peaux de chèvres le Garçon s'en va là-bas, vers la mer. C'est un adolescent de quatorze ans, mutique, qui ne sait ni lire, ni écrire. Les hardes bougent. C'est sa vieille mère d'une petite trentaine d'années qu'il porte ainsi, encouragé par la voix qui répète comme une antienne, la mer, la mer. Vieille avant l'heure, la mère, usée, affaiblie, malade, poitrinaire, la mère ne verra pas la mer. Parce que, lorsque le Garçon arrive devant l'étendue d'eau, il ne s'agit pas de la mer qui s'étale devant lui, mais l'étang de Berre. Et puis parce que la mère est morte.

Il ne lui reste plus qu'à retourner d'où ils sont partis, quatre heures de marche, chargé de son fardeau qui ne marmonne plus. Plus rien ne le rattache à la masure dans laquelle ils vivaient tous d'eux d'expédients. Il construit un bûcher et place le corps de la mère dessus, et lorsqu'il ne reste plus que des cendre il part à l'aventure.

Il monte vers le nord, grimpant dans les arbres, vivant de braconnages et de rapines. Des fruits, des poissons, parfois un animal. De sa vie il n'a côtoyé personne, juste aperçu de temps à autre des voyageurs. Il marche, durant des semaines, effectuant un périple circulaire, s'approchant parfois des fermes, des bourgades, épiant les habitants, singeant leurs gestes. Il apprend, sans comprendre. Il se repose dans une grotte dans laquelle il a découvert des trésors, des os, des tessons de vase, une pointe de javelot en silex, des pendeloques, un dé à jouer qu'il enfoui dans sa boîte d'allumettes, où gît déjà un os de grenouille. Il continue sa route jusqu'à une nouvelle caverne et lorsqu'il se réveille un fusil est pointé sur lui.

Il est emmené dans un hameau d'une petite quinzaine de personnes, des enfants, des vieillards, des adultes, qui le considèrent comme une anomalie vivante. Pourtant il vivra durant des semaines dans ce petit bourg retiré, participant même comme figurant à la traditionnelle crèche de Noël. Mais comme tous les intrus dont on ne connaît pas l'origine, il est chassé lorsqu'un incident géologique se produit.

Il sera recueilli par un forain, un ancien lutteur de foire qui a parcouru les Etats-Unis dans un cirque. Le Garçon devient l'aide, l'assistant de Brabek, l'ogre des Carpates, qui se produit sur les places des villages et petites villes, couchant dans la roulotte tiré par un cheval hongre.

Mais le bonheur est relatif et de courte durée. Bientôt le Garçon devra tailler la route avec pour compagnon le cheval et comme toit la roulotte. Jusqu'au jour où le destin se manifeste sous la forme d'une voiture conduite trop rapidement par une jeune fille sur une route où il n'y a passage que pour un seul véhicule. Le choc est inévitable et le Garçon se réveille avec Emma, la responsable du choc, comme ange-gardien. Et pour le Garçon c'est vraiment un choc.

Il est adopté par Emma, de quelques années plus vieille que lui, il a maintenant seize ans, et par son père. Elle va l'appeler Félix, en hommage à Mendelssohn, car elle apprécie particulièrement ce compositeur dont elle joue admirablement les œuvres au piano. Son père et elle se chargent de l'éducation du Garçon mais il ne sait toujours pas lire et écrire. Il ne le saura jamais. Et s'il ne parle pas, cela ne gêne pas Emma qui se chargera de son éducation sentimentale. Emma, fille de Gustave, tout un symbole... C'est le temps des découvertes, des relations charnelles, de l'empire des sens, mais au loin se profilent de lourds nuages, annonciateurs de grêles d'obus, de mitrailles, de tranchées. Le Garçon part à la guerre.

 

Si au début de ce récit, je n'ai pu échapper à une vague réminiscence d'Hector Malot et de Sans famille, avec les tribulations du Garçon, balloté de gauche à droite et inversement, et ses pérégrinations du sud au nord-est de la France, en compagnie d'un forain qui ne possède ni un chien ni singe, mais un cheval, d'autres souvenirs remontent insidieusement à la surface, accompagnant la lecture.

Et pourtant il s'agit bien d'un roman qui allie tous les genres ou presque de la littérature dite populaire et sociale. Marcus Malte souffle le chaud et le froid sur trente ans de l'existence du Garçon, trente années au cours desquelles toutes les couleurs de la vie sont déclinées, le noir alternant avec le rose. Mais un noir dominant.

C'est un roman de l'apprentissage, apprentissage de la solitude, de la relation en société de personnes issues de différents milieux, de la tolérance, de l'amour sentimental et charnel, de la guerre, de la violence, des petites joies simples et des grandes colères.

Marcus Malte sait décrire et faire partager ses sentiments d'amour et de révolte. Il est aussi à l'aise dans les scènes d'amour desquelles se dégage un érotisme plus souvent suggestif que descriptif, que dans les scènes de la vie courante ou des épisodes de la Grande guerre, que dans la poésie.

 

Pour mieux placer ce roman dans l'époque traversée par le Garçon, Marcus Malte établit les rétrospectives d'une année sans la dater mais que le lecteur pourra reconnaître. Et il balaie en quelques pages les événements nationaux ou internationaux. Ainsi, Georges Clémenceau, encensé par Luc Ferry, n'hésita pas à envoyer gendarmes et dragons tirer sur les ouvriers des sablières de Vigneux, Draveil et Villeneuve-Saint-Georges. Une réponse à ceux qui étaient en grève depuis cent jours et fit plus de six morts et une centaine de blessés. Les principaux dirigeants du syndicat de la Confédération Générale du Travail, la C.G.T., étant arrêtés et emprisonnés. Beau fait d'arme courageux de la part d'un ministre, socialiste radical, de l'Intérieur et président du Conseil (l'appellation du Premier Ministre d'alors)

De petits épisodes, comme des vignettes, sont placés ici et là, telle la rencontre inopinée avec un soldat. Le Garçon se trouve nez à nez dans la Somme face à un peintre allemand pourvu d'une petit moustache carrée sous le nez.

Marcus Malte recense également la longue liste des morts, tombés comme on dit au champ d'honneur le 28 septembre 1915, liste qui devrait être soumise, apprise à tous ces intolérants sectaires, racistes, ségrégationnistes, xénophobes qui crachent sur les réfugiés et les migrants, oubliant que parmi les nombreux soldats ayant donné leur vie pour la France, nombreux étaient ceux qui provenaient des colonies d'Outre-mer ou simplement des étrangers.

 

Ai-je oublié quelque chose dans ma chronique ? Voyons cherchons bien... Ah oui, ce roman a reçu le prix Fémina 2016. Pour une fois, une récompense méritée, et la reconnaissance enfin d'un talent indéniable !

Mais tous ceux qui suivent régulièrement la parution des romans de Marcus Malte pressentaient déjà le talent de celui-ci en lisant ses premiers ouvrages, dont notamment Carnage constellation paru au Fleuve Noir en février 1998.

Que nul ne sache jamais d'où provient l'émotion qui nous étreint devant la beauté d'un chant, d'un récit, d'un vers.

Et pour quelques Malte de plus...
 

Marcus MALTE : Le Garçon. Editions Zulma. Parution le 18 août 2016. 544 pages. 23,50€. Existe en version numérique : 12,99€.

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