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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 10:04

Et pourtant si près...

Marie-Pierre LOSFELD : Si loin…

Avec Si loin, Marie-Pierre Losfeld signait son troisième roman en neuf ans, après Tancrède et Hauts-fonds, mais gardait le même regard pétri d’humanisme envers les marginaux, qui se font la belle, parcourant la France à la recherche d’un Graal inaccessible.

Agil, pickpocket, et Paule, sa compagne, squattent une vieille baraque en attendant mieux. Faut bien s’abriter surtout lorsqu’on a charge d’âme, un petit poussin prénommé Titi. Et puis faut songer à nourrir la petite famille, alors le mieux pour Agil, c’est de travailler dans un endroit passager, dans une fête foraine par exemple.

Les badauds ont autre chose à faire que de surveiller leur portefeuille, attirés par les attractions, occupés à manger des friandises ou à s’embrasser, l’un n’empêchant pas l’autre.

L’esprit occupé ils ne se rendent pas compte qu’Agil les déleste, d’autant que Paule sait accaparer leur attention, profitant des cris du poussin réclamant sa pitance.

Des amitiés se nouent entre les forains et le couple. Avec Tonino, le Gitan, puis de fil en aiguille avec Ferdinand le camelot, vendeur de couteaux qui a plus d’un accroc dans son contrat de mariage, ou encore Robber, l’illusionniste. Bon, il y a bien Alexandra, la femme de Ferdinand, qui n’apprécie pas d’avoir été larguée, et le voue aux gémonies, mais ses interventions ne sont que des entractes dans la vie quotidienne.

C’est la foire, entre potes, c’est la Foire du Trône aussi, et un beau jour l’incendie. Pas celui qui ravage les cœurs, mais celui qui détruit la baraque. Alors la seule solution, c’est de partir sur les routes de France, et de vivre de nombreux avatars.

 

Un livre humoristique, chaleureux, noir, sensible, vivant, qui par certains côtés retrouve la veine des romans feuilletons avec l’aspect épopée aux nombreux rebondissements.

Marie-Pierre Losfeld se fait trop rare et c’est dommage.

Marie-Pierre LOSFELD : Si loin… Editions Bartillat. Parution septembre 1999. 252 pages. 16,00€.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 06:45

Hommage à Michel Grisolia, né le 18 août 1948.

Michel GRISOLIA : L'amour noir.

« Il faut se montrer humble si on veut trouver sa place. Ce que serait sa place, Antoine l’ignorait, mais il était décidé à s’en faire une ».

Antoine Louvier est un être complexe, ambigu, qui réagit presque comme un marginal alors qu’il voudrait se fondre dans l’anonymat des êtres simples, sans histoires. Une vie linéaire : voilà ce à quoi il aspire mais pourtant à chaque fois, il agit, réagit en individu troublé, insatisfait, imprévisible.

De son enfance, il ne se souvient que d’une mère, obscure artiste, plus préoccupée d’elle que de ses enfants. Alors, Antoine se marie à dix-neuf ans, avec Jennifer, une Américaine, qu’il délaisse aussitôt pour parcourir les Etats-Unis. Revenu à Paris, c’est pour trouver son épouse dans les bras d’un autre homme.

Il tue cette femme qui n’a eu que le tort de vouloir vivre. Après un séjour de trois ans en prison, trois ans qui, paradoxalement, n’auront sur lui aucune emprise, Antoine revient à Nice, sa ville natale. Il est pris en charge par Philippe, un jeune homme dont il a fait connaissance dans le train qui les redescendait sur la Côte. Philippe lui procure un emploi à l’Hôtel Marbella, que dirige Madame Micheline, une femme très proche de ses employés.

En prison, Antoine n’a pas connu la souillure de la promiscuité et, à Nice, il reste calfeutré dans sa chambre en dehors de ses heures de service, ne cherchant pas à renouer avec le passé, avec sa famille. Il reste replié sur lui-même, ne se réveillant qu’au contact de Dominique, une cliente de l’hôtel qui traîne derrière elle : un passé trouble, énigmatique, un petit garçon, Christopher, et un Anglais, la cinquantaine avantageuse qui la suit, la surveille, s’instaurant comme l’ombre du défunt mari de la belle Dominique, un certain Richardson.

Pour Antoine qui ne rêve que d’anonymat et de conformisme, c’est encore une occasion de se mettre en vedette. Et cet amour-passion qui devrait les exalter, n’est que l’antichambre de la descente aux enfers. Dominique, Christopher et Antoine, un trio qui s’entend bien. Entre Christopher et Antoine, s’établit une complicité, plus forte que des relations filiales. Dominique décide même que tous trois vont quitter Nice, la France. D’ailleurs, elle a déjà les billets d’avion.

 

L’amour noir n’est pas un roman policier, c’est un roman noir, un hymne à l’amour dont la chute est surprenante, mais en même temps logique. Si l’on tente de se mettre dans la peau du personnage — ce qui n’est pas toujours facile à cause de son imprévisibilité — on se rend compte qu’il ne pouvait agir, réagir que de cette façon suicidaire, ambiguë et sacrificielle.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Michel GRISOLIA : L'amour noir. Editions Flammarion. Parution 14 février 1990. 250 pages. 14,70€.

Réédition Le Livre de Poche. 1991.

Existe en format numérique à 4,49€.

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 14:11

Quoi de neuf, docteur ?

E. W. HORNUNG : Docteur Crime

Alors qu'il s'apprête à franchir le seuil de sa maison sise à Portman Square, un quartier huppé londonien, l'honorable Topham Vinson, secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur, entend  un jeune homme crier son nom. L'inconnu lui raconte qu'il lui rapporte sa montre qu'un aigrefin indélicat lui a subtilisé alors que celui-ci lui demandait une aumône.

En réalité John Dollar, tel est le nom de cet inconnu qui ramène cet objet familial portant les armes des Vinson, est le chapardeur et ce n'était qu'un subterfuge pour entrer en contact avec le secrétaire d'état. Il avait écrit pour demander un entretien, mais comme il n'a jamais eu de réponse, il n'a trouvé que ce moyen quelque peu illégal pour expliquer son projet de devenir Docteur Crime, c'est à dire de démontrer que le crime est parfois la résultante d'une maladie et qu'il espère bien, par une pathologie qu'il a mise au point, guérir ses semblables qui sont atteint de ce penchant. John Dollar narre alors ce qui l'a amené à devenir le médecin des criminels.

Durant la guerre des Boers, en Afrique du Sud, il a été atteint à la tête, d'ailleurs il en porte encore des séquelles sous la forme d'une plaque de métal du diamètre d'une pièce d'argent, et il s'en est remis physiquement et mentalement. Mais moralement, un défaut subtil s'est glissé dans son inconscient, détruisant justement son sens moral. Il s'est tourné vers de nombreux docteurs londoniens, mais tout ce qu'ils ont réussi à faire, c'est de puiser dans son portefeuille. S'il est aujourd'hui guéri de ce défaut, c'est grâce à un docteur étranger, et il souhaite distribuer ses nouvelles connaissances auprès des criminels afin de les amender.

Le crédo de John Dollar, alias Docteur Crime, tient en ces quelques lignes, parlant des criminels et déclarant à son interlocuteur Topham Vinson :

En les sauvant d'eux-mêmes pendant qu'ils peuvent encore être sauvés; en ce sens que la prévention n'est pas seulement préférable à la guérison, mais qu'elle est un principe vital de la thérapeutique moderne dans tous les sens du terme. Et pour ce faire, nous devons quel qu'en soit le prix conserver les bonnes personnes en dehors des prisons...

Ce à quoi le secrétaire d'état rétorque :

Les prisons, mon cher Dollar, existent pour le bien de ceux qui n'y séjournent jamais et non de ceux qui insistent pour y entrer.

Ecrits il y a cent ans, ces propos démontrent la modernité de ce roman et les solutions envisagées pourraient être, parfois, appliquées de nos jours.

 

Sa mission l'amène à rencontrer Lady Vera Moyle qui s'est fait remarquer lors d'une manifestation de suffragettes. Elle et ses compagnes ont défilé et elle affirme avoir cassé une vitrine, celle d'un bijoutier. Or c'est un pauvre hère qui a été arrêté, coupable du meurtre d'un policier. L'homme clame son innocence et elle n'est pas persuadée qu'il soit véritablement coupable. Docteur Crime va donc être obligé de sortir de prison l'individu qui est promis à la peine de mort.

Cette affaire, plus ou moins résolue, Croucher, l'homme en question, est hébergé dans la clinique de l'aliéniste, mais un de ses amis vient le chercher un soir.

Puis le Docteur Crime se rend en Suisse, où il retrouve le psychiatre qui l'a soigné. De sa chambre il aperçoit un jeune homme, doué pour la luge, un sport dont il est devenu le héros, trafiquer en bas de l'immeuble le matériel. Le jeune homme est le protégé de Scart dont il dépend. S'inscrit alors une histoire de fausse ordonnance, que John Dollar démontre avec brio. Puis retour à Londres où Croucher et Scart vont se retrouver sur le chemin du Docteur Dollar. Entre temps l'aliéniste, transformé en détective amateur, aura dénoué quelques autres affaires, mais se sera également épris de Lady Vera Moyle, laquelle n'est pas indifférente à son charme.

 

Publié sous forme de feuilleton, en huit épisodes, entre mai 1913 et mai 1914, ce roman semble décousu, pour peu que l'on pense lire des nouvelles indépendantes dont le Docteur Crime est le personnage principal.

Des non-dits, des sous-entendus, comme si le lecteur se devait de faire sa propre opinion, et découvrir la face cachée du crime ou du criminel. Mais dans le dernier épisode, Le Second couteau, tout se délie et ce qui était dissimulé devient évident. Tous les protagonistes se retrouvent mis en scène, non pas pour une reconstitution, mais à cause d'événements provoqués et ce qui était confus devient lumineux, ou presque. Car soit il s'agit d'une fin ouverte, soit l'auteur pensait-il écrire une suite aux aventures du Docteur Dollar, mais à mon avis, il manque un petit quelque chose. Mais ceci n'est pas grave, car l'ensemble se tient malgré tout, et comme je l'ai déjà précisé, la tonalité de ce roman, tout en finesse psychologique, est terriblement moderne, en ce qui concerne les coupables, ou présumés coupables, et leur traitement sur des indices erronés ou par manque de preuve. Jusqu'à preuve du contraire, justement, il faut se méfier des apparences.

 

E. W. HORNUNG : Docteur Crime (The Crime Doctor - 1914. Traduction Alice Ray). Collection Baskerville N°32. Editions Rivière Blanche. Parution août 2016. 260 pages. 20,00€.

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 13:12

Prescription médicale :

Lire une histoire tous les matins à jeun et une autre le soir avant de procéder à la gymnastique du simulacre de la reproduction...

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

D'avril 1932 jusqu'en 1936, Georges Simenon vécut en compagnie de Tigy, son épouse, à Marsilly, dans la Charente Maritime, puis en 1938 il revint dans cette région, d'abord à La Rochelle, puis à Nieul sur mer où il achète une maison. Mais c'est dans la villa Agnès, à La Rochelle, que ce prolifique auteur écrivit d'abord en mai 1938 les treize nouvelles qui composent le recueil ayant le Petit Docteur comme héros.

Au mois de juin, ce sera au tour des Dossiers de l'agence O, quatorze nouvelles, qui font l'objet d'un recueil publié simultanément chez Folio.

Jean Dollent, alias le Petit Docteur, ainsi surnommé à cause de son physique, âgé de trente ans, pratique son art à Marsilly à une dizaine de kilomètres de La Rochelle. Il ne manque pas de patientèle, tant de jour que de nuit, car à l'époque au cours de laquelle se passent ces enquêtes, un médecin, c'est le seul homme qui se dérange toujours, qui est moralement obligé de se déranger.

Sa carrière d'enquêteur amateur, comme souvent, est liée à un épisode subi par un de ses patients occasionnels. Le titre Le flair du Petit Docteur est à double sens, puisque ce sens olfactif est lié aussi bien au nez du toubib qui va déceler un produit qui ne devrait pas se trouver dans une bouteille de spiritueux, mais en référence au flair du détective à l'affût de la vérité.

Le Petit Docteur est appelé au téléphone par une jeune femme qui lui demande de venir immédiatement à la Maison-Basse, une maison située dans les marais. Seulement quelque chose ne concorde pas dans cet appel. Il est midi et demi, et à cette heure là la Poste d'Esnandes, auquel est relayé la ligne téléphonique, est fermée. Donc soit il s'agit d'une plaisanterie soit l'appel a été lancé d'ailleurs.

Petite digression qui n'est pas inutile mais que vous pouvez passer, je ne vous en voudrai pas : Il faut signaler que la Poste joue un grand rôle et est un réservoir inépuisable d'indices pour les enquêteurs en général. Par exemple, dans Le mort tombe du ciel, le Petit Docteur récolte quelques renseignements précieux auprès de la postière mais également grâce aux timbres apposés sur des lettres. Il est évident que de nos jours, tout autant le téléphone qui ne dépend plus des fameuses demoiselles des standards, que les timbres qui sont oblitérés de façon anarchique et sur lesquels la ville de départ ne figure plus, n'offrent plus les mêmes possibilités indiciaires. Ce que l'on appelle le progrès...

 

Revenons au Flair du Petit Docteur. Lorsqu'il arrive à destination, la demeure est vide. Toutefois, porté par la curiosité, il visite les lieux et comme il a soif, avant de se servir un verre de vermouth, il renifle la bouteille qui est dans la chambre à portée de main. Et stupéfait il se rend compte que du bicarbonate de soude à été introduit dans le liquide. Alors il se souvient que l'homme, le mari ou le compagnon supposé de la femme qui l'a appelé, lui avait demandé des somnifères, et que la jeune femme avait été interloquée lorsqu'il lui avait demandé incidemment si son ami dormait mieux.

Résolvant avec brio cette énigme, le Petit Docteur prend goût à enquêter, et lorsqu'il est en chasse, devient intempérant.

Mais pour résoudre les énigmes qui se présentent à lui, Jean Dollent possède un truc. Les autres, le substitut, le commissaire, à plus forte raison le brave homme de maire, avaient pataugé, et le docteur se disait qu'il devait en être ainsi, qu'il en était fatalement presque toujours ainsi dans une affaire policière. Parce qu'on s'y prenait mal ! Et ce truc, c'est qu'il essaie de se mettre à la place de ses personnages.

 

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

Il devient intempérant ai-je écrit quelques lignes ci-dessus. Le vermouth, le pernod, le porto, le whisky, le calvados et autres boissons alcoolisées vont scander ses enquêtes. Ainsi dans La demoiselle en bleu pâle, il commande un porto, se faisant in petto cette réflexion : Etait-ce sa faute si, pour suivre une enquête, on est sans cesse obligé de boire ?

Dans La demoiselle en bleu pâle, le Petit Docteur malgré ses obligations, prend un peu de repos et un dimanche se rend à Royan. Un mois est passé depuis l'affaire précédente, et il se rend au casino afin de se changer les idées. Il remarque une jeune fille qui joue à une table de boule. A un certain moment, alors qu'elle a changé de place, il l'aperçoit saisir une liasse de billets dans le réticule d'une joueuse. Ce n'est pas parce que cette grosse dame est désagréable qu'il faut se conduire ainsi. Il lui sauve la mise, c'est la cas de le dire, en certifiant auprès du croupier puis du directeur de l'établissement, qu'il ne s'agissait uniquement d'un pari conclu avec la jeune fille. Mais cet incident l'incite à enquêter sur les faits et gestes de cette demoiselle qui a accompli son forfait au seul moment qui n'était pas favorable pour le perpétrer. Il faut signaler qu'un indice dû au hasard, mais sciemment utilisé par les Allemands durant la Seconde Guerre Mondiale notamment dans le métro pour confondre certains voyageurs, permet au Petit Docteur de résoudre en partie cette énigme. Mais de nos jours, l'usage du port du pantalon change peut-être les réflexes féminins.

Si le Petit Docteur tombe amoureux de la première jeune fille qui se présente à lui, il est toujours célibataire. Aussi pour le ménage et la cuisine il est aidé par Anna. Et Anna, sachant que le docteur s'est entiché à résoudre des enquêtes, lui signale un fait divers s'étant déroulé près de Nevers. Un gérant de station-service a remarqué, alors qu'il servait un client, que deux personnes se tenaient à l'arrière du véhicule. Dont une femme qui au dernier moment a crié, Au secours !... A moi... Il a également pu relever une partie du numéro d'immatriculation. Le véhicule appartient à un avocat honorablement connu, qui avait joué au bridge avec des amis ce soir-là. Il avait garé sa voiture dans la rue puis l'avait récupérée à la fin de la partie. Or selon sa femme, le réservoir était vide la veille mais le lendemain, il reste une quantité non négligeable de carburant. L'enquête piétine et le Petit Docteur s'exclame : Il faudra bien qu'un jour ou l'autre j'aille faire un tour là-bas !. Aussitôt dit aussitôt fait, malgré les patients et parturientes, il a déjà procédé à vingt-trois naissances rien que pour ce mois d'octobre, qui attendent ses bons offices. Heureusement, un confrère assure les dépannages lorsqu'il quitte son village de Marsilly. Il va conduire son enquête en s'immisçant comme un officiel entre le commissaire et le procureur, qui pensent, chacun de leur côté qu'il accompagne l'autre. Ainsi débute cette affaire intitulée Une femme a crié.

Si le Petit Docteur s'intéresse au Fantôme de Monsieur Marbe, c'est bien parce qu'il a reçu une lettre lui demandant son aide. L'expéditeur se réfère au procureur Verdelier, un homme qu'il a connu lorsqu'il était administrateur aux Colonies. Or justement ce procureur Verdelier est le magistrat qui a instruit l'affaire d'Une femme a crié, et entre le docteur et le procureur, une certaine amitié s'est instaurée. Et voilà notre détective amateur qui se rend sur la Côte d'Azur, et pour la première fois de sa courte carrière, un client lui propose de l'argent pour enquêter.

Puis il va retrouver un ancien condisciple qu'il a côtoyé sur les bancs de la faculté de médecine, lequel lui demande de l'aider. Trois semaines plus tôt, le docteur Lourtie se mariait à Boulogne-sur-Mer, et tout laissait supposer que ce mariage d'amour allait continuer sous les meilleurs auspices. Seulement, Lourtie en trois semaines est devenu un homme agité, en proie aux pensées les plus noires. Il a reçu une seconde lettre anonyme lui signifiant : Si vous voulez vous convaincre de la double vie de votre femme, allez ce soir vers onze heures au Tonneau-d'argent, une taverne que vous trouverez sur les quais... Madeleine n'était pas présente mais une photo lui a été remise, montrant la jeune femme attablée dans ce bouge mal famé. Et c'est ainsi que pour aider son ami plongé dans la détresse, le Petit Docteur accède à sa demande, la veille de Noël. Il s'agit des Mariés du 1er décembre.

 

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

Jean Dollent, alias le Petit Docteur, va donc vivre treize aventures, treize enquêtes, en ingurgitant, comme s'il fallait fêter ses succès par procuration et anticipation, moult boissons, le rendant plus ou moins dépendant au cours de ses enquêtes :

Boire ! Toujours boire ! A cet instant il se demanda si les policiers officiels avaient un budget spécial pour la boisson, tant il constatait que la tâche de détective entraîne d'obligations dégustatives. Le fantôme de Monsieur Marbe.

Alors je vous invite à le suivre dans ses obligations, dans ses enquêtes, de véritables petites récréations estivales et souvent humanistes.

Georges SIMENON : Le Petit Docteur.

Ces nouvelles ont été publiées entre 1939 et 1941 puis réunies en volume chez Gallimard en 1943, sous le titre Le Petit Docteur.

 

Le Flair du Petit Docteur. Publié initialement sous le titre Rendez-vous avec un mort dans la collection Police-Roman N° 76.

La Demoiselle en bleu pâle. Police-Roman N°79.

Une Femme a crié. Police-Roman N°82.

Le Fantôme de Monsieur Marbe. Police-Roman N°85

Les Mariés du 1er Décembre. Police-Roman N°88.

Le Mort tombe du Ciel. Police-Roman N°91.

La Bonne Fortune du Hollandais. Police-Roman N°106.

Le Passager et son Nègre. Police-Roman N°97.

La Piste de l'Homme roux. Police-Roman N°100.

L'Amiral a disparu. Police-Roman N°103.

La Sonnette d'Alarme. Police-Roman N°94.

Le Château de l'Arsenic. Police-Roman N°108.

L'Amoureux aux Pantoufles. Police-Roman N°112.

 

Georges SIMENON : Le Petit Docteur. Collection Folio Policier N°806. Editions Folio. Parution le 8 juillet 2016. 624 pages. 8,70€.

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 14:02

Préparez vos témoins !

Bob GARCIA: Duel en enfer.

Sous la pression populaire, George Newnes le directeur du Strand Magazine, demande au Docteur Watson de lui fournir une enquête inédite de son ami Sherlock Holmes.

Plus particulièrement la période passée sous silence durant laquelle Jack l’Eventreur perpétrait ses crimes à Whitechapel. Watson rechigne mais la promesse du versement d’une forte somme pour renflouer sa fondation victime d’hémorragie financière lève ses dernières réticences. Après un cérémonial compliqué, un carnet intime de Watson est remis à Newnes qui se plonge dedans séance tenante.

L’histoire débute fin août 1888. Watson est marié depuis un an avec Mary, mais la maladie rôde. Mary désire se reposer et prendre des forces à la campagne. Cédant aux instances de sa femme Watson la laisse partir, et désœuvré il abandonne son cabinet, dont la salle d’attente est toujours vide, et décide de retrouver son ami Holmes à Baker Street.

Cela tombe bien car le détective lui aussi s’ennuie, sans vraiment vouloir l’avouer, même s’il procède à de mystérieuses préparations chimiques. Une invention qui devrait révolutionner la science criminelle.

Watson recueille dans la rue Wendy, une gamine qui se fait rouer de coups par un ivrogne et la place sous la protection de Madame Hudson, leur logeuse. George Abberline, inspecteur divisionnaire de police, leur rend visite et leur demande de l’aider dans l’enquête qu’il mène actuellement. Un meurtre sordide a eu lieu à Whitechapel et les policiers pataugent. Abberline et son supérieur Charles Warren redoutent une émeute si les forces de l’ordre investissent le quartier. Seul Holmes peut s’infiltrer parmi la pègre sans soulever de remous.

Les deux compères vont donc sillonner les rues, les ruelles et impasses de ce quartier mal famé mais les meurtres se succèdent. Ils rencontrent tenanciers de bars, prostituées, commerçants, ivrognes, mendiants, gamins, mystificateurs. Des pistes s’offrent à eux mais débouchent souvent sur des culs-de-sac. Durant leurs pérégrinations, parfois en duo, parfois en solo, chacun déambulant de son côté, ils vont avoir de drôles de surprises. Un médecin légiste, un directeur d’hôpital psychiatrique, un spirite, un acteur interprétant Dr Jekill et Mr Hyde, un ingénieur expérimentant une toupie géante pour le forage de tunnels pour l’implantation du métro londonien, et bien d’autres encore.

 

Ce gros roman de 440 pages plonge le lecteur dans le Londres de l’ère victorienne, s’approchant par la description des lieux de perdition, des différents personnages qui gravitent au cœur de Whitechapel de l’atmosphère des œuvres de Charles Dickens.

Bob Garcia fait revivre la cité plongée dans le brouillard, la pluie, la saleté, les ruelles tortueuses pleines d’immondices, les gamins paumés qui tentent de survivre, les femmes devenues prostituées et piliers de comptoir parce que leurs maris les trompaient, les battaient, dépensaient l’argent durement gagné dans les bouges en fin de semaine.

Une histoire qui est une véritable débauche d’idées, une dénonciation de la misère humaine souvent pathétique, un foisonnement d’avatars subis par nos deux héros : le mal-être de Watson torturé par la maladie de sa femme, par l’affection louche qu’il ressent pour Wendy sa petite protégée, par ses rêves, ses cauchemars plutôt, issus de ses campagnes militaires. Les tentatives de Holmes pour trouver la formule chimique qui devrait révolutionner les résultats des enquêtes criminelles, son pressant besoin d’argent, les clients ne se bousculant pas à sa porte et un lourd secret qu’il porte en lui comme un fardeau.

On retrouve aussi l’inspecteur Lestrade, qui ne sort pas grandi de cette aventure.

Avec tout ce qu’il inclut dans ce roman qui ressemble fort aux feuilletons du XIXème siècle, Bob Garcia avait la matière d’écrire plusieurs ouvrages. Une imagination qu’il catalyse avec brio. Les dialogues sont souvent savoureux et comme pris sur le vif, en forme de brèves de comptoir. Sans omettre les petites piques lancées sous formes d’aphorismes, comme celle-ci proférés par Holmes à l’encontre de Lestrade : L’intelligence policière est une contradiction en soi.

Réédition J'ai Lu Policier. Parution 10 février 2010. 672 pages. 8,00€.

Réédition J'ai Lu Policier. Parution 10 février 2010. 672 pages. 8,00€.

Bob GARCIA: Duel en enfer. Editions du Rocher. Parution 14 novembre 2008. 440 pages. 20,20€.

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Published by Oncle Paul - dans Roman Policier et Noir
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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 08:33

A défaut d'une épaule féminine compatissante...

Alain PARIS : Sur l'épaule du Grand Dragon.

Après Svastika et Le Seigneur des Runes, voici la suite des aventures d'Arno von Hagen.

Résumé des épisodes précédents :

Parce qu'il a refusé ses faveurs à Asbod, la maîtresse de son père, Arno von Hagen, de jeune seigneur riche et puissant va devenir esclave et toute sa famille est décimée, périssant sous la hache du bourreau à la suite d'un horrible complot.

C'est l'an 800 du Reich et l'Allemagne étend sa puissance, sa domination sur pratiquement toute l'Europe. Mais une Europe qui est redevenue médiévale, superstitieuse, livrée aux mains de sectes secrètes et jalouses les unes des autres.

Parmi ces sectes avides de pouvoir, la Sainte-Vehme, qui ressemble à s'y méprendre à l'Inquisition espagnole.

Existe également le Vril, société composée de savants et d'astrologues, et la Fraternité Runique, confrérie guerrière.

Arno von Hagen est engagé par la Fraternité Runique et grâce à sa valeur guerrière, sa bravoure, son courge, son esprit d'initiative, il monte aussi bien dans l'estime de ses nouveaux maîtres que dans l'échelle sociale.

Mais le désir de venger sa famille le taraude.

Le Vril et les Runes mettent leurs forces en commun pour lutter contre la Sainte-Vehme.

Envoyé en mission, Arno fera la rencontre en cours de route d'une jeune femme, Adallinde, qui appartient au groupe Stern. Est-elle amie ou ennemie ? Quel est ce mystérieux groupe Stern ?

 

Ce roman plein de fureur, de combats, d'actions, d'épisodes mouvementés fait penser aux bons vieux romans de cape et d'épées, avec justement ses combats, ses traquenards, ses sociétés secrètes, ses héroïnes mystérieuses.

Un roman fort, bien enlevé, rapide, et qui ne laisse qu'un regret : attendre quelques semaines ou mois pour connaître la suite des aventures du jeune Arno et de ses compagnons. Un roman, ou plutôt une série au souffle épique, digne des grands feuilletonistes des siècles derniers.

 

Première édition collection Anticipation N°1640. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1988. 192 pages.

Première édition collection Anticipation N°1640. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1988. 192 pages.

Alain PARIS : Sur l'épaule du Grand Dragon. Le Monde de la Terre Creuse 3. Collection Imaginarium. Editions Livre-Book. Version numérique. Parution 6 août 2016. 2,99€.

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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 14:05

Voyagez à petit prix avec Alexandre Dumas...

Alexandre DUMAS : Contes et légendes des grands chemins.

Grand voyageur, Alexandre Dumas, tout au long de ses pérégrinations, a su allier l'utile à l'agréable.

En effet, s'il voyagea de par l'Europe jusqu'en Russie et autour de la Méditerranée, ce fut tout autant pour rédiger ses romans et pièces de théâtre loin de la frénésie parisienne, parce qu'il était invité à participer à un périple, ou pour un mariage, comme celui du duc de Montpensier à Cadix, profitant de l'éloignement pour continuer sa route, ou tout simplement pour fuir ses créanciers.

Ainsi il a récolté, de l'Allemagne jusqu'en Tunisie, en passant par la Suisse, la Provence, l'Italie, l'Espagne, l'Algérie et la Russie, des légendes, des contes, des histoires réelles ou imaginaires, les embellissant, leur donnant du volume, des couleurs, leur offrant un écrin avec sa plume si virevoltante et enjouée.

Ces textes, il les compilait dans ses Impressions de voyage, que ce soit Voyage au Caucase, Le Véloce, Une année à Florence, Midi de la France et bien d'autres qui relatent ses différents parcours, les décors et les gens qu'il a connus ou rencontrés, ses impressions justement, ses aventures et mésaventures ainsi que les contes et légendes qu'il écoutait et notait précieusement.

Claude Seignolle a compilé des contes et légendes des provinces françaises, mais Dumas débute ses textes en se mettant lui-même en scène. Et même n'hésitant pas à payer pour que son interlocuteur lui raconte une histoire particulièrement intéressante, comme il l'avoue dans Ponce Pilate, qui se déroule en Suisse.

Il n'hésite pas non plus à s'arrêter en cours de narration pour apporter des explications, qu'il juge utiles, et qui bien entendu le sont. A cette époque, les voyages n'étainet pas de mise comme de nos jours et de plus le commun des mortels n'avait pas accès à des renseignements que l'on puise aujourd'hui allègrement dans des sites Internet. Ainsi au cours du récit intitulé Comment Don Villani prouva sa mort, écrit-il :

Pardon encore de cette nouvelle digression; mais, comme nous marchons sur un terrain à peu près inconnu à nos lecteurs, nous allons leur expliquer d'abord ce que c'est que les pauvres de saint Janvier, puis nous reprendrons cet intéressant récit à l'endroit même où nous l'avons interrompu.

Quant à Don Villani, il s'agit d'un homme qui se fit enterrer quelques jours avant que Dumas arrive à Naples, mais qui vit toujours. Don Villani est un homme impécunieux qui cherche par tous les moyens à se refaire une santé côté finances. Dumas est étonné de l'encombrement qui règne dans la Forcella, la rue des avocats et des plaideurs, et l'explication tient en ces quelques mots : il y a procès entre la confrérie des pèlerins et Don Philippe Villani et ce seigneur a été assigné afin de prouver légalement qu'il était mort. Mais qu'est-ce cette confrérie des pèlerins et pourquoi Don Villani doit-il prouver qu'il est mort, c'est ce que Dumas nous dévoile dans ce qui pourrait être une farce, une pantalonnade à l'italienne.

 

Ce n'est point à bord d'un paquebot moderne, dirigé parfois par un capitaine inconséquent qui fracasse son navire sur un rocher, mais dans un cabriolet ou à cheval que Dumas nous entraîne dans son périple, nous faisant partager ses rencontres.

Trente cinq historiettes sont recueillies dans ce volume et douze d'entre elles concernent l'Allemagne, grande pourvoyeuse d'histoires mystérieuses et ensorcelantes, à fortes connotations religieuses, mais sans prosélytisme, et leur pendant démoniaque avec des personnages ayant réellement existés dont l'aura n'est pas éteinte, ainsi que dans les légendes populaires comme celles mettant en scène fées et ondines.

Parmi celles consacrées à l'Allemagne, Dumas ne pouvait pas échapper à la légende de la Lorelei, La sirène du Rhin, cette nymphe qui attire les voyageurs grâce à son chant et fracasse leurs embarcations contre les rochers. Mais d'autres contes sont plus surprenants par leur origine ou les personnages qui en sont les héros.

Alexandre DUMAS : Contes et légendes des grands chemins.

Ainsi dans Saint Goar le batelier, contemporain de Charlemagne qui lui offrit un collier préparé par Merlin, le personnage principal aide les voyageurs à traverser le Rhin en les invitant sur sa barque. Au cours du transfert, il demandait à ses passagers à quelle confession religieuse ils appartenaient. Et lorsqu'il était persuadé être face à un hérétique, il le baptisait rapidement et le jetait à la baille. Une forme catholique d'intolérance religieuse.

Nous retrouvons Charlemagne dans La maison de l'Ange, comme bâtisseur et transplanteur de la vigne d'Orléans sur les terres d'Ingelheim. Non seulement les ceps s'acclimatent sans problème, mais au contraire prolifèrent et offre un vin en qualité et quantité irréprochable. Une nuit, Charlemagne entend une voix qui lui ordonne Charles, lève-toi et vole. Obligé d'exécuter cette requête, au bout de trois récidives, Charlemagne se lève en pleine nuit. Il s'aperçoit alors que quelqu'un vient de lui voler son casque. Il s'agit d'un nain farceur qui lui propose un étrange marché.

Soit il s'agit d'une erreur typographique, soit Dumas s'est emmêlé dans les dates, mais selon le texte la construction du palais d'Ingolsheim aurait été décidée en 868 et la fin de son érection en 874. Or Charlemagne est décédé en 814. De plus il ne fut sacré empereur qu'en l'an 800, et donc cette demeure ne pouvait être qualifiée d'impériale à la fin de sa construction.

Restons encore le temps d'une histoire avec Charlemagne pour aborder celle de son neveu Roland, qui selon les historiens trépassa à Roncevaux. Mais qu'est-il arrivé à Roland, après Ronceveaux, ce preux chevalier qui avait laissé en Allemagne une belle jeune fille, Hildegonde, dont il s'éprit et dont en retour il était également aimé ?

Si Le diable et l'architecte est placé sous le signe de l'orgueil et pourrait figurer comme une parabole issue du Nouveau Testament, dans Les deux bossus le sentiment de jalousie est prédominant. Un conte que les frères Grimm n'auraient pas désavoué.

Mais avant de passer rapidement de l'autre côté de la Méditerranée, arrêtons-nous en Provence, avec La Tarasque, et cette fois encore nous sommes entraînés dans une histoire du Nouveau Testament et historique à la fois, puisqu'elle met en scène Marie-Madeleine, Marthe et Lazare. Une légende qui explique la vénération portée à Sainte Marthe par les habitants de Tarascon, une petite ville chère à un certain Tartarin de Daudet, et dont le nom a pour origine la Tarasque, un animal d'aspect rébarbatif qui pourrait rappeler un dragon. Mais des représentant de cet animal existent encore de nos jours et il n'est donc pas né de l'imagination populaire.

Dirigeons-nous maintenant vers Cadix, en l'an 711. Le roi Rodrigue règne sur l'Espagne, mais à cause de l'amour porté à une femme Doña Florinde et à une mauvaise interprétation d'une prédiction. Et c'est ainsi que les Mores envahirent le royaume hispanique et continuant leur chemin traversèrent les Pyrénées et remontèrent jusqu'à Poitiers. Mais ceci est une autre histoire.

Pour finir ici notre voyage, mais celui du lecteur continue jusqu'en Russie, dernière halte à Tunis avec Le Prince Charmant, qui ne l'était pas du tout. Par dérision et par compassion, ce jeune homme fut dénommé ainsi, dès sa naissance à cause de sa laideur. Le Bey, son père, avait exigé qu'aucun miroir lui soit présenté et ainsi il vécu durant une vingtaine d'années dans cette erreur et ce mensonge. Une historiette qui aurait pu figurer dans les contes des Mille et une nuits.

Alexandre DUMAS : Contes et légendes des grands chemins.

Table des matières :

Préface de Francis Lacassin.

Aix-la-Chapelle :

Les deux bossus

La ruelle des lutins

Cologne :

Le diable et l'architecte

Les onze mille vierges

Au fil du Rhin :

Saint Goar le batelier

La sirène du Rhin

La maison de l'Ange

Le rocher du Dragon

Roland, après Roncevaux

Le chemin du diable

Le nain du lac et la dame noire

La fée des eaux

Suisse :

Le pont du Diable

Histoire d'un chien

Ponce Pilate

Comment Saint Eloi fut guéri de la vanité

Provence :

La Tarasque

Le dragon des chevaliers de Saint Jean

La chemise de la Sainte Vierge

Naples :

Le moine de San'Antimo

Comment don Philippe Villani prouva légalement sa mort

Le mariage sur l'échafaud

Cordoue :

Le cigare de Don Juan

Cadix :

Le roi Rodrigue

Tunis :

Les bonnets de coton

La tasse d'argent du bey

Le Prince Charmant

Bône :

Le lion et les Arabes

Constantine :

L'homme au couteau

Russie :

Un spirite

Le quarantième ours

Une légende de la forteresse de Saint-Pétersbourg

Les esprits sont revenus

Mort et résurrection d'Ivan le Terrible

Alexandre DUMAS : Contes et légendes des grands chemins. Préface de Francis Lacassin. Collection Omnia. Editions Bartillat. Parution janvier 2012. 378 pages. 12,00€.

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 14:54

Une enquête d'Eliot Ness ...

Bob GARCIA : L’Ipotrak noir.

Une nuit de 1930, Eliot Ness, qui venait à peine de se coucher, est appelé pour l’explosion du club de jazz le Comedia, l’un des hauts lieux de rencontre de la pègre locale.

Les pompiers tentent de circonscrire les flammes qui embrasent le quartier et les ambulanciers ont déjà évacué deux survivants. Gerry, trompettiste de jazz, qui donnera une fausse identité, et un amnésique qui s’affublera du nom de Peter Riendutout mais porte un bracelet avec les initiales S.C. ne font pas de vieux os à l’hôpital.

Parmi les décombres Ness et ses hommes retrouvent le patron du club qui parvient peu avant son décès à prononcer quelques mots, rien de bien concret. Un autre survivant s’enfuit dans le noir.

Pendant ce temps dans un restaurant situé à l’autre bout de la ville, sont réunis Al Capone, Penderson, le maire de Chicago, Wesley, entrepreneur de BTP et Emma, sa femme, une épouse effacée qui vit avec des souvenirs, et Tingle, journaliste à la botte du truand. Il s’agit de mettre au point un nouveau racket sur la crémation et un chantier d’intérêt général consistant à élargir les rues de la ville.

Ness, lui aussi, est rongé par des souvenirs qui le taraudent la nuit sous forme de cauchemars. Son enfance perturbée dont font partie Emma et Wesley, avec en prime le cadavre d’une gamine.

Gerry et Peter (respectons son choix de prénom, qui n’est pas le sien, de choix, mais celui de Wendy, la fille de Gerry lequel vit avec son père et ses enfants qui ne sont pas ses enfants, mais bon le sujet n’est pas là…) sont donc sortis des griffes de la police, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Tingle, journaliste véreux, si ça existe, la preuve, annonce dans un article que S.C. ça veut dire Stanley Creeps.

Peter croit avoir retrouvé son identité, hélas lorsqu’il arrive chez le dénommé Creeps, détective de son état, c’est pour être confronté à un mort de fraîche date. Les policiers sont sur ses talons et il a juste le temps de leur fausser compagnie.

 

Ce ne sont que les débuts d’une aventure concoctée par Bob Garcia, aventure qui pourrait se décliner en trois actes et un tableau final et dont la décomposition serait : primo roman criminel avec Al Capone dans le rôle du méchant, châtié à la fin comme de bien entendu, deuzio le roman du souvenir et du suspense avec les doubles quêtes de Ness s’accrochant à un souvenir infantile tenace et celui d’un amnésique à la recherche de son patronyme et de sa profession, enfin tertio une partie empruntant au roman d’aventures exotiques et mystérieuses dont le cadre est emprunté aux découvertes égyptologiques.

Quant au final, éblouissant et à double détente, il réserve de nombreuses surprises et donne la clé à un roman dont le lecteur pouvait se demander pourquoi il existait tant d’épisodes différents qui se succédaient sans avoir véritablement de lien, sauf celui de l’amnésique et du personnage bien réel de l’incorruptible.

Un premier roman, si je ne m’abuse, qui use de nombreuses ficelles mais avec une maestria indéniable et une volonté de renouveler le genre, d’épater le lecteur. Bref une réussite qui augure d’une imagination fertile tout en se demandant si l’auteur ne s’est pas laissé à trop vouloir en mettre et risqué de se griller les ailes avec un seul livre alors qu’il avait la possibilité et la trame d’en écrire plusieurs .

Bob GARCIA : L’Ipotrak noir. Editions E-Dite. Parution 8 Mars 2004. 350 pages.

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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 13:58

Et l'amas est mon tout... comme dirait Serge.

P.-J. HERAULT : La fédération de l’amas.

Au bout de onze ans de guerre, Procyon et Altaïr ont signé un traité de paix. Les soldats n’ont plus la cote.

Ils sont poursuivis, asservis, tabassés dans la plupart des cas.

Ael Madec, ex capitaine des Brigades d’Assaut d’Altaïr et son compagnon et ami le Sarmaj Michelli en font la douloureuse expérience dans une cafet’ d’une obscure petite planète peuplée de pionniers. Les consommateurs s’en prennent à une jeune militaire de Procyon, Katel qui comme eux porte les costumes défraîchis de l’armée. Malgré la virulence de leurs agresseurs, ils parviennent à prendre la fuite à bord de leur barge, un surplus qu’ils ont acquis grâce à leur pécule, semant leurs poursuivants dans un amas de météorites. Ils atterrissent sur une planète inconnue, composée principalement de sable et de mers.

Lors de leur exploration, Ael trouve des sortes de roses des sables, rouges et vertes, translucides, puis d’autres, plus rares de couleur blanche. Bientôt les trois compagnons s’aperçoivent que ces pierres en forme d’étoile leur confèrent d’étranges pouvoirs.

D’abord c’est la télépathie qui se manifeste, puis la télékinésie, enfin le téléportage. Mais ce n’est pas tout. Ils se mettent en relation avec les auras, les âmes des morts. Ils quittent la planète et se posent sur une autre qui elle est plus habitable et qu’ils nomment Amas II.

Ael pense pouvoir trouver un débouché financier en se servant de leurs trouvailles et les trois compagnons repartent vers des satellites d’Altaïr. Là ils se rendent compte que la traque des anciens soldats est de plus en plus virulente.

Ael décide alors de déclarer sa découverte auprès de l’Organisation des Fédérations Galactiques et d’en demander la protection. Ainsi ils possèderont un statut particulier qui devrait les mettre à l’abri de toutes représailles et de réunir leurs anciens compagnons d’arme, de Procyon ou d’Altaïr afin de constituer une communauté paisible sur Amas II.

 

La Fédération de l’Amas est le genre de livre, qui malgré ses 400 pages, se dévore d’une traite et l’on aimerait qu’il ne se termine jamais.

Beaucoup d’action, de suspense, mais aussi d’humanisme. Ael est parfois, à son grand regret, contraint de déroger à ses engagements moraux. Lui qui se veut pacifiste est obligé d’utiliser la manière forte. Comme quoi tout ne se règle pas toujours par des grandes paroles et des envies.

Il faut se montrer convaincant et belliqueux, malgré soi, d’une façon expéditive quitte à gérer seul ses états d’âme. Et lorsque l’un des protagonistes déclare que l’Etat, afin de se concilier les bonnes grâces de son électorat, de mettre à l’index les combattants qui furent un temps les héros, malgré eux, les sauveurs recrutés, on ne peut s’empêcher de penser à ce que sont devenus les ressortissants Africains et les Harkis lorsque la paix a été signée entre les nations belligérantes.

Mais ceci n’est qu’un aspect du roman qui comporte un message d’espoir.

P.-J. HERAULT : La fédération de l’amas. Collection Blanche. Rivière Blanche N°2005. 392 pages. 20,00€.

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 12:38

Le jeu des 7 terreurs ou Vous reprendrez bien une bonne dose de Haig...

Thierry PONCET : Les guerriers perdus.

1982. Île de Mindanao, Philippines.

Un sale tour que vient de jouer Vanda à ses compagnons et aux ouvriers qui travaillaient dans la mine d'or. Elle a tout fait sauter et s'est emparée du trésor amassé et de l'argent glané durement. Tout le monde connaissait la combinaison du coffre-fort, elle n'a eu aucune difficulté pour l'ouvrir. Seize mineurs philippins sont restés enfouis dans les décombres de la montagne. Quelques-uns en ont réchappés, et parmi eux les sept aventuriers, les sept mercenaires de la chasse aux butins conquis légalement ou non.

Les sept compagnons ne peuvent que constater les dégâts et se promettre de se venger de Vanda, la belle et fougueuse aventurière qui vient de les spolier et mettre dans la panade avec des morts sur les bras.

Cette petite bande est composée de Carlo, l'ancien légionnaire, chef non désigné officiellement mais dont le charisme subjugue ses compagnons qui lui obéissent sans rechigner.

Félix, son bras droit et son copain, plus petit et tout aussi trapu. Blond de cheveux tandis que Carlo est noir de poils.

Baltimore, le gros Juif américain et Kazan, le Kurde, Loum, le Thaï ancien champion de boxe, Boogie, le Français de Bordeaux, mécano à l'éternelle salopette maculée de gras, et enfin Haig, le gamin d'à peine dix-neuf ans, parti à l'aventure en compagnie de ces vieux briscards.

Ils se quittent en se promettant bien de mettre tôt ou tard la main sur Vanda, et de lui faire payer largement son forfait.

 

1990. Irlande.

Huit ans plus tard, Haig a roulé sa bosse un peu partout et même ailleurs. Traficoté de tout. Il a hérité d'une vieille baraque située sur la côte nord de l'Irlande. Il s'y repose entre deux aventures, rédigeant ses mémoires.

En 1988, un vieil habitant du port situé non loin fait intrusion dans son domicile. Ce n'est pas pour boire son whisky, quoique, qu'il investit ainsi la pièce où réside Haig, mais pour lui annoncer que deux hommes désirent le voir. Il s'agit de Carlo et Félix qui ont retrouvé la trace de Vanda en Floride, à Miami. La jeune femme dirige une boîte de nuit, le Wendy's, et le moment est venu de tenir leur promesse.

Ils partent à la recherche des autres compagnons, sauf Baltimore qui est déjà sur place et leur a signalé cet endroit. Seul Boogie qui s'est installé à Gao, au Mali, est propriétaire d'un garage prospère et il refuse de repartir à l'aventure. Les cinq hommes, Carlo, Félix, Loum, Kazan et Haig arrivent donc à Miami où ils rejoignent Baltimore, l'organisateur et le régisseur de ce qui va devenir un massacre.

Mais pas comme Carlo et ses compagnons l'avaient imaginé. Un fiasco enregistré, non pas à cause d'un manque de préparation, mais à la faute à pas de chance et aux impondérables qui surgissent toujours au moment où l'on s'y attend le moins. Alors, direction pour les survivants le Mexique, puis chacun pour soi.

Jusqu'au jour où Haig, continuant à parcourir le monde et trafiquant avec la même constance, apprend que Vanda est toujours vivante et s'est réfugiée en Albanie, au cœur des Balkans, dans une citadelle en haut d'un mont et jugée imprenable.

 

Successeur des aventuriers célèbres, Haig est une sorte de Bob Morane mâtiné de Corto Maltèse et de Doc Savage, pour la version papier, et pour la version historique et non fictionnesque, des hommes nommés Henry de Monfreid et de Joseph Kessel, ou encore Cizia Zyké qui fut le mentor de l'auteur, mais en plus violent, plus brigand, plus en marge de la légalité.

Roman d'aventures dans la plus pure acception du terme, Les guerriers perdus est une histoire d'amitiés, de vengeance, pleine de bruit et de fureur.

Mais c'est également l'occasion pour Thierry Poncet de décrire la situation géopolitique et sociale de l'Albanie après la chute d'Enver Hodja, dictateur d'obédience communiste de 1946 à 1985, date de sa mort. Le pays, à l'époque où se déroule cette histoire, se relève peu à peu de l'isolement dans lequel il était confiné, après la rupture avec toutes les puissances communistes soviétiques, en 1956, et chinoises en 1978, Hodja étant un fervent admirateur de Staline.

 

Thierry PONCET : Les guerriers perdus. Haig 2. Editions Taurnada. Parution 1er août 2016. 242 pages. 9,99€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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