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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 10:31
Tonino BENACQUISTA : La Maldonne des sleepings.

Couché dans le train avec la nuit pour témoin...

Tonino BENACQUISTA : La Maldonne des sleepings.

Antoine est couchettiste. C'est à dire qu'il travaille à la compagnie des Wagons-lits et non pas qu'il se couche n'importe où et avec n'importe qui. Il est employé, pas forcément pour son plaisir, sur le Galiléo, Paris-Venise ou Paris Florence, selon les cas, des voyageurs tarifés 2ème classe. Il réceptionne les clients, s'occupe des passeports, des billets, fournit la literie, sert d'intermédiaire avec les douaniers et les contrôleurs français, suisses ou italiens, fait office de réveille-matin.

Dans les bons jours, ou plutôt les bonnes nuits, il peut se reposer un peu. Et comme le veut la légende accrochée aux pompons des marins, une femme au départ et une à l'arrivée.

Souvent il tombe sur des grincheux, des inquiets, des bavards, des exigeants, des malades, mais il est habitué et d'un ton rogue, rembarre les importuns. Mais ce voyage Paris-Venise, il s'en rappellera.

Que n'a-t-il changé avec Eric, un de ses collègues qui désirait permuter de destination. D'abord un des voyageurs se plaint de ce que son portefeuilles a pris la fille de l'air. Ensuite il en découvre un autre dans sa cabine, sous son lit. Crime de lèse-majesté ! Viol de propriété privée ! Foi d'Antoine, cela ne se passera pas comme ça.

Mais l'autre s'accroche comme une sangsue, et les ennuis déboulent, s'accumulent, une cascade niagaresque dans son compartiment.

Les douaniers, des truands et d'autres personnages louches aux prétentions mal définies se passent le relais, à croire que la Terre entière s'est liguée contre lui.

 

Ce roman de Tonino Benacquista, le premier à la Série Noire, mais le deuxième dans l'œuvre de l'auteur après Comme une pin-up épinglée dans un placard de G.I, démarre un peu à la vitesse d'une micheline, mais prend bientôt un rythme de croisière pour s'achever comme un TGV brûlant les étapes.

Il nous fait découvrir les aspects d'un métier qui pour beaucoup signifient vacances, soleil et Dolce Vita. L'envers, l'enfer ? du décor n'est guère reluisant et couchettiste n'est vraiment pas un métier de tout repos.

 

Tonino BENACQUISTA : La Maldonne des sleepings.
Tonino BENACQUISTA : La Maldonne des sleepings.
Tonino BENACQUISTA : La Maldonne des sleepings.

 

Curiosité :

Ce titre a également été utilisé par Gilles Soledad en 1981 pour un roman publié à La Brigandine.

 

Tonino BENACQUISTA : La Maldonne des sleepings.

Tonino BENACQUISTA : La Maldonne des sleepings. Série Noire N°2167. Parution février 1989. 256 pages. Réédition Folio Policier N°3. Parution octobre 1998. 288 pages. 8,00€. Folio Policier N°340. (contient 4 romans). Parution mai 2005. 896 pages. 12,40€.

Une version illustrée par Jacques Ferrandez a été publiée chez Futuropolis/Gallimard en octobre 1991. 456 pages. 9,30€. Retrouvez ces ouvrages sur le site de la Série Noire.

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 13:37

Et de miroirs...

Ivan ZINBERG : Jeu d'ombres.

Tricher s'avère plus long, plus fastidieux et demande plus d'énergie afin de connaître les bonnes réponses lors d'un concours ou d'un examen que de réviser. Mais certains ne peuvent s'en empêcher et parfois cela débouche sur des conséquences imprévisibles.

Scott Borland est un élève qui ne panique pas lors des examens. C'est un tricheur professionnel de l'université de Seattle, état de Washington, qui arrive décontracté et sait qu'il obtiendra un A+ comme résultat. Pirate informatique il déniche les sujets soit en s'infiltrant dans les ordinateurs des professeurs, soit en les écoutant discourir grâce à un astucieux système de micros disposés un peu partout dans le campus et les salles des enseignants. C'est ainsi qu'il apprend que le prochain devoir proposé par le professeur Thompson traitera des induction embryonnaires mais autre chose attire son attention. Miller, prof de génétique végétale, et Thompson se donnent rendez-vous à minuit dans une salle située en sous-sol d'un des bâtiments de l'université. Scott se promet fort d'y faire un petit tour afin de savoir ce que trament les deux enseignants.

Il vit dans un studio qu'il partage avec un condisciple, devenu son ami, Thomas Ellory, studio qui est un véritable foutoir. Si Scott est d'apparence cool et conventionnel, Thomas lui plutôt du genre hard rock gothique. Et ils ne s'embarrassent pas du ménage, laissant trainer partout canettes de soda, reliefs de pizzas et autres bricoles dont slips et chaussettes sales. Que voulez-vous, un étudiant, ça étudie (ou ça triche), ce n'est pas programmé pour le rangement.

Le lendemain matin, le professeur Thompson est retrouvé mort par le gardien au milieu de l'encombrement indescriptible qui règne au premier sous-sol. L'assassin s'est acharné car les rotules, les bras ont été brisés par des coups de revolver et il a achevé sa victimes par deux balles dans la tête. Selon le légiste, l'agonie aurait duré au moins une demi-heure. Peu après les disparitions de Miller et d'un autre professeur sont enregistrées. Le capitaine Fleming est chargé de l'enquête. Fleming, qui doit faire valoir ses droits à la retraite dans quelques mois, sait qu'il doit conclure rapidement et avec brio cette affaire car il brigue la mairie de Blackstone, petite ville de la banlieue de Seattle où il vit avec sa femme dans une luxueuse villa.

 

Un peu près au même moment, à Portland dans l'Oregon, à près de trois cents kilomètres de Seattle, un cadavre calciné est découvert dans une forêt. Or bizarrement le corps a été déterré après avoir séjourné dans la terre pendant près de quatre ans. Près de lui des papiers, eux aussi a moitié brûlés sont retrouvés. Un peu plus loin, une pelle et deux jerricans ont été oubliés, sciemment sans aucun doute. Le lieutenant Lorenzo arrive aussitôt sur place et procède aux premières constatations en compagnie de ses adjoints. Grâce à l'informatique et une recherche sur les personnes disparues depuis quatre ans, ainsi qu'à l'étude du crâne par comparaison, il s'avère que le défunt est un peintre assez renommé disparu sans laisser de traces. Il s'agit de Joseph Ziegler dont l'art pictural lorgnait du côté gothique, inventant une nouvelle tendance, le Crash. De même les papiers permettent de découvrir l'identité supposée de celui qui a défoui le corps. Et cela mène les enquêteurs sur la piste de Martin Bosc, un adolescent qui n'a plus donné de ces nouvelles le même jour que la disparition du peintre.

Lorenzo est un dipsomane, consommant jusqu'à deux litres de Bourbon ou whisky par jour. C'était un roc, il l'est encore apparemment, mais il est en proie à des vertiges et des tremblements lorsqu'il n'a pas ingurgité sa dose quotidienne d'alcool. Cette addiction a été provoquée trois ans auparavant par la perte de sa femme et de deux de ses enfants. Un chauffard les avaient fauché dans la file d'attente du cinéma. Seul Miles, le petit dernier âgé maintenant de cinq ans a survécu. Et une suspension plane sur sa tête, qui par ailleurs est toujours abritée par un bonnet noir informe. Et la suspension va tomber quelques jours plus tard, à cause d'une grosse bavure funeste, ce qui ne va pas l'empêcher de continuer coûte que coûte son enquête. Toutefois, il réussit auparavant à contacter la tante de Martin Bosc et découvre quelques éléments qui vont l'aider dans son enquête, une photo notamment. Martin Bosc avait perdu ses parents une dizaine d'années auparavant, d'un accident de voiture, et il s'en était sorti miraculeusement. Lorenzo rencontre également Anouk Stern, la psychothérapeute qui a eu Martin Bosc comme patient.

 

Bientôt ces deux affaires vont se rejoindre et Lorenzo, accompagné de la psychothérapeute, se rend à Seattle où Fleming sue sang et eau, il pèse cent-quarante kilos pour un mètre quatre-vingts, pour traquer le coupable. Heureusement Fleming est aidé par Scott le pirate, qui lui délivre des infos, des conseils, des marches à suivre, des pistes, par messages téléphoniques. Et il ne peut se rebeller ni se retourner contre son informateur trop bien renseigné, car celui-ci connait trop de secrets sur sa vie privée et ses comptes bancaires.

 

Une intrigue tirée au cordeau, millimétrée et surtout minutée dans le temps. L'histoire débute le mardi 24 juin 2014 à 10h23dans le comté de Hood River, dans l'Orégon, lorsque Lorenzo arrive sur les lieux de la crémation de cadavre, mais dans le chapitre suivant, nous somme invité à suivre Scott à l'université de Seattle, état de Washington, le lundi 23 juin 2014 à 13h55. Ensuite par le jeu subtil entre les allers et retours de lieux et dans le temps, nous arrivons jusqu'à la fin de l'enquête, assez brutale, jusqu'au lundi 30 juin 11h45. Entre-temps, le lecteur n'aura guère le temps de souffler en suivant notre trois protagonistes principaux.

Mais d'autres portes s'entrouvrent et le lecteur pourra s'immiscer dans le domaine des savants fous, des biologistes et chercheurs agronomes dans une exploration des organismes génétiquement modifiés pour des profits mercantiles. Bien entendu, le FBI n'est pas loin, et le lecteur ne sera pas déçu de se rendre compte que derrière l'agence fédérale, le gouvernement états-uniens joue un double-jeu. Enfin, et c'est une découverte pour moi, l'un des sujets traités est celui du syndrome de Beckermann, ou Trouble de la Personnalité Glissante, qui explique les motivations du tueur, et ce sans vouloir entrer dans des détails qui défloreraient trop l'intrigue.

Un roman qui n'a rien à envier aux formatés Américains, et qui promet de beaux jours à son auteur.

Ivan ZINBERG : Jeu d'ombres. Première édition : Editions Critic. Collection Thriller. Parution le 6 mai 2014. 510 pages. 20,00€. Réédition Editions Points. Parution 11 juin 2015. 504 pages. 8,30€.

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Published by Oncle Paul
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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 12:35
Jack EARLY : La mort dans l'art

Combien ce mannequin dans la vitrine ?

Jack EARLY : La mort dans l'art

Fortune, diminutif de l'italien Fortunato, Fortune est un détective privé et ancien policier.

Mais s'il a quitté son ancien métier, ce n'est pas à cause d'une blessure ou d'un renvoi, mais uniquement parce qu'il a hérité d'une somme d'argent assez conséquente.

En réalité il est détective par plaisir et parce qu'il faut bien s'occuper dans la vie, bien que la garde de ses deux enfants, suite à son divorce, lui procure pas mal de soucis et de travail.

Il vit à Soho, un quartier new-yorkais envahi peu à peu d'artistes et de boutiques dans le vent.

Or justement un jour, dans l'échoppe de vêtements sise en face de chez lui, en vitrine un mannequin fait plus vrai que nature. Mais un mannequin qui saigne de la tête, ce n'est pas vraiment normal. Il s'agit d'une jeune fille qui a quitté le domicile familial, à la recherche de son jeune frère, fugueur lui aussi.

Fortune est chargé par leur oncle de rechercher, primo le meurtrier de Jennifer, secundo, Patrick qui avait donné de ses nouvelles à Jennifer peu de temps auparavant et qui de nouveau a disparu.

 

Une enquête qui fera découvrir à Fortune des endroits et des personnages dont il ne soupçonnait pas l'existence. Il fera la connaissance d'une voisine, jeune femme, divorcée elle aussi, qui saura lui remonter le moral au bon moment.

 

Sous l'alias de Jack Early se cache Sandra Scoppettone qui écrivit également avec succès les aventures Lauren Laurano, détective privée lesbienne. Ses romans ont été édités au Fleuve Noir, et celui-ci a été réédité sous le même titre en 2003 mais sous le nom de Sandra Scoppettone, puis chez Pocket.

Jack EARLY : La mort dans l'art
Jack EARLY : La mort dans l'art

Jack EARLY : La mort dans l'art (A Creative Kind of Killer - 1984. Traduction de France-Marie Watkins). Série Noire N°2033. Parution janvier 1986. 256 pages.

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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 13:19

Hommage à Robin Cook, le Britannique, né le 12 juin 1931.

Robin COOK : Mémoire vive.

Le roman noir n'a pas pour objectif de distraire; sa fonction est d'informer la société sur certains de ses aspects en lui montrant la mauvaise image dans le miroir, l'image d'elle-même qu'elle refuse de voir comme l'ont fait Edwin Drood, Le Procès, Thérèse Raquin, Erostrate, Le grand Sommeil ou Les copains d'Eddie Coyle. On ne peut pas séparer le meurtre, le chantage et les représailles du reste de la réalité, car sinon, vous obtiendrez un résultat bâtard qui passera à côté de tout ce qui a une chance d'éveiller, même confusément, les sentiments et la conscience du lecteur.

 

Ce credo, cette profession de foi, Robin Cook va tenter de l'expliquer tout au long de ses mémoires cachant ses années de jeunesse, ses années d'errance derrière la pudeur de l'homme secret.

Certes Robin Cook parle de son enfance, de l'indifférence de son père, du non amour qu'il voue à sa mère, de sa scolarité à Eton et dans une école privée et de ses vagabondages.

Le refus de ressembler à son entourage lui ordonne de vivre différemment, à la recherche d'un Graal de liberté, de justice et de compréhension du monde et de l'humanité en ce qu'elle recèle de plus inquiétant.

Cook est un être torturé, déchiré, sensible. L'amitié, l'amour ne sont pas de vains mots. Il goûte à une joie simple, dénuée de toute hypocrisie. Du milieu huppé de son enfance à la maison d'ermite dans laquelle il vit maintenant la plupart du temps, ses incartades à peine évoquées avec la pègre londonienne, il tisse un voile pudique, s'étendant plus volontiers sur la mort. Celle de ses amis, des femmes qu'il a connu, la mort qu'il a côtoyé personnellement.

Il se réfère souvent à des poètes méconnus, mais également à Sartre ou à Orwell.

 

La lecture de Mémoire vive nous propose l'autre facette de ce grand échalas dégingandé, affublé d'un inamovible béret, à la faconde joyeuse qu'il affiche lors des réunions polardesques.

Le personnage public s'efface devant l'homme. Et l'on comprend le grand débat intérieur qui l'agite et transparait dans ses romans.

 

Robin COOK : Mémoire vive.

Robin COOK : Mémoire vive. Traduit de l'anglais par Jean Esch. Collection Ecrits Noirs. Editions Rivages. Parution décembre 1993. 338 pages. Réédition Rivages/Noir N°374. Parution novembre 2000. 10,65€.

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12 juin 2015 5 12 /06 /juin /2015 12:46
Marvin ALBERT : Le paradis des poulettes.

Le paradis accueille beaucoup de monde, n'est-il pas ?

Marvin ALBERT : Le paradis des poulettes.

Ilona, jeune fille d'origine hongroise, fausse compagnie à son ami resté sur son yacht et demande à Pete Sawyer de remettre un pli à Désiré Brissac.

Le destinataire du pli, lui aussi exilé hongrois, est un camarade de Pete, de même que sa femme Mireille qui fut le premier amour du détective. Lorsqu'il arrive chez Désiré, Pete butte sur Roland, un tueur à gages qu'il a déjà eu l'occasion de rencontrer.

Le Hongrois a disparu depuis quelques jours et Mireille est inquiète. Sawyer prend en charge la jeune femme et sa fille et se fait traduire par une amie la missive destinée à Brissac dans laquelle Ilona prévient l'immigré qu'il est en danger, à cause de son passé et de ses activités annexes de mercenaire. Sawyer rencontre ou téléphone à de nombreuses relations. Désiré est localisé. Blessé il s'est réfugié chez un toubib.

Pete se rend chez le docteur, aperçoit Désiré qui s'enfuit laissant derrière lui le médecin mortellement atteint et un tueur dans le même état. Sawyer est pris en filature mais il parvient à échapper à ses poursuivants. Les indications recueillies l'amènent à la famille Falicon, fort bien connue du milieu policier mais intouchable. La grand-mère, surnommée la Vieille Araignée, a monté une entreprise prospère spécialisée dans l'espionnage industriel, et le petit-fils a élargi ses activités en fournissant des armes et des mercenaires, à des pays africains.

 

La série des Pete Sawyer prend son rythme de croisière, c'est à dire qu'elle ronronne gentiment, et cette septième aventure de Pete Sawyer se déroule tranquillement, écrite par un auteur qui connait bien sa partition.

L'histoire est classique et ne vaut que par le regard porté par un Américain amoureux du Midi de la France qui se complait à distiller ses impressions sociologiques.

 

Il faut que tu apprennes à distinguer entre une fille de joie et une héritière qui donne la joie.

 

Curiosité :

Le Paradis des Poulettes est le surnom donné par une paparazzi à la Côte d'Azur. Ce roman est dédié aux gendarmes d'Eze et de Cap d'Aïl.

 

Marvin ALBERT : Le paradis des poulettes. (Bimbo heaven - 1990. Traduction de Simone Hilling). Série Noire N°2236. Parution juin 1990. 320 pages. 8,55€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 10:49

Bon anniversaire à Frédérick Tristan, né le 11 Juin 1931 à Sedan, écrivain et poète. Frédérick Tristan a utilisé le pseudonyme de Mary London entre 1986 et 2001 pour signer une douzaine de romans policiers relatant les Enquêtes de sir Malcolm Ivory.

Mary LONDON : Un meurtre chez les Francs-Maçons.

Sir Malcolm Ivory est appelé à la rescousse par son ami le superintendant Douglas Forbes, lequel est complètement débordé par la nouvelle affaire qui vient de lui tomber sur les bras.

Lors d’une cérémonie maçonnique, un banquier est assassiné d’une curieuse façon. D’ailleurs tout est curieux aux yeux de Forbes et d’Ivory. Scotland Yard a été prévenu alors que théoriquement personne ne pouvait sortir du local où se tenait la réunion.

Bousculant les habitudes, une femme était présente à cette cérémonie, qui plus est la veuve de la victime, et le mort portait un tablier brodé du XVIIIème siècle. Bigre de cornegidouille, un crime en vase clos qui n’est pas pour déplaire à Sir Malcolm qui en a vu d’autres, et ne se laisse pas démonter par cet embrouillamini du plus mauvais effet, du moins dans les rangs de la Franc-maçonnerie.

Bon, qu’en quatrième de couverture soit portée la mention : voici enfin rééditée dans une traduction revue et complétée l’une des enquêtes les plus fascinantes de Sir Malcolm, cela me fait doucement sourire. Pour moi, ce n’est que farce et canular, que cette traduction dont la mention du copyright n’est même pas mentionnée, sauf un titre anglais, mais cela n’a pas valeur de preuve.

Donc pour moi il s’agit d’un auteur français qui s’amuse, et il a bien raison. Les plus intransigeants resteront de marbre devant ce texte, mais comme j’aime bien m’amuser moi aussi de temps en temps et passer de bons moments, j’ai apprécié, d’autant que ce texte est peut-être mieux écrit que certains romans que l’on nous propose parfois sous couvert de noir et de réalisme. La jalousie, personne n’y coupe, même les plus obscurs.

Lecture amusante, qui ne prend pas le chou comme savent si bien s’exprimer nos adolescents, expression qui déteint chez les plus âgés.

Cette chronique a été écrite lors de la parution de ce roman, alors que le pseudonyme de Frédérick Tristan n'avait pas encore été dévoilé.

Mary LONDON : Un meurtre chez les Francs-Maçons.

Mary LONDON : Un meurtre chez les Francs-Maçons. Une enquête de Sir Malcolm Ivory aux éditions du Rocher. Parution février 1999. 220 pages. 12,20€. Réédition Pocket décembre 2005. 212 pages. 6,10€.

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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 07:48
Gérard DELTEIL : Balles de charité.

Et pour dix balles, t'as plus grand chose...

Gérard DELTEIL : Balles de charité.

Les associations caritatives ne se comptent plus et se déclarent une guerre impitoyable.

C'est à qui aura le plus de parts de marché, le plus de partenaires sociaux, d'aides des finances publiques et de clients secourus, la meilleure image de marque. La répartition du budget humanitaire étant fonction du nombre de secourus.

Dans un Paris où les pauvres sont légion et vivent dans des quartiers déclassés, où les riches paradent dans des sites protégés tout en s'ennuyant fermement, Cesbran, l'un des employés de la Compagnie du Christ tente de sortir son épingle du jeu. Alors qu'il démarche dans une tour du Front de Seine et promet le rétablissement de l'électricité si les habitants lui confient leurs intérêts, Deschiens, le chef de marketing, lui propose une mission particulièrement délicate.

A cause de l'insécurité, des attentats terroristes, des restrictions de déplacement, les riches n'osent plus bouger de chez eux d'où leur ennui. Cesbran doit recruter parmi les déclassés des animateurs sociaux qui organiseront des soirées récréatives, racontant de quelle façon ils survivent dans leur zone, dans leur ghetto. Une mission simple en apparence, qui flatte l'égo de Cesbran mais en même temps le démarcheur se demande s'il n'est pas l'homme de paille d'un coup fourré.

Il se rend au Nouvel Auber, lieu de sa nouvelle activité, et prend contact avec le directeur d'une agence de voyage susceptible de le mettre en relation avec des personnes intéressées par ce genre de soirées. Cela ne plait guère à Dorval, héritier d'un consortium électronique mais Cesbran sait défendre sa cause. Parmi ses trois recrues, une femme, Hélène et deux hommes dont il n'est pas sûr à cent pour cent. La première soirée, avec Hélène comme animatrice, se passe bien et Cesbran est conforté dans sa mission. Il découvre dans la chambre d'hôtel voisine de la sienne le cadavre d'un journaliste, qui enquêtait sur un trafic de conserves soi-disant fabriquées pour le compte de la Compagnie par de nouveaux esclaves, ce qui est contraire à l'éthique des associations humanitaires. Il a juste le temps de copier sur disquettes les fichiers du journaliste avant l'intrusion des policiers, disquette qu'il soumet à l'un de ses amis.

L'homme est assassiné et sa femme révèle à Cesbran que la Compagnie procédait à des jeux d'écriture pour racheter des actions du groupe Dorval. Ce qui là encore est contraire à la déontologie des associations caritatives. L'un des deux collaborateurs de Cesbran, chargé de surveiller Hélène, lui apprend qu'elle bricole dans sa chambre avec du matériel électronique. Il n'a guère confiance en Hélène qu'il a vue en compagnie d'un pontife de chez Dorval puis au restaurant avec Deschiens. Alors qu'il flâne dans la Boule avec Véro, sa compagne, il est témoin d'un attentat. Les victimes se comptent par dizaines. Cet attentat a pour conséquence de faire chuter les actions du Groupe Dorval.

 

A une époque où l'on ne parle que de solidarité, aides pécuniaires, assistance en tout genre, cette vision futuriste d'un Paris contrôlé par différentes associations de bienfaisance n'est qu'une fabulation qui malheureusement risque de devenir à plus ou moins longue échéance réalité.

Un roman d'anticipation, en marge au catalogue de la Série Noire, qui malgré cette extrapolation d'un avenir plutôt sombre reste foncièrement policier et noir.

Curiosité :

Ce roman a été écrit sur une idée d'Eric Le Braz.

Gérard DELTEIL : Balles de charité.

Gérard DELTEIL : Balles de charité. Série Noire N°2213. Parution janvier 1990. 192 pages. Réédition Folio Policier N°145. Parution janvier 2000. 5,80€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 14:04

Game of drones !

Hervé SARD : Larguez les anars !

Assister à son propre enterrement, telle est la situation incongrue à laquelle participe Léo Tanguy, cyber reporter indépendant.

Sont également présents lors de cette cérémonie funèbre ses parents, ses amis, ses copains, et ceux qui le détestaient, bien contents de sa disparition. Tanguy est déguisé, maquillé, grimé, et personne ne le reconnait, ce qui était le but recherché. Cela ne l'empêche pas de se conduire en quidam ayant fréquenté Tanguy et d'étreindre quelques personnes, de leur parler, d'exprimer ses regrets. En réalité pour tester le terrain et les inconnus venus assister à son départ.

Tout a commencé par l'épandage nocturne dans un champ de maïs de larves de pyrales, ces papillons malfaisants qui détruisent en un rien de temps les plantes amoureusement cultivées par les agriculteurs désireux de fournir à leurs concitoyens la manne nécessaire à leur nourriture. La solution résiderait bien dans l'exploitation de champs de maïs OGM, cette nouvelle génération de semences rapportant gros, surtout aux laboratoires phytosanitaires, mais les réticences sont nombreuses et la confiance limitée, une alternative à l'utilisation de produits chimiques déversés en masse. Une autre solution, soi-disant plus écologique consisterait à semer du VertuMax, une plante qui annihile les chenilles. Seulement le VertuMax est invasif et se développe comme du chiendent, et lorsqu'il s'est installé quelque part, rien ne lui résiste.

Un olibrius s'est donc amusé à épandre des larves de pyrales dans le champ de Michel, grâce à des drones. Michel étant un copain du père de Léo Tanguy, le cyber-reporter s'est donc intéressé à cette affaire peu commune et ses investigations l'ont conduit jusqu'à une grange où étaient disposés sur des étagères des drones. Ce que n'avait pas prévu Léo Tanguy, c'est le coup de massue reçu sur la tête puis l'incendie de la baraquement. Léo, sorti de son évanouissement à temps avait pu récupérer un téléphone portable, contenant l'égo-portrait (pour faire simple : un selfie) de son agresseur et se carapater avant l'arrivée des pompiers. Pour tous il était mort dans l'incendie. Seuls ses parents et quelques personnes de confiance, dont la maire du village de Plouguer, sont dans la confidence de sa résurrection.

Connaître la trogne de l'agresseur c'est bien, mais encore faut-il remonter jusqu'aux commanditaires. Léo entame donc son enquête aidé par des parents et des amis indéfectibles dont Potiron, un individu à verticalité réduite. Je souligne que l'appellation de nain est devenu péjorative, comme bon nombre de mots de la langue française, on se demande bien pourquoi.

 

Les paysans réfractaires, dont Michel, appartiennent au MPT, Mouvement Pour la Terre, qui n'est pas vraiment un parti mais un mouvement, d'où son nom, lequel est opposé au P2R, Parti pour un Renouveau Républicain. Et Républicain, maintenant on sait ce que ça veut dire depuis que le vocable a été récupéré à des fins politiques.

Et c'est ainsi qu'accompagné de Potiron qui conduit la plupart du temps le combi, Léo va participer à une marche organisée à l'origine par le MPT, marche qui doit arriver à la capitale le 14 juillet, le jour du feu d'artifice.

 

Ils partirent dix mais par un prompt renfort ils se virent dix mille en arrivant au port... Et Léo côtoiera des personnages typiquement atypiques dont Ben-Hur qui conduit un attelage de chiens, installé dans une sorte de poubelle-container roulante. Et cette assemblée nationale déambulant joyeusement est constituée de revendicateurs et contestataires de tout poil et de toute confession, surnommée par un des protagonistes comme une bazarchie.

 

Ce roman ne pourrait n'être qu'une immense mascarade, au sens propre, une hénaurme farce comme l'écrivait San-Antonio, une parodie, une accumulation de scènes comiques, cocasses, absurdes, délirantes, mais tout comme dans un film de Charlot, sous le vernis du grotesque se cache un aspect plus troublant, plus actuel, plus pernicieux, plus sérieux, représentatif d'un monde scientifique en évolution et dont on a du mal à discerner si c'est bénéfique ou non pour la planète et les êtres humains.

Mais c'est pointer du doigt également la perversité de l'Homme qui manigance, manipule, extrapole, invente, et s'amuse de la naïveté de ses concitoyens.

On n'est jamais déçu avec Hervé Sard et ce roman qui dénonce quelques bêtises humaines est à rapprocher de cet autre opus, poulpesque lui, qu'est La catin habite au 21. Le même regard acéré et tendre à la fois sur la gent humaine, celle que nous sommes à même de côtoyer.

 

Hervé SARD. Larguez les anars ! Les nouvelles enquêtes de Léo Tanguy. N° 18. Editions La Gidouille. Parution le 30 mai 2015. 200 pages. 10,00€.

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 10:54
Julius A. LION : Les corbillards reviennent à vide.

Un problème de coordination dans la logistique ?

Julius A. LION : Les corbillards reviennent à vide.

L'inspecteur Boule est en congés forcés à cause d'une vilaine blessure écopée lors d'une arrestation mouvementée. Et sa convalescence, il va la passer en Normandie, près de Louviers, dans sa famille.

Ce n'est pas de gaieté de cœur mais parce que son chef le lui a demandé et que Jacquelin Le Vougier, journaliste véreux, est déjà sur place. Une enquête pas si banale qu'il y paraît à première vue puisque vont se greffer sur une ténébreuse affaire d'empoisonnements quelques drageons non moins vénéneux.

Trois des participants à un symposium d'astrologie reçoivent des menaces de mort alors que du poison a été prélevé dans un laboratoire. Boule propose de manière officieuse sa collaboration à Margaret Lockton, l'épouse du commissaire de police local, lequel possède deux passions : les femmes et la peinture. Boule, qui est loin d'être misogyne, retrouve en Sylvaine Sellier, la juge chargée de l'affaire, une vieille connaissance.

Les trois astrologues décèdent d'empoisonnement mais c'est l'arbre qui cache la forêt. En réalité Boule doit enquêter, et démontrer, la malhonnêteté d'un député véreux, Taillandier, qui bénéficie de la protection d'un flic ripou : Tardy. Ce qui l'amène à rouvrir le dossier d'un ancien député, Peychmarty, impliqué dans un trafic de prostituées maliennes, recrutées dans la brousse pour venir travailler en France.

 

Les corbillards reviennent à vide est un roman complètement délirant, aux dialogues caustiques, percutants, acides et humoristiques. D'ailleurs l'humour est toujours présent que ce soit dans les conseils prodigués pour mener à bien une partie de pêche en rivière ou cette scène grand-guignolesque de rodéo stock-car dont les engins motorisés ne sont autres que des corbillards.

Sans avoir fait véritablement parler de lui, Julius A. Lion, en quatre romans, a construit une œuvre dense et efficace. Il est dommage qu'il soit venu sur la tard à la littérature et que le changement de direction de la vénérable collection l'ait écarté du catalogue, car il possède un sens indéniable de la construction, de la dérision et de la mise en scène spectaculaire.

Il aurait pu marquer de son empreinte d'une façon plus indélébile son passage dans la collection. Peut-être est-ce parce qu'il n'épargne personne dans la famille politique, que ce soient des représentants de gauche ou de droite.

 

Elle avait un rire qu'il eut fallu prendre avec une pince à cornichons tant il était aigre.

Nous ne fréquentons pas les politiciens véreux, ce qui revient à dire que nous ne fréquentons aucun politicien.

Julius A. LION : Les corbillards reviennent à vide. Série Noire N°2208. Parution novembre 1989. 7,10€. Disponible sur le site de la Série Noire

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 12:41

Tous à terre ! Le premier qui bouge, je le bute !

Barbara ABEL : L'innocence des bourreaux.

Il se fait comprendre quand il veut, Joachim Fallet, jeune drogué en manque et désargenté. Les rares clients de la supérette et le caissier sont stupéfaits et interloqués à cette annonce brutale qui les dérange alors qu'ils déambulent dans les travées.

En ce vendredi midi, il n'y a guère de chalands dans le magasin sis dans un quartier résidentiel. C'est ce qui a poussé Joachim, affublé d'une cagoule, à entrer et braquer le caissier. Il lui faut de l'argent au plus vite afin de s'acheter sa dose.

Une quadragénaire et son gamin de quinze ans, qu'elle a eu du mal à emmener avec elle, lui arrachant sa manette de jeu vidéo et balançant son téléphone portable avant de l'entraîner. Théo n'était pas emballé pour rendre visite à son papy, qui ne se souvient même pas de son nom et l'oublie aussitôt le seuil franchi. Non, Théo aurait préféré rester chez lui les yeux rivés sur son écran à s'abrutir devant un jeu de massacre. Elle l'a traîné presque de force et installé dans la voiture. Pour l'heure il n'est pas encore dans le magasin, il est assis à la place du mort, attaché sur le siège avant du véhicule.

Une vieille dame impotente, posée sur un fauteuil roulant conduit par une sexagénaire, son aide familiale, dame de compagnie, femme de ménage infirmière intermittente. La vieille dame est du genre acrimonieux, toujours à critiquer négativement tout ce qui constitue son quotidien, et surtout à houspiller son accompagnatrice.

Un couple adultère qui vient de passer un bon moment entre les draps défaits d'un hôtel proche. Eux aussi ont la mine défaite d'ailleurs. Et adultère pas trop. Lui il est marié, elle est célibataire. Adultère à moitié donc. Il a fourni à son patron un prétexte fallacieux pour justifier son absence, elle avait une liste de courses à acheter, et ils en ont profité pour comparer leur anatomie et plus si affinité.

Une jeune mère de famille, qui vit seule avec son gamin de trois ans, est descendu précipitamment de chez elle afin de palier un manque d'ingrédients, laissant son gamin scotché devant des dessins animés.

Et puis le caissier qui a remplacé au débotté sa collègue malade, enceinte paraît-il de ses œuvres, le résultat de l'unique fois où ils se sont retrouvés ensemble dans le même lit.

Huit personnes donc face à un homme en manque et surtout face à une arme à feu. Dévaliser la caisse, demander à tous ceux qui sont là, tétanisés, de vider leurs poches, de balancer leurs portefeuilles, et attendre le bon vouloir du braqueur qui se demande maintenant ce qu'il va faire de ses otages. Baisser le volet roulant afin d'empêcher d'autres clients d'entrer, et puis les attacher, et enfin prendre la poudre d'escampette. C'est sans compter sur l'impondérable, ce grain de sable qui n'était pas invité dans cette petite réunion.

D'abord la dame de compagnie qui rend l'âme en même temps que son cœur qui lâche, et d'autres incidents qui bientôt vont transformer le braquage en drame. Surtout quand l'ado, qui trouve que sa mère n'est pas assez rapide et étonné de voir le volet roulant s'abaisser, s'invite dans cette supérette-partie, prenant de revers le voleur surpris.

 

Avec brio Barbara Abel nous délivre un suspense implacable, décrivant tout d'abord les affres de ce drogué en manque, déclencheur de drames, puis revenant quelques moments en arrière afin de nous présenter les différents protagonistes de cet début d'après-midi mouvementé. Avec toutefois quelques cachoteries de bon aloi qui entretiennent le suspense.

Et le lecteur pourrait, à juste raison, penser que cette histoire va se clore avec l'arrivée salutaire de la cavalerie, gyrophares bruyants en guise de trompettes de la victoire. Eh non ! Car Barbara Abel, en romancière perverse (c'est un peu fort comme vocable mais c'est bien pour démontrer tout le talent de conteuse déstabilisante qui l'anime), nous offre une vie après la vie, un enchaînement inéluctable de scènes tragiques teintées parfois d'humour noir.

Car certaines victimes de ce braquage, ou ce qu'il en reste, ne réagissent pas selon des critères bien définis. Les moralisateurs et les technocrates peuvent toujours édicter leurs consignes à respecter lors d'un hold-up, on ne sait jamais quelle sera notre réflexe dans ce genre de situation particulière, le subconscient et le caractère inhérent à chaque individu réagissant parfois différemment à ce qui est programmé.

Un roman beaucoup plus sensible et percutant, à mon avis, Que derrière la haine et Après la fin, dont les prologues dévoilaient trop l'épilogue, ôtant de ce fait le sel de l'intrigue et la montée en puissance du suspense.

Barbara ABEL : L'innocence des bourreaux. Editions Belfond. Parution le 14 mai 2015. 320 pages. 18,50€.

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