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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 07:34
Charles WILLIAMS : Aux urnes, les ploucs !

Aucune corrélation avec une prochaine campagne électorale !

Charles WILLIAMS : Aux urnes, les ploucs !

Les hommes du shérif du comté de Blossom sont à l'affût. Ce qui n'empêche pas l'oncle Sagamore de déguster sa production locale détenue dans un pot à confiture. Une provocation délibérée et il enterre immédiatement son bocal sous un tas de bois.

Dans douze jours, de nouvelles élections vont avoir lieu afin de choisir un nouveau shérif. Ou reconduire l'ancien, puisqu'il est seul pour l'instant à se (re)présenter. Personne n'envie sa place et pourtant les habitants du comté ne tarissent pas de critiques négatives sur sa façon d'administrer et de gérer les problèmes de production illicite d'alcool.

Les adjoints du shérif déterre le bocal mais lorsqu'ils apprennent qu'il contient de la nitroglycérine, ils repartent la queue entre les jambes, ce qui morphologiquement n'est pas faux mais qui traduit une peur rétrospective à l'idée de s'envoyer en l'air dans avoir pu prendre du plaisir. cela amuse l'oncle Sagamore et Pop, le père du jeune Billy. A part eux, à la ferme Noonan réside également l'oncle Finley, mais il ne compte pas, trop occupé qu'il est par son idée fixe de construction d'arche.

Oncle Sagamore, Pop et son fils Billy partent pour la ville, et ils se ravitaillent en cours de route à une pompe à essence. Tandis que les hommes procèdent à des besoins naturels, Billy entend le garagiste déclarer à un de ses amis qu'il va vendre des pneus rechapés sans difficulté à ceux qu'il prend pour des ploucs. Billy en informe son oncle et commence alors un curieux échange de billets contre pièces d'argent, ce que l'on appelle couramment le vol au rendez-moi. L'oncle Sagamore repart plus riche qu'il était en arrivant, avec en prime les pneus.

Le shérif tient absolument à prendre sur le fait Sagamore et compagnie alors que l'oncle se prépare à une nouvelle séance de distillation. Mais comme il ne peut le faire clandestinement, il va réaliser cette opération en plein air, devant un attroupement de villageois curieux et attendant du shérif qu'enfin il mette fin à ces pratiques.

Sacs de maïs et sacs de sucre sont entassés dans la cour et la bouillotte est installée dans une petite cabane. Théoriquement il va produire de l'alimentation pour cochons, ainsi que de la térébenthine grâce à de la résine prélevée sur les pins environnants. La poudre de maïs et le sucre sont mis à macérer dans des cuves, mais cela ne tourne pas comme le souhaitent Sagamore et Pop. La fermentation provoque des bulles et les cuves sont vidées à terre, le sol engloutissant le liquide. Le shérif et ses adjoints sont présents et ne peuvent que constater que le résultat produit ne peut servir de pièces à conviction.

Le garagiste se lance lui aussi dans la course électorale, contre le shérif actuel, et déclare que s'il est élu, il mettra l'oncle Sagamore en prison. Un programme ambitieux qui est calqué sur celui du shérif. Qui gagnera ?

La question est posée, mais l'oncle Sagamore s'érige en arbitre, et cela nous donne quelques scènes du plus haut effet comique, surtout lorsque madame Horne et ses nièces, qui ne sont pas ses nièces vous l'aurez compris mais des jeunes femmes de petite vertu, sont invitées à participer à ce simulacre de campagne électorale.

 

Narrée par Billy, un gamin de huit ans, cette histoire complètement loufoque reprend les personnages de Fantasia chez les ploucs, dans de nouvelles aventures délirantes.

Bien sûr Billy, vu son jeune âge, ne comprend pas toujours ce que font les adultes, et plus particulièrement son oncle Sagamore. Mais il lui fait confiance de même qu'à Pop, son père. Seul l'oncle Finley est à part, mais incidemment il se trouve au bon endroit au bon moment pour compléter certaines scènes de panique élaborées par les deux hommes, à l'encontre du shérif, de Curly la garagiste vindicatif et sûr de lui, ou les badauds qui affluent de plus en plus à la ferme Noonan.

Mais sous des dehors naïfs, l'oncle Sagamore, et dans sa foulée Pop, est nettement plus retors, matois et roublard que sa dégaine pourrait le faire croire. Il marche pieds nus, ce qui n'est pas rédhibitoire, et agit comme s'il était simplet. Or c'est tout le contraire et il possède une intelligence à faire pâlir d'envie bien des ministres.

Mais sous des dehors de comique façon Branquignols, Charles Williams édicte des propos, sans en avoir l'air, à l'encontre des ligues de vertus, le pouvoir et la façon de procéder des candidats pour gagner des électeurs, l'hypocrisie et le fanatisme religieux. Un roman publié en 1960 et qui n'a rien perdu de son charme, de son humour mais surtout des enseignements que l'on veut bien y trouver, d'autant que de nos jours, ce sont toutes ces dérives qui sont portées parfois à leur paroxysme. Il y a du Rabelais revisité par Voltaire en Charles Williams.

Réédition Carré Noir N°396. Parution juillet 1981.

Réédition Carré Noir N°396. Parution juillet 1981.

Réédition collection Folio Policier N°208. Parution mars 2001. 256 pages. 7,00€.

Réédition collection Folio Policier N°208. Parution mars 2001. 256 pages. 7,00€.

Charles WILLIAMS : Aux urnes, les ploucs ! (Uncle Sagamore and his girls - . Traduction de C. Wourgaft). Série Noire N°602. Parution novembre 1960. 256 pages.

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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 12:51

Il est mort le soleil...

Christophe SEMONT : Soleil noir.

15 mai 2002. Posadas, Argentine, non loin de la frontière avec le Paraguay.

Il peut être fier Esteban Pantoja du commissariat de Posadas, car officiellement son supérieur vient de lui remettre, d'un geste détaché, les galons de sergent.

Il est pressé d'en informer Maria, sa femme caissière dans une banque, et il la rejoint en compagnie de leur fille. C'est l'heure de la fermeture et tandis qu'ils attendent dans la salle d'attente que Maria ait terminé son service, trois hommes cagoulés pénètrent dans l'établissement et ne s'embarrassant pas d'un protocole exigeant qu'ils confirment qu'il s'agit d'un braquage, ils abattent le vigile puis se déploient avec ordre et méthode. L'un d'eux réclame l'argent de la caisse et comme la collègue de Maria n'a pas l'air de comprendre, il lui tire une balle dans la tête.

Des clients sont également froidement abattus et en Esteban se réveille l'instinct du flic. Il sent que personne n'échappera au massacre et il tente de s'emparer de l'arme du vigile. Il y parvient mais l'un des braqueurs, alerté par un mouvement inconsidéré d'un otage, s'en aperçoit. Le sergent nouvellement promu tire, les autres aussi, dans tous les sens, et une balle qui n'était pas perdue lui percute la tête.

Lorsqu'il sort de son évanouissement à l'hôpital, il apprend que sa fille et sa femme n'ont pas survécu au carnage. Il se souvient des yeux des braqueurs, des yeux ternes comme s'ils étaient sous l'emprise d'une drogue. Pourtant rien n'est décelé sur le cadavre de celui qui lui a tiré dessus et qui portait un tatouage représentant comme un soleil traversé d'une épée ou d'un glaive. Afin de pouvoir se rétablir physiquement et moralement, il est mis en congé et il se jure bien de retrouver les agresseurs. Malgré les réticences de son supérieur, il parvient à obtenir des informations. Le lieu où les braqueurs s'étaient réunis pas exemple, mais la maison est vide. Toutefois il trouve des papiers pas complètement calcinés et il sait dorénavant qu'il doit se rendre en Bolivie dans un coin perdu de la forêt amazonienne à Rurrenabaque.

 

Adela est une jeune serveuse d'un bar de nuit de La Paz. Depuis quelques mois elle est en proie à des visions cauchemardesques. Mais cela se passe en plein jour ou la nuit, dans le bar où elle sert les clients. Des clients qui parfois possèdent des têtes cadavériques et dont la langue fourchue se darde inexorablement vers son visage. Ce qui la perturbe fortement et lorsque son patron lui demande ce qu'il se passe, elle aimerait lui désigner ce client particulier, mais bien évidemment il s'est dissous dans la fumée du bar. Ou dans un landau un bras difforme s'élance vers elle tentant de l'agripper. Ou encore un homme qui semble lui faire signe mais se dissout dans la foule. Elle s'en inquiète auprès de son toubib, un vieux médecin qu'elle connait depuis longtemps. Le docteur Zamora lui intime de continuer à prendre malgré tout les pilules qu'il lui a prescrites.

A Rurrenabaque, des gamins, quatre garçons et une fille, jouent dans la forêt et découvrent un étrange conteneur tout rouillé. Ils parviennent après bien des difficultés et des efforts intenses à l'ouvrir. Et lorsque l'intérieur se révèle à eux, c'est l'effroi, la stupeur, la panique. Pourtant tandis deux d'entre eux restent près de ce coffre bien particulier, les autres vont demander à un vieux pisteur, qui recueille le venin des serpents, de téléphoner à la police. Une trentaines de cadavres ont été enfermés dans ce conteneur venu de nulle part, des hommes, des femmes et même des enfants, qui tous portent un tatouage représentant une sorte de soleil noir transpercé d'un glaive.

 

Une histoire sombre qui nous renvoie aux heures noires de l'Argentine et d'autres pays sud-américains, alors que des nazis en fuite après la défaite du IIIe Reich, se sont réfugiés dans ces pays accueillants et sont devenus des citoyens parfois influents auprès des dictateurs. Il ne s'agit pas d'une leçon d'histoire ou d'un documentaire, mais bien de remettre dans le contexte des faits qui se sont réellement déroulés, tout en conservant un aspect anecdotique, voire légèrement pédagogique et non partisan, à ceux pour qui les noms de Perón et autres présidents, élus ou autoproclamés ne disent plus rien.

Mais cette histoire insère également un thème prisé des romans d'aventure d'antan, ceux qui nous faisaient palpiter, celui du savant fou, et nous entraîne dans une intrigue habilement construite, menée à un rythme d'enfer. Les chapitres sont courts et nous présentent, comme des couches successives, les déambulations des différents protagonistes, même si Esteban en est la pièce maîtresse. Le parcours d'Adela est particulièrement poignant, tandis que les gamins, une fois leur mission effectuée, découvrir et ouvrir le conteneur, passent la main, offrant la possibilité à d'autres personnages d'interférer dans l'histoire et de l'approfondir.

Christophe Semond démontre qu'en deux cent soixante pages, un romancier peut écrire une histoire palpitante, sans se disperser dans des considérations oiseuses.

Christophe SEMONT : Soleil noir. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 17 septembre 2015. 272 pages. 17,00€.

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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 07:32
Julius A. LION : Histoires de femmes

Femme des années 80,

Mais femme jusqu'au bout des seins,

Ayant réussi l'amalgame

De l'autorité et du charme.

Julius A. LION : Histoires de femmes

Recueil de deux longues nouvelles, ou deux courts romans, Histoires de femmes nous éclaire un peu plus sur la personnalité et la trajectoire de Boule, le policier qui aime les femmes et, juste retour des choses, est aimé des femmes.

Dans L'inspecteur et la sorcière, Boule était jeune, pétant de santé et fort comme un bœuf. Enfin, je veux dire comme un taureau. A ces propriétés physiques, sont alliées des qualités plus internes, telles que la débrouillardise, l'astuce et l'intelligence. Et il lui faudra un caractère trempé à toutes épreuves pour se sortir intact de cette histoire de revenants, au propre comme au figuré, qui prend ses racines pendant la guerre de 40 et voit son apogée et sa conclusion à Bourges, haut lieu de la Résistance.

Une histoire dans laquelle la voyance et la sorcellerie se le disputent au cartésianisme le plus terre à terre. Une histoire policière parfois grave mais tempérée par une approche fantastique et un humour souvent ravageur.

Dans La Lettre et l'esprit, seconde aventure de Boule de ce recueil, notre inspecteur vient d'être nommé commissaire et doit effectuer un stage dans la France profonde, plus précisément à Fontenay-le-Comte, le pays des Chouans et des mogettes. Une sinécure apparemment trompeuse avec toutefois une petite affaire à se mettre sous les dents. Trois fois rien, une histoire de lettres anonymes dont les destinataires se pêchent dans la société huppée de Fontenay. Bizarres ces lettres anonymes qui ne contiennent que des feuilles de papier vierges de toute écriture.

Boule se lance dans ce mystère, aidé par l'inspecteur Anne-Marie Poupeau, dite Poupette, et Delphine, la secrétaire qui pense que le meilleur moyen de se rafraîchir les idées c'est de se mettre la tête en bas, les pieds en l'air. Une figure de gymnastique éminemment sympathique lorsque les jupes de la demoiselle cachent les joues rougissantes d'icelle et que rien ne protège l'intimité et la féminité de son arrière-train et de son mont-de-Vénus. Participe également à l'enquête l'adjudant Le Meur de la gendarmerie de Fontenay.

Une enquête qui se révélera plus compliquée qu'il y paraissait de prime abord. Je dirais même mieux, cette affaire est un rien bordélique. Mais évitons de noyer le poisson.

 

Dans chacun de ses livres, Julius A. Lion nous a habitué à quelques scènes du plus haut effet comique. Il ne faillit pas à la tradition et je vous invite à quelques parties de pêche, genre pêche au gros, scène hautes en couleurs et irrésistibles. Jacques Tati revisité par les Charlots.

Julius A. Lion, on ne s'en lasse pas, au contraire on en redemande.

Julius A. LION : Histoires de femmes. Série Noire N°2269. Parution mai 1991. 288 pages. 6,65€.

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 08:21
Michèle Rozenfarb : L’homme encerclé.

... Ne tourne pas rond !

Michèle Rozenfarb : L’homme encerclé.

Jean Raizaud est comptable dans une étude notariale et tout irait pour le mieux s’il n’était dérangé dans ses petites habitudes par une requête exigée par sa mère : il doit veiller de nuit son père gravement malade.

Or ça, il l’accepte mal, car ses petites habitudes vont être bousculées. Le voilà déstabilisé dans l’ordonnancement de ses journées où tout est minuté, programmé. Rien n’est laissé au hasard, pas même le temps consacré à sa toilette, à la rédaction de ses mémoires, pour ne citer que quelques exemples.

Donc Jean et Frédéric, son frère qui exerce le métier de proctologue, doivent se relayer au chevet de leur père. Jean doit aussi lui injecter une dose d’insuline, lui qui a en horreur le moindre contact corporel. Frédéric lui montre comment piquer le patient, événement fatal puisque le père décède. Une erreur de manipulation ?

Jean est soupçonné par les policiers d’avoir perpétré un crime mais il s’en défend, fournissant au juge d’instruction ses carnets dans lesquels il consigne ses moindres faits de la journée. Seulement il tombe dans un engrenage. Son voisin qui se moque de lui est écrasé par un autobus alors que Jean souhaitait sa disparition. Puis un collègue dont l’attitude le choque.

 

C’est au moyen de la lecture des cahiers dans lesquels Jean se livre que le lecteur assiste à une montée savante de la description de la paranoïa du “ héros ” puis de l’engrenage dans lequel il se trouve entraîné.

Pas malgré lui mais bien parce que son esprit, sa façon de se conduire, de réagir, de penser l’amène à répercuter ainsi les aléas des petits faits qui se produisent dans la vie courante.

Un exercice de style dans lequel l’auteur déploie une verve, une préciosité dans le verbiage de son personnage et dans lequel le lecteur se prend immanquablement au jeu, précédent parfois les réflexions. Mais la chute est superbe quoique logique.

Toutefois je pense que ce grand garçon, qui pour la première fois a été brimé, humilié à l’âge de quinze ans, se faisant traité de “ pédé ” par sa parentèle masculine, aurait pu éclater de sa coquille avant ces évènements.

Certes la mort du père y est pour beaucoup, mais il faut si peu de choses parfois, un trop plein d’humiliations, de vexations, pour que la révolte gronde et que la crue emporte tout sur son passage. J’ai oublié de dire aussi qu’il est en proie à des cauchemars, nocturnes cela va de soi mais il faut quand même préciser, et que ses rapports de voisinages sont de ce fait entachés d’affronts verbaux qu’il n’assimile pas forcément à leur juste mesure. Le syndrome de la mère joue aussi pour beaucoup dans ce roman qui fait sourire par la naïveté du personnage mais laisse des traces car il s’agit bien d’un problème relationnel.

Michèle Rozenfarb : L’homme encerclé. Série Noire n° 2690. Parution septembre 2003. 160 pages. 7,10€.

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 13:11

Hommage à Ellis Peters née le 28 septembre 1913.

Ellis PETERS : Trafic de reliques

Les romans policiers historiques nous offrent une bouffée d'air pur et vivifiant, remontant le temps, alors que nous sommes tranquillement installés dans un fauteuil accueillant.

Par exemple projetons-nous quelques siècles en arrière et atterrissons au Pays de Galles en pleine période médiévale.

 

Les jardins de l'abbaye de Shrewsbury sont le domaine exclusif de frère Cadfael et il se plait tant à soigner ses plantes que toutes ses pensées sont tournées vers la naissance, la croissance et la fertilité de ses protégées. L'idée de devoir rentrer pour la messe et le chapitre qui suit l'ennuie un peu, regrettant le temps volé à ses légumes. Mais il faut bien s'acquitter de ses obligations, n'est-ce pas ?

Aussi profite t'il de ces quelques moments de répits pour s'évader et dormir un peu. Non, je me trompe, il ne se repose pas, il médite.

Pourtant ce jour là, le chapitre est quelque peu mouvementé par les révélations de frère Colombanus. Celui-ci aurait eu une apparition ! Une vierge martyre, Sainte Winifred, recherche une abbaye comme dépositaire de ses saints ossements, ce qui arrange bien le prieur de Shrewsbury qui aimerait posséder des reliques afin de relever l'honorabilité, la notoriété de son abbaye et attirer des fidèles.

Une délégation de six moines, dont frère Colombanus et frère Cadfael, se met en route pour le Pays de Galles. Les tractations avec le seigneur du village où repose Sainte Winifred sont ardues, celui-ci ne désirant pas se défaire de la dépouille de sa sainte. Mal lui en prend car le hobereau est découvert assassiné.

Les soupçons se portent sur le soupirant de sa fille Sioned, pensez-donc, c'est un étranger ! Mais frère Cadfael, en bon Sherlock Holmes avant la lettre qu'il est, va enquêter et démasquer le coupable.

 

Dame Ellis Peters, célèbre Outre-manche, commençait enfin à se faire connaitre en France à la fin des années 1980 et ce n'était que justice.

Dans la même collection nous avons pu lire Un cadavre de trop, roman dans lequel nous faisions la connaissance de Frère Cadfael, ex-croisé, ex-homme d'armes reconverti comme moine.

Trafic de reliques est nettement supérieur et possède une fraîcheur, une vivacité, un humour qui savent séduire même les plus irréductibles ennemis du roman policier et ne laissera pas indifférent les athées et agnostiques.

 

Réédition mars 2001. 240 pages. 7,10€.

Réédition mars 2001. 240 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : Trafic de reliques (A morbid taste for bones - 1977.. Traduction de Nicolas Gille). Collection Grands Détectives. Editions 10/18. N°1964. Première parution 1989.

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 08:00
Jon A. JACKSON : Grootka.

Lorsque des épaves automobiles servent de

cercueil...

Jon A. JACKSON : Grootka.

Flic à la retraite, Grootka accompagne un de ses anciens collègues affecté à l'enlèvement des épaves automobiles.

Dans le coffre d'une voiture il découvre un cadavre et prévient l'inspecteur Mulheisen. Il s'agit de Meldrim, un indicateur surnommé Books qui a longtemps travaillé pour Grootka. Une vieille affaire, non élucidée, le dossier Gallagher, remonte à la surface.

Une jeune fille, trente ans auparavant, a été assassinée et son meurtrier jamais arrêté. C'est la thèse officielle. Mais Grootka avoue à Mulheisen qu'il avait découvert l'identité de l'assassin en compagnie de Books et qu'il pourrait s'agir d'une vengeance. En effet Grootka pensait avoir tué le violeur meurtrier en compagnie de Books, mais il se pourrait que le criminel, un môme du nom de Galerd, ait échappé au policier.

Wettling, le bras droit de Disbro, le directeur d'une banque de Détroit, s'aperçoit que son patron falsifie certains comptes afin d'empocher l'argent. Afin de prévenir l'intervention d'une des clientes, Helga Jorgensen, amie de Disbro, il la tue maquillant son crime en agression sexuelle. C'est un spécialiste de la micro informatique ayant composé un programme dont la code d'accès est Galerd.

Un article de journal annonçant que Mulheisen est chargé de l'affaire attise la colère de Wettling. Un clochard apprend au policier que Books possédait plusieurs endroits où loger. Il visite l'une des maisons et retrouve Grootka sur place. Des traces de sang et de balles leur font supposer que Books y a été assassiné avant d'être déposé dans le coffre de la voiture.

Par une prostituée Mul apprend qu'un homme recherchait Books. Elle l'a branché sur une de ses copines, Honey, et fournit un semblant de signalement. Elle a donné les mêmes renseignements à Grootka. Selon le médecin légiste, Books était moins âgé qu'il n'y paraissait et est mort d'une cirrhose du foie. Les balles destinées à le tuer ont été tirées quelques heures après. Mul accompagne Dagny, la fille adoptive d'Helga, à la banque où elle doit rencontrer Disbro. Ils apprennent que le compte bancaire de la défunte est réduit à peau de chagrin. Wettling assiste à l'entretien.

Mul entreprend des recherches sur le passé de Disbro et George Wettling. Wettling, un caractériel, persuade son patron d'utiliser ses relations afin que l'enquête soit retirée à Mulheisen. Grootka après avoir passé la nuit avec Honey, est assailli par un homme alors qu'il sort de l'immeuble. Il le poursuit mais perd sa trace, rapidement essoufflé et le cœur près d'exploser. Il reconnait en son agresseur Galerd. Honey avoue qu'elle l'a balancé à un nommé George dont elle possède le numéro de téléphone.

 

Entre les nombreuses considérations sur la vie privée de Mulheisen qui fricote avec la substitut du procureur, ses démêlés avec son supérieur, les souvenirs de Grootka et la bataille dite Conspiration de Pontiac mettant aux prises Britanniques et Indiens sur l'emplacement aujourd'hui de Détroit, l'histoire se tisse agréablement mais sans surprise. Le personnage de Wettling est toutefois un peu trop caricaturé pour être crédible.

 

Jon A. JACKSON : Grootka. (Grootka - 1993. Traduction de Mona de Pracontal). Série Noire N°2408. Parution janvier 1996. 352 pages. 9,60€.

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 13:39

Un Dard qui pique toujours...

Frédéric DARD : Toi qui vivais.

Pour une fois, événement assez rare pour être souligné, si Bernard Sommet rend visite à Stéphan dans sa grande propriété en banlieue parisienne, ce n'est pas pour lui emprunter de l'argent.

Bernard, Bernie dans les bons jours, est entrepreneur en bâtiment, et il doit déjà huit briques, pardon huit millions de francs* à son ami. Quoique, à bien y penser, ce n'est pas vraiment son ami, mais l'argent crée parfois des liens qu'il défait aussitôt. Stéphan aimerait pouvoir récupérer ce qu'il a prêté, augmenté des intérêts bien entendu, et il offre même à Bernard de s'expatrier en Afrique, où il possède des mines de manganèse, et celui-ci pourrait se renflouer en construisant des bâtiments, des routes, n'importe quoi pourvu qu'il éponge ses dettes.

Bernard le détrompe rapidement, il a des projets, des appels d'offre qui devraient se concrétiser rapidement, il pense même le rembourser rapidement. Non, il a une main handicapée, pour preuve le pansement qu'il arbore, et il voudrait que Stéphan rédige une lettre à une jeune femme à sa place, sans préciser toutefois de prénoms, ni celui de la destinataire et bien entendu de l'expéditeur. Stéphan accède volontiers à la demande de Bernard, le charriant quelque peu sur une supposée liaison.

Bernard, muni de cette précieuse lettre a toutes les pièces en main pour mettre son projet à exécution. Il feint partir en déplacement à Angers où il doit signer un marché public à la préfecture, s'étant auparavant muni de son revolver, puis téléphone à Stéphane lui demandant de passer le voir muni des reconnaissances de dette, provoque un accident de voiture dont il se sort indemne près d'Etampes, et après avoir prévenu la préfecture d'Angers, rentre chez lui en train et abat sa femme Andrée et Stéphan qui sont tout étonnés de le voir surgir. Il organise une mise en scène, insérant dans un tiroir la lettre compromettante soi-disant destinée à sa femme, se débarrasse des reçus dans les toilettes avant l'arrivée des policiers.

Bien entendu il affirme aux policiers puis au juge avoir surpris les amants en pleins ébats, et dans un moment d'emportement les avoir tué. Une avocate est commise d'office et Bernard pense s'en sortir à bon compte, le mari cocu s'attirant en général la compassion du tribunal. Seulement le juge ne mord pas à l'hameçon, persuadé que Bernard a tout manigancé. Quant à l'avocate, petite souris grise démodée et naïve dont c'est la première véritable affaire d'importance dont elle est chargée, elle s'apitoie sur le sort de Bernard. Celui-ci n'est pas tiré d'affaire, loin de là mais il pense compter sur Sylvie, sa commise d'office qu'il enjôle.

 

Peu de personnages dans ce roman intimiste de Frédéric Dard qui date de 1958. Presque comme un vaudeville qui tourne au drame. Et parfois le lecteur peut, s'il oblitère le titre et le nom de l'auteur, penser qu'il lit un roman de Simenon. Une histoire resserrée qui en moins de deux cents pages montre un homme qui imagine un scénario où il a tout prévu, ou presque, au sein d'un trio Femme - Mari, et faux Amant puis la confrontation dans un nouveau trio Coupable avéré mais se défendant âprement, Juge fauché mais au raisonnement infaillible et une Jeune Avocate pas très sûre d'elle mais amoureuse et qui va apprendre rapidement. Le genre de romans dont devraient s'inspirer nos auteurs actuels qui délayent trop, perdant de vue que l'efficacité ne s'élabore pas dans des ouvrages à rallonge.

Ecrit à la première personne, Bernard étant le narrateur, Toi qui vivais met en scène un homme qui s'est fait tout seul, mais criblé de dettes, et rongé de jalousie vis à vis de Stéphan qui est riche et plus jeune. Son idée de se séparer définitivement de sa femme et de Stéphan par la même occasion lui est venue lors d'un accident sans gravité alors qu'il était en voiture avec Andrée. Il s'est rendu compte alors qu'il n'aimait plus son épouse, voire qu'elle était un fardeau.

C'est un homme issu de la terre, et même s'il est devenu un entrepreneur, il garde profondément ancrées en lui ses racines paysannes. Tout le ramène à cette terre nourricière, mais comme dit la chanson, écrite bien après, on dirait que ça te gêne de marcher dans la boue, tout en se référant constamment à cette origine qui le guide. C'est un être retors, mais il trouvera plus futé que lui.

 

*année 1958, je précise. A titre de comparaison, un roman de la collection Spécial Police du Fleuve Noir valait à l'époque 250F.

Première édition Spécial Police N°178. Editions Fleuve Noir. Parution 1958.

Première édition Spécial Police N°178. Editions Fleuve Noir. Parution 1958.

Nombreuses rééditions dont Presses Pocket Mars 1967.

Nombreuses rééditions dont Presses Pocket Mars 1967.

Frédéric DARD : Toi qui vivais. Collection Noir. Editions Pocket. Parution le 23 septembre 2015. 192 pages. 6,30€.

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 11:26
Julius A. LION : Les truands du temple.

Pris la main dans le tronc !

Julius A. LION : Les truands du temple.

Les vacances à Lourdes de l'inspecteur Boulle sont perturbées par une série d'actes de vandalisme.

Des magasins d'objets religieux, appartenant l'un à Lefranc, d'origine juive, l'autre à un catholique du nom de Le Garrec, sont pillés, dévastés. Deux routards, installés dans la ville depuis un an, sont retrouvés morts une balle dans la tête. Lefranc et sa famille sont également abattus et un tube plastique empli de cocaïne est retrouvé parmi ses affaires. La fille de Mme Cazes a la désagréable surprise de trouver dans une malle envoyée par sa mère et qui devait contenir ses affaires un cadavre. Lequel n'est autre que François Heidman, un trafiquant de drogue notoire fiché dans de nombreux pays dont les Etats-Unis, mort d'une crise cardiaque.

Soupçonnée, Mme Cazes s'avère une forte femme, adhérente d'une association de joyeux farceurs, les Patatrucs, et tient tête à la juge d'instruction, Sylvaine Sollier, surnommée SOS. Incarcérée, elle simule une tentative de suicide et est emmenée à l'hosto où Boule exerce une surveillance, au cas où.

Bien lui en prend car une femme, déguisée en nonne, essaye de la trucider. Grâce aux empreintes digitales, l'identité de la fausse bonne sœur est établie. Il s'agit d'une terroriste du nom de Faustine, militante du groupe Aurore 17. Brahim Fadil, le logeur des deux routards, après s'être évaporé dans la nature, réapparaît plein aux as. Il est suivi ainsi que son ami Tony Brasencroix, un autre clodo, par Boule aidé de Sélina, secrétaire du commissaire local, et de ses adjointes préférées, Justine, Antonine et Amélie.

C'est ainsi qu'ils repèrent d'autres membres du groupe Aurore 17. Un Allemand du nom de Dieter Schinke et Manfredini, un Italien, bien connus pour leur passé de terroristes. Mme Cazes doit réceptionner des gamins en provenance d'Amérique du Sud et Boule l'accompagne sur le terrain d'aviation. C'est ainsi qu'il apprend que Le Garrec importe de la cire végétale pour la fabrication de ses bougies, produit dont était imprégné les routards trucidés.

Le déplacement de Boule n'était pas fortuit, c'est ce que lui confirme son supérieur hiérarchique, Pougeroux. Mais cela embête pas mal de monde, à commencer par un édile haut placé.

 

Encore une histoire de drogue, mais si bien agencée et tellement bourrée d'humour que l'intérêt ne réside non plus dans le fond mais dans la forme. Les scènes cocasses et les dialogues à l'emporte-pièce produisent toujours un effet de jubilation, même à la relecture. Boulle s'avère un impénitent coureur de jupons et son trio de charme ne lui suffit plus. Il prodigue ses bienfaits à la juge et à Sélina, ce qui permet aux deux femmes de retrouver un équilibre psychique qu'elles avaient perdu suite à des ennuis professionnels ou familiaux . Pourtant physiquement il n'a rien d'un Don Juan, et ressemblerait plus à Maigret qu'à San Antonio. Moralement ce serait plutôt le contraire.

 

Curiosités : Lourdes, ville pieuse, ne devrait pas avoir les faveurs des truands, sauf ceux qui profitent de la crédulité des catholiques.

Pourtant elle sert de toile de fond à quelques romans dont celui-ci et à L'OPA de quatre sous de Michel Lebrun, un roman à redécouvrir.

Boulle est activement aidé par un capitaine de gendarmerie, ce qui prouve que la guerre des polices n'est issue que de l'imagination des auteurs de romans policiers.

 

On lui a expliqué qu'on vise mieux en fermant un œil. Alors elle ferme les deux pour doubler les chances.

Julius A. LION : Les truands du temple. Série Noire N°2094. Parution mai 1987. 288 pages. 6,05€.

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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 10:15
Pierre-Alain MESPLEDE : Les trottoirs de Belgrano.

Il n'est jamais trottoir pour bien faire...

Pierre-Alain MESPLEDE : Les trottoirs de Belgrano.

Quoi que puissent-en penser ses détracteurs, mais en existe-t-il vraiment, le tango n'est pas une danse morte. Les aficionados se donnent rendez-vous dans des salles où ils peuvent sacrifier à satiété à leur loisir favori et écouter de vieilles rengaines dont Carlos Gardel fut le chantre. Le tango qui est pour les Argentins ce que le blues est pour les Noirs des Etats-Unis.

Maurice le narrateur aime à se retremper de temps à autre dans cette ambiance même si ses dons chorégraphiques en la matière demeurent à l'état larvaire. Son quartier général, c'est Les trottoirs de Belgrano, cabaret où se produisent chanteurs, musiciens et danseurs.

Et lorsque Hermina est retrouvée morte sur le trottoir ce n'est pas à cause d'un accident provoqué par une figure mal négociée, mais bien par une balle fichée dans son sein gauche. Une publicité gratuite mais tapageuse dont se serait bien passé Hector, le patron de la boîte de nuit et ami de Maurice. Faut croire que les coups durs, ces deux là les collectionnent. Ils découvrent Virulano, le partenaire d'Hermina, la gorge tranchée dans son appartement. Comme il travaille au ministère de l'Intérieur, et plus spécialement au service des cartes de séjour, Maurice peut accompagner le commissaire Lancret dans son enquête, ce dont il ne se prive pas. Il devance même parfois le policier dans la rencontre de témoins supposés avoir quelque chose à dire. Les cadavres s'accumulent, et une sombre histoire de drogue se profile à l'horizon.

 

Encore une histoire de came, penserez-vous. Non. En fait, l'héroïne n'est pas celle qu'on pense. La drogue ne sert que de prétexte à l'auteur pour nous faire découvrir et partager une ambiance, une passion. Nous entrons dans un univers particulier. Pas d'exotisme mais une atmosphère.

Pour qui connaît Pierre-Alain Mesplède, l'homme prolixe a laissé place à un auteur aux phrases courtes, incisives. Comme si deux entités, l'orateur et l'écrivain habitaient la même enveloppe. Et comme dirait l'Argentin, je reprendrais bien un petit Volver. Le lecteur comprendra, à moins que sous l'emprise du whisky il ne tangue haut.

Ce roman a été adapté au Cinéma par Jean-Pierre Mocky en 2005, scénario de Mocky et André Ruellan (Kurt Steiner au Fleuve Noir), musique de Vladimir Cosma, avec dans les rôles principaux : Michel Serrault, Charles Berling, Micheline Presle, Dominique Zardi, sous le titre inspiré (et peu inspiré) des années 50 : Grabuge.

Pierre-Alain MESPLEDE : Les trottoirs de Belgrano. Série Noire N°2393. Parution septembre 1995. 224 pages.

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 12:09

Vaines... Haineuses ?

Jean-Pierre FERRIERE : Vénéneuses.

Il est des pratiques éditoriales qui m'indisposent, qui m'insupportent, qui m'énervent, qui m'exaspèrent, qui m'horripilent, qui me désolent.

En effet rééditer un ouvrage, surtout lorsque celui-ci est très bon, pour ne pas dire excellent, n'est pas rédhibitoire, au contraire. Mais le rééditer en changeant le titre et en omettant de prévenir le lecteur en omettant le copyright, c'est pour le moins trompeur. Mon petit coup de gueule effectué, intéressons-nous à ce roman que je vous conseille, si vous ne l'avez pas déjà lu dans sa première édition.

 

Elle s'y attendait depuis un certain temps mais cela fout un choc quand même. Et quand un matin de janvier brouillardeux, Fanny reçoit un appel téléphonique en provenance de l'Institut-médico-légal lui demandant si elle est madame Giraudet, elle pressent la mort de son compagnon Vincent disparu depuis huit mois environ. Ils vivaient ensemble depuis une douzaine d'années, avaient une fille Lisa, mais ne s'étaient pas mariés, la première et richissime femme de Vincent ayant refusé le divorce.

Concepteur-maquettiste, Vincent avait été viré de sa boite plus de deux ans auparavant à cause d'une addiction à la drogue et l'ambiance à la maison étant plutôt tendue, Fanny l'avait donc viré. Et c'est ainsi qu'il a été retrouvé dans la rue, mort comme un chien abandonné. Fanny vit difficilement financièrement, car elle vient de perdre son emploi de caissière dans un cinéma de quartier.

Lors de l'inhumation, Michèle Giraudet, qui porte encore le nom de son époux, arrive en pleurs et Fanny se demande si c'est du cinéma, afin de montrer à la galerie combien elle était attachée à époux malgré son infidélité. Michèle s'intéresse également à Lisa, ne l'ayant vu que rarement, parfois chez les parents de Vincent qui n'ont accepté Fanny qu'avec réticence et elle lui demande de venir la voir de temps en temps. Lisa est le portrait craché de son père et Michèle déclare que cela permettra de compenser son deuil.

Fanny retrouve aussi dans le cimetière Diane Forestier, secrétaire chez Hyperbole, la boite où travaillait Vincent. Diane est également la maîtresse du patron, mais ce n'est pas ça qui importe, c'est ce qu'elle déclare à mots couverts : Michèle est la responsable de la déchéance de Vincent.

Fanny se rend le lendemain chez Hyperbole et est reçue par Vermorel, le patron de la société, qui lui jure que Michèle n'est pas actionnaire de la boite. Ce qu'infirme Diane lorsqu'elle la retrouve un peu plus tard dans un café. Deux jours plus tard Fanny reçoit une enveloppe contenant des preuves que Michèle possède des parts dans Hyperbole depuis au moins trois ans. Le petit message qui y est joint la trouble : il y aura une suite !

Pendant ce temps, Michèle a pris sa décision. Elle se requinque, alors qu'elle se laissait aller, et commence à préparer son piège envers Fanny. D'abord s'attacher Lisa, à qui elle offre de sortir, d'assister à des spectacles, lui offre des jouets, lui propose de dormir dans une chambre qu'elle a fait spécialement aménager. Cela évidemment ne plait guère à Fanny. Un jour alors qu'elle se renseigne auprès d'une amie caissière de cinéma susceptible de quitter sa place et à laquelle la jeune femme pourrait succéder, Fanny est abordée durant la projection par un individu qui lui fait les yeux doux. Il est beau gosse, gentil, pas trop entreprenant, mais ne cherche pas à la revoir. Du moins en apparence. Car elle le reverra, par hasard. C'est ce qu'il affirme.

Alors qu'elle doit revoir Diane chez elle, à une heure précise, elle assiste à son suicide par défenestration.

 

Jean-Pierre Ferrière monte habilement une manipulation mettant aux prises deux femmes, la légitime délaissée et la maîtresse jamais acceptée. Entre elle deux, Lisa, la fille de l'homme déchu et de la maîtresse jamais acceptée par les parents du mari. Il est vrai que la légitime est riche, pourvoyant aux besoins financiers des parents de Vincent, et donc considérée comme une malheureuse subissant une trahison.

L'ambiance délétère entre ces deux femmes monte en puissance au fur et à mesure que l'action progresse. Elle révèle la noirceur d'âme de Michèle, les combinaisons machiavéliques dont elle est capable d'imaginer, se cachant derrière l'intérêt qu'elle porte à Lisa. Fanny n'est pas naïve mais elle est loin de penser que Michèle porte ses attaques en forme de coups bas, pouvant déstabiliser Lisa.

Nous sommes en présence de la Méchante Reine face à une nouvelle Blanche Neige dont l'enjeu serait Lisa, une pomme que convoitent les deux femmes. Blanche Neige Fanny détient cette pomme dont la Méchante Reine Michèle veut s'emparer, par n'importe quel moyen, même illégal. Lisa qui compte les coups sans rien dire, ou si peu, et se montre moins ingénue que son âge pourrait le laisser supposer. Un combat âpre s'engage entre les deux femmes, et la douce Fanny devient aussi retorse que son adversaire.

 

Première édition : La femme en ombre chinoise. Editions Hermé 1990. 218 pages.

Première édition : La femme en ombre chinoise. Editions Hermé 1990. 218 pages.

Vous pouvez découvrir également les avis de Pierre F. de BlackNovel1 et de Claude L.N. sur Action-Supense.

Jean-Pierre FERRIERE : Vénéneuses. Editions du Campanile. Parution 31 juillet 2015. 248 pages. 7,90€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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