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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 12:46

Bon anniversaire à Jean-Pierre Andrevon né le 19 septembre 1937.

Jean-Pierre ANDREVON : L’amour, comme un camion fou.

L’angoisse, c’est délicieux. Surtout lorsque ce sentiment nous est procuré à la lecture d’un livre d’où surgissent les fantasmes de la peur.

Avec L’amour, comme un camion fou, Jean-Pierre Andrevon continue son exploration de l’angoisse ordinaire.

François Valmont, la quarantaine assurée - il va fêter ses quarante-deux balais - passe quelques jours chez sa mère. Un courrier reçu de son ami Xavier, qu’il n’a pas vu depuis des années, lui sauve ses vacances. C’est ce qu’il pense car arrivé à Caussac, au fin fond de la campagne auvergnate, les déboires commencent.

Des rêves, des apparitions nocturnes étranges qui le réveillent en pleine nuit, des fantômes qui s’obstinent à venir entretenir des cauchemars dont il se passerait bien - mais sont-ce vraiment des cauchemars ou une réalité changeante - perturbent ce séjour qu’il regrette peu à peu, les réminiscences se ressentant plus vives d’heure en heure, la mémoire défaillante dont il est affligé se réveillant peu à peu transformant son univers en catastrophe.

 

Roman noir, roman d’angoisse, L’amour, comme un camion fou est précédé d’une courte préface signée Serge Brussolo. Andrevon reste un maître angoisseur, quel que soit le domaine littéraire dans lequel il évolue. Un domaine bien particulier, étrange, parsemé de petites touches comme une composition à la Vasarely, partant du noir le plus sombre pour aboutir au blanc le plus éclatant, en passant par toutes les gammes du gris mais qui par un effet d’optique inverserait les couleurs.

 

Jean-Pierre ANDREVON : L’amour, comme un camion fou. Moyen Format. Le Masque. Parution décembre 2001. 282 pages.

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 10:02
Marc VILLARD : Le sentier de la guerre.

Heureusement que ce n'est qu'un sentier ! Si cela avait été une autoroute...

Marc VILLARD : Le sentier de la guerre.

Pourquoi une jeune femme, muette et apparemment amnésique, a-t-elle tenté de braquer un grand magasin, prenant des otages à l'aide d'une arme plastique, et se rend auprès des forces de l'ordre sans effusion de sang et sans remous ?

C'est ce que s'attachera à trouver le jeune journaliste pigiste grouillot et homme à tout faire dans un journal du week-end.

De Paris en province, auprès d'une communauté dont les liens sont assez lâches, en passant par la Gironde, il enquête sur le passé de cette femme qui l'attire, le fascine peu à peu.

Sous le prétexte de lui consacrer un livre, il recherche parmi les différents témoignages, parfois contradictoires, de ses interlocuteurs, à cerner la personnalité de celle dont inconsciemment il s'st pris d'affection.

 

Quête désespérée de l'espoir, ou espoir nimbé de pessimisme, telle est la toile de fond de ce court roman de Marc Villard, qui excelle dans le minimaliste. Mais ne faut-il pas s'en étonner lui dont l'œuvre est surtout composée de nouvelles.

Marc VILLARD : Le sentier de la guerre. Série Noire N°2020. Parution octobre 1985. 160 pages.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 13:16

Hommage à Loup Durand né le 18 septembre 1933.

Loup DURAND : Le seigneur des tempêtes.

Etre traqué, poursuivi, chassé, à la fois par des policiers et des truands, je ne veux pas dire que c'est un cas banal, ni courant, mais quoi, cela arrive encore assez souvent.

Règlement de comptes d'un côté, justice de l'autre, les journaux relatent souvent ce genre de fait-divers. Mais ne pas connaître les causes de cette traque parce que l'on se réveille amnésique, voilà de quoi pimenter la situation.

C'est ce que pense Luis Sahagun en se réfugiant dans une propriété privée du Dauphiné. Avec la complicité d'une jeune femme, Luis Sahagun - mais est-ce véritablement son nom ? - parvient à déjouer les barrages mis en place. Jusqu'à un certain point !

D'abord arrêté par des gendarmes, il ne doit son salut qu'à la complicité d'un policier. Ensuite les truands qui le traquent lui annoncent qu'en fait ils le protègent.

Une cavalcade qui le conduit du Dauphiné en Provence en passant par la France profonde et Paris.

Luis Sahagun, appelons-le ainsi puisque c'est son nom jusqu'à preuve du contraire, se sent l'objet d'une vaste manipulation. Mais de la part de qui ?

Des truands qui essaient de l'occire tout en le protégeant, ou des policiers qui semblent débordés tout en le suivant à la trace ? Si seulement il pouvait se raccrocher à un petit bout de mémoire. Mais non, rien de rien. Pas le moindre fil conducteur malgré les repères qu'obligeamment ses complices lui dévoilent. Complices ou ennemis?

Une question parmi tant d'autres qui taraudent notre héros.

 

Une histoire rocambolesque écrite à cent à l'heure, sans limitation de vitesse, et qui se lit de même.

Loup Durand possède un parcours d'écrivain peu ordinaire. Après avoir écrit sous le pseudonyme de H.L. Dugall pour l'ouvrage La porte d'or, prix du Quai des Orfèvres 1967 (roman coécrit avec Henri Gallissian) puis sous celui de Loup Durand (ce roman date de 1983) on n'en entend plus parler. Puis d'un seul coup c'est la résurgence avec Daddy et Le Jaguar. Pourtant entre deux, il a continué à écrire, mais en homme invisible puisqu'il a collaboré avec Bernard Lenteric pour La nuit des enfants-rois et La gagne, avec Pierre Rey pour la série des TNT sous le pseudonyme de Michael Borgia, ou encore avec Sulitzer mais sans jamais que son nom apparaisse.

Loup Durand est décédé en 1995.

Réédition collection Sueurs Froides; Denoël. Parution mai 1990. 216 pages.

Réédition collection Sueurs Froides; Denoël. Parution mai 1990. 216 pages.

Loup DURAND : Le seigneur des tempêtes. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution avril 1983.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 09:14
Teri WHITE : Un trio sans espoir

Le tiercé perdant...

Teri WHITE : Un trio sans espoir

Mac a connu Johnny au Vietnam.

Il l'a pris sous son aile, le protégeant des autres et de lui-même. Entre eux s'est instaurée une amitié bourrue.

Johnny est un peu branque, un peu bargeot, les séquelles de la guerre sans aucun doute.

Mac n'a jamais voulu confier Johnny à des psychiatres, ou à un hôpital, cela lui rappelle trop de mauvais souvenirs familiaux. C'est un joueur invétéré et les pertes qu'il subit au jeu, aux cartes, n'entament en rien la confiance que lui voue Johnny. Celui-ci ferait tout pour garder intacte l'amitié de Mac.

Ils forment un drôle de couple qui bientôt aura à sa poursuite Simon, un flic qui abandonne tout, femme, enfants, maison, pour venger le meurtre de son collègue et ami que Johnny a tué dans le cadre d'une mission exigée par l'Organisation. En effet les deux hommes sont devenus, à la suite d'un vol, des encaisseurs et des tueurs à la solde du roi des jeux clandestins new-yorkais.

Mac prenant en charge Johnny, lui prodiguant conseils, ayant parfois envie de le quitter mais n'allant jamais bien loin dans l'exécution de cette séparation.

Un homme veillant sur les faits et gestes de son compagnon quelque peu perturbé, qui tuerai père et mère pour faire plaisir à son protecteur, cela fait irrésistiblement penser à cette très belle histoire de John Steinbeck : Des souris et des hommes.

Une analogie frappante même si au lieu de se dérouler en campagne cette histoire d'amitié virile avec toutefois une consonance homosexuelle, a pour cadre la ville, ses tripots et ses hôtels minables.

Ce roman a été porté au cinéma par Jacques Audiard en 1994 sous le titre Regarde les hommes tomber, avec Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz et Jean Yanne.

Teri WHITE : Un trio sans espoir

Teri WHITE : Un trio sans espoir (Triangle - 1982. Traduction France-Marie Watkins). Série Noire N°2191. Parution juin 1989. 320 pages.

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 13:04

Un Simenon ? Mais si !

Christian BRULLS : Les pirates du Texas.

Dans un bar américain, près des Champs Elysées à Paris, un homme corpulent accompagné de sa fille bouscule un client accoudé au comptoir. Lorsqu'il sort des toilettes, à nouveau il le culbute et celui-ci ne peut plus faire l'ignorant. D'autant que le colosse l'apostrophe par son nom.

Ted Brown est un agent américain de la police spéciale pour la défense de la prohibition et il est aux basques de Bob Cummins, à la tête d'un important réseau de trafiquants d'alcool. Seulement, le hic (c'est le cas de le dire !) réside dans le fait que Ted Brown est amoureux de la fille de Cummins et qu'il n'est pas indifférent aux yeux de celle-ci. Mais ils ne sont pas à Galveston, haut lieu du trafic d'alcool, mais à Paris, et donc ils peuvent déguster ensemble un, voire plusieurs verres d'un breuvage interdit.

Cummins ne se prive pas d'offrir un cocktail bien tassé à Ted Brown puis de l'inviter à déjeuner en sa compagnie et celle de sa fille Winnie, qui n'est pas une oursonne. Il va même chercher à la cave, c'est un habitué des lieux, une bouteille poussiéreuse et verse généreusement le vin dans le godet de Ted Brown. Celui-ci s'assoupit peu après, il sombre même dans un profond endormissement.

Cummins se rend au Havre, toujours avec Winnie, où ils doivent embarquer à bord de l'Hidalgo, un cargo battant pavillon d'une nation sud-américaine et qui transporte pour quatorze millions de francs d'alcool. L'équipage est armé jusqu'aux dents, provenant de diverses nations mais ayant comme point commun d'être des malfrats. La destination du navire est inconnue et la cargaison sera débarquée en un endroit tenu secret afin que les autorités américaines, toujours sur la brèche, ne puissent pas l'arraisonner.

Seulement à bord se cache Ted Brown, qui méfiant, n'avait pas avalé la boisson proposée et avait rejoint le port normand à bord d'un avion. Ted Brown se cache dans un canot de sauvetage bâché et fait tout son possible pour ne pas être découvert. Il possède quelques tablettes de chocolat qu'il économise et passe son temps à regarder Winnie déambuler sur le pont, tout en restant soigneusement caché. Il récupère un journal américain qui allait tomber à l'eau et est fort étonné en découvrant un article consacré à Cummins, le fameux milliardaire qui effectue, selon le journaliste, une croisière le long des côtes de Floride. Bizarre. Comment se fait-il que Cummins soit en deux endroits en même temps ?

Un jour, alors qu'il veut écouter une conversation entre le capitaine du navire et Cummins, il bouge légèrement son embarcation qui émet un petit bruit. Il espère ne pas avoir éveillé la curiosité des deux hommes, mais ceux-ci continuent leur discussion comme si de rien n'était. De plus Ted Brown n'a rient entendu, étant placé trop loin.

Le soir, il reçoit la visite de Cummins, hilare, qui avait bien entendu le craquement. Le bootlegger lui propose de venir partager sa confortable cabine, et une fois installés, il lui tient un discours sur la force des bootleggers, environ vingt mille, et celle des policiers qui ne possèdent pas le nombre d'éléments susceptibles de les contrer, et surtout ne peuvent prendre d'initiatives sans en référer à leurs chefs et n'ont guère de moyens financiers pour mener à bien leur chasse. Il propose même à Ted Brown, son ennemi potentiel, dix mille dollars pour rejoindre leurs rangs et fermer les yeux. un marché que refuse bien évidemment le policier.

Le bâtiment approche des eaux du Texas, non loin de Galveston, et un petit rafiot embarque à son bord une partie du chargement. Le lendemain, même manège. Ted Brown sent que l'escale va bientôt se terminer et il se débarrasse de Cummings, saute par dessus bord et échappe de peu à de petits canots à moteur qui patrouillent, surveillant le bon déroulement des opérations. Blessé, il gagne le rivage et s'évanouit sur le sable. Lorsqu'il reprend connaissance, il est installé dans une chambre et une brave femme lui propose à manger répondant avec un accent allemand à quelques questions. Notamment qu'il a été sauvé par Le mari. Le mari, pas son mari...

Mais l'histoire continue et Ted Brown se demande s'il reverra Winnie et parviendra à mettre fin aux agissements des bootleggers, Cummings en tête. Un dilemme le ronge en même temps. Comment conquérir le cœur de la jeune fille, si ce n'est déjà fait, alors qu'il traque son père. Les embûches, les coups de feu, des empoignades, des journées passées en prison et bien d'autres péripéties attendent Ted Brown jusqu'au mot Fin.

 

Sous l'alias de Christian Brulls, Georges Simenon peaufine sa plume et ses intrigues, tout en songeant sérieusement aux premiers Maigret via des romans dans lesquels il ébauche celui qui deviendra le policier le plus célèbre de France, et en entamant le cycle de ses romans noirs, ou durs, sous son véritable patronyme. En cette fin de décennie, il produit beaucoup, des romans d'aventures ou sentimentaux, chez Ferenczi, Tallandier, des éditeurs populaires.

Ce roman dans lequel résonne le souffle de l'aventure avec un côté sentimental qui aurait pu cataloguer cette histoire dans les collections dédiées justement à ce genre de romans, possède les prémices de ce qui fera le succès par la suite de l'œuvre simenonienne, une marque de fabrique à nulle autre pareille. L'intrigue est simple sans être simpliste et Simenon commence à fouiller la psychologie des personnages et introduit dans certaines scènes le côté intimiste de ses grands romans comme La maison du canal, Betty, La neige était sale, La fuite de Monsieur Monde, La neige était sale, Les inconnus dans la main, Feux rouges, La vieille et bien entendu Trois chambres à Manhattan.

Une curiosité à ne pas dédaigner et qui possède l'avantage de transporter le lecteur de l'époque dans un univers qu'il connait peu, celui des trafiquants lors de la Prohibition. Depuis de nombreux auteurs, Américains plus particulièrement ont traité abondamment de ce sujet, mais le charme de Simenon opère toujours et le roman n'a guère vieilli. Et l'alcool s'est bonifié.

C'est une remarque que chacun a fait cent fois dans son existence, que la vie est beaucoup plus romanesque que les plus romanesques des romans.

Première parution : Collection Le livre de l'aventure N° 10. Editions Férenczi. 1929

Première parution : Collection Le livre de l'aventure N° 10. Editions Férenczi. 1929

Christian BRULLS : Les pirates du Texas. Collection Les introuvables de Georges Simenon. Presses de la Cité. Parution novembre 1980. 196 pages.

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 08:22
Jean-Bernard POUY : Suzanne et les ringards.

Elle n'a que l'embarras du choix !

Jean-Bernard POUY : Suzanne et les ringards.

Jean-Bernard Pouy se déchaîne dans la poésie, le plaisir d’écrire supplantant parfois l'histoire.

Pourtant en refermant le livre on s’aperçoit qu'il renferme une histoire et que si divagation il y a, elle est fort bien orchestrée.

Poésie et absurdité se mélangent; poésie de l'imaginaire et absurdité de la réalité. Imbrication d'un mythe et de l'envers d'un décor que peu de personnes connaissent.

 

Le personnage central, chauffeur et garde du corps d’un groupe rock est déjà à lui tout seul un poème, haut en couleur, ne serait-ce que physiquement. Les musiciens de ce groupe, pour s'éclater et s’affirmer ont besoin de drogue et de femmes. Soit l'une soit l’autre, soit les deux, et lorsque le drame éclate, le meurtre d’une groupie, Dumbo, surnom irrévérencieux donné à notre héros, Dumbo aura toutes les peines du monde à comprendre les raisons de cet accident.

Il se trouvera mêlé, à son corps défendant, à une sombre machination cinématographique.

Une histoire en deux temps se recoupant dans les coulisses d'un monde souvent exploité mais jamais d’une façon si humaine.

Jean-Bernard Pouy a écrit un polar certes, mais surtout il s'est ingénié à décrire une tranche de vie et si beaucoup d'amour se dégage de ce roman, cela reste un polar et non une bluette à l'eau de rose.

Réédition Folio Policier N°184. Parution novembre 2000. 192 pages. 5,80€.

Réédition Folio Policier N°184. Parution novembre 2000. 192 pages. 5,80€.

Jean-Bernard POUY : Suzanne et les ringards. Série Noire N°2013. Parution juillet 1985. 192 pages.

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 13:11

Tous les trains mènent en Allemagne....

Maurice GOUIRAN : Train Bleu, train Noir.

Marseille, 23 janvier 1943 : le quartier du vieux port de Marseille est investi par les policiers français fidèles collaborateurs officiels de l’armée allemande, une opération surveillée par les SS.

Théoriquement cette intervention musclée et nocturne était destinée à procéder à l’arrestation des truands locaux, caïds de la pègre notoirement connus, mais les membres du Service d’Ordre Légionnaire, qui deviendra la Milice, et les GMR encadrés par les SS, forcent une à une les portes des maisons, des immeubles et arrêtent tout le monde, Juifs principalement, mais ne s’embarrassant pas de détails, et embarquent leurs proies sans distinction, sans ménagement.

Les malheureuses victimes de la rafle seront dirigées à la gare d’Arenc, puis vers Compiègne, ou vers Fréjus, en attendant mieux, ou pire. Parmi les milliers de personnes arrêtées, Robert qui n’a plus de nouvelles de sa femme et de sa fille et Michel accompagné de sa mère. Georges lui a réussi à échapper à la nasse tendu par les policiers français en se cachant dans un placard. Fourrant une valise quelques affaires et l’argent économisé par son père. Mais il est pris lors d’un coup de filet et évite d’être embarqué dans le train maudit en soudoyant un policier. Son nom est biffé et ce seront deux autres personnes qui seront emmenées en captivité. Si Robert est dans la fleur de l’âge, à peine la trentaine, Michel et Georges ne sont encore que des gamins. Robert et Michel et une centaine d’autres sont parqués dans un wagon, l’un des nombreux wagons qui constituent le train noir.

Au cours du voyage, Michel et un autre enfant, aidés par Robert, parviennent à s’échapper en se faufilant par un orifice et rentrent à Marseille à pied. Robert lui sera consigné, anonyme parmi les anonymes, à Royallieu près de Compiègne puis direction le camp de Sobibor. Un camp qui n’était pas de concentration mais d’extermination.

 

50 ans plus tard, le 25 mai 1993, Robert, Michel et Georges prennent le train bleu en compagnie de milliers de supporters de l’O.M., direction Munich, afin d’assister à la finale de la Coupe de football contre le Milan AC. L’atmosphère n’est plus la même. Ça crie, ça hurle, ça chante, c’est la liesse générale, c’est la fête. Les conditions du voyage non plus. Ils ont droit à une couchette et à des provisions. Celles-ci sont cachées dans les toilettes, derrière une plaque de tôle qu’il suffit de dévisser pour les récupérer. Trois P38 qu’ils pourront récupérer, sans inquiétude, à la fin de leur voyage. Car leur but, ce n’est pas la finale, mais la rencontre avec un personnage du nom de Horst, un nom et un visage gravés à jamais dans leurs souvenirs.

 

Les dérives de la Seconde Guerre Mondiale, ces faits passés sous silence ou évoqués avec parcimonie parce que honteux, alimentent depuis quelques décennies les romans noirs car ils est juste, légitime, obligatoire de démontrer les travers d’une frange de la société, affiliée aux idéologies nazies.

Mais Maurice Gouiran, en humaniste lucide, ne s’en tient pas à ce simple bilan, à ce regard porté en arrière, à constater. Il nous propose de mettre en parallèle, comme les protagonistes de sa fiction, deux époques distantes d’un demi-siècle et plus. Un parallèle édifiant. Tout un quartier du vieux port fut démoli, rasé, sous prétexte de purification, d’un nettoyage visant le grand banditisme, un leurre. Comme il se plait à le noter, aujourd’hui on parle de « karchérisation ». Mais derrière ces démolitions à la dynamite, se profilaient les profiteurs immobiliers, français. Des actes qu’il était de bonne guerre d’imputer aux Nazis, cela arrangeait tout le monde, surtout à la Libération.

Maurice Gouiran décrit également les affres des prisonniers dans leur périple, l’angoisse, la fatigue, la faim, l’horreur, ressenties par ces hommes et ces femmes parqués pis que des animaux.

Un roman fort, un roman juste, qui devrait être étudié dans les écoles, et servir de base à des sujets de philo. Et qui devrait être lu aussi par les hommes politiques, lesquels réfléchiraient peut-être (mais est-ce trop leur demander ?) avant de faire des déclarations fracassantes, malvenues, démagogiques, ou énoncer un bon mot pour amuser la galerie, juste pour gagner des électeurs. Et nous en avons malheureusement des preuves quotidiennes proférées par des personnages dont il serait malvenu de citer les noms, ce serait leur faire de la publicité.

A noter ces quelques réflexions pleines de bon sens

Les vaincus n’ont pas besoin d’avoir une histoire, les vainqueurs leur impose toujours la leur.

Quand on voit le fanatisme et la haine que peut déclencher un simple match de foot, on ne s’étonne plus de la stupidité et de la cruauté des guerres.

Maurice GOUIRAN : Train Bleu, train Noir. Collection Polar Jigal Poche; Editions Jigal. Réimpression septembre 2015. 248 pages. 9,50€.

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 12:46
David GOODIS : Tirez sur le pianiste

Et dire qu'il parait que la musique adoucit les mœurs !

David GOODIS : Tirez sur le pianiste

Poursuivi par des truands, Turley se réfugie dans un bar dans lequel son frère Eddie, qu’il n’a pas vu depuis sept ans, joue du piano.

Grâce à la complicité de celui-ci, il arrive à fausser compagnie à ses poursuivants. A la fin de la soirée, Eddie, complètement fauché paye avec ses derniers cents un repas à Léna la serveuse.

Rentré dans sa chambre glacée, il reçoit la visite amicale de Clarisse, une prostituée au grand cœur qui vit dans le même immeuble que lui. Le lendemain il repère la voiture des truands toujours à la recherche de son frère. Deux hommes l’abordent dans la rue et l’obligent à monter dans le véhicule ainsi que Léna qui passait par hasard.

A un carrefour, Léna et Eddie parviennent à fausser compagnie à leurs ravisseurs. La serveuse aimerait connaître les raisons de cet enlèvement et devant les réticences de son compagnon l’appelle par son nom : Edward Webster Lynn. Le pianiste qui croyait avoir su préserver son identité revoit en pensée son enfance et tout ce qui l’a conduit à sa déchéance actuelle.

 

Tirez sur le pianiste est le roman type de l’univers goodisien : la déchéance physique et morale d’un homme qui grâce à une femme essaiera de sortir du cloaque dans lequel il s’enfonce, mais retombe dans la fange à cause de son passé.

Le désespoir est toujours au bout du voyage, même si certaines lueurs laissent supposer un épilogue optimiste.

Ce roman a été adapté au cinéma par François Truffaut en 1960 avec pour interprètes principaux l’étonnant Charles Aznavour, les magnifiques Marie Dubois et Michèle Mercier.

David Goodis, écrivain mythique longtemps méconnu a obtenu une certaine notoriété en France non pas grâce à son talent mais par le biais des adaptations de ses œuvres au cinéma comme La lune dans le caniveau par Jean-Jacques Beneix avec Gérard Depardieu et Nastassja Kinski, Rue Barbare (adapté de son roman éponyme également titré Epaves) par Gilles Béhat avec Bernard Giraudeau et Bernard-Pierre Donadieu ou encore Descente aux enfers de Francis Girod avec Claude Brasseur et Sophie Marceau.

Maintenant, à trente-deux ans, elle était toujours acrobate, mais pas sur scène. ça se passait à l'horizontale, sur un matelas, moyennant la somme de trois dollars la performance.

Collection Carré Noir N°85. Octobre 1972.

Collection Carré Noir N°85. Octobre 1972.

Collection Folio N°2375. Mai 1992.

Collection Folio N°2375. Mai 1992.

Collection Folio Policier N°224. Septembre 2001. 3,00€.

Collection Folio Policier N°224. Septembre 2001. 3,00€.

David GOODIS : Tirez sur le pianiste (Down there - 1956. Traduction de Chantal Wourgaft). Série Noire N°379. Parution juillet 1957. Réimpression mai 1996.

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 13:20

Un manuscrit retrouvé dans une bibliothèque de l'Université de Yale, ça fait désordre non ?

Nicholas MEYER : Sherlock Holmes et le Fantôme de l'Opéra.

Ayant quitté Londres pour se consacrer à sa nouvelle passion l'apiculture, Sherlock reçoit de temps à autre la visite de son ami Watson. L'amitié qui lie les deux hommes n'empêche pas Watson de tarabuster le détective à la retraite. D'autant qu'il n'apprécie guère que des contradictions ou des imprécisions figurant dans la rédaction de leurs aventures fassent l'objet de moqueries. Ceci est surtout flagrant durant la période 1891/1894 et Watson désire ardemment savoir quelles furent les occupations de Sherlock à ce moment charnière et nébuleux du détective.

Alors Sherlock consent à lui narrer une de ses péripéties, celle qui s'est déroulée à Paris après son passage à Milan. Muni de faux papiers établis au nom d'Erik Sigerson, citoyen d'Oslo, Sherlock s'établit donc dans la capitale française et afin de subsister il s'installe comme professeur de violon. Au grand dam de ses voisins et colocataires.

Il se promène également dans le Paris en transformation, et un soir il décide de se rendre au Palais Garnier afin d'assister à une représentation du Prophète de Meyerbeer, quoiqu'il n'apprécie pas vraiment ce compositeur. Mais il tombe sous le charme de la jeune soprano Christine Daaé, et surtout de sa voix.

En sortant de l'édifice, il est témoin d'un incident provoqué par l'un des violoniste de l'orchestre. L'homme très remonté vitupère contre les agissements d'un supposé fantôme et déclare donner sa démission. Sherlock pense alors qu'il pourrait sacrifier à sa passion, le violon, tout en étant rémunéré. Il s'inscrit au concours d'entrée mais les candidats ne manquent pas. L'audition s'effectue à l'aveugle. Trois jurés sont attablés mais ce ne sont pas eux qui décident. Un homme à la voix bourrue se cache derrière un paravent, et c'est lui qui procède à l'engagement. Le talent de Sherlock s'exprime de façon fort honorable et l'homme lui signifie son embauche. Il s'agit de Gaston Leroux, le directeur musical de l'Opéra de Paris.

Son engagement signé, Sherlock participe aux répétitions et s'entretient avec ses voisins de pupitre lesquels certifient la présence d'un fantôme. Ce ne sont pas les seuls à l'affirmer car les petits rats du corps de ballets sont toutes énamourées rien que d'en parler, et la direction confirme cette présence qui ne semble pas les gêner. Certains entendent des voix tandis que des événements étranges se produisent, des accidents surviennent. Sherlock discute, converse, papote avec les uns et les autres, le régisseur, les machinistes, les musiciens, les danseuses et les chanteuses...

Sherlock remarque qu'une loge, la numéro 5, est souvent vide. Elle serait louée à l'année, selon son nouvel ami le violoniste Ponelle, par le fantôme. Une surprise de taille attend Sherlock. La cantatrice Emma Calvé étant indisponible suite à un malaise, son rôle est repris au pied levé par La Femme, Irène Adler en personne ! Ceci est confirmé par le maître, Gaston Leroux.

Le chef-machiniste, Busquet, est retrouvé pendu. Enfin presque. Ce qui est sûr c'est qu'il est mort de la suite d'une pendaison. Car un bout de corde s'est volatilisé, et Sherlock sent renaître en lui le démon de la détection. Or Busquet était amoureux de la belle et jeune Christine Daaé laquelle est également courtisée par un vicomte. Un des nombreux points à éclaircir pour Sherlock qui s'attelle à une enquête surprenante ne manquant pas de péripéties.

 

Nicholas Meyer nous entraîne dans une intrigue aux nombreux clins d'œil et truffée de références. Outre l'enquête, c'est un voyage dans les arcanes de l'Opéra Garnier qu'il nous propose avec virtuosité. Les parties visibles par tous mais également les coulisses, les sous-sols, le réservoir ou lac intérieur, sont décrits avec recherche mais sans que le lecteur se sente en train de lire une brochure d'architecte. D'ailleurs des plans dus à Garnier et à l'un de ses adjoints sont au cœur de l'action, car ils se révèlent indispensables à Sherlock lors de son enquête.

Le mystère rôde et Sherlock Holmes va se trouver à plusieurs reprises dans des situations périlleuses. Par exemple l'épisode renversant et détonnant avec le lustre de cristal. Mais les scènes d'action, d'émotion, de réflexion, entrecoupées de la petite histoire du Palais Garnier et des innovations dont il fut l'objet, des modifications du quartier et des nombreux accidents qui s'y sont déroulés, s'enchaînent avec bonheur, sans répit.

L'auteur lui-même, afin de mieux perturber le lecteur, s'amuse à écrire des approximations, des erreurs, dans le texte, qu'il corrige par la suite sous forme de notes. Ce qui donne un sentiment de véracité quand à la découverte d'un manuscrit inédit.

Le souffle des grands romanciers populaires anime Nicholas Meyer qui nous livre un roman épique, pur moment de plaisir.

Première édition Editions de l'Archipel 1995.

Première édition Editions de l'Archipel 1995.

Nicholas MEYER : Sherlock Holmes et le Fantôme de l'Opéra. D'après les mémoires du Dr John Watson. (The Canary trainer - 1993. Traduction de Pierre Charras). Réédition Archipoche N°122. Parution janvier 2010. 256 pages. 6,50€.

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 08:28
Hervé LE CORRE : La douleur des morts.

Lorsque le Minitel rose remplaçait les souteneurs...

Hervé LE CORRE : La douleur des morts.

Ce roman date de 1990, et bien évidemment les technologies ont beaucoup évoluées. Mais ce n'est pas pour autant que le roman a vieilli.

Il fallait s'y attendre ! Le minitel, source de renseignements précieux pour utilisateurs sérieux, sait se transformer lorsque le besoin s'en fait sentir en lupanar rose et cercueil noir.

Le frotti-frotta des dancings du samedi soir, le clin d'œil aguicheur, la mèche rebelle et le bouquet de fleurs trempant dans un verre de whisky, démodés tout cela. Maintenant la drague s'effectue par clavier interposé. Fantasmes en tous genres, anonymat garanti.

Un univers que ne soupçonnait pas Louis Lorenzo, employé aux impôts à Bordeaux, et qu'il découvre avec horreur, consternation, colère et révolte lors de la mort assassine de sa fille.

Une enfant de plus de vingt ans qu'il rencontrait épisodiquement, qu'il ne connaissait pas vraiment, et qui n'était plus tout à fait celle qu'il croyait. Une déception et une rogne incontrôlable minent cet homme près de la retraite. Et peut-on se fier vraiment à la police, peut-on dévoiler au grand jour des faits inavouables, des secrets sur la turpitude d'une enfant trop vite grandie et peut-être pas assez aimée.

Non, le tueur, le sadique, c'est lui, Louis Lorenzo, qui va le traquer dans les arcanes d'un 36-15 lubrique. Sa vengeance, elle lui appartient, et les flics, qu'ils aillent chercher ailleurs, mais sans lui.

 

Premier roman d'Hervé Le Corre, La douleur des morts serait une réussite s'il n'y avait pas certains dérapages, certaines petites outrances qui font désordre comme des chiures de diptères sur une glace récemment nettoyée. Mais ce n'est que mon avis que je partage avec moi-même.

Le personnage de Louis Lorenzo est attachant, lui qui se découvre père, plus après la mort de sa fille qu'avant, quand elle était vivante. Réagirions-nous si nous étions à la place de ce brave homme, de la manière qu'il le fait, c'est à dire mener son enquête en solitaire et dissimulant certains faits, certaines preuves matérielles à la police ? Peut-être sachant que chacun de nous en face de la loi est un coupable en puissance, ou se conduit, réagit comme tel. Pourtant il faut une sacrée dose de courage pour ne pas abandonner en cours de route.

Un roman noir digne des maîtres américains, orfèvres en la matière, et qui s'inscrit en tant que tel dans la lignée de la Série Noire, renouvelant le genre tout en en gardant les principes. L'homme solitaire face à un destin en trompe-l'œil, face à l'adversité et à la manipulation, et qui se surpasse, confronté à une situation révoltante qui le met directement en cause.

 

Hervé LE CORRE : La douleur des morts. Série Noire N°2231. Parution mai 1990. 224 pages.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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