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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 09:35
Pascale FONTENEAU : Confidences sur l’escalier.

Moins discret que confidences sur l'oreiller...

Pascale FONTENEAU : Confidences sur l’escalier.

Un escalier, c’est un lieu de passage parfois bruyant, mais ce peut être aussi un endroit privilégié pour se raconter ses petites histoires, ses confidences, pour se débarrasser de ce qui depuis des mois vous turlupine et vous angoisse.

Une confession sur des marches d’un immeuble qui se dresse au milieu d’autres immeubles dans une cité ouvrière et banlieusarde.

Des marches qui conduisent aussi bien au Ciel qu’en Enfer. Sur ces marches, deux personnages, le narrateur et son confident qui pourrait tout aussi bien être vous que moi.

Dans cette cité Paradis, où il ne se passe jamais rien d’important, le locuteur traîne son ennui parmi les parallélépipèdes de béton, comme un retraité se laisse promener par son chien. Il fait partie du décor. Un jour une Lolita de quartier prénommée Catherine lui propose de vendre une radiocassette. Le lendemain, elle veut se débarrasser d’un magnétoscope. Notre conteur en mal d’épanchement la dirige vers un ami. Il n’a pas envie de se retrouver en fin de semaine à la tête d’un magasin d’électroménager.

Cependant ce manège l’intrigue et, n’ayant rien de mieux à faire, se met à épier les faits et gestes de cette adolescente qui brade à bon marché, croit-il, l’appartement familial. En réalité cette Lolita, qui s’envoie en l’air dans les ascenseurs, un lieu comme un autre pour atteindre le 7ème ciel, dirige une petite bande de cambrioleurs à la technique originale. Ils chapardent dans les maisons cossues afin d’épargner de l’argent pour un mythique voyage à Albuquerque, Mexique, ou à Charleville, Australie.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si quelques grains de sable matérialisés sous formes de cadavres, ne venaient enrayer cette belle mécanique.

 

Pascale Fonteneau, Bretonne d’origine et Belge d’adoption, nous conte dans ce qui fut son premier roman publié à la Série Noire, une histoire à la construction peu banale, presque théâtrale. Un dialogue entre le locuteur héros et son figurant second rôle dans un escalier confessionnal.

Malgré un léger ralentissement à mi-parcours, ce roman est mené à un rythme allègre. Un exercice de style confirmé dans son second roman Etat de lame.

 

Pascale FONTENEAU : Confidences sur l’escalier.

Pascale FONTENEAU : Confidences sur l’escalier. Série Noire N°2294. Parution avril 1992. 192 pages. Réédition collection Folio Policier N°151. Parution février 2000. 5,80€.

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 12:25

Et dire qu’il y en a qui se ruinent en cures de

rajeunissement onéreuses !

Jean CONTRUCCI : La vengeance du Roi-Soleil.

Le roman de cape et d’épée, fort prisé dans la seconde moitié du XIXème siècle et au début du XXème, a connu quelques sursaut dans les années 1950-1970. Passé de mode pensions-nous. En réalité ce genre littéraire est toujours vivace, car parmi les romans policiers historiques, bon nombre de romans de cape et d’épée pourraient y être apparentés.

Ce genre que l’on pensait moribond vit de beaux jours, après avoir changé de peau, avoir mué, sous la plume de quelques auteurs qui savent transmettre la fougue des Dumas et consorts, se montrant leurs dignes fils spirituels tout en adoptant la rigueur historique.

Jean Contrucci abandonnant (momentanément ?) son journaliste marseillais émule de Rouletabille, campe un nouveau personnage que l’on aimerait retrouver dans d’autres aventures. Cela est-il prévu, je n’en sais rien pour le moment, mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs et procédons à la présentation de ce héros.

Guillaume de Montmirail est venu à Marseille assister au départ de son frère aîné à bord d’une galère pour une traversée inaugurale qui doit l’emmener jusqu’en Syrie, à Tripoli. Pas comme galérien mais comme capitaine en second. Guillaume est âgé d’à peine vingt ans, et après bien des aléas, il envisage la vie avec sérénité. Dans les petites ruelles malfamées de la cité phocéenne, il avance tranquillement, imperturbable. Il ne connait pas la ville et est un peu perdu dans le dédale des venelles alors qu’il veut rejoindre sa chambre de location. Soudain il est agressé par quatre malandrins guidés par un chef portant masque d’Arlequin. Il se trouve en mauvaise posture, malgré ses qualités de bretteurs, lorsque surgit opportunément un marin qui se range à ses côtés. Les spadassins n’ont plus qu’à déserter l’arène. Toutefois Guillaume a été touché dans l’algarade.

Lou Rousset, de son vrai nom Jean-Baptiste Amourdedieu, patronyme à lui donné car c’est un enfant abandonné, lui propose de l’emmener chez son mentor Philippe d’Orseul. Celui-ci est négociant mais surtout il est dans les étoiles. Il passe ses nuits à contempler les astres, en astronome amateur mais avisé qu’il est. Lou Rousset et Guillaume sont accueillis par la fille de la maison, Constance, dix-sept printemps. Lou Rousset est inquiet, et demande à Constance si elle est réveillée. Au grand étonnement de Guillaume qui apprend bientôt que la jeune fille possède la particularité d’être somnambule. Après quelques soins, Guillaume fait la connaissance de l’astronome. Un lien de sympathie relie peu après toutes ces personnes. Toutes ? Pas tout à fait car entre Constance et Guillaume nait un autre sentiment, plus profond. Guillaume, s’il connait les choses de l’amour, il a eu les faveurs de quelques maitresses lors de son séjour à la cour, dont celles de Diane de Cabrières, une jeune courtisane et favorite intermédiaire du roi Louis XIV n’a point encore été transporté par ce noble sentiment.

Lou Rousset lui présente Piero Orsini, un corailleur, et tous deux lui font visiter le port et la ville. Seulement la cité est en effervescence. Les bourgeois et les simples citoyens sont mécontents. Un consul nommé par le roi doit remplacer l’actuel, un parachutage (le mot n’existait pas à l’époque, mais la façon de procéder était la même) ce qui énerve le bon peuple à la tête duquel s’élève Gaspard de Glandevès, sieur de Nozielles. Ce gentilhomme provençal, véritable hercule, devient rapidement le meneur de ce qui a été appelé la Fronde marseillaise. Lors des manifestations de rues, Guillaume et ses nouveaux amis participent activement à l’insurrection, surtout Lou Rousset et son compère. Pendant une de ces émeutes, alors qu’ils sont coincés dans la foule, Constance est enlevée. Commence alors pour Guillaume une course poursuite pour retrouver celle qu’il considère comme sa fiancée putative.

Constance a été emmenée par ses ravisseurs jusqu’en Camargue, enfermée dans une vieille bâtisse. Elle parvient à s’échapper, tuant au passage l’un de ceux qui l’ont enlevée grâce à un objet qu’elle s’est fabriqué dans sa geôle. On notera au passage que les bustiers qui comprimaient le torse des jeunes femmes afin de les rendre plus minces et leur poitrine plus avenante peuvent se révéler fort utile dans certains cas. Au cours de son échappée, elle s’évanouit et est récupérée par une troupe de saltimbanques. Seulement elle a perdu l’usage de la parole.

Pourquoi ces malandrins ont-ils tentés d’assassiner Guillaume, le pourchassant impitoyablement, perpétrant un enlèvement le touchant dans son cœur ? Le motif est à chercher dans son enfance lorsqu’il a assisté, alors qu’il n’avait que dix ans, à un assassinat au cours d’un carnaval dans les rues d’Aix. Or l’un des meurtriers avait perdu son masque au cours de l’échauffourée et Guillaume avait aperçu son visage.

 

De juin 1659 jusqu’en mars 1660, la ville de Marseille a effectivement vécu les événements décrits dans le roman. Jean Contrucci a inséré une histoire de cape et d’épée et d’amour dans un contexte historique avec verve et rigueur. L’on retrouve certains des thèmes chers aux romanciers qui œuvraient dans ce genre littéraire, avec l’origine d’une vengeance remontant à quelques années avant le début de l’intrigue décrite, les chevauchées épiques, l’enlèvement d’une jeune fille, des femmes fatales, les spadassins masqués, les multiples rebondissements inhérents à ce genre d’histoire, des chassés-croisés et des personnages qui interfèrent pour le plus grand bonheur des lecteurs. On pourra par exemple mettre en parallèle le sauvetage de Constance (tiens, comme le prénom de madame Bonacieux dans les Trois Mousquetaires de Dumas) puis son adoption par des saltimbanques, ce qui lui permet de voyager incognito et de participer comme artiste de cirque, tout comme le fait Scaramouche dans le roman éponyme de Rafael Sabatini.

 

Cette Fronde marseillaise est un épisode de l’histoire de France aujourd’hui oublié, occulté des manuels scolaires. Pourtant, que d’enseignements les hommes politiques pourraient en tirer.

A Guillaume de Montmirail qui s’exclame : Mais enfin monsieur, m’expliquerez-vous ce qui se passe dans cette ville étrange pour mettre les gens en pareilles transes ? C’est à n’y rien comprendre ! Pourquoi le peuple de Marseille veut-il chasser les consuls que le Roi lui a donnés ? N’œuvrent-ils pas pour le plus grand bien de la cité ?

Philippe d’Orseul répond : Sans doute, mais là n’est pas la question. Vous avez dit le mot : ces consuls, le Roi les a donnés aux Marseillais. Autrement dit, imposés. Ils ne les ont pas choisis. C’est là leur moindre défaut. Cela est reçu comme une atteinte aux franchises dont Marseille bénéficie depuis des siècles. Cette ville entend s’administrer comme bon lui semble, avec des gens du cru, exclusivement. Cet échange pourrait alimenter de nombreux débats dans la vie politique actuelle, alors que des instances parisiennes veulent imposer aux électeurs des têtes de liste dont ils n’ont que faire. Mais ceci nous entraîne hors sujet.

 

C’est cet harmonieux mélange entre réalité et fiction qui prédomine et qui entraine le lecteur dans des aventures dont le peuple marseillais est le héros malheureux, volant presque la vedette aux personnages imaginés pour la bonne cause et aux protagonistes réels indélicats. Pas tous quand même. Ils ne sont pas tous à plonger dans le même sac à rebuts. La grandeur d’âme côtoie la noirceur d’esprit. A noter la figure ambivalente de Mazarin qui est bibliophile, une qualité à lui accorder.

Une lecture qui m’a ramené plus de cinquante ans en arrière, lorsque je lisais assidûment les romans signés Dumas, Féval père et fils, encore Zevaco et leurs épigones.

Jean CONTRUCCI : La vengeance du Roi-Soleil.

Jean CONTRUCCI : La vengeance du Roi-Soleil. Première édition Editions Jean-Claude Lattès. Parution mars 2013. 448 pages. 17,50€. Réédition Le Livre de Poche. Parution 10 juin 2015. 504 pages. 7,60€.

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 11:11

Toréador prends gaaaarde...

Robert CRAIS : Prends garde au toréador

Imaginez-vous, pendant quelques minutes, dans la peau d'un détective privé californien.

Par exemple vous vous appelez Elvis Cole, vous avez trente cinq ans, vous avez obtenu votre licence sept ans auparavant, et vous attendez le client, tranquillement installé dans votre bureau.

Physiquement vous êtes bien balancé puisque vous mesurez un mètre quatre-vingts pour quatre-vingt cinq kilos de muscles. De plus vous avez la langue bien pendue, vous ne dédaignez pas l'ironie, même si cela ne plait pas toujours à vos clients ou à vos adversaires. Que voulez-vous, chassez le naturel il revient au galop !

Maintenant que vous êtes imprégné de l'atmosphère, supposez que deux femmes investissent votre bureau. L'une, Ellen Lang, se plaint, gémit, tergiverse. Elle voudrait que vous retrouviez son mari, Mort, qu'elle aime encore, malgré quelques différents, mais aussi son fils Perry. Tous deux ont disparu, envolés, dans la nature, inscrits aux abonnés absents.

L'autre femme, qui se nomme Janet Simon, ne se laisse pas marcher sur les pieds, a la tête sur les épaules, possède le sens du commandement, et n'apprécie pas à sa juste valeur votre humour.

Que feriez-vous dans ce cas ?

D'accord le détective privé étant le chevalier moderne prêt à enfourcher son fougueux et vaillant destrier afin de sauver la veuve et l'orphelin des griffes des malandrins, vous vous attelleriez illico à cette noble tâche.

Elvis Cole va donc accepter cette mission, fouiner, recevoir des gnons, découvrir un trafic de drogue, côtoyer quelques producteurs et imprésarios miteux hollywoodiens, et même faire la connaissance d'un toréador pour qui la vie est une vaste arène, et ses adversaires, des taureaux plus ou moins combattifs.

 

Prends garde au toréador de Robert Crais est un honnête roman mettant en scène un honnête privé californien, situation qui depuis des décennies fait les choux gras de bon nombre d'auteurs de romans noirs américains;

Un roman un peu longuet sauvé par son humour en demi-teinte et par les derniers chapitres menés tambour battant.

 

Robert CRAIS : Prends garde au toréador (The Monkey's Raincoat - 1987. Traduction de Paul Kinnet). Série Noire N°2159. Parution novembre 1988. 320 pages.

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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 12:06

N'y voyez aucune connotation religieuse !

Franklin JAMES : La môme Casse-burettes

Dans le train qui la conduit du Texas jusqu'à Chicago, Madelon Richards, dite Mickey, pense.

En cette année 1945, elle n'a que vingt-cinq ans et a déjà connu des nombreuses expériences plus ou moins malheureuses. Elle vient de passer un an chez son père à dresser ses chevaux. Et elle se rend à Chicago vérifier la comptabilité et les affaires fiscales du Silver Star, l'affaire dont elle est propriétaire avec Rickey, une sorte de complexe hôtelier avec aérodrome, fournissant également des plats à l'usine d'armement sise non loin.

Mickey pense. A sa mère et à sa fille de six ans, installées en Suisse, à ses deux maris, Victor le premier et père de la fillette de six ans, décédé, et surtout à Rickey, porté disparu à Burma (le nom anglais de la Birmanie) deux ans auparavant.

Un mauvais rêve s'est imposé dans son esprit peu de temps auparavant lors d'une période d'endormissement. Muée en sergent de ville, poursuivie sur la plage de Coney Island par des bucherons, chevauchant des enfants, s'aplatissant dans le sable et entendant l'un des gamins s'écrier : Sa tête est partie.

Heureusement son voisin, un marin, lui fait la causette, lui parlant de jazz et surtout d'un orchestre dirigé par Charlie Carlin.

Elle s'installe au Duchesse de Kent, où elle est accueillie comme une princesse par le directeur qui la connait bien avant se rendre au cabinet d'avoués dont le juge Purnell qui gèrent ses affaires. L'un des associés possède des intérêts dans l'affaire, mais Purnell se demande pourquoi Mickey garde celle-ci. C'est par pur sentimentalisme affirme-t-elle. A ce moment se produit l'intrusion d'Hiram Bolter qui annonce la mort d'Otto Schubert.

Panique à bord car Otto a été retrouvé décapité dans la chambre froide des cuisines où il officiait comme cuisinier hors pair. Le rêve, ou cauchemar de Mickey est concrétisé. Elle connaissait Otto de longue date, car il avait été auparavant employé chez sa mère. Hiram lui est le comptable de la société. Selon lui Otto était net, mais des hommes louches trainaillaient le soir sur le parking du Silver Star.

La police est prévenue, et Mickey, en fouinant dans la chambre froide s'aperçoit que les carcasses de bœufs ne sont pas estampillées. Les restrictions ont cours aux Etats-Unis, à cause de la guerre. Elle se demande donc si un trafic de viande au marché noir n'aurait pas été organisé. Tandis que les flics se demandent eux si Otto n'aurait pas eu des accointances avec un parti nazi américain, ses origines ne plaidant pas pour lui. Il s'était réfugié aux USA un peu avant la guerre fuyant le régime imposé par Hitler.

Mais il faut penser avant tout à satisfaire la clientèle, qui vient se délasser au son de l'orchestre de Charlie Carlin deux fois par semaine, et déguster les petits plats qui seront préparés, suite à la défection inopinée d'Otto, par la femme de Johnson, l'homme de confiance.

 

Policiers municipaux, du comté, le FBI et des représentants du fisc ou encore du Ravitaillement, vont grenouiller entre les jambes de Mickey, extrapolant toutes les suppositions, tandis que des patrons de boites de jeu, des malfrats, des musiciens, des individus peu recommandables et d'autres qui le sont un peu plus s'interposent essayent de s'interposer dans ses affaires.

Mais Mickey, malgré son jeune âge, n'est pas née de la dernière pluie, et elle ne s'en laisse pas conter ni compter. Pour preuve elle balance du 18e étage de la chambre qu'elle occupe un individu peu estimable, et ce sans barguigner. Elle fume et boit de pleins verres de Bourbon whisky et de scotch ainsi que d'autres mixtures qui s'accommodent fort bien avec sa gorge, son estomac et sa faculté de raisonnement.

Un roman un peu fouillis, alambiqué, complexe comme certains des romans de Peter Cheney, dans lequel le rôle des divers protagonistes n'est pas toujours bien défini. Et l'alcool coule à flots.

A noter que Mickey Richards, l'héroïne, est la narratrice et s'exprime à la première personne.

 

Hélène Hécat, a également traduit pour les Editions du Scorpion et la Série Noire des romans de James Hadley Chase, William Peter McGivern et Catherine L[ucille] Moore.

Vous êtes la plus jolie femme du monde mais vous ne cherchez pas à en tirer avantage. J'ai toujours désiré une femme qui serait capable de se comporter en homme... une fois sortie du lit.

Franklin JAMES : La môme Casse-burettes (Killerin the kitchen. Traduction de Hélène Hécat). Collection Les Romans Noirs. Editions du Scorpion. 4ème trimestre 1949.

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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 08:23
Teri WHITE : Quand faut y aller...

Quand faut y aller, faut y aller

Il faut boire le vin quand il est tiré...

Teri WHITE : Quand faut y aller...

Ancien flic new-yorkais, Brian Murphy passe sa retraite en Californie.

Une retraite anticipée due à un accident cardiaque. Mais il s'ennuie et son naturel policier reprend parfois le dessus. Ainsi le jeune homme qui tous les jours se repose sur un banc, face au Pacifique, et reste des heures sans bouger, sans parler, sans même remarquer les jolies filles plus ou moins dénudées qui passent devant lui, ce jeune homme l'intrigue.

Brian Murphy ne peut s'empêcher d'engager la conversation et entre les deux hommes va naître comme une certaine amitié avec cependant une certaine réticence de la part de l'ex-voyou, puisque Tray Detaglio, c'est le nom du jeune homme, sort de prison.

A Los Angeles, dans un autre quartier, vivent deux anciens détenus, Chris et Dwight, en liberté conditionnelle, qui ne rêvent que trésors et voyages au Mexique. Mais pour ce faire, il faut de l'argent, beaucoup d'argent, et ce n'est pas en réalisant de petits braquages minables que leur cagnotte s'arrondira.

Rien ne prédisposait à ce que Chris et Dwight d'un côté, Brian et Tray de l'autre, se rencontrassent un jour. Rien sauf Kathryn qui va servir de catalyseur aux quatre hommes.

Et on ne peut pas dire que cette rencontre va engendrer embrassades, tapes amicales et franches rigolades. Ce serait plutôt une rencontre explosive.

Mais n'anticipons pas trop et laissons le plaisir de la découverte de cette histoire et de son dénouement.

Plaisir quelque peu tempéré, je dois l'avouer, à cause d'un préambule un peu trop longuet à mon avis.

En effet l'action est lente à démarrer et ce n'est que petit à petit que l'histoire se met en route pour heureusement quitter son côté statique et enfin aborder le vif du sujet. Le début est assez soporifique mais le dénouement rondement mené. Une compensation. Ce qui est préférable aux romans dont le début est prometteur mais qui ne tiennent pas la distance.

A classer dans les romans Diesel.

Teri WHITE : Quand faut y aller...(Fault Lines - 1988. Traduction de Daniel Lemoine). Série Noire N°2156. Parution novembre 1988. 288 pages. 7,10€.

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 11:11

Hommage à Robin Cook décédé le 30 juillet 1994.

Robin COOK : Le mort à vif.

Au service des décès non éclaircis, l'A 14 dit aussi l'Usine, le sergent anonyme dont nous avons pu suivre quelques enquêtes dont J'étais Dora Suarez paru dans la même collection, est un flic marginal, en butte avec son chef Charlie Bowman de la Crime.

Sa femme a balancé la poussette de sa gamine sous une voiture et depuis elle végète dans un asile. C'est peut-être pour cela que notre policier revoit de temps en temps Firth, un flic révoqué de la police à cause de sa propension à ingurgiter trop d'alcool. Mais Firth s'il a sombré dans l'éthylisme n'en a pas moins gardé ses réflexes de policier et c'est ainsi qu'il met notre personnage sur la piste d'un tueur en série.

Il est intrigué par le locataire du troisième étage de son immeuble, lequel voisin déjà âgé et dépourvu de charme, change régulièrement de conquêtes féminines. Des veuves ou des jeunes filles prolongées dont le seul attrait semble être l'aisance matérielle. Seulement ce voisin énigmatique possède trop de patronymes pour être honnête.

Par des moyens pas toujours légaux, notre policier va tenter de confondre le présumé assassin mais il est en butte avec ses chefs qui ne comprennent pas son entêtement, préférant lui confier des enquêtes officielles.

 

Ce roman s'inscrit, par hasard, dans une nouvelle mode littéraire dans laquelle les Serial Killers prennent une part prépondérante.

Mais Robin Cook veut aller plus loin dans l'analyse, la compréhension de ceux qui tuent, pas forcément par plaisir mais surtout par besoin. Besoin de s'extérioriser, de se venger inconsciemment, de s'affirmer à leurs propres yeux.

L'enquête en elle-même sert de support à cette analyse, cette introspection du crime non organisé, non soumis à ce que l'on pourrait appeler les professionnels, bandits confirmés et autres truands de haute volée.

Sous la plume de Robin Cook, le roman noir prend une autre dimension, celle de la psychanalyse fondamentale d'un fait de société. On ne doit pas se cacher les yeux, faire l'autruche devant la multiplicité de ces crimes, mais au contraire les disséquer pour mieux les comprendre et peut-être les prévenir.

 

Robin COOK : Le mort à vif.

Robin COOK : Le mort à vif. Traduction de Jean-Paul Gratias. Collection Rivages Thriller. Editions Rivages. 230 pages. Parution décembre 1993. Réédition Rivages/Noirs N°241. Parution avril 1996. 320 pages. 8,65€.

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 08:35
Laurent MARTIN : La tribu des morts.

Et l'attribut des morts, ça marche aussi ?

Laurent MARTIN : La tribu des morts.

Le commandant Mangin, du SRPJ de Marnes la Vallée, n’est pas un Mickey.

Il est malade, une cochonnerie dans le sang. Les analyses du labo l’ont confirmé. Mais il ne veut en parler ni à sa femme, second violon au Châtelet à Paris, ni à sa fille Fanette.

La vie continue avec son lot de problèmes, de soucis, de morts. Justement son chef lui signale un décès par homicide. Un Zaïrois qui a été trucidé à coups de machette.

Etienne Tchumo vivait du RMI, pourtant il n’était pas franchement fauché. Dans son appartement la photo d’une femme blonde. En épluchant le relevé téléphonique du défunt, il constate que des appels téléphoniques ont été transmis vers la Russie, la Belgique. Pour la Russie, c’est normal, car la mère de Tchumo l’appelle. Elle est Russe, Mangin en déduit qu’il s’agit de la femme blonde de la photo. Pour la Belgique, c’est plus grave car l’un des correspondants est mort lui aussi, dans les mêmes conditions. Natif comme Tchumo du Kivu, l’une des régions arbitrairement annexées à l’ex-Congo belge.

En compagnie d’un collègue flamand, Mangin se renseigne auprès d’un autre ressortissant qui assume le rôle de monsieur Bons-offices. Kitsu est au courant des meurtres par les journaux belges et par Mazévi, un ami résidant en France. Vérification faite, il s’avère que le dénommé Mazévi n’habite pas à Créteil.

Le supérieur de Mangin lui confie un autre dossier, la disparition ou fugue de la fille d’un de ses amis. Quant au dossier Tchumo, il est classé d’office. Seulement Mangin est comme les chiens policiers. Quand il a entrepris de renifler une piste, dossier classé ou pas, il la suit. Malgré les avertissements de ne pas s’immiscer dans une enquête qui le dépasse qui lui sont intimés par deux inconnus, lesquels vont même jusqu’à le dissuader par les grands moyens. Et les morts se suivent, comme si à chaque fois qu’il contacte quelqu’un, il lui porte la poisse.

 

Laurent Martin nous emmène sur les pas d’immigrés zaïrois éparpillés en Belgique et en France, soumis à leurs traditions et leurs racines, tout en expliquant les méandres de la politique africaine exercée par des pays colonialistes et les luttes tribales.

Le lecteur se prend de compassion envers le commandant Mangin, borné, obstiné, têtu, malgré sa déchéance due à une maladie qui le ronge et dont il se garde bien d’en informer ses proches.

Tout ce qu’il veut, c’est mener sa mission à bout, même s’il y est, à bout. Ce n’est pas un flic minable, ni un macho, c’est tout simplement quelqu’un qui croit encore en une sorte de sacerdoce, malgré les interdits de ses supérieurs ou à cause justement. Mais l’état a ses raisons que la raison n’entend pas.

 

Laurent MARTIN : La tribu des morts. Série Noire 2722. Parution octobre 2004. 240 pages. 9,15€.

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 13:23

Ce qui veut  dire qu'il n'y en aura pas une troisième...

Gustave Le ROUGE : La seconde femme.

Dans la veine d'Hector Malot et quelques autres romanciers qui se sont penchés sur le sort des enfants orphelins, principalement en province, Gustave Le Rouge a écrit ce que l'on peut considérer comme une bluette tendance misérabiliste mais pas dénuée de charme ni d'enseignement.

Monsieur Lardigeac est un riche agriculteur auvergnat qui a su fructifier le domaine de Lussanes, en Auvergne, hérité de ses ancêtres. Avec sa formation d'agronome mais étant du pays, il est considéré avec respect par ses voisins. Il avait fait un heureux mariage avec une femme belle et intelligente, à la fortune médiocre mais surtout à la santé déficiente. Après huit ans de mariage elle s'est éteinte. Elle a eu toutefois le temps de donner naissance à deux enfants, Paul et Suzanne, dont la santé n'est guère plus florissante.

Monsieur Lardigeac décide d'embaucher une institutrice anglaise, chargée de s'occuper de ses gamins âgés de six et sept ans. Elle est gentille Miss Dora Stepping. Musicienne accomplie, élégante, pratiquant sans effort plusieurs langues, jeune et douce, ce pourrait être la perle rare recommandée par l'un des correspondants du riche propriétaire. Hélas, cette douceur et cette gentillesse ne sont que des ornements de façade. Elle va s'ingénier à se faire épouser, en exerçant un chantage. Et monsieur Lardigeac qui est naïf, malgré les avis défavorables de sa sœur célibataire s'exécute. S'exécute est le bon mot car Dora Stepping mûrit une autre idée. S'en débarrasser.

Elle parviendra à ses fins grâce à un ami, chanteur sur le déclin qui après avoir sillonné l'Europe vient d'échouer à Clermont-Ferrand. Elle empoisonne tout doucement mais sûrement son mari et le toubib de la famille n'y voit que du feu. Bref feu monsieur Lardigeac laisse sous la coupe de Dora ses deux enfants. Elle se montre odieuse avec les deux gamins puis les place dans un pensionnat, chacun le sien.

 

Laissons Dora Stepping vaquer à ses projets, son caractère vindicatif, odieux, arrogant, son attirance pour l'argent, ses démêlés avec les voisins et sa domesticité, sa liaison avec son chanteur qui s'enivre et lui demande toujours plus de cadeaux, et suivons le parcours de Suzanne et Paul.

Suzanne est placée dans une institution de demoiselles, comme il en existe beaucoup à l'époque. Elle apprend tout ce qui peut se révéler utile dans la tenue d'un ménage sans oublier la lecture. Et surtout, elle ne reçoit plus de coups et mange quasiment à sa faim.

Paul lui bénéficie d'un enseignement particulier dans une pension modèle dirigée par monsieur Boursicault, un homme rondouillard et affable. Cet homme rougeaud à la bedaine en forme de poire préconise l'éducation en plein air et les exercices physiques, ainsi qu'un enseignement de culture générale presque à la demande. Les gamins vont dans les bois à la cueillette de champignons, s'occupent du potager ou autres activités selon leurs prédispositions, ce qui ne les empêchent pas d'étudier les matières principales. Ce pensionnat singulier et original vit pratiquement en autarcie.

 

La seconde femme, dont la première publication date de 1916, est la préfiguration de la méthode Freinet, à la pédagogie innovante. Célestin Freinet s'inspire, lors d'un voyage en 1922 à Altona dans la banlieue de Hambourg d'une école sans autorité, sans discipline, où se pratiquent des « promenades scolaires », où existe un matériel scolaire abondant et spécialisé. L'enfant est et doit être enraciné dans le milieu naturel et social (traditions, mentalités, exigences sociales, y compris celles de l'institution scolaire avec ses programmes). Chaque début d'après-midi, les élèves prennent leur crayon et leur ardoise, et partent explorer leur milieu dans des « promenades scolaires ». De retour à l'école, ils écrivent leurs impressions dans de brefs compte-rendu. Ils font des visites chez les artisans. Il applique cette forme d'éducation dès son retour en France, mais elle ne fait pas beaucoup d'émules et aujourd'hui la méthode Freinet n'est appliquée que par 1 à 2% de praticiens. (voir la fiche wikipédia ici et le livre de Jacques Mondoloni : Les enfants de Freinet, éditions Le Temps des cerises. 1996).

 

Un court roman de 64 pages, à la typographie serrée et la taille de police réduite, comme la plupart des fascicules de l'époque, et qui équivaudrait aujourd'hui à environ 180 pages.

 

Nous sommes loin des romans populaires de Gustave Le Rouge qui comportent une forte dose de fantastique, de science-fiction et de merveilleux scientifiques, des œuvres immortelles telles que Le mystérieux docteur Cornélius, Le prisonnier de la planète Mars, La guerre des vampires ou encore La conspiration des Milliardaires et Todd Marvel, détective milliardaire.

 

Gustave Le ROUGE : La seconde femme. Collection Le Livre de Poche. Nouvelle série N°12. Editions Tallandier. Non daté probablement 1941. Imprimé en Belgique. 64 pages.

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 08:50
Jerry KENNEALY : Solo de Polo

La traductrice ne s'est pas foulé le poignet quant au titre...

Jerry KENNEALY : Solo de Polo

Si Nick Polo sort prématurément de prison, ce n'est pas par mansuétude de la part de Walter Peckman, mais parce que celui-ci a une mission ultraconfidentielle et secrète à lui confier.

Polo doit découvrir qui fait chanter madame le maire de San-Francisco, Barbara Martin. Et ce n'est pas pour passer à l'école des fans.

Barbara, après avoir été droguée a participé à une séance photographique particulière. Polo est don dans l'obligation de regarder où il met ses pieds. Heureusement pour lui, il possède quelques accointances dans le milieu de la police puisque lui-même est ex-flic, mais également parmi ceux qui travaillent de l'autre côté de la barrière.

Débrouillard, plein d'imagination et de ressources, Polo louvoie quelque peu avec l'illégalité. On n'a rien sans rien.

L'épilogue de cette faire qu'il mènera à bon terme lui laissera cependant dans la bouche comme un goût de fiel, comme un goût de cendres.

Ce n'est sûrement le premier détective privé qui ressent une impression de gâchis et sûrement pas le dernier.

 

Heureusement quelques scènes humoristiques égaient ce livre plaisant à lire. Je pense plus particulièrement à une scène qui se déroule lors du tournage d'un film porno. Pour tous ceux qui recherchent du sensationnel, du croustillant, la déception sera grande; Pour tous ceux qui prônent l'humour avant, ils ne seront pas déçus.

 

Jerry KENNEALY : Solo de Polo (Polo solo - 1987. Traduction de Madeleine Charvet). Série Noire N°2149. Parution septembre 1988. 224 pages. 6,65€.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 12:18

Attention à ne pas vous piquer quand même !

Pascal MARMET : Tiré à quatre épingles.

S'il y a une chose, parmi tant d'autres, que le commandant François Chanel n'aime pas, c'est de parler en public, même pour des célébrations, des remises de médailles ou autres. Aussi il expédie, sans limitation de vitesse orale, son exposé sur trois collaborateurs qui quittent le 36 Quai des Orfèvres, oubliant de remercier quelques personnes au passage. Et lorsque les agapes débutent, le capitaine Devaux, son adjoint, l'informe qu'une nouvelle affaire requiert leur attention.

Chanel s'en passerait bien, mais ce sont les vacances et malgré ses récriminations, il est obligé de s'atteler à la tâche. Il aura droit toutefois à un petit renfort supplémentaire, deux stagiaires en attente d'un poste de commissaire. Des femmes ! Lui qui a justement horreur de travailler avec la gent féminine !

Le lieu du drame est situé non loin, au 2 impasse Conti. La femme d'un ancien préfet de police ayant exercé sous Chirac a été retrouvée dans son appartement avec trois balles dans le corps. L'ancien préfet lui-même avait été assassiné six mois auparavant, alors qu'il se promenait nuitamment sur les quais.

Albane Saint-Germain de Ray, git au pied de l'escalier qui conduit à la mezzanine. Elle a probablement glissé, car des fractures du bassin et des jambes sont répertoriées par le légiste. Un chute antérieure d'au moins deux jours avant l'assassinat. L'appartement est un véritable musée encombré de masques et de sculptures africaines, l'ancien préfet était un collectionneur. Pour la concierge c'est vaudou, sorcellerie et compagnie. Un endroit qu'elle n'appréciait pas vraiment.

Dans le sac à main d'Albane, un billet de train, destination la Suisse, est découvert. Nul doute que la quinquagénaire s'apprêtait à voyager mais dans quel but, seul l'avenir le dira.

 

Quatre heures auparavant cette macabre découverte, Gare de Lyon.

Un adolescent qui dit s'appeler Laurent Bastos musarde dans la salle des pas perdus, s'intéressant au départ des trains, aux voyageurs. Il est tout habillé de vert, jusqu'à ses chaussures qui arborent cette couleur printanière. Il est abordé par un autre adolescent, Samy, qui lui propose de venir l'aider à cambrioler un immeuble rupin. Laurent, surnommé Lolo par son nouvel ami, accepte, légèrement étourdi après avoir éclusé une coupe de champagne offerte pour fêter son anniversaire.

Le but du jeu est de s'introduire dans une demeure classée rupins, et de subtiliser quelques objets susceptibles de posséder quelque valeur. Aussitôt dit, aussitôt fait et c'est ainsi qu'ils pénètrent au 2 impasse Conti sur les pas d'une élégante jeune femme vêtue en hôtesse de l'air. Samy muni de passes entre sans difficulté dans l'antre africain et extasiés ils commencent à investir les lieux. Ils découvrent Albane affalée au pied de l'escalier et dans les vapes. Ils continuent leur exploration. Un faux mouvement et Lolo bute sur un meuble qui s'ouvre sur une coquette somme d'argent et deux poupées de bois dont une est piquée d'épingles plus ou moins rouillées. Il embarque la sculpture, range une partie des billets dans son slip (eh oui, un sous-vêtement peut aussi servir de coffre-fort). Albane sort de son évanouissement et hurle. Lolo lui propose un verre d'eau, des cachets d'acétylsalicylique, et même d'appeler le SAMU. Albane pourrait être reconnaissante, mais son caractère vindicatif prend souvent le dessus. Elle tente de ramper et ouvrir un tiroir. Lolo la supplée et à l'intérieur il découvre caché dans une boîte, un revolver, des balles et un réducteur de son appelé plus communément un silencieux car c'est plus rapide à écrire.

Les deux garnements quittent l'appartement et Lolo rejoint la Gare de Lyon, enfouissant la statuette dans une consigne après avoir appelé les secours.

Pascal MARMET : Tiré à quatre épingles.

Flirtant avec le fantastique ce nouveau roman de Pascal Marmet nous permet de suivre le parcours d'un adolescent atteint du syndrome de Peter Pan, véritable farfadet folâtre, immature, portant en effigie sur son tee-shirt le célèbre héros créé par J.-M. Barrie.

Mais outre Laurent, qui n'est pas son vrai nom, les autres personnages ne manquent pas non plus d'épaisseur.

Ainsi le commandant Chanel est un homme méticuleux, pointilleux, misogyne, même s'il recueille une gamine rencontrée dans le train qui le ramène de Colmar où il est allé récupéré des dossiers concernant le meurtre de l'ancien préfet auprès d'un collègue parti à la retraite, rigide, solitaire. Il habite un vieil immeuble promis à la démolition mais plein de charme. De plus il joue du piano, mais c'est anecdotique. Ce qui l'est moins réside en ses préjugés envers les femmes, or il sera amené à réviser ses jugements, ses auxiliaires stagiaires commissaires se montrant particulièrement perspicaces et efficaces.

Albane Saint-Germain de Ray, dont on apprendra qu'elle a été trois fois mariée, et trois fois veuve, y'en a qui n'ont vraiment pas de chance, est une femme énigmatique, parfois inculte parfois au contraire très cultivée, belle et vulgaire, jouant sur les contrastes. Mais nous reviendrons sur son cas, surtout sur son âge qui prête à confusion.

 

Ambiance légèrement fantastique à cause de cette statue vaudou lardée d'épingles gisant dans une consigne ferroviaire. Et Pascal Marmet nous présente quelques-unes de ces sculptures, fournissant leur origine puis il nous emmène au musée du Quai Branly, s'improvisant guide dilettante en parcourant les salles rapidement, ne s'appesantissant pas, prenant bien soin de ne pas nous imposer trop de descriptions touristiques afin de nous laisser sur notre faim et donner l'envie d'aller découvrir cet endroit qui semble magique.

 

Maintenant penchons-nous sur le cas d'Albane.

Au début, Albane est quinquagénaire, puis à plusieurs reprises, l'auteur affirme que c'est une quadragénaire un peu narcissique, se préoccupant plus de son corps que des personnes proches. Seulement, à un certain moment, alors qu'elle est en compagnie d'un individu qu'elle reverra souvent par la suite, on apprend que cette rencontre date de 1970 et qu'à l'époque elle a quinze ans. Bien. Ce qui voudrait dire qu'en 2000 elle avait quarante ans. Or le Musée du Quai Branly a été inauguré en 2006. Donc Albane aurait au moins cinquante et un ans. D'accord, on ne va pas chipoter. Sauf qu'à deux reprises, Chanel indique que le déménagement du 36 Quai des Orfèvres aura lieu dans huit mois, puis plus loin dans quelques semaines. Seulement ce déménagement est prévu pour 2017, donc il est raisonnable de penser que l'histoire, dont la date n'est pas précisée, uniquement en aout, se déroule en 2015, voire par anticipation en 2016. Ce qui vieillit considérablement Albane, et de quadragénaire elle devient par la même occasion sexagénaire. Une simple déduction de ma part après enquête.

Mais à part cette dichotomie ce roman de Pascal Marmet est un pur divertissement qui se lit avec plaisir, et l'on retrouve quelques-unes des passions de l'auteur, puisque plusieurs reprises il signale un parfum, ou eau de toilette, nommé Heure bleue ou rose, bleue je crois, puisque c'est la couleur imposée au sexe masculin à la naissance.

 

Pascal MARMET : Tiré à quatre épingles. Editions Michalon. Parution le 21 mai 2015. 272 pages. 18,00€.

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