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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 09:19
Lawrence BLOCK : Le voleur qui aimait Mondrian.

Et tout ça pour chat...

Lawrence BLOCK : Le voleur qui aimait Mondrian.

Le chat de Carolyn, l'amie lesbienne de Bernie Rhodenbarr, a été enlevé.

La ravisseuse, à l'accent allemand, demande en échange un tableau du peintre Mondrian. Bernie qui cumule les activités de bouquiniste et de monte-en-l'air est convoqué par Onderdonk pour estimer sa collection de livres. Il remarque accroché au mur un tableau du peintre. Profitant de l'absence de son client il s'introduit nuitamment dans la résidence. Le tableau a disparu mais Andréa, une jeune femme qui semble apeurée, attend Onderdonk. Bernie la rassure et écoute ses explications oiseuses quant à sa présence.

Ray Kirschmann, policier et ennemi intime de Bernie, l'accuse de la mort d'Onderdonk dont on a retrouvé le cadavre dans un placard de son appartement. Libéré sous caution, Bernie prend un avocat, Hemphill, auquel il est obligé d'avouer qu'il a visité un autre appartement, Onderdonk ayant été assassiné pendant qu'il réalisait son fric-frac.

Elspeth Peters, cliente de la librairie raconte à Bernie que sa jeunesse a été bercée par un tableau de Mondrian, qu'elle a vu accroché deux ans auparavant dans une galerie privée. Tableau qui aurait été prêté, selon Bernie par un certain Barlow, selon Elspeth par Onderdonk. Carolyn entre dans la boutique et dévisage avec insistance cette cliente dont la voix rappelle quelque chose au monte-en-l'air. En fait Elspeth ressemble à Alison, la maîtresse en titre de Carolyn.

Survient Kirschmann qui accuse Bernie d'avoir volé le Mondrian. Il lui propose de le retrouver et de partager la somme offerte par la compagnie d'assurance. Carolyn découvre dans les waters de Bernie le cadavre de Turnquist, un peintre obscur qu'ils avaient croisé au musée Hewlett. Ils transportent le corps dans un immeuble désaffecté et Bernie prévient anonymement la police.

Il contacte Denise, une de ses anciennes petites amies qui vit de sa peinture et lui demande de reproduire le tableau de Mondrian exposé au Hewlett. Bernie est soupçonné d'avoir tué Turnquist, dénoncé par un coup de téléphone anonyme. Dans une salle de cinéma où il s'est réfugié, Bernie a une illumination en repassant le film des événements déroulés durant ces dernières journées. Se faisant passer pour un flic il donne quelques coups de téléphone et fait un petit tour à la morgue reconnaître le corps d'Onderdonk. Des initiatives qui confortent son hypothèse.

A la faveur d'une diversion organisée par le fils de Denise, Bernie vole le Mondrian exposé au musée. Grâce à la complicité involontaire d'une femme en manque de tendresse, Bernie réussit à s'infiltrer une nouvelle fois dans la résidence d'Onderdonk, et téléphone à divers interlocuteurs afin d'organiser la scène finale. Sont convoqués Ray le flic, Carolyn et Alison, Barlow et sa femme, Elspeth Peters de son vrai nom Petrossian, Hemphill l'avocat, quelques autres invités et un tableau de Mondrian. Tout est prêt pour l'emballage final.

 

Lawrence Block joue, avec ses personnages de Matt Scuder et de Bernie Rhodenbarr au docteur Jekyll et Mister Hyde de la littérature.

La saga de Rhodenbarr est humoristique, tirant parfois à la ligne, avec des dialogues à l'emporte-pièce. Mais elle se lit facilement, avec plaisir, et procure ce qu'elle est sensée donner, un bon moment de détente.

Ce qui ne l'empêche pas d'asséner par-ci par-là quelques réflexions bien senties ou des digressions non dénuées de bon sens.

 

Curiosité :

Le chat de Carolyn s'appelle Archie Goodwin, comme l'assistant de Néro Wolfe. Une façon comme une autre de rappeler que Lawrence Block a écrit des pastiches de Rex Stout.

Lawrence BLOCK : Le voleur qui aimait Mondrian. (The burglar who painted like Mondrian - 1983 Traduction de Daniel Lemoine). Série Noire N°2403. Parution novembre 1995. 288 pages. 7,80€.

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 11:07

Et pourtant, il y en a toujours une...

Mehdy BRUNET : Sans raison...

Une heure et demie de plaisir suivie par des jours d'angoisse, de colère, de recherche, de vengeance...

Tout ça parce que la femme de Josey Kovalsky lui a offert deux places pour aller assister en compagnie de William, leur fils, à l'antépénultième match de championnat de football de la saison, opposant Bordeaux au Paris-Saint-Germain. C'était le 11 mai 2004, et pour la petite histoire les Girondins avaient gagné 3 buts à 0.

La rentrée à la maison, qui aurait pu être euphorique, réserve bien des surprises à Josey. De désagréables surprises. Déjà en arrivant près de sa maison, il a été ébloui par un chauffard roulant à très vive allure dans une espèce de van, une batterie de phares qui ne sont pas d'origine le distinguant. Le jardin est dévasté, la niche du chien défoncée et à l'intérieur tout a été chamboulé, comme si un typhon était passé par là durant son absence. Mais de sa femme Christine et de sa fille Katie, aucune trace. Ah si ! sur le sol des traînées sombres. Du sang !

Aussitôt il prévient la police et son père. En attendant il effectue des recherches avec son fils William lequel découvre Nemrod, leur chien, pendu dans un placard. Trop c'est trop !

Le lendemain, après une nuit à passer à tourner dans sa tête toutes sortes de pensées négatives, Josey décide de rechercher sur Internet la marque de la camionnette. Un message l'attend dans sa boîte : Il faut bien que le papa en profite. Signé Sept. Une vidéo est jointe et Josey comprend qu'il nage en pleine horreur.

Ames sensibles s'abstenir.

Cinq hommes cagoulés violent sa femme sous les yeux de sa fille qui est terrorisée. Un jeu pour ces barbares qui s'amusent, s'esclaffent. L'un d'eux urine même sur le ventre de la jeune femme avant de lui asséner des coups de pieds.

Je ne vais pas plus loin mais sachez que ce que Christine subit est pire que ce que vous pouvez imaginer.

 

Bien entendu ces vidéos, d'autres suivront avec des messages signés Sept, sont confiées aux policiers qui vont chercher à en déterminer la provenance.

Peu de temps après Christine et Katie sont retrouvées dans la Seine, près de Boulogne. Katie s'est noyée, attachée à sa mère qui s'est fracassée le crâne. Ackerman, de la Criminelle est en charge du dossier et les investigations menées par ses collègues les mènent à l'île Seguin. Des entrepôts promis à la démolition sont le lieu de rendez-vous de petits voyous, de drogués, mais il apparait que ce fut également celui des ravisseurs de Christine et sa fille. Des traces de sang sont retrouvées sur un muret. Apparemment celui de Christine lorsqu'elle a voulu s'échapper. Une évasion fatale.

Josey et son père Aleksander décident de remonter la piste, parallèlement à l'enquête menée par Ackerman et son équipier Garcia. Adrian, le grand-père de Josey, un octogénaire originaire de Pologne qui a longtemps gravité dans les milieux des agents secrets, attaché à l'ambassade de Pologne, leur propose de les aider en activant ses contacts.

Après l'inhumation de Christine et de Katie, Josey confie William à ses beaux-parents, puis il se rend à Paris désirant à tout prix remonter la piste des ravisseurs et les retrouver avant les forces de l'ordre. Il parvient à obtenir quelques renseignement et la traque commence.

Le mouton s'est transformé en loup et un âpre combat fait de courses poursuites, de chassés-croisés, de loupés et de coups de bol, s'engage entre lui et les assassins.

Seulement une question le taraude, et taraude le lecteur par la même occasion. Pourquoi ?

Pourquoi Sept et ses hommes s'en sont pris à Christine et à sa fille ? Quelles sont les raisons, les motivations de cet enlèvement et des sévices qui ont été administrés à Christine, qui, j'ai omis de le préciser, était enceinte. Qui se cache derrière tout ça ? Car pour Josey et son père, Sept n'a pas monté cet enlèvement uniquement pour le plaisir. Et qui est ce vieillard affublé d'un chapeau de feutre qui les suit comme leur ombre ?

 

Un roman âpre, dur, poignant, qui met en scène un père à la recherche des violeurs et assassins par procuration de sa femme et de sa fille.

Josey, un garagiste sans histoire, va devenir un redoutable chasseur, n'hésitant pas à employer tous les moyens possibles pour arriver à ses fins. Il n'a plus en tête que l'élimination des kidnappeurs, malgré les objurgations d'Ackerman qui souhaiterait qu'il reste sur la touche. Obstiné, acharné, opiniâtre, aidé de son père, il devient un être violent, parfois aveuglé par la colère, devenant le mercenaire de ses sentiments de revanche, de destruction.

Habilement construit, dans une progression sans faille, avec des dialogues réalistes, des personnages peut-être un peu forcés, notamment celui de Josey, mais dans les mêmes circonstances l'on ne peut jamais préjuger de nos réactions, un épilogue époustouflant très cinématographique, ce roman est prometteur de l'avenir de son auteur. Je regrette juste, mais ce n'est que mon avis, personnel et subjectif, des scènes trop réalistes, trop violentes. Je suis plus un adepte du suggestif que du descriptif, n'étant pas un amateur des débordements de brutalité ni un fanatique d'émission de téléréalité. Nul doute que ces passages enchanteront tous ceux qui veulent vibrer en direct, ressentir les coups comme s'ils participaient en tant que spectateurs invités à la programmation.

 

Ce n'est pas la première histoire qui met en scène un homme normal qui va se révéler comme un traqueur sans scrupule à la recherche des assassins de sa femme et de sa fille, mais ici cette intrigue prend une autre dimension, poignante et émouvante.

Un épilogue qui théoriquement est une porte de sortie mais se trouve être la porte d'entrée d'un nouveau roman, une suite des aventures de certains des personnages. Alors à suivre...

Mehdy BRUNET : Sans raison... Editions Taurnada. Parution 27 avril 2015. 274 pages. 9,99€.

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 07:33
Jean Hugues OPPEL : Barjot !.

Le premier Oppel en solo et il n'était pas barjot...

Jean Hugues OPPEL : Barjot !.

Jérôme-Dieudonné Salgan : marié, deux filles, la quarantaine bien conservée malgré un début d’embonpoint, bonne situation puisque directeur des ventes. A acheté sa maison, en banlieue, au comptant s’il vous plait !

Il ne dédaigne pas quelques expériences extraconjugales avec sa secrétaire, ses employées, les femmes de ses clients, et pourquoi pas quelques respectueuses en cas de besoin pressant et inopiné.

Côté relations, deux bons amis, Georges et sa femme Julie. Georges qu’il connait depuis dix-huit ans et avec qui il a pas mal bourlingué. Alors Jérôme est heureux. Heureux de rentrer chez lui ce soir-là, au volant de la voiture de Georges, la sienne étant en panne. Il est un peu en retard, la faute à son travail. Retard qui se trouve amplifié à cause d’un dingue du volant. Retard d’un quart d’heure. C’est peu dans la vie, c’est beaucoup pour la mort.

Quand Jérôme arrive enfin chez lui, c’est la consternation, la colère, la folie, l’abattement, l’effondrement. Sa maison brûle. A l’intérieur sept personnes. Aucun survivant. Après quelques mois passés dans une clinique psychiatrique, Jérôme se retrouve seul, désemparé, mais le destin veille. Devant un bar est stationnée la fameuse voiture, cause de son retard la nuit tragique. Et si les occupants du véhicule étaient à l’origine du drame ?

Dès lors Jérôme n’a plus qu’une idée, se venger. Mais comme le lecteur pourra se rendre compte en lisant ce roman, tout n’est pas toujours très clair, et la raison d’état entraîne parfois un état de déraison.

 

Avec une écriture nerveuse, incisive, déroutante parfois, sans fioritures inutiles, Oppel prouve que la fiction policière est d’abord une littérature d’action qui doit frapper et émouvoir le lecteur.

Ce roman publié en 1988 était le premier de Jean-Hughes Oppel en solo, signé d’ailleurs tout simplement Oppel, lequel par la suite nous a offert d’autres excellents romans souvent dans des tonalités différentes. Piranha Matador (réédité chez Folio Policier N° 217) à la Série Noire, puis Ambernave, Brocéliande sur Marne, French Tabloïd, Réveillez le Président, entre autres, chez Rivages.

 

Réédition Rivages Noirs N°806. Parution 12 novembre 2011. 208 pages. 8,15€.

Réédition Rivages Noirs N°806. Parution 12 novembre 2011. 208 pages. 8,15€.

Jean Hugues OPPEL : Barjot !. Série Noire N°2119. Parution janvier 1988. 192 pages. Réédition Rivages Noirs N°806. Parution 12 novembre 2011. 208 pages. 8,15€.

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 15:31

Hommage à Albert Bonneau né le 23 août 1898.

Gilles BARILLIER, Marcel CHAMEAU et Pascal JONARD : Sur la piste d'Albert Bonneau, écrivain populaire.

Albert Bonneau ! Le nom de cet infatigable polygraphe ne vous dira peut-être rien mais celui de Catamount réveillera sans conteste de merveilleux souvenirs de lectures.

Et peut-être avez-vous lu Albert Bonneau sans le savoir. Car indépendamment au patronyme attaché au Ranger aux yeux clairs, Albert Bonneau a signé, entre autres, Jean Voussac, Jacques Chambon ou encore Maurice de Moulins.

Grâce à Gilles Barillier, Marcel Chameau et Pascal Jonard, des chercheurs amateurs opiniâtres de littérature populaire, nous en savons un peu plus sur Albert Bonneau, sa vie, son œuvre.

Une œuvre conséquente puisque Albert Bonneau a écrit dans les domaines du roman de cape et d'épée, du sentimental, du western et surtout du roman d'aventures, des romans qui vont de 32 pages, pour les petits fascicules, à environ 250 pages pour les livres brochés et cartonnés et des scenarii de bandes dessinées.

C'est ainsi que la série Petit Riquet, publiée de 1944 jusqu'en 1958, comportera 190 aventures dans des fascicules de bandes dessinées de 16 pages illustrés quasiment tous par Gaston Niezab. Catamount, son héros qui reste quasiment dans toutes les mémoires, connaîtra 70 aventures scindées en deux séries, intitulées respectivement Les Aventures de Catamount et Les Nouvelles Aventures de Catamount, paraîtront concomitamment avec Les aventures du Far-West, 44 titres, tous chez Tallandier.

Sans compter toutes les autres parutions chez Ferenczi, signés sous divers pseudonymes, dans les collections Voyages et Aventures, Le Petit Roman d'Aventures, Mon Roman d'Aventures, Crime & Police, Police & Mystère, Mon Roman Policier...

En tout environ 520 titres, sans compter les bandes dessinées, les articles dans divers magazines et même pendant un certain temps la rubrique courrier du cœur signée Tante Elise aux Veillées des Chaumières.

 

Une bibliographie imposante résultat dû à un travailleur acharné, infatigable, dont l'imagination ne fut jamais prise en défaut et, surtout, qui ne se répétait pas, ne se copiait pas.

L'aventure éditoriale débute en 1920 dans le magazine L'Intrépide pour se terminer, provisoirement, en 1958, Albert Bonneau ne pouvant continuer étant atteint de la maladie de Parkinson. Mais dans les tiroirs il restait des inédits, qui furent publiés en 1968 par les éditions Gerfaut, quatre romans de cape et d'épée.

Une bibliographie impressionnante minutieusement répertoriée et qui donne le vertige, d'autant qu'elle est accompagnée de nombreuses reproductions en couleurs de couvertures de livres ou de magazines.

 

Entre la biographie et la bibliographie est intercalé un article concernant les amis d'Albert Bonneau, ou du moins ceux qui ont joué un rôle dans sa vie. Et on y retrouve des noms tels que Georges Bidault, Emile Richebourg, Jacques Chabannes, Rémi et Maurice Dumoncel, et les illustrateurs Angelo di Marco et Maurice Toussaint.

 

Ce livre représente une somme de travail qui ne pourra que réjouir non seulement les admirateurs d'Albert Bonneau mais également tous ceux qui désirent approfondir leurs connaissances de la littérature populaire, et leur permettra de cibler leurs recherches.

Marcel Chameau, Gilles Barillier et Pascal Jonard

Marcel Chameau, Gilles Barillier et Pascal Jonard

Un grand bravo à ces trois mousquetaires et si vous le désirez vous pouvez commander l'ouvrage (20,00€ + 5,00€ pour les frais de port) à l'adresse suivante :

Association Les Amis d'Albert Bonneau

175 rue de Bourgogne

03000 Moulins.

04 70 46 43 97 ou 04 70 34 94 57.

 

Gilles BARILLIER, Marcel CHAMEAU et Pascal JONARD : Sur la piste d'Albert Bonneau, écrivain populaire. Ouvrage édité par l'association des Amis d'Albert Bonneau. Parution décembre 2014. 196 pages. 20,00€ + 5,00€ pour les frais de port.

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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 10:02
J.A. JANCE: La chasse aux nymphettes et Coups de pompes.

Coup double sans pompe mais avec nymphettes pour J.A. Jance...

J.A. JANCE: La chasse aux nymphettes et Coups de pompes.

J.A Jance semblait un auteur prometteur à la Série Noire, puisque, en l'espace de quatre mois deux titre étaient traduits et édités et que d'autres romans étaient prévus.

Romans standards, romans classiques pourraient être les définitions de ces deux ouvrages, pourtant ils accrochent, ils semblent nouveaux, guillerets même parfois.

Il faut dire que le lieu de l'action, Seattle dans l'état de Washington sur la côte Ouest des Etats-Unis, au Nord ouest pour être plus précis, est un endroit que les auteurs de romans policiers n'ont guère mis en évidence. New-York, Chicago, la Californie, la Floride sont des endroits facilement accessibles à la mémoire visuelle des lecteurs, même si ceux-ci ne connaissent pas particulièrement les USA. Mais je ne suis pas là pour vous infliger un cours de géographie, uniquement pour vous parler de deux romans qui m'ont particulièrement intéressés.

Solidement construits, efficaces, bien ficelés, ce sont deux romans qui ont du corps et une âme. Après un début prometteur ils tiennent la route, ce qui n'est pas toujours évident, et de la première page jusqu'à l'épilogue, le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer.

Dans Chasse aux nymphettes, l'inspecteur J.P. Beaumont, dont on fait la connaissance et dont je reparlerai, J.P. Beaumont enquête sur la mort d'un entraîneur noir d'une équipe de basket-ball. Sa femme enceinte est complètement atterrée à la triste nouvelle.

Si l'entretien que Beaumont a avec les joueurs de basket n'amène rien de vraiment positif et n'apporte que peu d'éléments nouveaux dans une enquête qui semble stagner, l'entrevue avec les pom-pom girls, tout au moins certaines, s'avère nettement plus fructueuse.

J.A. JANCE: La chasse aux nymphettes et Coups de pompes.

Dans Coups de pompes, la découverte d'un cadavre près d'une voie ferrée conduit Beaumont dans le milieu artistique. La découverte de ce premier cadavre n'est qu'un début puisque le petit ami de celui-ci est retrouvé bel et bien mort dans son lit.

Est-ce un second meurtre ou bien est-il décédé du sida comme tout semble le faire croire. Quel lien relie le premier cadavre, machiniste de son vivant, à Jasmine Day, ex-chanteuse de rock qui essaie de remonter sur les planches et refaire une nouvelle carrière. Apparemment la drogue serait le point commun.

 

J.P. Beaumont, alias Jonas Piedmont, est un être humain, fait de chair et de sang. Il possède ses humeurs, ses préventions envers tel sentiment ou état de fait, il aime, il souffre comme tout un chacun.

Ni exceptionnel, ni falot, Beaumont exerce son métier avec conviction mais pas par besoin financier. S'il a connu dans sa vie des déboires, des échecs, ce n'est pas pour autant qu'il est aigri. Il sait ce qu'amitié veut dire. Il possède ses phobies comme beaucoup de personnes. Allergique aux répondeurs téléphoniques et à toute espèce de progrès en matière de communication, il se voit imposer un appareil par son avocat, appareil qui en fin de compte se révélera fort utile. D'ailleurs je ne saurais trop conseiller ces livres aux opérateurs téléphoniques, cela pourrait leur donner des arguments de vente quoi que depuis la sortie de ces romans, la téléphonie a bien évolué.

J.A. Jance nous présente donc un personnage attachant, sympathique. Il semble d'ailleurs lui avoir acheté une ligne de conduite en cours de route puisque si Beaumont relevait de cuite au début du premier roman, cuite qui paraissait une habitude néfaste, rapidement cet aspect est effacé et il devient plus modéré dans ses transports éthyliques.

 

Pour ceux qui seraient intéressés de savoir à quoi correspondent les initiales du prénom, sachez qu'il s'agit de Judith Ann.

 

J.A. JANCE: La chasse aux nymphettes (Trial Fury - 1986. Traduction de Simone Hilling) Série Noire N°2108. Parution octobre1987. 320 pages. 6,05€. et Coups de pompes (Taking the Fifth - 1987. Traduction de Michel Alamagny). Série Noire N°2126. Parution février 1988. 288 pages. 6,65€.

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22 août 2015 6 22 /08 /août /2015 12:57

Bon anniversaire à Alexis Lecaye, né le 22 août 1951.

Alexis LECAYE : Les carnets secrets d'Hippolyte Vernet.

En ce 1er mai 1898, Hippolyte Vernet attend le client dans son bureau aménagé en trompe l'œil.

Installé à Paris depuis quelques semaines, il vient d'ouvrir une agence de détective privé, et compte bien se faire un nom dans la profession.

Se présente Edmond de Guiry, qui prétend qu'on lui a volé des bijoux, mais en fait c'est son voleur qu'il désire retrouver. D'ailleurs il possède la photographie de celui-ci, un jeune éphèbe connu au Bal Bullier, un endroit fréquenté par des travestis et des gens de la Haute désireux de s'encanailler.

Vernet assiste en ce lieu interlope à une scène au cours de laquelle une bourgeoise subit les assauts d'un nabot. Il tord violemment l'oreille de la petite frappe mais son geste a des conséquences qu'il n'avait pas prévues. Le nain est soigné hâtivement par un jeune homme, lequel n'est autre que l'éphèbe recherché par Vernet, puis conduit à l'hôpital où il décède d'une hémorragie.

Vernet suit l'objet du désir de son client mais il perd sa trace dans les rues de la capitale. Au cours de la même nuit son client, qui lui avait donné un faux nom est assassiné en pleine rue. Vernet, pour l'honneur, décide de découvrir son assassin.

 

Avec Carnets secrets d'Hippolyte Vernet, nous sommes loin des précédents personnages créés par Alexis Lecaye, qu'il s'agisse de Julie Lescaut, des Deux justiciers ou encore du Croque-mort sous le pseudonyme d'Alexandre Terrel. Là nous retrouvons avec un bonheur ineffable le rythme, l'ambiance, la trame des feuilletons du 19ème siècle.

Dans un décor de chanson réaliste, nous suivons les aventures de Vernet et de sa première enquête digne de ce nom. Une enquête au cours de laquelle il manque de passer de vie à trépas, enfermé dans un caveau du cimetière du Père Lachaise.

Les moments forts ne manquent tels la fuite du juif Lévine aidé en cela par Vernet et un inspecteur qui pue des pieds - un personnage sympathique malgré la sudation dont il souffre - ou encore la leçon de savate appelée encore boxe française.

Mais ce roman se veut également historique avec cette Ligue des bouchers qui nous rappelle d'autres événements et les manifestations antisémites qu'elle déploie. D'ailleurs l'ombre de Dreyfus plane sur cette histoire qui sent bon les Mystères de Paris.

 

Alexis LECAYE : Les carnets secrets d'Hippolyte Vernet. Le Masque N°2206. Collection Les Maîtres du roman policier. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 1994.

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22 août 2015 6 22 /08 /août /2015 07:52
A.D.G. : C'est le bagne !

Pas pour tout le monde, heureusement...

A.D.G. : C'est le bagne !

Serguie Djerbitskine, appelé familièrement Machin, est dans la mouise.

Le journal Force 10, dont il était le directeur, le rédacteur, le grouillot, vient de capoter.

Et dans ce coin chaud de la Nouvelle-Calédonie, il est grillé auprès de ses confrères journalistes. Seuls les huissiers s'intéressent encore à lui, mais leur motif ne relève que d'une basse persécution : récupérer quelque argent afin de rembourser des créanciers retors. De plus Machin doit nourri femme et enfant.

Alors il décide de prendre un peu de recul, de s'éloigner temporairement de Nouméa, et d'écrire un bouquin porno. Armé de sa machine à écrire, de quelques ustensiles de camping et de pêche, de boites de conserves et d'une inspiration légèrement en panne, Machin s'installe à Prony, un ancien village désaffecté, une ancienne résidence de bagnards, sis au sud de l'île, et désert à part un unique gardien.

Le conservateur des reliques en quelque sorte.

Pour être désert, le village l'est. Au début, car bientôt va s'installer une famille de Caldoches, des motards vont faire pétarader leurs engins, et des touristes, à bord d'un voilier, exciter ses neurones.

Fini la tranquillité.

Machin aura de plus en plus de mal à réunir ses idées pour écrire son livre, même si des images grivoises lui passent par l'esprit de temps à autre.

Lorsqu'un soir sa chère voisine, une femme bien en chair, est poignardée puis pendue sous la véranda où gîte Machin, s'en est trop. Il est obligé de fuir en compagnie de Blaveau, le grand-père qui ne manque pas de ressources, et Machin, s'il ne trouve pas l'inspiration pour écrire son bouquin cochon, traversera assez d'épreuves pour rédiger un bon polar, léger et humoristique.

 

Ce roman d'A.D.G. s'il se passe toujours en Nouvelle-Calédonie, abandonne un peu les arcanes de la politique, contrairement à ses précédents ouvrages que sont Les billets nickelés, Joujoux sur le caillou, par exemple, pour se plonger dans une aventure exotique aux relents historiques.

A.D.G. : C'est le bagne ! Série Noire N°2134. Parution avril 1988. 192 pages. 5,55€.

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 12:35

Johnny be Gode ou Cinquante et une nuances de Grey, Man...

Nigel GREYMAN : Butterface.

En ce mois de mai 1972, Karl Gut, chasseur de primes, est en mission dans l'Ohio à la recherche d'un certain Whity Bullfrog.

Il s'empresse de déguerpir de Gulch City la queue entre les jambes, son bon cœur l'ayant encore une fois obligé à honorer une brunette qui est délaissée par son mari qui travaille de nuit. Ce brave homme est rentré chez lui un peu plus tôt que prévu, alors que Karl avait contenté grâce à Johnny, son membre associé en amour, cette quémandeuse de frissons. D'ailleurs des frissons ils en ont eu tous les deux avec ajouts d'accessoires dans les parties intimes et suppléments de drogue en injection pour finir. Mais avant de s'esbigner à bord de son véhicule Karl a pris soin de se servir en dollars trouvés dans un tiroir tandis que la gente dame se lavait les coins et les recoins.

Bref Karl Gut fonce sur la route lorsqu'il aperçoit une fort aimable jeune fille, marchant à pieds sur le bitume, portant une lourde valise à bout de bras, ce qui risque de la déformer ce qui serait dommage. La conversation s'engage dans le véhicule et la jeune femme, Butterface, est fort intriguée par le moignon qu'arbore Karl Gut. Il a perdu sa main gauche au Vietnam, et ne l'a jamais retrouvée. Elle n'était pas en stock aux objets trouvés. Cela ne l'empêche pas de batifoler et il le démontrera à plusieurs reprises, ce moignon mignon pouvant suppléer par exemple un membre ou un accessoire quelconque lors des travaux de l'amour.

Sans complexe ni vergogne Butterface propose qu'ils prennent à l'hôtel qu'une chambre, histoire de réduire les frais et de se réchauffer. Elle veut savoir si Karl n'a qu'un moignon, ou si le reste n'a pas été amputé, aussi durant toute la nuit ils vont s'explorer mutuellement dans tous les plis et replis. Au petit matin, lorsque Karl se réveille fourbu mais satisfait, la belle s'est éclipsée, laissant sous le lit sa lourde valise. Pas banal le contenu...

Karl va poursuivre ses missions mais non plus en recherchant Whity Bullfrog, et on le retrouve quelques années plus tard, alors qu'il doit assister à Chicago à un congrès du syndicat des chasseurs de primes. Il retrouvera Butterface, mais n'aura pas l'occasion de l'approcher.

Des femmes il en rencontrera, des jeunes, des moins jeunes, des joufflues, des mafflues, des mamelues, des enrobées, des dodues, des callipyges, des moins sculptées mais toujours des goulues de sexe, dans toutes les positions, même celles qui ne sont pas recensées dans le Kâma-Sûtra. Forcément, depuis que cet ouvrage a été rédigé pour pallier le manque de vidéos et de sites internet spécialisés dans la démonstration d'une copulation réussie avec un ou plusieurs partenaires, l'homme et la femme n'ont eu de cesse d'améliorer les échanges et les emboîtages destinés au simulacre de la reproduction.

Donc nous suivons Karl Gut dans diverses affaires qui le requièrent, avec toujours en ligne de mire sa Butterface dont il est tombé amoureux, et satisfaisant à moult reprises sa libido et celles de partenaires non seulement consentantes, mais au contraire demandeuses et avides.

 

Comme vous l'aurez compris ce livre, qui est avant tout un roman policier noir, quoi que, Butterface est aussi un roman érotique décliné parfois crûment, parfois avec poésie. Et on y apprend que l'amour au téléphone possède certains avantages, dont celui de satisfaire une partenaire à distance sans se fouler le poignet. Nigel Greyman nous propose même une solution pour reconnaître une jumelle de sa sœur, mais à condition que celle-ci soit dans le plus simple appareil.

 

Comment lire un tel roman quand on n'a qu'un moignon à la place d'une main et que l'autre menotte est occupée par ailleurs, tel est le problème qui se pose mais peut être résolu si l'on s'y met à deux, l'un lisant la page de gauche, le ou la partenaire s'occupant de la page de droite, ou vice versa...

 

Il est de notoriété de vigneron que les Américains ne sont pas férus en œnologie. Aussi confondre Morgon qui est une appellation du Beaujolais comme un Bourgogne ne m'étonne pas. Mais que le traducteur ait laissé passer cette bourde, cela m'abasourdit quelque peu, à moins qu'il ait préféré montrer qu'il respectait fidèlement le texte originel !

 

A lire en écoutant un bon vieux disque de Buddy Guy....

 

Ce roman se décline en quatre épisodes intitulés : Un trou dans l'Ohio, Chica go home, Balles à blanche, Label du saigneur. Vous pouvez retrouver Butterface en version numérique sous le titre Butterface passion (SKA) à télécharger sur toutes les plateformes de librairies numériques en ligne. Egalement paru en feuilleton de 4 épisodes chez SKA.

Nigel GREYMAN : Butterface. Traduction de l'anglais par Max Obione. Editions du Horsain. Parution le 16 août 2015. 174 pages. 8,00€.

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 07:58

On se demande ce qu'elle y fait...

Jean-Paul DEMURE : La belle dame dans un violon.

La belle dame, c'est Patricia Cohen, inspectrice stagiaire.

L'arrivée d'un inspecteur-stagiaire ne passe jamais inaperçue dans un commissariat, surtout lorsque le dit stagiaire se trouve être une belle et charmante jeune femme.

Et les mâles, du plus jeune au plus vieux, du simple planton au plus gradé, tirent une langue longue comme le tapis rouge déroulé dans une nef lors d'un mariage princier, leurs yeux montés sur ressorts. Tout à fait genre Loup de Tex Avery.

Principalement l'inspecteur Chapron, un peu le Don Juan du commissariat. Quant à Puymichel, il se voit confier le poulailler pendant les vacances bien méritées du commissaire.

Chapron prend en charge la jeune stagiaire et pour lui faire plaisir, et se faire mousser, l'entraîne dans une boîte de nuit afin de lui présenter l'un de ses indics.

Mais entre le rêve et la réalité, il y a une grosse différence. Le déshonneur, c'est lui qui va le subir, et ce devant la gente dame.

Or le déshonneur se lave dans le sang. Pauvre Puymichel qui va être obligé de dénouer une situation inextricable avant la fin des vacances du commissaire, attendant les siennes avec impatience.

 

La belle dame dans un violon est le cinquième roman de Jean-Paul Demure, le troisième publié à la Série Noire.

Né le 23 octobre 1941 à Clermont-Ferrand, il se décrit ainsi : cancre auvergnat, acteur décentralisé, chauffeur-livreur, bidasse, acteur parisien, époux étudiant en psychologie, écriveur, père, préposé auxiliaire à la distribution, animateur en réanimation culturelle, chômeur, vendeur de Bibles, chômeur, crêpier, provisoirement jardinier, un brin défeuillé mais vert.

Avant d'aborder le roman policier, ses premiers textes sont publiés dans des revues telles que Les Temps modernes, Milieu, Mi-nuit,

Ces renseignements, je les ai empruntés sans vergogne dans le second volume de S.N. voyage au bout de la Noire, paru chez Futuropolis, l'ancêtre des Auteurs de la Série Noire édité chez Joseph K, des ouvrages signés et dirigés par Claude Mesplède et Jean-Jacques Schléret.

 

Jean-Paul DEMURE : La belle dame dans un violon. Série Noire N°2034. Parution décembre 1985. 224 pages.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 13:41

Le parcours du combattant d'un musicien...

Bernard THILIE : La prise du Sébastopol.

Le 14 juillet 1905 aurait pu n'être qu'un 14 juillet banal, semblable à tous ceux qui se sont déroulés auparavant. Pourtant Raphael, dix ans, s'en souviendra toute sa vie.

Chaperonné par Colette, la jeune bonne de son père Modeste, droguiste à Roubaix, elle-même accompagnée par Armand le fils du maréchal-ferrant, ils arpentent la fête foraine qui bat son plein. Raphaël est attiré par une baraque foraine plus discrète que les autres et un bateleur encourage les promeneurs à entrer sous la tente.

Une troupe de saltimbanques va interpréter Les Noces de Figaro, du méconnu, à l'époque, Fout le camp du canapé ou met des housses Mozart. Une troupe de renommée internationale d'après l'aboyeur, mais une troupe miteuse qui néanmoins laisse un souvenir impérissable au gamin, lequel décide de devenir musicien.

Il va tâter du piano et du violon, faire des pieds et des mains pour obtenir des cours et son destin est tout tracé. Mais il se sent à l'étroit et incompris dans l'échoppe familiale, et puis des épisodes tragiques vont le perturber. Colette s'est mariée avec Armand, mais celui-ci part en stage à Paris dans une usine de construction d'automobiles. La belle-mère de Colette lui mène la vie dure et la jeune épousée se suicide. Raphaël éprouve un vif chagrin. Colette était son amie, et peut-être un peu plus.

Il a dix-sept ans, et possibilité lui est donnée de passer un concours d'entrée au Conservatoire de Lille. A défaut de Paris, c'est là qu'il va aller, d'autant qu'il se montre bon musicien, à défaut d'être un grand musicien, et apte à diriger un orchestre, en remplacement d'un professeur en retard. Puis il part sillonner l'Europe des musiciens, jouant dans des troquets. D'abord en Belgique, en Hollande, puis jusqu'à Prague, à la découverte des compositeurs renommés ou avec lesquels il se sent en phase malgré les préjugés de certains de ses professeurs. Un périple qui l'aguerrit puis ce sera le retour à Roubaix, l'étriquée et l'envol vers Paris, la lumière qui attire les phalènes et les artistes.

A Paris, installé à Montmartre, qui n'était pas encore un quartier surfait, il fait la connaissance de Georges et de sa copine Anna, qui lui présente une collègue Céline. Le coup de foudre entre les deux jeunes gens est immédiat. C'est le soir du réveillon de décembre 1913. Ils s'installent ensemble, mais les parents de la jeune fille refuse le mariage alors elle part en Angleterre, et le conflit avec l'Allemagne arrive avec son lot de malheurs. Il entre aux Concerts Colonne, un établissement prestigieux.

Raphaël est incorporé, malgré un passage raté consciemment lors du conseil de révision. Il participe à la guerre des tranchées, mais parvient toutefois à monter un petit orchestre. Les mois passent, les saisons se succèdent et un jour alors qu'il est en reconnaissance avec quelque frères d'arme, le brouillard les sépare et il se retrouve au milieux d'une colonne ennemie. Fait prisonnier, là encore il monte un petit orchestre, et tente de s'évader. Repris il est envoyé à l'autre bout de l'Allemagne dans un camp de prisonniers. Afin de pouvoir manger à sa faim, il est volontaire pour des corvées de bûcheron, mais sa main, coincée par un tronc d'arbre, est endommagée. Sa carrière de musicien est fichue, pourtant il parvient à surmonter les épreuves à force d'abnégation.

 

Comme des souvenirs qui remontent à la surface, les événements s'enchevêtrent dans un joyeux désordre dans l'esprit du lecteur. A un certain moment, Raphael a dix-sept ans, quelques pages plus loin, il est invité par Blériot à son premier vol en avion, quelque temps avant que le célèbre aviateur gagne son pari en survolant la Manche. Le 25 juillet 1909. Première dichotomie d'âge. Et, par un heureux concours de circonstance, alors qu'il aurait pu être engagé dans l'orchestre du Titanic, les dieux de la musique jouent en sa faveur. Il n'a pas le pied marin. Il reste à quai tandis que le paquebot rencontre inopinément un iceberg qui s'est détourné de son chemin le 15 avril 1912. Il a vingt-deux ans. Du moins c'est ce qui est annoncé page 89. Mais si on calcule bien, normalement il ne devrait en avoir que dix-sept, puisqu'en 1905, il en avait dix. Et ainsi de suite, on navigue entre les âges. Lorsqu'il rentre de captivité fin 1919, lui et ses compagnons avaient été oubliés par l'administration (!), il a vingt-cinq ans. Le temps joue en sa faveur.

Cet petit problème posé, et non résolu, revenons à Raphaël et à sa vocation. Une vocation qu'il tentera de mener à bien, malgré les difficultés familiales, la guerre, le chômage (déjà) qui atteint cette profession artistique aléatoire, grâce à une persévérance sans faille et une abnégation de tous les moments.

Mais c'est aussi la description très détaillée d'une époque, avec les faits divers qui sont relatés, et un humour toujours présent. Si le lecteur peut ressentir une certaine analogie avec Jean-Christophe de Romain Rolland, le contexte mais pas le même avenir, il s'amusera aux diverses scènes qui émaillent la vie dans le premier camp de prisonnier dans lequel Raphaël est interné. Les situations et les personnages, dont un militaire qui se nomme Schoulz, font irrésistiblement penser à la série télévisée parodique Stalag 13 intitulée également Papa Schultz. Justement des rapprochements de l'esprit de ma part, car les points de divergence sont plus nombreux que ceux qui peuvent s'apparenter. Et le Schoulz du roman est loin de posséder la maladresse affable du sergent de la série télévisée, même s'il est coincé du bulbe.

L'humour y est présent, moins cabotin que dans les précédents romans de l'auteur, mettant en scène une bande de Pieds Nickelés nordistes, mais si cet humour y est parfois plus caustique, sarcastique, il reste empreint de bonhommie. Le vocabulaire, les tournures de phrases y sont pour beaucoup, et s'il fallait émettre une comparaison, une de plus penserez-vous, Bernard Thilie serait à rapprocher de Raymond Devos plus que de Guy Bedos. C'est dire qu'à aucun moment il tombe dans la facilité et la vulgarité.

La prise du Sébastopol est également un roman musical, dédié à Mahler, Stravinsky et Mozart, ce compositeur redécouvert au milieu des années cinquante grâce à un bicentenaire fort bien venu. Quant à expliquer le titre, sachez que le Sébastopol en question existe toujours à Lille.

 

Il aimait son pays. Tout le monde aimait son pays, y compris ceux d'en face. Pas plus que les autres, il ne supportait que quelqu'un y pénètre sans être invité. Dans ces cas-là, il restait une seule solution, mettre l'intrus à la porte à grands coups de pompe dans le train. Jusque là, l'accord faisait l'unanimité. Par contre il refusait le bourrage de crâne fait de cette mythologie infantile sur la patrie, la revanche de 1870, le culte du soldat avec ses cartes postales édifiantes, la cocarde en papier crépon, le coq gaulois sur son tas de fumier, le regard sur la ligne bleue des Vosges. Le soldat, pas le coq.

Bernard THILIE : La prise du Sébastopol. Collection Roman historique. Editions Ravet-Anceau. Parution le 23 mars 2015. 272 pages. 12,00€.

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