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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 12:18

Attention à ne pas vous piquer quand même !

Pascal MARMET : Tiré à quatre épingles.

S'il y a une chose, parmi tant d'autres, que le commandant François Chanel n'aime pas, c'est de parler en public, même pour des célébrations, des remises de médailles ou autres. Aussi il expédie, sans limitation de vitesse orale, son exposé sur trois collaborateurs qui quittent le 36 Quai des Orfèvres, oubliant de remercier quelques personnes au passage. Et lorsque les agapes débutent, le capitaine Devaux, son adjoint, l'informe qu'une nouvelle affaire requiert leur attention.

Chanel s'en passerait bien, mais ce sont les vacances et malgré ses récriminations, il est obligé de s'atteler à la tâche. Il aura droit toutefois à un petit renfort supplémentaire, deux stagiaires en attente d'un poste de commissaire. Des femmes ! Lui qui a justement horreur de travailler avec la gent féminine !

Le lieu du drame est situé non loin, au 2 impasse Conti. La femme d'un ancien préfet de police ayant exercé sous Chirac a été retrouvée dans son appartement avec trois balles dans le corps. L'ancien préfet lui-même avait été assassiné six mois auparavant, alors qu'il se promenait nuitamment sur les quais.

Albane Saint-Germain de Ray, git au pied de l'escalier qui conduit à la mezzanine. Elle a probablement glissé, car des fractures du bassin et des jambes sont répertoriées par le légiste. Un chute antérieure d'au moins deux jours avant l'assassinat. L'appartement est un véritable musée encombré de masques et de sculptures africaines, l'ancien préfet était un collectionneur. Pour la concierge c'est vaudou, sorcellerie et compagnie. Un endroit qu'elle n'appréciait pas vraiment.

Dans le sac à main d'Albane, un billet de train, destination la Suisse, est découvert. Nul doute que la quinquagénaire s'apprêtait à voyager mais dans quel but, seul l'avenir le dira.

 

Quatre heures auparavant cette macabre découverte, Gare de Lyon.

Un adolescent qui dit s'appeler Laurent Bastos musarde dans la salle des pas perdus, s'intéressant au départ des trains, aux voyageurs. Il est tout habillé de vert, jusqu'à ses chaussures qui arborent cette couleur printanière. Il est abordé par un autre adolescent, Samy, qui lui propose de venir l'aider à cambrioler un immeuble rupin. Laurent, surnommé Lolo par son nouvel ami, accepte, légèrement étourdi après avoir éclusé une coupe de champagne offerte pour fêter son anniversaire.

Le but du jeu est de s'introduire dans une demeure classée rupins, et de subtiliser quelques objets susceptibles de posséder quelque valeur. Aussitôt dit, aussitôt fait et c'est ainsi qu'ils pénètrent au 2 impasse Conti sur les pas d'une élégante jeune femme vêtue en hôtesse de l'air. Samy muni de passes entre sans difficulté dans l'antre africain et extasiés ils commencent à investir les lieux. Ils découvrent Albane affalée au pied de l'escalier et dans les vapes. Ils continuent leur exploration. Un faux mouvement et Lolo bute sur un meuble qui s'ouvre sur une coquette somme d'argent et deux poupées de bois dont une est piquée d'épingles plus ou moins rouillées. Il embarque la sculpture, range une partie des billets dans son slip (eh oui, un sous-vêtement peut aussi servir de coffre-fort). Albane sort de son évanouissement et hurle. Lolo lui propose un verre d'eau, des cachets d'acétylsalicylique, et même d'appeler le SAMU. Albane pourrait être reconnaissante, mais son caractère vindicatif prend souvent le dessus. Elle tente de ramper et ouvrir un tiroir. Lolo la supplée et à l'intérieur il découvre caché dans une boîte, un revolver, des balles et un réducteur de son appelé plus communément un silencieux car c'est plus rapide à écrire.

Les deux garnements quittent l'appartement et Lolo rejoint la Gare de Lyon, enfouissant la statuette dans une consigne après avoir appelé les secours.

Pascal MARMET : Tiré à quatre épingles.

Flirtant avec le fantastique ce nouveau roman de Pascal Marmet nous permet de suivre le parcours d'un adolescent atteint du syndrome de Peter Pan, véritable farfadet folâtre, immature, portant en effigie sur son tee-shirt le célèbre héros créé par J.-M. Barrie.

Mais outre Laurent, qui n'est pas son vrai nom, les autres personnages ne manquent pas non plus d'épaisseur.

Ainsi le commandant Chanel est un homme méticuleux, pointilleux, misogyne, même s'il recueille une gamine rencontrée dans le train qui le ramène de Colmar où il est allé récupéré des dossiers concernant le meurtre de l'ancien préfet auprès d'un collègue parti à la retraite, rigide, solitaire. Il habite un vieil immeuble promis à la démolition mais plein de charme. De plus il joue du piano, mais c'est anecdotique. Ce qui l'est moins réside en ses préjugés envers les femmes, or il sera amené à réviser ses jugements, ses auxiliaires stagiaires commissaires se montrant particulièrement perspicaces et efficaces.

Albane Saint-Germain de Ray, dont on apprendra qu'elle a été trois fois mariée, et trois fois veuve, y'en a qui n'ont vraiment pas de chance, est une femme énigmatique, parfois inculte parfois au contraire très cultivée, belle et vulgaire, jouant sur les contrastes. Mais nous reviendrons sur son cas, surtout sur son âge qui prête à confusion.

 

Ambiance légèrement fantastique à cause de cette statue vaudou lardée d'épingles gisant dans une consigne ferroviaire. Et Pascal Marmet nous présente quelques-unes de ces sculptures, fournissant leur origine puis il nous emmène au musée du Quai Branly, s'improvisant guide dilettante en parcourant les salles rapidement, ne s'appesantissant pas, prenant bien soin de ne pas nous imposer trop de descriptions touristiques afin de nous laisser sur notre faim et donner l'envie d'aller découvrir cet endroit qui semble magique.

 

Maintenant penchons-nous sur le cas d'Albane.

Au début, Albane est quinquagénaire, puis à plusieurs reprises, l'auteur affirme que c'est une quadragénaire un peu narcissique, se préoccupant plus de son corps que des personnes proches. Seulement, à un certain moment, alors qu'elle est en compagnie d'un individu qu'elle reverra souvent par la suite, on apprend que cette rencontre date de 1970 et qu'à l'époque elle a quinze ans. Bien. Ce qui voudrait dire qu'en 2000 elle avait quarante ans. Or le Musée du Quai Branly a été inauguré en 2006. Donc Albane aurait au moins cinquante et un ans. D'accord, on ne va pas chipoter. Sauf qu'à deux reprises, Chanel indique que le déménagement du 36 Quai des Orfèvres aura lieu dans huit mois, puis plus loin dans quelques semaines. Seulement ce déménagement est prévu pour 2017, donc il est raisonnable de penser que l'histoire, dont la date n'est pas précisée, uniquement en aout, se déroule en 2015, voire par anticipation en 2016. Ce qui vieillit considérablement Albane, et de quadragénaire elle devient par la même occasion sexagénaire. Une simple déduction de ma part après enquête.

Mais à part cette dichotomie ce roman de Pascal Marmet est un pur divertissement qui se lit avec plaisir, et l'on retrouve quelques-unes des passions de l'auteur, puisque plusieurs reprises il signale un parfum, ou eau de toilette, nommé Heure bleue ou rose, bleue je crois, puisque c'est la couleur imposée au sexe masculin à la naissance.

 

Pascal MARMET : Tiré à quatre épingles. Editions Michalon. Parution le 21 mai 2015. 272 pages. 18,00€.

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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 09:17
Frédéric CASTAING : - Ça va ? - Ça va.

Moi ça va, merci, et vous ?

Frédéric CASTAING : - Ça va ? - Ça va.

Surnommé François par les infirmières qui le soignent, un amnésique se voit remettre par Nœud Papillon, le toubib, un petit magnétophone qui lui permet d'enregistrer tout ce qui lui vient à l'esprit, le moindre détail, afin de retrouver, peut-être, son identité.

Sa photo parait dans les journaux et une émission télé doit lui consacrer un sujet.

François, au bout de quelques semaines, se promène en ville. Il est agressé par un cafetier qui brandit une coupure de journal et lui parle d'un certain Georges. François trouve, grâce à Nœud Papillon du travail à Paris dans une piscine. Un client le prend à part, l'appelle Pascal, "son" Pascal, et lui dit qu'un certain Alex ne serait pas content s'il savait qu'il est toujours vivant. Les réflexes fonctionnent toujours et lors d'une algarade dans un café, afin de sauver la mise d'un collègue, François montre qu'il sait se servir de ses poings, et qu'il a une préférence pour les yeux, les doigts pointés en fourche.

Comme il lui faut des papiers, il se présente à la Préfecture de Police en compagnie du maître-nageur lequel reconnait Alexandre Canale, le préfet de Police. Il est accompagné d'une jeune femme et d'un homme que François/Pascal surnomme Champion Joe et auquel il s'est déjà frictionné.

L'amnésique comprend qu'il a eu à faire avec Canale avant de perdre la mémoire. Il rencontre d'autres personnes qui le reconnaissent et lui crachent dessus. Il apprend peu à peu qu'il a été flic puis qu'il est parti à Biarritz comme maître-nageur. Il est obligé de fuir et passe ses journées dans une bibliothèque où il fait connaissance de Mathilde qu'il appelle Veste Rouge.

Champion Joe étant toujours sur leurs traces, Pascal et Mathilde traversent la France, vont à Biarritz et zigzaguent afin d'échapper à leurs poursuivants. Des pérégrinations émaillées d'incidents. Pascal remonte à Paris, seul, et retrouve la mémoire en se coupant alors qu'il se rase. Dix ans auparavant, jeune flic sous la protection de Champion Joe et de Canale, alors haut fonctionnaire de la police, il a participé à une descente envers des grévistes dans les couloirs du métro. Un Noir, syndicaliste, Georges, a été brutalisé par Champion Joe. Il a voulu se rebiffer et Canale l'a énucléé avec un couvercle de boîte de conserve. Pascal a raccompagné Canale chez lui. Sa femme l'a obligé à forniquer avec elle devant l'homme se saoulant copieusement. Ce n'était pas la première fois, mais Canale enjoint Champion Joe de supprimer Pascal. Ce qu'il ne peut se résoudre à faire et Pascal part travailler à Biarritz pendant un certain temps avant d'avoir des ennuis et de tomber amnésique.

 

Ce n'est pas la première fois que l'amnésie est traitée dans un roman noir et toutefois Frédéric Castaing parvient à renouveler l'intrigue grâce à la personnalité de son narrateur lequel utilise un magnétophone comme outil de mémorisation, ou plutôt de remémorisation.

Ce monologue n'est pas linéaire et permet au lecteur de suivre le personnage dans sa quête d'identité, et d'aborder en même tant que lui le dénouement, avec cependant une longueur d'avance, puisqu'il se montre moins naïf étant en possession d'éléments qu'il peut assembler, pas comme le narrateur qui se redécouvre et tâtonne à la recherche de son passé.

Ce qui n'empêche pas Castaing de nous livrer quelques scènes pleine d'humour noir.

 

Frédéric CASTAING : - Ça va ? - Ça va. Série Noire N°2426. Parution juin 1996. 208 pages. 6,65€.

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 13:00

Bon anniversaire à Jack Higgins, de son vrai nom Henry Patterson, né le 27 juillet 1929.

Jack HIGGINS : Saison en enfer.

Enfer et contre tout...

La découverte du cadavre de George Walker, un étudiant, mort par noyade dans la Seine, à Paris, sous l’influence de l’alcool et de la drogue, ce ne pourrait être qu’un fait divers banal.

Sauf qu’après quelques péripéties et un voyage mouvementé, le corps de George Walker est découvert à moitié carbonisé près d’un corbillard accidenté en pleine campagne anglaise. Premier fait troublant.

Deuxième incongruité : dans le ventre de ce cadavre baladeur auquel on a extirpé tous les viscères lors de la mise en bière, les enquêteurs trouvent un petit sachet d’héroïne.

Troisième anomalie : une seconde autopsie du mort laisse apparaître que celui-ci était lors de sa noyade sous l’emprise d’une mixture qui réduit l’être humain dans un état d’hypnose chimique.

Enfin George Walker ne s’appellerait pas George Walker mais Eric Talbot et sa belle-mère une riche veuve américaine dont l’activité s’exerce dans les milieux boursiers de New-York.

Des recherches, des comparaisons font apparaître d’autres morts, d’autres décès tout aussi mystérieux dont la jeune sœur par adoption de Sean Egan, un as du SAS. Sarah Talbot et Sean Egan vont unir leurs efforts afin de débrouiller un écheveau qui va les conduire de Londres en Irlande en passant par Paris et sa banlieue et la Sicile. Ils sont suivis comme leur ombre par un certain Jago, mais ce ne sont que des marionnettes manipulées par un mystérieux Monsieur Smith.

Leur enquête s’effectue en marge du MI5, organisme secret qui surveille leurs déplacements afin d’éviter tout dérapage.

 

Il est loin le temps où Jack Higgins était traduit en France sous les noms de Harry Patterson, Martin Fallon ou James Graham. C’est véritablement sous l’alias de Jack Higgins et avec des romans comme Solo, Exocet et surtout La Nuit des loups, dont une partie de l’action se passe durant la Seconde Guerre Mondiale entre Granville et Bayeux, que cet auteur fort intéressant s’est imposé en France.

Saison en enfer est à ranger dans la catégorie Réussite. Un roman que l’on lit avec beaucoup de plaisir et qui jamais tombe dans le scabreux, la violence inutile et le sexe de complaisance, la seule préoccupation de l’auteur étant de distraire le lecteur. Mission accomplie.

Jack HIGGINS : Saison en enfer.

Jack HIGGINS : Saison en enfer. Editions Albin Michel. Parution 28 février 1990. 334 pages. Réédition Le Livre de Poche. Parution novembre 1992. 350 pages.

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 08:55
Marvin ALBERT : Les dents longues

Attention à ne pas rayer le parquet !

Marvin ALBERT : Les dents longues

Quatrième aventure, quatrième prestation de Pierre-Ange Sawyer, le détective franco-américain créé par Marvin Albert.

Tout son géniteur littéraire, Pete Sawyer vit sur la Côte d'Azur et ses enquêtes le mènent aux quatre points cardinaux de la France ou presque. La lecture des dents longues est une excellente occasion pour découvrir la Camargue et ses mystères.

 

Peter-Ange Sawyer est amené à côtoyer un milliardaire, directeur d'une très grosse entreprise de transports dont la femme vient d'être enlevée. S'il mène à bien l'échange rançon-otage, Sawyer n'en est pas moins frustré et sent que quelque chose lui échappe.

C'est en recherchant sa mère, Babette, professeur spécialisé dans l'histoire et la psychologie de l'art en visite à Arles, que Sawyer va de nouveau être mis en présence de l'ex-otage, deux mois après son enlèvement.

En enquêtant sur cette curieuse famille, notre détective va faire la connaissance de truands marseillais, de trafiquants d'armes, et par la même occasion visitera d'une façon particulièrement dangereuse La Camargue.

 

Avec Marvin Albert, le lecteur est assuré de lire un roman bien construit, bien charpenté, fort documenté.

Et puis découvrir la France à travers les romans d'un Américain, pas mal non ? même si celui-ci a vécu plus de vingt dans cette patrie d'adoption.

 

Les gens mariés disent parfois de leur conjoint des choses qu'ils ne pensent pas vraiment.

Marvin ALBERT : Les dents longues (Long Teeth - 1987. Traduction de Rosine Fitzgerald). Série Noire N°2136. Parution mai 1988. 320 pages. 7,10€.

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 14:44

Les ancêtres donnent de la voix...

Newton LOVE: La voie des braves.

Ancien monteur de lignes téléphoniques, handicapé à la suite d’un accident, Ben Pace, le narrateur, vit dans un immense tipi installé dans sa demeure.

Indien Lakhota, il s’est reconverti en prêtre guerrier, pratiquant également la médecine, celle de ses ancêtres faussement appelés Sioux à cause d’une déformation par les Français du nom de Nadewisou que leur avaient donnés les Indiens Ojibwa. Il communie avec la nature, la flore et la faune. Il dialogue souvent avec un corbeau, Corbeau-qui-saute, lequel l’oblige par ses réflexions à se poser les bonnes questions et à rechercher les bonnes réponses sans l’aide de quiconque.

Un matin, une délégation composée de quatre femmes, Rita, Maria, Lisa et Kelly, investit son domaine. Elles espèrent qu’il acceptera de les aider à prouver la culpabilité de John Keagey qui les a violées mais a été absous de ses crimes. Les juges n’ont pas retenu la thèse des viols, Keagey étant affilié aux Kinkead, une famille comptant un gouverneur, un sénateur et quelques membres du Congrès et plus si affinité. Bref c’est un intouchable et tous les recours contre lui ont été balayés d’un revers de manche.

Ben accepte d’aider les jeunes femmes, mais ce qui lui importe c’est que la justice fasse son travail, et il ne veut pas entendre parler de vengeance. Les quatre femmes ne sont pas les seules à avoir été abusées, d’autres ont subi les assauts de ce pervers qui recueille ses trophées et les cache. Mais par peur, par traumatisme, la plupart des victimes n’ont pas déposé plainte. Alors Ben va tenter de connaître la cachette du criminel afin de le confondre.

Il lui faut d’abord convaincre Rita et consœurs, les stimuler, les conseiller, leur trouver des alibis, toute une organisation qui demande patience et préparation. Pour cela Ben trouve des alliés auprès de ses Frères Ailés, de Ratons Laveurs, de la nature en général.

 

Ben Pace ne boit pas, uniquement des infusions qu’il prépare à base de plantes médicinales, et dans les bars les serveuses sont surprises qu’il ne leur demande que de l’eau chaude, trimbalant dans un petit sachet ses ingrédients.

Il ressent également une certaine rancœur envers la société blanche, les Wasiciu en langue lakhota, qui a spolié ses ancêtres, les Nations Rouges. Un ouvrage quelque peu déconcertant de prime abord, car le narrateur, qui n’est autre que Ben Pace, mélange narration active et développement de ses pensées.

Le lecteur est happé dans une spiritualité dont il n’a pas l’habitude. La communion d’esprit avec les pierres, l’air, la flore et la faune est primordiale et indispensable. Le lecteur doit d’abord apprivoiser l’esprit du narrateur, l’investir, se mettre dans la peau du personnage, comprendre ses réactions, ses réflexions, son rythme de vie, sa façon de penser, de communier. Puis tout devient lumineux même s’il reste parfois des zones d’ombre. Un voyage intérieur, intellectuel et spirituel.

Newton LOVE: La voie des braves. (Traduction Sholby). Collection Univers Grands romans. Pascal Galodé éditeurs. Parution février 2009. 352 pages.

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 08:27
Jimmy SANGSTER : Un mouroir de poche

Une maison de retraite modèle réduit ?

Jimmy SANGSTER : Un mouroir de poche

James Reed partage son temps entre l'entretien de sa maison, maison reçue sous forme de dédommagement après son divorce avec l'actrice Katherine Long, et quelques kilomètres de jogging sur la plage de Malibu, près de Los Angeles, la causette avec ses locataires, lui écrivain anglais de renom et elle nymphomane insatiable, et enfin sa voiture récalcitrante et caractérielle.

Katherine Long fait appel à son ex afin de résoudre un problème concernant sa fille Caroline. Un problème de drogue.

Caroline, vingt et un ans, qui avait tenté quelques années auparavant de séduire James Reed, sans succès. Caroline qui disparait en même temps que quelques deux millions de dollars.

James Reed, ex-flic anglais des stups, recherche sa belle-fille, enquête, magouille quelque peu dans une histoire légèrement compliquée.

La présence de certains personnages, de même que certains événements, pourtant prometteurs au départ de l'action, ne sont pas tout à fait définis.

 

J'avoue être resté sur ma faim. Un nouvel auteur qui pour le moment ne m'a pas tout à fait convaincu. Pour les inconditionnels du roman noir américain.

Si j'avais succombé à la tentation de chair fraîche, elle aurait hurlé au viol avant que j'ai eu le temps de rezipper ma braguette.

Jimmy SANGSTER : Un mouroir de poche (Snowball - 1986. Traduction de Simone Hilling. Série Noire n°2139. Parution juin 1988. 288 pages. 6,65€.

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 15:06

Un roman de Léo Malet piraté !

Léo MALET : Alerte !

Les éditions Bel-Air ne manquaient pas... d'Air justement.

Au bas de la page 6, là où figurent les habituelles mises en garde des éditeurs concernant les copyrights, voici ce que le lecteur peut lire :

Copyright. 1964 Editions Bel-Air Paris. Tous droits réservés pour tous les pays, y compris l'URSS et les pays scandinaves. Reproduction et traduction même partielles interdites.

Seulement cette mise en garde, les éditions Bel-Air ont omis de l'appliquer à elles-mêmes.

En effet Alerte ! est la réédition non signalée de L'ombre du grand mur de Léo Malet (dont le nom figure uniquement page5 et sur la tranche de la couverture mais non sur la couverture elle-même), roman publié pour la première fois en 1944 aux éditions S.E.P.E. dans la collection Le Bandeau Noir puis réimprimé en 1949. Il sera réédité à de nombres reprises, notamment aux éditions Métal en 1955, Eurédif dans la collection Suspense en 1972, Marabout en 1979, Fleuve Noir, 10/18...

A noter que certaines éditions, dont les éditions Métal, donnent comme titre : A l'ombre du grand mur.

Léo MALET : Alerte !

Cette édition Bel-Air est légèrement amputée et remaniée par rapport à l'édition originale. Notamment l'avant-propos qui est purement et simplement passé à la trappe. Pourtant il est intéressant puisque référence à Nestor Burma est faite. Voyons les premières phrases :

Le récit que l'on va lire a été remis par le détenu 9204, de la célèbre prison d'Ossining, une des trois principales maisons de force de l'état de New-York, celle où ont lieu les exécutions, à mon ami Nestor Burma, alors que celui-ci, peu de mois avant la guerre, accomplissait en Amérique un banal voyage d'études.

Suit ensuite la description des intentions de Nestor Burma quant à ce récit et celles de Léo Malet.

Penchons-nous maintenant sur les premières lignes du récit afin de se rendre compte des modifications effectuées par l'éditeur par rapport à l'édition originelle :

 

Version originelle !

Le docteur était un personnage assez gros, d'aspect bonasse. Le rasoir n'entrait que rarement en contact avec son épiderme. Il était vêtu sans recherche, et plutôt pauvrement.

- Où avez-vous fait vos études ? dit-il.

Son regard perçant plongea au plus profond de mes yeux.

- Boston, fis-je.

- Fichtre, siffla le docteur.

 

Version Alerte !

Le docteur était un personnage assez corpulent, d'aspect bonasse. Le rasoir n'entrait que rarement en contact avec son épiderme. Il était vêtu sans recherche, et plutôt pauvrement.

- Où avez-vous fait vos études ? dit-il.

Son regard perçant plongea au plus profond de mes yeux.

Je citai le nom d'une école célèbre.

- Fichtre, siffla le docteur.

 

Peu de divergences mais quelques libertés avec le texte initial, qui ne prêtent guère à conséquence, pouvant même laisser penser que Léo Malet a retravaillé sa prose.

Mais intéressons-nous à l'histoire et du personnage central, le docteur Lewis Ted Crawford.

 

Après trois années passées au pénitencier d'Ossining, condamné pour un meurtre qu'il n'a pas commis, Crawford est enfin libéré. S'il a été soupçonné d'avoir assassiné une jeune femme, les témoignages lors du procès se sont effrités. Un bouton de manchette lui appartenant a été retrouvé sous une carpette de la salle de bain. La domestique pense l'avoir reconnu sortant de chez la jeune femme, de même qu'un policier à qui il aurait demandé du feu non loin de l'appartement tragique.

Pourtant Crawford possédait un alibi : au moment du drame, il était avec sa maîtresse, la femme d'un politicien qui brigue la mairie de New-York. Par galanterie, il a préféré se taire, et comme son amante ne l'a pas soutenu, il en a payé les pots cassés.

En sortant de prison il ne sait plus trop où aller. Ses amis lui tournent le dos, alors il se souvient qu'un codétenu lui a donné l'adresse d'une amie auprès de laquelle il pourrait se réfugier. Celle-ci l'accepte sans poser véritablement de questions mais sait qu'il était toubib. Or justement un appel téléphonique lui demande de contacter un docteur afin de soigner un blessé. L'homme a reçu une balle et le toubib habituel est introuvable, sous l'emprise de l'alcool. Crawford accepte de le remplacer et s'est ainsi qu'il va devenir le monsieur bons soins d'un gang. Suivent des aventures, des règlements de comptes entre gangs, et Crawford qui a changé d'identité s'intègrera dans la bande, sans participer activement aux démêlés mais prodiguant ses conseils.

 

Evidemment Léo Malet a construit une histoire classique d'un homme traîné en justice alors qu'il est innocent mais ne peut justement prouver qu'il n'est pas coupable, d'une guerre des gangs et la participation en sous-main d'un politicien véreux. Tout ça à cause d'une femme qui a préféré rester dans l'ombre, puis la chute inéluctable vers le crime à cause de la défection de ses amis lors de sa libération.

Crawford pourtant s'était juré de ne jamais retourner à L'Ombre du grand mur.

Léo MALET : Alerte !
Léo MALET : Alerte !

Léo MALET : Alerte ! Editions Bel-Air. Collection Détective Pocket N°48. Parution 1964. 160 pages.

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 08:09
Ralph McINERNY : Des victimes à la pelle

On demande un cantonnier !

Ralph McINERNY : Des victimes à la pelle

Ce roman aurait pu s'appeler également, par exemple, Voulez-vous duper avec moi ?

Qu'on en juge plutôt. Un avocat est commis d'office pour défendre une femme adultère qui a conspiré avec son amant afin d'envoyer son mari au royaume des cocus. Elle ne peut même pas s'enorgueillir d'être une beauté fatale.

Hélas, il y a eu erreur sur la personne et le meurtrier a supprimé l'amant au lieu du mari. C'est-y pas Dieu possible d'être autant tête en l'air, d'être aussi bête pour rectifier son commanditaire !

Quant à l'avocat, en plus de perdre son procès, ce qui ne lui était encore jamais arrivé, ne voilà-t-il pas qu'il apprend de son docteur qu'il n'a plus qu'une espérance de vie assez restreinte.

C'est quand même frustrant de savoir que l'on est condamné à mort par la médecine alors qu'on se sent en pleine santé.

Le neveu de l'avocat, jeune avocat lui-même, est chargé de la nouvelle procédure concernant l'élargissement de la femme adultère, or ce qu'il découvre, c'est que la femme de son oncle passe des moments agréables en compagnie du toubib. Lui-même voit ses amours contrariées à cause d'inimitiés entre son oncle et le père de sa belle.

 

Ralph McInerny, dont c'est le second roman traduit à la Série Noire, le premier étant La cavalcade romaine publié en 1979 (SN N°1728) est un auteur qui mériterait d'être un peu plus connu en France, la lecture de ce livre étant jubilatoire.

Il est également l'auteur d'une série consacrée aux tribulations d'un ecclésiastique, le père Dowling, dont le premier volume a paru sous le titre Chambre froide aux éditions Axel Noël en 1991. Cette série a été adaptée à la télévision entre 1987 et 1991.

 

Ralph McINERNY : Des victimes à la pelle (Cause and Effect - 1987. Traduction de Rosine Fitzgerald). Série Noire N°2145. Parution août 1988. 224 pages.

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 11:59
MARIE & JOSEPH : Le crime de la rue du ciel.

Une rue en sens unique...

MARIE & JOSEPH : Le crime de la rue du ciel.

Dans le parc du comte de Faeneste, des hommes de condition sociale bien moins que modeste, s'amusent comme des gosses.

Mais à leur âge, ces jeux là devraient être interdits : ils jouent à la guéguerre.

Ce parc d'attraction d'un nouveau genre, le funeste comte de Faeneste l'a créé afin de regonfler une bourse aussi plate qu'une limande. Toutefois quelque chose le chagrine. Le terrain de Dagobert Leroy, l'un de ses voisins, s'enfonce comme un coin dans son domaine.

Or s'il pouvait acquérir ce lopin de terre, son parc prendrait une importance non négligeable qui sûrement lui amènerait d'autres clients. Mais comme tous les jeux auxquels s'adonnent des adultes en mal de puberté, il arrive que la réalité rejoigne la fiction. Et ça peut faire boum.

Brodequin Edmond, un truand qui transporte dans une mallette la bagatelle somme de cent briques en fera l'expérience à son corps défendant. A quelques jours du 14 juillet, voilà un feu d'artifice auquel personne ne s'attendait.

 

Comme dans tous les romans de Marie & Joseph, c'est plus la façon d'écrire que le contenu du roman, que la trame qui fait jubiler.

Je ne veux pas dire que la trame est inexistante, loin de moi ce genre de propos, mais je suis attiré par la magie des mots. Marie & Joseph jonglent avec les mots, les tournures, les expressions, et le lecteur se trouve pris sous le charme.

Cette fois toute référence au blues est effacée. Mais comme dans Chaudes bises, Si t'as peur, jappes ! ou encore La grande arpente des champs d'en bas, c'est un regard férocement humoristique qui est jeté sur la France profonde. Cette fois c'est le Bourbonnais qui est en ligne de mire.

Pourtant la poésie est toujours présente, ainsi qu'une certaine forme d'indulgence, comment dire... comme une sympathie débonnaire et bienveillante envers les êtres humains qui sont les protagonistes du récit.

 

MARIE & JOSEPH : Le crime de la rue du ciel. Série Noire N°2153. Parution octobre 1988. 192 pages. 6,05€.

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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 14:15
Emil Richard JOHNSON : Le gang des éclopés.

Ce n'est pas de leur plein gré qu'ils ont fait un don d'organes au Vietnam...

Emil Richard JOHNSON : Le gang des éclopés.

Walter B. Sullivan n'a qu'une hâte : pouvoir quitter New-York et acheter un ranch, un ranch immense, dans le Montana.

Et ce n'est pas parce qu'il est aveugle que son rêve sera brisé, mais à cause de son secret.

S'il a laissé ses yeux au Vietnam, il a réussi à importer en fraude quelques kilos d'héroïne pure.

Son copain Baratto, unijambiste (lui aussi a fait don d'une partie de son corps au Vietnam !) est pressé de partager le secret de Sullivan et de palper du bon argent sonnant et trébuchant. Mais de vouloir s'implanter, s'imposer et créer son marché parallèle alors que la place est déjà prise, cela ne plait guère. Ce genre de concurrence en général n'est pas apprécié par les tenants en titre d'une affaire juteuse.

Les représailles commencent sous forme de coups de révolver et petites tortures amicales.

Tony Lonto et Pat Runnion, deux flics, sont chargés d'enquêter et de démêler cet imbroglio. Comme si cela ne suffisait pas, Lonto se doit de résoudre un gros problème d'ordre sentimental.

 

Emil Richard Johnson, dont la dernière traduction française remontait à 1972 (Viol à main armé SN N°1543), est un cas particulier de la littérature américaine, tout comme Caryl Chessman, Donald Goines ou encore Edward Bunker.

Impliqué dans des activités criminelles, Emil Richard Johnson échoue en prison en 1964 alors qu'une attaque à main armée tourne mal. Et c'est en prison qu'il découvre qu'il possède quelques talents littéraires. D'ailleurs son premier roman édité en 1968 obtient l'Edgar du premier roman.

Depuis il tente d'obtenir une possible réinsertion dans la société et si tout va bien il devrait sortir en 1992 (je précise que cet article a été écrit en 1989). Sa libération conditionnelle a été annulée lorsqu'il fut reconnu coupable du délit de consommation de drogues derrière les barreaux et a été à nouveau incarcéré après une brève évasion. Il est décédé le 18 décembre 1997.

Mais il ne me semble pas obligatoire de passer par la case prison pour trouver un éditeur. Il suffit d'un peu de talent.

 

Emil Richard JOHNSON : Le gang des éclopés. (Blind Man's Bluff - 1987. Traduction de Daniel Lemoine). Série Noire N°2162. Parution janvier 1989. 224 pages.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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