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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 12:24

Un musicien doit-il décéder tragiquement pour être

consacré ?

Franck MEDIONI (Sous la direction de) : Albert Ayler. Témoignages sur un Holy ghost.

Fin novembre 1970 disparaissait Albert Ayler à l’âge de 34 ans, son corps était retrouvé flottant dans l’East River.

Comme ces musiciens morts trop tôt, trop jeunes, tragiquement, ce saxophoniste novateur devenait une icône, un emblème auprès de nombreux amateurs (et professionnels) de ce genre musical. Le Jazz devenait orphelin.

Né le 13 juillet 1936 à Cleveland (Ohio), d’une père chanteur et musicien jouant aussi bien du saxophone que du violon, et d’une mère aux inclinations artistiques qui n’allèrent jamais bien loin, le jeune Albert plongea très tôt dans le chaudron musical. A l’âge de trois ans, là où les bambins s’endorment en écoutant des berceuses, il regardait derrière le poste de radio familial si son interprète préféré, Lionel Hampton, ne s’y cachait pas.

A quatre ans il tapait sur un petit tabouret, accompagnant Benny Goodman. A sept ans, son père enthousiaste lui interdit d’aller jouer au football avec ses petits copains afin de pouvoir s’initier à la musique et toute la jeunesse et l’adolescence du jeune Albert sera vouée à se perfectionner. C’est ce que déclarait Albert Ayler dans un entretien réalisé par Jacqueline et Daniel Caux à Saint Paul de Vence le 27 juillet 1970, soit quelques semaines avant sa disparition, et qui fut publié dans L’Art vivant en février 1971.

Je ne vais pas m’étendre plus longtemps sur les débuts d’Albert Ayler et sur cet entretien, vous laissant le plaisir de les découvrir, et penchons-nous plutôt sur le contenu principal de cet ouvrage magistral : les témoignages de ceux qui ont côtoyés, connus, joués avec ce saxophoniste qui a dérangé l’harmonie et la partition bien réglée des musiques de jazz, explorant de nouveaux chemins, de nouvelles voies (voix ?) non pas pour imposer son empreinte mais pour explorer toutes les possibilités de la musique dont il était devenu sinon un porte-parole au moins un porte-son, un innovateur dont s’inspirèrent quelques instrumentistes parfois décriés dans leurs recherches tel John Coltrane.

Et les critiques de l’époque (s’exprimant souvent de façon négative) oubliaient que même en musique classique, symphonique ou de chambre, une nouveauté détrônait une institution et que c’était cela qui faisait avancer le plaisir d’écouter des sonorités, des compositions, des arrangements nouveaux. Les dents grinçaient et quelques années plus tard, ces nouveautés étaient entrées dans les mœurs et ce qui était considéré auparavant comme des références devenait ringard. Mais cela n’est pas l’apanage de la musique et l’on pourrait en élargissant le sujet citer la peinture, la sculpture et tout autre forme d’art.

Franck MEDIONI (Sous la direction de) : Albert Ayler. Témoignages sur un Holy ghost.

Parmi les contributions et les témoignages rendus à Albert Ayler, figurent ceux de nombreux artistes, musiciens, littérateurs, chroniqueurs, musicologues, photographes et autres. Certains noms nous sont familiers, d’autres moins, et la table en fin de volume permet de savoir qui fait quoi.

 

Et au détour des pages on peut lire les participations de Louis Sclavis, Jacques Bisceglia, Sonny Rollins, Francis Marmande, Aldo Romano, Franck Médioni, Michel Portal, Michel Lebris, Joe Lovano, Steve Lacy, Philippe Buin, Joëlle Léandre, Lee Konitz, Jacques Réda, pour n’en citer que quelques uns parmi la centaine de contributeurs. Que ces appréciations tiennent en deux lignes (Sonny Rollins, Richard Davis, Oliver Lake) ou sur plusieurs pages (Francis Marmande), sous forme d’hommages, de coups de colère, de longs poèmes (Christain Tarting, Zeno Bianu, Sylvain Kassap, Bernard Chambaz et quelques autres…), des explications de texte et de musique (Alexandre Pierrepont, Philippe Carles et Jean-Louis Comolli), des dialogues (Daniel et Flavien Berger) sans oublier l’indispensable et riche iconographie.

 

La musique est emblème de protestation, de liberté, parfois de joie de vivre, parfois de mal être et si je devais mettre en exergue un de ces textes ce serait sans conteste celui de Richard Davis : « Albert Ayler fut certainement un géant dans sa musique au moment de la période de protestations des droits civiques. Ainsi, il a fait trembler les chaines du syndrome post-traumatique de l’esclavage ».

Et au lieu de lire, j’allais écrire bêtement, de la page 1 jusqu’à la fin, je vous propose de prendre la table, c'est-à-dire le sommaire, et après avoir dégusté la préface d’Archie Shepp et la note d’intention de Franck Médioni, de vous laisser aller en découvrant ces textes par ordre alphabétique d’entrée des acteurs de cet ouvrage : de Noël Akchoté, guitariste, jusqu’à Jason Weiss, écrivain, ce qui vous obligera à effectuer une petite gymnastique, j’en conviens, mais vous donnera la sensation de jouer votre propre partition.

Un livre remarquable qui a dû demander de longues heures, que dis-je, de semaines et même de mois, afin de réussir cette compilation, mais aussi d’abnégation et d’amour.

Franck MEDIONI (Sous la direction de) : Albert Ayler. Témoignages sur un Holy ghost. Préface d’Archie Shepp. Collection Attitudes. Editions Le Mot et le Reste. Parution 25 avril 2010. 332 pages. 26,00€.

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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 09:33
COLLECTIF : les treize morts d'Albert Ayler.

Mais il n'y a eu aucune résurrection...

COLLECTIF : les treize morts d'Albert Ayler.

Recueil de quatorze nouvelles dont le thème est la mort mystérieuse d'Albert Ayler, saxophoniste de jazz retrouvé noyé dans l'East River le 25 novembre 1970 à l'âge de 34 ans.

 

Michel GUINZBURG : Lettre au mort. Trad. de l'américain par Daniel Lemoine. 1996. Un policier new-yorkais, qui a découvert en 1970 le corps d'Albert Ayler, reçoit la visite d'un journaliste éditeur français. Les souvenirs remontent à la surface : il a gardé par devers lui une lettre, le testament du musicien : Ayler un jour a commis un acte incestueux mais il n'a su qu'après que la gamine avec qui il a fait l'amour était sa fille. Le policier a recueilli l'enfant issue de cette union et l'a élevée. Il consigne sur cassette ce secret à l'intention du Français puis se suicide.

 

Gille ANQUETIL : Le free fort. En ce début de novembre 1970, Ayler déambule dans les rues de New-York. Un réminiscence le taraude : la mort de Coltrane et le "concert" qu'il a donné lors de la messe d'inhumation. C'est aussi le souvenir du dernier festival de St-Paul-de-Vence auquel il a participé. Il entend encore un cri, comme un appel, lancé dans la foule. Peut-être l'appel de Coltrane lui demandant de venir le rejoindre.

 

Patrick BARD : Mojo. En 1960 Albert Ayler a passé une partie de son service militaire en France, près d'Orléans, dans une base de l'Otan. Une jeune paysanne castelroussine férue de sorcellerie est devenue amoureuse de lui lors d'un concert improvisé. Ils ont fait l'amour. Il est reparti aux Etats-Unis, elle est tombée enceinte. Elle a avorté mais est en possession d'une photo d'Ayler qu'elle utilise pour jeter un sort. Alors qu'Ayler meurt attiré par l'eau de l'East River, elle se noie dans une mare en compagnie d'un baigneur en celluloïd noir. Une vision personnelle et quasi fantastique de la mort d'Ayler.

 

Yves BUIN : Free at last. Supposé chef de file d'une mystérieuse organisation, Ayler est suivi par Sandeman, affilié à l'Agence. Seulement Sandeman ne trouve aucun motif pour inculper le musicien, à part sa propension à « massacrer » les airs de musique. Les jazzmen noirs sont mieux accueillis en Europe qu'aux Etats-Unis, mais ce n'est qu'une question raciale. Sandeman passe la main mais Ayler sera retrouvé malgré tout noyé.

 

Jean-Claude CHARLES : Le retour de Maître Misère. Né à Port-au-Prince mais vivant à Paris, le narrateur journaliste reçoit une lettre dans laquelle le scripteur se dénonce comme le meurtrier d'Ayler. Il glandouille dans un rocking-chair, se remémore son père, des événements passés et des romans lus, tels ceux de Truman Capote. Mais selon une jeune journaliste hollandaise, ce serait le propre père du narrateur qui serait à l'origine de la mort d'Ayler en lui volant ses rêves.

 

Jérôme CHARYN : M. Raisonnable. Trad. de l'américain par Patrick Raynal. Carlton Quinn, alias M. Raisonnable, est jaloux de la supériorité d'Ayler dans sa façon de jouer au saxophone. Jaloux aussi que sa maîtresse fasse des yeux doux, et plus, à son adversaire. Alors il imagine une entourloupe avec un usurier. Peu après Ayler est découvert au fond d'East River.

 

Max GENÈVE : My name is Albert Ayler. Deux adolescents, Tim et Jenny, s'aiment mais la jeune fille est rusée et prodigue ses faveurs au plus offrant. Dans un terrain vague, tandis que Tim cherche un endroit où enterrer son chat, mort d'une rencontre brutale avec un mur, Jenny est subjuguée par Ayler jouant du saxo. Elle lui propose une gâterie ce que le cœur d'Albert ne supporte pas. Les deux ados n'ont plus qu'à transporter le corps du défunt dans la rivière afin de simuler un suicide.

 

Jean-Claude IZZO : Alors Negro, qu'est-ce qui cloche ? Lorsque Nellie, la femme de son copain Pearson débarque dans sa chambre d'hôtel, ce n'est pas pour retrouver d'anciennes sensations mais parce qu'elle vient de quitter son homme. Elle s'était donné à lui alors que Pearson était allé chez les putes le lendemain de la promesse de mariage. Les souvenirs, et ce qui vient de se passer avec Nellie, une nouvelle rencontre charnelle, affluent dans la tête d'Ayler alors qu'il marche le long des quais. Deux flics l'abordent et le tabassent. Assommé, il tombe à l'eau.

COLLECTIF : les treize morts d'Albert Ayler.

Thierry JONQUET : La colère d'Adolphe. A sa mort Adolphe Sax est conduit au Paradis. Son invention, le saxophone, lui vaut un traitement de faveur tant auprès des hôtesses que des compositeurs, Beethoven en tête. Mais il faut attendre l'ère du Jazz pour que le saxophone devienne un instrument reconnu. Bientôt des problèmes d'intendance se manifestent du fait de l'afflux inopiné de morts, des Jazzmen principalement. Jusqu'au jour où Ayler arrive lui aussi et est refoulé. S'ensuit une émeute. La bataille est gagnée et Ayler et ses confrères auront une place au Paradis.

 

Bernard MEYET : Joyeux Noël. Le narrateur n'aime pas le jazz, contrairement à son père qui avait acheté un bar et organisait des concerts à Orléans, au profit des soldats de la base américaine. Martine c'était l'amour secret du narrateur. Mais elle est tombée amoureuse d'Ayler alors qu'il effectuait son service sur la base de l'OTAN. Elle était même partie le rejoindre aux Etats-Unis mais ne l'avait pas revu. Elle revient un beau soir de Noël, un mois après la mort du musicien. Son ancien soupirant l'accepte telle qu'elle est, avec ses souvenirs, et un gamin, fruit de ses amours avec Ayler.

 

Jean-Bernard POUY : Tinetorette et Toquaille. Le narrateur emmène Ayler en Italie, sur les instances de celui-ci, visiter Venise et les galeries de peinture. Ayler professe une passion pour Le Tintoret, qu'il appelle Tinetorette, et goûte au Tokay, au Toquaille. Ayler et son conducteur passablement éméchés reviennent à Saint Paul de Vence, à temps pour participer au concert au cours duquel le musicien se montre plus brillant que jamais.

 

Hervé PRUDON : Nobody knows. Dans une chambre d'hôtel miteuse, Albert Ayler ressasse ses souvenirs. Notamment Bibi, une femme qu'il a connu à Copenhague. Qu'il a retrouvée à Juan-les-Pins. Il déambule sur les quais, boit dans les bars, côtoie un ivrogne. Il a le spleen et est attiré par l'eau.

 

Michel LE BRIS : La treizième mort d'Albert Ayler. Mary s'inquiète, Albert a disparu depuis quinze jours. Don le frère du musicien passe son temps à faire le poirier. Des conversations s'échangent sur les mérites et les avatars d'Ayler. A la radio le speaker annonce la découverte du cadavre du musicien et chacun extrapole se souvenant de l'enlèvement d'Ayler par des hommes de main de Miles, imputant sa mort à des flics Irlandais ou au FBI. Un texte qui s'articule autour de dialogues comme une suite d'improvisations avec toujours pour thème central la disparition d'Ayler.

 

Jon A. JACKSON : Sur le pont. Trad. de l'américain par Daniel Lemoine. Rêveries sur le bitume d'un pont d'un musicien recherchant la note, l'air qu'il ne peut jouer, la transcription par le saxo du chant d'un oiseau. Il croit voir Coltrane et Dolphy le prendre chacun par une main et il s'élance dans les airs tandis que son instrument de musique tombe à l'eau. Ayant appris par Patrick Raynal qu'il envisageait de compiler treize nouvelles en l'honneur d'Albert Ayler, Jon A. Jackson a spontanément offert ce texte qui est la quatorzième variation du recueil.

 

De ces quatorze improvisations sur la mort d'Albert Ayler, on retiendra quelques solos majeurs, quelques vibrations émouvantes, des interprétations issues des tripes et d'autres qui se glissent dans un moule convenu. Il en faut pour tous les goûts et chacun peut lire à sa façon la partition. On retiendra toutefois les prestations de Patrick Bard, de Max Genève, de Jean-Claude Izzo, de Thierry Jonquet et de J.-B. Pouy, qui ont su interpréter avec inspiration un thème imposé.

COLLECTIF : les treize morts d'Albert Ayler. Série Noire N°2442. Gallimard. Préface de Michel Contat. Parution novembre 1996. 288 pages. 7,80€.

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 13:02

Hommage à Francis Lacassin disparu le 12 août 2008 dans les limbes d'une bibliothèque populaire...

Francis LACASSIN : A la recherche de l'empire caché.

De nos lectures juvéniles ou adolescentes, souvent il ne reste que quelques images, forgées par notre inconscient ou les illustrations figurant à l'intérieur des volumes de la Bibliothèque Verte ou Rouge & Or, des scènes d'actions, des épisodes tragiques ou comiques, des noms de héros et parfois ceux de leurs créateurs.

Nous avons été bercés, envoutés, charmés, par les exploits, souvent homériques, et les aventures, souvent périlleuses, de personnages issus de l'imagination débridée et fantasque d'auteurs tels que Paul Féval, Alexandre Dumas, Michel Zevaco, Eugène Sue, Gustave Le Rouge, Gaston Leroux, Hector Malot.

D'autres prosateurs ont été phagocytés par leurs créatures, parfois malfaisantes, tout au moins en marge de la loi, ou plongées dans des univers oniriques mais pas forcément bucoliques. Souvestre et Allain, Maurice Leblanc, Sax Rhomer, Rider Haggard, Edgar Rice Burroughs, Jean Ray sont surtout connus par leurs héros positifs ou négatifs : Fantômas, Arsène Lupin, Fu-Manchu, Elle-qui-doit-être-obéie ou Allan Quatermain, Tarzan ou John Carter, Harry Dickson le Sherlock Holmes américain.

Parvenu à l'âge adulte, qui oserai aujourd'hui les lire ou les relire sans ressentir une petite pointe d'appréhension du sourire ironique, de mépris plus ou moins affecté de ses collègues, voisins, amis, connaissances, et de tous ceux, nombreux, qui préfèrent s'ennuyer à la lecture d'intellectuels nombrilistes que se plonger délicieusement dans des volumes, version intégrale ou passés à la moulinette par des réducteurs de texte qui pratiquent l'ablation sans vergogne. Des volumes vivifiants dans lesquels l'imagination et l'aventure prédominent.

Francis Lacassin, en maître es-littérature populaire démontre à travers la vie et l'œuvre de neuf auteurs qui ont marqué de façon indélébile le 19e et le 20e siècle que leurs écrits ne sont pas si infantilistes que certains pourraient le prétendre et que leurs personnages perdurent à travers le cinéma, la télévision, la bande dessinée et surtout dans l'esprit populaire puisque souvent ils sont cités comme références.

Souvent même ces littérateurs innovèrent, à l'exemple d'Eugène Sue, un peu à l'origine du courrier du cœur, qui a fait également le procès d'un système social et du pouvoir spirituel, ce que ne lui pardonnèrent pas les représentants du clergé. Eugène Sue qui osait pour la première fois mettre en scène les petites gens, les représentants du peuple, brèche dans laquelle s'engouffra Victor Hugo.

Dans la mouvance d'Eugène Sue, Paul Féval effectue la transition entre le roman de mœurs et ce qui deviendra le roman policier, mais il s'érige également en pionnier de la littérature fantastique (La Vampire par exemple) et du roman patriotique qui deviendra plus tard le roman d'espionnage.

Gustave Le Rouge avec son roman Le mystérieux docteur Cornélius montre que, je cite Francis Lacassin : ... même repeint aux couleurs pimpantes de l'exotisme et du cosmopolitisme, le roman populaire reste fidèle aux préoccupations sociales qui avaient provoqué sa naissance au siècle dernier. Voilà de quoi déculpabiliser tous ceux qui pensaient et pensent encore que ce genre littéraire était réservé aux enfants ou aux adolescents. Car sous un vernis superficiel d'aventures mirifiques, hautes en couleurs, bien souvent c'est le constat d'une époque qui est effectué par Eugène Sue, Sax Rohmer et confrères.

S'étonnera-t-on dans ce cas qu'Apollinaire, Cendras, Cocteau et quelques autres en firent leurs livres de chevet.

A la recherche de l'empire caché est un livre indispensable dans toute bonne bibliothèque, avec cependant un reproche, il manque une conclusion à cet ouvrage.

 

Après une préface de l'auteur, sont ainsi proposés neuf chapitres déclinés comme suit :

 

Eugène Sue ou l'art de muer en épopée les misères du peuple.

Paul Féval ou la comédie humaine racontée par Vautrin.

Gaston Leroux ou les mille et une nuits d'un exclu du Matin.

Fantômas ou l'opéra de treize sous.

Gustave Le Rouge ou Fantômas raconté par Bernardin de Saint-Pierre.
Fu Manchu ou le défi de l'Asie.

Harry Dickson ou le détective trouvé à Vannes.

Elle-qui-doit-être-obéie ou la mort simple entracte de la vie.

Tarzan, du cœur populaire au cœur de la terre.

 

Un ouvrage qui donne envie de lire ou relire ces grands classiques de la littérature populaire, n'en déplaise aux intellectuels infatués de leur vide abyssal en matière de culture justement populaire.

Francis LACASSIN : A la recherche de l'empire caché. Editions Julliard. Parution février 1991. 372 pages.

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 07:52
Hervé LE CORRE : Les effarés.

... Sont effarants !

Hervé LE CORRE : Les effarés.

François, Richard et Manuel se sont spécialisés dans l'attaque de camions sur les parkings, les dévalisant de leur fret généralement constitué de magnétoscopes et autres matériels de consommation moderne.

Jusqu'au jour où l'un des chauffeurs se rebiffe et que Richard, mauvais comme une teigne, se laisse aller à ses mauvais instincts. Résultat un mort sur le bitume. M. Philippe leur commanditaire n'apprécie guère cette bavure.

Dans un immeuble désaffecté de la banlieue bordelaise, Olive et Taieb s'instruisent en reluquant les revues porno qu'ils ont chouravées. Ils fantasment, rêvant de s'occuper de leur copine Mila qui a bien du mal à éviter les sales pattes de René, son beau-père. René fricote avec le trio de dévaliseurs de camions et, entre deux crises de délirium, revend aux gens du quartier sa part de butin. Le père de Taieb se laisse prendre au piège du recel et achète magnétoscope et caméscope. Un soir, une algarade oppose Taieb à son père. L'adolescent balance par la fenêtre un des objets récemment achetés par son père, blessant un quidam qui se promenait tranquillement. L'occasion pour les flics de renvoyer dans son Maroc natal le père de Taieb.

Mila, en voulant échapper aux attouchements qu'aimerait lui prodiguer René, tombe dans les bras du trio infernal, lequel trio s'empresse de la confier à M. Philippe qui saura l'utiliser.

Pour résoudre l'affaire du camionneur assassiné et toutes les imbrications qui en découlent, l'inspecteur Marion Ducasse se décarcasse et goûte l'amertume d'une enquête dans laquelle la violence est le maître mot.

 

Troisième roman d'Hervé Le Corre à la Série Noire, Les effarés se veut le reflet d'une époque, reflet ancré dans le miroir glauque d'une banlieue déshéritée, avec ses jeunes en perdition, ses immigrés, ses dealers, ses flics obtus et sa faune loubarde.

 Hervé Le Corre implante le décor dans une région qu'il connaît fort bien, sans trop accumuler les clichés. Seulement l'on pourra regretter la complaisance qu'il affiche dans les descriptions de scènes de violence, sacrifiant au réalisme des situations.

Pourtant quelques belles pages se dégagent de ce récit et font d'Hervé le Corre un grand auteur noir qui se doit de canaliser ses pulsions. Parfois une simple évocation suffit pour fournir le grand frisson au lecteur.

Hervé LE CORRE : Les effarés. Série Noire N° 2439. Parution novembre 1996. 240 pages.

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 13:04

Un p'tit train s'en va dans la montagne...

François DARNAUDET : Le dernier Talgo à Port-Bou.

Le choix par les parents du prénom de leur enfant peut-il influer sur le destin de celui qui le porte ?

Gabriel, comme l'archange de l'Annonciation, exerce un métier particulier. Il est flic, d'accord, mais son statut n'est pas celui d'un policier normal. Légèrement handicapé, il lui manque un orteil, il a été nommé Ange de la mort, dénomination non officielle de l'officier de police chargé des cadavres en partance, soit vers d'autres villes françaises, soit vers l'étranger. Il est chargé de vérifier si le cadavre est bien décédé, de l'inspecter, d'apposer les scellés sur le cercueil et tamponner quelques formulaires, d'annoncer que son client est prêt à partir ailleurs.

Seulement ce cadavre auquel il doit donner les derniers sacrements liés à sa charge, un Italien nommé Paolo Bartaldi, un quinquagénaire décédé d'une crise cardiaque dans le train qui l'emmenai à Port-Bou, il ne le sent pas. Une impression. Alors avant que ceux qui doivent le prendre en charge arrive, il fouille dans ses affaires et relève ses empreintes. Il récupère un bouquin en italien signé d'un certain Walter Benjamin. Les deux personnages qui doivent accompagner à sa dernière demeure le macchabée ne l'inspirent pas non plus. Peut-être des policiers ou plutôt des agents secrets italiens. Mais pas des membres de la famille, Gabriel en est persuadé. Puis il demande à l'un de ses collègues, sous le sceau de la confidentialité, d'effectuer des recherches concernant son client dans les fichiers adéquats, empreintes à l'appui.

Mais un autre cadavre l'attend. Gabriel travaille une semaine sur deux, en alternance avec un autre collègue, et ses journées ainsi que ses nuits sont bien chargées. Enfin, cela dépend des circonstances. Et lors de sa semaine de liberté, il peint et s'occupe de son fils Michel, quinze ans, qui aime les études et principalement les maths et les sciences. Quand il n'est pas là son fils a droit à des surgelés, aussi lors de ses moments libres il essaie de s'en occuper en père maternel (si, ça existe des pères qui élèvent seuls leur gamin), même s'ils ne sont pas toujours sur la même longueur d'onde.

Il se renseigne d'abord sur Walter Benjamin, un écrivain philosophe dont il n'a jamais entendu parler. Un ami libraire lui conseille même l'un des livres, Sens unique. L'introduction lui permet d'apprendre que l'Allemand s'est suicidé en septembre 1940, à Port-Bou.

Revenons à notre second cadavre, qui n'a pas bougé et pour cause, et interpelle lui aussi Gabriel. Le père est là mais ne montre apparemment pas de chagrin. Une attitude peu commune. Christophe, décédé soi-disant d'une malformation du cœur, serveur dans un établissement de restauration rapide ce qui n'a aucune relation de cause à effet avec sa mort, avait été naturalisé français à sa majorité, et ne souhaitait pas revenir en Espagne. Pourtant le père veut l'inhumer dans le cimetière de Port-Bou. C'est une jeune fille en larme qui le déclare. Alors, Gabriel décide d'enfreindre les consignes.

Trop de coïncidences pense Gabriel. Le centre du monde n'est plus la gare de Perpignan, malgré ce qu'affirmait Salvador Dali, mais bien Port-Bou. L'Italien, sur lequel Gabriel a obtenu des informations surprenantes, devait se rendre dans ce premier village espagnol, le jeune Christophe doit y être enterré, Walter Benjamin y est décédé, et de plus son fils Michel doit s'y rendre en voyage scolaire, car dans deux jours, le 26 septembre exactement, une cérémonie doit y avoir lieu afin de commémorer la mort du philosophe Allemand.

 

François DARNAUDET : Le dernier Talgo à Port-Bou.

En incrustation, le lecteur peut suivre le parcours et les derniers jours de Walter Benjamin au destin tragique. Mais il reste une inconnue : qu'est devenu son carnet noir sur lequel il venait d'écrire son dernier ouvrage. Un carnet qui ne sera jamais retrouvé.

 

A partir d'un fait-divers tragique, un épisode parmi tant d'autres de la Seconde Guerre, François Darnaudet a construit une intrigue forte, qui ressemble presque à une histoire vraie. Et qui donne les clés d'une disparition, clés vraisemblables jusqu'à preuve du contraire. C'eut été trop simple si l'auteur s'était arrêté à une simple enquête, non autorisée, de la part d'un Ange de la mort.

Une course poursuite s'engage, avec effets visuels garantis, entre Perpignan et Port-Bou, en passant par Collioure, Banyuls, plus quelques chemins détournés et des tunnels en voie de garage. Avec un final quelque peu apocalyptique que François Darnaudet a dû remanier entre la fin de l'écriture et la parution du roman à cause d'un événement tragique, réel celui-ci, qui s'est déroulé entre temps.

 

Un court roman qui démontre que point n'est besoin de noircir des pavés de cinq cents pages et plus pour que le lecteur en ait pour son argent.

François DARNAUDET : Le dernier Talgo à Port-Bou. Collection Les Polars Catalans. Editions Mare Nostrum. Parution le 5 septembre 2005. 130 pages. 10,00€.

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 08:01
Donald GOINES : Truands and Co

Excuse-moi partenaire de t'interrompre ainsi...

Donald GOINES : Truands and Co

Trop empressée, trop soucieuse de faire plaisir à ses parents, la petite Tina dans un geste incontrôlé renverse sur le tapis la dernière dose de dope que s'apprêtait à s'injecter son père.

Celui-ci, furieux, tabasse la gamine jusqu'à ce que mort s'ensuive. Une délivrance pour la gamine qui ne connaîtra plus jamais la faim, les volées de coup et un amour maternel apparenté à de la haine.

Billy Good et Jackie, deux truands surnommés Laurel et Hardy par les inspecteurs de la crime et à la recherche d'un peu d'argent, trouvent auprès du couple de camés le cadavre de la fillette. Froidement ils abattent les parents et repartent comme si de rien n'était.

Benson, un inspecteur Noir qui enquête sur le double crime, est pris à partie par un policier raciste qui croit tenir au bout de son flingue un simple quidam venu se rincer les yeux.

Billy et Jackie ayant besoin d'armes nouvelles proposent leurs services à Kenyatta, le rebelle Noir qui rêve de purger la ville de deux engeances qu'il abhorre : les flics et les dealers. Ce renfort inopiné arrange Kenyatta qui ne manque pas d'idées mais d'hommes de main à la hauteur.

 

Truand, drogué et Noir, Donald Goines, tué par balles en 1974 par un inconnu, a écrit ses romans comme des réquisitoires envers ses frères de couleur qui vivent en marge de la Loi.

Ses livres sont une sorte de rédemption, un acte de contrition dans lesquels il dénonce ce par quoi il a péché. Il s'insurge contre le racisme, l'imbécillité des hommes et la trahison avec encore plus de violence que ne le faisait en son temps Chester Himes, précurseur dans la description réaliste de la condition des Noirs.

 

Donald GOINES : Truands and Co (Crime Partners - 1974. Traduction de Olivier Vovelle). Série Noire N° 2336. Parution janvier 1995. 176 pages. 6,05€.

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 13:11

Vaut bien la couronne d'Angleterre...

Henri VERNES : La couronne de Golconde.

Sur le Gange, un paquebot de croisière qui vogue vers l'Inde, une partie de poker fait rage.

Bob Morane ayant répondu favorablement au défi provocateur d'Hubert Jason, qu'une chance insolente vient semble-t-il de déserter, Bob Morane engrange devant lui les billets. Mais Morane n'est pas attiré par l'appât du gain et quand il le faut sait se montrer gentleman.

Parmi les spectateurs de cette partie acharnée, Sarajini Savadra, une jeune Eurasienne qui rejoint son pays d'origine en vue de récupérer son héritage. Un héritage fabuleux qui lui permettrait d'affirmer son métissage.

Mais sur les pas de Bob Morane et de la jeune fille se dresse l'ombre inquiétante de Monsieur Ming.

 

Ecrit et publié en 1959, La couronne de Golconde est le premier roman dans lequel apparait Monsieur Ming, personnage légendaire dont les démêlés avec l'Aventurier constitueront une saga composée de quarante romans et quatre nouvelle, le Cycle de l'Ombre Jaune.

La couronne de Golconde voit donc l'apparition de cette fameuse et maléfique Ombre Jaune, personnage malfaisant qui fit rêver, pour ne pas dire fantasmer, toute une génération d'adolescents. Qui ne s'est alors pas identifié à Bob Morane, le preux chevalier des temps modernes ?

 

C'est avec un plaisir non feint ni dissimulé que j'ai relu cette aventure dans l'édition Fleuve Noir, aventure qui n'a aucunement perdu de sa saveur exotique et qui tranche avec les manifestations de violence outrancière proposées actuellement aux jeunes avec certains récits, films, séries télévisées et jeux vidéo. Car il ne faut pas se leurrer, malgré les interdictions signifiées par les diffuseurs, personne n'est là pour les empêcher de visionner ou jouer.

La part de rêve empiète sur la réalité et pour moi qui n'ai plus vingt ans depuis longtemps, cela se traduit comme une bouffée de fraîcheur.

Comme il est bon parfois de se retremper dans ce qui enchanta sa jeunesse ! Et les créateurs des Aventuriers de l'Arche perdue et autres Recherches de Diamant du Nil ou autres, n'ont rien inventé, tout juste transposé. Je sais, je suis resté très gamin, mais est-ce répréhensible ?

 

Première édition Marabout Junior N°33, 1959.
Première édition Marabout Junior N°33, 1959.

Première édition Marabout Junior N°33, 1959.

Réédition Librairie des Champs Elysées en 1978

Réédition Librairie des Champs Elysées en 1978

Claude Lefrancq éditeurs en 1999.

Claude Lefrancq éditeurs en 1999.

Curiosité :

Depuis quelque temps Bob Morane connait de nouvelles aventures chez Ananké grâce à la plume féconde de Brice Tarvel.

Henri VERNES : La couronne de Golconde. Collection Aventures. Bob Morane N°24. Editions Fleuve Noir. Parution janvier 1990. 192 pages.

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 07:34
Joseph BIALOT : Route Story.

Hommage à Joseph Bialot né le 10 août 1923

Joseph BIALOT : Route Story.

Ecrire des histoires susceptibles d’intéresser le lecteur, de le tenir en haleine, c’est comme qui dirait la règle de base du romancier.

Mais les auteurs veulent que le lecteur en ait pour son argent, alors ils s’imposent (comme s’ils ne l’étaient pas déjà assez par le trésor pudique et impudique) des contraintes d’écriture.

Ainsi Joseph Bialot dans Route Story, non seulement se met dans la peau de différents personnages, dont celui d’un gamin de treize ans, narrant leur aventure en alternance et afin de rendre le récit le plus vivant possible, il emploie à chaque fois la première personne. Or se muer à chaque fois en protagoniste différent, respecter la sensibilité de chacun, se grimer psychologiquement, mentalement, ce n’est pas toujours évident.

Michel est fils de routier. Etait, car son père est mort. Et il voudrait déposer une rose à l’endroit s’est tué. Mais à treize ans, si le courage, la volonté, ne manquent pas, les fonds ne suivent pas.

Alors Michel n’a qu’un moyen pour rallier l’endroit fatidique : devenir un passager clandestin. Surtout ne pas se faire prendre, voyager au hasard des bonnes fortunes, et essayer d’appliquer le théorème géométrique stipulant que le plus court chemin d’un point à un autre est la ligne droite. Pour Michel, ce serait plutôt la ligne brisée.

 

Des romans comme celui de Joseph Bialot, on en redemande et on ne voit pas le temps passer.

- Pour un marin qui remporte la course, entrer dans le port, c’est un instant important. C’est comme, comme...
- Comme s’apprêter à faire l’amour ? A une femme longtemps désirée ?
- Tout à fait ! Ma parole, vous avez déjà navigué ?
- Non, mais j’ai déjà fait l’amour.

C’est beau, c’est poétique, c’est tellement vrai que ça sent le vécu.

Réédition Folio Policier N°439. Parution novembre 2006. 256 pages. 7,40€.

Réédition Folio Policier N°439. Parution novembre 2006. 256 pages. 7,40€.

Joseph BIALOT : Route Story. Série Noire N° 2503. Parution juin 1998. 246 pages.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 13:37

Bob Morane contre tout chacal

L'aventurier contre tout guerrier...

Henri VERNES : Mémoires.

Dans sa préface, le fin lettré qu'est Jean-Baptiste Baronian se réfère à la troisième des vingt-et une-dictées de Simenon, parue en 1976, et cite plus particulièrement cette phrase :

Au fond, les mémoires sont de faux portraits de soi tels qu'on veut les laisser à la postérité.

Et ces mémoires, écrites par Charles-Henri Dewisme, plus connu sous l'alias d'Henri Vernes, procurent à la fois un vif plaisir à découvrir la vie mouvementée du créateur de Bob Morane mais en même temps un sentiment de frustration, car il y manque la denrée essentielle : comment est né ce personnage qui défie le temps.

 

En effet une grande partie de l'ouvrage est consacrée à la jeunesse chaotique du jeune Charles-Henri. Il est élevé par ses grands-parents, sa mère ne pouvant s'occuper de lui, obligée de travailler. Ses parents ont divorcé très tôt et le jeune Henri (appelons-le ainsi car c'est sous ce prénom qu'il est le plus connu) se souvient surtout de ses grands-parents, de son oncle Nestor et sa tante Léontine, et de la petite chienne Dinah. Il nait à Ath, surnommée la Cité des Géants à cause de la Ducasse, sa mère s'étant réfugiée pour accoucher chez sa sœur Léontine, guerre oblige. Puis ils regagneront Tournai. De sa prime enfance, comme pour tout un chacun, le jeune Henri ne garde que quelques images, souvent renforcées par ce que sa famille lui a raconté. Toutefois un de ses souvenirs marquants est relatif à la réflexion du docteur de la famille.

Cela fait deux fois que je vois cet enfant boire en mangeant. Cela l'empêchera de digérer !

Né le 16 octobre 1918, Charles-Henri Dewisme aura bientôt cent ans. Et il se porte bien. Encore un préjugé de la médecine rétrograde...

 

Ce dont il se souvient le plus, c'est de son premier amour. Yvonne. Cinq ans comme lui. Et des femmes Henri en connaitra beaucoup. Celle qui le déniaisera, alors qu'il n'a que treize ans, ce sera Adèle, une amie de sa mère, âgée de trente trois ans et veuve très tôt. Et tout en fréquentant Adèle, il va au collège, chez les Jésuites, lui qui ne pratique pas la religion. Et bien entendu entre les pères et lui, ce n'est pas toujours l'entente cordiale. Il s'initie à la boxe, sa carrure imposante le prédestinant à un art martial, pensez donc, à quinze ans il mesure 1,80m pour 70 kilos ! Tout ceci ne l'empêche pas de lire. Dès son plus jeune âge, il engloutit les œuvres des auteurs de romans populaires, avec voracité (voir citation en bas d'article).

Après Adèle il y a eu d'autres, mais madame Lou comptera beaucoup dans sa vie. Nous sommes en 1937, il a dix-neuf ans et il n'hésite pas à tout quitter pour la rejoindre à Shanghai. Il embarque à Marseille à bord du Rousselle, muni de faux papiers, effectuant un long péripleShangaï, Canton, Hong-Kong, et au bout de trois mois il rentre au bercail. Madame Lou donnera peut-être naissance au personnage de Miss Ylang-Ylang.

Puis c'est la guerre. Il se marie en 1938 avec Gilberte, la fille d'un diamantaire anversois chez qui il travaille, mais divorce en 1941. Et entre dans un service de renseignements de la Résistance, recueillant et transmettant des informations à l'attention et l'intention des résistants basés à Londres. Et en 1943, alors qu'il fréquente les milieux littéraires, il fait la connaissance de Jean Ray, qu'il a lu tout jeune. Plus tard il le retrouvera, l'imposera chez Marabout et fréquentera également Michel de Ghelderode.

Il commence à écrire, son premier roman, La porte ouverte, parait en février 1944. D'autres suivront, et après un séjour de trois ans à Paris où il est correspondant pour une agence américaine et des journaux lillois, il revient en Belgique en 1949. Il collabore à des magazines jeunesse, dont Tintin, Mickey Magazine, Héroïc Jeunesse, et en juin 1953 il rencontre Jean-Jacques Schellens, le directeur des éditions Gérard et C° qui désire créer une collection de romans d'aventures pour la jeunesse. C'est le début de Marabout Junior et Les conquérants de l'Everest, numéro 10 de la collection signé Henri Vernes, sera le premier d'une longue série, plébiscité par les jeunes lecteurs.

Henri VERNES : Mémoires.

Henri Vernes voyage beaucoup, notamment dans les années 50 en Amérique Latine, ce qui lui permet d'engranger de la documentation géographique. Et il écrit, publiant sous divers pseudonymes, variant les genres tout en restant fidèle à Bob Morane.

Henri Vernes n'est guère tendre dans ses Mémoires envers ses confrères de Marabout Junior, et pourtant cette collection publia les premiers romans signés Pierre Pelot avec sa série des Dylan Stark. Il affirme avoir porté cette collection à bout de bras, ses romans s'arrachant comme des petits pains. Mais connaît également la désillusion lorsqu'il s'aperçoit que son éditeur, André Gérard, le fondateur de la maison d'édition et imprimeur à Verviers, ne déclare pas la totalité des ouvrages imprimés. Une arnaque et il n'est pas vain de penser que le chiffre annoncé des ventes des aventures de Bob Morane est en dessous de la réalité.

 

Autre auteur qu'il démolit avec verve : Hergé.

Un autre élément caractéristique de l'atmosphère régnant à ce tournant de l'histoire, est celui d'Hergé, l'auteur de Tintin. Reconnu collaborateur, inspiré par l'abbé Wallez, fasciste notoire, ami de Degrelle et de Jamin, complices actifs du nazisme, antisémite avéré, Hergé fut blanchi, en dépit de plusieurs arrestations motivées, grâce à l'intervention de résistants qui avaient besoin de lui pour des raisons commerciales. On fit de lui un génie, alors qu'il n'était qu'un dessinateur moyen dont l'humour, souvent, ne dépassait pas, en s'en inspirant, le Brigadier vous avez raison.

 

Intéressant mais frustrant, cet ouvrage n'aborde pas par exemple comment est né Bob Morane. A la demande de Jean-Jacques Schellens, on l'a vu, mais quel fut le déclencheur, comment et quand écrivait-il, prenait-il des notes, c'est tout un pan de sa biographie qui est occultée. D'ailleurs il est fort peu disert sur tout ce qui touche à la rédaction de ses romans, que ce soit pour les Bob Morane, que sous les pseudos de Jacques Colombo pour la série DON au Fleuve Noir, Jacques Seyr pour Marabout Junior, et quelques autres. Il s'étend plus largement sur ses conquêtes féminines et sur son activité durant la guerre, sur ses prises de position politiques dénonçant particulièrement les antisémites et les collaborateurs du régime nazi.

Henri VERNES : Mémoires.

Et moi je lisais... Je lisais encore... Je lisais toujours... J'en étais encore à Louis Boussenard, à Alexandre Dumas, à Paul d'Ivoi, à Arnould Galopin... J'aurais dû y rester. Quoiqu'on en pense la littérature dite populaire est plus près de la réalité que l'autre littérature, baptisée pompeusement grande littérature et qui n'est qu'une sophistication de la vie, la mise en boite des sentiments.

Pour en savoir plus sur son œuvre, il vaut mieux se pencher sur quelques ouvrages dont :

 

Stéphane Caulwaerts et Yann : Henri Vernes : à propos de 50 ans d'aventures. Les Éditions À Propos. 2003.

Jacques Dieu : Bob Morane et Henri Vernes. Glénat, 1990.

Daniel Fano : Henri Vernes & Bob Morane, une double vie d'aventures. éditions Le Castor Astral. coll. Escale des lettres. 2007.

Bernard Marle : Bob Morane et Henri Vernes : un double phénomène. IDE. 1995.

Francis Valéry : Bob Morane. Éditions... Car rien n'a d'importance, 1994.

Rémy Gallart & Francis Saint-Martin : Bob Morane, profession aventurier. Editions Encrage. 2007

 

Henri VERNES : Mémoires.

Henri VERNES : Mémoires. Editions Jourdan. Parution 14 janvier 2012. 496 pages. 22,90€.

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 08:59
Thierry JONQUET : La vie de ma mère !

Hommage à Thierry Jonquet, décédé le 9 août 2009.

Thierry JONQUET : La vie de ma mère !

Quand on a douze ans, qu'on habite près des Buttes Chaumont, qu'on va à l'école parce que c'est obligatoire et qu'on a une mère qui pointe à l'ANPE, la vie n'est pas si désespérée.

Du moins c'est ce que pense le garçon, narrateur de cette histoire. Même s'il n'est pas en sixième mais se retrouve dans une classe de SES, section d'éducation spécialisée, au moins c'est avec ses copains, les beurs, qu’il fait les quatre cents coups.

Car notre jeune héros n'est pas raciste, c'est pas comme les autres élèves qui leur battent froid, à lui et ses copains, Mouloud, Farid ou Kaou, le Noir. Il ne voit pas de différence, quoique, avec monsieur Belaiche, le principal qu'est Juif, ce ne soit pas les grandes amours.

Mademoiselle Dambre, la nouvelle maîtresse a bien du mal à s'affirmer dans cette ambiance dissipée et turbulente. Nathalie sa sœur, shampouineuse chez les Chinois du 13éme et Cédric, son grand frère, apprenti-garagiste, désertent l'appartement familial; sa mère trouve une place de standardiste de nuit à l'hôpital Lariboisière; alors il occupe ses temps libres, et ils sont nombreux, à se promener dans la capitale. A se promener mais aussi à mener une vie secrète.

Pourquoi aide-t-il Djamel et ses potes à échapper aux vigiles dans le métro alors qu'ils dévalisent une jeune femme, il ne le sait pas vraiment. Par solidarité de futur marginal peut-être. Tant et si bien que de fil en aiguille le voilà enrôlé et qu'il devient l'élément indispensable des vols d'autoradio dans les parkings avec promotion dans la confrérie à la clé. Clarisse qui l'a traité de gogol, il veut s'en venger mais ce qu'il ne sait pas c'est que l'amour est un sentiment qui frappe au cœur sans prévenir.

 

Empruntant le langage moderne et branché, verlan et Cie, des jeunes, Thierry Jonquet nous entraîne dans une histoire narrée par un enfant pour des adultes. Il ne tombe pas dans la mièvrerie, mais sait jouer avec les sentiments, les révoltes, les incompréhensions, les questions, la naïveté de ces jeunes qui se sentent exclus malgré eux dans un système qui favorise l'éclosion des forts, des nantis, des intellectuels et qui rejette les faibles ou les incite à se démarquer d'une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas puisqu'ils ne sont pas issus d'elle.

Thierry Jonquet se renouvelle dans chacun de ses romans mais il reste une constante dans son œuvre : ses préférences vont aux pauvres, aux déshérités, aux marginaux, aux humbles de corps et d'esprit, et il les transmute en héros malgré eux.

Réédition Folio N°3585. Novembre 2001. 160 pages. 3,00€.

Réédition Folio N°3585. Novembre 2001. 160 pages. 3,00€.

Réédition Folio Classique Plus N°106. Août 2007. Complété par un dossier réalisé par Magali Wiener-Chevalier. Lecture d'image par Olivier Tomasini. 176 pages. 4,60€

Réédition Folio Classique Plus N°106. Août 2007. Complété par un dossier réalisé par Magali Wiener-Chevalier. Lecture d'image par Olivier Tomasini. 176 pages. 4,60€

Thierry JONQUET : La vie de ma mère ! Série Noire N°2364. Parution novembre 1994. 144 pages.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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