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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 08:21
Michèle Rozenfarb : L’homme encerclé.

... Ne tourne pas rond !

Michèle Rozenfarb : L’homme encerclé.

Jean Raizaud est comptable dans une étude notariale et tout irait pour le mieux s’il n’était dérangé dans ses petites habitudes par une requête exigée par sa mère : il doit veiller de nuit son père gravement malade.

Or ça, il l’accepte mal, car ses petites habitudes vont être bousculées. Le voilà déstabilisé dans l’ordonnancement de ses journées où tout est minuté, programmé. Rien n’est laissé au hasard, pas même le temps consacré à sa toilette, à la rédaction de ses mémoires, pour ne citer que quelques exemples.

Donc Jean et Frédéric, son frère qui exerce le métier de proctologue, doivent se relayer au chevet de leur père. Jean doit aussi lui injecter une dose d’insuline, lui qui a en horreur le moindre contact corporel. Frédéric lui montre comment piquer le patient, événement fatal puisque le père décède. Une erreur de manipulation ?

Jean est soupçonné par les policiers d’avoir perpétré un crime mais il s’en défend, fournissant au juge d’instruction ses carnets dans lesquels il consigne ses moindres faits de la journée. Seulement il tombe dans un engrenage. Son voisin qui se moque de lui est écrasé par un autobus alors que Jean souhaitait sa disparition. Puis un collègue dont l’attitude le choque.

 

C’est au moyen de la lecture des cahiers dans lesquels Jean se livre que le lecteur assiste à une montée savante de la description de la paranoïa du “ héros ” puis de l’engrenage dans lequel il se trouve entraîné.

Pas malgré lui mais bien parce que son esprit, sa façon de se conduire, de réagir, de penser l’amène à répercuter ainsi les aléas des petits faits qui se produisent dans la vie courante.

Un exercice de style dans lequel l’auteur déploie une verve, une préciosité dans le verbiage de son personnage et dans lequel le lecteur se prend immanquablement au jeu, précédent parfois les réflexions. Mais la chute est superbe quoique logique.

Toutefois je pense que ce grand garçon, qui pour la première fois a été brimé, humilié à l’âge de quinze ans, se faisant traité de “ pédé ” par sa parentèle masculine, aurait pu éclater de sa coquille avant ces évènements.

Certes la mort du père y est pour beaucoup, mais il faut si peu de choses parfois, un trop plein d’humiliations, de vexations, pour que la révolte gronde et que la crue emporte tout sur son passage. J’ai oublié de dire aussi qu’il est en proie à des cauchemars, nocturnes cela va de soi mais il faut quand même préciser, et que ses rapports de voisinages sont de ce fait entachés d’affronts verbaux qu’il n’assimile pas forcément à leur juste mesure. Le syndrome de la mère joue aussi pour beaucoup dans ce roman qui fait sourire par la naïveté du personnage mais laisse des traces car il s’agit bien d’un problème relationnel.

Michèle Rozenfarb : L’homme encerclé. Série Noire n° 2690. Parution septembre 2003. 160 pages. 7,10€.

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 13:11

Hommage à Ellis Peters née le 28 septembre 1913.

Ellis PETERS : Trafic de reliques

Les romans policiers historiques nous offrent une bouffée d'air pur et vivifiant, remontant le temps, alors que nous sommes tranquillement installés dans un fauteuil accueillant.

Par exemple projetons-nous quelques siècles en arrière et atterrissons au Pays de Galles en pleine période médiévale.

 

Les jardins de l'abbaye de Shrewsbury sont le domaine exclusif de frère Cadfael et il se plait tant à soigner ses plantes que toutes ses pensées sont tournées vers la naissance, la croissance et la fertilité de ses protégées. L'idée de devoir rentrer pour la messe et le chapitre qui suit l'ennuie un peu, regrettant le temps volé à ses légumes. Mais il faut bien s'acquitter de ses obligations, n'est-ce pas ?

Aussi profite t'il de ces quelques moments de répits pour s'évader et dormir un peu. Non, je me trompe, il ne se repose pas, il médite.

Pourtant ce jour là, le chapitre est quelque peu mouvementé par les révélations de frère Colombanus. Celui-ci aurait eu une apparition ! Une vierge martyre, Sainte Winifred, recherche une abbaye comme dépositaire de ses saints ossements, ce qui arrange bien le prieur de Shrewsbury qui aimerait posséder des reliques afin de relever l'honorabilité, la notoriété de son abbaye et attirer des fidèles.

Une délégation de six moines, dont frère Colombanus et frère Cadfael, se met en route pour le Pays de Galles. Les tractations avec le seigneur du village où repose Sainte Winifred sont ardues, celui-ci ne désirant pas se défaire de la dépouille de sa sainte. Mal lui en prend car le hobereau est découvert assassiné.

Les soupçons se portent sur le soupirant de sa fille Sioned, pensez-donc, c'est un étranger ! Mais frère Cadfael, en bon Sherlock Holmes avant la lettre qu'il est, va enquêter et démasquer le coupable.

 

Dame Ellis Peters, célèbre Outre-manche, commençait enfin à se faire connaitre en France à la fin des années 1980 et ce n'était que justice.

Dans la même collection nous avons pu lire Un cadavre de trop, roman dans lequel nous faisions la connaissance de Frère Cadfael, ex-croisé, ex-homme d'armes reconverti comme moine.

Trafic de reliques est nettement supérieur et possède une fraîcheur, une vivacité, un humour qui savent séduire même les plus irréductibles ennemis du roman policier et ne laissera pas indifférent les athées et agnostiques.

 

Réédition mars 2001. 240 pages. 7,10€.

Réédition mars 2001. 240 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : Trafic de reliques (A morbid taste for bones - 1977.. Traduction de Nicolas Gille). Collection Grands Détectives. Editions 10/18. N°1964. Première parution 1989.

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 08:00
Jon A. JACKSON : Grootka.

Lorsque des épaves automobiles servent de

cercueil...

Jon A. JACKSON : Grootka.

Flic à la retraite, Grootka accompagne un de ses anciens collègues affecté à l'enlèvement des épaves automobiles.

Dans le coffre d'une voiture il découvre un cadavre et prévient l'inspecteur Mulheisen. Il s'agit de Meldrim, un indicateur surnommé Books qui a longtemps travaillé pour Grootka. Une vieille affaire, non élucidée, le dossier Gallagher, remonte à la surface.

Une jeune fille, trente ans auparavant, a été assassinée et son meurtrier jamais arrêté. C'est la thèse officielle. Mais Grootka avoue à Mulheisen qu'il avait découvert l'identité de l'assassin en compagnie de Books et qu'il pourrait s'agir d'une vengeance. En effet Grootka pensait avoir tué le violeur meurtrier en compagnie de Books, mais il se pourrait que le criminel, un môme du nom de Galerd, ait échappé au policier.

Wettling, le bras droit de Disbro, le directeur d'une banque de Détroit, s'aperçoit que son patron falsifie certains comptes afin d'empocher l'argent. Afin de prévenir l'intervention d'une des clientes, Helga Jorgensen, amie de Disbro, il la tue maquillant son crime en agression sexuelle. C'est un spécialiste de la micro informatique ayant composé un programme dont la code d'accès est Galerd.

Un article de journal annonçant que Mulheisen est chargé de l'affaire attise la colère de Wettling. Un clochard apprend au policier que Books possédait plusieurs endroits où loger. Il visite l'une des maisons et retrouve Grootka sur place. Des traces de sang et de balles leur font supposer que Books y a été assassiné avant d'être déposé dans le coffre de la voiture.

Par une prostituée Mul apprend qu'un homme recherchait Books. Elle l'a branché sur une de ses copines, Honey, et fournit un semblant de signalement. Elle a donné les mêmes renseignements à Grootka. Selon le médecin légiste, Books était moins âgé qu'il n'y paraissait et est mort d'une cirrhose du foie. Les balles destinées à le tuer ont été tirées quelques heures après. Mul accompagne Dagny, la fille adoptive d'Helga, à la banque où elle doit rencontrer Disbro. Ils apprennent que le compte bancaire de la défunte est réduit à peau de chagrin. Wettling assiste à l'entretien.

Mul entreprend des recherches sur le passé de Disbro et George Wettling. Wettling, un caractériel, persuade son patron d'utiliser ses relations afin que l'enquête soit retirée à Mulheisen. Grootka après avoir passé la nuit avec Honey, est assailli par un homme alors qu'il sort de l'immeuble. Il le poursuit mais perd sa trace, rapidement essoufflé et le cœur près d'exploser. Il reconnait en son agresseur Galerd. Honey avoue qu'elle l'a balancé à un nommé George dont elle possède le numéro de téléphone.

 

Entre les nombreuses considérations sur la vie privée de Mulheisen qui fricote avec la substitut du procureur, ses démêlés avec son supérieur, les souvenirs de Grootka et la bataille dite Conspiration de Pontiac mettant aux prises Britanniques et Indiens sur l'emplacement aujourd'hui de Détroit, l'histoire se tisse agréablement mais sans surprise. Le personnage de Wettling est toutefois un peu trop caricaturé pour être crédible.

 

Jon A. JACKSON : Grootka. (Grootka - 1993. Traduction de Mona de Pracontal). Série Noire N°2408. Parution janvier 1996. 352 pages. 9,60€.

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 13:39

Un Dard qui pique toujours...

Frédéric DARD : Toi qui vivais.

Pour une fois, événement assez rare pour être souligné, si Bernard Sommet rend visite à Stéphan dans sa grande propriété en banlieue parisienne, ce n'est pas pour lui emprunter de l'argent.

Bernard, Bernie dans les bons jours, est entrepreneur en bâtiment, et il doit déjà huit briques, pardon huit millions de francs* à son ami. Quoique, à bien y penser, ce n'est pas vraiment son ami, mais l'argent crée parfois des liens qu'il défait aussitôt. Stéphan aimerait pouvoir récupérer ce qu'il a prêté, augmenté des intérêts bien entendu, et il offre même à Bernard de s'expatrier en Afrique, où il possède des mines de manganèse, et celui-ci pourrait se renflouer en construisant des bâtiments, des routes, n'importe quoi pourvu qu'il éponge ses dettes.

Bernard le détrompe rapidement, il a des projets, des appels d'offre qui devraient se concrétiser rapidement, il pense même le rembourser rapidement. Non, il a une main handicapée, pour preuve le pansement qu'il arbore, et il voudrait que Stéphan rédige une lettre à une jeune femme à sa place, sans préciser toutefois de prénoms, ni celui de la destinataire et bien entendu de l'expéditeur. Stéphan accède volontiers à la demande de Bernard, le charriant quelque peu sur une supposée liaison.

Bernard, muni de cette précieuse lettre a toutes les pièces en main pour mettre son projet à exécution. Il feint partir en déplacement à Angers où il doit signer un marché public à la préfecture, s'étant auparavant muni de son revolver, puis téléphone à Stéphane lui demandant de passer le voir muni des reconnaissances de dette, provoque un accident de voiture dont il se sort indemne près d'Etampes, et après avoir prévenu la préfecture d'Angers, rentre chez lui en train et abat sa femme Andrée et Stéphan qui sont tout étonnés de le voir surgir. Il organise une mise en scène, insérant dans un tiroir la lettre compromettante soi-disant destinée à sa femme, se débarrasse des reçus dans les toilettes avant l'arrivée des policiers.

Bien entendu il affirme aux policiers puis au juge avoir surpris les amants en pleins ébats, et dans un moment d'emportement les avoir tué. Une avocate est commise d'office et Bernard pense s'en sortir à bon compte, le mari cocu s'attirant en général la compassion du tribunal. Seulement le juge ne mord pas à l'hameçon, persuadé que Bernard a tout manigancé. Quant à l'avocate, petite souris grise démodée et naïve dont c'est la première véritable affaire d'importance dont elle est chargée, elle s'apitoie sur le sort de Bernard. Celui-ci n'est pas tiré d'affaire, loin de là mais il pense compter sur Sylvie, sa commise d'office qu'il enjôle.

 

Peu de personnages dans ce roman intimiste de Frédéric Dard qui date de 1958. Presque comme un vaudeville qui tourne au drame. Et parfois le lecteur peut, s'il oblitère le titre et le nom de l'auteur, penser qu'il lit un roman de Simenon. Une histoire resserrée qui en moins de deux cents pages montre un homme qui imagine un scénario où il a tout prévu, ou presque, au sein d'un trio Femme - Mari, et faux Amant puis la confrontation dans un nouveau trio Coupable avéré mais se défendant âprement, Juge fauché mais au raisonnement infaillible et une Jeune Avocate pas très sûre d'elle mais amoureuse et qui va apprendre rapidement. Le genre de romans dont devraient s'inspirer nos auteurs actuels qui délayent trop, perdant de vue que l'efficacité ne s'élabore pas dans des ouvrages à rallonge.

Ecrit à la première personne, Bernard étant le narrateur, Toi qui vivais met en scène un homme qui s'est fait tout seul, mais criblé de dettes, et rongé de jalousie vis à vis de Stéphan qui est riche et plus jeune. Son idée de se séparer définitivement de sa femme et de Stéphan par la même occasion lui est venue lors d'un accident sans gravité alors qu'il était en voiture avec Andrée. Il s'est rendu compte alors qu'il n'aimait plus son épouse, voire qu'elle était un fardeau.

C'est un homme issu de la terre, et même s'il est devenu un entrepreneur, il garde profondément ancrées en lui ses racines paysannes. Tout le ramène à cette terre nourricière, mais comme dit la chanson, écrite bien après, on dirait que ça te gêne de marcher dans la boue, tout en se référant constamment à cette origine qui le guide. C'est un être retors, mais il trouvera plus futé que lui.

 

*année 1958, je précise. A titre de comparaison, un roman de la collection Spécial Police du Fleuve Noir valait à l'époque 250F.

Première édition Spécial Police N°178. Editions Fleuve Noir. Parution 1958.

Première édition Spécial Police N°178. Editions Fleuve Noir. Parution 1958.

Nombreuses rééditions dont Presses Pocket Mars 1967.

Nombreuses rééditions dont Presses Pocket Mars 1967.

Frédéric DARD : Toi qui vivais. Collection Noir. Editions Pocket. Parution le 23 septembre 2015. 192 pages. 6,30€.

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 11:26
Julius A. LION : Les truands du temple.

Pris la main dans le tronc !

Julius A. LION : Les truands du temple.

Les vacances à Lourdes de l'inspecteur Boulle sont perturbées par une série d'actes de vandalisme.

Des magasins d'objets religieux, appartenant l'un à Lefranc, d'origine juive, l'autre à un catholique du nom de Le Garrec, sont pillés, dévastés. Deux routards, installés dans la ville depuis un an, sont retrouvés morts une balle dans la tête. Lefranc et sa famille sont également abattus et un tube plastique empli de cocaïne est retrouvé parmi ses affaires. La fille de Mme Cazes a la désagréable surprise de trouver dans une malle envoyée par sa mère et qui devait contenir ses affaires un cadavre. Lequel n'est autre que François Heidman, un trafiquant de drogue notoire fiché dans de nombreux pays dont les Etats-Unis, mort d'une crise cardiaque.

Soupçonnée, Mme Cazes s'avère une forte femme, adhérente d'une association de joyeux farceurs, les Patatrucs, et tient tête à la juge d'instruction, Sylvaine Sollier, surnommée SOS. Incarcérée, elle simule une tentative de suicide et est emmenée à l'hosto où Boule exerce une surveillance, au cas où.

Bien lui en prend car une femme, déguisée en nonne, essaye de la trucider. Grâce aux empreintes digitales, l'identité de la fausse bonne sœur est établie. Il s'agit d'une terroriste du nom de Faustine, militante du groupe Aurore 17. Brahim Fadil, le logeur des deux routards, après s'être évaporé dans la nature, réapparaît plein aux as. Il est suivi ainsi que son ami Tony Brasencroix, un autre clodo, par Boule aidé de Sélina, secrétaire du commissaire local, et de ses adjointes préférées, Justine, Antonine et Amélie.

C'est ainsi qu'ils repèrent d'autres membres du groupe Aurore 17. Un Allemand du nom de Dieter Schinke et Manfredini, un Italien, bien connus pour leur passé de terroristes. Mme Cazes doit réceptionner des gamins en provenance d'Amérique du Sud et Boule l'accompagne sur le terrain d'aviation. C'est ainsi qu'il apprend que Le Garrec importe de la cire végétale pour la fabrication de ses bougies, produit dont était imprégné les routards trucidés.

Le déplacement de Boule n'était pas fortuit, c'est ce que lui confirme son supérieur hiérarchique, Pougeroux. Mais cela embête pas mal de monde, à commencer par un édile haut placé.

 

Encore une histoire de drogue, mais si bien agencée et tellement bourrée d'humour que l'intérêt ne réside non plus dans le fond mais dans la forme. Les scènes cocasses et les dialogues à l'emporte-pièce produisent toujours un effet de jubilation, même à la relecture. Boulle s'avère un impénitent coureur de jupons et son trio de charme ne lui suffit plus. Il prodigue ses bienfaits à la juge et à Sélina, ce qui permet aux deux femmes de retrouver un équilibre psychique qu'elles avaient perdu suite à des ennuis professionnels ou familiaux . Pourtant physiquement il n'a rien d'un Don Juan, et ressemblerait plus à Maigret qu'à San Antonio. Moralement ce serait plutôt le contraire.

 

Curiosités : Lourdes, ville pieuse, ne devrait pas avoir les faveurs des truands, sauf ceux qui profitent de la crédulité des catholiques.

Pourtant elle sert de toile de fond à quelques romans dont celui-ci et à L'OPA de quatre sous de Michel Lebrun, un roman à redécouvrir.

Boulle est activement aidé par un capitaine de gendarmerie, ce qui prouve que la guerre des polices n'est issue que de l'imagination des auteurs de romans policiers.

 

On lui a expliqué qu'on vise mieux en fermant un œil. Alors elle ferme les deux pour doubler les chances.

Julius A. LION : Les truands du temple. Série Noire N°2094. Parution mai 1987. 288 pages. 6,05€.

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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 10:15
Pierre-Alain MESPLEDE : Les trottoirs de Belgrano.

Il n'est jamais trottoir pour bien faire...

Pierre-Alain MESPLEDE : Les trottoirs de Belgrano.

Quoi que puissent-en penser ses détracteurs, mais en existe-t-il vraiment, le tango n'est pas une danse morte. Les aficionados se donnent rendez-vous dans des salles où ils peuvent sacrifier à satiété à leur loisir favori et écouter de vieilles rengaines dont Carlos Gardel fut le chantre. Le tango qui est pour les Argentins ce que le blues est pour les Noirs des Etats-Unis.

Maurice le narrateur aime à se retremper de temps à autre dans cette ambiance même si ses dons chorégraphiques en la matière demeurent à l'état larvaire. Son quartier général, c'est Les trottoirs de Belgrano, cabaret où se produisent chanteurs, musiciens et danseurs.

Et lorsque Hermina est retrouvée morte sur le trottoir ce n'est pas à cause d'un accident provoqué par une figure mal négociée, mais bien par une balle fichée dans son sein gauche. Une publicité gratuite mais tapageuse dont se serait bien passé Hector, le patron de la boîte de nuit et ami de Maurice. Faut croire que les coups durs, ces deux là les collectionnent. Ils découvrent Virulano, le partenaire d'Hermina, la gorge tranchée dans son appartement. Comme il travaille au ministère de l'Intérieur, et plus spécialement au service des cartes de séjour, Maurice peut accompagner le commissaire Lancret dans son enquête, ce dont il ne se prive pas. Il devance même parfois le policier dans la rencontre de témoins supposés avoir quelque chose à dire. Les cadavres s'accumulent, et une sombre histoire de drogue se profile à l'horizon.

 

Encore une histoire de came, penserez-vous. Non. En fait, l'héroïne n'est pas celle qu'on pense. La drogue ne sert que de prétexte à l'auteur pour nous faire découvrir et partager une ambiance, une passion. Nous entrons dans un univers particulier. Pas d'exotisme mais une atmosphère.

Pour qui connaît Pierre-Alain Mesplède, l'homme prolixe a laissé place à un auteur aux phrases courtes, incisives. Comme si deux entités, l'orateur et l'écrivain habitaient la même enveloppe. Et comme dirait l'Argentin, je reprendrais bien un petit Volver. Le lecteur comprendra, à moins que sous l'emprise du whisky il ne tangue haut.

Ce roman a été adapté au Cinéma par Jean-Pierre Mocky en 2005, scénario de Mocky et André Ruellan (Kurt Steiner au Fleuve Noir), musique de Vladimir Cosma, avec dans les rôles principaux : Michel Serrault, Charles Berling, Micheline Presle, Dominique Zardi, sous le titre inspiré (et peu inspiré) des années 50 : Grabuge.

Pierre-Alain MESPLEDE : Les trottoirs de Belgrano. Série Noire N°2393. Parution septembre 1995. 224 pages.

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 12:09

Vaines... Haineuses ?

Jean-Pierre FERRIERE : Vénéneuses.

Il est des pratiques éditoriales qui m'indisposent, qui m'insupportent, qui m'énervent, qui m'exaspèrent, qui m'horripilent, qui me désolent.

En effet rééditer un ouvrage, surtout lorsque celui-ci est très bon, pour ne pas dire excellent, n'est pas rédhibitoire, au contraire. Mais le rééditer en changeant le titre et en omettant de prévenir le lecteur en omettant le copyright, c'est pour le moins trompeur. Mon petit coup de gueule effectué, intéressons-nous à ce roman que je vous conseille, si vous ne l'avez pas déjà lu dans sa première édition.

 

Elle s'y attendait depuis un certain temps mais cela fout un choc quand même. Et quand un matin de janvier brouillardeux, Fanny reçoit un appel téléphonique en provenance de l'Institut-médico-légal lui demandant si elle est madame Giraudet, elle pressent la mort de son compagnon Vincent disparu depuis huit mois environ. Ils vivaient ensemble depuis une douzaine d'années, avaient une fille Lisa, mais ne s'étaient pas mariés, la première et richissime femme de Vincent ayant refusé le divorce.

Concepteur-maquettiste, Vincent avait été viré de sa boite plus de deux ans auparavant à cause d'une addiction à la drogue et l'ambiance à la maison étant plutôt tendue, Fanny l'avait donc viré. Et c'est ainsi qu'il a été retrouvé dans la rue, mort comme un chien abandonné. Fanny vit difficilement financièrement, car elle vient de perdre son emploi de caissière dans un cinéma de quartier.

Lors de l'inhumation, Michèle Giraudet, qui porte encore le nom de son époux, arrive en pleurs et Fanny se demande si c'est du cinéma, afin de montrer à la galerie combien elle était attachée à époux malgré son infidélité. Michèle s'intéresse également à Lisa, ne l'ayant vu que rarement, parfois chez les parents de Vincent qui n'ont accepté Fanny qu'avec réticence et elle lui demande de venir la voir de temps en temps. Lisa est le portrait craché de son père et Michèle déclare que cela permettra de compenser son deuil.

Fanny retrouve aussi dans le cimetière Diane Forestier, secrétaire chez Hyperbole, la boite où travaillait Vincent. Diane est également la maîtresse du patron, mais ce n'est pas ça qui importe, c'est ce qu'elle déclare à mots couverts : Michèle est la responsable de la déchéance de Vincent.

Fanny se rend le lendemain chez Hyperbole et est reçue par Vermorel, le patron de la société, qui lui jure que Michèle n'est pas actionnaire de la boite. Ce qu'infirme Diane lorsqu'elle la retrouve un peu plus tard dans un café. Deux jours plus tard Fanny reçoit une enveloppe contenant des preuves que Michèle possède des parts dans Hyperbole depuis au moins trois ans. Le petit message qui y est joint la trouble : il y aura une suite !

Pendant ce temps, Michèle a pris sa décision. Elle se requinque, alors qu'elle se laissait aller, et commence à préparer son piège envers Fanny. D'abord s'attacher Lisa, à qui elle offre de sortir, d'assister à des spectacles, lui offre des jouets, lui propose de dormir dans une chambre qu'elle a fait spécialement aménager. Cela évidemment ne plait guère à Fanny. Un jour alors qu'elle se renseigne auprès d'une amie caissière de cinéma susceptible de quitter sa place et à laquelle la jeune femme pourrait succéder, Fanny est abordée durant la projection par un individu qui lui fait les yeux doux. Il est beau gosse, gentil, pas trop entreprenant, mais ne cherche pas à la revoir. Du moins en apparence. Car elle le reverra, par hasard. C'est ce qu'il affirme.

Alors qu'elle doit revoir Diane chez elle, à une heure précise, elle assiste à son suicide par défenestration.

 

Jean-Pierre Ferrière monte habilement une manipulation mettant aux prises deux femmes, la légitime délaissée et la maîtresse jamais acceptée. Entre elle deux, Lisa, la fille de l'homme déchu et de la maîtresse jamais acceptée par les parents du mari. Il est vrai que la légitime est riche, pourvoyant aux besoins financiers des parents de Vincent, et donc considérée comme une malheureuse subissant une trahison.

L'ambiance délétère entre ces deux femmes monte en puissance au fur et à mesure que l'action progresse. Elle révèle la noirceur d'âme de Michèle, les combinaisons machiavéliques dont elle est capable d'imaginer, se cachant derrière l'intérêt qu'elle porte à Lisa. Fanny n'est pas naïve mais elle est loin de penser que Michèle porte ses attaques en forme de coups bas, pouvant déstabiliser Lisa.

Nous sommes en présence de la Méchante Reine face à une nouvelle Blanche Neige dont l'enjeu serait Lisa, une pomme que convoitent les deux femmes. Blanche Neige Fanny détient cette pomme dont la Méchante Reine Michèle veut s'emparer, par n'importe quel moyen, même illégal. Lisa qui compte les coups sans rien dire, ou si peu, et se montre moins ingénue que son âge pourrait le laisser supposer. Un combat âpre s'engage entre les deux femmes, et la douce Fanny devient aussi retorse que son adversaire.

 

Première édition : La femme en ombre chinoise. Editions Hermé 1990. 218 pages.

Première édition : La femme en ombre chinoise. Editions Hermé 1990. 218 pages.

Vous pouvez découvrir également les avis de Pierre F. de BlackNovel1 et de Claude L.N. sur Action-Supense.

Jean-Pierre FERRIERE : Vénéneuses. Editions du Campanile. Parution 31 juillet 2015. 248 pages. 7,90€.

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 07:49
A.C. WEISBECKER : Cosmix Banditos

Lorsque la Mécanique Quantique s'invite dans le roman noir...

A.C. WEISBECKER : Cosmix Banditos

Pour inaugurer le nouveau look de la Série Noire, on peut dire que Patrick Raynal, qui débarquait comme le nouveau directeur de la collection, avait fait fort.

Voilà un roman qui a dû en déconcerter plus d'un, moi le premier.

Les adjectifs me manquent pour qualifier ce roman imprévu, hilarant, burlesque, situé entre le cours de physique et le dessin animé à la Tex Avery.

 

Le narrateur, recherché par toutes les polices d'Amérique du Nord et du Sud pour trafic d'armes et de narcotiques, pense que tout est lié au processus Sub Atomique et à la Mécanique Quantique. D'ailleurs il ne jure que par la Théorie des Particules Sub Atomiques et s'érige en professeur lorsqu'il trouve un interlocuteur sur son chemin.

Pour compagnons, il possède un chien nommé High Pocket, aux éternuements chroniques, et un serpent semi-apprivoisé qui aime se lover autour du canon brûlant d'un fusil.

De temps en temps il reçoit dans sa cabane perdue en pleine nature un bandito colombien du nom de José. Un jour José subtilise dans un aéroport les papiers d'identité de touristes américains. Dans la pochette de Tina, il découvre un diaphragme. Il envoie alors des lettres signées M. Quark, à ces malheureux Américains détroussés, leur demandant de répondre sous forme d'annonces dans un journal.

Commence alors la folle équipée en compagnie de José mais également de Jim et Robert dont la présence n'est pas clairement définie, sauf à l'épilogue. La téquila coule à flot, le campagne aussi, et les bouts de joint ne leur permettent pas toujours de joindre les deux bouts.

 

Un roman étrange dont l'histoire se chevauche dans le temps et à la trame tarabiscotée. Les notules en bas de pages sont nombreuses et l'auteur qui se cache derrière un pseudonyme que personne pour l'instant a décrypté, toutefois certaines précisions sont dévoilées dans un article que vous pouvez découvrir ici, se réfère aussi bien à Gary Joukow qu'à Albert Einstein.

Un roman à ne pas lire toutefois après un bon repas, une certaine somnolence de la part du lecteur risquant de lui empêcher d'en apprécier toutes les subtilités.

Réédition Folio Policier N°77. Parution mai 1999. 304 pages. 8,00€.

Réédition Folio Policier N°77. Parution mai 1999. 304 pages. 8,00€.

A.C. WEISBECKER : Cosmix Banditos (Cosmix Banditos - 1986. Traduction de Richard Matas). Série Noire N°2288. Parution janvier 1992. 256 pages.

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 17:03

Ah chat ira, chat ira, chat ira....

André FORTIN : Le chat Ponsard.

Même si l'appellation a changé en directeur financier, le travail de chef-comptable est de vérifier les factures qui sont adressées à l'entreprise où il est employé.

C'est ainsi que Lucien Ponsart relève des erreurs manifestes dans le calcul de la TVA de trois factures transmises par les établissements Floricole, une société de pépiniéristes basée à Nantes. Il veut leur téléphoner mais aucun numéro ni adresse ne sont indiqués. Il laisse le soin à sa secrétaire, Louise, d'effectuer quelques recherches. Celles-ci s'avèrent vaines, la société n'apparaît nulle part sauf sur le registre du commerce. En outre les vingt-trois arbres adultes prévus ne sont que des buissons. Immédiatement il en réfère à son patron, Bernon, le directeur de l'entreprise du même nom, qui travaille notamment dans l'immobilier et dont la plupart des marchés proviennent de la mairie de Tracy, dirigée par le sénateur-maire Rupert.

Bernon, qui fait l'ignorant devant Ponsard, alerte immédiatement son ami Rupert lequel fait appel à Cano, président-directeur général d'une société de conseil en recrutement, une couverture respectable pour des activités qui le sont moins. Rupert et Cano se sont connus durant la guerre d'Algérie, ils se sont liés d'amitiés et depuis l'un a souvent recours à l'autre pour divers petits boulots. Rupert demande à Cano de faire éliminer Ponsard qui vient de mettre des bâtons dans la roue de la fortune. Car bien évidemment les fausses factures, car il s'agit de fausses factures, permet à Rupert et consorts d'engranger des sommes rondelettes, et plus particulièrement à Rupert qui brigue un maroquin.

Ali et Léonard sont chargés de l'élimination. Les deux hommes se sont connus lorsqu'ils étaient dans un centre pour enfants, abandonnés ou ayant des problèmes avec la justice, ou encore parce que leurs parents ne pouvaient plus les élever. Un épisode vécu lors leur long passage au Mas Saint-Paul les a rapproché et depuis ils effectuent ensemble des coups de mains. Léonard est un homme renfermé, ne laissant à personne la possibilité de lire ce qu'il ressent. Ali est plus expansif, sans pour autant parler à tort et à travers. Ali conduit la moto tandis que Léonard abat tranquillement Ponsard rentrant chez lui après sa journée contrastée. Il avait remis sa démission puis après avoir réfléchi avait voulu revenir sur sa décision, mais il n'avait pu communiquer à Bernon son retour en arrière.

La mort de Ponsard affecte profondément Louise, qui aimait en secret le directeur financier. Louise travaille depuis plusieurs décennies chez Bernon, malgré un léger handicap. Elle est extravertie, s'agite beaucoup, surtout en dehors de son travail. Elle parle à la petite voix qui habite son corps et son esprit, gesticule et ne passe pas inaperçue dans la rue et pas forcément à cause de ses cheveux qui tirent sur le rose. Alors elle décide de s'introduire dans le bureau de Ponsard, qui depuis son décès est fermé à clé et photocopie le dossier gênant. Mais sa conduite n'est pas passée inaperçue de Bernon.

Ali n'est pas à l'aise car s'il est habitué des coups de main c'est la première fois qu'il participe à un meurtre envers un individu qui n'est pas un malfrat et n'a pas d'antécédents. Un meurtre inutile à son avis. Il se rend cher Ponsard et recueille le petit chat que celui-ci possédait depuis quelques temps.

La rencontre entre Louise et Ali va décider en premier lieu du sort d'Ali mais aussi de tous ces protagonistes qui pensaient avoir éradiqué l'épine que Ponsard leur avait enfoncé dans le pied. Mais aussi le sens du devoir, la conscience professionnelle de l'inspecteur Borgoni, qui contrairement au commissaire Ravier, un incapable talonné par le procureur, n'est pas inféodé aux édiles. Sans oublier l'apport précieux de Georges, obèse mais efficace, ancien condisciple d'Ali et Léonard au Mas Saint-Paul et avec qui Ali a gardé des relations.

 

Une fausse facture, un employé consciencieux, une secrétaire amoureuse et un peu fofolle, un tueur qui regrette son acte, il n'en faut pas plus à André Fortin pour écrire un roman sobre, rigoureux, et au combien d'actualité. Car le système des fausses factures et des édiles se servant au passage a de tout temps été une pratique illégale mais difficile à éradiquer. Tant de personnes gravitant dans des milieux politiques sont impliquées que la justice préfère fermer parfois les yeux, même si depuis quelque temps les affaires de concussion, délits d'initiés, de malversations sont plus traquées qu'auparavant. Mais André Fortin, qui connait bien son sujet, il fut lui-même juge, ne nous embarque pas dans un roman délire mais au contraire dans une intrigue solide et crédible même si cela ne parait pas évident. Revenez un peu en arrière et penchez-vous sur le cas d'un maire de père en fils de la région PACA.

 

André Fortin ne joue pas avec les effets de manche, pas de grandes envolées, tout est en nuance même si certains personnages peuvent sembler dérisoires. C'est ce qui leur donne ce côté attachant et André Fortin se démarque de ses confrères romanciers en livrant un récit qui ressemble presque à une biographie, tout au moins à une enquête implacable vue des deux côtés de la barrière.

 

Et le chat Ponsard là dedans me demanderez-vous ? Il est l'élément de la parabole de cette histoire. Recueilli par Ponsard, puis orphelin, à nouveau recueilli par Ali et délaissé pour des circonstances indépendantes de sa bonne volonté, il va se montrer faible, décharné, un SDF félin cherchant sa pitance dans des poubelles jalousement gardées par un congénère et par la suite se montrera plus associable et vindicatif que ceux auxquels il se frottait avant de devenir un nanti. Et la morale s'appliquera aussi bien à lui qu'aux être humains.

André FORTIN : Le chat Ponsard. Editions Jigal, collection Jigal Poche. Réimpression. Parution septembre 2015. 296 pages. 9,50€.

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 08:01
Jacques SYREIGEOL : Une mort dans le Djebel.

Une parmi tant d'autres !

Jacques SYREIGEOL : Une mort dans le Djebel.

Tous les auteurs vous le diront : accoucher d'un second roman, en attendant que ce roman se transforme en deuxième, ne s'effectue pas toujours dans la sérénité.

Surtout si le premier a reçu un accueil favorable de la part des critiques et du public. L'auteur a peur de décevoir, même s'il écrit pour le plaisir et non pour de futiles considérations mercantiles, et croit avoir épuisé son potentiel d'imagination.

A moins de tomber dans la mégalomanie, il ne peut puiser continuellement dans des souvenirs autobiographiques ou faits-divers vécus par des proches.

Digression un peu longue qui ne s'applique pas forcément au roman que je vous propose mais utile à énoncer de temps à autre. Si vous ne vous souvenez pas de tout le bien que j'avais pu écrire, avec une réserve toutefois, de Vendetta en Vendée, vous pouvez retrouver cette chronique en cliquant sur ce titre.

Voici donc le second roman de Jacques Syreigeol, et je vous sens tous tendus, posant cette question primordiale : Alors, comment-il ?

Cessons le suspense, en un mot : bravo !

Ayant rencontré Jacques Syreigeol a plusieurs reprises avant la parution du livre, je connaissais grosso modo la trame de cette intrigue de même que son troisième qui s'intitule Miracle en Vendée, chroniqué bientôt. Mais je ne me rendais pas compte combien ce roman était chargé de force, d'émotion, de tout ce qui fait la qualité d'une œuvre appelée à consacrer un écrivain. Eternel problème de la discrimination littéraire, Série Noire ou Série Blanche ? Littérature Populaire ou Littérature Elitiste ? En oubliant un peu vite que c'est Louis Hachette qui créa la Bibliothèque des Chemins de Fer (d'où le nom de littérature de gare) et que Zola en fut le principal auteur et principal bénéficiaire. Mais je m'égare (je ne pouvais pas ne la placer celle-là !) et vous pouvez retrouver mon article sur l'origine du roman de gare ici. 

Résumer le roman de Jacques Syreigeol ne relève pas forcément du défi, mais en dévoiler la structure, les ressorts lui font perdre incontestablement le plaisir de la découverte. Cependant, je vais essayer de vous planter le décor succinctement :

Un homme blessé à la tête, sort peu à peu de l'inconscience. Il se réveille amnésique et il lui faut tout apprendre, tout réapprendre, jusqu'à son nom. Il sort de l'hôpital avec en poche son nom, un peu d'argent et quelques souvenirs qui peu à peu se réveillent en lui. Il rentre dans son village, mais entre lui et la réalité oscillent quelques fantômes. Un démarquage s'opère en lui.

La mort rôde en ce mois de février 1962. Le conflit entre Algériens et coloniaux, entre FLN et OAS est à son paroxysme. Un décalage constant entre réalité et réminiscences l'étreint. Le voile se soulève, mais d'autres sont derrière, en succession labyrinthique.

L'épilogue nous réserve de bien belles surprises, cependant, un conseil : sachez que l'emploi de citations en début de ce livre n'est jamais gratuit, aussi méditez celles qui sont placées en exergue de cette œuvre, surtout la première.

Une mort dans la Djebel n'est pas une histoire de plus sur la guerre d'Algérie. C'est une histoire dans l'histoire dans l'histoire et peut-être le plus beau roman noir de cette fin d'année 1990. Et ce n'est pas pour rien qu'il a obtenu le Prix Mystère de la Critique 1991.

 

Jacques SYREIGEOL : Une mort dans le Djebel. Série Noire N°2242. Parution octobre 1990. 192 pages. 6,65€.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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