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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 13:03
MARIE & JOSEPH : La mine d'or de Taphalescha.

C'est ce qu'on appelle avoir une bonne mine !

MARIE & JOSEPH : La mine d'or de Taphalescha.

Il était une fois... un paisible village au nom poétique et exotique de Taphalescha.

Sauf que ce village n'est pas si paisible et que l'exotisme ne tient que dans son appellation puisque cette bourgade est nichée au cœur du Plateau de Millevaches, quelque part dans la France profonde.

C'est là-bas que Marc est allé trouver refuge, soi-disant l'inspiration et matière à un nouveau roman, et qu'il a trouvé la mort. Accidentellement paraît-il.

Simon Rouverin, son frère jumeau, convoqué par le notaire, s'entiche du coin et décide de vivre quelques temps dans la maison du frère. Les surprises ne manquent pas dans ce trou perdu. D'abord son jumeau apparemment aurait fait amende honorable, devenant aimable et serviable avec les habitants, ce qui n'était guère dans ses habitudes.

Ensuite rôde une légende qui s'avère être une réalité : l'existence d'une mine d'or. Enfin certains bruits courent, colportés par des personnes légèrement dérangées mentalement, déniées par d'autres, supposées saines d'esprit.

Marc ne serait pas mort accidentellement mais bel et bien assassiné, sous l'influence d'un étrange personnage nommé Shénandoah. Une espèce de fantôme, de revenante. Des supputations étayées par celle qui était la compagne de Marc.

Simon, poussé par celle-ci, décide de démêler le vrai du faux, non sans difficulté. A signaler l'étrange comportement du facteur, pardon, du préposé à la distribution du courrier, un homme au rôle ambigu, serviable tout en étant tenace, angoissant, violent.

 

Dans ce nouveau roman de Marie et Joseph, le blues y est pratiquement inexistant, à l'inverse de leur production habituelle. Leurs personnages évoluent dans une ambiance quasi fantastique et le lecteur lui-même est envoûté, aussi bien par la façon qu'ils ont de développer l'intrigue que dans leur manière d'écrire.

Un tournant peut-être pour ces écrivains qui étonnent et proposent leur propre style.

Une nouvelle réussite à l'actif de Marie et Joseph, des auteurs extrêmement fascinants et gentils avec lesquels j'avais eu l'occasion de converser lors d'un salon du livre au Mans en 1988.

 

Curiosité :

Pierre Mezinski, alias Joseph du couple Marie et Joseph a écrit en solo un roman intitulé : Simon Rouverin, le forçat du canal, homonyme du personnage principal La mine d'or de Taphalescha. Ce roman a été publié chez Calmann-Lévy en 1994, un ouvrage historique mettant en scène deux cents forçats lors de la construction du canal du Berry.

 

MARIE & JOSEPH : La mine d'or de Taphalescha. Série Noire N°2178. Parution avril 1989. 192 pages. 6,05€.

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 12:28

C'est pas bon pour les statistiques !

Ellis PETERS : Un cadavre de trop.

Frère Cadfael vit paisiblement en l'abbaye de Shrewsbury, parmi ses plantes médicinales, dans son potager et son herbarium, tandis qu'en cette année 1138 l'Angleterre est en pleine guerre civile.

Deux prétendants au trône se disputent la suprématie royale. Entre Maud et Stephen s'est engagée une lutte fratricide et bien malin celui qui pourrait nommer le vainqueur.

Frère Cadfael est seul pour accomplir ses travaux et lorsque l'aumônier lui propose un aide, c'est avec joie et reconnaissance qu'il accepte. Un jeune garçon vigoureux ne peut que lui rendre d'immenses services. Or il s'avère que le jeune garçon qui lui a été confié est une jeune fille.

Pendant ce temps Stephen s'est emparé de la cathédrale de Shrewsbury et fait pendre quatre-vingt-quatorze soldats de la garnison. Frère Cadfael, requis pour donner bonne façon aux cadavres fait machinalement ses comptes et s'aperçoit que non seulement il y a un corps en trop, mais que celui-ci a été assassiné. Il va donc se lancer dur la piste de l'assassin tout en continuant de veiller sur son, enfin sa protégée. Le tout sur fond de luttes, de courses au trésor et d'éveil amoureux.

 

Ce roman médiéval, antérieur de trois ans à celui d'Umberto Eco Au nom de la Rose, est qualifié de policier. Mais il pourrait l'être également d'historique. C'est une simple affaire d'étiquetage qui sera régularisée par la suite avec les nombreux succès enregistrés avec les romans d'Ellis Peters et autres auteurs qui ont offert de nombreux romans dans cette veine.

Quoiqu'il en soit ne boudons notre plaisir à la lecture de ce roman qui a imposé le nom d'Ellis Peters en France. Mais lors de la parution de ce titre, Ellis Peters avait déjà écrit quatorze romans dans lesquels Frère Cadfael joue un rôle important et il eut été dommage de les ignorer.

 

Jacques Baudou, spécialiste de la littérature policière anglo-saxonne, présentait l'auteur et son œuvre dans la préface dans sa préface à la première édition de ce roman en 1988. Et lorsque j'écrivis ce billet en décembre 1988 pour une émission radio j'ajoutais :

Pour peu que les éditions 10/18 fassent paraître d'autres romans d'Ellis Peters, nul doute que celle-ci se retrouvera sur le podium des ladies du crime aux côtés de Ruth Rendell et de P.D. James. Enfin des romans qui sortent de l'ordinaire, fort bien documentés et qui feront le régal non seulement des amateurs de littérature policière mais également de ceux qui apprécient les romans historiques. Le roman policier historique, un genre un peu délaissé mais qui comporte pourtant de nombreuses possibilités littéraires.

Depuis cette tendance n'a pas cessé d'évoluer et de s'amplifier.

 

Ressembler à un héros sans en être un, c'est dur.

Réimpression octobre 2001. 288 pages. 7,10€.

Réimpression octobre 2001. 288 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : Un cadavre de trop. (One Corpse to Many - 1979. traduction de Nicolas Gilles) Collection Grands Détectives N°1963. Edition 10/18. Première parution 1988.

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 11:08
Bill PRONZINI : Le carcan

Le Nameless n'est pas Houdini !

Bill PRONZINI : Le carcan

Inévitablement dans la profession de détective privé, on s'attire bien des inimitiés.

Pour quelles raisons et par qui le Nameless, qui songeait sérieusement à prendre sa retraite, s'est-il fait enlever et mettre aux fers dans une cabane abandonnée, loin de toute habitation ?

Des questions qu'il va pouvoir cogiter en toute tranquillité, enchaîné qu'il est et n'ayant d'autres activités que le recours à la gymnastique pour se réchauffer.

Faut dire qu'en pleine forêt, à quelques jours de Noël; il n'a guère d'occupations. Heureusement, il possède des vivres, mais il faut savoir rester raisonnable et économiser les provisions.

En réalité, le seul point important dans cette affaire, c'est comment arriver à ôter cette chaîne qui le retient prisonnier, après il avisera. Suffit d'avoir la volonté, le moral, et cette espèce d'exaltation qui ferait renverser des montagnes par un manchot.

 

Un excellent, roman, peut-être le meilleur que Bill Pronzini ait écrit depuis quelques années, dans lequel l'horreur, l'angoisse, le suspense, la quête se trouvent intimement mêlés.

Plus que l'enquête et les motivations de celui qui séquestre le Nameless, ce sont les différents stades par lesquels passent celui-ci qui font l'intérêt du roman. Perplexité, colère, angoisse, découragement, peur, fébrilité, accablement, espoir, attente, joie, habitent tour à tour le Nameless.

Conseillé à tous ceux qui ne connaissent pas encore Bill Pronzini. Quant aux autres, nul doute qu'ils n'auront pas attendu mon avis pour se le procurer. Cerise sur le clafoutis, ce livre est toujours disponible sur le site de la Série Noire.

 

Bill PRONZINI : Le carcan (Shackles - 1988. Traduction de Noël Chassériau). Série Noire N°2181. Parution avril 1989. 288 pages. 7,10€.

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 12:37

Un voyage dans les Vosges avec Pierre Pelot comme guide.

Pierre PELOT : Noires racines.

Et il nous fait découvrir des personnages hors du commun, le contraire de héros.

Ils ne sont pas extraordinaires, ils sont plutôt marginaux, différents, un peu paumés. J’ai eu l'occasion de comparer Pelot, lors de la présentation d'un de ses précédents roman, à Giono, Hemingway ou Steinbeck. Cette fois encore la présentation de ces personnages m’a fait penser à Steinbeck. Mais attention, ce ne sont que des réminiscences littéraires, uniquement, car Pelot possède son style propre, il invente ses personnages bien à lui, toujours dépassés par les évènements, frustres, fragiles.

 

Popeye, c’est le surnom du personnage principal, Popeye est chômeur. Il habite une maisonnette attenante à son ancienne usine, maintenant désaffectée. Il boit, c’est son passe-temps, son plaisir, une habitude, néfaste peut-être, car cela lui a déjà joué des tours, mais quoi, ce n’est pas de sa faute. Et puis il y a les copains avec qui il boit et joue aux cartes. Bon, d’accord, après il a des trous de mémoire, ses copains lui jouent des farces, mais ce n’est pas bien méchant, enfin pas trop. Comme le jour où il a du rentrer de Mulhouse à pied, quarante kilomètres. Une farce quoi, pas bien méchante.

Un jour, ou plutôt un soir, Patte-en-biais et ses autres copains l’oublient dans un bois. Il est recueilli par Noé qui le prend en charge, lui offrant gîte et couvert. Il lui offre aussi sa fille, Lise, et Lise, sacré nom de bois, elle a une poitrine à s’en ébouriffer les cheveux. La ferme plus Lise, tout ça qu’il lui offre Noé, et Popeye serait bien d’accord pour rester, Patte-en-biais et les autres de l’autre côté de la montagne n’auraient plus de raisons de se moquer de lui. Oui ! mais, il y a Jeudi et Jeudi, c’est quelqu’un !

 

Pierre Pelot nous offre un livre intimiste aux protagonistes poignants et Popeye est de la race de ceux qui se laissent mener pas le bout du nez.

Et sa rencontre avec Lise, Noé et Jeudi font découvrir un personnage qu’il ne se connaissait pas. En fait, ce sont des révélateurs.

Mais sacré nom de bois que peut-on faire pour les autres quand on émerge à peine du néant et qu’il faut se découvrir soi-même.

 

Réédition format Kindle avril 2014. 2,99€.

Réédition format Kindle avril 2014. 2,99€.

Pierre PELOT : Noires racines. Collection Sueurs froides. Editions Denoël. Première édition novembre 1985. Réédition 1997. 170 pages.

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 09:55
Stuart KAMINSKY : Le poids des morts

Pèse plus lourd que celui des vivants ?

Stuart KAMINSKY : Le poids des morts

Los Angeles, septembre 1942. Toby Peters, malgré toutes les enquêtes effectuées pour le compte d'éminentes personnalités américaines, gravitant aussi bien dans le monde cinématographique que politique, Toby Peters tire toujours le diable par la queue.

Mais si sur le plan financier ce n'est pas la joie, le bouche à oreille marche bien, et Peters se retrouve rarement au chômage. La nouvelle mission confiée à notre détective privé est simple. Il doit retrouver un porte-documents contenant des documents confidentiels, de l'argent et quelques lettres compromettantes. Simple à comprendre, mais plus difficile à réaliser.

Surtout lorsque c'est le général Douglas MacArthur qui vous la confie, alors qu'il passe quelques jours incognito sur la côte californienne tandis que la bataille fait rage dans le Pacifique. Une mission secrète, comme tout ce qui est confié à un détective je suis d'accord, mais de plus l'avenir des Etats-Unis en dépend.

Et l'avenir des Etats-Unis, le général MacArthur n'est pas le seul à vouloir s'en préoccuper. Un richissime illuminé possède lui aussi ses idées sur la question, totalement différentes bien entendu de celles du général, et elles ne sont pas tristes.

Enfin je me comprends, car si ce trublion à qui il ne manque que la camisole parvenait à ses fins, tout ne serait pas rose et tout n'irait pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais j'extrapole.

Toby Peters se trouve un fameux partenaire en la personne de Dashiell Hammett lui-même, qui, se souvenant de certains trucs utilisés lorsqu'il travaillait à la Pinkerton, sauve souvent la mise à Peters et l'aide dans ses démarches.

Savoureuse également la participation involontaire d'un chat qui adopte définitivement semble-t-il notre détective.

 

La tendance actuelle (lors de la sortie du roman, je précise) dans bon nombre de romans policiers américains, est à l'introspection, au délayage, aux digressions plus ou moins soporifiques. Dans Le poids des morts, c'est tout le contraire.

Mené à un train d'enfer, avec une touche humoristique même lorsque le héros est dans de sales draps, voici un roman qui décoiffe et l'on se demande parfois où commence la fiction et où se termine le réel, le vécu.

Avec Stuart Kaminsky vous oubliez la grisaille du temps.

 

Stuart KAMINSKY : Le poids des morts (Buried Caesars - 1989. Traduction Paul Kinnet). Série Noire N°2223. Parution mars 1990. 256 pages. 7,80€.

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 12:10

Comme disait Gérard Majax, y'a un truc...

Georges-Jean ARNAUD : La vie truquée.

A huit ans, Claudia Mirail n'a avec ses parents que de trop rares contacts.

Ils ne viennent que rarement la voir, confiant à la grand-mère le soin d'élever la gamine. Ils sont continuellement par monts et par vaux, et Carole, la jeune bonne, s'ingénie à entretenir, à cultiver le doute dans l'esprit de Claudia qui attend avec impatience les rares moments de bon heur où elle peut se glisser dans le giron de sa mère, pour quelques heures trop brèves.

Jusqu'au jour où elle apprend qu'elle ne verra plus ses parents, qu'ils sont morts dans un accident de voiture. Elle ne veut pas y croire et pense à un simulacre. Pourtant les cadavres sont enterrés dans le cimetière du petit village.

Claudia découvre des coupures de presse, tout un dossier concernant ses parents, révolutionnaires de mai devenus des terroristes, peut-être à l'origine de l'assassinant d'Aldo Moro.

Alors elle décide de reprendre le flambeau, inscrivant des slogans sur les murs des propriétés environnantes ou en provoquant des incendies. Ce ne sont pas les séjours en famille d'accueil, dans des maisons de correction, puis dans des prisons qui adouciront son caractère de révoltée. D'autant que des événements étranges pointillent son parcours de l'enfance vers l'adolescence. On la suit, on lui veut du mal, à elle ou à ses proches, on met à sac la maison de sa grand-mère.

 

Georges-Jean Arnaud effectuait avec ce roman un retour en force au Fleuve Noir, utilisant une recette éprouvée et qui a fait le succès de nombreux de ses livres comme Le Coucou, Les enfants de Périlla, Les jeudis de Julie, L'homme noir et bien d'autres.

Une atmosphère d'angoisse latente et diffuse sur laquelle plane une incertitude orchestrée diaboliquement par l'auteur qui joue avec les nerfs de ses lecteurs.

Il emmène sur des chemins de traverse, affirme puis se rétracte, laissant libre court à toutes les suppositions, toutes les interprétations. Et le lecteur est victime consentante de son savoir-faire, de son professionnalisme, de son machiavélisme.

Georges-Jean ARNAUD : La vie truquée. Collection Les Noirs. Grand Format. Editions Fleuve Noir. Parution janvier 1997. 252 pages.

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 08:06
Elmore LEONARD : Monsieur Majestyk

Les melons de la colère !

Elmore LEONARD : Monsieur Majestyk

Faire pousser des melons, c'est bien, encore faut-il les récolter lorsqu'ils sont mûrs.

Et pour les cueillir, il faut embaucher des extras, des saisonniers, et ce ne sont pas les prétendants qui manquent.

Pensez donc, on est en Californie et là comme ailleurs, les chômeurs, les immigrés, Mexicains pour la plupart, rappliquent en masse à l'idée de pouvoir gagner un peu d'argent.

Mais Majestyk, cultivateur et ancien du Vietnam n'aime pas qu'on lui force la main. Ses employés, c'est lui qui les choisit, et ce n'est pas une espèce de petit loubard à la manque qui va lui imposer ses traîne-savates.

Evidemment les choses s'enveniment et Majestyk se retrouve à l'ombre à cause de quelques coups échangés.

Majestyk en prison, qui va faire son travail ? Qui va surveiller ses ouvriers agricoles ?

Emmené en fourgon cellulaire en compagnie d'un dangereux récidiviste, Franck Renda, il profite d'une attaque du dit fourgon par les amis du bandit pour s'évader, tout en jouant un mauvais tour à Renda.

Du coup tout le monde ou presque lui en veut et sa récolte de melons est fort compromise. Après les raisins voici les melons de la colère !

 

Monsieur Majestyk est l'adaptation du scénario qu'écrivit Elmore Leonard pour le film éponyme réalisé par Richard Fleisher en 1973 avec Charles Bronson dans le rôle principal.

Mi policier, mi western, Monsieur Majestyk est un très bon roman, solide, et si l'histoire d'un homme seul pris entre deux feux, les gangsters et la police, n'est pas nouvelle, on se pique toutefois au jeu.

Beaucoup d'action, un peu de bons sentiments, une idylle, il faut peu de choses parfois pour construire une bonne intrigue, surtout si l'auteur a du talent et du métier.

Elmore LEONARD : Monsieur Majestyk (Mr. Majestyk - 1974. Traduction de Rosine Firzgerald). Série Noire N°2189. Parution juin 1989. 224 pages. 6,65€.

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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 13:05

En général, c'étaient les jeunes filles qui se faisaient enlever !

Albert BONNEAU : L'enlèvement de Catamount. Les nouvelles aventures de Catamount.

Dans un bouge de Galveston, un port du Texas, cinq hommes discutent, se demandant comment ils vont pouvoir remplacer Kirby, marin comme eux qui vient de décéder à la suite d'une mauvaise fièvre.

Sam Trill, le second du Sea-Mew dont le capitaine Hyatt est gravement malade, sait qu'il peut compter sur ses quatre compagnons car la cargaison embarquée sur le navire, dont la destination est Cuba, n'est pas exactement celle prévue. Théoriquement ce sont des balles de coton qui sont entreposées dans la cale, mais celles-ci renferment des armes.

En compagnie de Sam Trill sont assis à la table, Sardell, que les scrupules n'étouffent pas et qui vient de Baltimore; Brackson, un gros homme qui apprécie la bonne chère, embarqué à New-Orléans un soir de carnaval; Cobilovici qui exhibe fièrement ses nombreux tatouages et enfin Hermann, un Allemand déserteur.

Le seul problème qui se présente à eux, outre remplacer Kirby, c'est la fille de Hyatt qui voyage en compagnie de son père sur le trois-mâts. Un homme aux yeux clairs et à l'allure d'un cow-boy entre dans l'établissement et Sam Trill l'invite à sa table. Un Tenderfoot, un pied tendre, à la dégaine de vacher, la recrue idéale pense le marin.

L'homme, qui dit s'appeler Bill Lern, accepte le whisky qui lui est servi, whisky qui sera suivi de beaucoup d'autres, et les marins sont obligés de le soutenir pour regagner le navire.

Lorsqu'il se réveille à fond de cale où il a été balancé, Catamount, car c'est de lui dont il s'agit, a la tête dans un étau. Et les pieds enchainés. Sardel lui rend une petite visite amicale, l'avertissant qu'il aura à manger s'il est sage et promet de travailler comme un forçat. Un avertissement confirmé par Trill qui le fait détacher. Il est confié à Luiggi, le cuistot du bord, qui le sustente et lui apprend qu'il prépare le bouillon du capitaine, lequel bouillon est confectionné à base d'herbes. Mais ce bol d'eau amélioré ressemble plus à un poison qu'à une panacée. Et trois fois par jour cette boisson est ingurgitée par le capitaine.

Ils essuient une tempête et Catamount, qui n'a pas le pied marin, s'en tire sans dégats. Il est affecté à la cambuse et se propose de préparer la soupe du capitaine, tandis que Luiggi est occupé par ailleurs. Le bouillon à base de pommes de terre est plus reconstituant que l'infect préparation aux herbes, ce qui conforte le ranger dans son impression.

Un Chinois rôde dans les cales, considéré par tous comme une vermine. Catamount s'en fait un ami et Chink, tel est le nom du pauvre asiate, lui montre que les ballots de coton sont en fait des caches d'armes. Le ranger s'empare de quelques-uns de ces objets providentiels et affronte Trill et ses hommes qui organisent une mutinerie. Les armes sont destinées aux insurgés cubains en lutte contre l'oppresseur espagnol et Hyatt n'était pas au courant de ce trafic.

Catamount organise la fuite en chaloupe emmenant avec lui Hyatt mal en point, sa fille Claudette et Chink. Ils abordent sur l'île de Pinas et sont recueillis par des Cubains insurgés contre la domination espagnole.

 

Catamount et ses compagnons vont vivre des aventures mouvementées, Trill et ses compagnons partant à leur poursuite. Mais un navire espagnol cabote dans les eaux cubaines prêt à intervenir contre les trafiquants d'armes.

 

Une aventure maritime pour Catamount qui regrette son fidèle cheval, Mezquite, et les chevauchées dans la Prairie. Il était envoyé en mission afin de mettre la main au collet d'un bandit et se retrouve entraîné malgré lui dans des aventures périlleuses.

Mais il y a un léger antagonisme dans cette histoire concernant ce trafic d'armes. On peut comprendre que Catamount combat les mutins du Sea Mew, dont les agissements sont en marge de la loi et qui veulent prendre la place du capitaine par des moyens plutôt brutaux. Toutefois ces mutins font de la contrebande d'armes en faveur des insurgés cubains et Catamount est lui aussi, en tant qu'Américain, aux côtés de ces révoltés. C'est à dire que les deux clans œuvrent pour une même cause mais avec des moyens différents.

Il est amusant de constater que lors de notre adolescence on s'attache moins au style qu'à l'intrigue. Et c'est en relisant ce roman, quelques décennies plus tard, que je me suis aperçu qu'Albert Bonneau possédait un style d'écriture particulier, que l'on pourrait qualifier de Célinien, à moins qu'il ait influencé le fameux docteur Destouches dans l'emploi systématique de points de suspension en fin de phrase. Mais une autre particularité est attribuée à l'écriture d'Albert Bonneau. Celle de phrases à rallonge, dont voici un exemple :

Brackson refusa d'obtempérer, il allait diriger son arme contre le ranger, il n'eut pas le temps de le mettre en joue, une détonation éclata, avant même qu'il eût pu se rendre compte de ce qui lui arrivait, le matelot éprouvait une violente douleur à la main, le sang se mit à couler entre ses phalanges déchirées par la balle que venait de lui adresser l'homme aux yeux clairs...

La date à laquelle se déroule cette histoire n'est pas précisée mais on peut raisonnablement penser qu'elle se passe après 1868, durant ce qui fut appelé la Guerre des dix ans, ou guerre d'indépendance. Et c'est un épisode qu'Albert Bonneau a choisi de mettre en évidence, alors que les indépendantistes, des Mambis ou guérilleros antiespagnols cubains pour la plupart, ayant à leur tête Pablo Alvarez, s'étaient réfugiés sur l'île de Pinos située à quelques miles de Cuba. Cette île serait la fameuse île qui aurait servi de décor pour L'île au trésor de Robert Stevenson.

Albert BONNEAU : L'enlèvement de Catamount. Les nouvelles aventures de Catamount. Editions Jules Tallandier. Janvier 1956. 220 pages.

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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 09:46
Thomas H. COOK : Qu’est-ce que tu t’imagines ?

Pas grand chose, et vous ?

Thomas H. COOK : Qu’est-ce que tu t’imagines ?

La découverte du corps d’une jeune fille dans un terrain vague d’Atlanta redonne du sens à la vie de Franck Clemons, un bon flic devenu alcoolique depuis le suicide de sa fille.

Et cette jeune morte, trop belle, trop jeune et trop riche semble s’être suicidée. Un meurtre déguisé selon les premières constatations, les observations de Franck. Lequel va s’atteler à la tâche et conduire cette enquête comme une affaire personnelle.

C’est lui, et son coéquipier Caleb, un vieux de la vieille, qui doivent découvrir l'identité du malfaisant, du coupable, du meurtrier. Lui et personne d’autre !

 

Une enquête qui va conduire Franck Clemons dans les milieux de la peinture (un milieu très prisé depuis quelques temps par les romanciers de romans noirs et de suspense) et l’amener à côtoyer des directeurs de galeries dédiées à l’art pictural pour le moins bizarres.

Une enquête dans laquelle il patauge, le passé de la jeune fille se révélant trouble. Une adolescente en butte à la dualité du blanc et du noir, du bien et du mal.

 

Thomas H. COOK : Qu’est-ce que tu t’imagines ? (Sacrificial Ground – 1988. traduction de Daniel Lemoine). Série Noire 2188. Parution juin 1989. 320 pages. 7,10€.

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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 08:54
Marc VILLARD : La dame est une traînée.

The lady is a tramp ?

Marc VILLARD : La dame est une traînée.

L'inspecteur Alex Pradal est devenu un paria aux yeux de certains de ses collègues.

Pensez-donc, un policier qui dénonce les malversations effectuées par d'autres policiers, cela ne se fait pas. Alors il est mis en quarantaine mais ce n'est pas pour cela qu'il va manquer de travail.

Un mystérieux personnage lui donne quatre dossiers à traiter et son attention est attirée par l'un d'eux. Il s'agit du décès d'un dénommé Ray Thompson. Accident, suicide, meurtre ?

Il existait bien un Noir Américain du même nom qui jouait du saxophone, mais s'agit-il du même personnage?

Alex Pradal, potier à ses heures perdues et fervent amateur de jazz, se penche sur ce dossier et s'aperçoit qu'il s'agit effectivement de celui auquel il pensait.

Cela l'amène à côtoyer des jazzmen, des admirateurs, des dealers également.

 

Ce court roman de Marc Villard, trop court à mon avis pour une fois, est peut-être le meilleur de sa production qui pourtant en compte déjà d'excellents. Je pense notamment à Rebelles dans la nuit.

Marc Villard s'attache dans ses romans à décrire les faits et gestes de marginaux, mais des marginaux somme toute sympathiques.

Un roman qui marie avec bonheur Jazz et Polar, et ce n'est pas pour rien que les festivals traitant de ces deux thèmes prolifèrent actuellement.

Chronique radiophonique rédigée en février 1989.

 

Marc VILLARD : La dame est une traînée. Série Noire N°2171. Parution février 1989. 192 pages. 6,05€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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