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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 10:44
Raymond MARSHALL : En trois coups de cuiller à pot

Plus une petite louche pour la route ?

Raymond MARSHALL : En trois coups de cuiller à pot

Situées à une cinquantaine de kilomètres l'une de l'autre, Fairview et Bentonville sont aussi dissemblables que le jour et la nuit peuvent l'être.

Fairview se meurt. La prospérité due à l'implantation de petites fabriques n'est plus qu'un souvenir et la jeunesse s'est enfuie à Bentonville, la ville nouvelle dont la richesse réside en un centre industriel en pleine évolution et des usines modernes.

Seuls sont restés à Fairview que les vieux, quelques nostalgiques de la cité, et ceux qui ne sont pas attirés par les lumières factices. Fairview est triste et décrépite. Bentonville connait le revers de la médaille avec la présence de centaines de tripots, de cercles de jeux, et l'implantation dans chaque boutique, ou presque, d'appareils à sous généralement truqués.

L'organisation du jeu de Bentonville est dirigée par un nommé Korris qui a la main mise ou presque sur toutes les affaires lucratives et illégales de la cité. Mais ce n'est qu'un homme de paille, le véritable maître étant Vardis Spade, dont tout le monde connait le nom mais pas le visage.

 

Dans ce contexte de rivalité, seul Sam Trench, le gérant et directeur du Clairon, le journal local de Fairview, a essayé de dénoncer les pratiques existantes à Bentonville. Seulement, alors qu'il avait tenté de dénoncer l'organisation dans un article, les hommes de Korris avaient saisi et détruits tous les exemplaires du canard. Et comme la police et l'administration sont soudoyés par Spade et ses hommes de main, il a dû se plier à leurs exigences.

Clare Russel est devenue la cheville ouvrière du Clairon, après un passage dans des quotidiens ou hebdomadaires plus huppés. Trop travailleuse, elle avait été obligée de réduire son temps de travail, victime d'épuisement professionnel (à l'époque on ne disait pas encore burn out) et était entrée au Clairon avec des émoluments moindres mais la sympathie affichée de tout le personnel, qui à son contact, avait retrouvé de l'allant. Clare aurait aimé pouvoir écrire une série d'articles sur ce qu'il se passait réellement à Bentonville, mais Sam Trench le lui avait formellement interdit, se souvenant de la mauvaise expérience passée.

Clare fréquente Peter Cullen, propriétaire de stations-services, et elle le retrouve parfois le soir à Bentonville. Ils sont plus ou moins fiancés, mais Clare refuse pour le moment entendre parler épousailles. Elle n'est pas prête.

Ce jour là, elle rencontre dans le bureau d'Al Barnes, son collègue, un dénommé Timson qui désire acquérir des terrains à Fairview, et plus particulièrement Pinder's End, le quartier le plus déshérité de la ville. Une initiative pour le moins incongrue mais l'homme est persuadé que cela pourrait devenir un bon placement, les terrains étant très bon marché.

Harry Duke est fort prisé à Bentonville. C'est un joueur au passé trouble de tueur et bon nombre de personnes requièrent des tuyaux sur les courses de chevaux. Et en général, ces tuyaux sont de bon rapport. Kells, homme de main de Bellman, lui signifie que celui-ci aimerait l'engager pour faire acte de présence à la roulette dans ses salles, ce qui inciterait d'autres joueurs à parier. Bellman n'est dans la cité que depuis un an, son affaire commence à être florissante, mais pas assez à son gré. Et selon toutes vraisemblances Bellman aurait peur. Duke est appelé par une jeune femme qui le met en garde contre Bellman. Ce qui titille l'intérêt d'Harry Duke.

Peter Cullen et Harry Duke sont amis de longue date et Cullen l'invite à manger afin de lui présenter sa fiancée. Mais auparavant Duke doit rencontrer Schultz pour mettre cette histoire de Bellmann au clair. Lorsqu'enfin il est présenté à Clare, il y a comme un échange d'atomes crochus. Mais Clare ne veut pas le reconnaître, elle est trop loyale.

 

C'est ainsi que commence une histoire qui durera trois jours et qui verra d'abord la mort de Timson, puis les tensions qui existent entre les différents clans s'exaspérer pour finir par une guérilla en règle.

En trois jours, Duke fera le ménage dans cet imbroglio, aidé par Clare qui s'investit complètement dans cette grande lessive, parfois à son corps défendant. Duke se montre flegmatique, sachant toujours s'énerver et se mettre en colère lorsque la situation l'exige, se montrant excellent et rapide tireur. Il possède toutefois un côté fleur bleue. Parmi les autres personnages qui évoluent dans cette histoire, signalons ce couple de jeunes, préfiguration de Sailor et Lula.

Une histoire qui dure trois jours et trois nuits, avec beaucoup d'alcool fort à la clé pour se tenir éveillé ou pour digérer les événements qui se précipitent. Un peu une ambiance à la Peter Cheney, l'autre romancier britannique des débuts de la Série Noire. Un roman signé Raymond Marshall qui signait également James Hadley Chase et jouait à son propre concurrent.

Un roman à l'intrigue carrée, assez emberlificotée pour tenter de ne pas dévoiler l'identité de Vardis Spade, même si le lecteur s'en doute peu à peu, sans véritable temps mort, avec un final très flingueur, et quelques traces d'humour. Bref, un roman authentiquement américain signé par un Britannique.

 

Curiosité :

Dans le premier chapitre, Raymond Marshall décrit les deux villes, Fairview et Bentonville, et leurs différences, présente quelques personnages, Sam Trench et surtout Clare, puis relate brièvement les événements qui forment le cœur de l'intrigue. Il conclut en signalant que tout sera réglé en trois jours, et que l'organisation qui existait depuis six ans sera démantelée. Fort disert par moment, il se montre toutefois mutique sur l'épilogue, appâtant le lecteur et l'invitant à suivre les péripéties de l'intrigue.

Le plus surprenant, c'est qu'il avait suffit de trois jours pour venir à bout d'une organisation qui existait depuis six ans. Voici comment débuta la première journée, telles sont les dernières phrases du premier chapitre.

Réédition Carré Noir N°107. Parution février 1973. 256 pages.

Réédition Carré Noir N°107. Parution février 1973. 256 pages.

Raymond MARSHALL : En trois coups de cuiller à pot (Just the way it is - 1944. Traduction de R. Vidal). Série Noire N°20. Parution décembre 1948. 254 pages.

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 13:18

Mais des morts, il y en a tous les jours...

Thomas CERVION : Jour des morts.

Arrivé à la quarantaine, Maxime Servin peut s'estimer heureux.

Sa peinture commence à être reconnue, il est marié avec Simone, qui a dix ans de moins que lui, depuis trois ans, et il vient de réaliser un portrait de son modèle préféré dont il est particulièrement fier. Ils ont quitté Paris où il ne se sentait plus à l'aise et se sont installés à Toulon.

En fin de cette fin de journée du 2 novembre, le Jour des Morts qui ne portera jamais si bien son nom, il convie ses amis Paul et Marcelle Lecomte à venir découvrir sa dernière œuvre en date et à souper. Puis il rentre chez lui pour annoncer la nouvelle à sa femme... qui est absente. Elle a laissé un petit mot lui annonçant qu'elle part rejoindre son amant.

Abattu, Maxime remâche son désespoir lorsque Simone, contre toute attente, rentre à la maison. Maxime est au comble de la joie, il va pouvoir recevoir Paul et Marcelle dans la sérénité retrouvée. Tandis que Simone vaque à ses ablutions, Maxime décide de fumer une pipe. Zut, plus d'allumettes. Simone a bien un briquet dans son sac à main. Au lieu d'aviver sa flamme, son geste l'éteint. Il découvre une lettre adressée à Simone, avec la suscription d'un hôtel et le numéro de chambre.

Le texte est assez éloquent. L'amant, que Simone avait rejeté trois ans auparavant, lui signifie qu'entre eux c'est fini. Elle avait préféré la richesse à l'amour, tant pis pour elle. Aujourd'hui elle est enceinte d'un bâtard, et elle n'a qu'à retrouver son mari. La catastrophe tombe sur la tête de Maxime qui entre dans une rage folle. Il enfonce la tête de Simone dans l'eau du bain, puis lorsqu'il est sûr qu'elle est morte, après une petite mise en scène, il la met dans le coffre de sa voiture et la plonge dans la mer dans le port marchand.

Au revoir Simone.

En rentrant chez lui, Maxime organise une nouvelle fois une petite mise en scène pour l'édification de ses amis. Il enfile quelques cachets de véronal, médicament dont il use de temps à autre afin de trouver le sommeil, juste ce qu'il faut pour tomber dans le néant sans trépasser, et il n'y a plus qu'à attendre. Lorsqu'il sort de son évanouissement, il entouré de Paul et Marcelle, et du toubib. S'invite alors un nouvel invité inattendu, le commissaire Paron. Le corps de sa femme a été repêché dans les eaux du port marchand.

Il faut procéder à la reconnaissance du corps, ce qui n'est pas toujours facile, et laisser le temps filer, avec toutefois une idée en tête. Seulement, à l'autopsie, le légiste démontre qu'il ne s'agissait pas d'une suicide, mais bien d'un meurtre. Les poumons de Simone sont gorgés d'eau douce et non d'eau de mer.

Maxime a mis un doigt dans un engrenage infernal. Il veut retrouver l'amant de sa femme, le tuer et laisser des preuves afin de le désigner comme coupable. Mais le doigt ne suffit pas au destin implacable. Bientôt c'est la main qui est entraînée : un individu a vu Maxime balancer à la baille le corps de Simone. Un maître-chanteur qui grippe la belle mécanique. Ajoutez à cela le cadavre d'un homme que Maxime prend pour l'amant de sa femme, de faux billets et de Marcelle qui s'entiche de Maxime, voilà de quoi passer quelques heures de lecture réjouissante dans une ambiance de suspense psychologique habilement narré.

 

Thomas Cervion, dont c'est l'unique roman publié dans la collection Spécial Police, n'est pas un inconnu des amateurs de littérature policière, puisqu'il fit les beaux jours de la collection Crime Club puis Sueurs Froides chez Denoël sous le nom de Louis C. Thomas.

Le commissaire Paron, joue les seconds rôles car le personnage principal sur lequel l'attention du lecteur se focalise est bien Maxime Servin. Toutefois on pourra reconnaître en Paron une parenté avec Maigret et Columbo, complété avec un zeste de Bourrel. Ce qui n'est pas étonnant, même si Bourrel n'était pas encore le commissaire des Cinq dernières minutes. En effet Louis C. Thomas a signé quelques épisodes de cette série qui était suivie par des millions de téléspectateurs, Raymond Souplex incarnant le fameux commissaire.

Quant à Maxime Servin, son premier réflexe, celui de tuer sa femme, l'entraîne dans une suite d'épisodes tragiques, le noyant inexorablement dans un bourbier inextricable.

 

Réédition Collection Sueurs Froides, éditions Denoël. Parution octobre 1983.

Réédition Collection Sueurs Froides, éditions Denoël. Parution octobre 1983.

Thomas CERVION : Jour des morts. Collection Spécial Police N°41. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1953. 224 pages.

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 08:58
Robert B. PARKER :De quoi il se mêle ?

Parfois on se le demande...

Robert B. PARKER :De quoi il se mêle ?

Spencer, le détective privé un peu macho de Robert B. Parker, est chargé par le directeur du Central Argus, un journal de province, d'enquêter sur la mort d'Eric Valdez, un jeune reporter qui apparemment amis son nez là où il ne fallait pas.

La mise en scène voudrait que Valdez ait été exécuté pour une ou plusieurs histoires de coucheries.

Oui, mais voilà. La ville où Valdez effectuait son reportage est une plaque tournante, la plus importante, du marché de la drogue, de la cocaïne.

Et le chef de la police n'apprécie guère les fouineurs.

 

Sur un thème standard, Robert B. Parker nous convie à une nouvelle aventure de Spencer, toujours aussi sarcastique dans ses propos, en compagnie de Susan, sa compagne psychologue, et de son ami Hawk.

Roman dans lequel on apprend que la police n'est pas toujours blanc comme neige.

 

 

- Le racisme n'est pas logique, dit-elle.
- Et la logique n'est pas raciste.

Robert B. PARKER :De quoi il se mêle ? (Pale Kings and Princes - 1987. Traduction de Simone Hilling). Série Noire N°2114. Parution novembre 1987. 256 pages. 6,65€.

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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 13:51

Bon anniversaire à Gilbert Picard, né le

1er novembre 1927.

Gilbert PICARD : Monsieur le Maire.

Malgré la mise en garde de l’auteur, on ne peut s’empêcher de mettre un nom et un visage sur le personnage de ce roman.

Ses initiales, sa description physique, ses antécédents, ses prises de position et son parcours politique sont précis et transparents. Les événements décrits dans cet ouvrage sont trop proches de ceux relatés par les médias depuis quelques mois (lors de la parution du roman) pour ne pas les superposer aux avatars niçois.

Maire d’une ville florissante de la Côte d’Azur, dont le nom n’est jamais cité, mais ne peut abuser personne, Joël Modane gère sa cité d’une façon paternaliste, confondant ses intérêts avec ceux de sa municipalité. Ses relations affables avec ses concitoyens en font un homme estimé de tous, parfois même idolâtré. Les menus services qu’il rend, pour démagogiques qu’ils soient, forcent la sympathie et la popularité.

Cependant chaque médaille comporte son revers. Celui de Joël Modane se nomme Robert Gallois, gérant d’un supermarché. Gallois ayant refusé de signer un contrat publicitaire avec un journal local dépendant d’une société créée par le maire, celui-ci n’entérine pas la demande d’extension du supermarché, favorisant l’implantation à proximité d’une grande surface concurrente.

Ruiné, Gallois décide de se venger et porte des révélations au Canard enchaîné sur la fortune de Modane qui sent peu à peu s’effriter autour de lui les fondations de son petit empire. Son allié, le préfet, est relevé de ses fonctions, premier d’une série de coups durs pour le maire qui pense déjà à l’exil. Après la Société varoise d’éditions, une autre de ses sociétés est dans le collimateur du président de la Chambre régionale des Comptes : la Sodéfinco, société financière chargée de renégocier les taux d’intérêts des emprunts de la municipalité, et qui aurait versé des commissions à deux autres sociétés dont il est le président.

 

Tribun à la dialectique féroce et à l’éloquence aisée, Modane a tendance parfois à s’emporter, ne se contrôlant plus dans ses déclarations. Habilement décortiquée de son contexte, une de ces phrases se révèle comme une bombe amorcée par les infos régionales puis nationales, mettant en émoi le monde politique.

L’affaire Modane dépasse les frontières françaises et le père de Suzy, banquier scrupuleux, enquête sur les agissements de son gendre et l’implantation de ses sociétés américaines, mettant sa fille en garde. Traqué, Modane se réfugie derrière ce qu’il pense être une porte de secours. Si l’on continue à le persécuter, il se fait fort de dévoiler certaines magouilles de ses adversaires politiques.

Mais, dans l’ombre, Robert Gallois continue d’alimenter en informations la presse satirique. De tous les côtés, les partis politiques lâchent le maire, ne voulant pas être mêlés, de loin ou de près, au cloaque financier dans lequel Modane s’embourbe.

 

 

Le personnage de Modane, que tout un chacun aura reconnu, oscille entre le cynisme et la naïveté.

Persuadé d’avoir œuvré en toute légalité pour l’expansion de sa ville, il s’inscrit en marge des lois. Cet homme est adulé par les humbles qui le reconnaissent comme leur maître et leur dieu. Un mélange de paternalisme et de féodalité.

Gilbert Picard, tout en le montrant souvent sous son plus mauvais jour, lui accorde quelques excuses implicites. D’ailleurs ne fait-il pas dire à Me Lauteri, expliquant la situation à son ami : « On trouvera bien un journaliste, de préférence de la région, qui écrira un livre plutôt complaisant à votre égard. »

 

Gilbert PICARD : Monsieur le Maire. Collection Saga. Editions Hermé. Parution avril 1991. 294 pages.

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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 09:56
Patrick PECHEROT : Une plaie ouverte.

... qui a du mal à cicatriser !

Patrick PECHEROT : Une plaie ouverte.

A l'aide de phrases courtes, hachées, pour une intrigue dont les protagonistes évoluent comme dans une sorte de brouillard, Une plaie ouverte se réfère beaucoup aux artistes littéraires et picturaux de l'époque. Verlaine, Vuillaume, Courbet, Gill, en sont les dignes protagonistes. Mais on pourrait comparer ce roman à une toile hybride, peinte en pointillé façon Seurat, dont les personnages sortiraient d'une brume à la Turner.

 

Un tableau qui se décline en triptyque, trois périodes s'étalant sur une durée de trente cinq ans.

 

Premier volet, tableau de gauche :

Une promenade professionnelle en 1905, sur les pas de Matthew J. Velmont, détective privé sur le retour émargeant à la Pinkerton. Un client européen a envoyé une photo représentant un jeune homme, du nom de Valentin Dana, charge à lui de le retrouver. Il remonte progressivement des pistes, dont il n'est pas sûr, établissant son parcours sur des rumeurs. Dana aurait peut-être été embauché par le Wild West Show, un immense cirque créé par William Cody alias Buffalo Bill, la légende du Far-West et la terreur des bisons. Il aurait pu côtoyer Martha Canary, plus connue sous le nom de Calamity Jane, à Buffalo en 1901. A moins que ce soit au Rocky Mountain Show de Tom Hardwick. Rien pour étayer l'existence de Dana, rien de concret concernant son appartenance au Wild West Show, sauf peut-être des carnets, des relevés de comptabilité, les signalant ensemble ici ou là, sans véritables preuves. Des témoignages prêtant à controverse également.

Le livre de comptes du West Wild Show, le délirium de Calamity Jane, les spectres de Prairie Home, la voix des défunts et celle des quakers conduisent vers Dana aussi sûrement que l'étoile a guidé les mages vers Bethléem.

 

Deuxième volet, tableau central.

Paris 1870 et les mois suivants jusqu'en juin 1871. Paris subit les assauts des Prussiens et va connaître bientôt connaitre la famine, ce qui réduit le bon peuple à se rebeller contre le gouvernement. La Commune prend le relais et les Versaillais ne sont pas tendre envers les rebelles. Les exactions ne se font pas attendre.

Parmi ce tumulte, quelques amis ont l'habitude de se retrouver chez Laveur ou dans d'autres troquets. Parmi eux, des artistes-peintres comme Courbet, Gill ou des littéraires qui ont pour nom Vallès, Verlaine, Vuillaume, ou encore Dana, Marceau, et la belle Manon. Manon est un modèle modèle puisque c'est elle qui choisit ceux qui vont avoir le privilège de reproduire sa beauté sur une toile, et même des parties charmantes de sa féminité, par Courbet notamment.

La rue Haxo est le théâtre d'une tragédie. Des otages sont fusillés et selon des témoins, toujours bien informés, Dana aurait participé à la tuerie. Cinquante et une victimes provenant de la prison de la Roquette, officiellement, mais cinquante-deux d'après un recensement. Condamné à mort Dana est en fuite. Dana, l'homme aux mains de colombes, des mains qui volètent dans l'air, des mains de prestidigitateur. Surgit d'une maison en décombres, la figure d'un gamin, Charles.

 

Troisième volet, tableau de droite.

1898 à Paris. Marceau recherche toujours Dana. Son esprit enfiévré par le laudanum est obnubilé par cette quête infructueuse. Il retrouve Charles, devenu Charles Pathé, qui propose de petits films en provenance de l'Amérique. Sur l'un d'eux, représentant une partie de poker, il pense reconnaître Dana dans le manieur de cartes. L'homme tourne le dos, mais ce sont ses mains agiles qui alertent Marceau. Charles Pathé qui a pris Marceau en amitié, une forme de reconnaissance des événements de 1871, promet de se renseigner auprès de son correspondant américain et diffuseur des petits films.

 

Dernier volet, le fronton.

Retour en 1905 pour l'épilogue de ce roman et de cette histoire ancrée principalement dans les remous de la Commune. Un fronton qui éclaire l'énigme tout en lui gardant une part d'ombre.

 

Patrick Pécherot joue sur les impressions, comme les peintres dont Monet, s'attachant à mettre en scène ses personnages dans les troubles des années 1870 et 1871, les laissant planer dans les brouillards des effluves de la fée verte et du laudanum.

Outre les personnages réels cités ci-dessus, la silhouette de Rimbaud est fortement présente, comme un ectoplasme juché sur une épaule et qui s'enfuit lorsque l'on tourne la tête pour l'apercevoir. D'ailleurs c'est toute l'intrigue qui navigue dans un brouillard, avec parfois quelques éclaircies, pour mieux nous replonger dans le doute et l'incertitude.

Doute et incertitude qui rongent Marceau dans sa quête de Dana l'insaisissable, parti là-bas aux Amériques exercer son talent de mystificateur.

Doute et incertitude qui rongent les Parisiens au cours de ces longs mois de souffrance à cause de la guerre contre la Prusse puis de la Commune.

Un roman qui au départ désarçonne car le lecteur louvoie à vue dans le brouillard. Peu à peu, cela se décante, mais son attention est attirée par les personnages qui gravitent dans l'histoire et dans l'Histoire, délaissant quelque peu Dana qui représente le phare de l'intrigue. Le bateau à la dérive étant Marceau. Et l'on peut se demander si entre Pécherot et Dana le fuyant, l'évasif, il n'existe pas un point commun : celui de se trouver ailleurs où on les attend.

Patrick PECHEROT : Une plaie ouverte. Série Noire. Parution septembre 2015. 272 pages. 16,90€.

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 15:48

Comme Marlborough...

Henri VERNES : L'Ombre jaune s'en va-t-en guerre.

De retour d'Anvers, Bob Morane, accompagné de son fidèle ami Bill Ballantine, est soudain immobilisé à bord de sa voiture près de son domicile parisien.

Dans le même temps la capitale est plongée dans une obscurité totale. Rentrant chez lui à pieds, il s'aperçoit que tous les véhicules sont atteints de cette même panne mystérieuse.

Ces manifestations bizarres seraient-elle en corrélation avec le mini raz-de-marée et les séismes annoncés peu de temps auparavant sur son autoradio ?

Des conjectures qui plongent nos deux amis dans une perplexité inquiète.

Soudain ils sont assaillis par des bandes de dacoïts, des hommes de main de leur célèbre ennemi : l'Ombre jaune. Ils ne doivent leur salut qu'à la présence inespérée d'une jeune asiatique. Ce qui les confirme dans leurs soupçons quant au maître d'œuvre de toutes ces manifestations bizarres, énigmatiques et pour le moins stupéfiantes pour ne pas dire effrayantes.

De nouveau Bob Morane et le géant roux Bill Ballantine se retrouvent confrontés à l'Ombre jaune et à sa soif de destruction de l'humanité.

 

Cette aventure inédite, due à la plume juvénile d'un vieux briscard de l'écriture qu'est Henri Vernes, nous plonge avec délices dans les aventures de Bob Morane qui enchantèrent notre adolescence.

Et ce n'est pas parce qu'elle est éditée dans une collection baptisée Aventures-jeunes que nous les toujours jeunes devons bouder cette récréation. Au contraire. Il faut savoir se retremper de temps à autre dans les lectures vivifiantes de héros baroudeurs, sans peur et sans reproche. Des lectures peut-être empreintes de nostalgie mais qui nous permettent de changer de domaine, de rêver entre deux romans consacrés aux conflits politiques par des auteurs engagés.

Ayant décidé de ne plus vieillir, j'en redemande des romans comme celui-ci, sans prétention mais passionnants.

 

Réédition : L'Ombre jaune N°3, Lefrancq Claude, 1994

Réédition : L'Ombre jaune N°3, Lefrancq Claude, 1994

Réédition : L'Ombre jaune N°10, Ananke, 2002.

Réédition : L'Ombre jaune N°10, Ananke, 2002.

Henri VERNES : L'Ombre jaune s'en va-t-en guerre. Collection Aventures-jeunes. Bob Morane N°9. 192 pages. Parution novembre 1988. Inédit.

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 12:20
Jean AMILA : A qui ai-je l'honneur ?

La question qui tue...

Jean AMILA : A qui ai-je l'honneur ?

Pour avoir tué ou gravement blessé deux malfrats à mains nues, Georges Guillot dit le Gorille de Ville-d'Avray, a passé cinq ans en prison.

Depuis sept ans, il travaille chez Francis, un garagiste de Bercy, et s'est même marié avec Yvette, la fille de son patron. Une vie calme et paisible dont la sérénité est troublée par l'intrusion d'un quidam prénommé Francis, qui lui demande des explications concernant un hold-up exécuté des années auparavant par un de ses anciens compagnons de cellule, Daubrac.

Menacé, Geo se sert de ses poings et laisse Francis pour mort. Rentré chez lui, il répond à un coup de téléphone émanant d'une femme s'inquiétant de Francis et qui lui laisse son numéro, puis il avoue à sa femme et à son beau-père ses antécédents et les événements qui viennent de se dérouler.

Prié de partir il revient quelques heures après pour retrouver son patron amoché, des bons soins organisés par un homme portant rosette de Légion d'Honneur. Quant à sa femme elle a été enlevée par le fameux Francis. Yvette séquestrée dans un manoir normand au bord de la mer profite de l'absence de Francis pour visiter les lieux et découvre à la cave le cadavre mutilé d'une femme macérant dans un jus gélatineux.

Francis est retrouvé décédé des suites des coups portés par Geo et Yvette est surveillée par de nouveaux anges gardiens. Ils réceptionnent au manoir l'homme à la rosette qui est venu de la capitale par hélicoptère. Pendant ce temps Geo demande à Carabi, l'un de ses ex-compagnons, de l'aider. Celui-ci le branche sur Lentraille un officier de police. Grâce au numéro de téléphone noté par Geo, ils localisent une certaine Gisèle qui est de connivence avec les ravisseurs, des barbouzes à la recherche du magot de Daubrac.

Le commissaire Verdier demande à Lentraille de laisser tomber, ce qui est contraire à la déontologie du flic. Lentraille démissionne oralement. Geo, Carabi, Lentraille et Gisèle partent pour Lisieux avec la ferme intention de joindre la femme de Daubrac. Lentraille est obligé d'avaler une nouvelle pilule amère: un certain Milo connaît l'adresse de Daubrac seulement Milo est fiché pour avoir tué un flic. Le périple se prolonge jusque vers Bayeux, Geo et Carabi dans une voiture, Lentraille et Gisèle dans l'autre. Gisèle reconnait dans la nuit ce qu'elle appelle le tank, un véhicule spécialement équipé pour provoquer des accidents de la circulation.

 

Dans ce roman où l'on retrouve en arrière plan le commissaire Verdier, qui une fois de plus plie devant l'intimidation de ses supérieurs, nous assistons à un épisode occulte de la vie des Services Secrets et à une façon originale de pallier une pénurie de fonds. Une trame policière pour impliquer ce qui devient une obsession dans le paysage littéraire de Jean Amila : les Services Secrets et le colonel Foderch.

Le rocambolesque effréné de Terminus Iéna n'est plus de mise et c'est le quotidien qui prend le pas. Une aventure plus terre à terre dans laquelle le simple quidam en marge de la loi pourrait un jour tomber sans devenir un super héros. Etre frustre, Geo est sauvé justement par une certaine naïveté puisqu'il se fie plus à sa force de frappe qu'à ses neurones. Mais qu'en serait-il dans la vie quotidienne ?

 

Stomato quoi ? - Disons dentiste, si vous l'avez mieux en bouche.

Curiosité.

Alors qu'une partie de l'action se passe dans la Manche, il est curieux de trouver un personnage qui se prénomme Milo, diminutif d'Emile, mais n'a rien d'une Vénus.

 

Réédition Carré Noir N°459. Parution le 4 janvier 1983. 224 pages. 3,80€.

Réédition Carré Noir N°459. Parution le 4 janvier 1983. 224 pages. 3,80€.

Jean AMILA : A qui ai-je l'honneur ? Série Noire N°1683. Parution 27 juillet 1974. 192 pages.

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 12:59

Bon anniversaire à Jean-Jacques Reboux, né le 29 octobre 1958.

Jean Jacques REBOUX : La cerise sur le gâteux.

Dans une allée située à l'écart des flonflons de la foire du Trône, des skinheads abattent froidement, pour le plaisir, Alvaro Peirera qui s'amusait en compagnie de Yanissa, sa sœur, et de quelques copains, beurs ou fils d'émigrés comme lui.

De l'autre côté du périphérique, à Charençon le Plomb, dans le quartier rupin des Bartavelles, des coups de feu ont été tirés afin de faire diversion. Yanissa s'enfuit dans la nuit.

Le Poulpe, alias Gabriel Lecouvreur, fidèle à ses convictions, se sent investi du devoir de retrouver les coupables. Il se lie avec un clochard, Joël, qui connaît fort bien les lieux et ses habitants. Cendrine, la meilleure amie de Yanissa, lui narre un épisode survenu un an auparavant : deux flics leur ont fait subir des brimades et Yanissa en est restée traumatisée.

Un mystérieux hôtel particulier, situé aux Bartavelles et surveillé par des policiers municipaux, retient l'attention du Poulpe. Il s'agit de Rosciolli, artiste peintre et surtout ami de Cerisay, le maire de Charençon.

Dans un café, refuge des opposants au premier édile de la cité, Gabriel tient une conférence avec des journalistes underground qui dénoncent la gestion du maire et ses prises de position politiques pour le moins contestables.

Le Poulpe a du pain sur la planche, et cela ne lui déplaît pas, lorsqu'il faut courir au devant de la veuve et de l'orphelin, ou châtier les vers qui rongent la société.

 

Sa virulence, sa hargne envers les comportements racistes, sectaires, anti sociaux placés sous le signe de l'intégrisme, Jean Jacques Reboux réussit à la canaliser dans l'écriture.

Il n'accepte pas les débordements de certains démagogues qui brossent dans le sens du poil. Mais comme il n'a pas la faculté de s'exprimer à la télévision, il le fait par romans interposés, se défoulant allègrement, pour la plus grande joie de ses lecteurs.

On ne trouvera surement pas ses livres dans certaines bibliothèques, quelques municipalité se sentant visées, à tort ou à raison, et surement plus à raison qu'à tort, mais tant qu'on peut se les procurer en librairie, ne boudons pas notre plaisir.

Jean Jacques REBOUX : La cerise sur le gâteux. Le Poulpe N°12, Editions Baleine. Parution septembre 1998. 196 pages. 8,00€.

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 10:05
Lawrence BLOCK : Le blues des alcoolos

Toute la muse hic que j'aimeeu,

elle vient de là hic, elle vient du blues...

Lawrence BLOCK : Le blues des alcoolos

Matthew Scuder, ex-flic, s’est mis à boire afin d’effacer une vieille histoire. Cela ne l’empêche pas de travailler de temps en temps, pour faire plaisir, aidant des amis lorsque ceux-ci sont dans la panade.

Alors il effectue des recherches, de ci de là, en dilettante, surtout pour arrondir ses fins de mois et pouvoir contenter ses envies de bière et de bourbon.

Accessoirement envoyer un mandat à sa femme, dont il est séparé, afin qu’elle élève dignement ses deux garçons.

Coup sur coup il est chargé, quoi que cela ne l’enchante guère, d’enquêter sur le vol dont ont été victimes les tenanciers d’un bar clandestin, de retrouver les registres d’une comptabilité légèrement falsifiée et d’innocenter un homme accusé d’avoir tué sa légitime. Il passe ainsi d’une enquête à l’autre ou il les conduit de front selon son humeur.

 

Principale caractéristique de ce privé sans officine : il fait don du dixième de ce qu’il perçoit aux communautés religieuses.

Comme dans Huit millions de morts en sursis Lawrence Block nous dépeint une tranche de vie new-yorkaise avec humour, noir parfois, et les personnages sont profondément humains et vivants.

Les dialogues sont incisifs mais ne tombent pas dans une certaine facilité où la vulgarité serait de mise.

Réimpression avril 1995. 320 pages. 5,55€.

Réimpression avril 1995. 320 pages. 5,55€.

Lawrence BLOCK : Le blues des alcoolos (When the sacred ginmill closes – 1986. Traduit par Daniel Lemoine.) Série Noire N°2106. Première parution 1987.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 14:54

En piste pour le quadrille...

Michel QUINT : Fox-trot.

La foule est en effervescence, des hommes principalement arrachent des bancs, brandissent à bout de bras des grilles d'arbre, dressent des barricades. Des camions de troupes sont stationnés au bout du Pont de la Concorde qui justement ne règne pas, devant l'Assemblée Nationale, et des silhouettes casquées prêtes à charger.

Nous ne sommes pas en mai 1968 mais le 6 février 1934. L'affaire Stavisky vient d'éclater, éclaboussant les hommes politiques. La droite, l'extrême-droite, des associations d'anciens combattants, les Croix de feu, les Ligueurs prônant le retour de la monarchie et du Duc de Guise, manifestent violemment contre le limogeage du Préfet de Police Chiappe qui entretient des amitiés avec les factieux. Le gouvernement Daladier est sur la sellette.

Dans ce brouhaha, à la sortie de l'hôtel Crillon, Lisa Kaiser, danseuse et trapéziste dans la troupe de Max Rivers, aborde Rita Georg, la grande vedette des cabarets du moment. Elle aimerait que celle-ci l'aide à trouver une place dans une revue. Rita attend un homme qui doit lui remettre quelque chose, mais au moment où celui-ci, qui débouche de la sortie de métro la reconnait et lui fait un signe, il tombe à terre. Dans la bousculade, nombreux sont ceux qui entourent le blessé par balles. Lisa s'empare d'une enveloppe épaisse, et au revoir la compagnie, elle prend le train pour Lille, un retour au pays qu'elle a quitté alors qu'elle n'avait que dix-sept ans. Dans la grosse enveloppe sont glissées deux pochettes plus petites, une contenant des papiers d'immatriculation de véhicules, l'autre une importante somme d'argent.

 

Au même moment, à Lille, la même fièvre que celle qui agite Paris règne et Nelly, modiste et trentenaire florissante se trouve bousculée, un homme lui tient la poitrine, c'est pour la retenir, l'empêcher de tomber à terre, peut-être se faire écraser. Il existe d'autres façons, plus subtiles de faire connaissance, mais Charles Bertin, instituteur, à la petite moustache d'acteur de cinéma, est tout de suite pardonné. Elle en tombe même sous le charme et la modeste modiste se montre amoureuse experte.

Lisa arrive en gare de Lille et elle se fait indiquer l'adresse d'un hôtel grâce au kiosquier qui approvisionne Charles Bertin en journaux. Elle s'installe à l'hôtel de Lyon, sis juste en face de la gare, hôtel qui vient de connaître un drame. Une ressortissante belge s'est fait trucider et ses bijoux se sont évaporés dans la nature. Ceci ne concerne pas Lisa qui a en tête autre chose.

Le lendemain alors qu'elle sort de la gare après avoir acheté au kiosquier un journal, elle manque dégringoler et Charles Bertin qui passait par là la retient de justesse en lui plaquant une main sur la poitrine. Décidément, cela devient une habitude surtout pour Charles qui devient pataud devant les femmes. Puis elle remet à Gustave Noblet l'enveloppe contenant les papiers mais garde devers elle l'argent. Elle obtient un engagement au Sphinx, un cabaret, et se produit dans un numéro particulier de trapéziste.

Charles et son amie Nelly assistent au spectacle que reluque une nombreuse assistance médusée. Lisa pratique ses jeux de barres entièrement nue ! Malheureusement elle est découverte peu après, assassinée, le bas-ventre lacéré comme si on avait voulu la dépiauter, et le piano est éventré.

Tout comme à Paris, la rue est en effervescence. Les différentes associations et partis politiques de droite et extrême-droite manifestent violemment. Le suicide de Stavisky, et le scandale qui continue à alimenter les journaux et les embarras de la classe politique, est à l'origine de ces émeutes. Et rien pour éteindre le feu de l'antisémitisme et du racisme.

C'est dans ce contexte que le commissaire Demeyer demande à son neveu Charles Bertin de se fourvoyer dans ces groupuscules, Croix-de-Feu, Alliance française et autres, et de se comporter en taupe de Roger Salengro, le maire socialiste de la cité nordiste. Un véritable cas de conscience pour ce jeune instituteur qui s'est bagarré avec un de ses collègues justement parce que celui-ci se montrait arrogant en déclarant sa flamme aux idées d'extrême-droite. Un conflit qui vaut à Charles Bertin de se retrouver éloigné de l'Education Nationale pour quelques semaines, étant l'agresseur et malgré son bon droit.

 

La montée de l'extrême-droite, l'antisémitisme et le racisme, dont le liant est la précarité de l'emploi, cela nous ramène à une époque actuelle. Pourtant tout ceci se déroule en 1934, alors que venant d'Outre-Rhin et en Italie les noms de Hitler et Mussolini dépassent les frontières.

Dans ce contexte historique nauséeux, qui prend son origine dans des magouilles financières, l'histoire se répète, se greffe une intrigue policière fort habilement menée. Les personnages secondaires prennent autant de place que les rôles principaux car Michel Quint sait mettre en valeur ces représentants du peuple, dont les idées de gauche sont humanistes, les truands qui traficotent, mais également ceux qui profitent des situations, des opportunistes, sans oublier ce couple de médecins légistes qui officient sur les cadavres sans pour autant négliger la chair fraîche.

Et dans ce petit monde qui gravite, signalons cet brave homme qui a gagné le gros lot à la loterie et vient avec une brouette chercher son gain, le couple de bistrotiers qui ont vendu le billet gagnant ou encore Jojo, le kiosquier qui ne comprend pas le retournement de veste de son ami Charles Bertin.

 

Michel Quint fut professeur de propédeutique théâtrale. Et comme dans pratiquement tous ses romans, le spectacle sous toutes ses formes prend une place importante dans l'intrigue. Dans Fox-trot, le théâtre est représenté avec Charles Bertin l'instituteur qui monte des pièces de théâtre avec ses élèves, mettant en scène un épisode de la Révolution Française. Mais le spectacle produit par Lisa est très visuel, réservé aux adultes naturellement. Et bientôt c'est Carnaval qui va investir les rues de Lille tandis qu'au théâtre est jouée l'opérette l'Auberge du Cheval blanc.

Une nouvelle réussite à mettre à l'actif de Michel Quint qui retrouve la verve des Grands Ducs ou des Joyeuses, dans un contexte historique proche de Veuve Noire.

 

Michel QUINT : Fox-trot. Editions Héloïse d'Ormesson. Parution 8 octobre 2015. 336 pages. 20,00€.

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