Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 14:17

Ne sont pas forcément des chercheurs d'or !

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre.

Pour obtenir un emploi, que faut-il ? Un curriculum vitae en béton ? De l'expérience ? De la hardiesse ? De la chance ?

Surtout de la chance, car pour Karin Frémont, ce n'était pas gagné d'avance. Depuis deux ans qu'elle est demandeuse d'emploi, à vingt-quatre ans, elle commençait à désespérer. Et puis voilà, la secrétaire du riche et énigmatique Harald Schöringen, auteur à succès, lui confirme qu'elle va bientôt lui céder sa place, aspirant à une nouvelle vie, voire un mariage, ou quelque chose comme ça, tout au moins retrouver sa terre natale, la Grande Bretagne. Le fait que Karin porte un prénom à consonance germanique a peut-être été décisif.

Quoi qu'il en soit, la voici apte à devenir la secrétaire de Schöringen, spécialiste du surnaturel, ou encore à l'instar des critiques qui aiment les superlatifs : le Sherlock Holmes du fantastique, le Sulitzer du sensationnel, le Pourfendeur de spectres, en un mot un énigmologue. Il est un véritable phénomène de librairie et pourtant ses œuvres ne sont pas des romans, mais des essais, des études, des documents... Et comme elle possède une licence d'histoire, ce qui l'a amplement servie pour postuler chez Paul Emploi, Karin est plongée dans un domaine qu'elle connait bien, la recherche dans les vieux papiers et les articles journalistiques.

A priori, le travail que va effectuer Karin n'est guère contraignant. Du classement d'articles selon un processus bien défini, plus d'autres bricoles qui sont dans ses cordes. Par exemple aller acheter une pizza chez le restaurateur du coin, lorsque Farida, la femme de ménage est absente et ne peut faire la cuisine. C'est donc sans regret qu'elle quitte Paul Emploi.

Seulement, tout comme Barbe-Bleue, Schöringer interdit à Karin d'entrer dans son antre, son inner sanctum, une pièce dans laquelle il se calfeutre, un appartement dans le vaste appartement situé tout près de la basilique meringuée de Montmartre. Pour correspondre avec son employeur, elle se sert de l'interphone placé à l'entrée de l'inner sanctum, ou par messages via le système intranet de l'appartement. Rarement elle est admise à franchir l'huis de cet antre. Elle est alors face à un homme se déplaçant en fauteuil roulant, aux larges épaules.

Karin est toute contente de pouvoir enfin approvisionner son compte en banque. Elle ne possède comme amis que Josiane, connue lors de son adolescence, et Julien qui sillonne la France en tant que représentant, qu'elle rencontre de temps à autre.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la nuit, ses rêves n'étaient peuplés de visions macabres. Un homme noir, des murs de ténèbres, et autres cauchemars macabres. D'ailleurs cet homme noir il lui semble bien l'avoir entraperçu un jour en montant l'escalier pour rejoindre l'appartement.

Ce qu'elle ignore, elle aurait dû lire le roman car le lecteur lui est au courant, c'est que la bignole est en proie à ce genre de cauchemars, et qu'elle entend la nuit, quand elle est éveillée, des scriiitch... scriiitch... propices à engendrer des cauchemars.

Un beau matin, qui n'est pas si beau que ça d'ailleurs, Karin se réveille après avoir subi une fois de plus les assauts des murs de ténèbres et de l'homme noir. Près d'elle git un cadavre, un sexagénaire qui habite l'immeuble. Or un an plus tôt un homme avait disparu sans laisser de traces...

 

Nimbé d'une aura fantastique, ce roman emprunte à certaines légendes dont celle de l'homme noir. Pour autant il s'agit d'une œuvre bien personnelle que nous offre Patrick Eris, car bien avant le fantastique, c'est l'angoisse latente, qui prend peu à peu des dimensions tragiques, qui imprègne cette histoire.

Une intrigue qui se divise en deux parties, la première parisienne, qui mène Karin de son embauche jusqu'à ce matin de terreur, puis la seconde qui se déroule en province, Schrödinger ayant décidé de s'installer dans une demeure propice à continuer ses recherches et l'écriture de ses manuscrits loin de l'agitation parisienne. Mais pour cela Karin doit découvrir l'habitation adéquate dans laquelle il pourra recréer à l'identique son inner sanctum, lieu auquel il tient tant.

Un ouvrage à placer entre des romans de Georges-Jean Arnaud et ceux de Serge Brussolo, en phase avec ces thèmes de l'homme noir et de la maison-piège, non loin de romans signés Marcel Aymé, comme Le Passe-Muraille et Alexandre Dumas, pour leur côté fantastique diffus, Les Mille et uns fantômes ou Le château d'Eppstein, par exemple.

Lentement l'angoisse monte, progressivement l'épouvante étreint l'héroïne principale, tout doucement l'univers dans lequel elle est plongée se délite. Patrick Eris sait évoquer les frayeurs cachées, les mettre en scène, sans jouer sur le grandiloquent, le sensationnel.

Ce qui n'empêche pas Patrick Eris de jouer avec l'actualité et certains personnages réels. Schöringen a l'habitude de réunir un petit comité d'amis choisis, d'écrivains et de chroniqueurs, afin de dîner ensemble et passer la soirée. Mais :

Tu sais, si tu t'attendais à voir du people, tu vas être déçue ! Même ces deux frangins bizarres dont on parle à la télé, eh bien, ils ne sont jamais venus ! Schöringen les déteste.

Lorsque les fous sont plus nombreux que les gens sains d'esprit, n'est-ce pas ces derniers que l'on fait enfermer ?

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre. Collection Sentiers obscurs. Editions du Riez. Parution 9 février 2016. 308 pages. 16,90€.

Repost 0
7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 11:14

Je vous ai apporté des bonbons...

SAN-ANTONIO : Des dragées sans baptême.

Le commissaire San-Antonio n'en revient pas. Son collègue aux Services Spéciaux est un traître. Et le Vieux, qui parfois cultive les idées spéciales, signifie à San-Antonio que le meilleur moyen de se débarrasser d'un mouton noir, d'une brebis galeuse, d'un ovin non ovni, est justement de s'en débarrasser. Et le seul qui serait apte à le faire n'est autre que notre commissaire.

Le tout en douceur, sans que les autres, les commanditaires de Wolf, ce loup dans la bergerie, se doute de quoique que ce soit. Le Vieux est persuasif : Il a une façon de présenter les choses qui rendrait baba un ministres des Affaires Etrangères.

Pour accomplir sa mission à bien, San-A rencontre Nez-Creux, un ancien jockey reconvertit dans la brocante et le transport de revues dites porno en Belgique. Il lui achète une arme à feu et lui conseille de se rendre de l'autre côté de la frontière. Ce n'est qu'une mise en scène afin de pouvoir faire arraisonner Nez-Creux à la Gare du Nord et assurer ses arrières.

Puis San-A avance ses pions téléphonant au Vieux afin de lui envoyer un homme pour l'aider dans une démarche. Comme convenu c'est Wolf qui est désigné et en l'attendant il s'enfile au bar, d'où il a passé son coup de fil, sept petits verres, pas moins. San-A fait croire à Wolf qu'ils vont appréhender Nez-Creux et l'emmène dans un hangar, un véritable guet-apens. Il tire sur Wolf, le blesse mortellement. Son ancien coéquipier a le temps, avant d'expirer, de souffler : demain, on va tuer... Orsay...

Un boulot d'effectué, un autre se profile. Et celui-là s'avère nettement plus compliqué et mettant en cause des personnalités politiques étrangères. Car une réunion au sommet entre les quatre grands et leurs représentants doit avoir lieu au Quai d'Orsay. Et une statue, le buste de Montesquieu, pourrait en être le déclencheur. Il ne reste plus à San-A qui n'a pas peur de se fourvoyer dans les pires situations et ne ménageant pas les coups durs, de se lancer dans la bagarre, avec l'aval du Vieux évidemment. Il n'a que vingt-quatre heures pour élucider cette enquête.

 

Ce roman est le cinquième San-Antonio paru dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir et l'on sent toujours de la retenue dans l'écriture de la part de Frédéric Dard. De l'humour certes, de l'ironie, des scènes amusantes, un peu d'argot bon enfant, mais pas ce qui deviendra par la suite une succession de situations cocasses, de jeux de mots, de clins d'œil et de notes en bas de page qui seront une forme de complicité, de connivence certaine avec le lecteur. Le tandem Bérurier Pinaud n'est pas encore présent.

Entre roman policier et contre-espionnage, ce roman s'inscrit dans une veine classique avec toutefois ce petit quelques chose qui promet de grandes envolées lyriques et parfois pessimistes. Les métaphores amusantes sont nombreuses donnant un ton particulier qui sera exploité jusqu'à plus soif.

Le commissaire San-Antonio est un homme comme les autres, ceux des années cinquante. Il ne rechigne pas devant un verre de Beaujolais, quelques fines, même dans la matinée, des verres de vin blanc, et autres liquides susceptibles de caler son estomac et huiler l'engrenage de ses neurones.

Déjà il est intéressé par des rapports féminin-masculin, mais la description de ces relations et liaisons, à même une table, ne tombe pas dans la description évocatrice de ses aventures postérieures.

Toutefois on découvre un San-Antonio méconnu, un homme qui doit faire front et n'a pas de veine. Sans être jugulaire jugulaire, il doit se défendre bec et ongle envers un adversaire coriace. Et le meilleur moyen pour lui faire lâcher prise est de le mordre au cou tel un vampire.

 

Curiosité : A noter que la version numérique est plus chère que la réédition. On n'arrête pas le progrès !

Première édition : collection Spécial Police N°38. 1953.

Première édition : collection Spécial Police N°38. 1953.

SAN-ANTONIO : Des dragées sans baptême.

SAN-ANTONIO : Des dragées sans baptême. Editions Pocket. Parution 26 novembre 2015. 256 pages. 6,30€. Version numérique 6,49€.

Repost 0
4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 15:37

Et je dirais même plus : sur la côte d'eau pâle !

Jean-Christophe MACQUET : Un Américain sur la Côte d'Opale.

Tout ça parce qu'un ingénieur hydrographe s'est trompé dans ses calculs !

En effet Boivin, l'ingénieur en question, a ordonné le second forage afin de découvrir la source des eaux du bois de Rombly, propriété de la société d'exploitation de l'eau de source Valroy, mais en vain. Ce n'était pas au bon endroit. Et bien évidemment le directeur n'est pas satisfait de son travail. L'augmentation espérée, Boivin gagne bien sa vie mais sa femme dépense plus vite qu'il engrange, ne lui est plus accordée.

Les ouvriers sont arrivés à des bandes de sable, mais surtout, dessous, ils ont mis à jour des ossements. Humains les ossements, et celui qui prétend que l'os ment, il se trompe. Plus étonnant, ils ont remonté à la surface une espèce de plastron, un pectoral forgé dans une matière qui, nettoyée, pourrait être de l'or. Boivin décide de s'accaparer cette relique afin de la vendre, associé à un historien local qui pense en connaître ou au moins en déterminer la provenance.

Dans le milieu du XVIIe siècle, un cataclysme a ravagé les Côtes d'Opale, l'ancien village de Rombly se trouvant enfoui sous les sables amenés par un énorme mascaret.

Boivin, malgré son statut d'ingénieur, n'est guère futé. il aurait dû se douter que son geste ne passerait pas inaperçu. Il suppose qu'en monnayant son trophée, il va se remettre en fonds. Une illusion. D'autant que d'autres personnes sont à la recherche de ce pectoral, dont une ressortissante colombienne, adepte de cette religion vaudou qui s'est disséminée insidieusement de par le monde.

Une légende, venue d'ailleurs, affirmerait que ce pectoral, sur lequel sont gravées des inscriptions à la signification inconnue des profanes représente un masque bizarre, qui pourrait être, ceci sous toutes réserves, la représentation d'une sorte de pieuvre géante à visage humain dénommée Cthulhu.

 

 

Placé sous l'ombre tutélaire de Howard Philip Lovecraft, ce roman lorgne vers un côté fantastique maritime mais sans pour cela que cette ambiance soit trop appuyée.

Jean-Christophe Macquet débute cette histoire par une partie historique située le 21 février 1636. Le Saint-Michel, un superbe trois-mâts corsaire, entre en baie de Canche avec à son bord des prisonniers espagnols et un moine mutique. Parmi la cargaison que contenait le galion espagnol arraisonné par les corsaires, un drôle d'objet en or, un pectoral. Le moine daigne parler, un peu, se déclarant ennemi des hispaniques, et réclame son bien qu'il juge inestimable. Dans la nuit se déclenche la fameuse tempête qui balaiera tout sur son passage, enfouissant l'ancien village de Rombly.

Quelques siècles plus tard, débarquent à Insmouth, dans le Massachussetts, l'inspecteur Matingout et l'agent spécial Walter Smith. Ils sont à la recherche d'un couple, dont Henri Delafontaine, en provenance de la Louisiane, identifié comme un grand prêtre d'un culte mystérieux, le vaudou. Il serait accompagné d'une certaine Ursula Morales, veuve d'un anarchiste français, Emile Dubois, condamné à mort et fusillé à Valparaiso peu de temps auparavant.

 

Dans ce récit, qui suit un ordre chronologique, évoluent par la suite, au moment de la découverte du pectoral et sa soustraction par Boivin, le policier français Louis Delamer, qui est sur la trace d'une Colombienne, Ursula Morales, plus quelques autres personnages dont un énigmatique peintre américain qui réserve la vue de sa production à des amis choisis.

 

Entre policier et fantastique, ce roman qui inaugure la nouvelle collection Belle Epoque, se lit avec un plaisir trouble, dont certains personnages ont réellement existé, par exemple l'anarchiste Emile Dubois, un enfant du pays. Il n'est pas nécessaire de connaître l'œuvre de Lovecraft pour en apprécier l'hommage au maître de Providence.

Cette plongée dans une époque considérée comme belle, nous ramène à des points plus terre-à-terre. Le racisme latent, ordinaire, quotidien, qui ne s'avoue pas comme tel. Ainsi l'un des protagonistes parlant d'un couple évoluant sur la plage de Wimereux, s'exprime ainsi : Je les ai croisés sur le boulevard de la Plage, et puis le mari... c'est un négro !

C'est également une page d'histoire, souvent méconnue, que met en scène l'auteur, lorsque par exemple il évoque un certain Charles-Joseph Bonaparte, petit-neveu de Napoléon 1er, né à Baltimore en 1851 et créateur du BOI : Bureau Of Investigation, l'ancêtre de l'actuel FBI.

Jean-Christophe MACQUET : Un Américain sur la Côte d'Opale. Collection Belle Epoque. Pôle Nord éditions. Parution le 9 novembre 2015. 218 pages. 10,00€.

Repost 0
3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 15:13

Ah les fraises et les framboises...

Jacques BABLON : Rouge écarlate.

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/2015/02/jacques-bablon-trait-bleu.html

Mais les framboises sont absentes et les fraises mortifères.

Tout a commencé par la mort d'un chien écrasé par inadvertance. Marcus Gulbis ne l'avait pas vue cette pauvre bête. Pas entendue non plus à cause de la radio. Et puis qu'est-ce qu'elle faisait derrière sa voiture ?

Des relations de voisinage qui se sont refroidies, comme le chien, d'un seul coup. Mais Joseph Salkov ne pouvait pas en vouloir à Rosy, la rondelette femme de Marcus, et encore moins à Angelo, leur fils qui vient chercher parfois son ballon dans son jardin. Les relations entre Joseph et Rosy se sont distendues aussi, pas à cause du chien, non, mais parce qu'elle s'était enveloppée davantage, qu'elle avait été enceinte, et puis la routine.

A moins que tout a débuté par une fraise dégustée par Salma, accorte trentenaire, alors qu'elle se défoule comme souvent en courant sur le bord d'une petite route, un aller et retour chronométré. Des femmes dans un champs, des plantes à ras du sol, un homme qui lui tend un sac comme s'il était son ravitailleur. Elle ne pensait pas s'arrêter, tant pis elle fait demi-tour, pioche dans le pochon, goûte une fraise juteuse, puis deux, puis tout s'enchaîne.

Les femmes ne parlent pas, tout juste un sourire mitigé. L'homme l'invite à prendre un verre, lui fait découvrir la musique classique, plus particulièrement La Callas, lui propose de dormir ensuite dans une chambre d'ami. Bien gentil le monsieur qui veut même lui offrir une séance hygiénique, qu'elle refuse en lui en lui fracassant une lampe de chevet sur la tête. Elle tente de se réfugier mais l'homme la poursuit, tout le monde dégringole, il la frappe, elle se rattrape à une herse, celle-ci prise de mouvements plante ses dents dans la cuisse de l'individu qui aurait mieux fait de rester à compter ses fraises. Puis elle rentre chez elle, une odeur de fraise plein les narines. Mais elle est amochée et un plâtre est nécessaire, son nez ayant dégusté dans la prise de bec.

Marcus Gulbis n'est pas vraiment ce qu'il prétend être. Son métier de comptable, c'est une couverture, en réalité il traficote avec des Coréens, du Nord ou du Sud, on ne sait pas, pas de ségrégation dans les affaires louches. Et il a une maîtresse, c'est bon pour le standing. Seulement les commanditaires de Marcus ne sont pas des pieds-tendres, il ne se doute pas encore qu'on va lui offrir une dégustation de pruneaux.

Joseph ne soufre vraiment plus son voisin, ni sa voisine, et pourtant lorsque Rosy lui envoie un message lui suggérant de venir réparer le tuyau de gaz bouffé par les rats, il comprend tout de suite qu'elle a besoin de lui pour une petit épanchement. Hélas, il a beau essayer, son tuyau de gaz reste ramolli et il ne peut contenter Rosy qui pourtant en avait bien envie.

Salma ne reste pas les mains dans les poches. Invitée à une soirée de copines d'école, elle se retrouve ensuquée, ramenée chez elle par le mari d'une des femmes. Stefan, joli prénom Stefan, mais gentil le garçon qui l'aidera quand les affaires commenceront vraiment à aller très mal.

Le drame éclate. D'abord c'est l'élimination directe de Marcus et de Rosy. Angelo ne doit sa survie qu'à sa présence d'esprit, c'est à dire tomber opportunément dans les pommes. Joseph découvre le carnage, prend peur, oublie qu'il avait quelque chose à cuire dans le four, part précipitamment, le feu se déclare chez lui, la catastrophe. Et Salma dans tout ça ? Elle est en butte avec les séides de son violeur d'un soir, va toutefois lier connaissance et même entretenir une espérance d'amitié avec une des cueilleuses de fraise, une étrangère bien évidemment, car le ramassage des fraises se fait au noir, même si c'est en plein jour.

 

Et tout le monde se met à cavaler, sauf les morts bien évidemment, dans tous les sens ou les uns après les autres, l'inspecteur Schifano à leurs trousses, courant après un os dont il ne connait même pas la forme, l'origine, le pourquoi du comment, s'emmêlant dans des suppositions et en arrivant toutefois au but comme la tortue poursuivant des lièvres véloces.

 

Le lieu où se déroule l'action n'est pas précisé. Seulement que ce n'est pas très loin de la mer. Cela importe peu à l'auteur et au lecteur par voie de conséquence. C'est l'action qui prime, partant dans tous les sens, se rejoignant enfin dans un final quasi moral.

De tous ces personnages qui courent à perdre haleine dans une intrigue diaboliquement ficelée, Angelo est balloté dans une histoire à laquelle il ne comprend rien. Il a six ans, est mutique, comme s'il était autiste. Il est vrai qu'il n'a pas son mot à dire dans ce méli-mélo d'adultes, pourtant il en est également une victime. Heureusement des grandes personnes vont veiller sur lui, car lui aussi risque sa vie alors que le pauvre n'a rien demandé, pas même à manger des fraises.

Jacques Bablon, utilise son stylo (c'est une figure de style) comme le boucher son couteau à parer la viande. Un désosseur ça s'appelle parait-il. Et Jacques Bablon dégraisse, dénerve, pare son texte pour ne lui en laisser que les morceaux choisis. Et malgré tout c'est nerveux comme écriture, c'est rapide, c'est sec, et une fois fini, le lecteur se rend compte qu'il vient de savourer un roman bien ficelé, juteux à souhait, pas trop cuit, un peu saignant même. Une belle présentation pour un repas de lecture qui se clôturera comme il se doit par une poignée de fraises bien juteuses.

 

A lire également de Jacques Bablon : Trait bleu

Jacques BABLON : Rouge écarlate. Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 15 février 2016. 192 pages. 17,50€.

Repost 0
Published by Oncle Paul
commenter cet article
2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 17:04

Hommage à Jan Thirion qui vient de rejoindre

le Paradis des écrivains...

Jan THIRION : Xotic.

Dans un pavillon vert

Seul avec madame Lotus, Héli ressent les sensations d'un désir attisé par des peintures, des tableaux accrochés au mur et dont la signification est cachée. Pas aux yeux de tous, pas aux yeux de ceux qui savent déchiffrer les messages grâce à leur connaissance des traités d'érotologie chinoise.

Et les sensations qui devraient emmener au ciel la femme, c'est lui qui les perçoit, de tous son corps, de tout son être.

Emporté par le désir, il parle et madame Lotus, tandis qu'elle s'essuie les mains à une serviette chaude, lui demande ce que peut vouloir dire Tilde. Les autres mots, elle les connait, les a déjà entendu proférés par d'autres bouches exhalant l'extase, mais Tilde, ma tilde comme il a dit, elle ne comprend pas.

Alors Héli se rend compte qu'il a évoqué Mathilde. Que répondre à cette demande d'explication sans trop racler les souvenirs, sans se mettre à nu. Il invente.

Extrait de la « Soupe tonkinoise »

 

Au jardin botanique

L'agitation règne au Jardin botanique, les spectateurs attendent, prêts pour le spectacle qui va débuter. Héli attend Mathilde. Enfin il l'aperçoit en compagnie sa cousine, religieuse en habit noir. Il attend l'extinction des feux pour pouvoir se rapprocher d'elle, de Mathilde. Enfin, il se positionne derrière elle, à la toucher presque tandis que sœur Blandine devant eux n'a d'yeux que pour la scène qui va se dérouler bientôt. Alors il sort son couteau...

Extrait de la « Soupe tonkinoise »

 

En pousse-pousse

Héli hélé est étonné. Personne ne l'appelle ainsi, Héli. Sauf Marthe, qu'il a connu tout jeune, mais qui ne jouait pas avec eux, frères et cousins. Marthe qui habite à Hanoï mais il ne s'attendait pas à la rencontrer dans la rue des Vermicelles, dans un pousse-pousse à proximité d'une fumerie d'opium. Il l'aimait, croyait que c'était fini, mais pas de rémission pour la maladie d'amour.

Extrait de « Le Complot des empoisonneurs » Inédit.

 

A la caserne

Héli rêve à moins qu'il joue avec la boîte à souvenirs. Souvenirs entretenus par des images, une mèche de cheveux de Marthe dans un coffret, un foulard encore humide de ses larmes, une lettre arrivée la veille et non décachetée, un livre sur le Tonkin, une arme à feu, un modèle autrichien ancien mais qui fonctionne encore. Il doit rendre son rapport sur des événements survenus la veille. Lorsqu'on lui annonce qu'il a de la visite, une dame...

Extrait de « Le Complot des empoisonneurs » Inédit.

 

Ancré dans le Tonkin, au temps des colonies, ce recueil de nouvelles est empreint d'une poésie érotique, ou d'un érotisme poétique, sage. Tout est décliné en douceur, en finesse, même lorsque les scènes qui pourraient être tragiques se révèlent humoristiques, comme sorties d'un petit film en noir et blanc presque muet.

Jan Thirion vient de partir, mais il restera en nous par ses écrits. Quelque chose en nous de Jan Thirion, pourrait-on presque murmurer... des images, des senteurs, des odeurs, des sensations que l'on perçoit grâce à une force d'écriture qui lui est propre, qui nous emmène au delà des océans, dans un pays qu'il restitue avec charme et lyrisme.

Jan THIRION : Xotic. Nouvelles numériques. Collection Culissime. Editions Ska. 1,49€. Nouvelles tirées de deux romans de Jan Thirion : La soupe tonkinoise (TME) et Le complot des empoisonneurs (inédit).

Repost 0
1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 17:08

Le nez dans la poussière...

C'est pas la faute à Voltaire !

Frédéric LENORMAND : Docteur Voltaire et Mister Hyde.

Et de la poussière, il en vole dans Paris et plus particulièrement dans l'échoppe d'un apothicaire. Une poudre blanche qui provoque la mort du potard. Pour les policiers arrivés sur place, il ne fait aucun doute, l'homme a été poignardé. Pour le médecin, la situation est plus grave. Le défunt avait contracté la peste. Mais il ne faut pas ébruiter cette information, afin d'éviter un vent de panique qui pourrait se transmettre comme une traînée de poudre. Il ne faut en aucun cas que les Parisiens s'affolent. Dernière petite précision, le pharmacien italien se nommait Sanofo Sanofi, un nom prédestiné.

Pendant ce temps François-Marie Arouet, plus connu des collégiens et des lycéens sous le nom de Voltaire, passe du bon temps à Cirey, propriété de la famille du Châtelet dont une représentante est Emilie, sa maîtresse avouée. La noble demeure tombe en ruines et il a toute latitude pour rénover ce château ancestral. Il ne ménage pas sa peine, ni l'argent. Emilie bientôt vient lui rendre visite. Mais ils ne s'entendent pas sur la disposition des fenêtres, des escaliers, de petits détails.

Des Anglais viennent s'immiscer dans ce bel ordonnancement foutraque. Accompagné de deux personnages qui feraient fortune dans une foire aux monstres, le sujet de la perfide Albion se présente. Hyde, gardeneur, enfin jardinier-paysagiste, baronet of Jek'Hill. Mais les incidents s'enchaînent. Voltaire manque sombrer alors qu'il s'est réfugié à bord d'un canot. Il est sauvé de la noyade par Buffon, qui se promenait dans le quartier, étudiant faune et flore. Il échappe également de peu à une poutre éprise de liberté qui tombe d'un échafaudage. Et un message codé lui est remis, signifiant à peu près qu'il est en danger, qu'il doit regagner Paris au plus vite. Signé un admirateur secret.

C'est le départ pour la capitale mais les soldats rôdent. Hyde lui conseille de se cacher dans une malle capitonnée, lubie à laquelle il se plie volontiers. Enfin presque. La cantine est emplie de ses œuvres tandis que Voltaire qui se doutait d'une manœuvre pas très catholique gagne Paris dans la voiture d'Emilie. Arrêté par les douaniers, il ne peut faire que contre mauvaise fortune bon cœur. Ses charcuteries lorraines, rillettes et saucissons sont taxés hors de prix.

- Mais c'est vu vol, s'insurgea la philosophie maltraitée.
- oui, mais c'est décidé par l'Etat, alors c'est légal, dit le douanier.

Alors que le syndrome de la peste s'est propagé comme une traînée de poudre (bis), Hérault, lieutenant de police, mande à Voltaire d'enquêter sur cette manifestation mettant en péril la vie de ses concitoyens, malgré les gens d'arme qui sont à la recherche du philosophe pour ses écrits séditieux. Voltaire, toujours accompagné de son fidèle secrétaire, l'abbé Linant, s'installe chez son frère Armand, celui-ci supposé vaquer en un autre lieu en province. Il se vêt des habits de son aîné et bientôt il va se trouver confronté à de nombreuses péripéties, en compagnie ou séparément et malgré lui, d'Armand, receveur des épices, ce qui ne veut pas dire qu'il était épicier, mais qu'il était chargé de percevoir la taxe due pour les minutes à l'issue d'un procès par écrit. Ce point d'histoire éclairci, revenons à nos moutons comme disait Panurge.

Et c'est ainsi qu'entre Voltaire et son frère Armand s'établit un chassé-croisé qui met aux prises les deux hommes à des personnages qui prennent l'un pour l'autre, et inversement.

 

Un livre réjouissant, humoristique, mettant Voltaire dans des situations périlleuses, mêlant personnages de fiction et ceux ayant véritablement existés.

Les rapports entre Voltaire et son frère, qui s'entendent comme chien et chat, leurs démêlés, les incidents, pour ne pas dire les accidents et tentatives de meurtre auxquels ils sont confrontés, l'ambiance qui règne dans un Paris pesteux, et les manigances médicales et autres, les tours de passe-passe, tout ceci fait de ce roman un livre hautement jouissif.

Voltaire est montré sous un jour facétieux, entre Louis de Funés et Rowan Atkinson (mais si, vous connaissez ! Mister Bean !), et pourtant certains épisodes sont véridiques. Pour preuve les différents documents, lettres principalement, qui sont donnés en exemple en fin de volume.

Voltaire est en avance sur son temps et certaines de ses expressions resteront dans la mémoire musicale. Ainsi s'écrie-t-il, alors qu'il est dans une barque en train de couler : Help ! I need somebody ! Help ! Des paroles dont s'empareront quatre garçons dans le vent plus de deux siècles plus tard pour forger un tube mondial, le terme planétaire devenant tellement galvaudé, et qui marquerat toute une génération.

Les petites répliques acides, les remarques non dénuées de bon sens prolifèrent comme autant de piques :

- Les gens ont du mal à comprendre que les livres sont tous différents, surtout quand ils ne les lisent pas.

Et l'auteur, Frédéric Lenormand, ne se prive pas de s'amuser avec l'actualité, qui comme nous le savons, n'est qu'une répétition d'épisodes déjà joués dans les siècles précédents.

- Alors ? Vous avez réfléchi à ma proposition ?
- J'y pense tous les matins en me rasant.
- Tiens ? Vous vous rasez vous-même ?
- Oui, je côtoie trop de raseurs dans la journée.

Frédéric LENORMAND : Docteur Voltaire et Mister Hyde. Voltaire mène l'enquête. Editions Jean-Claude Lattès. Parution 3 février 2016. 342 pages. 18,00€.

Repost 0
29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 14:37

Allez hop, tout le monde à la campagne...

Franck BOUYSSE : Plateau.

Là-haut sur le plateau corrézien. Un chemin pierreux qui mène aux Cabanes. Quelques maisons, une de chaque côté du passage et la troisième au fond, en cul de sac. A quelques kilomètres de Toy-Viam, un village jouet d'environ trente quatre âmes.

La première, une ferme en U, est habitée par Virgile et sa femme Judith. Ils ne sont plus de toute première jeunesse mais ils possèdent encore quelques vaches, des brebis et des poules. Une petite exploitation familiale qui leur suffit pour vivre. Seulement Judith est ébranlée de la mémoire. Elle ne se souvient plus ou répète des gestes qu'elle a effectuée lorsqu'elle était plus jeune. Egorger des poules par exemple, les plumer, alors que Virgile ne lui avait rien demandé. Ça a un nom mais je ne m'en souviens plus très bien. Parfois elle a des sursauts de raisonnabilité mais c'est de plus en plus rare. Il faudra bien penser à y remédier un jour.

Un peu plus loin en montant, celle de Georges le neveu de Virgile, une bâtisse qui ne vit plus. Georges réside dans une caravane, il n'est jamais entré dans la maison. Aujourd'hui quadragénaire, il a perdu ses parents à l'âge de quatre ans. Un accident bête, un camion. C'est Virgile qui lui a raconté l'historie, sobrement. Virgile et Judith qui l'ont élevé, mais il s'est jamais senti proche d'eux. Et inversement. Il élève lui aussi brebis et agneaux, va parfois à la ville. Il est seul, ce qui ne l'empêche pas d'entretenir sa caravane. Il est soigneux, voire méticuleux. Une caravane dont il est tombé amoureux quand il l'a vue dans une casse. Des cartons pleins de livres moisis dedans, qu'il a posés sur des étagères. Les livres, pas les cartons.

Et puis il y a Karl. C'est pas un gars du pays. Il a débarqué un beau jour, avec un sac de marin contenant ses affaires et deux housses recelant des armes à feu et leurs munitions. Il s'est installé là-bas, au fond, au bout du chemin, dans la maison du vieux Clovis, mort durant un hiver. Il l'achetée cette demeure hybride, ni vraiment ferme ni vraiment simple maison, un bâtiment décrépit. Plus une écurie et du terrain en friche. Ça lui suffit à cet homme solitaire qui parait redouter la solitude. Parfois il requiert les services de Virgile qui obligeamment lui bande ses grosses mains. Karl est un ancien boxeur qui continue à s'entraîner sur son sac à taper dessus comme s'il voulait le réduire à l'état de crêpe.

Il discute souvent avec Virgile, de choses et d'autres, de tout et de rien. De la philosophie pastorale, de théories bibliques, de l'air du temps, un peu d'eux. Le tout dans une entente cordiale même si les répliques sont parfois acrimonieuses. Par exemple ce petit échange amical :

- T'es bien un vrai paysan, toi.
- Ça veut dire quoi ?
- Que t'as sûrement plus de réponses à donner que de questions à poser.
- C'est un genre de leçons ? Venant d'un type qui en a visiblement pas retenu beaucoup, ça me fait plutôt rigoler.

Et puis un jour Cory arrive de la ville fuyant l'homme-torture. Cory est lasse de subir les avanies et les coups d'un amant violent. C'est la nièce de Judith, et Virgile bon cœur a accepté qu'elle vienne se réfugier aux Cabanes. Georges est chargé d'aller la chercher à la gare et de l'héberger dans sa caravane. Il faudra s'y faire à cette proximité, s'arranger pour que chacun puisse cohabiter sans faire de vagues et de remous.

Ce qu'ils ne savent pas, c'est que justement les vagues et les remous vont bientôt déferler sous forme de mascaret inspiré par un chasseur qui rôde dans la campagne et les bois environnants. Une silhouette que Karl a entraperçu alors qu'il chassait l'oie sauvage et qu'Un vol de perdreaux par dessus les champs montait dans les nuages, la forêt chantait, le soleil brillait au bout des marécages...

Et puis il y a les interrogations, de celles qui n'ont pas de réponses, ou plutôt si, qui en ont mais il faut aller les rechercher loin derrière soi, lorsqu'on était plus jeune, des réminiscences qui encombrent l'esprit et que certains s'amusent à déterrer, pour le plaisir et la cupidité.

 

Certains romans sont de véritables autoroutes avec parfois de petites aires de repos aménagées pour le lecteur.

Plateau, c'est un petit chemin, qui sent la noisette, et qui mène tout doucement vers des horizons inconnus. Le promeneur-lecteur l'emprunte sachant que tout au long du parcours il sera amené à vagabonder, à observer le ciel, le paysage, à contempler la faune, à regarder au-delà de ce que les yeux peuvent percevoir, à grimper les talus, sauter dans les fossés, se tremper les pieds dans des marécages, flâner et rêver. Et ce qu'il y au bout de ce chemin qui grimpe vers l'Eden, n'est-ce peut-être qu'une illusion, un mirage, un enfer.

Une promenade en vert et noir, une symphonie pastorale admirablement contée par Franck Bouysse.

Franck BOUYSSE : Plateau. Collection Territori. Editions La Manufacture de Livres. Parution le 7 janvier 2016. 304 pages. 18,90€.

Repost 0
28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 15:34

Je rêvais d'un autre monde...

Ces émules de Masterton l'ont réalisé !

Les Mondes de MASTERTON : Anthologie Hommage à Graham Masterton présentée par Marc BAILLY.

Etant quelque peu fainéant par nature, et estimant que Marc Bailly a mieux présenté cet ouvrage que je ne saurais le faire, voici donc un petit extrait de sa préface afin de vous mettre en appétit.

S'approprier l'univers d'un auteur n'est jamais chose facile. Entrer dans son monde, continuer une de ses histoires, faire vivre des personnages que cet auteur a eu du mal à faire naître est très délicat. Et pourtant, c'est le but de ces Mondes de Masterton.

Chaque auteur qui a collaboré ici l'a fait pour rendre hommage au grand raconteur d'histoires qu'est Graham Masterton. Et chacun a écrit avec sincérité, avec ses propres émotions, sa propre sensibilité, sont style évidemment. Et pourtant, tous ont su garder cette petite touche, ce petit quelque chose qui fait que l'on se retrouve immédiatement dans du Masterton pur jus.

Et lorsque l'on lit ces treize nouvelles, on s'aperçoit qu'il ne s'agit pas de la part des auteurs de parodier, de pasticher, mais bien d'œuvrer dans la continuité, tout en respectant leur propre façon d'écrire et en l'incorporant à l'univers multiple de Masterton. Et s'il s'agit bien de nouvelles fantastiques, les thèmes peuvent être totalement différents dans leur inspiration, et traités non pas à la manière de... mais de façon personnelle.

 

Ainsi Boris et François Darnaudet dans La voie des Yamabushi développent un épisode à peine évoqué dans Tengu. Un choix personnel expliqué en présentation de la nouvelle. Pour François, c'est par l'intégrale Néo dans les années 80 qu'il découvre Masterton, et peut-être ce qui lui donne envie d'écrire. Pour Boris, c'est l'attrait du Japon, des arts martiaux et de la mythologie japonaise qui a dicté le choix d'écriture. Je dois avouer que cette nouvelle ne m'a guère passionné, n'étant pas un amateur des histoires japonisantes avec ninjas, samouraïs et autres guerriers. Ce n'est pas ma tasse de thé (japonais). Seuls les cerisiers en fleurs et les geishas, pour des raisons différentes, m'attirent. Mais cela ne remet pas en cause la qualité des auteurs et de leur texte. Et heureusement tous les lecteurs ne partagent pas mon avis ou mes goûts.

 

Jean-Christophe Chaumette : Emet (Vérité). Le professeur Serge Delacour n'est pas le bienvenu à Montréal. Il s'en rend compte dès son arrivée, réceptionné à l'aéroport par un géant, vert de rage, bourru et contrarié. Faut dire que la venue du professeur Delacour est fort peu prisée. Il veut analyser certains objets détenus dans le musée de l'Holocauste canadien, et prouver en effectuant des recherches d'ADN si ces sortes de trophées ont été fabriqués par les nazis à partir de déportés censés avoir été exterminés dans des camps. Mais surtout, à partir de ses recherches déterminer qu'il ne s'agit pas de cadavres de Juifs qui auraient servi pour des détournements mobiliers et autres. Car Delacour est un négationniste et il veut prouver que ce ne sont que légendes qui circulent au sujet des camps nazis et de l'extermination des Juifs. Un sujet sensible traité avec justesse et humanisme.

 

Avec Chute d'une damnée, Jess Kaan propose une préquelle du Portrait du mal, c'est à dire une analepse, ou, pour ceux qui manquent de vocabulaire français et préfèrent les anglicismes, un flashback. Printemps 1916. Le caporal-estafette allemand a pris ses habitudes dans un bistrot, dégustant son petit verre rituel de genièvre. Un jour son regard d'artiste est attiré par un tableau accroché au fond de la salle. Et ce tableau lui fait de l'œil. Une église de pierre dans une campagne arborée, tout ce qu'il y a de plus banal et pourtant il s'en dégage une solennité qui ne laisse pas indifférent le soldat. La peinture est l'œuvre d'un artiste local, un Flamand. Il lui faut absolument rencontrer ce peintre retiré et vivant en ermite.

Jess Kaan nous réserve une jolie surprise en forme d'épilogue dans un contexte historique qui ne manque pas de sel.

 

Les chiens noirs de Brice Tarvel nous raconte une histoire qui pourrait être banale, ancrée dans le quotidien.

Une Chevrolet Impala sur une route canadienne, bravant la pluie, avec à bord Lester, qui conduit, et Rachel, sa femme, et Melinda, sa gamine, à l'arrière. Une phare vient de déclarer forfait. De toute façon il n'a pas d'ampoule de rechange. Lester s'est adonné à la boisson, il a perdu son travail, et ils se rendent chez tante Rosanna qui vit dans un trou perdu au milieu d'un élevage de poules. Et pour être perdu, Lester l'est. Soudain un chien noir au milieu de la route. Lester perd le contrôle de sa voiture comme celui de ses nerfs. Rachel est durement secouée, Melinda dite Choupette se retrouve coincée entre les sièges quant à Lester il est mort, ou dans les pommes. Non, il n'a rien, juste la tête qui a cogné contre le volant. Et pas de téléphone pour prévenir qui que ce soit. Va falloir se résoudre à reprendre la route mais à pieds. Heureusement un tacot, un pick-up, arrive avec un vieil homme à bord et trois chiens noirs debout sur le plateau.

Une histoire simple, narrée simplement, mais avec force et subtilité.

 

Outre les nouvelles présentées ci-dessus, également au sommaire de ce recueil :

Estelle Valls de Gomis : Gimme Shelter.

Annette Luciani : La maison amoureuse.

Franck Ferric : Le serpent à collerette.

Freddy François : Le mangeur de rêves.

Christophe Collins : L'ombre du Titanic.

Lucie Chenu : La cité des rebelles.

Michel Rozenberg : Metaplasia.

Patrick Raveau : Le puits.

Daniel Walther : Moisson de chair.

 

Tout présenter serait peut-être fastidieux pour le visiteur (et pour le scripteur) et je pense que ces quelques exemples démontrent toute la palette des thèmes abordés.

Des auteurs qui n'ont plus à prouver leur valeur et leur talent et des petits nouveaux qui n'ont pas fini de faire parler d'eux, ayant déjà à leur actif nombre de nouvelles ou roman publiés dans différentes maisons, dont la Clef d'Argent, Terre de Brume ou encore éditions du Riez, et bien entendu chez Rivière Blanche.

 

Les Mondes de MASTERTON : Anthologie Hommage à Graham Masterton présentée par Marc BAILLY. Préface de Graham Masterton. Collection Fusée N°23. Editions Rivière Blanche. Parution juillet 2012. 340 pages. 20,00€.

Repost 0
27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 15:07

Hommage à John Dickson Carr décédé le 27 février 1977.

John Dickson CARR : Service des affaires inclassables

Les aventures, ou plutôt les enquêtes du colonel March, enquêtes pour la plupart traduites en France dans diverses revues, entre 1958 et 1973, enfin réunies en un volume.

Le colonel Perceval March fut interprété à la télévision britannique dans les années 1956/1957 par Boris Karloff pour vingt-six épisodes de vingt-six minutes chacun. La plupart de ces épisodes ont été diffusés sur les petits écrans durant l'année 1961. Des petits films, dont leur petit air désuet, qui seraient les bienvenus en rediffusion, le samedi ou dimanche soir par exemple, sur la Trois, en remplacement de Zorro dont les aventures tournent en boucle depuis des années et deviennent répétitives.

Pour en revenir au Service des Affaires Inclassables, ces nouvelles sont toujours agréables à lire ou à relire, car contrairement aux adaptations télévisées, elles n'ont pas pris une ride, ou presque.

L'écriture magique de John Dickson Carr probablement.

John Dickson CARR : Service des affaires inclassables

Le colonel March est le responsable d'un service spécial, une section à part dans Scotland Yard : le département des causes bizarres.

Lorsqu'une enquête piétine, car la solution en est particulièrement difficile à résoudre, le colonel March est appelé à la rescousse. Et il faut l'esprit subtil de ce policier pour découvrir le mystère des empreintes de pas sur une haie qui supporterait difficilement le poids d'un chat, ou encore comment a pu être réalisé un meurtre par des mains sans corps, ou même découvrir la cachette renfermant vingt-trois mille livres sterlings, alors que tout a été passé au peigne fin.

En prime aux sept enquêtes du colonel Marche, le recueil renferme quatre autres nouvelles, dont une inédite en français, ainsi qu'une postface fort intéressante de l'érudit Roland Lacourbe, spécialiste de John Dickson Carr et de son œuvre, et des textes de mystères en chambres closes en général.

John Dickson CARR : Service des affaires inclassables (The Department of Queer Complaints - 1940) Le Masque N°1919. Librairie des Camps Elysées. Parution mai 1988. 288 pages.

Repost 0
26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 16:12

Il suffit d'une bonne petite enquête à se mettre sous les neurones pour que Sherlock Holmes se requinque.

Bonnie MacBIRD : Une affaire de sang

Fin novembre 1888. Londres vibre encore de la terreur déclenchée par les meurtres perpétrés par Jack l'Eventreur. Marié depuis quelques mois à Mary Morstan, le bon docteur Watson lit tranquillement au coin du feu lorsqu'un coursier le dérange inopinément dans l'une de ses occupations favorites : la lecture. Son ami Sherlock a mis le feu à son domicile par négligence. Heureusement Watson habite non loin du 221 B Baker Street, et il se rend sur place en moins de temps qu'il ne le faut au scripteur de cette notice pour taper ces quelques lignes.

L'incendie n'est qu'un incident provoqué par l'état léthargique dans lequel Sherlock était plongé, et ceci à cause d'une surconsommation de drogue. Evidemment Watson ne le félicite pas. Une enquête désastreuse suivie d'une profonde déprime, Sherlock est vraiment réduit à l'état de loque.

Heureusement il reçoit concomitamment deux missives qui l'incitent à reprendre du poil de la bête. La première, laconique, émane de son frère Mycroft :

Viens tout de suite. L'affaire E/P ne peut attendre.

Le seconde, écrite en français, émane d'une dame, chanteuse de café-concert à Paris, et qui requiert ses services. Sherlock et Watson ont du mal à décrypter cette missive dont l'encre a tendance à s'effacer. Mais il en faut plus pour rebuter le détective. Une lettre à double encodage sympathique comme l'encre qui a été utilisée. Cette personne a eu un enfant, âgé aujourd'hui de dix ans, élevé par son ancien amant, un homme marié. L'homme, un noble, avait exigé d'adopter le jeune Emile et Emeline "Chérie" La Victoire pouvait rencontrer son fils à certaines dates, sans dévoiler son statut de mère. Toutefois elle a été victime d'une agression et elle redoute une nouvelle offensive fatale à son encontre.

Elle demande à être reçue par Sherlock la semaine suivante mais le détective décide d'anticiper et rapidement le voyage est organisé. Sherlock reprend du poil de la bête.

Emeline La Victoire, qui se produit au Chat Noir ou au Moulin de la Galette sous le nom de Cerise Chérie, une véritable friandise, fut enceinte des œuvres du comte Pellingham. Or ce noble est justement un amateur d'œuvres d'art et il se murmure qu'il est prêt à tout pour s'en procurer. Sa dernière folie en date serait la Victoire de Marseille, une statue qui n'a plus toute sa tête, ce qui est normal car trois états la revendiquent et se la déchirent, la Grèce, la France et l'Angleterre. Une statue grecque qui dépasserait en beauté l'autre Victoire, celle de Samothrace. Mais Pelligham est aussi un riche industriel dans la région du Lancashire, à la tête de fabriques de tissus.

A Paris, Sherlock et Watson font du tourisme au Louvre puis rencontrent la belle Cerise Chérie. Mais leur séjour n'est pas de tout repos. Au Chat Noir une bagarre homérique est provoquée et un individu nommé Jean Vidocq, se prétendant le descendant du fameux bagnard policier François-Eugène du même nom, intervient en leur faveur. Ils font également la connaissance d'un rapin en devenir, un certain Toulouse-Lautrec.

Puis retour en Grande-Bretagne où ils vont enquêter au domaine du comte Pellingham. Pour se faire inviter, Sherlock prend l'identité d'un expert en art. Il a potassé nombre fascicules et livres pour compléter son érudition déjà conséquente, et se déplace en fauteuil roulant, tout comme le véritable expert qui est en déplacement. La demeure, vaste et aux nombreux couloirs tarabiscotés, n'est guère paisible non plus et les meurtres vont se succéder. Emile est introuvable alors que des enfants sont victimes d'assassinats.

 

Parfois, lorsque les circonstances l'exigent, Watson va devoir enquêter seul, et il ne se sent guère à l'aise dans le rôle qui lui est dévolu. Mais il n'est pas le seul à patauger.

Mais le plus grave était que je commençais à douter de notre habileté. Holmes et moi avions commis une erreur après l'autre. Ma nouvelle vie d'homme marié m'avait-elle à ce point ramolli ? Le séjour de Homes en prison avait-il émoussé son instinct ?

Réflexion profonde émise par Watson, mais les deux hommes ne sont pas au bout de leurs déboires et les interrogations, les erreurs, défunts qui parcourent cette aventure, ne vont pas manquer de se dresser devant eux.

 

Les auteurs ayant écrit apocryphes, parodies et pastiches des aventures de Sherlock Holmes ne manquent pas. Certains auteurs l'ont fait avec bonheur, d'autres n'ont pas vraiment réussi l'examen d'entrée. Sans connaître le Canon holmésien, seules la lecture et l'impression qui en restent lorsque l'ouvrage est terminé peuvent donner à un roman son côté d'authenticité qui approche ce que le créateur d'un personnage aurait pu écrire. Et Bonnie MacBird a réussi à narrer une aventure qui tient la route, qui ne tombe pas dans la caricature, au contraire, et même parfois va au-delà de ce Conan Doyle aurait pu raconter. Par exemple le travail des enfants dans les usines, le traitement qui leur était réservé (comme l'a si bien décrit Charles Dickens dans certains de ses romans) est particulièrement émouvant. Et Bonnie MacBird intègre avec humour certains personnages ayant réellement existés afin de donner plus de poids à ceux qui ont fictifs. Elle insuffle également au détective un côté plus humain, plus proche des anxiétés sociétales, délaissant la part de mécanique déductive dont parfois le héros use et abuse.

Maintenant il reste à savoir si Bonnie MacBird va continuer dans cette voie, écrire d'autres aventures de personnages célèbres, ou imposer auprès du lectorat un détective ou un policier issu de son imagination, tout comme l'a fait par exemple Nicholas Meyer et René Réouven, holmésologues et holmésiens avertis.

Bonnie MacBIRD : Une affaire de sang (Art in the Blood - 2015. Traduction Martine Desoille). Une enquête de Sherlock Holmes. Editions City. Parution 3 février 2016. 304 pages. 20,00€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables