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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 13:55

Lorsque la Terre prend l'eau...

G. Elton RANNE : New-York Underwater.

Après avoir en scène Ange Gabriel, détective amateur, dans Chute libre (collection SF Polar N°20) puis Dan Campbell et Spencer Goren, deux détectives en un, dans Double Jeu (SF Polar N°20) nous retrouvons Alex Green, un policier de San Francisco, chargé d’enquêter dans une cité sous-marine sur les agissements d’une faction terroriste appelée La Terre est à vous.

Vite fait un petit résumé, je sais que vous aimez çà.

Un attentat a été perpétré dans l’un des dômes, provoquant de nombreuses victimes et selon les rumeurs un Hyash, c’est-à-dire un espion, se serait infiltré. Ce qui pourrait amener à d’autres dégradations plus sérieuses encore, préjudiciables à la cité même.

Les Terriens vivent en compagnie d’autres représentants de la galaxie, mais l’osmose n’est pas parfaite. Les jalousies, les récriminations sont légions, bref l’harmonie ne règne pas.

Pour Alex Green, la mission qui lui est confiée est plus que périlleuse.

 

Cette fois le lecteur est plongé plus loin dans le temps puisque l’action se déroule dans les années 2340 et que la Terre est devenue l’une des composantes de la Fédération Galactique. Et faut pas croire. Rien ne s’est arrangé dans les relations entre les différents représentants de cette confédération.

Les Terriens n’apprécient pas, mais pas du tout, ceux qu’ils jugent comme des envahisseurs. Et c’est bien ce qui sous-tend les romans de G. Elton Ranne (et Franck Morrisset) : comment les humains réagissent face à des entités venues d’ailleurs.

Une façon détournée de dénoncer le racisme, le sectarisme, la ségrégation. Et au lieu de placer ce sentiment dans un roman noir actuel, ils ont préféré le support de la S.F. Des romans à découvrir même si vous préférez la littérature policière à la S.F. ou vice-versa.

 

Alex Green est le héros de deux autres romans : La résolution Andromède de... Franck Morrisset (SF N°27) et La mâchoire du dragon de... G. Elton Rannne (Anticipation N°1991).

Un nouvel échange de personnage entre Elton G. Ranne et Franck Morrisset qui avaient déjà procédé avec Ange Gabriel : L'Ange et la Mort de Franck Morrisset (collection Anticipation N°1996). et Chute libre d'Elton G. Ranne Collection SF Polar 20), de même que Dan Campbell et Spencer Goren dans Alice qui dormait de Franck Morrisset (Collection Anticipation N° 1990) et Double Jeu de Elton G. Ranne (Collection SF POLAR N° 3).

Des romans qui seront peut-être réédités chez Multivers, pourquoi pas, et qui ont fait l'objet d'un article plus conséquent dans L'Annonce-Bouquins N°154 de Janvier 1999.

Première édition Collection S.F. N°44. Alien World 3. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1998. 250 pages.

Première édition Collection S.F. N°44. Alien World 3. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1998. 250 pages.

G. Elton RANNE : New-York Underwater. Editions Multivers. Parution 19 juin 2015. 163 pages. Format ePub, Kindle. 2,49€.

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 10:29

Bon anniversaire à Hubert Prolongeau

né le 27 janvier 1962.

Hubert PROLONGEAU : L’assassin de Bonaparte.

Le décor, l’ambiance, la restitution de scènes historiques sont aussi pour Hubert Prolongeau les ressorts principaux utilisés, la partie enquête n’étant qu’un ingrédient dilué dans l’histoire.

Lors de la campagne d’Italie en 1796, le jeune Sébastien Cronberg, d’origine franco-allemande, voit sa mère et une partie des habitants du village où il habite passés par les armes, désignés au hasard par Lannes.

Il ressent une terrible envie de vengeance envers Bonaparte et va tenter de l’assassiner. Curieusement, son forfait ne peut être perpétré, et Cronberg va s’enticher de ce général qui ne pense qu’à rejoindre sa femme Joséphine.

De retour à Paris, Bonaparte confie une mission délicate à Cronberg. Retrouver des missives qu’il aurait écrite et qui ont été dérobées lors du meurtre de Barbey, un proche du Directoire.

 

Etonnant que ce revirement dans les sentiments d’un jeune homme meurtri physiquement et moralement par Bonaparte et ses hommes et qui deviendra le plus fervent défenseur de celui qui déjà est considéré comme un futur dictateur.

La reconstitution de la tuerie du village de Binasco, près de Pavie, est un moment d’horreur tel qu’ont pu en connaître certains habitants de bourgades décimées lors de la seconde guerre mondiale, les moyens n’étant pas les mêmes mais les représailles si.

Et la ferveur napoléonienne, la fascination envers celui qui deviendra Napoléon 1er, ressemble un peu à celle ressentie par les Allemands, du moins une partie de la population, envers qui vous savez.

 

Première édition Le Masque moyen Format. Parution décembre 2001.

Première édition Le Masque moyen Format. Parution décembre 2001.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°35009. Parution janvier 2005.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°35009. Parution janvier 2005.

Hubert PROLONGEAU : L’assassin de Bonaparte. Réédition J'Ai Lu Librio. Collection J'Ai Lu Roman. 15 octobre 2014. 384 pages. 7,60€.

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 16:23

Le vrai faux de Defoe ?

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson.

Alors que Bernt Klesser, vieux chasseur d'épaves et de trésors, consulte une carte maritime, tandis que son navire, le Wrackjäger, mouille dans la baie de Cumberland, à l'île Robinson située au large du Chili, un commando composé de dix personnes investissent sa cabine. Le capitaine et les membres de l'équipage sont tous neutralisés, sauf un.

Il manque à l'appel Fabrizio, l'homme le plus important, celui qui dirige Flipper, le robot permettant de visionner les épaves ou autres dans les profondeurs sous-marines. Fabrizio est obligé de rejoindre ses compagnons, une petite torture à l'encontre de l'unique femme à bord qui est plongeuse (en profondeur et non pas pour laver la vaisselle) l'ayant décidé à quitter sa cachette, .

A la tête du commando russe, Douknine, un être intraitable, voire pervers, qui ingurgite des pilules afin de rester éveillé le plus longtemps possible et plus si nécessaire, leur explique qu'ils doivent découvrir l'emplacement d'un ekranoplane, un avion un peu spécial à effet de sol. Il prend ses ordres après de La Louve, une femme à la solde de Poutine, pense-t-il, et fort connue pour son intransigeance et ses décisions radicales.

Pendant ce temps à la bibliothèque du congrès de Washington, Richard Benton, le chef des Rats de bibliothèque reçoit la visite de l'ex-amiral Pilsner, qui fut son supérieur hiérarchique dans l'armée. Le vieil homme souhaiterait que le manuscrit qu'il vient de lui confier soit authentifié comme étant une version inédite de l'histoire de Robinson Crusoé ou plutôt d'Alexander Selkirk, puisque Daniel Defoe s'était inspiré d'une histoire vraie. Kerouac, l'archiviste, est chargé de vérifié l'authenticité de ces feuillets, ce qu'il fait avec un plaisir évident.

Il semblerait que Pilsner, qui a été élu comme sénateur et est chargé d'une mission auprès de la commission, avait autre chose à demander. Mais il repart enveloppé de son silence.

Richard Benton est inquiet et légèrement furieux car Antonia, une des membres de sa petite équipe de Rats, spécialiste en informatique, n'a pas donné de ses nouvelles depuis longtemps, depuis la résolution de l'affaire Goodbye Billy. Heureusement il peut toujours compter sur Maureen, la punkette aux cheveux verts, la généalogiste, qui n'a pas son pareil pour déloger les antécédents des protagonistes dont ils doivent éplucher le passé. Cette petite équipe peut également compter sur Jack, le motard et compagnon de Maureen, ami de longue date de Richard.

Et heureusement que Richard Benton peut solliciter à tout moment Jack car il échappe de peu au tir d'un inconnu et que Pilsner, qui l'avait appelé sous un prétexte donc il n'avait pas voulu donner les détails, est retrouvé mort dans son bureau, victime d'un meurtre habilement maquillé en suicide. Richard est quelque peu suspecté par le FBI, organisme auquel il a appartenu, et dont un des représentants lui rend visite. Le problème de Pilsner résidait peut-être dans l'évaporation de son fils Mark dans la nature, lui-même soupçonné de méfaits répréhensibles.

Grâce à Antonia, qui n'a pas fait réapparition pour des motifs qui lui sont personnels, et à Maureen, les deux femmes conjuguant leurs efforts, la piste de Mark les conduit jusqu'à île Robinson. Elles ont réussi, surtout Antonia, à localiser Mark à l'aide des communications téléphoniques entre le père et le fils.

Alors, ni une, ni deux, mais trois personnes s'envolent vers cette petite île du Pacifique, au large des côtes chiliennes, à la recherche de Mark tandis que Kérouac l'archiviste continue son exploration du manuscrit qui s'avère être de première main, Antonia toujours absente physiquement mais qui correspond avec Maureen. Comme pilote d'un Maule M4 antédiluvien, une jeune Française qui époustouflera ses passagers lors de l'atterrissage sur le tarmac exigu de l'île Robinson.

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson.

Et c'est ainsi que Richard et ses compagnons vont se trouver amenés à se confronter à l'équipe russe de Douknine, et que s'établiront de nombreux combats, sur terre, sur et sous mer mer et dans le ciel, avec pour sublimer ces luttes des orages et une pluie quasi perpétuelle, avec moult précisions réalistes dignes d'un professionnel de l'aéronautique et de la plongée sous-marine. D'ailleurs l'auteur évoque rapidement Clive Cussler. Mais il aurait pu éventuellement citer Tom Clancy et quelques autres dont Stephen Coonts.

Ce récit haut en couleurs et en actions est entrecoupé par le récit de l'Ecossais Alexander Selkirk, qui ne fut pas naufragé mais débarqué sur l'île Juan Fernandes après une mutinerie justifiée ou non. Comment il assiste en 1706 à l'arrivée d'une frégate arborant pavillon espagnol, auquel il ne veut pas signaler sa présence car la guerre entre L'Angleterre et l'Espagne fait rage et il ne serait pas accueilli à bord mais passé par les armes, tout comme les trois ou quatre marins qui sont amenés sur la plage et abattus. Sauf un, un gamin d'une douzaine d'années qu'il va recueillir et dont il se prend d'amitié, sentiment réciproque de la part du mousse. Comment il assistera à une bataille navale entre d'autres bâtiments espagnols et le navire flibustier sur lequel était le gamin et le naufrage de cette frégate.

 

Le but de Klesser étant donc de retrouver le trésor aztèque qu'avait amassé Hernan Cortés de Monroy Pizzaro dans le massacre de Tenochtitlan au Mexique en 1521, puis l'épisode dans la résidence du gouverneur de Véra Cruz, toujours au Mexique, au cours duquel les flibustiers mené Van Hoorn parviennent à mettre la main sur le fameux trésor en torturant la famille de Luis de Cordoba, trésor ayant sombré lors du naufrage du flibustier.

Tandis que celui de Douknine et de sa commanditaire La Louve, elle-même obéissant à une entité dont l'identité ne sera dévoilée qu'en fin de volume, est de retrouver l'ekranoplane et surtout une mallette qui gît parmi les nombreux cadavres de l'avion immergé.

Double recherche dans laquelle se perd un peu au début Richard Benton qui arrive dans cet imbroglio comme un chien dans un jeu de quilles alors que lui et son équipe, à laquelle se joignent deux charmantes jeunes femmes, sont à la poursuite du fils Pilsner tout en essayant d'échapper au(x) tueur(s) lancé(s) à leur poursuite.

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson.

Comme dans Goodbye Billy, Laurent Whale reconstitue une époque historique tout en l'intégrant de nos jours, la plaçant dans des conflits qui vont au-delà de la recherche d'un trésor hypothétique et d'une mallette à secrets.

Une nouvelle réussite à mettre à l'actif de Laurent Whale dont on peut se demander avec impatience et jubilation quelle sera la prochaine enquête des Rats de poussière, quel personnage de légende en sera le héros, d'autant qu'il reste deux ou trois faits passés sous silence et dont l'explication devrait être dévoilée dans un prochain opus, la disparition et le silence d'Antonia par exemple.

 

Laurent WHALE : Le manuscrit Robinson. Les Rats de poussière 2. Editions Critic. Parution le 21 mai 2015. 520 pages. 20,00€.

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 09:21

Et si c'était vrai...

Jean-Jacques REBOUX : Je suis partout ; les derniers jours de Nicolas Sarkozy.

Politique-fiction ou uchronie ? Satire, pamphlet, ou simple fiction basée sur des personnages réels ? Un peu de tout ça mon général, comme dirait Sarko qui voue à de Gaulle une grande admiration. Un relent de mai 68 qui lui obstrue encore les bronches et le fait vitupérer contre la chienlit encore aujourd’hui. Mais ceci est une autre histoire, quoi que, si l’on se réfère à sa motivation à devenir président, c’est un peu à cause des conséquences de mai 68. S’il n’avait pas été interdit de manifestation par sa mère pour soutenir le général le 31 mai 1968, son destin aurait-il été autre ? Peut-être. C’est à partir de cette époque et en 1970 qu’il décide qu’un jour il sera président. On peut affirmer qu’il ne s’agit pas dès lors d’une idéologie mais d’une ambition personnelle.

Sarkozy, ou plutôt Sàrközy, c’est un nom difficile à porter, quand on en connait la signification – Sàr = boue, Közy = entre, soit entre les boues – et lorsqu’on a un père qui trainaille voir les jolies femmes, délaissant son épouse et ses gosses, fatalement on se fait chahuter à l’école. La vie de gamin n’est pas un long fleuve tranquille, pour le petit Nicolas, Nicolas Minus comme l’avait surnommé jeune son frère Guillaume. Le temps passe et nous retrouvons le petit Nicolas en octobre et novembre 2007.

Réconciliés pour la forme et dans l’optique des élections présidentielles, dans une unité de façade factice afin de ne pas décevoir les électeurs principalement de sexe féminin, Nicolas et Cécilia se sont séparés et Nicolas qui depuis l’enfance est obsédé par son organe génital se trouve bien seul en son grand palais. Grâce à Jacques Séguéla il fait la connaissance de Carla, dont la voix fluette n’aura pas été prépondérante dans les urnes, et youpi, coup de foudre et autres assurés.

Mais notre président, qui a le don d’ubiquité et celui d’énerver pas mal de monde, est sujet à des malaises dont l’origine est indiscernable. D’abord lors d’une réunion du G8 le 7 juillet 2007, puis le 26 juillet 2009, alors qu’il décide d’aller effectuer un petit jogging dominical et qu’un rêve qui va devenir récurrent l’a laissé profondément perturbé physiquement et mentalement. Ce rêve, ou plutôt ce cauchemar le réveille de plus en plus souvent en sursaut, entamant des neurones déjà mis à mal. Ce cauchemar prend sa source dans une page d’histoire, le 21 janvier 1793, jour de l’exécution de Louis XVI. Et Carla est obligée de subir les sautes d’humeur de Chouchou. Le coup de grâce est asséné lors d’un conseil des ministres sous la forme d’un numéro de Paris Match proposant en couverture Carla et Dominique de Villepin, main dans la main à New-York.

Il est évident que ce numéro est un faux, une contrefaçon, mais dès lors tout s’enchaine, les ministres présents s’engueulent, se disent leurs quatre vérités, et le président qui est déjà atteint de paranoïa aigüe voit sa maladie s’amplifier. Il se laisse pousser la moustache à la façon brosse à dents sous le nez, et se bunkérise. Tout va de mal en pis jusqu’au dénouement final qui bien sûr n’est qu’une fiction.

Le début de cette histoire est un peu un rappel biographique de Nicolas, et dont la vérité ne peut être mise en cause, sauf peut-être quelques petits détails, mais de toute façon les historiens lorsqu’ils glissent des dialogues dans leurs livres font aussi preuve d’imagination, même si leurs sources peuvent être vérifiées mais rédigées par des laudateurs ou des opposants au régime.

Et les personnages réels se bousculent au portillon afin de garder leur place prépondérante dans un régime dédié à Pinocchio. Mais si ! Vous savez bien, cette marionnette gesticulante dont le nez s’allonge quand il ment. Vérifiez bien sur les photos, il me semble bien que l’appendice nasal de qui vous savez s’est accru depuis quelques années.

Un livre réjouissant qui s’inscrit dans la longue lignée des pamphlets dont le dernier en date était signé Jean-Hugues Oppel : Réveillez le Président ! Je suis partout, un livre roboratif et jubilatoire malheureusement dédaigné par de nombreux critiques littéraires, peut-être parce qu’ils ont peur de se faire virer, comme Alain Genestar lorsqu’il avait laissé publier la photo de Cécilia et Richard dans Paris Match.

Jean-Jacques REBOUX : Je suis partout ; les derniers jours de Nicolas Sarkozy. Editions Après la lune. Parution juin 2010. 378 pages. 18,00€.

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 10:08

Tant qu'il y aura des pommes...

Peter LOVESEY : Cidre brut

Octobre 1964.

Theo Sinclair, la trentaine, célibataire, professeur d'histoire à l'Université de Reading, n'apprécie guère l'intrusion d'une jeune fille américaine dans sa vie. Une vie calme et tranquille jusque là. Une vie rangée, consacrée à son travail, à la lecture et quelques sorties en compagnie de sa petite amie.

Le tout ponctué du bruit caractéristique de l'embout de sa canne sur le sol lors de ses déplacements. Faut dire que Theo Sinclair est quelque peu handicapé à la suite d'une polio contractée à l'âge de treize ans.

Mais Alice Ashenfelter, cette jeune Américaine délurée et entreprenante, si elle lui fait revivre sa jeunesse, le ramène bien avant cette maladie, lorsque le jeune Theo, à l'âge de neuf ans, est le catalyseur et le témoin d'une tragédie déroulée durant la Seconde Guerre Mondiale.

Evacué de Londres pilonnée par des bombes, et placé dans une famille de fermiers du Somerset, le jeune Theo va se prendre de passion pour la jeune fille de sa famille adoptive. Barbara a dix-neuf ans et Theo la vénère, lui voue un culte inconscient. Dans le village et à l'école, il fait un peu office de bête curieuse. Son parler n'est pas le même, et puis il a connu de près les bombes, la mort, la guerre mais aussi les soldats US. Justement un détachement de G.I. vient de se baser non loin du village et sous prétexte de chewing-gum, Theo va faire la connaissance de Donovan et de Harry, des militaires américains.

Alice Ashenfelder possède une bonne raison d'importuner Theo. Donovan, son père, a été accusé de meurtre et a été exécuté loin de sa famille, en partie à cause du témoignage de Theo. Elle ne croit pas ce que les journaux de l'époque ont relaté. Donovan tuant par amour de la belle Barbara.

Alice va donc obliger Theo à remonter le passé, à revivre une époque de sa jeunesse, une époque dont il n'est pas particulièrement fier et à enquêter sur les lieux même de la tragédie, retrouvant les personnages qui y ont participé.

 

Encore un excellent roman de Peter Lovesey qui s'affirmait comme l'un des tous premiers auteurs britanniques dans les années 1980 et 1990 mais qui est depuis oublié des éditeurs français.

 

Peter LOVESEY : Cidre brut

Peter LOVESEY : Cidre brut (Rough Cider - 1986. Traduction de Jean-Michel Alamagny). Collection Le Masque N°1933. Librairie des Champs Elysées. Parution novembre 1988.

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 12:00

Cette fille là, mon vieux, elle est terrible !

Carl ROYER : Femme de vikings.

Après Justine ou les malheurs de la vertu du divin Marquis de Sade, après Thérèse philosophe de Boyer d'Argens, Emmanuelle et sa suite L'Anti-vierge signé Emmanuelle Arsan, Histoire d'O signé Pauline Réage, L'ordinatrice de Maud Sacquard de Belleroche, il semblait qu'il n'y avait plus rien à écrire, à décrire, sur les rapports coïtaux, la fellation, le cunnilingus, entre homme (s) et femme(s), femme-femme, homme-homme, protagonistes consentants ou non.

Pourtant que d'ouvrages furent publiés dans les années soixante-dix dans des collections, aujourd'hui disparues, dédiées à ce type de roman. La littérature érotique s'est infiltrée partout, dans la littérature blanche, noire, insidieusement, apportant souvent ce petit plus, ce piment à la lecture, ou cachant une intrigue faible.

 

Alors Femme de vikings, un ouvrage érotique supplémentaire qui n'apporte rien de plus à ce qui a déjà été publié ? Oui, si l'on ne retient que les passages dans lesquels Nora va payer de sa personne, allant même au devant des épreuves qu'elle va subir car sa libido l'exige. Non, car l'intrigue en elle-même dépucelle une période historique méconnue. Et surtout, comme pour la littérature policière, il ne faut pas oublier que si le fondement est le même, c'est l'enrobage qui diffère.

En ce mois de juin 866, les Danois, les Vikings, qui débarquent régulièrement sur la côte anglaise, s'infiltrent dans la campagne jusqu'à la ville de York.

Dans un petit village des environs vit Nora et afin d'échapper à l'intrusion des hommes du Nord, elle se cache entre le lit et le foyer aux marmites. Mais elle sait au fond d'elle-même que son gîte est précaire. La porte en bois vole en éclats et s'introduit un homme immense au torse impressionnant, aux yeux bleus de glace. Il est maîtrisé par les hommes du village et enfermé nu dans un enclos, exhibé comme une bête attractive.

Nora est subjuguée par cet individu qui dégage tant de puissance. Elle tourne autour, profitant de l'examiner lorsqu'elle se rend au puits, d'abord que le torse, les membres supérieurs tatoués, puis descendant les yeux, jusqu'à son sexe érigé. Âgée d'à peine vingt ans, mais plus loin on peut estimer son âge à seize ans, Nora est encore pucelle, toutefois elle a déjà joué à jeux interdits avec Denisc, un gamin du village. Les sens en émoi, elle décide nuitamment, en catimini de ses parents, de retrouver le Danois qui, s'il ne saisit pas la langue des autochtones, comprend fort bien les intentions et les désirs exigés par Nora.

Elle a pris son pied Nora, le mettant autour des hanches du Danois et a été tellement satisfaite de la prestation exigée, qu'elle en redemande. Un jour, passant par un chemin détourné, contournant le village, elle est abordée par deux fiers vikings qui veulent lui démontrer qu'eux aussi ne sont pas manchots. Elle subit avec complaisance les assauts de ses agresseurs. Evidemment lorsque ses concitoyens la retrouvent esseulée, ils comprennent tout de suite qu'elle a été violée mais Nora n'en a pas eu assez. Elle retrouve son Danois dont elle est amoureuse, lui entrouvre la porte de l'enclos et ils s'enfuient tous deux.

En sa compagnie elle quitte sans regret son village et ils regagnent le navire où elle servira d'exutoire génital à Halfdan, son Danois, ainsi qu'à ses frères qui ne rechignent pas à l'honorer. Elle deviendra la favorite d'Halfdan, car celui-ci est déjà marié à Odval et a deux enfants, et connaitra les amours saphiques. Ses aventures amoureuses et guerrières se suivent, au gré des déplacements vikings qui reviennent envahir York, devenue Jorvik, et Nora s'épanouit dans le stupre.

Dans la seconde partie, c'est Denisc qui prend la suite de la narration. Dix ans ont passé et les Saxons continuent à essayer à repousser l'invasion incessante des Vikings. Rentrant d'une opération de poursuite, Denisc et la dizaine d'hommes qui composent la petite troupe ne peuvent que constater que leur village est la proie des flammes. Il n'y a pas de survivants. Denisc découvre le cadavre calciné de sa femme. L'horreur, la vengeance, le désespoir se conjuguent dans son esprit. Au loin, dans la nuit, ils distinguent une silhouette féminine à cheval. La Reine noire. Denisc et ses compagnons bientôt rejoints par des centaines d'autres Saxons, sous les ordres d'Ælfred, et va traquer l'ennemi.

 

Les amateurs de littérature érotique seront satisfait de cette histoire mais les amoureux de la grande Histoire y trouveront également leur content. Car parallèlement à l'invasion de la Normandie, dès l'an 820, au cours de laquelle les Danois tente une incursion rapidement avortée de cette province, ils tentent de conquérir la Bretagne du Nord, aujourd'hui l'Angleterre. Les scènes de batailles ne manquent pas et montrent des guerriers barbares face à des autochtones valeureux. Et l'on ne peut s'empêcher de rapprocher cet épisode à ceux qui suivront par la suite, l'invasion, la colonisation, voire l'asservissement des populations africaines par les Européens, je ne cite personne, j'englobe tout le monde.

 

Nora est une jeune fille qui vit dans la dépravation, incapable de réfréner ses pulsions. Dès son premier rapport, elle en redemande, consciente de sa perversion :

Il devint clair que ce que je désirais le plus, au-delà même du prisonnier, c'était de me sentir salie, dominée par des bêtes incontrôlables, imprévisibles. De me sentir en danger. La première nuit loin du Danois, je la passais à crever d'envies toutes plus perverses les unes que les autres, à me toucher sous la laine, à espérer même un nouveau raid sur le village, et qu'un autre grand gaillard vienne s'occuper de moi.

Il est évident que cette jeune fille qui narre son expérience puis ses différentes relations amoureuses, ne se montre pas vraiment à son avantage et ne peut faire l'unanimité aussi bien chez les lecteurs masculins que féminins.

Elle est un cas, que l'on souhaite unique, mais la nature ne se contrôle pas toujours.

 

Dans les années 1930 jusqu'à la fin des années 1970, un auteur publiait des livres considérés comme coquins, grivois voire érotiques aux Editions de France, dans la collection Le Livre d'Aujourd'hui, puis aux Editions de Paris, réédités aux Editions Rabelais. De nos jours cet auteur est bien oublié, pourtant ses romans se vendaient bien, dans les kiosques, dans les halls de gare et les maisons de la presse, emballés sous une protection papier ou plastique cachetée mais transparente laissant voir uniquement les couvertures. Les chalands ne pouvaient compulser les ouvrages, car ils (les livres, pas les chalands !) n'étaient pas destinés à mettre entre toutes les mains. Ce romancier prolifique s'appelait Louis-Charles Royer et il m'a semblé amusant de comparer les noms de cet ancien auteur à celui de Carl Royer. Clin d'œil, hommage ou simple coïncidence, je ne peux le préciser car l'auteur de ce roman se cache sous un pseudonyme.

Carl ROYER : Femme de vikings. Editions de La Musardine. Parution le 14 janvier 2016. 250 pages. 15,00€.

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 13:10

Et je dirais même mieux : Viscères ... au poing !

Mo HAYDER : Viscères

Depuis qu'il a subi une opération cardiaque, il a un caractère de cochon. Pas tout à fait, disons plutôt un cœur de cochon car Oliver Anchor-Ferrers vit maintenant avec des valves porcines à la place des siennes. Mais il lui faut quand même ingurgiter quelques médicament à heures fixes.

Lorsqu'il arrive aux Tourelles, une immense résidence campagnarde ressemblant à un manoir, d'où son nom, en compagnie de sa femme Matilda et de Lucia, sa fille âgée de trente ans, et de leur chienne Ourse, il pense enfin pouvoir se reposer et se remettre de son opération. Matilda s'occupe du jardin et Lucia passe son temps à écrire des poèmes et à dessiner ou lire des magazines. C'est une jeune fille boudeuse, ayant adopté une apparence gothique mais si cela gêne quelque peu ses parents, ils ne s'en offusquent pas à cause de son passé. Et il semblerait bien que ce passé se projette à nouveau laissant affluer des souvenirs pénibles.

Quinze ans auparavant Lucia sortait avec un adolescent de deux ans plus vieux qu'elle et elle pensait que ce serait pour la vie. Mais il l'avait délaissée pour une autre fille et elle les avait retrouvés sauvagement assassinés, mutilés, éviscérés dans un fourré au delà des jardins des Tourelles. Leurs entrailles avait été accrochés à des branchages, placés en forme de cœur. Et Matilda vient de discerner le même trophée à peu près au même endroit. De quoi les bouleverser et faire perdre la raison à Lucia. Ils pensent immédiatement à celui qui a été arrêté peu après et qui purge une longue peine de prison, méritée, mais aurait éventuellement bénéficié d'une remise de peine.

Deux hommes qui se prétendent être des policiers se présentent à eux, sous les noms de Honey et Molina. Mais bientôt ceux-ci ne se conduisent plus en policiers venus résoudre l'assassinat d'une voisine éloignée mais comme des individus acharnés à les séquestrer. Ils ne donnent aucune indication sur leurs motivations, se contentant d'humilier les trois résidents. Oliver, qui est un scientifique, un physicien spécialiste de la lumière, s'interroge et cherche à savoir s'il n'aurait pas failli à un certain moment, principalement dans le manuscrit, qu'il rédige en secret, et pourrait être un brûlot vis-à-vis de certaines personnes ou institutions.

 

Pendant ce temps le commissaire adjoint Jack Caffery est en proie a de violentes migraines. Lui aussi possède un passé douloureux, son frère Erwan, alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années, a disparu et n'a jamais plus donné de signe de vie. Un pédophile sévissait dans la région et il est actuellement écroué. D'autres membres ont aussi été arrêté, mais pas tous. Assistant à une commémoration à l'instigation d'une mère qui a décidé de faire construire un mémorial en l'honneur de sa fille victime d'un dérangé mental, Jack décide de reprendre son enquête. La femme qui est devenue alcoolique pleure sa fille, mais elle avait récupéré son corps tandis que Jack n'a jamais retrouvé celui de son frère.

En solitaire, aidé toutefois dans certaines démarches par des collègues ou des connaissances, il repart sur les traces de son enfance, interrogeant des témoins de l'époque, quémandant l'aide du Marcheur, un homme qui lui aussi peut lui apporter des éléments de réponse. Le Marcheur est accompagné d'un petit chien nommé Ourse, dont il ne connait pas la provenance. Si Ourse possède un collier, sous lequel était glissé un reliquat de papier avec la mention aidez-nous, aucune identification ne peut aider Jack Caffery à remonter aux propriétaires. Pourtant c'est bien grâce à la petite chienne que les deux affaires vont insensiblement converger.

 

Telle une sorcière qui ajouterait les condiments au fur et à mesure de la préparation d'une potion magique, Mo Hayder mitonne son suspense en incorporant petit à petit les ingrédients. Une grosse dose de terreur et une autre d'angoisse, assaisonné d'un suspense qui va grandissant et devient cauchemardesque.

Et lorsque la température désirée est atteinte dans la marmite de l'intrigue, les révélations éclatent à la surface comme des bulles pestilentielles.

Mo Hayder imbrique ces deux récits en laissant apparaître la vraie nature des personnages, principalement ceux de Honey et Molina, particulièrement retors, et lorsque l'on pense que tout est dit, des rebondissements surgissent sans crier gare. Mo Hayder manipule ses personnages et le lecteur, avec machiavélisme mais sans artifice qui pourrait laisser penser à des cachotteries. Tout est soigneusement amené, développé, et les protagonistes plongent dans le cauchemar alors qu'ils espéraient une rédemption.

Un roman étouffant, oppressant, et le lecteur ressent un sentiment contradictoire : il a hâte d'arriver à l'épilogue et en même temps il aimerait que cette histoire ne finisse jamais.

Première édition Collection Sang d'encre. Editons Presses de la Cité. Parution le 15 janvier 2015. 448 pages. 22,00€.

Première édition Collection Sang d'encre. Editons Presses de la Cité. Parution le 15 janvier 2015. 448 pages. 22,00€.

Mo HAYDER : Viscères (Wolf - 2014. Traduction de Jacques Martinache). Réédition Pocket Thriller. Parution 14 janvier 2016. 506 pages. 7,90€.

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 16:29

Vers attribué au poète bohême Fernand Desnoyers s'en prenant au défunt Casimir Delavigne. Tout comme les êtres humains, certaines plantes ont du mal à cohabiter.

Roger MARTIN : Il est des morts qu'il faut qu'on tue.

En ce mois d'avril 1915, les soldats allemands et français sont englués dans un cache-cache meurtrier dans les tranchées meusiennes.

Malgré les avis négatifs, l'interdiction même, proférés par son père octogénaire et ancien policier, Romain Delorme s'est engagé et ne s'est pas contenté d'obtenir une place de planqué. S'il apprécie certains de ses camarades de combat, notamment le lieutenant, en réalité sous-lieutenant, Louis Pergaud, le caporal Lévy n'entre pas dans son sérail relationnel. Ce n'est pas qu'il soit foncièrement antisémite, mais Delorme n'apprécie guère les juifs. Un préjugé entretenu durant des décennies mais qui s'efface devant le courage de Lévy lors d'une échauffourée entre soldats Allemands et Français, au cours duquel Pergaud est grièvement blessé. L'auteur de La guerre des boutons, récupéré par les Allemands et soigné dans le camp ennemi, perdra la vie à cause d'un tir de barrage français sur le bâtiment de l'hôpital provisoire.

Lui-même blessé à la cuisse, Romain Delorme est rapatrié et, allongé sur un brancard de fortune, il a droit à une boisson chaude à son arrivée à la gare de l'Est. De nombreuses femmes sont présentes, servant les militaires en souffrance. Mais il reconnait celle qui se présente devant lui. Il l'avait vu quelques années auparavant, alors qu'il appartenait aux Brigades du Tigre, lui sauvant la mise lors d'un affrontement plus que musclé entre partisans de Zola et antisémites, antidreyfusards, nationalistes et bien d'autres qui n'acceptaient pas la panthéonisation de l'écrivain qui avait défendu le capitaine  accusé à tort de forfaiture et de trahison. Mort le 29 septembre 1902, Zola, décédé dans des circonstances mystérieuses, n'entrera au Panthéon que le 4 juin 1908, une reconnaissance de l'Etat Français envers celui qui fut conspué, traité de bâtard vénitien ou encore de larbin de la juiverie. Naturellement les journaux comme La Croix, Le Gaulois, La Libre Parole s'en donnent à cœur joie dans le démesure haineuse.

Séverine est contente de retrouver Romain Delorme, d'autant qu'elle a des révélations à lui faire. Concernant sa naissance et l'explication de la cicatrice qui orne son cou jusqu'à l'oreille. Une plongée plus de trente ans en arrière, au temps de la Commune. Un affrontement entre les Communards et les Versaillais, surtout lors de la Semaine Sanglante du 21 au 28 mai 1871, une répression inique organisée par le gouvernement Thiers suivie d'exécutions massives des Fédérés et les déportations aux travaux forcés en Nouvelle-Calédonie.

 

En février 1934, Romain Delorme s'est attelé à l'écriture de ses mémoires, un travail utile destiné à l'édification de sa fille Augustine tout en fournissant des feuilletons pour les rez-de-chaussée des journaux. Les émeutes ébranlent une nouvelle fois la Capitale à la suite de l'affaire Stavisky et de son décès sur lequel le mystère place. Et une nouvelle fois, les tenants de l'extrême-droite, les royalistes, les antisémites se dressent en antiparlementaristes. Tout ceci ramène Delorme à son passé et plus particulièrement une période de sa vie qui s'étale de 1891 à 1902.

L'ancien préfet de police Louis Andrieux lui propose, sur les conseils de Delorme père, d'entrer dans la police, mais pas n'importe laquelle. La Secrète, et Romain devient ce que l'on appelle une mouche, un indicateur rémunéré directement sur des fonds qui proviennent d'une caisse noire de l'Etat. Parallèlement il devient journaliste au Petit Journal, écrivant des articles qui lui sont suggérés. L'audience du journal dépasse le million d'exemplaires, et son influence ne cessera pas de croître, devenant le journal au plus haut tirage de France, sinon du monde.

Sous cette couverture, Romain doit approcher des personnages en vue de l'époque afin de connaître leur influence et surtout afin de mieux les contrer dans leur opinions politique. Les journaux comme La Libre Parole d'Edouard Drumont qui se veut un organe proche du socialisme tout en étant anticapitaliste et surtout antisémite. Son succès est considérable lors de l'affaire Dreyfus et Romain à cette époque n'est pas vraiment antisémite, quoi que.

En sous-main, Louis Andrieux, dont le comportement est pour le moins ambigu, lui demande de surveiller des individus qui ont pignon sur rue, comme le marquis de Morès qui a fondé la Ligue Antisémitique de France avec Drumont et Jules Guérin. Delorme suit Morès dans ses différents déplacements et entreprises, aux abattoirs de la Villette par exemple dont les bouchers sont tout acquis à sa cause. Il crée des scandales, dont celui de viande avariée destinée à l'armée. Il faut dire qu'il a fait ses armes aux Etats-Unis en créant un élevage intensif mais a eu sur les bras des affaires de meurtres dont il a été acquitté. Il s'érige comme l'ennemi de Clémenceau, lequel serait justement en cheville avec Andrieux.

Le déclin de Morès est consécutif à deux affaires qui le mettent dans une position difficile. Le duel contre le capitaine Mayer, lequel décèdera, et la révélation par Clémenceau de l'emprunt qu'il a effectuée auprès d'un banquier juif (!) et dont le nom est associé au scandale de Panama.

Mais Delorme est au cœur d'autres événements qui défraient la chronique de cette fin du XIXe siècle et le début du XXe, au cours desquels il participe en compagnie de son amie et maîtresse Aurore, laquelle lui fut présentée par Andrieux, toujours lui. Puis l'épisode dit de Fort Chabrol, qui se déroula du 12 août au 20 septembre 1899, un immeuble fortifié de la rue de Chabrol dans lequel Jules Guérin s'est retranché, et celui du décès de Zola dans lequel il est impliqué bien involontairement, et d'autres faits tragiques.

 

Dans ce roman noir et historique, Roger Martin applique comme à son habitude les principes de rigueur, de sérieux, de précision, de documentation exacte et vérifiable, une marque de fabrique.

D'ailleurs le lecteur est en droit de se demander s'il lit un roman ou un document historique tant les personnages fictifs ont de la consistance et s'intègrent parfaitement à ceux, réels, qui parsèment l'ouvrage. Il remet en cause certaines thèses avancées par des journalistes de l'époque, aveuglés par leur haine et leur fanatisme, il réécrit l'histoire de France telle qu'elle s'est déroulée et non telle que le voudrait des historiens englués dans des hypothèses oiseuses et fallacieuses. Pour preuve ce mystère qui entoure toujours la mort de Zola par asphyxie due à l'émanation d'oxyde de carbone, malgré les révélations de Jean Bedel en 1952, puis d'autres. Sans oublier tous les racontars sur la Commune et l'élégie faite à Thiers qui n'en demandait pas la moitié, dans les manuels d'histoire de mon enfance rédigés selon les opinions politiques de leurs auteurs.

 

Roger Martin essaie de relater en toute impartialité les différents événements qui ont marqué cette époque qui va de la Commune jusqu'en 1934, construisant tout autant un roman noir qu'une œuvre historique dense, dans laquelle on se perd parfois un peu, car manquant des repères qui sont évidents pour l'auteur. Par exemple, je suggère à Roger Martin d'ajouter, lors de la réédition éventuelle et souhaitée de cet ouvrage, d'y incorporer un glossaire des personnages cités.

Ancien professeur de français, Roger Martin met en scène ou évoque des romanciers, polémistes et essayistes qui marquèrent cette époque et dont les noms ont pour la plupart survécus à leur mort. Louis Pergaud, Gyp née Gabrielle Sybille Aimée Marie Antoinette de Riqueti de Mirabeau devenue par son mariage comtesse de Martel, Henri Bauër fils naturel d'Alexandre Dumas, Zevaco, Zola bien entendu, Anatole France et quelques autres traversent ce roman avec leur humanisme ou leurs défauts.

Sans être picaresque, ce roman, puisqu'ainsi cet ouvrage est catalogué, est passionnant et remet quelques pendules à l'heure au moment où justement il est besoin de retrouver la vérité historique et ne pas se laisser aller à des fadaises émises par des personnages qui voudraient réécrire l'histoire afin que celle-ci colle à leurs idées.

 

Concernant La Commune, l'affaire Zola et l'affaire Stavisky le lecteur pourra consulter les chroniques des romans ci-dessous :

 

Quelques ouvrages de Roger Martin :

 

Roger MARTIN : Il est des morts qu'il faut qu'on tue. Editions du Cherche-Midi. Parution 14 janvier 2016. 542 pages. 21,00€.

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 13:54

Hommage à Paul Gerrard, décédé le 19 janvier 1994.

Paul GERRARD : Le masque de verre.

La petite Nathalie ne se sentait pas à l'aise dans cette propriété immense gardée par deux grands dogues jaunes et blancs, deux molosses aux yeux roses.

Rien que de les voir, de les sentir tournicoter autour d'elle, lui coupait les jambes. Et quand on a les jambes coupées, on ne court pas vite, ce qui est vraiment dommage car deux malabars qui vous filent le train à longueur de journée avec comme idée fixe de goûter à vos mollets dodus, ce n'est guère rassurant.

Elle avait bien raison de se méfier Nathalie, qui malgré les mises en garde et objurgations de toutes sortes, s'est affolée.

Terminer sa destinée comme pâtée à chiens n'est pas une destinée rêvée et pourtant c'est ainsi que Nathalie va perdre la vie.

Ceux qui sont bien embêtés, ce sont les membres de la famille Hiricalde, car non seulement il va falloir trouver une remplaçante à la jeune fille sans que le voisinage se doute de quoi que ce soit, mais de plus l'odeur de l'argent, sous forme d'héritage commence à titiller agréablement leurs narines. Et les Hiricalde auraient bien besoin d'argent frais pour renflouer l'entreprise familiale.

 

L'univers décrit par Paul Gerrard dans ses romans est résolument noir, même si transparaissent parfois des pointes d'humour. Dans les années 1960, Paul Gerrard avait fait les beaux jours de la collection Un Mystère, mais les modes, les goûts changent, et Paul Gerrard était tombé dans un purgatoire qu'il ne méritait pas. Heureusement le directeur du Masque, collection qui dans les années 1980 était en pleine mutation, l'avait sorti des oubliettes ainsi que bien d'autres romanciers qui avaient marqué une génération de lecteurs.

En effet outre ses romans noirs pour adultes, Paul Gerrard avait adapté pour la jeunesse des ouvrages publiés dans des collections comme Rouge et Or au début des années 1950, des romans qui ont pour titre Le dernier des Mohicans, Les contes des Mille et une nuits ou encore Les Trois mousquetaires pour ne signaler que les plus célèbres, mais également sous le nom de Paul Berna écrit une petite trentaine de romans juvéniles dont le célèbre Cheval sans tête (Gd prix de littérature du salon de l'enfance 1955) qui a été réédité à moult reprises.

 

Réédition Le Masque Jaune N°2003. 1990.

Réédition Le Masque Jaune N°2003. 1990.

Paul GERRARD : Le masque de verre. Collection Un Mystère N°755. Editions des Presses de la Cité. Parution 1965. 192 pages.

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 14:47

Plus près des étoiles...

Franck BOUYSSE : Grossir le ciel.

Non, les Américains n'ont pas l'apanage de la littérature des grands espaces, les Français eux aussi savent décrire ces étendues désertiques , âpres, rudes, que sont certaines contrées hexagonales.

Souvenez-vous des romans noirs de Charles Exbrayat dans Un matin elle s'en alla, et de Jean-Pierre Chabrol avec Le Crève-Cévennes par exemple, qui s'érigeaient comme les chantres des Cévennes justement. Maintenant il faudra ajouter Franck Bouysse.

Les Doges. Deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres coincées entre montagnes, forêts, prairies, et le vert qui s'efface une partie de l'année au profit de la blancheur neigeuse.

En ce début d'année 2007, Gus soigne ses bêtes à l'étable, quelque soit le temps, dix-sept mères paisible et bonasses, et huit veaux assoiffés. Puis il boit son bol de lait, fume ses cousues, pense, écoute la télé car souvent quand il neige le râteau ne capte plus les images. Ce jour il n'y en a que pour l'abbé, celui aidait les pauvres, et qui vient de décéder.

Gus est un solitaire, qui ne s'est jamais marié, même si dans sa jeunesse il a fréquenté vaguement une jeune fille. Mais c'est loin tout ça. C'est un quinquagénaire qui n'a que pour unique compagnon Mars, chien perdu sans collier, et qu'il a appelé ainsi non pas en l'honneur du dieu de la guerre mais parce qu'il l'a trouvé un mois de mars.

Il ne faut pas oublier Abel, le vieil homme qui habite une autre veille ferme, sise à quelques centaines de mètre de là. Ils boivent parfois ensemble des verres de vin rouge, discutent mais pas trop. Abel est là depuis longtemps, toujours peut-être, mais les deux hommes n'ont véritablement fait connaissance que dix ou vingt ans auparavant, alors que les parents de Gus étaient décédés. Une demande de coup de main pour un vêlage difficile, puis l'engrenage, une bouteille chez l'un, une bouteille chez l'autre, guère plus de rapports.

Les parents de Gus qui ne l'ont pas élevés, le traitant comme un moins que rien. Seule la grand-mère savait réconforter le gamin, car les parents ne pensaient qu'à le rabrouer, le battre, le tenir en piètre estime. C'est tout ça qu'il se ressasse, le Gus.

Alors qu'il chasse des grives, Gus entend des cris aigus, non loin de chez Abel, puis dans la neige une grosse tache rouge, comme du sang qui se serait égaré là alors qu'il n'avait rien à y faire. Plus tard, il trouvera un porte-clefs de voiture puis découvrira des traces fraîches de pas, de pieds nus tout petits comme apposés par un enfant. Intrigué et inquiet il se rend chez Abel et prend prétexte d'avoir besoin d'une tronçonneuse. Mais tout semble aller comme d'habitude, d'ailleurs l'échange de verres de vin confirme une quiétude relative.

Seulement il reçoit des visites de personnes qui ne semblent pas égarées mais veulent absolument lui proposer quelques chose. Un suceur de Bible qu'il renvoie immédiatement d'où il vient, c'est à dire de nulle part ou d'ailleurs, il n'en sais rien. Tout ce qu'il sait c'est que ce personnage l'importune, tout comme l'avait importuné le représentant d'une banque qui voulait l'inciter à placer de l'argent à tout prix.

Jusqu'à ce que le drame éclate.

 

Avec une écriture fluide, aérienne, envoûtante, imagée - les métaphores sont particulièrement jouissives - des dialogues percutants, ce roman rural est à l'égal de cette contrée, âpre, violent, rude, mais passionnant. Peu de personnages, à part Gus et Abel, des gens de passage qui dérangent, et ceux de la ville proche, l'épicière, le cafetier, Paradis le gros propriétaire et notable qui porte bien mal son nom, l'édile, et quelques autres dessinés sous formes de silhouettes, dont les rapports sont plus ou moins conflictuels, malgré les chopines. Paradis qui n'a jamais pu accéder à la mairie malgré tous les efforts entrepris.

Il faut croire qu'il ne suffit pas de payer des coups au bistrot pour acheter un électorat, ou que les poivrots ne sont pas si nombreux que ça au village, ou bien encore que la démocratie a des vertus insoupçonnées.

Gus est un personnage complexe, frustre d'apparence, et en même temps pratiquant l'art de la dialectique, seulement parfois il peut s'emmêler dans ses déductions hâtives, ne possédant pas toutes les clés, malgré ce porte-clefs qui l'intrigue.

Franck Bouysse s'inscrit dans un courant littéraire qui démontre qu'on peut écrire de belles histoires, comme des fables, avec peu de choses, peu d'actions, mais des faits, des souvenirs poignants, des réminiscences, et un décor. Un roman naturaliste qui s'affranchit des poncifs actuels sur la drogue, le chômage, les jeunes des banlieues en révolte, mais offre le souffle vivifiant d'un univers campagnard loin des préoccupations économiques émanant d'un dictat bruxellois. Nous sommes en plein cœur de la France profonde, celle qui n'est pas superficielle.

Les apparences ont la vie dure et on leur fait dire aussi ce qu'on veut bien.

Première édition : La Manufacture de Livres. Parution 9 octobre 2014. 240 pages. 16,90€.

Première édition : La Manufacture de Livres. Parution 9 octobre 2014. 240 pages. 16,90€.

Franck BOUYSSE : Grossir le ciel. Le Livre de Poche Policier N°34007. Parution le 6 janvier 2016. 240 pages. 6,90€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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