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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 09:44

Bon anniversaire à Gilbert Gallerne, né le 2 avril 1954.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure.

Venu rejoindre son amie dans un coin perdu de l'Arizona, Bernard Bordes, écrivain, a la désagréable surprise de ne point voir Axelle au rendez-vous.

A l'hôtel où il pose ses valises, personne n'a vu la jeune femme. Pourtant ce n'est pas dans ses habitudes de lui poser un lapin. A moins qu'elle n'ait eu un empêchement inopiné.

Résigné à l'attendre il se promène dans les environs de Perdida. Un patelin qui porte bien son nom.

Il découvre au milieu du désert, enchâssé dans une sorte d'amphithéâtre, un dolmen qui porte des traces brunâtres. Comme si du sang avait séché sur cette table de sacrifice dont il ne peut établir si son érection remonte à quelques années ou quelques siècles. Retournant sur ses pas il découvre des écailles de peinture sur un rocher, puis aperçoit une voiture au fond d'un ravin.

A l'intérieur de l'habitacle il trouve un pendentif qui appartient à Axelle. Preuve que la jeune femme est venue dans la région. Une avalanche de pierre se déclenche et il a tout juste le temps de se cacher dans une anfractuosité du terrain.

Cela devient de plus en plus louche. D'autant qu'un gamin lui remet, à son retour au village, un mot d'Axelle lui indiquant qu'elle loge dans l'autre hôtel du village. Mais là non plus pas trace de la jeune femme.

 

Gilbert Gallerne, qui a signé quelques romans sous le pseudo transparent de Gilles Bergal et sous celui de Milan, avoue que son enfance a été baignée avec les aventures de Bob Morane.

Une atmosphère de fantastique que les amateurs du genre apprécieront, d'autant que l'humour y est toujours présent, même dans les moments dramatiques.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure. Collection Aventures et Mystères N°14. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1995. 192 pages.

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 13:07

Mystère ! Vous avez dit Mystère ?...

Mystère, mystère : Recueil composé par Jacques BAUDOU

Reprenant la formule de ses années du mystère parues en Livre de Poche et au Masque Grand Format, Jacques Baudou nous invite à retrouver à travers les textes d'auteurs français et étrangers, l'éclectisme de la littérature dite policière.

L'ouvrage est moins épais, l'appareil critique y est réduit à sa portion à peine congrue, mais subsistent la présentation des auteurs et le tableau d'honneur du compilateur en ce qui concerne la littérature, le cinéma et la télévision.

Jacques Baudou ne se contente pas d'accoler des textes pour le plaisir d'éditer un recueil. Il rend hommage à des auteurs qui confirment leur talent texte après texte, et c'est toujours un plaisir de retrouver Tonino Benacquista dans ses histoires, presque des chroniques, de la vie moderne. Ou Maurice Périsset avec son personnage qui aujourd'hui est au chômage, ce que l'on ne regrette pas. Ou encore Réginald Hill, Harlan Ellison et Lawrence Block que l'on ne présente plus.

Mais c'est également pour Jacques Baudou la possibilité de trouver de nouveaux talents, la plupart du temps anglo-saxons, comme Susan Moody, Lynne Barrett ou Nancy Pickard.

Il exhume également des curiosités, cette année une pièce radiophonique datant de 1946 et due à Pierre Boileau avant son association avec Thomas Narcejac.

Les tentatives éditoriales pour promouvoir la nouvelle ne sont assez souvent couronnées de succès et il faut saluer le courage de ceux qui comme Jacques Baudou s'accrochent pour que le texte court - lequel permet aux écrivains de démontrer tout leur talent dans la concision - ait droit de cité dans les collections.

N'oublions pas que Guy de Maupassant, l'un des rares auteurs français fort prisé par les Américains, fut et demeure un nouvelliste et que ses histoires relèvent de la littérature noire par bien des aspects.

 

Au sommaire de ce volume, après une ouverture orchestrée par Jacques Baudou :

Tonino Benacquista : Le Haïku.

Reginald Hill : Un crime inexpiable.

Lawrence Block : Aux premières lueurs de l'aube.

Harlan Ellison : Le singe doux.

Nancy Pickard : J'ai peur tout le temps.

Pierre Boileau : Crime à distance.

Susan Moody : En amour, tous les coups sont permis.

Maurice Périsset : Un simple geste.

Lynne Barrett : Elvis lives !

Suivent un dictionnaire des auteurs (important !) et le tableau d'honneur pur l'année 1993.

 

Cet ouvrage, même si je le range dans La malle aux souvenirs, est toujours disponible.

Mystère, mystère : Recueil composé par Jacques BAUDOU. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 23 septembre 1994. 252 pages. 13,75€.

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 12:31

C'est l'effet papillon...

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide.

26 décembre 2011. Lille la nuit, sur les bords de la Deûle.

Anouk Furhman inspecte les bords des quais à la recherche d'un tueur en série qui doit théoriquement être présent et peut-être même habiter à bord d'une barge. Elle le repère et essaie d'entrer en contact avec son ami l'ex-commandant Léo Matis. Celui tarde à répondre, elle prévient ses collègues, s'étant réfugiée dans sa voiture.

Lorsque Matis arrive enfin sur les lieux, il est vertement rabroué par l'un des responsables des forces de l'ordre. Anouk a été grièvement blessée par des hommes qui ont tiré sur elle et sont partis emmenant le suspect de meurtres en série sur des femmes.

Seul le procureur Dudzinski, qu'il connait depuis près de trente ans, lui garde une certaine amitié. Matis est effondré, le pronostic vital d'Anouk est engagé et c'est sa faute si elle est à l'hôpital entre vie et mort. Matis avait fourni des informations à son ancienne collègue et amie, mais il n'avait pas su assurer par la suite. La faute à l'alcool.

Le lendemain, l'esprit encore encombré des vapeurs de l'alcool, Matis se rend à l'hôpital prendre des nouvelles d'Anouk, puis rentre chez lui à Bruxelles. Quatre jours plus tard, le 31 décembre 2011, Dudzinski lui donne rendez-vous dans un bar. Il tient à lui montrer une photo, datant des années 60/70, représentant deux hommes discutant dans un parc. L'un des photographiés était fort connu en son temps. Il s'agit de Fabiew, un espion russe de la grande époque. Au dos de la photo, retrouvée dans la boîte aux lettre d'Anouk, une date : 1er mai 1968.

Matis s'étonne se demandant non sans raison quel rapport il peut y avoir avec Boily, le tueur en série enlevé sous le nez d'Anouk. Pour Dudzinski, il n'existe aucun doute. Ce sont les Russes qui ont enlevé Boily. Mais pourquoi, à quelles fins ?

 

Plus tard, ailleurs. L'homme, qui s'exprime à la première personne, est enfermé et subit des tortures morales et physiques. Ceux qui l'ont enlevé et le supplicient ainsi connaissent tout de son passé, de son activité de tueur en série, jusqu'aux noms de ses victimes. Une lente mise en condition organisée par le Colonel. Une programmation mentale afin de lui inculquer une autre forme de s'exprimer, mais dans un domaine semblable. Du statut de tueur en série il est programmé pour devenir tueur à gages.

Le Colonel possède ses raisons pour manipuler ainsi Boily, car c'est bien de lui dont il s'agit. Pour des motifs politiques qui lui sont propres.

 

Quelques semaines plus tard, après une sérieuse cure de désintoxication, Matis retrouve Dudzinski pour une nouvelle séance d'informations et de travail. Selon des sources fiables, Boily serait aux Etats-Unis pour mener à bien une mission délicate. Et Matis doit le contrer. Alors lui aussi s'envole pour New-York, descendant dans le même hôtel huppé que Boily.

 

Débutant comme un roman policier noir, Chrysalide bifurque légèrement vers le roman d'espionnage pour se terminer en apothéose dans le genre roman d'aventures.

Dès le prologue, daté du 31 décembre 1968, le lecteur sent qu'il va planer en lisant cet ouvrage, puisqu'un personnage regarde à la télévision le reportage concernant le premier vol d'essai du Tupolev. Un mastodonte dont les ressemblances avec le Concorde étaient troublantes.

Mais Jean-Marc Demetz fait jouer à ses protagonistes une terrible partie de poker-menteur, à l'issue incertaine, car la manipulation guide un grand nombre des personnages évoluant dans ce roman endiablé traversant allègrement les frontières puisque le dénouement nous entraîne jusqu'au Canada, dans une région désertique où plane l'ombre de Jack London. Mais les maîtres du jeu ne sont-ils pas manipulés eux-mêmes ?

 

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide. Abysses éditions. Parution le 23 mars 2016. 182 pages. 12,00€.

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 12:30

Avant la parution de ma chronique concernant le nouveau roman de Sonja Delzongle, Quand la neige danse, dans la collection Sueurs Froides chez Denoël, je vous propose un entretien réalisé en compagnie de Bruno, de Passion Polar, lors de la parution de son roman: Le Hameau des Purs. Voici donc le fruit de nos cogitations et les réponses de cette auteure qui s’est livrée avec patience et sympathie au feu croisé de nos questions.

Sonia DELZONGLE : un entretien.

Bruno : Tout d’abord, pour les lecteurs de Passion Polar et des Lectures de l'Oncle Paul qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter en quelques mots ?

SD : Quelques mots ne suffiraient pas (surtout pour mes défauts) ! Alors je vais au plus simple… Je fus peintre, je suis journaliste et je veux devenir un écrivain…célèbre !

 

Bruno : Tu vis à Lyon. Pourtant l’action de ton dernier roman «  Le hameau des purs » se déroule dans une toute autre région, dans une contrée magnifique mais qui l’hiver venu se referme sur ses habitants. Cette région c’est le Vivarais-Lignon. Une région que tu connais personnellement ?

SD : Oui, une région où j’ai passé quelques weekends, justement dans un de ces hameaux austères de pierres grises, sans que ce soit pour autant celui des Purs…

 

Bruno : Cette région est magnifique en même temps qu’elle est rude . Alors que dans beaucoup de roman policiers, la nature, l’environnement jouent un rôle secondaire, dans ton roman au contraire ceux-ci sont quasiment des personnages à part entière de l’histoire que tu racontes, pourquoi ce choix ?

SD : Vous êtes plusieurs intervieweurs et chroniqueurs à définir cet environnement comme un personnage principal (dimension que j’adore précisément dans les romans nordiques où la nature est très présente et puissante) et je trouve cette remarque très juste. En fait, ce n’est pas vraiment un choix, mais quelque chose qui s’est imposé au fil des mots, en fonction de ma sensibilité à cet univers.

 

Bruno : D’un côté, sous son grand manteau blanc elle enferme les personnages dans un huit clos en plein air, et de l’autre, il y a ce lac, aussi profond et insondable que peut l’être l’esprit de certains personnages du lieu. La nature n’est pas neutre dans ton roman, j’oserai presque dire qu’elle est même un peu complice de ce personnage insaisissable qu’est cet Empailleur ? Je me trompe ?

SD : C’est très vrai, puisque c’est elle, cette nature-là, qui l’a façonné et fait de lui un être à l’âme insondable et aux pulsions presque animales.

 

Paul : Souvent les romanciers affirment que leurs personnages leur échappent et n’en font qu’à leur tête. Fut-ce le cas pour Le Hameau des Purs ?

SD : Les miens n’ont pas intérêt, je n’aime pas les mutineries ! J’ai eu un peu de mal avec Audrey, une vraie rebelle, mais ce n’est pas le cas pour les autres personnages. Je me situe plutôt dans la catégorie des romanciers qui « sont » d’une certaine façon leurs personnages. Je ne crois pas que la création puisse à ce point échapper au créateur, c’est une excuse à ses propres égarements ! A moins que le créateur ou le romancier ne souffre de schizophrénie…

 

Paul : Cette communauté des Purs ressemble à celle des Amish. Or celle-ci, implantée aux Etats-Unis dans quelques états, a été fondée en France, à Sainte-Marie aux mines (Haut-Rhin) en 1693, si l’on en croit les historiens. Avez-vous enquêté de ce côté pour mettre en scène vos personnages ? 

SD : Absolument, et pour cela, Internet est une source précieuse, à condition de faire un tri… Je me suis documentée surtout sur les mœurs des Purs, dont m’avait déjà parlé une amie qui a une maison familiale dans un hameau à proximité de celui où vit une communauté de Purs… Il y en a dans d’autres régions de France, mais ils se sont pas mal regroupés dans le Vivarais-Lignon, région en harmonie avec leur mode de vie.

 

Sonia DELZONGLE : un entretien.

Paul : Aviez-vous prévu la fin qui se trouve dans le chapitre intitulé Le Lac, et même est-ce lui qui a généré le roman ?

SD : Bien que des éléments viennent toujours se rajouter à l’histoire lorsqu’elle est sur le métier à tisser, oui, la fin était prévue, mais ce n’est pas cette partie qui est à l’origine du roman. En fait, un jour, j’ai aperçu un type d’aspect marginal, avec une vraie gueule, à vélo portant sur le dos du matériel de pêche dans les rues de Lyon et à partir de cette « vision », Léman est né… avec son histoire. L’écrivain n’est qu’une machine à recycler la réalité…

 

Bruno : Une autre originalité de ton roman c’est ce tueur en série. Alors qu’habituellement dès qu’il est question de serial killer, les auteurs rivalisent de scènes toutes plus sanguinolentes les unes que les autres, toi tu as fait le choix de le laisser à la périphérie du roman. On a connaissance de ses actes, on sent sa présence pesante tout au long du roman, mais on ne le voit jamais. Qu’est ce qui à motiver cette approche ?

SD : Je me défends d’utiliser des procédés, c’est donc bien malgré moi qu’une telle ombre plane encore une fois sur l’histoire. Déjà dans mon avant-dernier roman, A Titre Posthume (un thriller éditorial divertissant mais moins abouti, à mon sens, que le Hameau des Purs) l’absence d’un des personnages pèse sur l’intrigue. Les absents n’ont pas toujours tort…  Et j’ai toujours préféré ce qui est suggéré à ce qui est montré ou décrit crument. C’est pourquoi j’adore le cinéma de Hitchcock.

Quant aux scènes sanguinolentes, je ne déteste pas et suis une fan d’histoires de vampires, mais plutôt de Dracula de Bram Stoker ou de Nosferatu au cinéma que de Twilight… D’ailleurs j’en ai une dans mes tiroirs (dont l’intention est de bouleverser la légende) que j’ai abandonnée, découragée par ce déchaînement de publications sur le thème. J’attends un peu…

 

Paul : La taxidermie joue un mini-rôle dans ce roman. Vous ne l’exploitez pas beaucoup et pourtant c’est l’un des fondements de l’intrigue. Parce que vous-êtes fascinée et en même temps dérangée par cette pratique ?

SD : Disons que comme toute chose qui fascine et répugne ou dérange en même temps, on y va timidement, avec une certaine pudeur. Et puis, faire d’un mini-rôle un des fondements de l’intrigue, c’est un petit tour de force, non ?

 

Bruno : Ton roman a une architecture assez particulière. Une première partie où les choses se devinent plus qu’elles ne se disent, où le passé affleure la surface du présent. Une seconde, brutale, comme un coup de pied qui viendrait faire tomber les stalactites de glace accumulées tout au long de l’hiver. Je me suis même demandé si tu n’avais pas écris ton roman en deux temps, à deux périodes différentes. Est-ce le cas ?

Cette cassure était elle volontaire et si oui pourquoi ce choix ?

SD : Belle image que celle du coup de pied ! Non, j’ai écrit mon roman d’une traite, commencé au début de l’automne après une gestation et terminé à la fin de l’hiver. J’aime les fêlures et les cassures, les ruptures de rythme, mais aussi, l’idée de violer le lecteur ne me déplaît pas. Alors si c’est le cas, tant mieux…

 

Citron vert

Citron vert

Paul : Vous êtes parallèlement artiste, créatrice plasticienne et peintre. Dans la toile « L’insoutenable légèreté des lettres » votre œuvre est divisée en quatre parties, un peu comme le roman, mais ce n’est pas ce que l’on voit le plus qui prime. Un parallèle entre la peinture et la littérature ?

SD : Déjà aux Beaux-Arts j’avais esquissé un travail sur « l’invisible », alors le parallèle doit en effet exister. Nous sommes des entités, malgré nos cassures. Imprégnée de contes plus ou moins fantastiques toute mon enfance, je privilégie l’imaginaire. Ce que l’on ne voit pas est l’un de ses principaux composants. Chez les êtres, c’est la même chose, je m’attache surtout à ce qui ne saute pas aux yeux. Leur essence.

 

Paul : Vous écrivez dans votre Blog’art : Savoir manier la perspective, utiliser les proportions au mieux, est en effet la moindre des choses et le moindre des respects envers soi-même et les autres. C’est un peu ce que le lecteur ressent avec Le Hameau des Purs. La perspective est primordiale en art pictural comme en littérature ?

SD : Oui, il me semble. Tant mieux si on ressent cette volonté à la lecture du Hameau des Purs. Avoir « l’idée » est une chose (tout le monde en a !), mais savoir l’exploiter sur la longueur relève d’un travail rigoureux et d’une remise en question constante. Je trouve dommage de saborder une idée originale par une absence de qualité d’écriture. Trop de romans sont publiés sur ce modèle. Et pourtant, ils marchent !  J’aime assez la justesse de cette citation de Jean Paulhan : "Chacun sait qu'il y a, de nos jours, deux littératures : la mauvaise, qui est proprement illisible, on la lit beaucoup. Et la bonne, qui ne se lit pas".

 

Paul : Dans Carnets d’Afrique, vous pratiquez, si je ne me trompe pas, l’art du collage. J’ai ressenti la même impression en lisant Le Hameau des Purs. Me trompé-je ?

SD : Un collage qui pourrait s’apparenter à de la marqueterie… Plus qu’ « art du collage » pour le Hameau des Purs ou le roman, d’ailleurs, j’utiliserais plutôt la métaphore du modelage. Il y a l’armature, le squelette, puis la matière brute comme l’argile que l’on va poser sur l’armature puis façonner en enlevant ou rajoutant de la matière.

 

Bruno : Journaliste, peintre, finalement écrivain ! D’où te vient cette envie de t’exprimer sous différentes formes ?

SD : Si tu le permets, Bruno, je changerais juste l’ordre… D’abord écrivain…dans l’âme (mon goût pour l’écriture remonte à l’enfance, même si je ne suis publiée que sur le tard), ensuite peintre plasticienne et enfin journaliste (une autre forme d’écriture, alimentaire, celle-ci !). L’art et l’écriture ne sont pas si éloignés, l’écriture étant un art et l’art (notamment la peinture) pouvant être une écriture. Je crois que je suis née comme ça… je ne sais pas faire autre chose, j’ai d’ailleurs pu le constater en exerçant des jobs très différents.

 

Bruno : Que t’apporte l’écriture que ne peut t’apporter la peinture  par exemple?

SD : Garder les mains propres…

 

Bruno : Si je me rappelle bien, tu es une grande fan des Thrillers américains. Ta culture polar se situe-t-elle davantage Outre-Atlantique qu’en France ? Et quels sont les auteurs qui ton marqués ?

SD : « Fan » suffira, parce que « grande fan » m’obligerait à avoir une excellente culture en la matière, ce qui n’est pas le cas. Déjà, si l’on distingue le polar du thriller, mes penchants vont vers ce dernier. Côté polar, avec des Manchette ou des Simenon, les Français n’ont rien à envier aux anglo-saxons, sauf peut-être, Agatha Christie. Et depuis, nous avons Fred Vargas…

Dans le thriller, je crains que certains auteurs français, à commencer par le choix d’un pseudo américanisé, ne prennent aux anglo-saxons les travers les pires (comme des chutes granguignolesques), au lieu de trouver un style « thriller à la française ». Les Américains ont bien su se construire une identité dans ce genre, pourquoi pas les Français ? Mais certains trouveront peut-être que j’ai aussi cédé à ce travers sur quelques aspects du Hameau des Purs… Pourtant, j’aime trop les auteurs anglo-saxons (James Ellroy, le prenant Connelly, Tony Hillerman, R.J. Ellory, une vraie découverte, qui a accepté mon invitation sur Facebook, la belle Mo Hayder pour Tokyo, et Shane Stevens avec Au-delà du mal) pour ne pas m’inspirer de ce qu’ils font de meilleur en y mettant ma patte… Toutefois je n’irai pas non plus jusqu’à dire, à l’instar d’un de mes confrères débutant, que les grands noms français du thriller actuel « ne me font pas peur », bien sûr que si, ils me font peur parce que je n’ai pas (encore) vendu 300 000 exemplaires, qu’ils sont dans l’ensemble plus jeunes que moi, qu’ils en sont à leur dixième roman publié et qu’ils prennent toute la place sur les consoles des meilleures ventes en librairie.

 

Bruno : A ton avis qu’est ce qui distingue justement le polar français, du polar américain ?

SD : Là encore, polar ou thriller ? Si c’est un terme généraliste, l’efficacité associée à une qualité d’écriture (souvent elliptique) en faveur des Américains, une ambiance, les lieux, mais encore une fois, il y a du polar de grande qualité en France.

 

Bruno : A Lyon tu avais évoqué avec moi ton prochain roman. Celui-ci prend t-il forme ? Quand penses-tu le publier ?

SD : Il prend bien forme, oui. Quant à sa publication, c’est à mon éditeur d’y penser…

 

Bruno : Quel est le dernier polar que tu as lu et que tu as aimé ?

SD : Sans hésitation, le thriller Au-delà du mal de Shane Stevens (pas tout à fait terminé), parce que c’est aussi un vrai roman.

 

Paul : Quel est le défaut que vous détestez le plus, qui vous met en colère, et quelle est la qualité qui pour vous est primordiale ?

SD : Je déteste par-dessus tout la lâcheté (qui est souvent source de mensonge et d’une forme d’égoïsme) et, justement, l’égoïsme. Une qualité essentielle pour moi est la gentillesse (d’où découlent l’altruisme, la générosité et le dévouement).

 

Sonia DELZONGLE : un entretien.
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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 12:40

Aime les diptères, surtout en vol...

Patrick ERIS : Le seigneur des mouches.

Il... Ne... Se... Souvient... De... Rien.

Comme un mantra ces six mots défilent en boucle dans son esprit encore engourdi.

Il ne reconnait pas la chambre d'où il émerge péniblement. Une chambre d'enfant avec les accessoires et les gravures adéquates, vieillies. Il est habillé d'un pantalon de sport qu'il n'a jamais possédé, à sa connaissance. Il est égratigné, amoché, badigeonné de mercurochrome sur tout le corps, plaies contrastant avec ses bleus.

Que fait-il-là dans cette tenue, dans cette chambre ?

Il... Ne... Se... Souvient... De... Rien.

Un accident qui l'aurait rendu amnésique ? Une amnésie passagère ou, pis encore, définitive ? La terreur, l'angoisse montent en lui comme un mascaret impossible d'endiguer.

Et il fait si chaud.

Il se lève, marche péniblement. Les dalles froides qu'il foule hors de la chambre lui rafraîchissent les pieds. Et ce bruit continuel de mouche, non de mouches, qui se fait entendre, un bourdonnement incessant.

Il est dans une ferme, mais personne à l'horizon, juste un chien allongé à l'ombre. Une vieille camionnette. Un vieil homme qui court poursuivi par un essaim qui grésille. C'est alors que le voile qui enserrait ses souvenirs se déchire.

Tout commence alors qu'il est recruté par des Chercheurs de Têtes pour une entreprise en plein développement et son bureau se trouve dans une tour de la Défense. Un bel avenir lui est promis, mais auparavant il doit sacrifier à une forme d'intronisation.

 

Parabole ou fable des temps modernes, Le Seigneur des mouches montre l'envers du décor dans la course au succès des jeunes loups, des cadres qui veulent à tout prix réussir dans une entreprise propre sur elle, en apparence. Une course mortelle pour parvenir au sommet, quel que soit le prix à payer, et s'il le faut être prêt à marcher sur les autres, à les écraser, à tuer même, afin de démontrer ses possibilités et son engagement. Et signer un pacte avec le diable si besoin est.

Cette nouvelle résolument noire et frayant avec le fantastique, genre que Patrick Eris maîtrise parfaitement, est ancrée dans cet arrivisme à tout crin, où tout est bon pour parvenir à supplanter les autres, à être considéré comme la crème de la crème, le cadre productif dont on ne peut se passer. Mais tout est vain, et il ne faut pas oublier que Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés d'après Georges Clemenceau.

Présentation de la collection Noir de suiTe

Patrick ERIS : Le seigneur des mouches. Collection Noire de SuiTe. Editions SKA. Nouvelle numérique. Parution mars 2016. 109 pages. 2,99€.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 09:44

Lorsqu'Adrien Sobra ne s'appelait pas encore Marc Agapit.

Ange ARBOS : La tour du silence.

Ce sont les gens qui disent... rétorque le narrateur à son ami et voisin Julien Delambre qui affirme qu'il vient d'émettre une hypothèse idiote. Et les gens ont vite fait d'échafauder des conjectures non vérifiées.

Il paraitrait qu'un cadavre a été retrouvé dans le parc du pépiniériste, leur voisin, et que ledit pépiniériste aurait tué l'amant de sa femme.

Delambre, afin que son voisin ne s'échappe pas et aille raconter n'importe quoi, l'enferme dans son salon puis entreprend de narrer la genèse de cette découverte macabre. Mais auparavant il lui pose quelques questions concernant cette découverte, notamment si le bahut dans lequel le squelette a été retrouvé était un magnifique meuble sculpté. Si une épée en bois peint reposait à côté du mort et si la tête de celui-ci était ceinte d'une couronne en bois peint également.

Suite aux affirmations de son voisin, il raconte cette histoire édifiante :

Lors d'une réception costumée, alors qu'un diseur accapare l'attention des invités, le majordome informe le maître des lieux qu'il est mandé au téléphone pour une affaire importante. Puis peu après, le majordome revient dans la pièce prévenant le secrétaire du comte que celui-ci l'attendait dans son bureau un quart d'heure plus tard. Le temps imparti étant écoulé, le secrétaire s'éclipse puis revient et parle à voix basse à la comtesse qui sort de la pièce puis réapparait en poussant des cris et s'évanouit.

Dans le bureau situé à l'autre bout du château les invités ne peuvent que constater l'absence du comte, mais relèvent néanmoins quelques indices prouvant qu'un attentat aurait été commis à l'encontre du noble. Des traces de sang, une statuette brisée, des douilles d'arme à feu.

Immédiatement averti le juge d'instruction pose les questions rituelles à la comtesse, une jeune femme d'une vingtaine d'années et mariée depuis peu. Et bien évidemment il s'agit de savoir si le comte possédait des ennemis. Et c'est à partir de ce moment que l'affaire se corse, même si elle se déroule en région parisienne.

Peu avant, Eloi, un vieux serviteur du comte, et sa fille Véronique, avaient été congédiés. Eloi, veuf de bonne heure, avait donné à Véronique une instruction raffinée et celle-ci âgée de dix-huit ans était entrée au service de la nouvelle comtesse comme lectrice. Les deux jeunes femmes n'étaient séparées que de quatre ans, mais, coïncidence troublante, elles se ressemblaient comme deux sœurs. Et Véronique entretint cette ressemblance en prenant la démarche, la coiffure, la voix même de sa maîtresse. Maîtresse qui fut bafouée semble-t-il car Véronique aurait effectué des avances éhontées au comte, d'où son renvoi et celui de son père.

Or Eloi et sa fille Véronique sont partis en Normandie, dans un petit village où le vieil homme possède une demeure. Les enquêteurs interrogent évidemment les voisins, les fonctionnaires dont le chef de gare, et selon tout ce beau monde, Eloi et Véronique ne se seraient pas absentés de leur villa, ou tout au moins du village.

Mais le doute s'installe. La comtesse est-elle celle qu'elle prétend être, ou Véronique aurait-elle pris sa place ? Commence un chassé-croisé qui embrouille les enquêteurs, une sombre histoire de substitution de personnes, et il est difficile de démêler le vrai du faux du faux du vrai. D'autant que selon les circonstances, la comtesse avoue être Véronique, puis se rétracte, revenant sur ses déclarations.

 

Ange Arbos, dont ce roman figure parmi ses premiers écrits, propose un jeu de miroir, proche d'une affaire de gémellité sans en être une puisqu'il s'agit de sosies. Mais le lecteur sait d'avance que les deux femmes se ressemblent, qu'elles peuvent se substituer l'une à l'autre. Ange Arbos ne sort pas un protagoniste de son chapeau en fin d'intrigue mais la présence de ces deux femmes est toujours constante. A moins que l'une d'elle joue deux rôles.

Dans un registre résolument policier classique, le futur Marc Agapit imprègne toutefois son histoire d'une once de fantastique, avec subtilité, la mise en scène du départ y influent pour beaucoup, de même que l'approche du récit par Delambre.

Le narrateur aperçoit quelques photos dont une de groupe représentant des personnages costumées et une autre le portrait de Jeanne la Folle. Or s'il s'agit de la comtesse et des membres participant à la soirée organisée par le comte, ceci n'est pas anodin. Car le comte était déguisé en Philippe le Beau et la comtesse en Jeanne la Folle, deux personnages historiques. Jeanne la Folle ainsi dénommée suite à la douleur ressentie à la mort de son mari.

Sans oublier les quelques allées et venues du domestique de Delambre lors de la narration de cette affaire, qui jette un doute sur les motivations du conteur vis-à-vis de ce voisin-narrateur pressé d'arriver à une conclusion qui au départ est erronée, puisque puisant dans des rumeurs.

Le sens de la narration est déjà présent, mais trouvera son développement par la suite lorsque Ange Arbos alias Marc Agapit se tournera résolument vers le fantastique et l'angoisse pour ses romans édités au Fleuve Noir, et qui restent des ouvrages de référence recherchés par les amateurs et les collectionneurs.

 

Ange ARBOS : La tour du silence. Collection Police N°155. Editions Ferenczi & fils. Parution 4 avril 1936. 64 pages.

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 08:32

Elle a fait un bébé toute seule...

Daniel CARIO : Les chemins creux de Saint-Fiacre.

Et dans les années 1930, c'était fort mal vu. Les mères devaient cacher leur honte et les enfants nés hors mariage en subissait les conséquences. Surtout dans les petits villages ou hameaux comme Saint-Fiacre au sud du Faouët.

Né en 1932, Auguste n'a jamais connu son père. Il a été élevé par sa mère et sa grand-mère, qui ignoraient la tendresse. La "faute" de l'une étant mise au négatif du gamin. Seul le grand-père lui voue une affection sincère mais il est si peu souvent à la ferme, étant de profession couvreur et sillonnant la région.

Auguste est éduqué à coups de taloches et d'indifférence. Il vagabonde et se trouve des compagnons en forêt. Des animaux, parfois en perdition, qu'il soigne. Un oiseau, un renardeau qui finit en renard d'eau.

C'est l'âge des découvertes, bien avant d'aller à l'école. C'est ainsi qu'en vagabondant il fait la connaissance de Daoudal, un ermite volontaire et presqu'obligé de vivre en dehors de la communauté villageoise. Car Daoudal est un rebouteux, un magnétiseur, un radiesthésiste, qui soigne certaines maladies. Mais il est considéré comme un sorcier dont la fréquentation est mal vue. Pourtant, malgré le rejet maternel, la santé d'Auguste, sans être sacrée, importe. Ne serait-ce que pour taire les médisances qui foisonnent à la moindre peccadille. Daoudal va guérir Auguste d'un zona juvénile, affection rare chez un gamin. Et comme on dit, lorsque c'est rare, c'est que cela existe.

A la ferme, il n'y en a que pour le petit frère, né lui après un mariage de la mère. Un enfant légitime dont le père mourra peu après, mais l'important est qu'il eut un père officiel et déclaré. Auguste aimerait bien ce petit frère si celui-ci n'était pas si taquin et rejetait sur Auguste les bêtises commises, se montrant même cafteur. Pourtant Auguste est utile, ne serait-ce que par les poissons qu'il pêche avec des gaules de fortune ou à la main. Un supplément de nourriture qui n'est pas négligeable.

Entre Daoudal et Auguste se lie une forme d'amitié proche d'une relation filiale. L'ombre tutélaire paternelle projeté par le rebouteux sur l'enfant en manque d'affection et de repères.

Les années passent, cahin-caha, Auguste entre à l'école et se montre un relatif bon élève. Surtout il fait la connaissance d'une gamine de son âge, Lise. Entre les deux gamins, c'est une histoire d'amitié amoureuse, telle que deux enfants peuvent vivre et ressentir pleinement et sans arrière pensée. D'autant que les parents de Lise ne sont installés dans la région que depuis peu. Et le regard des villageois sur ces "étrangers", ces "horsains" comme sont définis en Normandie ceux qui ne sont pas du canton, n'est pas tendre. Suspicieux même.

Les années passent et bientôt se profile la guerre, et son lot d'avanies.

 

Le parcours d'un gamin qui ne connait pas son père, qui ne le connaitra jamais quelle qu'en soit la raison, ne laisse jamais indifférent. Surtout lorsque les deux femmes de la famille, la mère et la grand-mère s'érigent en marâtres, non plus dans le sens originel de belle-mère mais bien dans celui de la personne maltraitante.

Et l'amitié entre le vieil homme et l'enfant en est émouvante de par sa simplicité. Et pourquoi Daoudal ne serait pas son père ? C'est ce que peut penser l'enfant.

Ce sont des années d'apprentissage avant l'entrée réelle dans la vie scolaire, puis l'apprentissage de l'amitié, mais lorsque la guerre sévira, que l'envahisseur essaimera dans le pays, ce sera l'apprentissage de la vie au quotidien avec son lot de forfaitures, de jalousies, de mensonges, le tout entrecoupé de petits bonheurs et de grands malheurs. L'apprentissage de la mort, soit à cause de la maladie, soit à cause de la guerre. Une éducation rude qui forge le caractère, et révèle celui des adultes.

Si Les chemins creux de Saint-Fiacre est un roman, il est toutefois un héritage émaillé de souvenirs familiaux.

 

Daniel CARIO : Les chemins creux de Saint-Fiacre. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 3 mars 2016. 416 pages. 19,50€.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 14:13

Bon anniversaire à Jean Mazarin né le 27 mars 1934.

Jean MAZARIN : Sus aux pointus.

Sus aux pointus est le dixième roman consacré à la saga de Frankie Pat Puntacavallo, le détective niçois surnommé le Privé au soleil, sur les douze titres qui constitueront cette série.

L'on retrouve avec plaisir les habituels protagonistes : Muriel Kerdah, sa secrétaire depuis peu, René-Charles (clin de l'auteur au véritable prénom de l'auteur) agent immobilier, Ange Culculnacci, commissaire de police de son état, Gisou, le repos du docker et d'autres, ainsi que la famille Puntacavallo composée de Marylin, la sœur chanteuse dans une boîte de nuit, et les parents, le père, un peu de l'autre côté de la barrière et la mère expansive, protectrice, la Mamma par excellence.

En réalité, lorsque l'on plonge dans un livre ayant Frankie Pat comme héros, l'histoire, la trame, l'énigme deviennent secondaires, ce qui ne veut pas dire qu'elles n'existent pas, loin de moi ce propos. Les avatars subis par ce détective naïf, que ce soit dans sa vie familiale ou professionnelle, valent en eux-mêmes que l'on ouvre le volume.

Têtes de chapitres, dont le style rappelle curieusement celles employées par Charles Dickens dans Les Papiers posthumes du Pickwick Club, renvois, notes, notules, tout concourt pour nous livre un roman extrêmement jubilatoire.

Et je ne parlerai pas du délire verbal employé par Jean Mazarin dans ce qu'il appelle ses romans de détente. Romans qu'il s'amuse à écrire et que le lecteur s'amuse à découvrir dans ces aventures puntacavalliennes.

 

Dans ce volume se dégagent un petit air de réalisme, de nostalgie, de mélancolie. De nombreux faits troublent Frankie Pat, le narrateur-héros. Le décès de son père, la diatribe relativement douce-amère de Muriel Kerdah concernant ses possibilités inductives et déductives ainsi que sa renommée.

Alors virage ? Changement de cap ? Frankie Pat ne sera-t-il plus dans ses prochaines aventures le sympathique naïf ayant Humphrey Bogart comme idole et image de marque ? Espérons que si et qu'il vivra de nombreuses aventures qui lui laisseront certes un arrière goût d'amertume comme à l'habitude mais réjouiront le lecteur. C'est ce que j'écrivais dans une chronique datée de 1985.

Mais ce n'était qu'un vœu pieux puisque, au bout de douze aventures, Frankie Pat tirera sa révérence.

 

Titres composant la série Frankie Pat Puntacavallo, tous dans la collection Spécial Police :

 

1642 : Un privé au soleil

1665 : Ormuz, c'est fini

1678 : Adieu les vignes

1754 : Monaco morne plaine

1772 : Basta C.I.A.

1824 : Catch à Cannes

1838 : Un doigt de culture

1881 : Touchez pas la famille

1913 : Camora mia

1982 : Sus aux pointus

2013 : Nocturne le jeudi

2069: Canal Septante.

 

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 10:44

Bon anniversaire à Pierre Marcelle né le 26 mars 1952.

Pierre MARCELLE : Conduite intérieure.

Taxidermiste, ou plutôt empailleur, terme issu de son enfance, Artigalas est un jeune homme pondéré, renfermé, qui vit de l’autre côté du périphérique. Sitôt sa journée terminée, il se prélasse dans son bain, se lave des odeurs de la profession et regarde défiler sur le bitume les traînées lumineuses des véhicules passant douze étages sous lui. Il rafistole dans son laboratoire personnel des animaux de compagnie que les propriétaires lui confient en dernier recours.

Un jour d’octobre, une jeune femme l’aborde à la sortie d’un musée. Suzanna est belle et désire que le jeune homme naturalise son chat, une bête de race, et ce avant le cinq décembre. Une rencontre provoquée, Artigalas s’en doute, car il a aperçu une Mercédès grise le suivre. Il accepte le travail, aussi bien pour l’argent que pour les beaux yeux de Suzanna. Elle pique le félidé qui était toujours en vie et Artigalas se met au travail sur la dépouille. Il n’est pas dupe mais il est attiré par la jeune femme qui le frôle, s’incruste presque chez lui et lui abandonne son corps. Car elle a une requête : Artigalas doit effectuer un véritable chef d’œuvre d’ébénisterie, habiller l’animal de bois de la fourrure et creuser un système de tiroir secret capable de contenir un objet gros comme un œuf de caille, sans recourir aux artifices de pièces métalliques. En bas, stationne la Mercédès avec à l’intérieur un vieux monsieur et deux seconds couteaux qui se relaient au volant.

Artigalas s’est mis en congé de maladie afin de terminer sa commande. Le 4 décembre il a terminé. L’objet que la jeune femme lui a confié n’est pas décelable au passage de la douane aéroportuaire. Mais Suzanna ne le considère plus que comme un artisan ; un affront ressenti par le dépôt sur la table d’une enveloppe contenant le reliquat de la rémunération, sans un mot, sans un sourire. Lorsque le dernier soir, Artigalas aperçoit les sbires armés, un pan de sa vie se déchire. Suzanna n’est plus qu’une cliente. Il n’a plus envie de lui remettre son œuvre. Il emprunte l’escalier de secours, le chat dans une caisse et tandis que les autres attendent devant sa porte, il étrangle le vieux monsieur et s’enfuit à bord du véhicule.

Il roule autour du périphérique, échange la conduite intérieure contre une vieille fourgonnette, le petit cercueil posé près de lui, puis il repart, avalant les tours de piste les uns après les autres. Lorsque la fourgonnette rend l’âme, il continue son périple à pied, marchant sur la bande d’urgence, couchant sous les ponts au pied des piles qui enjambent fleuve et boulevards, accompagné d’un chien qu’il a recueilli.

 

L’écriture de Pierre Marcelle s’avère sobre, raffinée, et malgré le manque d’action de ce roman, le lecteur se trouve entraîné malgré lui dans cette histoire.

Il découvre en Artigalas un être frustre, agoraphobe, et dont les amours se sont réduites à de brèves étreintes dans les bordels militaires. Sa vie est régie par son travail de taxidermiste, et l’intrusion de Suzanna lui révèle autre chose qu’un quotidien banal.

La désaffection de la jeune femme lui dessille les yeux, le laisse veuf et célibataire et l’entraîne dans une spirale routière. Les motivations de Suzanna s’éclairent peu à peu mais ce sont la femme et l’empailleur — la femme et le pantin ? — qui tiennent la vedette sous les feux des projecteurs.

Envoûtant, ce faux roman noir et rose prend sa plénitude dans la grisaille. La naissance du roman gris, alliance de la Noire et de la Blanche.

Réédition Points février 2001. 240 pages.

Réédition Points février 2001. 240 pages.

Pierre MARCELLE : Conduite intérieure. Editions Manya. Parution 1993. 162 pages.

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 15:24

Surtout ceux qui veulent s'affranchir 

d'un conformisme académique...

Maurice GOUIRAN : Maudits soient les artistes.

Maurice Gouiran soulève les tapis sous lesquels les femmes de ménage de l'Histoire ont glissé les poussières allergènes qui font éternuer les hommes politiques.

 

Afin de pouvoir payer la rénovation du toit de sa bergerie, Clovis Narigou, qui ne veut pas laisser d'ardoises, a accepté de faire quelques piges pour Les Temps Nouveaux, un magazine national. Ce n'est pas pour autant qu'il ne va pas accumuler les tuiles.

La première, et de taille, est l'annonce qui lui est faite par son fils Eric. A première vue ce serait une bonne nouvelle, car il va passer quelques jours à la Varune, le hameau au dessus de Marseille, où vit Clovis, en compagnie de Gaëlle, sa Galline, qui est enceinte. Et Clovis est tout content de revoir son fils et sa compagne. Ça c'est pour la bonne nouvelle. Car ils ne vont pas arriver seuls. Trois couples et dix gamins seront de la partie. Des amis parisiens qui se conduisent comme des mal embouchés, surtout les gamins.

Un triste spectacle que découvre Clovis en revenant d'un reportage dans l'Ariège. Il était parti avec la mission d'obtenir des renseignements sur un mathématicien illustre mais méconnu, qui venait de décéder en ermite dans un incendie. C'est ainsi qu'il découvre qu'Alexander Grothendieck, le matheux en question, avait été interné tout jeune au camp de Rieucros, en Lozère, avec sa mère anarchiste allemande durant les années de guerre en 1940, en compagnie de nombreuses autres détenues. Il ne reste guère de survivants mais Clovis obtient toutefois l'adresse d'une vieille femme qui vit à Nice.

Ce qui vaut à Clovis une demande de la part de son rédacteur en chef, un deuxième papier sur ce camp d'internement, et par la même occasion un troisième article lui est proposé concernant une certaine Valentine Bertignac qui réclame à corps et à cris la restitution d'une douzaine de toiles de maîtres. Or coïncidence, cette Valentine Bertignac, qui rêvait d'un autre monde, aurait elle aussi été élevée avec sa mère au camp de Rieucros, ayant des antécédents juifs.

Voilà qui devrait mettre du beurre dans les épinards et l'apport d'argent frais pour la rénovation de sa bergerie. De quoi mettre de bonne humeur Clovis qui rentre donc à Marseille pour se plonger dans l'enfer de la tribu de campeurs indésirables. Or Clovis apprend coup sur coup le décès d'un habitant du quartier du Rove. Un vieil homme qui a été assassiné à la façon des chauffeurs des siècles derniers qui brûlaient les pieds des personnes susceptibles de détenir un magot chez elles afin de les obliger à dévoiler leur cachette. Et peu après c'est au tour de Valentine Bertignac et de son mari de subir le même traitement de défaveur.

Dans l'appartement d'un octogénaire munichois, des centaines d'œuvres d'art ont été retrouvées, et c'est cette affaire qui a déclenché la demande de Valentine Bertignac. Mais quelle corrélation entre son assassinat et celui de Bert, qui vivait chichement. Or son passé ne plaidait guère en la faveur de ce petit voyou qui avait essayé de racketter des pizzaïolos en camions, dans les années 70. C'est loin dans le temps, mais une vengeance serait toujours possible, à moins qu'étant un habitué des jeux de hasards, il aurait touché le gros lot. Evidemment les rumeurs vont bon train, et Clovis doit les éplucher afin de démêler le vrai du faux et inversement.

Commence alors pour Clovis une enquête à laquelle il associera son amie de cœur, la belle et jeune tatouée et percée Emma qui accessoirement travaille pour les forces de l'ordre.

Une enquête qui l'amènera à remonter le passé de peintres dit dégénérés, rencontrer des avocats défendant les intérêts de familles spoliées, et à renouer avec d'anciens amis correspondants de journaux allemands. Car même s'il ne les voit pas souvent, Clovis garde toujours dans un petit carnet les coordonnées de ses confrères, ce qui peut toujours servir, pour preuve.

 

Allié à une documentation impressionnante et rigoureuse qui pourrait faire penser que ce livre est plus un ouvrage historique et pédagogique, Maudits soient les artistes joue sur plusieurs tableaux. Bien évidemment le rejet par le parti nazi du renouvellement de la culture, les peintres et plasticiens novateurs étant considérés comme des dégénérés, forme l'ossature du roman, mais d'autres thèmes sont abordés. La spoliation des juifs par les Nazis, la difficulté de rendre à leurs propriétaires des œuvres d'art, la législation n'étant pas uniforme pour chaque pays. Autre difficulté, celle de prouver l'appartenance d'une œuvre familiale.

L'évocation du camp d'internement de Rieucros n'est qu'abordé, et devrait faire peut-être l'objet d'un prochain roman de la part de Maurice Gouiran. En effet, ce camp a été créé par décret le 21 janvier 1939, et accueillit les Républicains espagnols, des membres des Brigades internationales, qui étaient dénommé étrangers indésirables.

 

La touche d'humour, indispensable dans un roman noir, réside avec la colonisation par des familles et leurs gamins d'un domaine privé, en l'occurrence celui de Clovis par des trublions saccageurs.

Enfin, petite précision que j'ai eu sous les yeux dès premières les aventures de Clovis Narigou que j'ai lues et qui est si évidente que j'aurai dû la déceler depuis longtemps : Narigou n'est autre que l'anagramme de Gouiran. Bien des lecteurs ont dû faire ce rapprochement mais il a fallu que l'auteur me souffle la réponse pour que le déclic opère. Et ce que parce que dans sa jeunesse, à la fin des années soixante, Clovis s'était senti une âme de peintre, comme d'autres tentent de rimailler, et qu'il avait commis un tableau psychédélique qu'il n'avait pas osé signer de son patronyme et donc avait détourné son nom en Gouiran.

Maurice Gouiran ne manque pas d'humour en se moquant de lui-même. D'ailleurs c'est ça l'humour. Savoir se moquer de soi-même. En général quand on se moque des autres, cela devient vite de la méchanceté.

Maurice GOUIRAN : Maudits soient les artistes. Collection Polar Jigal. Editions Jigal. Parution le 17 février 2016. 232 pages. 18,50€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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