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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 14:08

Ayerdhal est décédé le 27 octobre 2015 des suites d'un cancer. Mais ses romans lui survivent...

AYERDHAL : Bastards.

Le vertige de la page blanche est un phénomène bien connu des écrivains, et lorsqu'ils y sont confrontés, ils tombent dans le gouffre du manque d'inspiration. Le succès est peut-être arrivé trop vite, à moins qu'il soit atteint du syndrome du Prix Pulitzer, qu'il a obtenu avec mention très bien mais Alexander Byrd n'arrive plus à aligner plus de deux ou trois chapitres.

Natif du comté de Missoula dans le Montana, véritable vivier d'artistes en tout genre et de prosateurs mondialement connus, Alexander Byrd, Xander, a préféré poursuivre ses études, sans s'essouffler, à l'université de Columbia située dans la Grosse Pomme. Il aurait pu, par exemple devenir journaliste, il a même suivi un stage dans un journal. Non, il préfère recueillir des impressions et les consigner sous forme d'articles qui lui serviront pour ses romans. Et depuis qu'il est lauréat du fameux Prix Pulitzer, il continue d'emmagasiner sur son ordinateur des débuts de chapitre, mais cela ne veut pas se mettre en forme.

Il a rendez-vous dans Central Park avec Colum McCann, car il a décidé de s'inscrire au cours d'écriture créative. Mais le romancier qui connait les possibilités de Xander le dissuade d'y participer. Au contraire, il lui conseille plutôt de rechercher sur le terrain l'inspiration, l'idée majeure. Il lui suggère de s'intéresser à un fait-divers auquel des gamins ont assisté comme spectateurs impuissants et qui suscite de nombreuses réactions. Une vieille dame attaquée dans un quartier délabré de New-York, s'est débarrassée de ses agresseurs à l'aide de ses bras, ses jambes, d'un outil de jardin et d'un chat qu'elle promène dans un cabas.

Maria, qui travaille dans le service relations publiques de la police de New-York, et Xander sont amis depuis près de vingt ans. Ils se sont connus à l'université de Columbia, mais ont eu un parcours différent tout en étant similaire. Ils sont veufs tous les deux, ayant perdus leurs conjoints peu après leur mariage. Depuis leurs relations sont en pointillés, mais leur amitié n'est pas entamée. Xander lui demande donc de lui fournir tout renseignement susceptible de le mettre sur la piste de celle qui a été surnommée Cat-Oldie. Maria ne tarde pas à le mettre en contact avec Kyle Kentrick, fils du célèbre juge du même nom, assistant du procureur fédéral, lequel lui présente Laurence McNair, agent spécial masculin du FBI, qui vit chez lui. Les deux hommes possèdent de maigres informations sur Cat-Oldie, même si personne n'a jamais essayé de relier certaines affaires auxquelles elle a été mêlée. Ils savent qu'elle pratique les sports de combat, qu'elle entre soixante et quatre-vingt-dix ans et qu'elle se promène avec un maine coon.

Muni de ces quelques renseignements, et avec l'aval des deux hommes, Xander arpente les rues de New-York, avec sur les épaules ou dans la capuche de son blouson un stray cat pur race cent pour cent gouttière. C'est ainsi que dans le cimetière où est inhumé le magicien prestidigitateur et spécialiste de l'évasion Harry Houdini, décédé en 1926, il remarque une vieille femme qui porte un cabas avec un chat à l'intérieur et décide de la suivre. Elle emprunte un bus et il effectue le parcours à l'aide de rollers qu'il garde toujours à portée de mains dans un sac à dos. Jusqu'au moment où dans une ruelle mal famée il est agressé lui-même par quelques voyous. Téméraires, les jeunes gens, qui ignorent que Folksy, c'est le nom du matou, n'aime pas être dérangé et surtout qu'un individu quelconque puisse molester son maître. Un coup de griffe au passage, aidé par Xander qui lui non plus n'a pas les mains dans ses poches, et la venue impromptue de la vieille dame mettent rapidement fin au combat. Cat-Oldie l'emmène chez elle, à travers un dédale de rues, puis elle lui avoue qu'elle s'était rendue compte qu'il était sur ses traces. Elle lui raconte une partie de sa vie, du moins ce qu'elle veut bien en dire, peut-être en affabulant puisqu'elle prétend avoir connu Houdini, et enfin elle se présente : Bond, Janet Bond.

Ceci ne vous rappelle rien ? Eh oui, elle a aussi connu Ian Fleming, et d'ailleurs c'est sa façon de se présenter qui aurait inspiré le romancier qui avait aussi calqué son personnage sur celui d'un ami. Mais ce n'est pas tout, elle parle aussi de son ami Steinbeck et de quelques autres artistes qu'elle aurait bien connu. Alors mensonge ? Probablement, car dans ce cas il faudrait évaluer son âge à cent ans, voire plus. Racontars, affabulations ? Probablement aussi, il faut se méfier des vieilles dames, même si elles ne sont pas indignes. Xander en parle à ses nouveaux amis, mais un événement va perturber cette recherche. Maria est victime d'un accident de voiture. Accident, vraiment ? Et madame Janet Bond qui communique avec lui par messages électroniques. Vraiment bizarre...

Personnages d'écrivains vivants et morts se côtoient par le biais des connaissances et celui des souvenirs. Alexander va rencontrer outre Calum McCann, des romanciers comme Norman Spinrad ou Jérôme Charyn tandis que Janet Bond en réfère à Steinbeck et Ian Fleming. Et au détour des pages Ayerdhal ne manque pas d'évoquer Roland C. Wagner qui venait de disparaître tragiquement.

Les passages mettant en scène les chats, Szif de madame Janet et Folksy d'Alexander sont particulièrement savoureux, mais l'on sait que les chats et les écrivains ont toujours fait bon ménage, sauf peut-être depuis l'apparition des claviers d'ordinateurs.

 

L'attention d'Alexander est train de s'effriter. Toute proportion gardée, s'il adore déduire le cheminement qui mène à un raisonnement, il supporte mal qu'on lui détaille l'histoire de l'univers depuis le big-bang pour lui raconter une anecdote datant de la veille.

Au risque de décevoir l'auteur et l'éditeur, je réagis de la même façon. Et cette histoire, par trop délayée, entrelardée de graisse, même si c'est de la bonne graisse, du bon cholestérol comme affirmeraient les médecins qui désirent protéger votre santé, m'a parfois occasionné quelques moments de somnolence. C'est dommage ! Je préfère nettement les bons vieux romans des années cinquante à quatre-vingt durant lesquelles l'éditeur et l'auteur, à de rares exceptions près, privilégiaient les ouvrages ne dépassant pas deux-cent-cinquante pages. Le style était rapide, l'action présente à tout moment et les textes n'étaient pas englués dans des descriptions ou des digressions trop littéraires. Et le lecteur pouvait à loisir s'empiffrer de bouquins ce qui évidemment avait une grande répercussion sur les ventes.

Première édition : Editions Au Diable Vauvert. Parution le 20 février 2014. 528 pages. 20,00€.

Première édition : Editions Au Diable Vauvert. Parution le 20 février 2014. 528 pages. 20,00€.

AYERDHAL : Bastards. Réédition Le Livre de Poche. Collection Policier/Thriller. Parution 10 février 2016. 648 pages. 8,10€.

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 09:00

Un Bon petit Diable ?

Gilles BORNAIS : Le Diable de Glasgow.

Août 1887. Joe Hackney, ancien loubard des bas-fonds londoniens et promu détective à Scotland Yard, est envoyé à Glasgow par son patron, “ l’incapable en chef ”, afin de résoudre sa première énigme.

Une banale histoire de cambriolage qui a laissé sur le carreau un lord et son domestique. Toutefois il existe entre ce double meurtre et celui commis deux ans auparavant une analogie. Les blessures sont identiques, perpétrées par un poinçon, avec des traces de rouille sur les plaies, produites par un mouvement circulaire inhabituel.

En fouillant les archives, Hackney et Buchanan, le constable qui lui a été attribué comme partenaire, découvre que d’autres meurtres, dont l’assassin n’a pas été identifié, ont été exécutés quelques années auparavant. Dix ans, vingt ans et même plus. Toujours les mêmes stigmates. Les témoins ou proches des victimes donnent le même signalement d’un homme susceptible d’avoir réalisé ces crimes. Un certain Hogg, dont l’un des membres supérieur est atrophié. Seulement, impossible de mettre la main dessus, et qui plus est, il existe une incompatibilité sur l’âge du présumé meurtrier.

Hackney aura bien du mal à résoudre cette enquête, d’autant que Buchanan est grièvement blessé au cours d’un voyage destiné à recueillir des renseignements, que son patron le réclame à corps et à cris dans la capitale et que le chef constable de Glasgow ne met pas vraiment du sien pour l’aider, au contraire. Et s’il ne s’agissait que de tracas d’ordre professionnels ! Hackney est amoureux d’une fille facile qu’il aimerait oublier tandis que sa mère garde en reliques les affaires que son père, un cafetier, portait lorsqu’il a été assassiné.

 

Un roman noir qui nous plonge au cœur de l’époque victorienne, dans les brumes écossaises et celles occasionnées par la bière, avec une trame historique et un épilogue fantastique.

Un heureux mariage des genres qui nous faisait espérer, lors de la parution de ce roman, une suite rapide des aventures de Hackney, un souhait heureusement concrétisé.

Gilles Bornais avec cet ouvrage damne le pion aux maîtres britanniques du genre.

 

Gilles BORNAIS : Le Diable de Glasgow. Collection Le Masque Poche N°72. Editions du Masque. Parution 10 février 2016. 350 pages. 7,50€.

Première édition Collection Pique rouge. Atout éditions. Mai 2001.

Réédition Pocket février 2004.

Réédition Collection Grands Détectives. Editions 10/18. juillet 2008.

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 10:32

Fantastique fantastique !

Malpertuis VI, anthologie dirigée par Thomas BAUDURET.

La littérature fantastique possède ses sous-genres et donc ne se réduit pas à une forme définie mais englobe plusieurs composantes comme le fantastique animalier, le fantastique d'horreur, d'irrationnel, de rêves, d'événements maléfiques, d'apparitions spectrales ou tout simplement se décliner au quotidien comme la superstition et l'imputation de phénomènes non expliqués à des sorciers qui peuplent en général les campagnes. Elle peut se révéler diffuse, étrange, violente, mettre en scène une faune issue de l'imaginaire, ou se traduire par l'apparition de démons, d'objets devenant animés par la volonté d'un être aux pouvoirs étranges et souvent malveillant.

Tout ceci, et plus, est abordé et amplifié dans ce volume, et les précédents, par la volonté d'auteurs dont l'imaginaire fécond ne connait pas de limites. Un mélange d'horreur, de merveilleux, d'humour noir, d'impertinence, de psychologie (il en faut parfois), de causticité...

Le mieux, peut-être, est de vous présenter rapidement quelques-uns des textes figurant dans cette anthologie qui n'est pas axée sur un thème unique, mais pas tous car la découverte est encore plus intense lorsque l'on ne sait pas quel est le sujet traité.

 

Sylas : 3 kilogrammes.

Elle a fait un bébé toute seule. A trente-huit ans, il était temps. Trop grosse, elle n'avait trouvé personne à sa taille. Pourtant elle a fait un bébé toute seule (sur les conseils de Goldman peut-être). Une aimable variation sur le principe des vases communicants.

 

Béatrice Coudière : Le Voleur d'Ange.

Venise. La pluie. Tout est prêt pour la cérémonie d'ouverture du Carnaval. Laura devait incarner Marie en effectuant du haut du Campanile le Vol de l'Ange. Julia est perdue, hagarde dans la foule, à moitié folle, recherchant sa sœur dans les ombres, sous les masques, dans les flaques d'eau.

 

Elisa M. Poggio : L'imbricorioniste.

Le monde a changé, n'est plus comme avant. Tout est soumis aux appréciations et les bulletins d'imbricorion sont des rapports émanant d'un ministère, détaillant tout ce qui compose la vie des individus. La narratrice vient de recevoir le sien. Dans le même temps elle observe le manège de son voisin, vérificateur, qui récupère toutes sortes d'objets, de détritus dans les poubelles pour reconfectionner des robots ménagers ou autres. Lui aussi a reçu son rapport, dans l'inévitable enveloppe jaune poussin.

 

Xavier-Marc Fleury : Les rescapés du Gigantik.

Au début du siècle dernier au sud de la pointe africaine. Un navire attaqué par une pieuvre géante a dérivé durant trois semaines et est sur le point de sombrer. Seuls vingt-cinq passagers peuvent être récupérés, dont des enfants et une femme qui affirme être l'épouse du consul chargé de représenter les Indes en Afrique du Sud. Le commandant Prétorius, responsable de la base invite la jeune personne à sa table puis se permet quelques privautés à son encontre. Un texte qui lorgne du côté de Lovecraft et de ses monstres.

 

Véronique Pingault : Bessie et Jessie.

Deux femmes, Bessie et Jessie sont à bord d'un véhicule qui emprunte le tunnel sous la Manche puis traverse l'Angleterre et se dirigent vers un loch écossais en effectuant quelques détours. Bessie est plus âgée que sa passagère, et c'est elle qui tient le crachoir. Car Jessie ne parle jamais même si Bessie répond à ses questions, ses doléances ou ses avis.

 

Eric Vial-Bonacci : Lloupa rouge.

Une sympathique et astucieuse variation sur Le Petit Chaperon Rouge.

 

Thierry Jandrok : Dette de sang.

Hiver 1943. Hôpital de Bucarest. Marcus Radu est infirmier, tout comme son collègue Dragomir. Ils travaillent dans un pavillon spécial dirigé par le professeur Ionescu et sa femme Andreaa, neuroanatomiste de renom. Des cadavre étêtés traversent les couloirs sombres des souterrains qui communiquent avec le centre hospitalier tandis que des bocaux, disposés sur des étagères et emplis de formol, accueillent les têtes des défunts.

La science a ses exigences que les citoyens ordinaires ne peuvent comprendre.

 

Barbara Cordier : Scène de chasse ordinaire.

Disparu depuis plus d'un an et demi, le cadavre de monsieur de Cherval vient de réapparaître sous la forme d'abord d'une main découverte par un chien puis de reliquats d'os. Le narrateur assiste à l'inhumation. La famille lui précise bien que même étant proche de monsieur de Cherval, il n'aura rien ou presque. Tout gamin le narrateur aimait se rendre chez son vieil ami qui lui racontait des histoires et l'avait pris sous son aile tutélaire. Rien, il n'hérite de rien, sauf d'une tapisserie murale représentant une scène de chasse.

 

Suivent

 

Milora : Alice.

Pascal Malosse : La fuite.

NokomisM : Le collectionneur de plumes.

Kevin Kiffer : Mais quand vient le mot Fin ?

Olivier Jarrige : La dame du lac.

Anthony Boulanger : Sans terminus ?

Emilie Querbalec: Lisse, le cordon.

Alain Doré : Le chevrier.

Sarah Dunkel : Anguille.

Marie Latour : Le chat de Schrödinger.

Guillaume Suzanne : Cherchez l'Intrus.

Yves-Daniel Crouzet : Le chant de la harpie, le soir au fond des bois.

Dominique Lémuri : Externalisé.

 

En tout vingt-deux textes dont certains sont de véritables petites perles, à mon goût qui n'est pas forcément celui de tout le onde, chacun appréciant selon sa propre sensibilité. Des textes ardus, parfois un peu abscons pour ma pauvre petite cervelle de presque septuagénaire qui préfère l'action aux méandres psychologiques.

Nonobstant ce petit aparté, tous ces auteurs possèdent une plume, d'ailleurs nombreux ceux qui ne sont pas à leur coup d'essai, alliée à une imagination foisonnante, et je ne serai pas étonné de les retrouver dans quelques temps dans un programme plus ambitieux, un recueil de nouvelles à leur actif quoique ce soit un genre souvent délaissé par les lecteurs, ou un roman chez un éditeur exigeant, ce qui ne veut pas pour autant dire un éditeur parisien. Je pense à, outre Malpertuis bien évidemment, aux éditions Rivière Blanche ou encore Critic.

Malpertuis VI, anthologie dirigée par Thomas BAUDURET. Collection Brouillard. Editions Malpertuis. Parution 24 mai 2015. 260 pages. 16,00€.

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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 14:32

Hommage à Jules Verne né le 8 février 1828.

Lionel DUPUY : En relisant Jules Verne.

Voyage au centre de la Terre, Le tour du monde en 80 jours, Le château des Carpathes, Vingt milles lieues sous les mers, L’île mystérieuse, tout le monde a entendu parler de ces célèbres romans de Jules Verne, à défaut de les avoir lu.

Chacun en garde un souvenir impérissable tant les mondes décrits par Jules Verne entraînaient le lecteur dans des aventures fabuleuses. Peut-être moins aujourd’hui que les inventions décrites par ce visionnaire sont devenues réalité voire dépassées.

Lionel Dupuy nous propose une relecture de ces cinq romans, en relevant des aspects parallèles, des similitudes, des procédés littéraires qui méritent d’être mis en évidence. Ainsi les volcans sont quasi présents dans l’espace géographique mis en scène par Jules Verne même si à priori ceux-ci ne sont pas visibles.

Pourtant si dans Voyage au centre de la Terre, le volcan est bel et bien présent car la remontée des explorateurs s’effectue par le Stromboli, dans Le château des Carpathes, le col où se situe l’édifice en question se nomme Vulkan. L’île en général aussi joue une importance toujours présente dans l’esprit de l’auteur, mais ce ne sont que deux points pris au hasard.

L’espace et le temps sont des facteurs primordiaux dans la construction de l’œuvre, pas forcément mis en évidence. D’ailleurs à ces romans on pourrait ajouter Michel Strogoff puisque l’envoyé du tsar doit traverser la Russie jusqu’à l’autre bout du continent asiatique et afin de réussir sa mission lutter contre le temps. On pourrait également dire que Jules Verne pratiquait l’écologie avant l’heure.

Les ouvrages sur Jules Verne sont légion en ce moment mais l’étude de Lionel Dupuy s’avère intéressante dans le sens où les romans de Jules Verne incitent aussi à la réflexion, démarche pas toujours entreprise lorsque nous dévorions ces romans lors de notre préadolescence.

 

Lionel DUPUY : En relisant Jules Verne. Un autre regard sur les Voyages Extraordinaires. Editions La Clef d’argent. Parution février 2005. 176 pages. 12€.

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Published by Oncle Paul - dans Hommage Documents
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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 14:14

Quand on vous dit, mesdames, de ne pas trop vous maquiller !

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison.

Si la comtesse de Lignac est venue s'installer dans le couvent de l'Assomption afin de se reposer, c'est mal connaître ce qu'il s'y déroule.

Pas tout le temps, d'accord, mais ce jour là, en descendant l'escalier, elle aperçoit, allongé sur les tomettes qui recouvrent le sol, le cadavre d'une novice. Morte.

Un spectacle horrible qui suit celui, charmant, que regardait peu de temps auparavant, Madame de Lignac par la fenêtre de son appartement. Les gamines mises en pension et qui s'ébrouaient lors de la récréation, dont une jolie fillette ayant pour nom Alexandrine Lenormant d'Etiolles, la fille de Madame de Pompadour.

Selon toute probabilité sœur Agnès est tombée dans l'escalier et s'est tuée en se cognant la tête contre une marche. Sœur Angélique est effondrée. Les deux religieuses étaient si proches. Aussitôt François Vernet le chirurgien de l'institution est prévenu. Mais surtout il faut mettre les jeunes pensionnaires à l'abri, afin de leur éviter un traumatisme. Sœur Antoine se rend auprès de la Supérieure car elle a une communication importante à lui confier, quelque chose qui la tourmente concernant sœur Agnès.

 

Dans son laboratoire où elle prépare avec amour et quelques ingrédients choisis potions, pommades, fards et autres substituts de beauté, Marie-Anne, dite Manon, est dépitée. Son lait virginal (un cosmétique, je précise) a tourné. Elle a vingt ans, s'est mariée avec Joseph Vérité, un garde-française, et reprend avec bonheur la boutique familiale, le Bouquet de Senteurs, en compagnie de son frère Claude et de quelques employés dont Louis, Rosine, et son neveu Jean-Baptiste, un gamin qui présente des signes d'autisme, même si cette maladie était inconnue à l'époque, mais qui possède un nez, lequel appendice sera d'un grand recours à Manon plus tard. Si elle mène la baraque avec vivacité, bonheur et intelligence, ses fards étant fort prisés, c'est Claude qui en est le propriétaire officiel, car en ce temps les femmes n'avaient pas voix et voie au commerce.

François Vernet, son beau-frère époux de sa sœur Catherine, vient lui rendre visite et lui annonce le drame du couvent. Or la sœur de François Vernet, elle-même religieuse dans cette communauté sous le nom de sœur Antoine, lui a appris qu'elle avait lavé le couloir après la chute de sœur Agnès et qu'il y avait du sang sur un chandelier. La supérieure n'avait été convaincue par les assertions de sœur Antoine, qui a parfois un comportement trouble. Mais cela suffisait-il pour enfermer la religieuse à la Salpêtrière, dans la partie réservée aux folles ? Et si sœur Antoine ne délirait pas et avait réellement vu du sang et l'avait effacé avec un linge ?

 

Manon profite de livrer savons et autres produits à madame de Lignac à l'Assomption et en profite pour rencontrer madame Dornoy, la gouvernante d'Alexandrine, et la belle Anne-Sophie de la Forge, la sous-gouvernante, il faut bien deux personnes pour s'occuper de la fille de Madame de Pompadour, sinon plus. Elle désire en apprendre un peu plus sur le drame qui s'est déroulé peu de temps auparavant. Nicole du Hausset, sa marraine et femme de compagnie de madame de Pompadour, est venue rendre visite à Alexandrine et Anne-Sophie est intéressée par ce genre de confidences.

 

Mais l'attention de Manon va bientôt être accaparée par une autre affaire qui risque de nuire à son commerce. Des fards provenant de son laboratoire ont été empoisonnés, et madame de Pompadour semble en être la principale destinataire. Pourtant c'est une jeune soprano qui, pour interpréter un rôle dans Les Indes Galantes de Rameau, s'était maquillée et en a subit les funestes conséquences. Funestes pour son visage défiguré par des boursouflures purulentes. Mais qui donc peut en vouloir à Madame de Pompadour, si c'est bien elle qui était visée ? Comment le boîtier contenant la poudre a pu atterrir entre les mains de l'actrice ? D'autres victimes seraient-elles à déplorer ? Ou tout simplement un concurrent de Manon n'essaierait-il pas de lui porter préjudice ? Et enfin, le décès de sœur Agnès n'est-il pas lié justement à celle des fards empoisonnés ?

 

De la rue Saint-honoré où est située la boutique le Bouquet de Senteurs à la Salpêtrière, du château de Versailles au château de Bellevue, résidence offerte par Louis XV à la favorite, le lecteur est entraîné dans un roman policier historique de fort bon aloi.

La plupart des personnages qui évoluent dans ce roman ont réellement existé, mais n'ont pas joué forcément le rôle qui leur est dévolu dans cette intrigue.

Manon est l'héroïne principale mais François Vernet, son beau-frère, Joseph, son mari, Jean-Baptiste, son neveu, et le lieutenant général Berryer vont prendre une part auxiliaire mais non négligeable dans la résolution de cette énigme. Manon, une forte femme, moralement, dans un XVIIIe siècle dans lequel les femmes n'avaient guère droit au chapitre, et ne pouvaient s'occuper d'affaires commerciales, n'est mariée que depuis un peu plus de six mois. Pourtant elle commence à se languir et à se demander quelle va être sa vie avec un mari souvent parti pour obligations militaires. De plus Joseph, sans être volage, revoit de temps à autre Violette, qui fut sa maîtresse, et est devenue une mamie de Manon. Violette, qui interprète un petit rôle dans Les Indes Galantes et qui a trouvé dans la loge de la soprano, un coffret contenant les fards empoisonnés appartenant à Madame de Pompadour, plongeant Manon dans des affres indescriptibles. Car ce coffret provient de sa boutique, Violette inconsciemment déclenchant toute cette histoire.

Apparemment, Béatrice Egémar possède une affection particulière pour les prénoms en A. Outre Marie-Anne dite Manon et Anne-Sophie de la Forge, évoluent Alexandrine, Agnès, Angélique, sœur Antoine, Aimée, Aglaé et quelques autres. Mais peut-être était-ce l'époque qui voulait cela.

 

Béatrice EGEMAR : Le Fard et le Poison. Editions Presses de la Cité. Parution le 14 janvier 2016. 368 pages. 21,50€.

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 09:05

Maintenant on dit Préposé à la distribution du courrier. Avec une telle dénomination à rallonges, m'étonne pas que le courrier arrive en retard !

David BRIN : Le facteur

Nous sommes en 2011 (le roman date de 1985, précision utile, il me semble) et Les Etats-Unis, suite à des émeutes post-atomiques, ne sont plus que décadences et ruines.

Des communautés vivotent ou survivent selon des moyens de fortune dans ce pays qui est devenu les Etats-Unis Restaurés d'Amérique.

Gordon Kranz court les bois à la recherche, de ces communautés mais les dangers sont nombreux. Au froid et à la difficulté de trouver son alimentation, s'ajoutent les bandes de pillards, les Survivalistes.

Dépouillé par des bandits lors d'une confrontation avec ceux-ci il découvre par hasard le cadavre d'un facteur des Postes des Etats-Unis. Endossant les habits de l'employé administratif, il va s'efforcer de réunir les différents groupes éparpillés dans la nature sauvage grâce au système du courrier.

Il rencontrera successivement Le Cyclope, ordinateur vestige d'une communauté scientifique un peu plus épargnée que d'autres, puis le chef indien Pawotan.

La restructuration ne va pas sans difficultés, les dangers sont nombreux, mais seule la bonne transmission du courrier peut encourager la population à résister aux hordes bien entraînées et supérieurement équipées des Survivalistes.

 

Un roman axé sur la solidarité et le refus de la résignation. L'ancien slogan de la Poste française trouve là toute sa signification : Les hommes qui relient les hommes. Ce qui n'est guère vrai de nos jours.

 

Première édition : Editions J'ai Lu. Collection Science-fiction N°2261. Parution septembre 1987. 448 pages.

Première édition : Editions J'ai Lu. Collection Science-fiction N°2261. Parution septembre 1987. 448 pages.

David BRIN : Le facteur (The Postman - 1985. Traduction de Gérard Lebec). Editions Milady. Parution 18 septembre 2015. 480 pages. 8,20€.

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 15:14

Vous pouvez y entrer sans crainte,

il a été dépoussiéré !

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges.

Après avoir publié de nombreuses anthologies dans le domaine du roman policier, découvrant quelques auteurs qui ont eu les honneurs d'être édités dans de grandes collections par la suite, après avoir rédigé, seul ou en collaboration des essais et des études, dont Le vrai Visage du Masque et Les Métamorphoses de la Chouette, après avoir été chroniqueur au journal Le Monde dans la rubrique Science-fiction et Fantastique, rédigé de nombreuses préfaces ou présentations pour des volumes Omnibus, créé une revue Enigmatika, dans laquelle il signait des articles sous le pseudonyme d'Anne Matiquat, tout en étant animateur culturel à Reims créant le Festival du Roman et du Film Policiers puis Les Rencontres européennes puis internationales de la Télévision... et j'en oublie, il fallait bien que Maître Jacques Baudou s'attèle à l'écriture d'un roman, même s'il avait déjà tâté de l'écriture publiant par-ci par-là des nouvelles policières et de science-fiction.

Voilà qui est fait de charmante et pétillante façon, et nous ne le regretterons pas, de nombreuses références littéraires, qui vont de Victor Hugo à Paul Gilson, de Charles Nodier à Jean-Louis Foncine, de Lawrence Sterne à Joseph Peyré, d'Alfred Jarry à Yves Gibeau parsèment le roman et l'enquête de Jonathan, le héros encore une référence à Jonathan Carroll, auteur du Pays du fou rire...

 

Intéressons-nous maintenant à l'intrigue de ce roman qui prend pour décor la bonne cité royale de Reims, ville adoptive de Jacques Baudou.

Jonathan, enquêteur à la Société d'études et de recherches ésotériques et métapsychiques, est convoqué par son directeur pour résoudre deux affaires délicates dont le point d'ancrage se trouve à Reims et dans ses environs.

Tout d'abord, Aristide Forcier, correspondant de la Serem en Champagne, a envoyé un télégramme dont le contenu est pour le moins laconique et intriguant : Événements sidérants à Reims. Envoyez votre meilleur enquêteur. Forcier est connu pour sa fiabilité et n'adresserait pas de demande d'aide sur de simples rumeurs farfelues. Entre autres activités multiples, il édite un fanzine fortéen (de Charles Fort, écrivain américain dont le fond de commerce littéraire étaient les phénomènes paranormaux), l'Intermédiariste.

Et puisqu'il part pour Reims, Jonathan doit en profiter pour se renseigner sur la collection du docteur Octave Guelliot, un médecin puis chirurgien ayant vécu à Reims à partir de 1882, et éventuellement savoir ce qu'elle est devenue. Histoire de faire coup double, cela rentabilise.

Une chambre est réservée dans un établissement rémois et Jonathan après un voyage ferroviaire au cours duquel il a pu découvrir la campagne champenoise, rejoint à pied son hôtel. Cela lui permet de prendre le pouls de la cité et d'assister, en passant devant le Manège, à un phénomène étrange dont il est le seul témoin. Une représentation du Wild West Show, le cirque créé par William Cody, alias Buffalo Bill, lors de sa tournée européenne. Bizarre.

Puis il contacte Forcier qui lui donne rendez-vous pour le lendemain. N'ayant rien de spécial à faire de sa soirée, il décide de dîner en ville mais auparavant il s'enquiert auprès du réceptionniste de lui indiquer quelle rue serait propice pour lui offrir la meilleure idée de Reims. Et c'est ainsi qu'il déambule (je vous épargne le trajet qui est indiqué dans l'ouvrage) et entend une voix rocailleuse vociférant La sphère est la forme des anges... Cette fois encore il est le seul témoin auditif de ces paroles sibyllines.

Le mieux est encore de se restaurer, et il entre dans un restaurant attiré par l'enseigne, El Diablo, restaurant mexicain. Le repas est excellent mais la serveuse est sublime avec sa mèche blanche. Et il se promet d'y retourner, aussi bien pour les plats que pour la jeune femme.

L'entretien qu'il a le lendemain avec Forcier est riche d'enseignements. De nombreuses personnes ont été les témoins d'un phénomène étrange, dont s'est fait l'écho le journal local : un Spring-heeled Jack aurait agressé quelques individus qui ne demandaient rien à personne, et dont l'origine est ancrée dans l'imaginaire victorien. Jack Talons-à-Ressort, en français, et dont vous pouvez vous faire une opinion visuelle ci-dessous.

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges.

 

La seconde apparition collective s'est déroulée près de la bibliothèque Carnegie. Une photo prouve que cette apparition fut réelle et non imaginaire. Un château, un burg romantique était imprimé dans le ciel, mais positionné à l'envers. Jonathan va être confronté à d'autres manifestations, auditives ou visuelles, et son enquête va le mener, en compagnie de Forcier jusqu'en forêt de Verzy, au milieu des faux, ou hêtres tortillards, des arbres difformes.

Le hêtre tortillard (Fagus sylvatica f. tortuosa) est notamment connu par les Faux de Verzy près de Reims.

Le hêtre tortillard (Fagus sylvatica f. tortuosa) est notamment connu par les Faux de Verzy près de Reims.

Cette enquête-aventure de Jonathan est prétexte à déambulations dans Reims et son voisinage, sorte de guide touristique à usage des curieux d'un héritage culturel, immobilier et littéraire.

C'est ainsi que l'œil (et même les deux) de Jonathan est attiré par la devanture d'une boutique qui expose, entre autres objets, des disques vinyles, des Vautours, des Lionceaux, des Pingouins, des groupes rocks français des années 1960.

Et ceux qui comme moi se rendaient tous les ans au Festival du roman et du film policiers se souviendront avec une nostalgie certaine de certains sites. D'ailleurs cette histoire est ancrée dans les années 1980, car le téléphone portable n'existait pas encore. Une époque où l'homme n'était pas encore asservi aux technologies nouvelles de la communication.

Roman fantastique à l'ancienne, dans lequel la violence est exclue, et c'est reposant, l'intrigue reposant sur des images et des manifestations auditives, avec cependant un thème qui est toujours d'actualité malgré les nombreuses déclinaisons qui en ont été faites.

Le crédo de Jonathan se résume ainsi :

Je suis enquêteur pour la Société d'études ésotériques et métapsychiques, une organisation plus sérieuse que sa dénomination pourrait le laisser supposer qui a pour but de démêler le vrai du faux, de trier les événements étranges ou d'apparence fantastique pour se concentrer sur ceux qui résistent aux explications rationnelles.

Je gage que nous retrouverons Jonathan dans d'autres aventures, du moins c'est ce que j'espère.

Pour tout savoir sur Jacques Baudou :

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges. Collection Noire N°80. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2015. 184 pages. 17,00€.

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 09:45

Pas étonnant avec l'augmentation du prix des péages...

Maxime GILLIO : Les disparus de l’A16.

Dès la première page, le ton est donné : « Mais comme on est dans un polar sérieux, je ne vais pas m’abaisser à écrire toutes ses répliques en petit rosbif. Faites juste un léger effort d’imagination ».

C’est un peu comme du…. Continuons.

Virginia Valmain, célèbre détective de la région Nord, basée à Dunkerque, a une pile de dossiers et d’affaires à traiter, mais elle se laisse séduire non pas par la cliente dont le fondement a du mal à être absorbé par un fauteuil en cuir et qui lui fait face, mais de la demande de recherche qu’elle lui propose. Que le mari de madame Slatter ait disparu, vu la dégaine de sa conjointe serait un acte pardonnable, sauf que le dit époux est camionneur, qu’il transportait de la farine destinée à l’alimentation du bétail, qu’il n’a pas donné de ses nouvelles depuis six mois, et surtout que la dernière fois où il a été aperçu c’est à Saint Folquin.

Or il semblerait que ce patelin, et ses environs, serait le nouveau triangle des Bermudes du Nord, dans lequel se seraient volatilisées quatre autres personnes, deux Français dont une femme, un Belge et un Allemand. Du pain béni pour la réputation de Virginia selon Mère-Grand, alias la tante de notre détective et dont Lao-Tseu partage le point de vue.

Attardons nous quelque peu sur ces deux nouveaux personnages qui entrent dans le décor. Mère-Grand, c’est 1,60 m à peine, pour près de 100 kg dont 15 au moins de nibards, deux sacs à farine en guise de poitrine, la petite cinquantaine bien marquée sur le visage, et dont la consommation d’alcool avoisine la demi bouteille de Bourbon. Si vous ne me croyez pas, lisez le livre, c’est Virginia qui décrit sa tante en ces termes. Et encore, je n’ai pas tout dit, ou écrit.

Quant à Lao-Tseu, de son vrai nom Sidi Coulibaly, géant noir d’origine malienne, il doit son surnom à sa propension à citer le philosophe chinois, capable de mémoriser tout ce qu’il lit et limite autiste. Des personnages à la Dubout, et la galerie en comporte bien d’autres sur lesquels je fais l’impasse, sinon vous échapperiez au charme de la lecture. Je poursuis.

Voilà donc Virginia en pleine enquête à Saint Folquin, accompagnée d’un troisième larron, Curly, ainsi appelé à cause de la ressemblance de son appareil supposé reproductif qui n’est guère plus conséquent que ce gâteau apéritif.

Le village est envahi par des touristes voyeurs venus s’imprégner de l’atmosphère trouble de la bourgade et ils retrouvent avec un plaisir mitigé Adam Bathany, un policier qui a déjà goûté aux faveurs de Virginia. Les relations entre notre quatuor d’enquêteurs et certains villageois soulèvent des vagues. Les membres des familles des disparus, que rien ne raccorde entre eux, ne sont pas forcément perturbés par les disparitions, sauf lorsque leur vie privée et familiale subit des désagréments.

 

C’est un peu comme du…, écrivais-je en début de présentation de cette chronique. Je suppose que vous avez deviné que je parlais de San-Antonio, mais première époque. Calembours, interpellations au lecteur, notes en bas de pages, descriptions caricaturales des personnages, un humour omniprésent, tels sont les ingrédients qui composent ce roman agréable à lire, que dis-je à déguster.

J’ai relevé pour le plaisir quelques sentences édictées par Lao-Tseu : « Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères » ou encore « Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas ». Des pensées que bien des hommes politiques, et d’autres, devraient mettre en application.

J’allais oublier de préciser que Maxime Gillio, spécialiste de l’œuvre de Frédéric Dard, est membre de l’association Les Amis de San Antonio, et qu’il est (ou était, je ne sais plus) le rédacteur en chef de la revue Le Monde de San Antonio. Il n’a pas écrit une parodie, ou un pastiche, mais plutôt une forme d’hommage.

Dernière précision : la détective narratrice se nomme Valmain, comme Frédéric Valmain, auteur de romans policiers qui signait également James Carter, et dont certains affirment qu’il ne s’agirait que d’un des multiples pseudo de Frédéric Dard. Mais ceci est une autre histoire.

Première édition Polars en Nord N°55. Editions Ravet-Anceau. Parution novembre 2009. 224 pages.

Première édition Polars en Nord N°55. Editions Ravet-Anceau. Parution novembre 2009. 224 pages.

Maxime GILLIO : Les disparus de l’A16. Collection Thriller N° 11261. Editions J'ai Lu. Parution le 3 février 2016. 286 pages. 5,00€.

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 09:12

Mais quelle petite demoiselle ? C'est un secret...

Jess KAAN : Le secret de la petite demoiselle.

Alors qu'il est en train d'honorer sa belle-sœur, son mari étant parti pour affaires, Ernest Hornes, qui pallie ainsi la défection de son frère pour la plus grande satisfaction de sa partenaire, est dérangé par le coup de sonnette d'un jeune télégraphiste qui lui remet un pli le mandant de suite et immédiatement.

Besoins talents. Malo-les-Bains. Urgent. Decoopman.

Une invitation laconique qui ne déstabilise pas Hornes. Et peu après il est fin prêt, et débarque en gare de Dunkerque en ce mois de juillet 1903. Les retrouvailles avec Decoopman sont celles qui régissent les rapports entre deux amis. Aujourd'hui homme de confiance du maire de Malo-les-Bains, station balnéaire en plein développement touristique sise près de Dunkerque, Decoopman travailla dans une autre vie au ministère de l'Intérieur, quant à Hornes, son passé est plutôt trouble aussi nous ne nous attarderons par dessus.

Deux personnalités influentes de la cité, ou de sa grande sœur Dunkerque viennent d'être découvertes mortes. Le premier s'était pendu et le dernier en date a été retrouvé noyé. La version officielle qui a été donnée en pâture aux journalistes. En réalité Thébord avait été enseveli dans le sable, seule la tête dépassant. Toutefois quelque chose relie ces deux morts : des roses blanches ont été déposées chez les victimes. Une signature qu'il convient de déchiffrer.

Hornes, ou plutôt Darras, selon les vrais faux papiers en sa possession, s'installe dans un hôtel coté malouin, et lorsqu'il voudra rencontrer son ami, il lui suffira d'emprunter le véhicule hippomobile conduite par Marcel, le cocher, sur la plage, près des cabines de bains.

Leberghe, le pendu, et Thébord l'ensablé noyé, avaient l'habitude de jouer en compagnie d'autres personnages au casino, et Hornes, qui se prétend auprès du directeur comme dirigeant d'une petite fabrique de porcelaine près d'Arras, s'y rend afin de pouvoir infiltrer ce groupe. Il souhaite, prétend-il, faire la connaissance d'hommes d'affaires, afin d'étendre ses activités, et le directeur le présente à ces joueurs assidus dont une femme, Félicie Duval. Les premiers contacts sont cordiaux et le charme d'Hornes-Darras opère sur Félicie (aussi !) et il va jusqu'à la raccompagner chez elle, une grande villa malouine, et on les laissera sur le pas de la porte.

Il repère le manège de deux individus qui rôdent près de chez Félicie, les met en fuite en fuite, et puis s'enquiert de leur identité. Il fait également la connaissance de Denise, la jeune bonne de l'un des membre du groupe d'habitués du casino, des investisseurs. Mais un autre membre est assassiné, et Hornes recueille l'une des fleurs blanches afin de la faire analyser par l'un de ses amis horticulteurs et d'en déterminer la provenance.

L'hécatombe continue et lui-même se trouvera à plusieurs reprises dans des situations périlleuses et délicates. Et ce n'est pas parce qu'il pratique la savate et le Jiu-jitsu qu'il annihile du premier coup les coups bas à bas coût de ses agresseurs.

 

En cette année 1903, le ressentiment envers l'Allemagne est encore très profond. Et les investisseurs qui vitupèrent contre l'ancienne Prusse qui a annexé l'Alsace et la Lorraine ne sont pas les seuls à s'exprimer véhémentement et même à souhaiter une revanche prompte, rapide et efficace.

Parmi les rencontres de Darras-Hornes, un jeune adolescent de treize ans, ayant plus la dégaine d'une asperge que une endive, avec lequel il s'affronte à la nage dans la Mer du Nord. Un gamin sportif qui passe ses vacances en compagnie de ses parents et qui plus tard fera parler de lui : Charles de Gaulle.

Si les roses blanches jouent un rôle primordial dans cette intrigue, il ne faut pas croire qu'à cette époque cette célèbre chanson misérabiliste interprétée par de nombreux artistes, dont Berthe Sylva, était une rengaine sur toutes les lèvres puisqu'elle n'a été écrite qu'en 1925 par, pour les paroles, Charles-Louis Pothier et, pour la musique, par Léon Raiter.

Mais quelle est donc cette demoiselle dont il est question dans le titre ?

Une jeune fille qui aurait disparu ? Une grosse crevette qui est également appelée demoiselle dans certaines régions ? Un avion construit par Santos-Dumont ? Un insecte type libellule ? La carcasse d'un canard ou le grain de maïs qui servait en cuisine pour les pop-corn ? Une pièce de bois utilisée par les paveurs, appelée aussi hie ou marquise ? Ou encore autre chose ? La réponse est bien évidemment dans l'épilogue !

Roman historique, comprenant de nombreuses références, ce roman policier est aussi un roman d'espionnage, habilement troussé, Félicie aussi, et avec Un Américain sur la Côte d'Opale de Jean-Christophe Macquet dont je publierai sous peu la chronique, ce roman donc inaugure de belle manière la nouvelle collection Belle époque des éditions Pôle Nord, éditions qui avaient fait une entrée remarquée avec sa collection 14/18.

 

L'amour est l'apprentissage de la souffrance, et le chagrin une armure pour affronter la vie.

Jess KAAN : Le secret de la petite demoiselle. Collection Belle époque N°2. Pôle Nord éditions. Parution 15 janvier 2016. 184 pages. 9,00€.

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 14:05

Bon anniversaire à Horst Bozetsky, dit -Ky,

né le 1er février 1938.

-Ky : Pour le Roi de Prusse

Le commissaire Hans Jürgen Mannhardt est dans une phase de profonde déprime.

Sa femme l'a quitté et ses enfants le déçoivent. Au bout de trente ans de métier, il est complètement désabusé. Alors il se terre dans une cabane de jardin située dans la banlieue berlinoise et passe des heures à lire des ouvrages des deux plus grands poètes allemands, Théodor Fontane et Heinrich Von Kleist.

Le reste du temps il sombre dans la morosité, se réfugiant dans les brumes éthyliques en compagnie de Blaubacke, sémiologue convaincu, et de deux jeunes femmes, Tolldu et Suppenhuhn.

Contrarié, dépressif, il n'arrive même plus à concrétiser son envie de relations sexuelles.

Son supérieur, le docteur Weber, le convoque pour enquêter sur la mort du sénateur Boese. Sa gouvernante a découvert l'homme politique baignant dans son sang, chez lui, alors qu'un jeune homme farfouillait ses poches.

Le commissaire Mannhardt refuse cette enquête mais Weber est à court d'effectif, et il doit s'atteler à cette tâche, bon gré mal gré. Le commissaire, entre deux lampées à sa flasque et en se référant à de nombreuses reprises au code du parfait enquêteur, va tenter de débrouiller cette affaire dans laquelle se trouvent impliqués des adolescents ou de jeunes hommes.

Mannhardt passe d'un suspect à un autre comme une boule de billard renvoyée par les bandes. En même temps, conseillé par Tolldu, il consulte le docteur Junge, spécialiste des maladies psychiques par la thérapie de la réincarnation.

C'est ainsi que le commissaire Mannhardt revit une expérience antérieure en tant que Joachim Ernst von Mannhardt, chambellan et ami de Frédéric II de Prusse, dit Frédéric le Grand. Et cette introspection dans le passé lui fournira, peut-être des éléments de réponse.

 

Avec ce roman, Horst Bozetsky, plus connu sous le nom de Ky, aborde le domaine du fantastique tout en jetant un regard dénué de complaisance sur l'Allemagne des années 1980, empruntant à ses souvenirs d'enfance pour construire son intrigue et se référant à des faits réels pour l'étayer.

Un roman écrit en 1985 dans une certaine ambiance, avec un certain état d'esprit comme le précise Ky dans sa préface. C'était avant le démantèlement du mur de Berlin, événement qui l'aurait empêché d'écrire par la suite ce roman. Pourquoi ? Il ne le précise pas.

Une œuvre forte et parfois déroutante.

 

-Ky : Pour le Roi de Prusse (Friedrich der Große rettet Oberkommissar Mannhardt - 1985 Traduction de Jean-Paul Schweighaeuser). Editions de l'Atalante. Parution septembre 1991. 256 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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