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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 13:47

Dans l'enfer de la Jungle, les prédateurs ne sont pas forcément les bêtes dites sauvages.

Michel VIGNERON : Migrants express.

Parfois il ne faut pas se fier à une première impression ressentie à la lecture d'un premier chapitre et se laisser submerger par l'aversion prodiguée par un personnage considéré comme le héros de l'histoire. Alors, fort de ce principe, j'ai continué la lecture de ce roman sans être convaincu de l'utilité de cette réédition réactualisée.

Patrice Orca, commandant de police à la Sécurité Urbaine à Calais, est nonchalamment vautré sur une chaise en terrasse d'un café. Au serveur qui lui demande s'il consomme, Orca lui saisit l'entrejambe afin de notifier sa dénégation. Il attend des informations de son coéquipier le major Daniel, lequel piste deux petits malfrats, des drogués en manque. Ceux-ci arrivent et entrent dans le bureau de tabac sis face au café. Orca s'engouffre dans l'échoppe et alors que l'un des deux malandrins s'apprête à éliminer le commerçant, Orca tire trois balles qui atteignent leur but sans rémission. Ce qu'on appelle une bavure, pour preuve tout le sang éclaboussant l'homme et les environs. Depuis il a été surnommé Dirty Orca.

En remerciement de son acte de bravoure, Orca est relégué dans un placard. Et bien évidemment il doit répondre de son acte, qui n'est pas manqué, auprès de son commissaire, du directeur de la Sureté Urbaine et du procureur de la République, avec intimidations à la clé, ce dont il n'a cure. Alors qu'il est de permanence, un appel téléphonique l'oblige à sortir de sa résidence placardisée.

Sur le terrain, déjà quelques membres de la police sont présents. Une jeune fille tape avec une barre de fer sur ce qui se révélera être, après constatation, un nouveau-né. Pourquoi ? Seule l'interprète afghane pourra le savoir, car la gamine, dont les papiers indiquent qu'elle a dix-neuf ans mais ne les parait pas, ne parle pas un seul mot de français. L'affaire est déléguée à la Police Judiciaire, même si cela ne relève pas de leur prérogative, afin de couper les pieds à Orca. Mais le directeur de la P.J., un ami d'Orca (Tiens encore un !) l'a appelé afin qu'il intègre ses services.

 

Dans l'un des parkings de la zone industrielle des Dunes, un routier, après s'être restauré, découvre qu'un lien retenant la bâche de son camion a été coupé et rafistolé. Au lieu de prévenir les autorités, il décide d'investiguer lui-même la remorque. Il est surpris par l'un des visiteurs mais parvient, grâce à une clé à molette, à annihiler ce dernier. Les autres passagers ont le temps de se défiler. Mais l'individu est véritablement mal en point lorsque les policiers, que le routier s'est enfin décider à appeler, arrivent sur site.

L'interprète, avec laquelle Dirty Orca échange des propos assez vifs (mais avec qui peut-il s'entendre sauf ses deux ou trois amis) lui apprend que la parturiente a elle-même procédé à son avortement, ayant été violée par des individus qui se sont enfuis dans la nature.

 

Le lecteur est véritablement plongé dans l'Enfer de la Jungle de Calais. Cette dénomination de Jungle prend son origine, d'après un migrant, Peut-être parce que pour eux [Les Calaisiens et la France entière] nous sommes des bêtes sauvages, des sous-hommes qui vivent comme des primates.

Cette Jungle de Calais et les problèmes des migrants ne pouvaient échapper à Michel Vigneron, lui-même originaire de Calais et capitaine de police dans le Pas-de-Calais. Et jeter un œil, et même deux, sur ce que les Français ne connaissent que par les médias, décrire les sentiments de la population calaisienne, ceux des transporteurs dont les camions servent de cachettes, le point de vue des migrants, décrire leurs conditions de vie, le rejet dont ils sont les victimes, doubles voire triples victimes puisqu'obligés de s'expatrier, taxés par des passeurs malhonnêtes, tout ceci méritait d'être mis en avant. Mais tout le monde ne réagit pas comme la plupart des protagonistes de ce récit.

Le personnage malsain de Dirty Orca me gêne. Imbu de sa suffisance, persuadé détenir la vérité, il se conduit comme une bête sauvage devant éliminer ceux qu'ils jugent comme des nuisibles, ceux qui se dressent sur son chemin. Violent, acariâtre, vindicatif, Orca use de mauvaise foi. A l'interprète qui lui rétorque vivement et avec un ton agressif : Tout ce qui vous intéresse, c'est de la faire passer pour une immonde étrangère qu'il faut renvoyer dans son pays, en parlant de l'Afghane venant d'avorter et massacrer son bébé, Orca répond : Vous commencez à me saoulez avec vos idées préconçues. Si la situation ne vous convient pas, conseillez-moi un de vos confrères et cassez-vous ! Mais dès le premier contact, Orca avait ressenti une profonde aversion envers cette interprète venue d'un pays du Moyen-Orient.

Orca ne m'inspire, personnellement, qu'un sentiment de malaise, voire de dégoût, mais il est ou sera sûrement encensé par les tenants de la France aux Français, aux racistes de tout poil, et aux idolâtres d'une police expéditive, usant de la force avec jubilation et pratiquement assurée d'impunité dans leurs actes de violence, comme on le voit trop souvent dans les manifestations et sur certains lieux d'échanges musclés.

 

Première édition sous le titre de Calais Jungle. Collection Régiopolice. Editions Sirius/Gérard de Villiers. Parution 8 février 2012.

Première édition sous le titre de Calais Jungle. Collection Régiopolice. Editions Sirius/Gérard de Villiers. Parution 8 février 2012.

Michel VIGNERON : Migrants express. Collection Parabellum. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 16 janvier 2016. 286 pages. 13,00€.

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 12:19

Le bon gars du Gabon

Janis OTSIEMI : African tabloïd.

Le lundi matin, c'est un rituel, le capitaine Koumba et son adjoint Owoula, de la Police Judiciaire de Libreville, sont convoqués par le colonel Essono afin de faire le point sur les affaires en cours. Certaines d'entre elles sont résolues ou sur le point de l'être, mais d'autres restent en suspens. Dont plus particulièrement le vol du chéquier de l'ancien ministre des Mines et du Pétrole Odilon Mébalé.

Mais il y a aussi cette affaire de photos de gamines nues qui circulent sur Internet, gamines qui se sont suicidées par la suite. Enfin une mère et son bébé se sont fait renverser par une voiture qui a pris le large sans demander son reste. Une partie du numéro d'immatriculation a pu être relever mais la voiture de marque japonaise est représentée en trop grand nombre dans la cité pour être rapidement localisée. D'autant que les différents services auxquels les policiers pourraient avoir accès ne sont pas informatisés et les recherches risquent de prendre des mois avant d'obtenir un résultat concret.

La découverte d'un cadavre sur la plage du bord de mer, près du Palais Présidentiel, attire les curieux, l'attraction du jour. Les deux gendarmes du Service des Recherches, Boukinda et son coéquipier Envame sont dépêchés sur les lieux. Il se peut que l'homme soit mort par noyade, et la balle qu'il a reçu dans la gorge aura sans aucun doute accéléré cette submersion. D'après son état physique cela fait déjà un petit bout de temps qu'il a passé de vie à trépas. Et, détail macabre, deux doigts de sa main gauche ont été sectionnés. Comble de l'ironie, la douille qui a servi au meurtrier à perpétrer son forfait est retrouvée dans une poche du défunt.

Le corps mort rend son identité : il s'agit de Roger Missang, journaliste aux Echos du sud, hebdomadaire qui a eu plusieurs fois les honneurs d'être suspendu pour des articles jugés non conformes à l'esprit démocrate de la République du Gabon et offensants envers le parti dirigeant. Et bien évidemment la première des suppositions qui vient à l'esprit de nos gendarmes du service de recherche est qu'il s'agit d'une d'un règlement de compte politique. Or nous sommes en 2008, et des élections présidentielles auront lieu en 2009. L'actuel président est candidat à sa propre succession. Envame et Boukinda ont recours à Gaspard Mondjo, fondateur et rédacteur-en-chef de l'hebdomadaire L'Enquêteur spécialisé dans les faits-divers.

Mondjo propose d'autres pistes, mais la douille est du même calibre, et provient de la même arme que celle qui a exécuté Pavel Kurka, ancien soldat de l'armée tchèque, cousin éloigné de la femme de Baby Zeus, le ministre de la Défense, lequel est le fils du Président. Kurka était le chef des gardes du corps de Baby Zeus. On ne sort pas de la famille ! D'autant que Baby Zeus lui aussi brigue la place de président.

Les enquêtes menées d'un côté par Koumba et Owoula, de l'autre par Bukinda et Envame vont se croiser, et s'ils ne s'entendent guère, ils vont devoir quand même collaborer.

Selon les termes consacrés, ce roman est une fiction, quoiqu'inspiré de personnages et de faits réels. Et Janis Otsiémi se lâche dans la description de la politique menée au Gabon, et ne se prive pas de taper à gauche et à droite. Dans un style fleuri, il décrit son pays coincé entre modernisme et conservatisme rétrograde. Le musée National des Arts et Traditions ne contient que de pâles copies d'œuvres disséminées de par le monde. Ce qui permet à Janis Otsiémi d'écrire : La colonisation n'a pas seulement été une mission civilisatrice, mais aussi un pillage des biens et des âmes.

Les représentants de forces de l'ordre, qui étaient déjà les protagonistes de son précédent roman Le Chasseur de lucioles, sont des hommes les autres. Ils sont pour la plupart des adeptes de la cuisse tarifée, possèdent une ou des maîtresses, ce qui les met dans une position indélicate lorsque celle-ci se retrouve enceinte, car leur femme ou concubine est jalouse et ne peut accepter ce genre de situation, ce qui se comprend. L'antagonisme entre services différents n'est pas l'apanage d'un pays et l'on retrouve ce cas de figure un peu partout, au grand dam de la résolution d'enquêtes parfois. Et les douaniers mangent souvent au râtelier.

Si j'ai écrit que le style de Janis Otsiémi est fleuri, ce roman est toutefois moins décalé, moins haut en couleurs que ces précédents et je pense plus particulièrement à La vie est un sale boulot qui rappelait plus nos auteurs des années cinquante avec un mélange d'argot et d'expressions locales jouissives. Le contexte ne s'y prêtait peut-être pas, car plus ancré dans le domaine politique. Un roman caustique qui devrait intéresser de nombreux lecteurs qui recherchent autre chose qu'un roman noir américain, malgré la référence à James Ellroy, et une plume alerte, corrosive et sarcastique.

 

Première édition : Editions Jigal. Septembre 2013. 208 pages.16,80€.

Première édition : Editions Jigal. Septembre 2013. 208 pages.16,80€.

Janis OTSIEMI : African tabloïd. Réédition collection Pocket Thriller. Editions Pocket. Parution le 14 avril 2016. 216 pages. 5,40€.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 09:11

Allez comprendre pourquoi Stan Kurtz, trentenaire et ancien standardiste, est devenu détective privé !

Stan KURTZ : Série B. N°1/6.

En général ce sont d'anciens flics qui briguent cette profession. Du moins c'est ce que pense Miss Boxer en pénétrant dans l'officine du héros narrateur de cette histoire.

Stan Kurtz a beau objecter qu'il ne s'occupe pas de meurtre, d'homicide, d'assassinat, son truc ce sont les divorces, les défauts de pension alimentaire, et autres bagatelles ne prêtant guère à conséquence physiquement, elle n'en a cure.

Miss Boxer a jeté son dévolu sur Kurtz et preuves à l'appui, elle lui tend une enveloppe bourrée de liquide. Mais du liquide solide, je précise, de bons et vrais beaux billets. Cela infléchi la décision de Kurtz qui de toute façon n'a jamais su tenir une promesse, c'est lui-même qui l'avoue.

Bref Miss Boxer en réalité est mariée avec Valentin, le disparu, chanteur sans réel talent et succès dans un cabaret. Disparu ou mort, telle est la question auquel Stan doit répondre. En guise d'indice, Miss Boxer lui remet un disque vinyle sur lequel ont été inscrits une date et un numéro de téléphone. Par contre elle ne possède pas de photo de Valentin, ce qui pour un artiste est plutôt incongru.

Alors que Stan règle son ardoise dans son bar habituel, deux individus pénètrent et le tabassent, lui laissant en dédommagement un bout de papier sur lequel, remis de ses émotions, il peut lire : Abandonnez.

Son indice téléphonique tombe à l'eau car comme le précise la Voix féminine au bout du fil, Il n'y a plus... Vous connaissez la suite. Autant noyer la déception dans un verre de whisky.

Entre deux vodkas, faut bien varier les plaisirs, Stan apprend au Flamingo par Murène, son indic attitré, que Valentin n'était pas du genre à coucher avec une femme et donc n'était pas marié. Pas de corps à se mettre sous la dent, donc pas de mort, subtile déduction, mais quand même, Stan a été payé pour retrouver Valentin et éventuellement sa dépouille. Alors Murène lui conseille de se renseigner auprès de Kathryn, chanteuse susceptible de lui fournir des renseignements puisqu'elle servait d'entremetteuse entre le disparu et de jeunes hommes.

Il rencontre à nouveau les deux gus, dont un se prénomme Gus justement, mais il a présumé de ses capacités pugilistiques, et il se réveille à l'hôpital. Avec une bonne et une mauvaise nouvelle à encaisser. La bonne, c'est qu'il est vivant. Pour le lecteur aussi, c'est une bonne nouvelle, car le bouquin n'est pas terminé. La mauvaise nouvelle réside dans cette annonce : vous avez une tumeur au cerveau et vous devez consulter immédiatement et pas plus tard que tout de suite un cervologue ou quelque chose d'approchant. Et dans ces cas là comment réagit-on ?

Bien, l'histoire continue malgré les nombreuses blessures à soigner.

 

Alors on pourrait décliner ce qui va arriver à Stan d'après les notes prises par notre détective :

Valentin Boxer, Kathryn, le Révérend, Topolski, Gina, Victor et Gus, le Flamingo, course-poursuite, crash en voiture. Raclées. Hôpital. Un quidam bouffé par les rats au fond d'un cargo. Je notai tout. L'impression de remplir mon propre testament.

 

Je sais, écrit comme ça, cela semble un peu fouillis, d'autant que certains épisodes vous ont échappé. Normal, c'est une synthèse. Vous allez vous demander, par exemple, mais qui est Gina ? Tout ce que je peux vous confier, sans trop déflorer l'intrigue, c'est qu'il y a de l'or en Gina...

Débutant comme un roman policier traditionnel, classique, avec un détective au portefeuille dégarni, quelque peu alcoolo, et qui pense trouver le filon avec l'intrusion inopinée d'une belle jeune femme éplorée dans son agence.

Oui, au début, un roman noir franco-américain mais comme il s'agit d'une histoire complètement décalée, le roman d'aventure débridé se profile et bientôt la silhouette d'un savant fou s'impose. Stan Kurtz aura bien du mal à résoudre cette enquête qui lui coutera un bras.

Une succession effrénée d'épisodes rocambolesques, et cet adjectif prend tout son sens, car le roman-feuilleton (une suite est prévue) est digne en tout point de ces grands feuilletonistes et romanciers à rallonge que furent Ponson du Terrail, créateur de Rocambole, Marcel Allain et Pierre Souvestre, Paul Féval, Arnould Galopin ou encore Jean de La Hire.

Stan KURTZ : Série B. N°1/6. Editions Fleur Sauvage. Parution le 4 septembre 2015. 214 pages. 8,00€. Version numérique 3,99€.

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 08:04

Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir...

Robin COOK : j'étais Dora Suarez

« Pour moi, c’est une affaire qui sent le coup pourri ». C’est ainsi que définit le meurtre de deux femmes le flic chargé de l’enquête. Un personnage dont les lecteurs assidus de Robin Cook ont déjà pu lire quelques aventures (ou mésaventures) dans On ne meurt que deux fois, Les mois d’avril sont meurtriers, et Comment vivent les morts.

Ce policier solitaire, particulièrement acerbe, acrimonieux, agressif, vindicatif envers ses collègues, ses supérieurs et une grande partie de l’humanité, était en disponibilité, mis sur la touche à cause justement de son caractère et de ses méthodes d’investigation. Mais cette affaire semble dépasser les compétences de l’A14, le bureau des affaires non élucidées, et il se retrouve réintégré d’office pour mener à bien cette enquête. Une enquête dans laquelle notre policier hargneux, teigneux, s’investit complètement. Son mauvais caractère, son agressivité permanente, découlent peut-être de bonnes raisons mais ses façons de faire, de procéder, de s’exprimer ne peuvent que lui attirer rebuffades et inimitiés. Un duel permanent entre lui et les autres qu’il entretient avec une joie sado-maso. Seuls quelques personnes trouvent grâce à ses yeux et à ses sarcasmes. Des privilégiés.

 

Sadisme et masochisme englobent ce récit comme une délectation malsaine dans lesquels semblent se complaire le tueur de femmes mais également l’auteur de ce roman, Robin Cook. Cela dépasse largement le cadre du roman noir.

Un roman en deuil comme le définit si bien l’auteur, dont on connaissait par ses précédentes œuvres la propension à manier le noir, le pessimisme. Un auteur tourmenté, déchiré, obsédé, qui se libère dans ses écrits d’une façon violente.

Avec ce roman Robin Cook arrive presque à un point de non retour, dans des scènes qui parfois sont à la limite du supportable, dépassant les doses d’horreur des romans catalogués Gore. Une escalade malsaine qui peut laisser des traces, moins peut-être chez le lecteur que chez l’auteur, le lecteur se disant qu’après tout ceci n’est qu’un roman à ne considérer que comme une expérience unique.

 

Dans la vie, Robin Cook était à l’opposé de ses écrits, du moins pour ce que j’ai pu ressentir lorsque je l’ai connu puis fréquenté à diverses reprises dans des festivals qui sans être confidentiels étaient conviviaux. « Ah, Pôllll ! » me disait-il en me voyant, articulant mon prénom avec un accent rugueux mi-britannique, mi-aveyronnais, le sourire accroché à ses yeux et son immuable béret vissé sur la tête.

Un homme charmant, le cœur sur la main, gentil au possible dans la vie courante, consensuel, et que j’ai été amené à apprécier lors de nos différentes rencontres. Mais ça c’était dans une vie antérieure.

Robin COOK : j'étais Dora Suarez (I Was Dora Suarez - 1990. Traduction Jean-Paul Gratias). Réédition Rivages Noirs N°116. Parution septembre 1991. Réimpression avril 2016. 320 pages. 8,50€.

Première édition collection Rivages Thrillers. Editions Rivages. Parution 1990.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 12:45

Bon anniversaire à Gérard Delteil né le 11 avril 1939.

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost.

Si certains romans de Gérard Delteil, parus précédemment chez d'autres éditeurs, semblaient un peu facile, un peu légers au point de vue de la trame et encore ceci est tout relatif, Du sang sur la Glasnost est tout à la fois un excellent roman et un remarquable ouvrage sur l'URSS de 1990.

Travailleur acharné, romancier prolixe, Gérard Delteil en homme économe tire profit des différents reportages effectués pour des magazines auxquels il collabore.

De son voyage en Russie entreprit après le festival de Grenoble en novembre 1989, il avait ramené un excellent article paru dans le numéro 1 de J'accuse sorti au mois de mars et dans la foulée s'est attelé à la rédaction de ce roman. D'ailleurs dans Du sang sur la Glasnost on retrouve quelques unes des anecdotes et péripéties survenues à l'auteur lors de son séjour à Moscou et racontées dans cet article.

 

Le vent de liberté qui souffle sur la Russie de Gorbatchev n'a pas l'heur de plaire à tout le monde et l'on parle volontiers de laxisme. Les déracinés, Géorgiens, Caucasiens, Tatars, qui envahissent Moscou ont du mal à trouver du travail et lorsqu'ils ont la chance d'obtenir un emploi, c'est pour un salaire de misère.

D'autres se tournent volontiers vers la délinquance, le trafic, le racket, le proxénétisme, la Mafia moscovite se renforce, la milice et les policiers sont méprisés, d'ailleurs le surnom des miliciens est Moussora, ce qui signifie poubelle, et tout est conditionné par les pots de vin.

Le sergent Vounine, dont la carrière est brutalement stoppée à cause d'une bévue fait une macabre découverte dans la gare de Riga. Le journaliste Ribaëv est décédé semble-t-il d'une rixe entre ivrognes. Fait inhabituel, le cadavre n'a pas été dépouillé de sa montre de grande valeur ni de son portefeuille.

Nino Goluva, journaliste à l'hebdomadaire Les Nouvelles de Moscou, et qui a connu charnellement Ribaëv, décide d'enquêter et d'en tirer un article. Mais Glasnost ou pas Glasnost, le KGB et autres organisations plus ou moins occultes sévissent toujours et tentent d'empêcher la jeune femme d'approcher la vérité de trop près.

Une enquête qui conduira Nina Goluva à côtoyer miliciens, loubards, trafiquants de tout poil, mafieux moscovites, juge d'instruction ambitieux, gourous et pseudos-guérisseurs, et bien d'autres personnages hauts placés aux agissements louches.

 

Du sang sur la Glasnost est un roman en tout point passionnant. Gérard Delteil en véritable conteur réussit avec brio l'amalgame entre l'enquête, l'histoire et le côté reportage documentaire.

Petite anecdote, j'ai eu le plaisir de retrouver, de manière fugitive, le journaliste écrivain Arcady Waxberg dans cette histoire alors que j'avais eu l'honneur de l'interviewer lors du festival de Grenoble. Un moment inoubliable et un entretien fort intéressant. Pour ceux qui seraient intéressés, cet entretien figure ici :

Derniers romans parus de Gérard Delteil :

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost. Collection Grand Format. Editions du Masque. Parution juin 1990. 250 pages.

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 13:37

Faites une économie d'un centime d'euro avec la version numérique !

BOILEAU-NARCEJAC : La main passe.

Pierre Marescot est avocat, mais il travaille en dilettante.

La fortune familiale est assez conséquente pour lui permettre d'effectuer son métier en pointillé. Mais il a suivi la tradition et comme son père, il a poursuivi des études de droit puis s'est engagé dans la carrière juridique.

Il est materné, couvé par une mère possessive et il se sent à l'étroit dans l'appartement-bureau qu'il partage avec elle.

Alors il se réfugie dans une garçonnière, appartement secret dont l'une des pièces recèle un étrange musée.

Dans une vitrine sont exposés, répertoriés, les fruits de ses rapines dans les grands magasins, principalement les Nouvelles galeries, proches de chez lui.

Pierre Marescot est kleptomane et est saisi par périodes d'un besoin irrépressible de subtiliser un objet au nez et à la barbe (c'est une image !) des vendeurs ou des vendeuses. Un jour il vole un couteau à l'étalage. Un couteau qui semblait le narguer, avec son manche en forme de crocodile. Lorsqu'il peut l'examiner à loisir, Pierre Marescot remarque sur la lame du couteau et sous le manche, du sang et des empreintes de doigts.

Revenant sur les lieux de son larcin, l'avocat est pris dans un tourbillon. La police est là. Une jeune fille a été assassinée à l'aide d'une arme blanche dans une cabine de Photomaton.

Marescot n'a de cesse de découvrir le coupable, qui s'avère être une femme. Une femme qui a agi sous l'emprise de la jalousie.

Ce qui intéresse Marescot, ce n'est pas le pourquoi ou le comment de cet acte, mais la personnalité profonde de la jeune femme pour qui il éprouve une certaine sympathie.

Il est fasciné et s'arrange même pour être désigné d'office comme son défenseur.

 

Boileau-Narcejac, en réalité le seul Narcejac depuis la disparition de son compère Boileau en janvier 1989, Boileau-Narcejac a écrit un roman psychologique sur une double hypnose dont le point de jonction est le fameux couteau.

Une espèce d'envoûtement, d'obsession qui oblige Marescot à voler dans les grands magasins, et la séduction de la femme assassin à travers l'objet dont elle s'est servie pour perpétrer son meurtre.

L'enquête policière est réduite à prétexte et ce sont les motivations, les impulsions de ce couple qui priment dans cette œuvre tout en subtilité.

Boileau-Narcejac n'a pas fini de nous étonner et à chacun de leurs ou de ses romans, réussit à nous entraîner dans un univers différent.

Une exploration qui perdure au travers d'une quarantaine d'ouvrages mais la sonde qui fouille l'âme humaine ramène à chaque fois une parcelle de sentiment, de comportement non encore élucidée.

Ce roman a fait l'objet d'un téléfilm français diffusé en 2012, réalisé par Thierry Petit, sur un scénario d'Antoine Lacomblez, avec Bruno Todeschini, Anne Azoulay, Marie-Christine Barrault et Natalia Dontcheva.

Première édition Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution avril 1991.

Première édition Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution avril 1991.

BOILEAU-NARCEJAC : La main passe. Collection Folio policier. Editions Folio. Parution 7 décembre 1999. 184 pages. 6,50€. Version numérique parution 1er février 2016. 6,49€.

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 12:34

Comme les quatre cavaliers de l'Apocalypse ?

Michel PAGEL : Le diable à quatre.

Lorsqu’on fait un pacte avec le Diable, ou un de ses acolytes, même pour jouer, cela peut s’avérer dangereux.

Corinne, Julien, Robert, Alphonse le clochard en feront la cruelle expérience. Pourtant au départ seul l’argent de Guy, et un attrait du nouveau, de l’insolite, de l'inédit, ont poussé nos quatre compères à sceller ce pacte, comme s'il ne s'agissait que d’un jeu, d'une franche rigolade, une farce. Une farce assortie d'un meurtre, tout de même.

Quand on est jeune on ne lésine pas sur les moyens. Guy fera les frais de cette expérience, tandis que ses quatre soi-disants amis récolteront les fruits de ce qui à l’origine n’aurait dû être qu’une mascarade.

Au bout de sept ans, Guy le zombie reviendra se venger et comme l’on ne peut demander à un cadavre ambulant de faire dans la dentelle, d’ailleurs il n’en a pas envie, cette histoire va se terminer en mini apocalypse.

 

Michel Pagel, que j’ai découvert avec son roman Pour une poignée d’Hélix Pomatias, un roman farfelu, baroque, délirant, nous livre ici un roman plus sombre, associant les thèmes de la démonologie et de la vengeance.

Un roman plus austère, plus sérieux, mais aussi tout aussi prenant et dont les chapitres s’intercalent entre deux périodes : fin octobre 1980 et fin octobre 1987, relançant l’action, le suspense, ce qui évite les temps morts.

Un roman qui s’inscrit dans l’angoisse, le fantastique, l’épouvante, purs et durs.

 

Cette nouvelle édition de luxe propose les huit titres qui composent la Comédie Inhumaine mais pour l'acquérir il vous faudra acheter les les huit volumes.

Présentation de l'éditeur :

Harcelé par ses vieux démons, Michel Pagel a entièrement révisé ses manuscrits, nuits et jours, poursuivi par une idée fixe, comme un envoûtement : faire de cette somme un sommet, l’édition ultime et définitive de ce chef-d’œuvre du fantastique français. Dans un dernier effort, il y a ajouté une préface et une nouvelle, avant de s’écrouler d’épuisement. Deux textes sur lesquels aucun mortel n’a encore jamais posé les yeux.

On murmure que l’auteur vit maintenant en ermite, reclus dans un village anonyme du sud, refusant toute société…

Il s’agira de huit volumes de 15x23 cm, reliés sous jaquette (la peau humaine étant trop onéreuse, nous avons dû nous rabattre sur des matériaux plus classiques). 2038 pages en tout ! Les superbes couvertures ont été tirées de l’esprit tourmenté du graphiste Melchior Ascaride, et réalisées par ses doigts aiguisés dans une cave sombre illuminée à la bougie rouge. Évidemment, il a été privé de nourriture pour toute la durée du travail, comme le préconise tous les manuel de fabrication de livre maudits (Nécronomicon, Livre de sang…).

Michel Pagel fit ses premiers pas, déjà volubiles, dans le cadre de la mythique collection « Anticipation » du Fleuve Noir. Depuis, il s’est largement émancipé de ce cadre. Connu en particulier pour sa vaste fresque fantastique de la Comédie inhumaine, il est aussi l’auteur des Flammes de la nuit, de L’Équilibre des paradoxes et du Roi d’août, par exemple, ou du recueil de nouvelles La Vie a ses rêves.

Les huit volumes : - Sylvana (148 pp.) - Nuées ardentes (306 pp.) - Le Diable à quatre (158 pp.) - Désirs cruels (218 pp.) - Les Antipodes (248 pp.) - L’Ogresse (318 pp.) - L’Esprit du vin (200 pp.) - L’Œuvre du Diable (442 pp.)

Huit volumes « hardcover » (reliés, toilés, sous jaquette), textes définitifs révisés par l’auteur, tirage limité à 299 exemplaires - pas de vente en volumes séparés.

 

Dernière précision d'importance, le prix : 220,00€. Réservé aux bibliophiles.

 

Première édition : Collection Anticipation N°1657. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1988. 192 pages.

Première édition : Collection Anticipation N°1657. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1988. 192 pages.

Réédition J'ai Lu collection Fantastique. Le Diable à quatre et autres récits. Mars 2003.

Réédition J'ai Lu collection Fantastique. Le Diable à quatre et autres récits. Mars 2003.

Michel PAGEL : Le diable à quatre. Collection Voltaïque. Editions Les Moutons Electriques.

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 14:34

Il y a le ciel, le soleil et la mer...

Gaëtan BRIXTEL : Le pari.

Sauf qu'il fait nuit, que le ciel on ne le voit guère et que la mer on l'entend dans un ressac abrutissant.

Envisager un bain de minuit dans la mer de la Manche un mois de juin pluvieux et venteux, ce pourrait être une gageure. Pourtant c'est bien ce qu'ont décidé Anne et Vincent dans les dunes de Barneville sur les côtes du Cotentin. Peut-être espèrent-ils que les eaux soient réchauffées par la proximité de la Centrale de Flamanville toute proche.

Ils sont jeunes, ils sont beaux, surtout elle car lui est du genre malingre. Il a osé l'aborder la dernière journée de la Terminale, elle a accepté une séance de cinéma, de se revoir. Et les voilà affrontant le vent, elle agile comme un cabri, lui frissonnant, de froid et d'appréhension, se posant les questions existentielles propres à tout adolescent : comment embrasser une fille.

Un pari stupide, Vincent en est conscient, mais comment se rétracter et ne pas passer pour un idiot, un couard, voire plus.

Anne le tarabuste, lui promettant de l'embrasser s'ils se jettent tous deux à l'eau. Se jeter à l'eau, faut bien le faire un jour, mais pas dans une eau à douze degrés.

Mais Anne est persuasive, et Vincent se rend rapidement compte que la métaphore du sexe et de l'escargot n'est pas si galvaudée que ça. Et Anne qui lui demande d'enlever son slip, seul vêtement qu'il porte depuis qu'il a laissé son tee-shirt sur le sable, et qu'il aura le droit de lui enlever son maillot s'il la rattrape à la nage. Suffit de lui laisser dix secondes de battement.

 

C´est l´amour à la plage

Et mes yeux dans tes yeux...

Ah ses jeunes, qui se perdent dans le sourire d'une jolie fille. Il avait eu du courage Vincent d'oser aborder Anne, alors qu'elle venait de discuter avec Geoffrey, le beau gosse de l'établissement. Y'en a vraiment qui ne doutent de rien. Et si justement ce courage était payé en retour ?

Un épisode de la vie d'un adolescent pas encore aguerri aux subtilités de la nature féminine, et une jeune fille qui sait allier marivaudage et canulars.

Mais ce conte moderne est très sage par rapport à ce que certains imaginent et n'est qu'une extrapolation amusante, pas pour tout le monde je le concède, des farces normandes à la sauce du vingt-et-unième siècle.

Gaëtan Brixtel, un jeune qui nous parle d'aujourd'hui et peut-être d'une expérience personnelle, ce que je ne lui souhaite pas.

 

Gaëtan BRIXTEL : Le pari. Nouvelle. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution avril 2016. 1,49€.

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 09:06

N'est pas la cabane au fond du jardin...

Céline MALTERE : Le cabinet du Diable.

Les petites villes de province recèlent souvent un patrimoine historique important auquel les habitants, voire les touristes lorsqu'ils ne sont pas renseignés, ne s'intéressent pas, pour diverses raisons.

Ainsi à Moulins, dans l'Allier, une demeure du XIXe siècle est longtemps restée abandonnée, près du musée Anne-de-Beaujeu, figée dans le temps, n'attendant que le bon vouloir des hommes et la réalisation d'un dispositif testamentaire voulu et consigné par son propriétaire et unique occupant.

Louis Mantin, décédé en 1905 à l'âge de 54 ans, avait signifié quelques exigences en léguant cette demeure, les biens et les collections qui y étaient renfermés et une coquette somme d'argent à la ville de Moulins. Depuis l'inauguration le 29 octobre 2010, inauguration magnifique selon les témoins, cette maison est accessible au public.

Mais auparavant elle avait attiré des curieux dont les quatre personnages qui évoluent dans ce roman.

D'abord Lisebeth Restamen, une jeune fille qui à dix-sept ans a pris le voile, même si ses convictions religieuses n'étaient pas fortement ancrées, afin d'échapper au mariage que voulaient lui imposer ses parents. Malgré son handicap de naissance, il lui manque un bras qui a été remplacé par une prothèse en bois, elle vaque normalement et a même réussi à devenir tourière, ce qui lui permet de garder les clefs par devers elle à sortir du couvent quand bon lui semble, ou presque.

Durant ses déambulations elle stationne souvent devant la maison Mantin, une demeure qui la fait rêver et rencontre trois individus dissemblables mais qui semblent s'entendre comme larrons en foire. D'abord l'ancien marin Hubert Lantier qui a jeté l'ancre pour mieux s'adonner à l'une de ses passions, les livres. Surnommé le Pirate, il est lui aussi attiré par cette mystérieuse villa. Et puis il y a Suarès, le lucide poète extralucide et son compagnon Kariron-san, un Japonais dont la jeunesse fut gâchée par un cancer des os et qui soigné par un médecin genre savant fou, marche en crabe, ses membres ayant été progressivement remplacé par une ossature en ferraille.

Ils se demandent comment pouvoir s'infiltrer dans le parc puis dans la demeure, imaginant de nombreuses solutions, tentant de grimper aux grilles.

 

Le titre prend sa véritable signification dans le deuxième chapitre du roman, lorsque Louis Mantin, ou plutôt son ectoplasme, nous fait visiter sa demeure, ses trésors accumulés durant son existence. Ses pensées sont tournées vers Louise, son seul amour, un amour caché. Ses déambulations dans les pièces, le salon et le cabinet aux trésors, la bibliothèque, s'effectuent en compagnie d'un homme qu'il appelle Sire Edax dans une ambiance de château de la Belle au bois dormant mâtiné de bal de Cendrillon.

 

Ce court roman fantastique, sobre, charmant, développé comme un conte, de facture classique dans le sens noble du mot, est placé sous le patronage de Lamartine et plus particulièrement de l'avant-dernière phrase du poème Milly ou la terre natale, extrait du recueil Harmonies poétiques et religieuses :

Objets inanimé, avez vous donc une âme...

 

En annexe un intéressant dossier est consacré à la Maison Mantin, rédigé par Maud Leyoudec plus quelques annexes fort utiles.

Afin d'en savoir plus sur cette maison Mantin, je vous conseille de diriger le pointeur de votre souris sur les deux liens suivants :

Pour commander l'ouvrage et feuilleter le catalogue des éditions Clef d'Argent :

Céline MALTERE : Le cabinet du Diable. Collection LoKhaLe N°3. Editions La Clef d'Argent. Parution le 15 mars 2016. 112 pages. 6,00€.

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 14:13

Hommage à Robert Bloch né le 5 avril 1917.

Robert BLOCH : La nuit de l'éventreur

Si par son nombre de victimes, Jack l'Eventreur ne peut être considéré comme un recordman, il n'en n'est pas de même en ce qui concerne les études et les romans qui lui ont été consacrés.

Mais quel qu'il soit et quelles qu'aient été ses motivations, Jack l'Eventreur reste un mythe et ce n'est pas Robert Bloch qui le démentira.

A partir d'événements réels, de personnages ayant existé, c'est fou ce que l'inspiration et l'imagination des romanciers peut produire, approchant peu ou prou la réalité.

La connaîtra-t-on un jour cette vérité, il n'en est guère probable, tout au moins personne ne sera là pour la confirmer, mais rendons hommage à des écrivains tels que Robert Bloch qui, sous couvert de littérature, ont essayé d'aborder au plus près l'exactitude des faits et de relater avec impartialité les événements de l'époque.

Une époque trouble certes, mais guère plus que celle que nous vivons actuellement et qui était en pleine mutation idéologique et technologique.

Robert Bloch a essayé de comprendre pourquoi cette histoire dans l'histoire, ce réel qui fascine autant le public.

Certes les crimes et la façon dont ils furent perpétrés, imputés à Jack l'Eventreur, sont abominables. Certes le nombre de suppositions qu'ils engendrèrent concernant l'identité de leur auteur titillèrent l'imaginaire des romanciers, leur permettant les affabulations les plus audacieuses. Certes la vérité ne sera peut-être jamais connue. Mais Robert Bloch, avec le métier qu'on lui connait, arrive à accrocher le lecteur avec une histoire que tout le monde croit connaitre et il relativise les faits, remet les événements dans leur contexte, en présentant dans les têtes de chapitres des histoires encore plus noires, encore plus ignominieuses et pourtant ignorées la plupart du temps du public.

Après avoir abordé d'une façon tout à fait personnelle l'histoire du Boucher de Chicago, le célèbre Docteur Mudgett, Robert Bloch nous livre sa version du criminel le plus célèbre de ces cent dernières années et parvient une fois de plus à hypnotiser le lecteur avec une histoire que l'on pourrait penser usée jusqu'à la trame. Ce qui démontre le pouvoir de conteur de Robert Bloch, à qui l'on doit le célébrissime Psychose.

Première édition Simfonia, 1986. Réédition collection 33 N°11, éditions Clancier-Guénaud. Parution novembre 1988.

Première édition Simfonia, 1986. Réédition collection 33 N°11, éditions Clancier-Guénaud. Parution novembre 1988.

Robert BLOCH : La nuit de l'éventreur (Night of the Ripper - 1984). Réédition collection Pocket Noir. Editions Pocket N°4028. Parution octobre 1992. 284 pages.

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