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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 10:07

Te souviens-tu de nos... de nos quoi au fait ?

Serge RADOCHEVITCH : Amnésie.

A la suite d'un accident de voiture, Pierre-Julien Renouart est devenu amnésique. Il ne se souvient de rien mais n'a pas tout oublié. Il parle, sait lire, écrire, compter, de quoi se débrouiller dans sa nouvelle vie.

Mais à part ça, il lui faut tout réapprendre. Son nom, d'abord, renouer avec ses parents, son frère Régis, son divorce, tous ces petits événements qui marquent une vie. Régis, par exemple, aujourd'hui marié, tiens il ne le savait pas. Normal parce qu'ils sont brouillés depuis dix ans, depuis qu'il a fichu à la baille ce frangin qui avait osé gagner contre lui un match de tennis. Un match important alors que d'habitude Régis perdait tout le temps. Et ce n'est pas parce que son frère était plus jeune de quatre ans, mais parce que lui Julien était le meilleur sur le papier et qu'une jeune fille qui était venue le voir était partie à la fin en le méprisant. Du moins c'était ce qu'il avait ressenti. Seulement Julien était agressif, ne s'était pas maîtrisé, et son ménage avait capoté aussi à cause de sa violence.

Pierre-Julien a décidé qu'il s'appelait Julien, tout court, Pierre devenant son double, son ectoplasme, celui avec qui il peut converser en tête à tête. Au moins personne ne le contredit. Un retour dans la famille raté, mais cela ne le gêne pas outre-mesure. De même que son retour à la vie civile comme agent immobilier, ses congés de maladie empiétant sur son travail. D'ailleurs son patron ne se gêne pas pour lui signifier un congé définitif et il peut aller voir ailleurs si quelqu'un désire l'embaucher.

Alors il traîne dans les bars, fait des rencontres. Notamment Bobosse. Mais également Michèle, jeune journaliste que cette histoire d'amnésie intéresse. Il lui narre ses mésaventures et bientôt ils seront proches, très proches. Elle est tombée amoureuse, ce sont des choses qui arrivent. Il est également abordé par Daniel qui se promène avec un cartable en cuir. Dedans, un manuscrit que Julien récupère. Mais Daniel disparait. Julien exhibe fièrement son manuscrit et Michèle qui en ignore la provenance propose de le soumette à un éditeur. Edité ce roman connait un gros succès.

Son statut d'amnésique intéresse les bourgeois nancéiens et Julien est invité sans discontinuer. Il fait figure de bête curieuse, pourtant un soir, un homme portant beau le prend à part et affirme que comme lui, Julien est un tricheur.

Cependant Michèle se pose des questions. Est-il amnésique, un peu, beaucoup, ou pas du tout ? Le succès littéraire engendre des rentrées d'argent et Julien peut s'installer en dehors de Nancy dans une propriété. En compagnie de Michèle il se promène dans les environs, dans un bois proche, près d'un précipice. Estimant celui-ci dangereux il pose un grillage. Mais celui-ci n'est pas assez efficace, car un jour Michèle est découverte morte, en bas de l'abîme. La clôture a été défoncée. Acte de malveillance ? Accident ?

Lydia, la sœur de Michèle n'est pas convaincue de cette dernière hypothèse. Elle en fait part à un policier qui n'en peut guère, toutefois il demande à Simon Bielik, un ami journaliste, de fouiller dans cette histoire et de se faire une opinion.

Julien continue de vivre normalement, retrouvant de temps à autre Bobosse, son ami de beuverie. Il croit apercevoir Daniel. Le véritable auteur du manuscrit ne serait-il pas décéder ? Une question qui le taraude. Mais Simon Bielik est à l'affût.

 

Le début de ce roman est déconcertant par le style narratif employé par l'auteur. L'auteur voyage dans le temps, employant l'imparfait ou le présent, et indifféremment la première personne ou la troisième personne du singulier. Mais bientôt on oublie ce tic littéraire, cette impression bizarre pour se plonger dans cette histoire qui réserve bien des surprises.

L'auteur, qui a déjà mis en scène Simon Bielik dans deux précédents romans, sait faire monter la pression, grâce à ce que raconte, dévoile Julien, et les interventions des autres personnages, qui s'insèrent dans un même paragraphe, comme ces discussions que l'on entend dans des réunions, discussions auxquelles il nous arrivent de participer, et qui se mélangent quelque peu.

Cette forme narrative permet de montrer l'ambigüité amnésique de Julien, de son ambivalence, voire de sa bipolarité.

Evidemment cela demande un peu de concentration de la part du lecteur, mais comme ce roman est prenant et de plus en plus intrigant au fur et à mesure du développement, on se laisse subjuguer et prendre par la main, ou plutôt par les yeux, volontiers.

Le thème de l'amnésie a été maintes fois utilisé dans les romans policiers ou noirs, mais Serge Radochévitch l'aborde différemment, de manière innovante et intéressante, lui offrant une autre dimension. Je pourrais citer par exemple : Retour au Magenta de Marc Villard, Qui veut la peau de Philip Banter de John Franklin Bardin, Le patient 127 de Gilbert Gallerne, Bone de George Chesbro, Le syndrome Copernic d'Henri Loevenbruck, La mort au doux visage de Béatrice Nicodème, Dérapage de Jean-Pierre Ferrière... Une liste non exhaustive dont vous pouvez retrouver certaines chroniques dans ce blog.

 

Et comme deux avis valent mieux qu'un, je vous incite à lire celui de Pierre sur Black Novel1 :

Serge RADOCHEVITCH : Amnésie. Collection Bordeline. Editions Territoires Témoins. Parution 5 octobre 2015. 184 pages. 18,00€.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 10:14

Hommage à Louis C. Thomas, né le 27 décembre 1921.

Louis C. THOMAS : Une femme de trop.

Laurent Malijai voulait devenir écrivain, mais les maisons d'édition ne l'entendait pas ainsi.

Un jour rejeté par tous, il décide de se suicider, mais une riche veuve passant par là lui redonne goût à la vie.

Bientôt il devient l'homme-objet d'Hélène, une mante religieuse qui lui rappelle à chaque moment que tout ce qui l'entoure lui appartient à elle. Il trouve consolation auprès de Charlotte, la jeune bonne, laquelle s'intéresse vraiment à ce qu'il fait.

Le voilà coincé entre deux vampires et il ne sait plus où donner de la tête. L'une d'elle est de trop. Charlotte le pousse à éliminer son tyran, mais Laurent n'est qu'un velléitaire et il va falloir qu'elle fasse elle-même le travail.

Seulement le résultat n'est pas celui escompté et Hélène devenue amnésique est l'antithèse de ce qu'elle était auparavant.

Laurent est placé devant un cruel dilemme que le destin résoudra pour lui.

 

A une époque où les romans ayant pour héros des sérials killer font florès, il est bon de se replonger dans une intrigue en forme de vaudeville.

Louis C. Thomas, en vieux routier ménage ses effets, joue avec le lecteur, campe ses personnages en sachant les rendre tour à tour attachants ou déplaisants.

Trois têtes d'affiche, deux ou trois rôles secondaires, il n'en faut pas plus à Louis C. Thomas pour construire une intrigue solide et machiavélique. Une bouffée de fraîcheur dans la production actuelle qui privilégie le sensationnel.

 

Réédition Folio Policier N°156. Parution avril 2000. 240 pages. 6,40€.

Réédition Folio Policier N°156. Parution avril 2000. 240 pages. 6,40€.

Louis C. THOMAS : Une femme de trop. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution octobre 1995. 208 pages.

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 10:15

Un secret qui n'est pas l'Origine du monde,

quoi que...

Georges-Jean ARNAUD : Les secrets de l’allée Courbet.

Julia est journaliste stagiaire et elle doit pondre un article concernant le décès de la femme du député local et ancien ministre, le peu sémillant Sémillon.

Julia qui doit affronter en même temps le décès proche et quasi programmé de sa mère. Sa mère ? Adoptive, oui, et un beau-père qu’elle n’a pas connu, disparu alors qu’elle était toute jeune. Son beau-père qui avait des accointances avec Sémillon puisqu’il était, entre autre un de ses colleurs d’affiches.

Mais Julia a des doutes sur sa naissance.

Quant au député, vingt et un ans auparavant un fait-divers tragique avait favorisé sa carrière et l’avait propulsé sur la scène de la vie politique.

Alors en marge de son papier elle enquête sur cette affaire qui avait défrayé la chronique locale et nationale. A défaut d’avoir un enfant, le couple Sémillon avait eu recours à l’adoption d’une petite Colombienne. Malgré les photos truquées, il était visible que l’enfant possédait un bec-de-lièvre, ce qui avait plongé madame Sémillon dans une crise d’hystérie, une malformation peu compatible avec les aspirations de l’édile.

Quinze jours plus tard l’enfant avait été kidnappée et une grosse rançon exigée. Seulement l’enfant ne fut jamais retrouvée.

 

Dès les premières pages le lecteur se doute où l’auteur veut en venir et l’enquête de Julia peut être considérée dans ce cas comme de pure forme. Seulement, G.-J. Arnaud possède plus d’un tour dans son sac à malices et l’épilogue est disons moral.

Arnaud, sûrement le romancier le plus prolifique depuis des décennies, parvient une fois de plus à nous happer dans une histoire qui aurait pu n’être qu’un vague mélo mais voilà, le talent reste le talent, et on souhaiterait pouvoir le lire encore longtemps.

Georges-Jean ARNAUD : Les secrets de l’allée Courbet. Photographies de Stéphanie Léonard. Collection Urbain Noir. Editions Autrement. Parution septembre 2004. 88 pages.

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 09:34

Un titre de cire, Constance...

Et joyeux Noël à tous !

Claude JOSTE : Le chandelier de Noël.

Si le voyage s'est bien passé, l'atterrissage est rude pour le chef-steward Jacques Morin. Son avion à peine posé, il est appréhendé par un agent fédéral du Narcotic Bureau. Sa valise est fouillée et dans le double fond reposent des petits paquets de drogue, ce qui est totalement prohibé aux Etats-Unis.

Morin se défend, arguant qu'il pensait qu'il s'agissait d'échantillons de parfum qu'une dame lui avait demandé de passer en fraude. S'il reconnait les faits, il ment toutefois sur l'identité de la personne qui lui a refilé ce cadeau empoisonné.

C'est un peu de sa faute aussi. Il n'avait qu'à pas se laisser entraîner à jouer dans un Cercle et surtout perdre. Et pour régler ses dettes, il avait accepté ce petit arrangement proposé par Sonia, sa maîtresse depuis six mois. Et ce au mépris qu'il fut fiancé et a lâchement plaqué sa promise Carole.

Au bout de six mois enfermé dans un pénitencier, il est libéré et peu regagner la France. Six mois en butte à des codétenus qui auraient aimé lui faire passer le goût du hamburger mais n'ont pas réussi, à leur grand désappointement. Ils n'ont pas apprécié qu'il ait mangé la consigne, car tout bon truand qui se respecte ne dénonce jamais ses petits camarades. Sauf que Morin n'est pas un truand et ne connait pas un soi-disant code de l' honneur.

De retour en France, à quelques jours de Noël, il retrouve Carole et Sonia. Carole prête à accepter de renouer, et même partir en Australie avec lui sous une nouvelle identité. Elle l'aide même à retrouver la trace de Sonia qui a déménagé. Car Morin a besoin d'argent pour réaliser ses projets et c'est auprès de Sonia qu'il quémande.

Sonia, qui est une cover-girl, en parle à Max, le photographe, qui la prend sous toutes les coutures, sauf celle auxquelles vous pensez car il est homosexuel, mais surtout celui qui a imaginé se servir de Morin comme passeur.

Morin retrouve Sonia chez elle et exaspéré par ses déclarations, il empoigne un chandelier. Sonia lui balance une flûte d'eau, dans laquelle trempait une rose qui n'avait rien demandé à qui que ce soit, et Morin ainsi aspergé recouvre ses esprits.

Il revient le lendemain récupérer l'argent promis par Sonia mais découvre son cadavre. Les policiers, qui ont été avertis par un appel téléphonique anonyme, le découvrent prostré près du corps et du chandelier ensanglanté et n'ont aucun mal à l'appréhender.

 

Le lecteur assiste en direct au meurtre de Sonia, donc il connait l'identité de l'assassin. Le commissaire principal Jérôme Thiébaut, du 36 Quai des Orfèvres, est sollicité pour découvrir le coupable, même s'il l'a sous la main. Son adjoint Lambert se charge de cuisiner Morin, mais quelque chose chiffonne Thiébaut.

Le chandelier de Noël, premier roman de Claude Joste dans la collection Spécial Police car il en avait déjà publié dans la collection Feu, voit l'apparition, tardive, du commissaire Thiébaut, qui deviendra un personnage récurrent. Il possède des similitudes avec deux célèbres personnages, se montrant tout à la fois un peu Maigret, un peu Columbo, dans leur façon de procéder mais pas dans leur physique.

Pour le côté Maigret voici ce que cela donne :

Cette question, il aurait dû la poser depuis le début, mais il avait préférer s'imprégner lentement de l'atmosphère de cette chambre, essayer de se faire une image de Sonia Volovniev vivante, prendre l'affaire du "dedans" comme il aimait à le dire.

Pour Columbo, cela est plus diffus, mais l'intrigue en elle-même ressemble aux histoires de cette série télévisée puisque le téléspectateur voit l'assassin perpétrer son forfait.

Thiébaut fit trois pas en direction de l'atelier et demanda, sans y attacher volontairement beaucoup d'intérêt :

Je suppose que vous ne verrez pas d'inconvénient à ce que je bavarde quelques instants avec...

Le lecteur ayant toutes les données en mains attend l'épilogue en se demandant comment Thiébaut va confondre le coupable. Mais l'auteur sort un lapin de son chapeau tout en restant logique dans son raisonnement. Donc la fin déçoit quelque peu, mais est largement compensée par l'intrigue en général et le début en particulier.

Claude JOSTE : Le chandelier de Noël. Collection Spécial Police N°599. Editions Fleuve Noir. Parution 1967. 222 pages.

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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 10:08

Comme Gérard ?

Paul C. DOHERTY : L’archer démoniaque.

Lors d’une chasse, jour de la saint Matthieu de l’année 1303, Lord Henry Fitzalan décède d’une flèche en plein cœur.

C’était un personnage honnis par de très nombreuses personnes de son entourage, courant volontiers après les beautés féminines et se montrant hautain aussi bien envers les membres de sa famille qu’auprès des autres notables et nobliaux de la province. Bref un homme détestable et détesté.

Ribaud, Fitzalan l’était certes mais c’était surtout un diplomate doublé d’un intrigant ayant voyagé aussi bien en Palestine, à Rome et en France. Sir Hugh Corbett, clerc du roi Edouard d’Angleterre et son complice Ranulf sont conviés à retrouver l’assassin mais également à surveiller les agissements de Craon, espion français qui se trouve dans les parages, invité semble-t-il par Lord Henry.

Les soupçons pèsent naturellement sur Verlian, le chef verdier de Fitzalan, lequel courtisait sans résultat Alicia, la fille du garde-chasse. Mais également sur Jocasta, réputée pour des talents de sorcière, William, le frère du défunt trop souvent rabroué, frère Cosmas, le curé de la paroisse et ancien soldat, sans oublier Lady Madeline, sœur de Lord Henry et prieure au couvent voisin, couvent qui renferme la relique d’une sainte.

Plus quelques autres candidats, dont le Hibou, mystérieux personnage qui envoie des messages à l’aide de flèches.

Ce nouvel opus consacré aux aventures du clerc Hugh Corbett est plaisant à lire malgré quelques longueurs. Un roman parfois oiseux et verbeux. Sinon on se croirait revenu au bon vieux temps de Robin des bois.

Toutefois je préfère les romans signés Paul Harding ou C.L. Grace, autres pseudonymes de l’auteur dont on trouve les ouvrages dans la même collection.

 

Paul C. DOHERTY : L’archer démoniaque. (The demon archer - 1999. Traduction de Christiane Poussier et Nelly Markovic.). Collection Grands détectives n° 3437. Editions 10/18. Parution juillet 2002. 316 pages.

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 10:55

Et envoyez-moi la rhubarbe...

Pierre DAC et Francis BLANCHE : Mangez de la salade

Tout ceux qui écoutaient religieusement les feuilletons radiophoniques dans les années 1950 se souviennent sûrement de cette annonce : Signé Furax ah ah ah ah... le tout souligné d'un rire méphistophélique.

Signé Pierre Dac et Francis Blanche, ce feuilleton connu deux périodes : 1951/1952 sur les ondes parisiennes de la RTF et une suite de 1956 à 1960 sur les ondes d'Europe N°1.

Ce feuilleton fut également adapté par les auteurs en livres et celui-ci est le troisième tome d'une quadrilogie dont le titre générique était Malheur aux Barbus.

 

Les Barbus, dont le professeur Merry Christmas, qui avaient été enlevés par Edmond Furax et détenus dans le royaume de Sama-Kutra sur lequel règne la Maharané Pauline V, ont été délivrés et doivent regagner la France à bord du Bouc émissaire. Mais à Marseille la déception étreint tous ceux qui se pressent sur les quais, impatients de participer à la fête organisée en faveur des otages libérés.

L'ignoble Edmond Furax a détourné le navire par un procédé malveillant mais efficace et l'a amené bord à bord avec le sien au nom significatif de L'Electro-aimant.

Pendant ce temps, au restaurant de la Tour Eiffel, quelques convives devisent joyeusement mais sérieusement tout en consommant des plats légers, truites en papillotes, morilles à la crème et autres bricoles roboratives. Sont attablés, Fred Transport et sa fiancée Carole, la fille du professeur Merry Christmas, Malvina, qui est toutefois un peu triste car son père Gugumus a été assassiné par Asti Spumante l'homme de main de Furax, le commissaire Socrate et son adjoint Euthymènes, et les inséparables détectives Black et White.

Tous ces joyeux personnages, sauf Malvina qui a du mal à cacher son chagrin, sont satisfaits de l'arrivée prochaine des Barbus à Marseille, ils déchanteront bien vite, et déblatèrent sur le dernier message de Furax adressé à Malvina, un poème chanté de Guillaume Apollinaire gravé sur un disque. Malvina qui était très proche de Furax, son Fufu comme elle aimait à le surnommer, est fortement en colère vis à vis de celui-ci, n'ayant pas digéré, non pas la truite, mais la traitrise de l'infernal.

Bien entendu, mais à l'abri des oreilles indiscrètes, ces sept dîneurs tentent de comprendre ce message énigmatique titré sobrement par son auteur, Guillaume Apollinaire je le répète, Les Saltimbanques, chanté je le précise à toutes fins utiles par Yves Montand sur une musique de Serges Bessières, et les suppositions ne manquent pas. Toutefois, ils savent que Furax est en Amérique, c'est grand l'Amérique comme ne manque pas de le souligner fort à propos White, et de supputations en hypothèses qui ne sont pas forcément farfelues mais parfois tirées par les cheveux que ne possède plus Black, ils parviennent à localiser précisément l'endroit qui se trouverait probablement en Californie.

 

Pierre DAC et Francis BLANCHE : Mangez de la salade

Fin du chapitre Zéro. En effet le roman débute par le chapitre zéro, ce qui est peu commun, mais ce n'est pas pis que commencer par un prologue qui vous dévoile la fin, ou presque.

 

Ensuite le lecteur ébaubi va assister, littérairement parlant puisqu'il ne voit devant ses yeux que des pages emplies de caractères d'imprimerie, mais son imagination supplée à la description, à une folle équipée dont les pérégrinations se bousculent les unes après les autres comme les petits cochons accrochés sur le plateau d'un manège (si vous préférez chevaux de bois, cela me sied également) et qu'il serait sûrement malséant de tout narrer, ne serait-ce que par respect envers les auteurs qui ont eu du mal à imaginer toutes ces péripéties, que les raconter en bloc et sans préparation aucune serait donc leur faire injure.

Sachez toutefois que Carole se fait enlever et que Black, White, Socrate, Euthymènes et surtout Fred Transport, bientôt rejoint par Jejeeboy, serviteur de la Maharané Pauline V qui quittant le Sama-Kutra leur apporte quelques menus subsides, les pauvres étant financièrement amoindri, ce qui ne les empêche pas de réfléchir, se lancent à sa recherche accompagnés de Mustel de Ponchicatron et de son pendule. Pendule qui s'avère efficace puisqu'il permet de mettre la main sur une, puis deux, puis trois chaussures de Carole, j'allais oublier une quatrième, mais vides des pieds de leur propriétaire qui n'est pas Cendrillon.

Quelques promenades du Centre au Nord-Ouest de la France puis le grand départ pour l'Amérique, quelques tracasseries par l'administration Etats-unienne qui ne badine pas avec les nombreux vaccins obligatoires, et enfin l'arrivée au Ranch de la Betterave Maudite, une modeste ferme de 12 700 hectares située près de la petite ville de Pissaladiéra.

Il serait toutefois injuste d'oublier deux hommes, deux malfrats du nom de Mortimer et Rinaldo, qui se font embaucher par le propriétaire des lieux, un certain monsieur Fraux, en tentant d'exercer un chantage à la fourmi rouge. Ces deux individus patibulaires, mais presque, possèdent la remarquable particularité de se vêtir de vestes réversibles (c'est une image) ce qui leur permet de changer d'opinions selon les circonstances.

Enfin, vous vous demandez sans aucun doute pourquoi ce titre de Mangez de la salade.

Etant comme la cigale fort démunie, quelle que soit la saison, Black et White décident de compenser leur enquête, tout comme les émissions à la Radio, qui à l'époque l'étaient par des produits et non par des marques, (je parle des radios d'état), comme par exemple des endives, le sucre, les pâtes (mangez des pâtes, vous serez moins nouille). Ou encore les manifestations sportives qui étaient soutenues par la publicité, dont la fameuse caravane publicitaire du Tour de France. Donc ayant émis cette idée, ils la mettent en pratique en demandant au Président de la Chambre syndicale de la salade de les soutenir financièrement. Proposition acceptée, voiture non banalisée et couverte de décalcomanies vantant ce légume mise à disposition, charge à eux de porter la bonne parole au cours de leurs déplacements en incitant tout un chacun et même les autres à manger de la salade.

Comme vous l'aurez compris, ce roman feuilleton engendre la bonne humour, à condition d'aimer les histoires loufoques, farfelues, burlesques, saugrenues, abracadabrantesques. Une histoire complètement décalée, déjantée, à vous faire tordre les boyaux.

Moralité : mangez de la salade, les auteurs eux ne nous en proposent pas, du moins pas autant que les hommes politiques...

 

Pierre DAC et Francis BLANCHE : Mangez de la salade

Pierre DAC et Francis BLANCHE : Mangez de la salade (Malheur aux Barbus III). Editions André Martel. Parution novembre 1952. 192 pages.

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 08:32

Comme Roger ? Roger Raby...

C.L. GRACE : La Rose de Raby

Petit retour dans le temps, celui qui fit rêver de nombreuses générations grâce aux interventions des historiens qui s’imprégnaient de l’Histoire, avec un grand H, pour en construire avec de petites.

Bon, je ne vous énumérerai pas tous ceux qui nous ont permis de voyager à bon compte dans un passé plus ou moins proche, mais grâce (jeu de mot !) à certains auteurs actuels nous pouvons retrouver une atmosphère plus ou moins juvénile dans un encadrement littéraire strict.

Pour en revenir à nos moutons comme disait Jeanne D’Arc, Kathryn Swinbrooke, l’apothicaire de C.L. Grace, revient dans de nouvelles aventures, dans sa bonne vieille ville de Cantorbéry, cette cité qui fut « encontée » (cherchez pas, c’est nouveau !) par Chaucer.

Roger Atworth, le confesseur de la mère du roi Edouard IV, duc d’York qui vient de chiper, au bout d’une guerre des Roses pleine d’épines, le trône à la maison de Lancastre, est décédé dans de mystérieuses conditions.

Ce n’est pas tout car un émissaire, genre espion de la guerre froide, décède lui aussi, dans une chambre où nul n’aurait pu s’infiltrer.

Rude tâche pour Kathryn qui doit soutenir une réputation de détective amateur, mais également démontrer, ou non, que les agissements d’un certain roi surnommé “ l’Universelle Araigne ” est peut-être pour quelque chose dans ces meurtres, l’instigateur pour le moins.

 

Intéressant, ne serait-ce que pour la description de l’époque, des mœurs, des personnages, des évènements qui pour une bonne part font partie de notre patrimoine historique.

Et pour les amateurs, des mystères dont un chambre close. Bon d’accord, un peu simpliste, pas du tout tiré par les cheveux comme aimait à le faire Dickson Carr, mais justement plus réaliste.

A signaler que l’auteur signe également sous les pseudos de Paul Harding ou encore Paul C. Doherty.

 

C.L. GRACE : La Rose de Raby (Saintly murders - Traduction de Founi Guiramand). Collection Grands Détectives N°3406. Editions 10/18. Parution 18 avril 2002. 352 . pages. 7,50€.

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 16:39

Comme disait le boxeur à son soigneur :

Et vlan, passe-moi l'éponge...

Jean-Marie PALACH : Le théorème de l'uppercut.

Désireux de changer d'air, Gislain Chalap, professeur de mathématiques, a demandé sa mutation.

A cinquante ans et après près de trente ans à végéter dans un lycée tranquille de Bourges, il se retrouve dans une usine de l'éducation nationale à Champigny, dans le Val de Marne. Mais en ce début des vacances de la Toussaint, il ressent comme un vague à l'âme.

Il lui faudra rendre visite à ses vieux parents, qui demeurent à Savigny-sur-Orge, se remettre au sport et s'adonner à l'écriture, un vieux rêve qu'il n'a jamais accompli.

Pour l'heure, il vagabonde sous la pluie, non loin de la gare Saint-Lazare, et décide de se prendre une bière, la septième peut-être, dans un établissement au nom exotique. Le Malibu. Il faut avouer que depuis la rentrée, un changement auquel il n'était guère préparé, il déprime un peu. Il est nouveau dans l'établissement, et les étudiants le jaugent. Et il lui faut s'habituer aux têtes pensantes, et surtout aux caïds qui sévissent dans les deux quartiers qui s'affrontent pour obtenir le monopole de la drogue et autres trafics. Les jeunes des cités des Poulbots et de la Terre aux curés. Plus les ennuis de santé de son père, plus son idée de nouvelle, dont le thème est Une amitié extraordinaire, plus quelques autres contrariétés.

Tout un ensemble de désagréments qui l'ont amené à ingurgiter moult verres. Il se fait aborder par une hôtesse qui se prénomme Vanessa. Elle lui raconte ses petits malheurs tout en consommant, sur son compte, et au milieu de la nuit, il est complètement chamboulé du cerveau. A ce moment entre une jeune fille, une de ses lycéennes, qui le prend en charge et le met dans un taxi. Arrivé près de chez lui, sur le pont qui relie Champigny à Saint-Maur, il aperçoit deux hommes qui en balance un troisième par dessus la rambarde. Tout comme le chauffeur de taxi, il ne fait guère cas de cet incident.

Le lendemain après-midi, il se réveille vaseux et sa logeuse, une charmante mamie d'origine réunionnaise, lui narre le drame qui s'est déroulé dans la nuit. C'était un de ses élèves. Ce n'est pas le premier à décéder ainsi tragiquement. Peu de temps auparavant un autre avait été retrouvé mort d'overdose. L'ambiance à Marcelin Michel est vraiment délétère car une enseignante avait tenter de se suicider. Son mari, professeur d'éducation physique la soigne en hospitalisation à domicile. Il a du courage, c'est ce qu'affirment les collègue de Gislain qui en convient volontiers.

 

Gislain décide de se rendre à pied sur les lieux du drame et s'est ainsi qu'il se fait doubler par une joggeuse à l'entraînement. Il s'agit d'Emmanuelle, une enseignante comme lui, prof de philo, qui s'adonne à la course à pieds afin de perdre quelques kilos qu'elle juge superflus. Ce qui n'est pas superflu, c'est qu'elle l'embrasse au lieu de lui serrer la main, comme l'exigent les convenances, et Gislain accepte de l'accompagner le lendemain dans ses ébats sportifs. Ebats sportifs qui bientôt auront lieu dans un autre endroit et sous d'autres formes, avec une pointe de philosophie dans le boudoir mais ceci ne nous regarde pas.

Cependant l'attitude de Marie Kourilsky, son ange gardien nocturne, l'amène à se poser de nombreuses questions, dont celle primordiale : va-t-elle en informer les autres élèves du lycée, et par là-même décrédibiliser son rôle de prof ? Alors il se promet de s'immiscer dans GISELE, un programme informatique créé par le proviseur et qui permet de recenser toutes les données sur les enseignants et les lycéens. Programme auquel tout un chacun dans l'établissement peut avoir accès. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que Detourme, le proviseur, possède ses propres données confidentielles qu'il met à jour régulièrement et compulse pour son plus grand profit.

 

Lors de la rentrée, des incidents vont opposer, au sein de l'établissement, les responsables des deux bandes rivales des Poulbots et de Terre-aux-curés, ce qui va permettre à Gislain de démontrer qu'à cinquante ans il possède encore de beaux restes. Cet ancien champion international de Kick-Boxing, et autres sports de combats, même s'il a raccroché par la faute d'un Mexicain qui a eut la mauvaise idée de décéder sur le ring, n'a pas perdu ma main.

 

Au 36 Quai des Orfèvres, malgré l'affairement qui précède les grands déménagements, le commissaire Baudon et son adjoint, le commandant Franquet, gardent un œil, voire les deux, sur les activités des petites frappes des deux cités de Champigny. Ils sont dissemblables mais leur duo va se montrer efficace. Baudon possède une prostate qui n'en fait qu'à sa tête et il est obligé de recourir trop souvent à son goût, et à celui de son entourage, aux endroits adéquats pour soulager sa vessie. Le seul problème, peut-être dû à l'âge ou à un manque de réflexe dans les mouvements, il oublie de refermer sa braguette, ce qui lui occasionne des coups de froid et des simagrées de la part de ses interlocuteurs qui ne savent comment l'avertir de ce manque de retenue. Franquet, est un homme élégant, qui traîne avec lui un début de réputation de chat noir, préjudiciable pour ses coéquipiers dans les enquêtes qui leurs sont confiées.

 

Gislain Chalap va s'investir de plus en plus dans une enquête qui le dépasse : Marie ne reparait pas au lycée et sa tante tout comme ses ami(e)s n'ont aucune nouvelle d'elle depuis plusieurs jours. Et il va trouver du soutien, moral et physique, en la personne d'Emmanuelle, et de Liu Wong, un Chinois qui tient un bar et connait ses antécédents pugilistiques. Car bien des soucis le tourmentent. Ne serait-ce que l'attitude du prof d'éducation physique qui l'incite à venir l'aider dans ses projets sportifs avec les gamins de Champigny. Or Gislain n'est pas tout à fait persuadé que sa femme soit un légume, il l'a aperçue sur son lit de malade agonisante écoutant en boucle In the Navy des Village People, ce qui va un certain moment mais donne le mal de mer à la longue.

 

Tout cela donne un roman foisonnant, dans lequel plusieurs intrigues se mêlent, de même que les personnages, et qui décrit une petite ville de la banlieue proche de la capitale, surtout connue pour avoir abrité l'un des hommes politiques les plus virulents et écorchant avec délectation la langue française, Georges Marchais.

Les personnages qui gravitent dans Le théorème de l'uppercut semblent parfois caricaturaux, c'est ce qui fait la force de l'histoire, mais ils sont aussi émouvants. Les gamins, qui tous, voyous déclarés ou non, jouent dans ce roman un rôle important et violent, souvent malsain, se montrent plus matures que leur âge ne pourrait le laisser supposer. Quant aux adultes, ce sont des hommes et des femmes comme on peut en rencontrer tous les jours, mais dont on n'est pas sûr de vouloir de leur ressembler, moralement, physiquement ou professionnellement. Quoi qu'on aimerait posséder leur force de caractère dans des situations difficiles.

Un roman, imprégné d'un humour subtil et sous-jacent, qui se transforme en zoom balayant les activités occultes, ou non, de cités transformées en ghetto la plupart du temps par la volonté de certains de ceux qui y résident, à Champigny-sur Marne et Saint-Maur.

Un nouveau très bon roman de Jean-Marie Palach (vous avez remarqué la distanciation avec le patronyme de son héros ?) qui explore une nouvelle facette sociétale.

 

Jean-Marie PALACH : Le théorème de l'uppercut. Editions Daphnis et Chloé. Parution 3 décembre 2015. 310 pages. 18,00€.

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 13:17

Un fantôme peut aussi avoir mal, mais on ne l'entend jamais se plaindre...

CANESI & RAHMANI : La douleur du fantôme.

Tout comme le sparadrap colle au doigt du capitaine Haddock, la mort colle à l’existence de Charlotte de Montbrun.

Cette jeune fille de dix-huit ans, accro à Internet et aux services de messagerie en ligne, assiste en direct à la noyade de Pierre Mande aux pieds de la statue de la Vierge à Biarritz. Elle récupère, surgie de l’eau en colère, une page du livre que tenait dans ses mains le noyé lorsqu’il fut englouti. Seuls quelques mots ont échappés au lavage de l’écume présente en abondance : Une dame enveloppée dans le soleil…. Dragon rouxson enfant fut enlevé et conduit….

Charlotte était en villégiature avec son père dans un hôtel de la cité basque lorsque des éclats de voix provenant de la chambre contiguë la mirent mal à l’aise. Dans la salle de restaurant les deux protagonistes mangent près de leur table et elle peut les détailler. Une jeune femme en compagnie de son oncle âgé qu’elle suivra peu après, assistant à ce qui pourrait ressembler à un accident, ou encore à un suicide, à moins qu’il s’agisse d’un meurtre.

Elle appelle les secours mais se garde bien de révéler son identité. De retour à Paris dans l’appartement familial déserté par sa mère depuis quatre ans, vivant avec son père architecte renommé qui voue une passion peu commune à tout ce qui touche la période Napoléon III, elle assiste en direct à la télévision à la retransmission d’une émission consacrée à un jeune magicien. Celui-ci décède en ingérant de l’azote liquide dans le cadre de l’un de ses tours.

Charlotte se lie d’amitié avec Hélène Weinstein, la nièce du noyé, et assiste à sa prestation dans Le Lac des cygnes à l’Opéra Garnier en compagnie de son père. Hélène aspire à devenir danseuse étoile et elle en a tous les moyens. Seulement une flèche lancée du plafond ne lui permet pas de terminer le ballet.

Charlotte requiert les services d’un correspondant dont elle ne connait que le prénom, Roland, avec lequel elle échange de nombreux mails, qui va l’aider dans ses recherches. Mais le plus souvent ses réponses sont obscures et elle doit les interpréter. Toutefois elle apprend que le texte énigmatique est emprunté à la Bible.

Les assassinats mystérieux se suivent et Charlotte établit un tableau recensant les points communs reliant ces morts. Chaque défunt possédait un livre à la couverture blanche, livre qui a disparu après leur mort, ils possédaient un tatouage triangulaire sur l’épaule et leur corps recelait une dose importante d’amphétamines. Et à chaque fois Charlotte en a été le témoin, en direct et seule comme pour Mande, soit en compagnie d’autres personnes.

Or c’est bien cette coïncidence qui la chagrine, d’autant qu’elle apprend par Roland que les grands-parents d’Hélène sont morts en déportation et non d’un accident comme la jeune danseuse le croyait. Une fiche mise à jour par sa mère ! D’autres faits la troublent comme d’apprendre que Mande, qui œuvrait afin que les Juifs spoliés durant la dernière guerre puissent récupérer leurs biens, était profondément antisémite.

 

Dans une ambiance baroque, rappelant l’univers littéraire et réel de la fin du XIXème siècle, avec de nombreuses références à l’époque du Second Empire et haussmannien, tout en étant résolument plongé dans notre monde assujetti à l’informatique, évoluent des personnages rêveurs, esthètes, petits génies de la téléinformatique, artistes voués à exalter une culture en décalage avec la frénésie musicale actuelle.

Les auteurs jouent sur l’ambivalence, entre réel et virtuel, culture du passé et technologies de pointe, machiavélisme, manipulation et candeur, haine et amour, beauté et laideur psychique et physique, réalité et virtuel, froideur de l’intelligence et chaleur du cœur, force et vulnérabilité, certitude et incertitude, mâle ou femelle ou plutôt mâle et femelle…

Un roman qui joue avec les nerfs, principalement dans la première partie, quant au début de la seconde, il se laisse glisser, nonchalant, comme le luxueux paquebot qui fend les eaux de la Méditerranée avec à son bord Charlotte, son père et Hélène. Le calme avant la tempête. Un roman à l’intrigue puissante, décalée et fort documentée.

CANESI & RAHMANI : La douleur du fantôme. Editions Phébus. Parution 25 mars 2010. 320 pages. 23,35€.

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 13:55

Et souvenirs vivants ?

Gilles VIDAL : Mémoire morte.

Ce n’est pas parce qu’il dormait que Carl Frot a rêvé.

Il a perçu des craquements, des frôlements et il est persuadé que quelqu’un s’est introduit dans la maison. Guère rassuré, il se lève quand même et descend à la cuisine, à tâtons, glissant inopportunément sur un objet qui traînait. Il a le temps d’apercevoir une silhouette. Il chute lourdement, ce qui à pour conséquence de réveiller sa femme Diane. Il narre succinctement ce qui vient de lui arriver, dissimulant toutefois l’intrusion d’un personnage d’apparence frêle. Puis ils remontent se coucher et en profitent pour… mais ceci ne nous regarde pas. Ah si quand même, au cours des ébats, Carl a comme une vision, le visage de sa femme se déforme, prend une autre apparence.

Gérant d’une agence d’affacturage dans une cité portuaire, Carl doit le lendemain matin se rendre chez un client potentiel, directeur d’une cimenterie. Lorsqu’il arrive sur le lieu de son rendez-vous des policiers sont déjà en plein travail. Le cadavre, ou ce qu’il en reste, d’une jeune femme vient d’être découvert, à moitié déchiqueté par une machine. Le commissaire Franck Parisot est sur les dents. C’est le deuxième corps féminin ainsi retrouvé en trois semaines. La piste d’un serial killer n’est pas à négliger, d’autant qu’un individu nommé Antoine Merlin avait été soupçonné avant de s’évaporer dans la nature. Mais d’autres affaires attendent Franck Parisot, résolues plus ou moins dans la douleur, avec des cadavres à la clé.

La journée pour Carl non plus n’est pas terminée. Il retrouve coincé sous un balai d’essuie-glaces une feuille de papier sur laquelle est inscrite cette phrase énigmatique : MA VENGEANCE EST PERDUE S’IL IGNORE EN MOURANT QUE C’EST MOI QUI LE TUE.

Dans le même temps Carl se sent épié, un regard qui lui vrille la nuque. Et alors que lui et Diane, laquelle vient de lui annoncer qu’elle est enceinte de deux mois, ce qui réjouit le couple, passent leurs temps à effectuer quelques emplettes en prévision de l’heureux événement, un individu s’est infiltré dans leur domicile. Les vêtements de Diane, du plus intime au plus épais, ont été lacérés, alors que le coffret à bijoux n’a pas attiré la convoitise de leur visiteur (visiteuse ?) indélicat. C’est le bouquet, et Carl détaille alors à Diane par le menu l’infiltration nocturne. Plus tard il reçoit à son bureau un petit colis contenant une poupée, vieillotte, amochée, cabossée, lacérée, l’expéditeur restant anonyme bien évidemment. Ils se décident à contacter le commissaire Franck Parisot.

Pendant ce temps Parisot et ses hommes ne sont pas restés inactifs. La piste gothique semble la seule probable. Les deux premières victimes étaient adeptes de ce mouvement tout comme Antoine Merlin, leur façon de vivre, de se vêtir, de décorer leurs chambres, de se connecter sur Internet le confirmant. Les deux premières à laquelle s’ajoute une troisième disparition. Une jeune fille dont le père est un peintre universellement reconnu. Parait-il. Et bien entendu le procureur s’attache à ses basques comme une colonie de morpions sur un pubis broussailleux.

 

Entre les affaires dont s’occupe Parisot et les tracas endurés par Carl Frot existe-t-il un lien ? Et si oui lequel ? Des éléments de réponse sont apportés à Parisot par Murielle, une psy qui travaille dans une clinique non loin de Gramont, ville dans laquelle se déroule cette histoire. Quant à Carl, il est aux quatre-cents coups lorsqu’il apprend que Diane est à l’hôpital, accidentée après avoir été probablement poussée dans un escalator. Et que vient faire cette personne qui se surnomme Le Lémure dans cet imbroglio ?

Après la pluie qui se fait de plus en plus insistante, la tempête prend la relève et se conjuguent alors dans une sorte de cataclysme les quatre éléments : l’eau, l’air, la terre et le feu.

 

Un roman qui débute par des scènes d’action très puissantes qui s’enchainent les unes aux autres dans un rythme infernal jusqu’à l’épilogue où enfin le lecteur peut souffler.

Tout comme chacun de nous, les protagonistes possèdent une fêlure, une fracture, ancienne ou récente, oubliée ou non, méconnue, qui influe sur leur vie quotidienne, leur moral, leurs agissements, parfois inconsciemment. L’auteur se permet quelquefois de digresser, mais sans appesantir le texte. Ainsi ces quelques lignes empreintes de bon sens, bon sens que ne possèdent pas toujours nos politiques, une réflexion pensée par Carl lors d’un incident dans un supermarché.

Il avait encore en tête ce qu’il avait lu il y avait quelque temps dans la presse, à savoir que le PDG du groupe qui détenait cette chaîne de supermarchés touchait un salaire colossal, des primes mirobolantes, sur les bénéfices et des stock-options honteuses, et qui, de surcroît, bien qu’il eut tout récemment été élevé en toute impunité au grade de chevalier de la Légion d’Honneur, résidait depuis deux ans à l’étranger, dans un ersatz de paradis fiscal, afin d’échapper au fisc.

Première édition : Collection Zone d’ombres. Editions Asgard. 384 pages. 18€.

Première édition : Collection Zone d’ombres. Editions Asgard. 384 pages. 18€.

Gilles VIDAL : Mémoire morte. Editions Multivers. Parution 18 décembre 2015. Formats ePub et Kindle. 3,99€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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