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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 06:00

Je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur !

Olivier KOURILSKY : L'étrange Halloween de M. Léo.

Encore une opération qui tombe à l'eau, pour Léo, le trafiquant de drogue superstitieux.

L'intrusion de la police le fait paniquer, de même que son complice José, et il a juste le temps de balancer la came dans les waters. Plus de preuves, pas d'arrestation. Sauf qu'il perd une somme conséquente, une bagatelle de cinquante mille euros, et que sa crédibilité envers Marchand, son employeur, est entamée.

Lequel Marchand le convoque auprès du grand Patron. Léo, la tête encapuchonnée afin qu'il ne distingue pas le visage de l'homme, se voit confier une mission d'importance. Une double mission, devrais-je écrire.

D'abord retrouver les cinquante mille euros que Léo lui a fait perdre, ensuite récupérer de la marchandise, en Galles du Nord, près de Liverpool.

La vie ne s'annonce pas rose pour Léo le superstitieux. L'argent doit être remis dans le jour de la fête d'Halloween dans un château en ruines, et la réception de la drogue dans le cimetière de Highgate à Londres, dans la partie interdite au public.

D'abord il lui faut trouver la somme nécessaire. Sachant ou supposant que son ami José, qui a disparu de la circulation, possède un gentil magot, il s'introduit dans son jardin et commence à fouiller. Il trouve le trésor mais est surpris par la compagne de José. Un faux mouvement, dans ces cas-là il s'agit toujours d'un faux mouvement, il la bouscule, elle tombe, sa tête se réceptionne mal, bref la jeune femme est partie rejoindre ses ancêtres. Mais cela ne l'empêche pas de mettre la main, et même les deux, sur un sac bourré de billets. De quoi se refaire une santé et plus. Alors départ pour l'Angleterre, sans tarder.

 

La famille Timsit, composée de David, le père, d'Agnès, la mère, de Pauline, la fille, et de Dylan, le petit ami de celle-ci, a décidé de visiter la Grande-Bretagne, et plus précisément le comté de Conwy, en Galles du Nord. En réalité il s'agit d'un pèlerinage, le père de David y avait été accueilli en compagnie de quelques deux cents autres jeunes réfugiés juifs dans les années 1939-1940.

Et puis cela ne peut que changer les idées à Pauline qui depuis son accident de la circulation a tourné la page, et la petite sage est transformée en gothique, tatouée et percée, et surtout est devenue kleptomane. Un souci pour David et Agnès, qui chirurgiens de renom, n'apprécient pas les nouvelles fréquentations policières de Pauline. Quant à Dylan, le petit ami, c'est un mal obligé qui va peut-être la canaliser, même si sa présence suppose des dépenses supplémentaires.

La visite nocturne du château de Gwrych enchante David et Agnès. Pour Léo, c'est tout autre chose. Il est entouré de masques et ne s'aperçoit pas que l'un de ceux qui viennent de le frôler, un Frankenstein et un Dracula, l'un des deux donc, lui a subtilisé son précieux carnet noir. Or il consigne sur ce petit cahier ses faits et gestes, ses rendez-vous et non seulement cela va lui manquer, mais si bloc tombe entre des mains malveillantes, cela risque de lui jouer un tour pendable. Celle qui a subtilisé l'objet n'est autre que Pauline.

Commence alors un chassé-croisé entre l'adolescente et Léo jusqu'à Paris en passant par le cimetière de Highgate que les jeunes gens ont décidé de visiter nuitament. Il va même essayer de la traquer, mais sera effrayé lorsque celle-ci lui montrera les dents dans la rue : elle porte comme denture un dentier en véritable imitation de vampire et arbore des yeux rouges. Il pense, toujours cette superstition maladive, être en présence d'un vampire.

David et Agnès, surtout Agnès d'ailleurs, requièrent les services de leur ami l'ancien commissaire Maupas, lequel ne peut rien refuser à la jeune femme dont il est secrètement amoureux.

La brigade des Stups et la Criminelle sont de la partie, à cause de la mort inexpliquée de la compagne de José et de la découverte du cadavre de celui-ci pataugeant dans la Seine.

 

Il flotte comme un petit air de fantastique dans ce roman mené tambour battant, peut-être à cause d'Halloween et de certains lieux qui servent de décor, pourtant c'est un vrai roman policier qui nous est proposé. Les scènes cocasses ne manquent, surtout pour le lecteur, car pour certains des protagonistes, ce sont plutôt des épisodes dramatiques qui se jouent.

Habilement construit, ce nouvel opus permet de retrouver des figures connues, dont on a fait la connaissance dans les précédents ouvrages d'Olivier Kourilsky, et ne me parlez pas de coïncidences heureuses, car tout est coïncidences dans la vie. Les rebondissements se succèdent à un rythme effréné, dans une mise en scène haute en couleurs.

Le personnage de Pauline est attachant malgré, ou à cause, de ce revirement dans son comportement, ayant subi un traumatisme dont il lui est difficile de s'extraire. Quant à Maupas, il se révèle un digne successeur des détectives d'antan, il est vrai qu'il est un ancien policier ayant fait ses preuves sur le terrain, mais l'épilogue est comparable à ces bons vieux romans de suspense qui jouent sur les retournements de situation.

 

Elle avait l'air aussi sincère qu'un homme politique annonçant la fin du chômage pour l'année suivante.

Olivier KOURILSKY : L'étrange Halloween de M. Léo. Editions Glyphe. Parution le 7 mars 2016. 208 pages. 15,00€.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 09:34

C'est une poupéééeee...

Sonja DELZONGLE : Quand la neige danse.

Qui fait quoi dans cette boîte en carton livrée par le facteur à Joe Lasko ? Sa fille de quatre ans a disparu depuis un mois, alors qu'elle patinait sur le lac en compagnie de la fille de sa garde habituelle. Et la vue de cette poupée gisant dans une boite, simulacre de cercueil, habillée comme l'était Lieserl, aux cheveux longs roux comme ceux de Lieserl, cela ne peut que lui mettre le moral à zéro, et même plus bas.

Il est vrai que la température est plus que glaciale en ce mois de février sur Crystal Lake, dans l'Illinois, grande banlieue de Chicago, mais ce n'est pas ça qui va refroidir son ardeur de père à la recherche de son enfant. Divorcé, sa femme abonnée à la bouteille ayant été déchue de son statut maternel, Joe est médecin et sa fille est tout pour lui. Seulement, trois autres gamines ont disparu elles aussi à quelques semaines de distance.

Joe, qui a créé une association en compagnie des parents des petites disparues, se renseigne auprès des autres familles. Elles aussi ont reçu des envois similaires et les poupées sont des sosies des fillettes. Tous les colis ont été envoyés de Woodstock. Peut-être une piste. Il en informe le chef de la police Stevens.

Ces affaires d'enlèvements ont été à la Une des médias, Joe prenant la parole à la télévision. Les dons et les aides affluent afin de financer les recherches. Mais quelle n'est pas sa surprise lorsque se réveille à son bon souvenir Eva Sportis, détective privée. Eva la petite amie de son grand frère Gabe lorsque celui-ci avait seize ans, et dont Joe était secrètement amoureux. Eh oui, à douze ans on peut aimer la copine de son frère et ne pas se déclarer. Et puis Gabe a laissé tomber Eva, la vie a continué et Joe n'a jamais osé se manifester. Et voilà qu'Eva, plus belle que jamais, lui propose son aide dans la recherche de sa fille.

Cela remue toutefois de mauvais souvenirs dans la mémoire de Joe. Gabe, qui a mal tourné, est devenu un voyou, a fait de la prison, a tué un policier lors d'un braquage, est retourné en tôle. Eva va bientôt avouer que c'est Gabe qui lui a demandé de proposer ses bons services. Et Gabe qui revient voir son frère. Joe ne veut pas renouer, pourtant devant la bonne volonté de son frère aîné, il accepte de l'héberger mais dans une cabane au fond du jardin. Une cabane aménagée pour des amis, je précise.

Eva décide de demander l'aide d'Hanah Baxter, célèbre profileuse et dont elle fut étudiante à la fac. Normalement Hanah ne travaille qu'en dehors des Etats-Unis, mais pour une fois elle déroge à ses principes. Profileuse certes, mais avec un petit truc en plus. Elle ne se sépare jamais de son pendule et commence à effectuer des recherches sur une carte de la région de Crystal Lake. Et le pendule s'affole à un endroit bien précis, dans les bois de Oakwood Hills.

Le pendule ne s'est pas affolé pour rien. Eva et Joe se rendent à l'endroit indiqué, malgré la neige, en compagnie de Laïka, la chienne de Joe. Une horrible découverte les attend. Ils découvrent enfoui au pied d'un arbre un crâne humain, probablement celui d'un enfant. Des ossements également, et une chaîne. Mais un cri déchirant résonne. Laïka est victime d'un piège à loup. Heureusement un garde forestier arrive et détend les mâchoires, libérant la patte de la chienne mal en point. C'est le retour à Crystal Lake avec le trophée macabre dans une musette et Laïka. Le chef Stevens est mis au courant des derniers événements, sauf l'appel à l'aide à Hanah la profileuse.

Chacun de son côté, puis ensembles puisque Stevens à la bonne idée de faire appel lui aussi à Hanah Baxter, ne sachant pas qu'elle est déjà sur l'affaire, vont s'atteler à cette tâche ardue. Et cette enquête va leur réserver de nombreuses surprises, parfois macabres, rencontrer des personnages particuliers, joindre des représentantes d'associations d'enfants en danger, et remonter les années en arrière jusqu'à un asile à Seattle.

 

Ne cherchez pas le nom du traducteur, il n'y en a pas. Ce roman est bien une œuvre de fiction française. Pourtant on pourrait croire qu'il a été écrit par l'une des romancières américaines, Shane Stevens, Mo Hayder ou encore Lisa Gardner par exemple, dont les romans pleins de suspense vous prennent aux tripes.

Soja Delzongle ne se contente pas de raconter une histoire, dont le sujet pourrait sembler banale à force d'être traité, d'enlèvements de gamines dont le final est particulièrement réfrigérant, pour ne pas dire glaçant.

Il lui faut fouiller le passé des différents protagonistes afin de mieux comprendre le présent, leurs faits et gestes. Avec parfois de leur part des troubles obsessionnels compulsifs. Ainsi le chef Stevens a horreur de serrer les mains de ses interlocuteurs, et il se dépêche après ce cérémonial d'en pratiquer un autre : se nettoyer les mains avec un gel antiseptiques. D'autres personnages retiennent l'attention mais je vous laisse le soin et le plaisir de les découvrir.

Tout ce que je pourrais ajouter, c'est que ce roman multiplie les clins d'yeux littéraires. Ainsi le nom de Stevens, le chef de la police, est à rapprocher de celui de la romancière Chevy Stevens. Mais également Gary Bates, comme Norman, le héros négatif de Psychose de Robert Bloch, Gabe le frère surnommé Gabe le Magnifique, comme Gatsby de Francis Scott Fitzgerald, ou encore Eva comme l'héroïne de James Hadley Chase... Et j'en oublie.

 

Sonja DELZONGLE : Quand la neige danse. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution le 1er avril 2016. 432 pages. 20,90€.

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 10:51

Mais pas forcément vendu !

Dick FRANCIS : Adjugé

Ex-jockey, Jonas Dereham s'est reconverti comme courtier en pur-sang, mais un courtier honnête, intègre, qui ne veut pas se plier aux exigences et aux façons de procéder de ses confrères.

Les indélicatesses, les pots-de-vin, les surenchères fictives lors des ventes, sont des pratiques de plus en plus courantes. Ce que Jonas n'approuve pas. Il travaille en franc-tireur et ne veut être mêlé à aucune de ces bassesses. Automatiquement, ce point de vue lui attire bon nombre d'inimitiés.

Cela se solde par des brimades, des exactions corporelles, puis matérielles. Notamment, un ou des inconnus ouvrent les portes d'un box, libérant un cheval de grande valeur et dont Jonas avait la garde temporaire. Et si le moindre pépin arrive à ce cheval divaguant, s'en est fini la carrière de Jonas.

Indemne, le cheval n'en provoque pas moins un accident, ce qui permet à Jonas de faire la connaissance de Sophie, jeune femme charmante et indépendante.

Ce qui apporte un rayon de soleil dans la vie de Jonas encombré d'un frère alcoolique. Lorsque ses écuries brûlent, incendie provoqué par des mains criminelles, Jonas décide que la coupe est pleine et qu'il doit, non seulement réagir, mais découvrir qui manipule les sous-fifres, qui est l'instigateur de toutes ces machinations.

 

Dick Francis, écrivain britannique et ancien jockey lui-même, connait bien les milieux hippiques et il les décrits avec réalisme et sans complaisance dans les nombreux romans policiers qu'il a écrit, que ce soit dans Lunettes sans montures, Panique au pesage, A la cravache, et bien d'autres édités à la Série Noire, chez Belfond, Calmann-Lévy ou Le Rocher.

Et comme à chaque fois, il nous livre un roman à la trame solide et aux personnages attachants.

 

Première parution éditions Belfond, 1986.  Réédition, J'ai lu n°2386, 1988.

Première parution éditions Belfond, 1986. Réédition, J'ai lu n°2386, 1988.

Dick FRANCIS : Adjugé (Knockdown - 1974. Traduction Françoise du Sorbier). Réédition collection Grands Détectives. Editions 10/18 no2497. 1994

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 09:44

Bon anniversaire à Gilbert Gallerne, né le 2 avril 1954.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure.

Venu rejoindre son amie dans un coin perdu de l'Arizona, Bernard Bordes, écrivain, a la désagréable surprise de ne point voir Axelle au rendez-vous.

A l'hôtel où il pose ses valises, personne n'a vu la jeune femme. Pourtant ce n'est pas dans ses habitudes de lui poser un lapin. A moins qu'elle n'ait eu un empêchement inopiné.

Résigné à l'attendre il se promène dans les environs de Perdida. Un patelin qui porte bien son nom.

Il découvre au milieu du désert, enchâssé dans une sorte d'amphithéâtre, un dolmen qui porte des traces brunâtres. Comme si du sang avait séché sur cette table de sacrifice dont il ne peut établir si son érection remonte à quelques années ou quelques siècles. Retournant sur ses pas il découvre des écailles de peinture sur un rocher, puis aperçoit une voiture au fond d'un ravin.

A l'intérieur de l'habitacle il trouve un pendentif qui appartient à Axelle. Preuve que la jeune femme est venue dans la région. Une avalanche de pierre se déclenche et il a tout juste le temps de se cacher dans une anfractuosité du terrain.

Cela devient de plus en plus louche. D'autant qu'un gamin lui remet, à son retour au village, un mot d'Axelle lui indiquant qu'elle loge dans l'autre hôtel du village. Mais là non plus pas trace de la jeune femme.

 

Gilbert Gallerne, qui a signé quelques romans sous le pseudo transparent de Gilles Bergal et sous celui de Milan, avoue que son enfance a été baignée avec les aventures de Bob Morane.

Une atmosphère de fantastique que les amateurs du genre apprécieront, d'autant que l'humour y est toujours présent, même dans les moments dramatiques.

Gilbert GALLERNE : Les fils du Tyrannosaure. Collection Aventures et Mystères N°14. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1995. 192 pages.

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 13:07

Mystère ! Vous avez dit Mystère ?...

Mystère, mystère : Recueil composé par Jacques BAUDOU

Reprenant la formule de ses années du mystère parues en Livre de Poche et au Masque Grand Format, Jacques Baudou nous invite à retrouver à travers les textes d'auteurs français et étrangers, l'éclectisme de la littérature dite policière.

L'ouvrage est moins épais, l'appareil critique y est réduit à sa portion à peine congrue, mais subsistent la présentation des auteurs et le tableau d'honneur du compilateur en ce qui concerne la littérature, le cinéma et la télévision.

Jacques Baudou ne se contente pas d'accoler des textes pour le plaisir d'éditer un recueil. Il rend hommage à des auteurs qui confirment leur talent texte après texte, et c'est toujours un plaisir de retrouver Tonino Benacquista dans ses histoires, presque des chroniques, de la vie moderne. Ou Maurice Périsset avec son personnage qui aujourd'hui est au chômage, ce que l'on ne regrette pas. Ou encore Réginald Hill, Harlan Ellison et Lawrence Block que l'on ne présente plus.

Mais c'est également pour Jacques Baudou la possibilité de trouver de nouveaux talents, la plupart du temps anglo-saxons, comme Susan Moody, Lynne Barrett ou Nancy Pickard.

Il exhume également des curiosités, cette année une pièce radiophonique datant de 1946 et due à Pierre Boileau avant son association avec Thomas Narcejac.

Les tentatives éditoriales pour promouvoir la nouvelle ne sont assez souvent couronnées de succès et il faut saluer le courage de ceux qui comme Jacques Baudou s'accrochent pour que le texte court - lequel permet aux écrivains de démontrer tout leur talent dans la concision - ait droit de cité dans les collections.

N'oublions pas que Guy de Maupassant, l'un des rares auteurs français fort prisé par les Américains, fut et demeure un nouvelliste et que ses histoires relèvent de la littérature noire par bien des aspects.

 

Au sommaire de ce volume, après une ouverture orchestrée par Jacques Baudou :

Tonino Benacquista : Le Haïku.

Reginald Hill : Un crime inexpiable.

Lawrence Block : Aux premières lueurs de l'aube.

Harlan Ellison : Le singe doux.

Nancy Pickard : J'ai peur tout le temps.

Pierre Boileau : Crime à distance.

Susan Moody : En amour, tous les coups sont permis.

Maurice Périsset : Un simple geste.

Lynne Barrett : Elvis lives !

Suivent un dictionnaire des auteurs (important !) et le tableau d'honneur pur l'année 1993.

 

Cet ouvrage, même si je le range dans La malle aux souvenirs, est toujours disponible.

Mystère, mystère : Recueil composé par Jacques BAUDOU. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 23 septembre 1994. 252 pages. 13,75€.

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 12:31

C'est l'effet papillon...

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide.

26 décembre 2011. Lille la nuit, sur les bords de la Deûle.

Anouk Furhman inspecte les bords des quais à la recherche d'un tueur en série qui doit théoriquement être présent et peut-être même habiter à bord d'une barge. Elle le repère et essaie d'entrer en contact avec son ami l'ex-commandant Léo Matis. Celui tarde à répondre, elle prévient ses collègues, s'étant réfugiée dans sa voiture.

Lorsque Matis arrive enfin sur les lieux, il est vertement rabroué par l'un des responsables des forces de l'ordre. Anouk a été grièvement blessée par des hommes qui ont tiré sur elle et sont partis emmenant le suspect de meurtres en série sur des femmes.

Seul le procureur Dudzinski, qu'il connait depuis près de trente ans, lui garde une certaine amitié. Matis est effondré, le pronostic vital d'Anouk est engagé et c'est sa faute si elle est à l'hôpital entre vie et mort. Matis avait fourni des informations à son ancienne collègue et amie, mais il n'avait pas su assurer par la suite. La faute à l'alcool.

Le lendemain, l'esprit encore encombré des vapeurs de l'alcool, Matis se rend à l'hôpital prendre des nouvelles d'Anouk, puis rentre chez lui à Bruxelles. Quatre jours plus tard, le 31 décembre 2011, Dudzinski lui donne rendez-vous dans un bar. Il tient à lui montrer une photo, datant des années 60/70, représentant deux hommes discutant dans un parc. L'un des photographiés était fort connu en son temps. Il s'agit de Fabiew, un espion russe de la grande époque. Au dos de la photo, retrouvée dans la boîte aux lettre d'Anouk, une date : 1er mai 1968.

Matis s'étonne se demandant non sans raison quel rapport il peut y avoir avec Boily, le tueur en série enlevé sous le nez d'Anouk. Pour Dudzinski, il n'existe aucun doute. Ce sont les Russes qui ont enlevé Boily. Mais pourquoi, à quelles fins ?

 

Plus tard, ailleurs. L'homme, qui s'exprime à la première personne, est enfermé et subit des tortures morales et physiques. Ceux qui l'ont enlevé et le supplicient ainsi connaissent tout de son passé, de son activité de tueur en série, jusqu'aux noms de ses victimes. Une lente mise en condition organisée par le Colonel. Une programmation mentale afin de lui inculquer une autre forme de s'exprimer, mais dans un domaine semblable. Du statut de tueur en série il est programmé pour devenir tueur à gages.

Le Colonel possède ses raisons pour manipuler ainsi Boily, car c'est bien de lui dont il s'agit. Pour des motifs politiques qui lui sont propres.

 

Quelques semaines plus tard, après une sérieuse cure de désintoxication, Matis retrouve Dudzinski pour une nouvelle séance d'informations et de travail. Selon des sources fiables, Boily serait aux Etats-Unis pour mener à bien une mission délicate. Et Matis doit le contrer. Alors lui aussi s'envole pour New-York, descendant dans le même hôtel huppé que Boily.

 

Débutant comme un roman policier noir, Chrysalide bifurque légèrement vers le roman d'espionnage pour se terminer en apothéose dans le genre roman d'aventures.

Dès le prologue, daté du 31 décembre 1968, le lecteur sent qu'il va planer en lisant cet ouvrage, puisqu'un personnage regarde à la télévision le reportage concernant le premier vol d'essai du Tupolev. Un mastodonte dont les ressemblances avec le Concorde étaient troublantes.

Mais Jean-Marc Demetz fait jouer à ses protagonistes une terrible partie de poker-menteur, à l'issue incertaine, car la manipulation guide un grand nombre des personnages évoluant dans ce roman endiablé traversant allègrement les frontières puisque le dénouement nous entraîne jusqu'au Canada, dans une région désertique où plane l'ombre de Jack London. Mais les maîtres du jeu ne sont-ils pas manipulés eux-mêmes ?

 

Jean-Marc DEMETZ : Chrysalide. Abysses éditions. Parution le 23 mars 2016. 182 pages. 12,00€.

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 12:30

Avant la parution de ma chronique concernant le nouveau roman de Sonja Delzongle, Quand la neige danse, dans la collection Sueurs Froides chez Denoël, je vous propose un entretien réalisé en compagnie de Bruno, de Passion Polar, lors de la parution de son roman: Le Hameau des Purs. Voici donc le fruit de nos cogitations et les réponses de cette auteure qui s’est livrée avec patience et sympathie au feu croisé de nos questions.

Sonia DELZONGLE : un entretien.

Bruno : Tout d’abord, pour les lecteurs de Passion Polar et des Lectures de l'Oncle Paul qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter en quelques mots ?

SD : Quelques mots ne suffiraient pas (surtout pour mes défauts) ! Alors je vais au plus simple… Je fus peintre, je suis journaliste et je veux devenir un écrivain…célèbre !

 

Bruno : Tu vis à Lyon. Pourtant l’action de ton dernier roman «  Le hameau des purs » se déroule dans une toute autre région, dans une contrée magnifique mais qui l’hiver venu se referme sur ses habitants. Cette région c’est le Vivarais-Lignon. Une région que tu connais personnellement ?

SD : Oui, une région où j’ai passé quelques weekends, justement dans un de ces hameaux austères de pierres grises, sans que ce soit pour autant celui des Purs…

 

Bruno : Cette région est magnifique en même temps qu’elle est rude . Alors que dans beaucoup de roman policiers, la nature, l’environnement jouent un rôle secondaire, dans ton roman au contraire ceux-ci sont quasiment des personnages à part entière de l’histoire que tu racontes, pourquoi ce choix ?

SD : Vous êtes plusieurs intervieweurs et chroniqueurs à définir cet environnement comme un personnage principal (dimension que j’adore précisément dans les romans nordiques où la nature est très présente et puissante) et je trouve cette remarque très juste. En fait, ce n’est pas vraiment un choix, mais quelque chose qui s’est imposé au fil des mots, en fonction de ma sensibilité à cet univers.

 

Bruno : D’un côté, sous son grand manteau blanc elle enferme les personnages dans un huit clos en plein air, et de l’autre, il y a ce lac, aussi profond et insondable que peut l’être l’esprit de certains personnages du lieu. La nature n’est pas neutre dans ton roman, j’oserai presque dire qu’elle est même un peu complice de ce personnage insaisissable qu’est cet Empailleur ? Je me trompe ?

SD : C’est très vrai, puisque c’est elle, cette nature-là, qui l’a façonné et fait de lui un être à l’âme insondable et aux pulsions presque animales.

 

Paul : Souvent les romanciers affirment que leurs personnages leur échappent et n’en font qu’à leur tête. Fut-ce le cas pour Le Hameau des Purs ?

SD : Les miens n’ont pas intérêt, je n’aime pas les mutineries ! J’ai eu un peu de mal avec Audrey, une vraie rebelle, mais ce n’est pas le cas pour les autres personnages. Je me situe plutôt dans la catégorie des romanciers qui « sont » d’une certaine façon leurs personnages. Je ne crois pas que la création puisse à ce point échapper au créateur, c’est une excuse à ses propres égarements ! A moins que le créateur ou le romancier ne souffre de schizophrénie…

 

Paul : Cette communauté des Purs ressemble à celle des Amish. Or celle-ci, implantée aux Etats-Unis dans quelques états, a été fondée en France, à Sainte-Marie aux mines (Haut-Rhin) en 1693, si l’on en croit les historiens. Avez-vous enquêté de ce côté pour mettre en scène vos personnages ? 

SD : Absolument, et pour cela, Internet est une source précieuse, à condition de faire un tri… Je me suis documentée surtout sur les mœurs des Purs, dont m’avait déjà parlé une amie qui a une maison familiale dans un hameau à proximité de celui où vit une communauté de Purs… Il y en a dans d’autres régions de France, mais ils se sont pas mal regroupés dans le Vivarais-Lignon, région en harmonie avec leur mode de vie.

 

Sonia DELZONGLE : un entretien.

Paul : Aviez-vous prévu la fin qui se trouve dans le chapitre intitulé Le Lac, et même est-ce lui qui a généré le roman ?

SD : Bien que des éléments viennent toujours se rajouter à l’histoire lorsqu’elle est sur le métier à tisser, oui, la fin était prévue, mais ce n’est pas cette partie qui est à l’origine du roman. En fait, un jour, j’ai aperçu un type d’aspect marginal, avec une vraie gueule, à vélo portant sur le dos du matériel de pêche dans les rues de Lyon et à partir de cette « vision », Léman est né… avec son histoire. L’écrivain n’est qu’une machine à recycler la réalité…

 

Bruno : Une autre originalité de ton roman c’est ce tueur en série. Alors qu’habituellement dès qu’il est question de serial killer, les auteurs rivalisent de scènes toutes plus sanguinolentes les unes que les autres, toi tu as fait le choix de le laisser à la périphérie du roman. On a connaissance de ses actes, on sent sa présence pesante tout au long du roman, mais on ne le voit jamais. Qu’est ce qui à motiver cette approche ?

SD : Je me défends d’utiliser des procédés, c’est donc bien malgré moi qu’une telle ombre plane encore une fois sur l’histoire. Déjà dans mon avant-dernier roman, A Titre Posthume (un thriller éditorial divertissant mais moins abouti, à mon sens, que le Hameau des Purs) l’absence d’un des personnages pèse sur l’intrigue. Les absents n’ont pas toujours tort…  Et j’ai toujours préféré ce qui est suggéré à ce qui est montré ou décrit crument. C’est pourquoi j’adore le cinéma de Hitchcock.

Quant aux scènes sanguinolentes, je ne déteste pas et suis une fan d’histoires de vampires, mais plutôt de Dracula de Bram Stoker ou de Nosferatu au cinéma que de Twilight… D’ailleurs j’en ai une dans mes tiroirs (dont l’intention est de bouleverser la légende) que j’ai abandonnée, découragée par ce déchaînement de publications sur le thème. J’attends un peu…

 

Paul : La taxidermie joue un mini-rôle dans ce roman. Vous ne l’exploitez pas beaucoup et pourtant c’est l’un des fondements de l’intrigue. Parce que vous-êtes fascinée et en même temps dérangée par cette pratique ?

SD : Disons que comme toute chose qui fascine et répugne ou dérange en même temps, on y va timidement, avec une certaine pudeur. Et puis, faire d’un mini-rôle un des fondements de l’intrigue, c’est un petit tour de force, non ?

 

Bruno : Ton roman a une architecture assez particulière. Une première partie où les choses se devinent plus qu’elles ne se disent, où le passé affleure la surface du présent. Une seconde, brutale, comme un coup de pied qui viendrait faire tomber les stalactites de glace accumulées tout au long de l’hiver. Je me suis même demandé si tu n’avais pas écris ton roman en deux temps, à deux périodes différentes. Est-ce le cas ?

Cette cassure était elle volontaire et si oui pourquoi ce choix ?

SD : Belle image que celle du coup de pied ! Non, j’ai écrit mon roman d’une traite, commencé au début de l’automne après une gestation et terminé à la fin de l’hiver. J’aime les fêlures et les cassures, les ruptures de rythme, mais aussi, l’idée de violer le lecteur ne me déplaît pas. Alors si c’est le cas, tant mieux…

 

Citron vert

Citron vert

Paul : Vous êtes parallèlement artiste, créatrice plasticienne et peintre. Dans la toile « L’insoutenable légèreté des lettres » votre œuvre est divisée en quatre parties, un peu comme le roman, mais ce n’est pas ce que l’on voit le plus qui prime. Un parallèle entre la peinture et la littérature ?

SD : Déjà aux Beaux-Arts j’avais esquissé un travail sur « l’invisible », alors le parallèle doit en effet exister. Nous sommes des entités, malgré nos cassures. Imprégnée de contes plus ou moins fantastiques toute mon enfance, je privilégie l’imaginaire. Ce que l’on ne voit pas est l’un de ses principaux composants. Chez les êtres, c’est la même chose, je m’attache surtout à ce qui ne saute pas aux yeux. Leur essence.

 

Paul : Vous écrivez dans votre Blog’art : Savoir manier la perspective, utiliser les proportions au mieux, est en effet la moindre des choses et le moindre des respects envers soi-même et les autres. C’est un peu ce que le lecteur ressent avec Le Hameau des Purs. La perspective est primordiale en art pictural comme en littérature ?

SD : Oui, il me semble. Tant mieux si on ressent cette volonté à la lecture du Hameau des Purs. Avoir « l’idée » est une chose (tout le monde en a !), mais savoir l’exploiter sur la longueur relève d’un travail rigoureux et d’une remise en question constante. Je trouve dommage de saborder une idée originale par une absence de qualité d’écriture. Trop de romans sont publiés sur ce modèle. Et pourtant, ils marchent !  J’aime assez la justesse de cette citation de Jean Paulhan : "Chacun sait qu'il y a, de nos jours, deux littératures : la mauvaise, qui est proprement illisible, on la lit beaucoup. Et la bonne, qui ne se lit pas".

 

Paul : Dans Carnets d’Afrique, vous pratiquez, si je ne me trompe pas, l’art du collage. J’ai ressenti la même impression en lisant Le Hameau des Purs. Me trompé-je ?

SD : Un collage qui pourrait s’apparenter à de la marqueterie… Plus qu’ « art du collage » pour le Hameau des Purs ou le roman, d’ailleurs, j’utiliserais plutôt la métaphore du modelage. Il y a l’armature, le squelette, puis la matière brute comme l’argile que l’on va poser sur l’armature puis façonner en enlevant ou rajoutant de la matière.

 

Bruno : Journaliste, peintre, finalement écrivain ! D’où te vient cette envie de t’exprimer sous différentes formes ?

SD : Si tu le permets, Bruno, je changerais juste l’ordre… D’abord écrivain…dans l’âme (mon goût pour l’écriture remonte à l’enfance, même si je ne suis publiée que sur le tard), ensuite peintre plasticienne et enfin journaliste (une autre forme d’écriture, alimentaire, celle-ci !). L’art et l’écriture ne sont pas si éloignés, l’écriture étant un art et l’art (notamment la peinture) pouvant être une écriture. Je crois que je suis née comme ça… je ne sais pas faire autre chose, j’ai d’ailleurs pu le constater en exerçant des jobs très différents.

 

Bruno : Que t’apporte l’écriture que ne peut t’apporter la peinture  par exemple?

SD : Garder les mains propres…

 

Bruno : Si je me rappelle bien, tu es une grande fan des Thrillers américains. Ta culture polar se situe-t-elle davantage Outre-Atlantique qu’en France ? Et quels sont les auteurs qui ton marqués ?

SD : « Fan » suffira, parce que « grande fan » m’obligerait à avoir une excellente culture en la matière, ce qui n’est pas le cas. Déjà, si l’on distingue le polar du thriller, mes penchants vont vers ce dernier. Côté polar, avec des Manchette ou des Simenon, les Français n’ont rien à envier aux anglo-saxons, sauf peut-être, Agatha Christie. Et depuis, nous avons Fred Vargas…

Dans le thriller, je crains que certains auteurs français, à commencer par le choix d’un pseudo américanisé, ne prennent aux anglo-saxons les travers les pires (comme des chutes granguignolesques), au lieu de trouver un style « thriller à la française ». Les Américains ont bien su se construire une identité dans ce genre, pourquoi pas les Français ? Mais certains trouveront peut-être que j’ai aussi cédé à ce travers sur quelques aspects du Hameau des Purs… Pourtant, j’aime trop les auteurs anglo-saxons (James Ellroy, le prenant Connelly, Tony Hillerman, R.J. Ellory, une vraie découverte, qui a accepté mon invitation sur Facebook, la belle Mo Hayder pour Tokyo, et Shane Stevens avec Au-delà du mal) pour ne pas m’inspirer de ce qu’ils font de meilleur en y mettant ma patte… Toutefois je n’irai pas non plus jusqu’à dire, à l’instar d’un de mes confrères débutant, que les grands noms français du thriller actuel « ne me font pas peur », bien sûr que si, ils me font peur parce que je n’ai pas (encore) vendu 300 000 exemplaires, qu’ils sont dans l’ensemble plus jeunes que moi, qu’ils en sont à leur dixième roman publié et qu’ils prennent toute la place sur les consoles des meilleures ventes en librairie.

 

Bruno : A ton avis qu’est ce qui distingue justement le polar français, du polar américain ?

SD : Là encore, polar ou thriller ? Si c’est un terme généraliste, l’efficacité associée à une qualité d’écriture (souvent elliptique) en faveur des Américains, une ambiance, les lieux, mais encore une fois, il y a du polar de grande qualité en France.

 

Bruno : A Lyon tu avais évoqué avec moi ton prochain roman. Celui-ci prend t-il forme ? Quand penses-tu le publier ?

SD : Il prend bien forme, oui. Quant à sa publication, c’est à mon éditeur d’y penser…

 

Bruno : Quel est le dernier polar que tu as lu et que tu as aimé ?

SD : Sans hésitation, le thriller Au-delà du mal de Shane Stevens (pas tout à fait terminé), parce que c’est aussi un vrai roman.

 

Paul : Quel est le défaut que vous détestez le plus, qui vous met en colère, et quelle est la qualité qui pour vous est primordiale ?

SD : Je déteste par-dessus tout la lâcheté (qui est souvent source de mensonge et d’une forme d’égoïsme) et, justement, l’égoïsme. Une qualité essentielle pour moi est la gentillesse (d’où découlent l’altruisme, la générosité et le dévouement).

 

Sonia DELZONGLE : un entretien.
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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 12:40

Aime les diptères, surtout en vol...

Patrick ERIS : Le seigneur des mouches.

Il... Ne... Se... Souvient... De... Rien.

Comme un mantra ces six mots défilent en boucle dans son esprit encore engourdi.

Il ne reconnait pas la chambre d'où il émerge péniblement. Une chambre d'enfant avec les accessoires et les gravures adéquates, vieillies. Il est habillé d'un pantalon de sport qu'il n'a jamais possédé, à sa connaissance. Il est égratigné, amoché, badigeonné de mercurochrome sur tout le corps, plaies contrastant avec ses bleus.

Que fait-il-là dans cette tenue, dans cette chambre ?

Il... Ne... Se... Souvient... De... Rien.

Un accident qui l'aurait rendu amnésique ? Une amnésie passagère ou, pis encore, définitive ? La terreur, l'angoisse montent en lui comme un mascaret impossible d'endiguer.

Et il fait si chaud.

Il se lève, marche péniblement. Les dalles froides qu'il foule hors de la chambre lui rafraîchissent les pieds. Et ce bruit continuel de mouche, non de mouches, qui se fait entendre, un bourdonnement incessant.

Il est dans une ferme, mais personne à l'horizon, juste un chien allongé à l'ombre. Une vieille camionnette. Un vieil homme qui court poursuivi par un essaim qui grésille. C'est alors que le voile qui enserrait ses souvenirs se déchire.

Tout commence alors qu'il est recruté par des Chercheurs de Têtes pour une entreprise en plein développement et son bureau se trouve dans une tour de la Défense. Un bel avenir lui est promis, mais auparavant il doit sacrifier à une forme d'intronisation.

 

Parabole ou fable des temps modernes, Le Seigneur des mouches montre l'envers du décor dans la course au succès des jeunes loups, des cadres qui veulent à tout prix réussir dans une entreprise propre sur elle, en apparence. Une course mortelle pour parvenir au sommet, quel que soit le prix à payer, et s'il le faut être prêt à marcher sur les autres, à les écraser, à tuer même, afin de démontrer ses possibilités et son engagement. Et signer un pacte avec le diable si besoin est.

Cette nouvelle résolument noire et frayant avec le fantastique, genre que Patrick Eris maîtrise parfaitement, est ancrée dans cet arrivisme à tout crin, où tout est bon pour parvenir à supplanter les autres, à être considéré comme la crème de la crème, le cadre productif dont on ne peut se passer. Mais tout est vain, et il ne faut pas oublier que Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés d'après Georges Clemenceau.

Présentation de la collection Noir de suiTe

Patrick ERIS : Le seigneur des mouches. Collection Noire de SuiTe. Editions SKA. Nouvelle numérique. Parution mars 2016. 109 pages. 2,99€.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 09:44

Lorsqu'Adrien Sobra ne s'appelait pas encore Marc Agapit.

Ange ARBOS : La tour du silence.

Ce sont les gens qui disent... rétorque le narrateur à son ami et voisin Julien Delambre qui affirme qu'il vient d'émettre une hypothèse idiote. Et les gens ont vite fait d'échafauder des conjectures non vérifiées.

Il paraitrait qu'un cadavre a été retrouvé dans le parc du pépiniériste, leur voisin, et que ledit pépiniériste aurait tué l'amant de sa femme.

Delambre, afin que son voisin ne s'échappe pas et aille raconter n'importe quoi, l'enferme dans son salon puis entreprend de narrer la genèse de cette découverte macabre. Mais auparavant il lui pose quelques questions concernant cette découverte, notamment si le bahut dans lequel le squelette a été retrouvé était un magnifique meuble sculpté. Si une épée en bois peint reposait à côté du mort et si la tête de celui-ci était ceinte d'une couronne en bois peint également.

Suite aux affirmations de son voisin, il raconte cette histoire édifiante :

Lors d'une réception costumée, alors qu'un diseur accapare l'attention des invités, le majordome informe le maître des lieux qu'il est mandé au téléphone pour une affaire importante. Puis peu après, le majordome revient dans la pièce prévenant le secrétaire du comte que celui-ci l'attendait dans son bureau un quart d'heure plus tard. Le temps imparti étant écoulé, le secrétaire s'éclipse puis revient et parle à voix basse à la comtesse qui sort de la pièce puis réapparait en poussant des cris et s'évanouit.

Dans le bureau situé à l'autre bout du château les invités ne peuvent que constater l'absence du comte, mais relèvent néanmoins quelques indices prouvant qu'un attentat aurait été commis à l'encontre du noble. Des traces de sang, une statuette brisée, des douilles d'arme à feu.

Immédiatement averti le juge d'instruction pose les questions rituelles à la comtesse, une jeune femme d'une vingtaine d'années et mariée depuis peu. Et bien évidemment il s'agit de savoir si le comte possédait des ennemis. Et c'est à partir de ce moment que l'affaire se corse, même si elle se déroule en région parisienne.

Peu avant, Eloi, un vieux serviteur du comte, et sa fille Véronique, avaient été congédiés. Eloi, veuf de bonne heure, avait donné à Véronique une instruction raffinée et celle-ci âgée de dix-huit ans était entrée au service de la nouvelle comtesse comme lectrice. Les deux jeunes femmes n'étaient séparées que de quatre ans, mais, coïncidence troublante, elles se ressemblaient comme deux sœurs. Et Véronique entretint cette ressemblance en prenant la démarche, la coiffure, la voix même de sa maîtresse. Maîtresse qui fut bafouée semble-t-il car Véronique aurait effectué des avances éhontées au comte, d'où son renvoi et celui de son père.

Or Eloi et sa fille Véronique sont partis en Normandie, dans un petit village où le vieil homme possède une demeure. Les enquêteurs interrogent évidemment les voisins, les fonctionnaires dont le chef de gare, et selon tout ce beau monde, Eloi et Véronique ne se seraient pas absentés de leur villa, ou tout au moins du village.

Mais le doute s'installe. La comtesse est-elle celle qu'elle prétend être, ou Véronique aurait-elle pris sa place ? Commence un chassé-croisé qui embrouille les enquêteurs, une sombre histoire de substitution de personnes, et il est difficile de démêler le vrai du faux du faux du vrai. D'autant que selon les circonstances, la comtesse avoue être Véronique, puis se rétracte, revenant sur ses déclarations.

 

Ange Arbos, dont ce roman figure parmi ses premiers écrits, propose un jeu de miroir, proche d'une affaire de gémellité sans en être une puisqu'il s'agit de sosies. Mais le lecteur sait d'avance que les deux femmes se ressemblent, qu'elles peuvent se substituer l'une à l'autre. Ange Arbos ne sort pas un protagoniste de son chapeau en fin d'intrigue mais la présence de ces deux femmes est toujours constante. A moins que l'une d'elle joue deux rôles.

Dans un registre résolument policier classique, le futur Marc Agapit imprègne toutefois son histoire d'une once de fantastique, avec subtilité, la mise en scène du départ y influent pour beaucoup, de même que l'approche du récit par Delambre.

Le narrateur aperçoit quelques photos dont une de groupe représentant des personnages costumées et une autre le portrait de Jeanne la Folle. Or s'il s'agit de la comtesse et des membres participant à la soirée organisée par le comte, ceci n'est pas anodin. Car le comte était déguisé en Philippe le Beau et la comtesse en Jeanne la Folle, deux personnages historiques. Jeanne la Folle ainsi dénommée suite à la douleur ressentie à la mort de son mari.

Sans oublier les quelques allées et venues du domestique de Delambre lors de la narration de cette affaire, qui jette un doute sur les motivations du conteur vis-à-vis de ce voisin-narrateur pressé d'arriver à une conclusion qui au départ est erronée, puisque puisant dans des rumeurs.

Le sens de la narration est déjà présent, mais trouvera son développement par la suite lorsque Ange Arbos alias Marc Agapit se tournera résolument vers le fantastique et l'angoisse pour ses romans édités au Fleuve Noir, et qui restent des ouvrages de référence recherchés par les amateurs et les collectionneurs.

 

Ange ARBOS : La tour du silence. Collection Police N°155. Editions Ferenczi & fils. Parution 4 avril 1936. 64 pages.

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 08:32

Elle a fait un bébé toute seule...

Daniel CARIO : Les chemins creux de Saint-Fiacre.

Et dans les années 1930, c'était fort mal vu. Les mères devaient cacher leur honte et les enfants nés hors mariage en subissait les conséquences. Surtout dans les petits villages ou hameaux comme Saint-Fiacre au sud du Faouët.

Né en 1932, Auguste n'a jamais connu son père. Il a été élevé par sa mère et sa grand-mère, qui ignoraient la tendresse. La "faute" de l'une étant mise au négatif du gamin. Seul le grand-père lui voue une affection sincère mais il est si peu souvent à la ferme, étant de profession couvreur et sillonnant la région.

Auguste est éduqué à coups de taloches et d'indifférence. Il vagabonde et se trouve des compagnons en forêt. Des animaux, parfois en perdition, qu'il soigne. Un oiseau, un renardeau qui finit en renard d'eau.

C'est l'âge des découvertes, bien avant d'aller à l'école. C'est ainsi qu'en vagabondant il fait la connaissance de Daoudal, un ermite volontaire et presqu'obligé de vivre en dehors de la communauté villageoise. Car Daoudal est un rebouteux, un magnétiseur, un radiesthésiste, qui soigne certaines maladies. Mais il est considéré comme un sorcier dont la fréquentation est mal vue. Pourtant, malgré le rejet maternel, la santé d'Auguste, sans être sacrée, importe. Ne serait-ce que pour taire les médisances qui foisonnent à la moindre peccadille. Daoudal va guérir Auguste d'un zona juvénile, affection rare chez un gamin. Et comme on dit, lorsque c'est rare, c'est que cela existe.

A la ferme, il n'y en a que pour le petit frère, né lui après un mariage de la mère. Un enfant légitime dont le père mourra peu après, mais l'important est qu'il eut un père officiel et déclaré. Auguste aimerait bien ce petit frère si celui-ci n'était pas si taquin et rejetait sur Auguste les bêtises commises, se montrant même cafteur. Pourtant Auguste est utile, ne serait-ce que par les poissons qu'il pêche avec des gaules de fortune ou à la main. Un supplément de nourriture qui n'est pas négligeable.

Entre Daoudal et Auguste se lie une forme d'amitié proche d'une relation filiale. L'ombre tutélaire paternelle projeté par le rebouteux sur l'enfant en manque d'affection et de repères.

Les années passent, cahin-caha, Auguste entre à l'école et se montre un relatif bon élève. Surtout il fait la connaissance d'une gamine de son âge, Lise. Entre les deux gamins, c'est une histoire d'amitié amoureuse, telle que deux enfants peuvent vivre et ressentir pleinement et sans arrière pensée. D'autant que les parents de Lise ne sont installés dans la région que depuis peu. Et le regard des villageois sur ces "étrangers", ces "horsains" comme sont définis en Normandie ceux qui ne sont pas du canton, n'est pas tendre. Suspicieux même.

Les années passent et bientôt se profile la guerre, et son lot d'avanies.

 

Le parcours d'un gamin qui ne connait pas son père, qui ne le connaitra jamais quelle qu'en soit la raison, ne laisse jamais indifférent. Surtout lorsque les deux femmes de la famille, la mère et la grand-mère s'érigent en marâtres, non plus dans le sens originel de belle-mère mais bien dans celui de la personne maltraitante.

Et l'amitié entre le vieil homme et l'enfant en est émouvante de par sa simplicité. Et pourquoi Daoudal ne serait pas son père ? C'est ce que peut penser l'enfant.

Ce sont des années d'apprentissage avant l'entrée réelle dans la vie scolaire, puis l'apprentissage de l'amitié, mais lorsque la guerre sévira, que l'envahisseur essaimera dans le pays, ce sera l'apprentissage de la vie au quotidien avec son lot de forfaitures, de jalousies, de mensonges, le tout entrecoupé de petits bonheurs et de grands malheurs. L'apprentissage de la mort, soit à cause de la maladie, soit à cause de la guerre. Une éducation rude qui forge le caractère, et révèle celui des adultes.

Si Les chemins creux de Saint-Fiacre est un roman, il est toutefois un héritage émaillé de souvenirs familiaux.

 

Daniel CARIO : Les chemins creux de Saint-Fiacre. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 3 mars 2016. 416 pages. 19,50€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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