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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 13:34

L'enfer du miroir !

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie.

Les Malheurs de Sophie, film réalisé par Christophe Honoré avec dans les rôles principaux, Anaïs Demoustier, Golshifteh Farahani, Muriel Robin, est en salle depuis peu. C'est indubitablement un hommage à l'œuvre de la Comtesse de Ségur. Mais à la fin des années 1980, un duo d'auteurs se cachant sous le pseudonyme d'Eric Verteuil, avait proposé une parodie de ce roman que chacun de nous a lu avec béatitude durant notre enfance.

Les horreurs de Sophie est une joyeuse déformation, voire déviance de ce classique qui n'a rien perdu cette vêprée de sa fraîcheur.

 

Je m'appelle Sophie de Réan, j'ai vingt ans, je suis riche et belle. En fait, je suis très riche et très belle ! Mes yeux sont d'un gris étrange, mes lèvres bien dessinées laissent apparaître des dents éblouissantes qui me donnent envie de sourire même quand les plaisanteries de mes interlocuteurs me pousseraient plutôt à faire la moue.

Dans la vie j'ai tout ce que je veux et les gens heureux n'ayant pas d'histoire on peut se demander la raison pour laquelle j'écris ces souvenirs. La réponse est simple, j'ai une manie… enfin une passion et j'ai besoin d'en parler.

Il ne s'agit ni de musique, ni de peinture, ni de théâtre mais de quelque chose de plus rare, de plus précieux, de plus raffiné. Je prends du plaisir à punir mes semblables, j'aime leur faire du mal… en un mot, j'adore les torturer !

 

Ainsi débute ce roman dû un auteur bicéphale déguisé en mauvais petit diable qui s'est spécialisé dans la parodie et les titres approximatifs empruntés à des classiques de la littérature française, dont L'affaire du collier d'Irène, La veuve voyeuse, Le drame de chez Maxime, Abus roi ou encore A la recherche des corps perdus...

Sophie de Réan, une fillette charmante qui aime les animaux, les protège et n'a pas trouvé mieux que de se défouler en appliquant certains principes de la torture aux êtres considérés comme inférieurs, c'est-à-dire les manants, par elle et sa famille, ainsi qu'à tous ceux qui en général se mettent en travers de sa route.

Qui se douterait que cette gamine belle et sage, pétrie de bonnes intentions, à l'ingénuité touchante, parée de toutes les qualités, s'amuse comme une petite folle en dépeçant, mutilant, torturant des hommes, des femmes, des enfants, sous couvert de charité.

Elle déborde d'imagination, cette bougresse au grand cœur.

 

Un roman à lire comme un aimable divertissement, en se souvenant que les contes pour enfants sont parfois issus de contes pour grandes personnes et souvent ont été expurgés de leur caractère violent et amoral, comme par exemple Le Petit Chaperon Rouge.

Mais comme les médicaments, ce genre d'ouvrage est réservé aux enfants de plus de quinze ans, et sans dépasser la dose prescrite. Après il risque d'y avoir saturation ou accoutumance et cela risque d'influer sur le mental. D'ailleurs la collection Gore ne proposait que deux titres par mois, tandis que dans la même période la collection Anticipation s'enrichissait de six titres mensuels.

A signaler cette dédicace :

Avec notre admiration pour la Comtesse de Ségur qui, femme d'esprit, doit, dans l'autre monde, se divertir de notre vision Gore de ses héros (E.V.).

et cette épigraphe :

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années
(Pierre Corneille).

 

Eric VERTEUIL : Les horreurs de Sophie. Collection Gore N°87. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1989. 160 pages

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 13:49

Que deviennent les héros de nos lectures juvéniles ?

Michel PAGEL : Le Club.

Comme nous ils vieillissent, et subissent les tracasseries inhérentes aux adultes. Finis les moments d'insouciance, finies les aventures et les découvertes, la joie de se retrouver lors des vacances.

Trente ou quarante ans après avoir vécu des épisodes palpitants, surtout pour les lecteurs, François revient à Kernach, deux jours avant Noël. Il pensait que sa cousine Claude serait à l'attendre à la gare, mais ayant eu un empêchement elle a délégué comme chauffeur Dominique. François ne va pas tarder à l'apprendre, Dominique est l'amie de cœur et de lit de Claude, qu'elle appelle Claudine. Les temps changent. Cécile la mère de Claude est toujours vivante, mais ne quitte pas son fauteuil roulant. L'âge est passé par là. Et la tête n'est plus ce qu'elle était.

Ils doivent tous se retrouver dans la villa des Mouettes, cette bâtisse où ils ont passé leurs vacances. Tous ? Non, Dagobert est mort, bien évidemment. Il a terminé sa vie de chien, le fidèle canin qui a participé à leurs aventures.

François est devenu commissaire de police, est resté célibataire, et peut-être même qu'il n'a jamais connu de femmes. Sous des dehors d'homme sûr de lui, il a gardé des appréhensions enfantines envers les personnes du sexe, de l'autre sexe. Pas pour autant qu'il s'est tourné vers les hommes. Ce serait plutôt un misanthrope.

Débarquent Pilou et sa jeune compagne Mélodie. Pilou, Pierre-Louis pour l'état-civil, qui est une pièce rapportée n'étant pas de la famille mais a partagé quelques-unes des aventures des quatre cousins. Pilou dont les conquêtes sont de plus en plus jeunes.

Annie et sa fille Marie arrivent elles aussi dans un véhicule déglingué en provenance du Cantal où elles vivent depuis une dizaine d'années. Le parcours d'Annie est chaotique. Marie est le fruit du troisième mari d'Annie, qu'elle n'a pratiquement pas connu. Comme les deux précédents, il a quitté Annie et depuis celle-ci vivote d'expédients, d'alcool et de cachets contre la déprime permanente qu'elle traîne comme un boulet. D'ailleurs Annie aussi elle traîne Marie comme un boulet et la gamine se ramasse les torgnoles comme grêlons lors d'un orage.

Seuls Mick et Jo arriveront un peu plus tard. Ils vivent au Canada, mais promis ils seront là pour Noël. Mick, le quatrième de la bande, le frère de François et d'Annie. Jo, la Gitane, une rapportée elle aussi et que François n'apprécie pas du tout. Son côté misogyne.

Faut dire que depuis le cataclysme, du moins cet événement considéré comme un immense et brutal bouleversement dans leur vie, les relations ne sont plus les mêmes entre les quatre anciens gamins devenus adultes. Chacun a fait sa vie, comme il a pu, pourtant restent les souvenirs.

Claude a parfois des absences, ou plutôt elle se sent projetée ailleurs, sur une plage du Dorset, se trouvant en présence d'un chien et d'enfants qui rappellent étrangement les gamins qu'ils furent il y a fort longtemps.

La neige commence à tomber et le lendemain les cousins et amis ne peuvent sortir de la villa. La neige bloque tout. Cécile, la mère, est retrouvée morte. Elle porte d'étranges traces qui laissent à penser qu'elle a été assassinée. Pourtant aucune trace de pas n'est visible dans cet épais manteau blanc.

Un véritable huis-clos étouffant, malgré la froideur de la température extérieure, englue les habitants de la demeure. D'autres morts ponctueront cette journée et Mick n'est toujours pas présent, accompagné qu'il devrait être de Jo.

 

Lorsque les personnages de papier prennent vie, cela donne une nouvelle dimension à leurs aventures passées, mais également un éclairage sur leur nouvelle vie.

Mélodie met les pieds dans le plat au cours du repas qui suit les retrouvailles :

Quand Pierre-Louis m'a dit qui vous étiez, je ne l'ai pas cru. C'était vraiment vous, les héros de ces bouquins ? Il vous est vraiment arrivé tout ça ?

Complétant ces questions innocentes, Mélodie affirme les avoir tous lus, dans les versions cartonnées et même les suites. A quoi Annie s'insurge, niant ces derniers ouvrages qui ne furent que pures fictions. Mais les membres du Club n'aiment pas parler du passé. Claude temporise. Mélodie se demande comment ces romans ont été écrits, si ce sont eux qui ont raconté leurs aventures ou bien si leurs parents s'en sont chargés. Elle ne songe pas à s'étonner que l'auteur est un nom anglo-saxon - mais peut-être croit-elle à un pseudonyme.

Et Michel Pagel pointe du doigt l'un des aspects qu'enfants nous n'avions pas forcément soulevé, pourquoi ces traductions, publiées dans le désordre, mettaient en scène des enfants au nom français évoluant dans une région française.

Il ne s'agit pas vraiment d'une histoire de mondes parallèles, ni d'une interconnexion de deux périodes qui se rejoignent, mais d'une fiction dans la fiction, d'une fantasmagorie juvénile qui prend corps sous nos yeux, avec ce que Claude et François appellent un cataclysme survenu lors de leur jeune adolescence. Et ce cataclysme va influer sur leur adolescence et leur passage à l'âge adulte.

Et Michel Pagel, au lieu de détruire un mythe, le perpétue, offrant ce que l'on pourrait une suite à une œuvre déjà conséquente et ouvrant de nouveaux horizons.

Un ouvrage prenant qui nous ramène quelques décennies en arrière tout en le plaçant dans notre époque. Une véritable réussite écrite avec brio et maîtrise, tout en conservant la part de mystère qui plane dans l'existence de ces adultes encore gamins, perturbés par ce bouleversement, cette révolution qui nous a tous marqué.

 

Michel PAGEL : Le Club. Collection Bibliothèque voltaïque. Les Moutons Electriques éditions. Inédit. Parution 4 mars 2016. 160 pages. 15,00 €. Existe en version numérique : 5,99 €

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 12:27

Bon anniversaire à Phillip Margolin, né le 20 avril 1944.

Phillip M. MARGOLIN : Les heures noires

Tracy est employée chez une juge de l'Orégon mais elle souhaite travailler comme associée chez Matthew Reynolds, un avocat qui a toujours réussi à sauver de la peine de mort ses clients.

Entre Abigaïl Griffen, procureur, et son mari la rupture est bientôt consommée. Le juge Robert Griffen, un homme volage, a relaxé un truand qu'elle dont elle pensait avoir la tête, Charlie Deems.

Tracy surprend un jour Laura, une de ses collègues et amie, épluchant des minutes de jugement puis peu après en difficulté avec le juge Pope. Elle est embauchée par Reynolds, acceptant les contraintes d'horaires.

Abigaïl est poursuivie un soir par un homme masqué. Elle pense qu'il s'agit de Deems, qui a juré sa perte. Deems est un truand caractériel dont Otero, son employeur, aimerait pouvoir se débarrasser. Griffen est retrouvé mort, assassiné. Les circonstances rappellent étrangement celles qui ont amené Deems en prison, mais tout un chacun a pu à loisir apprendre de quelle manière il avait fabriqué sa bombe.

Abigaïl est soupçonnée et prend comme défenseur Reynolds, secrètement amoureux d'elle. Tracy se plonge dans les dossiers et se demande s'il n'y aurait pas corrélation avec les recherches de Laura. Des indices accablants sont retrouvés dans la villa d'Abigaïl qui séjourne quelques jours en prison avant de passer devant le tribunal. En compagnie d'un enquêteur du bureau Reynolds elle continue ses recherches. Elle découvre que des preuves ont été falsifiées par Reynolds, ce qui la perturbe profondément et l'amène à penser qu'Abigaïl n'est pas si innocente qu'elle le déclare.

 

Au delà de l'histoire, fort intéressante en elle-même, c'est le regard jeté sur la justice américaine qui retiendra l'attention du lecteur.

Chaque état possède ses propres lois, se référant à la Cour suprême, et selon les interprétations des juges, un truand, reconnu en tant que tel, peut très bien échapper à la justice, pour une faute bénigne dans un dossier, ou dans l'application même des procédures.

Si Reynolds est profondément contre la peine de peine mort, ce n'est pas tant par question d'éthique ou de philosophie mais à cause d'un traumatisme subit lors de son enfance. Et la morale ou l'intégrité, dans certains cas, il sait comment s'en jouer, cette blessure étant plus forte que sa conscience. Une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde.

 

Première édition collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution décembre 1996.

Première édition collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. Parution décembre 1996.

Phillip M. MARGOLIN : Les heures noires (After Dark - 1995. Traduction de l'américain : Pierre Girard.

Réédition Presses Pocket Policier N°10135. Parution mars 1999. 506 pages.

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 14:46

Un court roman mais un grand Bouquin !

Jérémy BOUQUIN : Echouée.

Avant elle s'appelait Suzanne Perdrix, mais depuis quatorze ans qu'elle végète sur une aire d'autoroute, elle est devenue Mona.

Elle a quarante-trois ans et Mona survit en effectuant de petits boulots auprès des routiers. C'est une manuelle, parfois un peu intellectuelle aussi. Elle aide les camionneurs à décharger, tout est fait main. Car elle possède sa dignité même si elle ingurgite bon nombre de bouteilles de whisky achetées à la supérette du parking. Mais ils sont habitués ses clients, et ils ont accepté le marché. Tout à la main, rien qu'à la main. La bouche elle la réserve pour leur raconter des histoires quand ils ont une petite défaillance. Mona est une esthète !

Il lui arrive également lors des coups de bourre (c'est une expression !) d'aider le patron de l'hôtel tout proche, faire les chambres et nettoyer les sols. Au noir bien évidemment. Elle a été acceptée par tous et s'est fait une copine, Myriam, serveuse au bar entre deux cours de droit.

Ce jour-là, alors qu'elle se repose, elle commence à lire le journal et tombe sur un article qui la déboussole. Thierry Paturel, chef de cabinet au ministère de l'Agriculture, vient de décéder. L'enterrement aura lieu le 6 décembre. Mais pour Mona, ce mort n'est qu'un salopard.

Paturel a été victime d'un accident de la circulation, pour Mona, c'est synonyme de délivrance. Le cri du cœur. Je suis libre s'exclame-t-elle. Fini la clandestinité, la fuite. Mais contrairement à la dernière phrase de la nécrologie, Mona assure que Paturel ne reposera pas en paix.

Son véhicule refusant de démarrer, ce qui est compréhensible depuis le temps qu'il fainéantise sur le parking, Mona accepte la proposition de Myriam de la conduire là où elle désire se rendre, près d'Orléans. Les croque-morts sont déjà sur place, et glissent le cercueil dans le fourgon. Pourtant l'enterrement ne doit se produire que le lendemain.

 

La vengeance est un plat qui se mange froid, réfrigéré même.

Ce pourrait une banale et classique histoire de vengeance féminine, comme on a pu en lire beaucoup, en littérature blanche ou noire, peu importe. Mais c'est le traitement de l'histoire qui diffère, même si la moralité est abandonnée en cours de route.

Mais de quelle moralité parle-t-on ? De quel côté se place la probité morale ? Ne cherchez pas la femme, comme il est dit dans les romans policiers, mais l'homme qui se sert de la femme comme d'une marchandise, puis la jette tel un mouchoir papier usagé. La dignité n'est pas forcément habillée d'un costume cravate, mais parfois d'une simple jupette et d'un débardeur échancré.

Jérémy BOUQUIN : Echouée. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution avril 2016. 2,99€.

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 15:06

Hommage à Pascal Marignac né le 18 avril 1945 qui a signé sous les pseudonymes de Kââ, Corsélien et Béhémoth.

KÂÂ : On a rempli les cercueils avec des abstractions.

Ne pas se fier au titre d’un roman devrait être la règle de base du lecteur, et s’il veut se rendre compte du sujet abordé par l’auteur, autant lire la quatrième de couverture. Lorsqu’elle existe.

Que penser d’un bouquin qui s’appellerait, par exemple, On a rempli des cercueils avec des abstractions ? Cela ressemblerait furieusement à un traité de philosophie, n’est-ce pas ? Et l’on pourrait imaginer que l’auteur qui signerait un tel ouvrage enseignerait cette matière dans un lycée. Breton, pourquoi pas ? Et pourtant Kââ s’est amusé à perturber le lecteur, en proposant un roman portant ce titre abscons. Qui plus est au Fleuve Noir, maison d’édition qui ne nous avait pas habitué à autant de sérieux, du moins en ce qui concerne les titres des ouvrages.

Disons-le tout de go, nous avons pris notre courage à deux mains, et le livre par la même occasion. Et le charme a opéré. Mais voyons plutôt le contenu.

 

Cadre supérieur, Rouvieux mène une double vie. Non, pas ce que vous pensez, mais il a tout de même une passion qui lui coûte cher. C’est un accroc du poker. Alors que sa femme Karine le croit à Londres, Rouvieux est tranquillement installé à taper le carton et surtout à se faire plumer. Les dettes s’accumulent et bientôt il faut penser à les éponger.

Des personnages peu scrupuleux, du moins il ne les voyait pas sous cet angle, lui proposent de convoyer une voiture de Suisse à Marseille. Il se sent piégé, mais il n’a pas le choix. Il ne peut refuser de rendre service.

Et, tout en conduisant, une question lui vrille l’esprit : que contient cette voiture qu’il passe en fraude ?

A cette question terre à terre et matérialiste, s’en greffe une seconde, cruciale. La mort ne le guette-t-il pas au bout du chemin ?

Mais il n’a pas envie de se faire dévorer comme les petits cochons, et il va bander (à l’époque du Viagra, c’est de circonstance !) son énergie afin de se tirer de ce guêpier.

 

Kââ, c’est un cas, et l’on ne peut même pas dire que ce roman est un encas, car il paraît que l’auteur est passionné de gastronomie intelligente. Au fait c’est quoi la gastronomie intelligente, que j’y goûte un peu et nourrisse mes petites cellules grises ?

 

 

K : On a rempli les cercueils avec des abstractions. Collection Les Noirs du Fleuve Noir N°33. Editions Fleuve Noir Noirs. Parution octobre 1997. 304 pages.

Existe en version numérique. 5,99€.

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 13:47

Dans l'enfer de la Jungle, les prédateurs ne sont pas forcément les bêtes dites sauvages.

Michel VIGNERON : Migrants express.

Parfois il ne faut pas se fier à une première impression ressentie à la lecture d'un premier chapitre et se laisser submerger par l'aversion prodiguée par un personnage considéré comme le héros de l'histoire. Alors, fort de ce principe, j'ai continué la lecture de ce roman sans être convaincu de l'utilité de cette réédition réactualisée.

Patrice Orca, commandant de police à la Sécurité Urbaine à Calais, est nonchalamment vautré sur une chaise en terrasse d'un café. Au serveur qui lui demande s'il consomme, Orca lui saisit l'entrejambe afin de notifier sa dénégation. Il attend des informations de son coéquipier le major Daniel, lequel piste deux petits malfrats, des drogués en manque. Ceux-ci arrivent et entrent dans le bureau de tabac sis face au café. Orca s'engouffre dans l'échoppe et alors que l'un des deux malandrins s'apprête à éliminer le commerçant, Orca tire trois balles qui atteignent leur but sans rémission. Ce qu'on appelle une bavure, pour preuve tout le sang éclaboussant l'homme et les environs. Depuis il a été surnommé Dirty Orca.

En remerciement de son acte de bravoure, Orca est relégué dans un placard. Et bien évidemment il doit répondre de son acte, qui n'est pas manqué, auprès de son commissaire, du directeur de la Sureté Urbaine et du procureur de la République, avec intimidations à la clé, ce dont il n'a cure. Alors qu'il est de permanence, un appel téléphonique l'oblige à sortir de sa résidence placardisée.

Sur le terrain, déjà quelques membres de la police sont présents. Une jeune fille tape avec une barre de fer sur ce qui se révélera être, après constatation, un nouveau-né. Pourquoi ? Seule l'interprète afghane pourra le savoir, car la gamine, dont les papiers indiquent qu'elle a dix-neuf ans mais ne les parait pas, ne parle pas un seul mot de français. L'affaire est déléguée à la Police Judiciaire, même si cela ne relève pas de leur prérogative, afin de couper les pieds à Orca. Mais le directeur de la P.J., un ami d'Orca (Tiens encore un !) l'a appelé afin qu'il intègre ses services.

 

Dans l'un des parkings de la zone industrielle des Dunes, un routier, après s'être restauré, découvre qu'un lien retenant la bâche de son camion a été coupé et rafistolé. Au lieu de prévenir les autorités, il décide d'investiguer lui-même la remorque. Il est surpris par l'un des visiteurs mais parvient, grâce à une clé à molette, à annihiler ce dernier. Les autres passagers ont le temps de se défiler. Mais l'individu est véritablement mal en point lorsque les policiers, que le routier s'est enfin décider à appeler, arrivent sur site.

L'interprète, avec laquelle Dirty Orca échange des propos assez vifs (mais avec qui peut-il s'entendre sauf ses deux ou trois amis) lui apprend que la parturiente a elle-même procédé à son avortement, ayant été violée par des individus qui se sont enfuis dans la nature.

 

Le lecteur est véritablement plongé dans l'Enfer de la Jungle de Calais. Cette dénomination de Jungle prend son origine, d'après un migrant, Peut-être parce que pour eux [Les Calaisiens et la France entière] nous sommes des bêtes sauvages, des sous-hommes qui vivent comme des primates.

Cette Jungle de Calais et les problèmes des migrants ne pouvaient échapper à Michel Vigneron, lui-même originaire de Calais et capitaine de police dans le Pas-de-Calais. Et jeter un œil, et même deux, sur ce que les Français ne connaissent que par les médias, décrire les sentiments de la population calaisienne, ceux des transporteurs dont les camions servent de cachettes, le point de vue des migrants, décrire leurs conditions de vie, le rejet dont ils sont les victimes, doubles voire triples victimes puisqu'obligés de s'expatrier, taxés par des passeurs malhonnêtes, tout ceci méritait d'être mis en avant. Mais tout le monde ne réagit pas comme la plupart des protagonistes de ce récit.

Le personnage malsain de Dirty Orca me gêne. Imbu de sa suffisance, persuadé détenir la vérité, il se conduit comme une bête sauvage devant éliminer ceux qu'ils jugent comme des nuisibles, ceux qui se dressent sur son chemin. Violent, acariâtre, vindicatif, Orca use de mauvaise foi. A l'interprète qui lui rétorque vivement et avec un ton agressif : Tout ce qui vous intéresse, c'est de la faire passer pour une immonde étrangère qu'il faut renvoyer dans son pays, en parlant de l'Afghane venant d'avorter et massacrer son bébé, Orca répond : Vous commencez à me saoulez avec vos idées préconçues. Si la situation ne vous convient pas, conseillez-moi un de vos confrères et cassez-vous ! Mais dès le premier contact, Orca avait ressenti une profonde aversion envers cette interprète venue d'un pays du Moyen-Orient.

Orca ne m'inspire, personnellement, qu'un sentiment de malaise, voire de dégoût, mais il est ou sera sûrement encensé par les tenants de la France aux Français, aux racistes de tout poil, et aux idolâtres d'une police expéditive, usant de la force avec jubilation et pratiquement assurée d'impunité dans leurs actes de violence, comme on le voit trop souvent dans les manifestations et sur certains lieux d'échanges musclés.

 

Première édition sous le titre de Calais Jungle. Collection Régiopolice. Editions Sirius/Gérard de Villiers. Parution 8 février 2012.

Première édition sous le titre de Calais Jungle. Collection Régiopolice. Editions Sirius/Gérard de Villiers. Parution 8 février 2012.

Michel VIGNERON : Migrants express. Collection Parabellum. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 16 janvier 2016. 286 pages. 13,00€.

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 12:19

Le bon gars du Gabon

Janis OTSIEMI : African tabloïd.

Le lundi matin, c'est un rituel, le capitaine Koumba et son adjoint Owoula, de la Police Judiciaire de Libreville, sont convoqués par le colonel Essono afin de faire le point sur les affaires en cours. Certaines d'entre elles sont résolues ou sur le point de l'être, mais d'autres restent en suspens. Dont plus particulièrement le vol du chéquier de l'ancien ministre des Mines et du Pétrole Odilon Mébalé.

Mais il y a aussi cette affaire de photos de gamines nues qui circulent sur Internet, gamines qui se sont suicidées par la suite. Enfin une mère et son bébé se sont fait renverser par une voiture qui a pris le large sans demander son reste. Une partie du numéro d'immatriculation a pu être relever mais la voiture de marque japonaise est représentée en trop grand nombre dans la cité pour être rapidement localisée. D'autant que les différents services auxquels les policiers pourraient avoir accès ne sont pas informatisés et les recherches risquent de prendre des mois avant d'obtenir un résultat concret.

La découverte d'un cadavre sur la plage du bord de mer, près du Palais Présidentiel, attire les curieux, l'attraction du jour. Les deux gendarmes du Service des Recherches, Boukinda et son coéquipier Envame sont dépêchés sur les lieux. Il se peut que l'homme soit mort par noyade, et la balle qu'il a reçu dans la gorge aura sans aucun doute accéléré cette submersion. D'après son état physique cela fait déjà un petit bout de temps qu'il a passé de vie à trépas. Et, détail macabre, deux doigts de sa main gauche ont été sectionnés. Comble de l'ironie, la douille qui a servi au meurtrier à perpétrer son forfait est retrouvée dans une poche du défunt.

Le corps mort rend son identité : il s'agit de Roger Missang, journaliste aux Echos du sud, hebdomadaire qui a eu plusieurs fois les honneurs d'être suspendu pour des articles jugés non conformes à l'esprit démocrate de la République du Gabon et offensants envers le parti dirigeant. Et bien évidemment la première des suppositions qui vient à l'esprit de nos gendarmes du service de recherche est qu'il s'agit d'une d'un règlement de compte politique. Or nous sommes en 2008, et des élections présidentielles auront lieu en 2009. L'actuel président est candidat à sa propre succession. Envame et Boukinda ont recours à Gaspard Mondjo, fondateur et rédacteur-en-chef de l'hebdomadaire L'Enquêteur spécialisé dans les faits-divers.

Mondjo propose d'autres pistes, mais la douille est du même calibre, et provient de la même arme que celle qui a exécuté Pavel Kurka, ancien soldat de l'armée tchèque, cousin éloigné de la femme de Baby Zeus, le ministre de la Défense, lequel est le fils du Président. Kurka était le chef des gardes du corps de Baby Zeus. On ne sort pas de la famille ! D'autant que Baby Zeus lui aussi brigue la place de président.

Les enquêtes menées d'un côté par Koumba et Owoula, de l'autre par Bukinda et Envame vont se croiser, et s'ils ne s'entendent guère, ils vont devoir quand même collaborer.

Selon les termes consacrés, ce roman est une fiction, quoiqu'inspiré de personnages et de faits réels. Et Janis Otsiémi se lâche dans la description de la politique menée au Gabon, et ne se prive pas de taper à gauche et à droite. Dans un style fleuri, il décrit son pays coincé entre modernisme et conservatisme rétrograde. Le musée National des Arts et Traditions ne contient que de pâles copies d'œuvres disséminées de par le monde. Ce qui permet à Janis Otsiémi d'écrire : La colonisation n'a pas seulement été une mission civilisatrice, mais aussi un pillage des biens et des âmes.

Les représentants de forces de l'ordre, qui étaient déjà les protagonistes de son précédent roman Le Chasseur de lucioles, sont des hommes les autres. Ils sont pour la plupart des adeptes de la cuisse tarifée, possèdent une ou des maîtresses, ce qui les met dans une position indélicate lorsque celle-ci se retrouve enceinte, car leur femme ou concubine est jalouse et ne peut accepter ce genre de situation, ce qui se comprend. L'antagonisme entre services différents n'est pas l'apanage d'un pays et l'on retrouve ce cas de figure un peu partout, au grand dam de la résolution d'enquêtes parfois. Et les douaniers mangent souvent au râtelier.

Si j'ai écrit que le style de Janis Otsiémi est fleuri, ce roman est toutefois moins décalé, moins haut en couleurs que ces précédents et je pense plus particulièrement à La vie est un sale boulot qui rappelait plus nos auteurs des années cinquante avec un mélange d'argot et d'expressions locales jouissives. Le contexte ne s'y prêtait peut-être pas, car plus ancré dans le domaine politique. Un roman caustique qui devrait intéresser de nombreux lecteurs qui recherchent autre chose qu'un roman noir américain, malgré la référence à James Ellroy, et une plume alerte, corrosive et sarcastique.

 

Première édition : Editions Jigal. Septembre 2013. 208 pages.16,80€.

Première édition : Editions Jigal. Septembre 2013. 208 pages.16,80€.

Janis OTSIEMI : African tabloïd. Réédition collection Pocket Thriller. Editions Pocket. Parution le 14 avril 2016. 216 pages. 5,40€.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 09:11

Allez comprendre pourquoi Stan Kurtz, trentenaire et ancien standardiste, est devenu détective privé !

Stan KURTZ : Série B. N°1/6.

En général ce sont d'anciens flics qui briguent cette profession. Du moins c'est ce que pense Miss Boxer en pénétrant dans l'officine du héros narrateur de cette histoire.

Stan Kurtz a beau objecter qu'il ne s'occupe pas de meurtre, d'homicide, d'assassinat, son truc ce sont les divorces, les défauts de pension alimentaire, et autres bagatelles ne prêtant guère à conséquence physiquement, elle n'en a cure.

Miss Boxer a jeté son dévolu sur Kurtz et preuves à l'appui, elle lui tend une enveloppe bourrée de liquide. Mais du liquide solide, je précise, de bons et vrais beaux billets. Cela infléchi la décision de Kurtz qui de toute façon n'a jamais su tenir une promesse, c'est lui-même qui l'avoue.

Bref Miss Boxer en réalité est mariée avec Valentin, le disparu, chanteur sans réel talent et succès dans un cabaret. Disparu ou mort, telle est la question auquel Stan doit répondre. En guise d'indice, Miss Boxer lui remet un disque vinyle sur lequel ont été inscrits une date et un numéro de téléphone. Par contre elle ne possède pas de photo de Valentin, ce qui pour un artiste est plutôt incongru.

Alors que Stan règle son ardoise dans son bar habituel, deux individus pénètrent et le tabassent, lui laissant en dédommagement un bout de papier sur lequel, remis de ses émotions, il peut lire : Abandonnez.

Son indice téléphonique tombe à l'eau car comme le précise la Voix féminine au bout du fil, Il n'y a plus... Vous connaissez la suite. Autant noyer la déception dans un verre de whisky.

Entre deux vodkas, faut bien varier les plaisirs, Stan apprend au Flamingo par Murène, son indic attitré, que Valentin n'était pas du genre à coucher avec une femme et donc n'était pas marié. Pas de corps à se mettre sous la dent, donc pas de mort, subtile déduction, mais quand même, Stan a été payé pour retrouver Valentin et éventuellement sa dépouille. Alors Murène lui conseille de se renseigner auprès de Kathryn, chanteuse susceptible de lui fournir des renseignements puisqu'elle servait d'entremetteuse entre le disparu et de jeunes hommes.

Il rencontre à nouveau les deux gus, dont un se prénomme Gus justement, mais il a présumé de ses capacités pugilistiques, et il se réveille à l'hôpital. Avec une bonne et une mauvaise nouvelle à encaisser. La bonne, c'est qu'il est vivant. Pour le lecteur aussi, c'est une bonne nouvelle, car le bouquin n'est pas terminé. La mauvaise nouvelle réside dans cette annonce : vous avez une tumeur au cerveau et vous devez consulter immédiatement et pas plus tard que tout de suite un cervologue ou quelque chose d'approchant. Et dans ces cas là comment réagit-on ?

Bien, l'histoire continue malgré les nombreuses blessures à soigner.

 

Alors on pourrait décliner ce qui va arriver à Stan d'après les notes prises par notre détective :

Valentin Boxer, Kathryn, le Révérend, Topolski, Gina, Victor et Gus, le Flamingo, course-poursuite, crash en voiture. Raclées. Hôpital. Un quidam bouffé par les rats au fond d'un cargo. Je notai tout. L'impression de remplir mon propre testament.

 

Je sais, écrit comme ça, cela semble un peu fouillis, d'autant que certains épisodes vous ont échappé. Normal, c'est une synthèse. Vous allez vous demander, par exemple, mais qui est Gina ? Tout ce que je peux vous confier, sans trop déflorer l'intrigue, c'est qu'il y a de l'or en Gina...

Débutant comme un roman policier traditionnel, classique, avec un détective au portefeuille dégarni, quelque peu alcoolo, et qui pense trouver le filon avec l'intrusion inopinée d'une belle jeune femme éplorée dans son agence.

Oui, au début, un roman noir franco-américain mais comme il s'agit d'une histoire complètement décalée, le roman d'aventure débridé se profile et bientôt la silhouette d'un savant fou s'impose. Stan Kurtz aura bien du mal à résoudre cette enquête qui lui coutera un bras.

Une succession effrénée d'épisodes rocambolesques, et cet adjectif prend tout son sens, car le roman-feuilleton (une suite est prévue) est digne en tout point de ces grands feuilletonistes et romanciers à rallonge que furent Ponson du Terrail, créateur de Rocambole, Marcel Allain et Pierre Souvestre, Paul Féval, Arnould Galopin ou encore Jean de La Hire.

Stan KURTZ : Série B. N°1/6. Editions Fleur Sauvage. Parution le 4 septembre 2015. 214 pages. 8,00€. Version numérique 3,99€.

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 08:04

Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir...

Robin COOK : j'étais Dora Suarez

« Pour moi, c’est une affaire qui sent le coup pourri ». C’est ainsi que définit le meurtre de deux femmes le flic chargé de l’enquête. Un personnage dont les lecteurs assidus de Robin Cook ont déjà pu lire quelques aventures (ou mésaventures) dans On ne meurt que deux fois, Les mois d’avril sont meurtriers, et Comment vivent les morts.

Ce policier solitaire, particulièrement acerbe, acrimonieux, agressif, vindicatif envers ses collègues, ses supérieurs et une grande partie de l’humanité, était en disponibilité, mis sur la touche à cause justement de son caractère et de ses méthodes d’investigation. Mais cette affaire semble dépasser les compétences de l’A14, le bureau des affaires non élucidées, et il se retrouve réintégré d’office pour mener à bien cette enquête. Une enquête dans laquelle notre policier hargneux, teigneux, s’investit complètement. Son mauvais caractère, son agressivité permanente, découlent peut-être de bonnes raisons mais ses façons de faire, de procéder, de s’exprimer ne peuvent que lui attirer rebuffades et inimitiés. Un duel permanent entre lui et les autres qu’il entretient avec une joie sado-maso. Seuls quelques personnes trouvent grâce à ses yeux et à ses sarcasmes. Des privilégiés.

 

Sadisme et masochisme englobent ce récit comme une délectation malsaine dans lesquels semblent se complaire le tueur de femmes mais également l’auteur de ce roman, Robin Cook. Cela dépasse largement le cadre du roman noir.

Un roman en deuil comme le définit si bien l’auteur, dont on connaissait par ses précédentes œuvres la propension à manier le noir, le pessimisme. Un auteur tourmenté, déchiré, obsédé, qui se libère dans ses écrits d’une façon violente.

Avec ce roman Robin Cook arrive presque à un point de non retour, dans des scènes qui parfois sont à la limite du supportable, dépassant les doses d’horreur des romans catalogués Gore. Une escalade malsaine qui peut laisser des traces, moins peut-être chez le lecteur que chez l’auteur, le lecteur se disant qu’après tout ceci n’est qu’un roman à ne considérer que comme une expérience unique.

 

Dans la vie, Robin Cook était à l’opposé de ses écrits, du moins pour ce que j’ai pu ressentir lorsque je l’ai connu puis fréquenté à diverses reprises dans des festivals qui sans être confidentiels étaient conviviaux. « Ah, Pôllll ! » me disait-il en me voyant, articulant mon prénom avec un accent rugueux mi-britannique, mi-aveyronnais, le sourire accroché à ses yeux et son immuable béret vissé sur la tête.

Un homme charmant, le cœur sur la main, gentil au possible dans la vie courante, consensuel, et que j’ai été amené à apprécier lors de nos différentes rencontres. Mais ça c’était dans une vie antérieure.

Robin COOK : j'étais Dora Suarez (I Was Dora Suarez - 1990. Traduction Jean-Paul Gratias). Réédition Rivages Noirs N°116. Parution septembre 1991. Réimpression avril 2016. 320 pages. 8,50€.

Première édition collection Rivages Thrillers. Editions Rivages. Parution 1990.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 12:45

Bon anniversaire à Gérard Delteil né le 11 avril 1939.

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost.

Si certains romans de Gérard Delteil, parus précédemment chez d'autres éditeurs, semblaient un peu facile, un peu légers au point de vue de la trame et encore ceci est tout relatif, Du sang sur la Glasnost est tout à la fois un excellent roman et un remarquable ouvrage sur l'URSS de 1990.

Travailleur acharné, romancier prolixe, Gérard Delteil en homme économe tire profit des différents reportages effectués pour des magazines auxquels il collabore.

De son voyage en Russie entreprit après le festival de Grenoble en novembre 1989, il avait ramené un excellent article paru dans le numéro 1 de J'accuse sorti au mois de mars et dans la foulée s'est attelé à la rédaction de ce roman. D'ailleurs dans Du sang sur la Glasnost on retrouve quelques unes des anecdotes et péripéties survenues à l'auteur lors de son séjour à Moscou et racontées dans cet article.

 

Le vent de liberté qui souffle sur la Russie de Gorbatchev n'a pas l'heur de plaire à tout le monde et l'on parle volontiers de laxisme. Les déracinés, Géorgiens, Caucasiens, Tatars, qui envahissent Moscou ont du mal à trouver du travail et lorsqu'ils ont la chance d'obtenir un emploi, c'est pour un salaire de misère.

D'autres se tournent volontiers vers la délinquance, le trafic, le racket, le proxénétisme, la Mafia moscovite se renforce, la milice et les policiers sont méprisés, d'ailleurs le surnom des miliciens est Moussora, ce qui signifie poubelle, et tout est conditionné par les pots de vin.

Le sergent Vounine, dont la carrière est brutalement stoppée à cause d'une bévue fait une macabre découverte dans la gare de Riga. Le journaliste Ribaëv est décédé semble-t-il d'une rixe entre ivrognes. Fait inhabituel, le cadavre n'a pas été dépouillé de sa montre de grande valeur ni de son portefeuille.

Nino Goluva, journaliste à l'hebdomadaire Les Nouvelles de Moscou, et qui a connu charnellement Ribaëv, décide d'enquêter et d'en tirer un article. Mais Glasnost ou pas Glasnost, le KGB et autres organisations plus ou moins occultes sévissent toujours et tentent d'empêcher la jeune femme d'approcher la vérité de trop près.

Une enquête qui conduira Nina Goluva à côtoyer miliciens, loubards, trafiquants de tout poil, mafieux moscovites, juge d'instruction ambitieux, gourous et pseudos-guérisseurs, et bien d'autres personnages hauts placés aux agissements louches.

 

Du sang sur la Glasnost est un roman en tout point passionnant. Gérard Delteil en véritable conteur réussit avec brio l'amalgame entre l'enquête, l'histoire et le côté reportage documentaire.

Petite anecdote, j'ai eu le plaisir de retrouver, de manière fugitive, le journaliste écrivain Arcady Waxberg dans cette histoire alors que j'avais eu l'honneur de l'interviewer lors du festival de Grenoble. Un moment inoubliable et un entretien fort intéressant. Pour ceux qui seraient intéressés, cet entretien figure ici :

Derniers romans parus de Gérard Delteil :

Gérard DELTEIL : Du sang sur la Glasnost. Collection Grand Format. Editions du Masque. Parution juin 1990. 250 pages.

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