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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 13:55

Et souvenirs vivants ?

Gilles VIDAL : Mémoire morte.

Ce n’est pas parce qu’il dormait que Carl Frot a rêvé.

Il a perçu des craquements, des frôlements et il est persuadé que quelqu’un s’est introduit dans la maison. Guère rassuré, il se lève quand même et descend à la cuisine, à tâtons, glissant inopportunément sur un objet qui traînait. Il a le temps d’apercevoir une silhouette. Il chute lourdement, ce qui à pour conséquence de réveiller sa femme Diane. Il narre succinctement ce qui vient de lui arriver, dissimulant toutefois l’intrusion d’un personnage d’apparence frêle. Puis ils remontent se coucher et en profitent pour… mais ceci ne nous regarde pas. Ah si quand même, au cours des ébats, Carl a comme une vision, le visage de sa femme se déforme, prend une autre apparence.

Gérant d’une agence d’affacturage dans une cité portuaire, Carl doit le lendemain matin se rendre chez un client potentiel, directeur d’une cimenterie. Lorsqu’il arrive sur le lieu de son rendez-vous des policiers sont déjà en plein travail. Le cadavre, ou ce qu’il en reste, d’une jeune femme vient d’être découvert, à moitié déchiqueté par une machine. Le commissaire Franck Parisot est sur les dents. C’est le deuxième corps féminin ainsi retrouvé en trois semaines. La piste d’un serial killer n’est pas à négliger, d’autant qu’un individu nommé Antoine Merlin avait été soupçonné avant de s’évaporer dans la nature. Mais d’autres affaires attendent Franck Parisot, résolues plus ou moins dans la douleur, avec des cadavres à la clé.

La journée pour Carl non plus n’est pas terminée. Il retrouve coincé sous un balai d’essuie-glaces une feuille de papier sur laquelle est inscrite cette phrase énigmatique : MA VENGEANCE EST PERDUE S’IL IGNORE EN MOURANT QUE C’EST MOI QUI LE TUE.

Dans le même temps Carl se sent épié, un regard qui lui vrille la nuque. Et alors que lui et Diane, laquelle vient de lui annoncer qu’elle est enceinte de deux mois, ce qui réjouit le couple, passent leurs temps à effectuer quelques emplettes en prévision de l’heureux événement, un individu s’est infiltré dans leur domicile. Les vêtements de Diane, du plus intime au plus épais, ont été lacérés, alors que le coffret à bijoux n’a pas attiré la convoitise de leur visiteur (visiteuse ?) indélicat. C’est le bouquet, et Carl détaille alors à Diane par le menu l’infiltration nocturne. Plus tard il reçoit à son bureau un petit colis contenant une poupée, vieillotte, amochée, cabossée, lacérée, l’expéditeur restant anonyme bien évidemment. Ils se décident à contacter le commissaire Franck Parisot.

Pendant ce temps Parisot et ses hommes ne sont pas restés inactifs. La piste gothique semble la seule probable. Les deux premières victimes étaient adeptes de ce mouvement tout comme Antoine Merlin, leur façon de vivre, de se vêtir, de décorer leurs chambres, de se connecter sur Internet le confirmant. Les deux premières à laquelle s’ajoute une troisième disparition. Une jeune fille dont le père est un peintre universellement reconnu. Parait-il. Et bien entendu le procureur s’attache à ses basques comme une colonie de morpions sur un pubis broussailleux.

 

Entre les affaires dont s’occupe Parisot et les tracas endurés par Carl Frot existe-t-il un lien ? Et si oui lequel ? Des éléments de réponse sont apportés à Parisot par Murielle, une psy qui travaille dans une clinique non loin de Gramont, ville dans laquelle se déroule cette histoire. Quant à Carl, il est aux quatre-cents coups lorsqu’il apprend que Diane est à l’hôpital, accidentée après avoir été probablement poussée dans un escalator. Et que vient faire cette personne qui se surnomme Le Lémure dans cet imbroglio ?

Après la pluie qui se fait de plus en plus insistante, la tempête prend la relève et se conjuguent alors dans une sorte de cataclysme les quatre éléments : l’eau, l’air, la terre et le feu.

 

Un roman qui débute par des scènes d’action très puissantes qui s’enchainent les unes aux autres dans un rythme infernal jusqu’à l’épilogue où enfin le lecteur peut souffler.

Tout comme chacun de nous, les protagonistes possèdent une fêlure, une fracture, ancienne ou récente, oubliée ou non, méconnue, qui influe sur leur vie quotidienne, leur moral, leurs agissements, parfois inconsciemment. L’auteur se permet quelquefois de digresser, mais sans appesantir le texte. Ainsi ces quelques lignes empreintes de bon sens, bon sens que ne possèdent pas toujours nos politiques, une réflexion pensée par Carl lors d’un incident dans un supermarché.

Il avait encore en tête ce qu’il avait lu il y avait quelque temps dans la presse, à savoir que le PDG du groupe qui détenait cette chaîne de supermarchés touchait un salaire colossal, des primes mirobolantes, sur les bénéfices et des stock-options honteuses, et qui, de surcroît, bien qu’il eut tout récemment été élevé en toute impunité au grade de chevalier de la Légion d’Honneur, résidait depuis deux ans à l’étranger, dans un ersatz de paradis fiscal, afin d’échapper au fisc.

Première édition : Collection Zone d’ombres. Editions Asgard. 384 pages. 18€.

Première édition : Collection Zone d’ombres. Editions Asgard. 384 pages. 18€.

Gilles VIDAL : Mémoire morte. Editions Multivers. Parution 18 décembre 2015. Formats ePub et Kindle. 3,99€.

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 08:07

Le rêve de tout romancier...

Julian SYMONS : Un manuscrit en or massif

Cantonné depuis longtemps dans le rôle de Sherlock Holmes, un peu à cause de son physique et beaucoup grâce à la qualité de son interprétation, Sheridan Haynes, qui possède les mêmes initiales que son personnage, Sheridan Haynes se morfond quelque peu dans l'attente de la pièce de théâtre ou du film qui le fera renouer avec le succès.

Pourtant le travail ne manque pas, même si parfois il est confidentiel. Ainsi il doit donner une représentation au Château de Baskerville au profit d'un seul spectateur : le richissime et énigmatique Warren Waymark.

Les rumeurs ne manquent pas de circuler à propos de ce personnage excentrique qui collectionne tout ce qui est en rapport avec le mythe de Sherlock Holmes.

L'une d'elle, tenace et invérifiable, prétend que Warren Waymark n'est plus de ce monde et qu'un imposteur, ou tout du moins un figurant, tient le rôle du milliardaire.

Sheridan Haynes est convié dans la même période à procéder à quelques lectures au Danemark, invité par la Silver Blaze Society, une association qui emprunte son nom à une nouvelle écrite par Conan Doyle. Sheridan Haynes y retrouve l'un de ses anciens condisciples scolaires qui lui propose d'acheter, ou de trouver un éventuel acheteur et dans ce cas pourquoi pas Warren Waymark, un manuscrit inédit et incomplet dû à la plume du père de Sherlock Holmes.

Les transactions s'engagent et entraînent l'acteur du Danemark à Amsterdam. Les morts commencent à tomber comme à Gravelotte autour de Sheridan Haynes qui se demande si, primo, le manuscrit proposé est authentique, et si, secundo, le milliardaire cloîtré est l'original.

 

Entraîné à son corps défendant dans cette histoire, Sheridan, dont on a fait la connaissance dans une précédente aventure publiée au Masque sous le titre La peau du rôle, Sheridan pourra remercier sa femme et son frère de le sortir de ce mauvais pas, même s'il n'en recueille pas toute la gloire dont il pouvait être en droit de prétendre.

Un roman dont l'action traîne quelque peu en longueur et Julian Symons nous avait habitué à mieux.

Julian SYMONS : Un manuscrit en or massif (The Kentish Manor Murders - 1988. Traduction de Jean Esch). Le Masque N°2048. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution mai 1991. 224 pages.

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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 14:03

Comme tatouage, il y a mieux...

Florent MAROTTA : Le Visage de Satan.

Grâce aux cachets qu'il doit prendre régulièrement, Gino Paradio, qui avait sombré dans l'éthylisme, remonte tout doucement la pente.

Il rouvre son officine de détective privé, mais dans sa tête les événements vécus quelques mois auparavant tournent en boucle. La disparition de ses parents, de sa sœur. Il est installé dans son bureau, son esprit travaille à plein temps, lorsqu'il est dérangé par l'intrusion d'une femme.

Malgré l'injonction que l'officine n'est pas encore ouverte, elle se présente par cette phrase lapidaire :

Je m'appelle Sybille Pech et je pense que mon mari a été assassiné.

Pour une entrée en matière, c'en est une, surtout lorsqu'elle apporte d'autres précisions non négligeables.

Gino n'est pas intéressé par une enquête sur un homme, riche, ayant vendu l'entreprise familiale de produits chimiques et dont rien ne laisse supposé qu'il a succombé à un meurtre. Mais Sybille Pech est tenace et le lendemain, alors qu'il veut signifier par téléphone son désengagement dans une affaire pour laquelle il n'a pas encore signé, Sybille Pech l'informe qu'elle sait ce qui est arrivé à ses parents et où se terre Camarone. Plus la modique somme, pour Sybille, de cinquante mille euros, pour les frais.

Coup de massue pour Gino qui pensait pouvoir tout oublier et que le destin nommé Sybille remet sur le devant de la scène.

Ancien policier, Gino a gardé quelques accointances aussi il demande au légiste qui a procédé à l'examen du corps de Pech de lui fournir quelques renseignements. Le macchabée n'était pas gâté par la nature côté gonades et pénis (pour faire savant il avait un syndrome de dysgénésie testiculaire et un hypospadias) et a été victime d'un accident cardiaque.

Le détective se rend chez Sybille à Fontainebleau et demande à voir le défunt, prénommé Walter, auprès duquel deux personnes se recueillent. Deux jeunes de la région dont une gothique.

Tout comme Gino, Walter a été victime d'un carnage familial, une sœur et des parents morts et un frère disparu. Etrange ressemblance avec son propre parcours familial.

En visionnant la télé chez lui, il est captivé par un reportage macabre. Deux cadavres ont été découverts dans la nuit, l'un empalé sur les grilles devant une église, et une silhouette au sol les bras en croix. Une vidéo montre quatre jeunes surpris dans un local et la caméra, portée par le tueur, filme leur exécution sommaire. Puis c'est l'accrochage sur la grille du corps empalé, et enfin le dessin sur le trottoir d'un pentagramme à l'aide de ce qu'il semble être du sang. Une étoile, pointe en bas avec à l'intérieur un dessin, esquisse d'un visage.

Ce reportage n'est pas anodin pour Gino qui se souvient tout à coup que le bras droit de Walter porte le même tatouage, la représentation d'une étoile, pointe en bas, et cette figure qui pourrait être une tête de bouc.

Gino décide de se renseigner auprès d'Arthur, qui fut un ami et surtout son collègue au 36 Quai des Orfèvres. Mais les deux hommes sont en froid depuis la résolution d'une affaire à laquelle Gino a participé activement mais dont Arthur a glané tous les fruits.

 

Autant l'avouer tout de suite, l'ésotérisme et le satanisme ne m'attirent guère, aussi j'ai lu cette histoire sans vraiment vibrer, sans vraiment y participer. Par contre (et non en revanche comme disent les journalistes qui voient des batailles partout) les personnages, pas tous, sont émouvants.

J'ai surtout été conquis par l'écriture tout en finesse de Florent Marotta, et c'est l'un des rares romanciers à écrire il est vingt heure, sans S à heure. En effet, on dit il est vingt heure (la vingtième heure de la journée) et au bout de vingt heures (attente par exemple). Ce n'est pas grand chose mais cela démontre que Florent Marotta est respectueux de la langue française.

Le prénom de madame devenue veuve Pech n'a pas été choisi au hasard. En effet une Sybille, dans la mythologie grecque, était une prêtresse d'Apollon, douée du don de divination et de prophétie.

Un roman qui oscille entre roman noir (dans l'ancienne acception du terme et qu'on appelle aujourd'hui gothique) et thriller fantastique, qui ravira sans aucun doute les amoureux du genre.

Florent MAROTTA : Le Visage de Satan. Collection Le Tourbillon des mots. Taurnada éditions. Parution 7 décembre 2015. 384 pages. 11,99€.

Existe en version format Kindle 5,90€.

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 13:42

Bécassine et Pieds Nickelés : même combat !

Revue Rocambole N°73 : Héros illustres et illustrés populaires.

La distraction évidemment, loin de la mission première des illustrés pour la Jeunesse dont le mot d'ordre était d'abord instruire puis distraire.

Ce numéro 73 de la revue Rocambole prend pour thème les journaux illustrés pour la jeunesse. Vaste domaine qui a déjà été abordé dans de précédents numéros, dont Histoire de l'Intrépide (Rocambole N°34/35), Les illustrés pour la Jeunesse (Rocambole N°52/53), plus de nombreux articles dans d'autres dossiers, comme dans Hetzel, éditeur populaire (Rocambole N°68/69) créateur du célèbre Magasin d'éducation et de récréation - toujours la référence à l'éducation et à la distraction - dans lequel les jeunes lecteurs découvriront les textes de P.J. Stahl, pseudonyme de Hetzel lui-même, traducteur et adaptateur notamment des fameux Patins d'argent, et les débuts de Jules Verne qui alimentera sans discontinuer cette revue devenue mythique.

Une fois de plus ce dossier n'établit que les bases d'une communication qui ne peut être complète qu'en plusieurs volumes. Mais il a l'avantage d'en fournir les bases et l'historique, comme dans l'article de Guillemette Tison : Plaire et instruire : la presse pour les jeunes au XIXe siècle.

L'initiateur de ces fascicules qui deviendront pléthore et connaitront leur âge de gloire au XXe siècle a pour nom Berquin, lequel publie en 1782 un mensuel, L'ami des enfants, qui ne durera que 24 numéros et sera par la suite repris en volume traduit notamment en Angleterre dès 1783.

D'autres suivront dont Le Journal des enfants, qui durera de 1832 à 1897, une longévité dont peu de publications peuvent se prévaloir. Mais ces publications n'ont pour d'autre but que d'éduquer et distraire (oserai-je écrire que cette dernière visée ne possède pas le même sens que celle d'aujourd'hui qui tend à la franche rigolade) avec la plupart du temps une connotation morale.

Dans l'éditorial du numéro Un du Journal des enfants, Jules Janin écrit cette déclaration d'intention édifiante :

Enfants ! nous voulons prendre de vous tous les soins que mérite notre enfance; vous êtes bien jeunes, mais vous vivez dans un temps où il faut grandir vite...

Que ce soit à leurs débuts, où les textes prédominaient, contes, nouvelles, articles géographiques, scientifiques, biographiques, puis par la suite quand place fut faite aux bandes dessinées, le succès de ces publications n'auraient pas été aussi éclatant sans l'apport des illustrations dues aux talentueux dessinateurs que furent Gustave Doré, Grandville, Benjamin Rabier, André Galland....

Revue Rocambole N°73 : Héros illustres et illustrés populaires.

Daniel Compère, dans Le développement des publications au début du XXe siècle, prolonge l'article précédent et développe un panorama des journaux et fascicules pour la Jeunesse créés entre 1889 et 1914, des magazines qui perdureront pour certains jusqu'au début des années 1960, parfois en changeant de titre et de formule grâce à des regroupements économiques bénéfiques.

Ainsi Le Petit Français illustré accueille en son sein, et en 1889, un auteur, scénariste et dessinateur qui sera l'un des précurseurs de la bande dessinée : Christophe, de son véritable patronyme Marie-Louis-Georges Colomb. Son œuvre, riche, prend véritablement son envol avec La famille Fenouillard, puis suivront Les facéties du sapeur Camenber, L'idée fixe du savant Cosinus, ou encore Les malices de Plick et Plock, certaines histoires se chevauchant dans le temps. Ce ne sont encore que des textes surmontés d'images, les premières véritables bandes dessinées avec phylactères datant de 1908 avec Sam et Sap, Les aventures surprenantes d'un petit nègre et de son singe de Georges Le Cordier pour les textes et Rose Candide pour les dessins.

Suivront d'autres héros qui nous sont plus familiers, tels que Les Pieds-Nickelés et Bibi Fricotin de Louis Forton, Bécassine d'Emile-Joseph Pinchon, Lili, l'espiègle, et bien d'autres accueillis dans des supports qui ont pour noms L'Epatant, La semaine de Suzette, tous titres qui ne sont pas sans rappeler de bons souvenirs à certains d'entre nous, et des héros qui défient le temps, plus connus parfois que leurs créateurs.

Mais Daniel Compère en parle (écrit) mieux que je ne saurais le faire et je me contente de puiser, sans vergogne dans son texte.

 

Revue Rocambole N°73 : Héros illustres et illustrés populaires.

Ce dossier est complété par les articles suivants :

Les petits enfants pendant la Grande Guerre de Jean-Paul Gourévitch, dont un sous-article est intitulé : L'instrumentalisation de l'enfance dans les journaux pour adulte. Rien n'a changé.

Les supers-héros américains pendant l'Occupation de Jean-Michel Ferragatti aurait mérité d'être plus développé, mais ce n'est qu'une approche de la part de l'auteur dont on peut retrouver des chroniques hebdomadaires sur le site Comic Box. Il est dommage que cet article soit truffé, comme le boudin blanc à 1/100, de coquilles.

Les Spirou et Tintin des années 1940-1960 : un catholicisme en cases et en bulles de Philippe Delisle. Deux magazines franco-belges, qui se partageaient le marché avec Le Journal de Mickey dont les héros sont Mickey Mouse, Donald Duck et Picsou créés par l'équipe Disney.

Il est évident que la ferveur catholique affichée par les fondateurs de ces deux magazines. Jean Dupuis, pour Spirou, était un fervent chrétien, tandis que Raymond Leblanc, qui a su inciter Hergé à fonder un magazine portant le label de son héros, faisait partie de la Résistance d'obédience royaliste et catholique. Si Spirou, Tintin et les principaux héros qui voisinaient dans les pages de ces deux revues, et connaissent encore aujourd'hui de beaux jours, Blake et Mortiner et Lucky Luke, ne font pas montre de prosélytisme, certaines histoires, planches, vignettes sont résolument tournées vers une représentation religieuse ou en font une apologie insidieuse. Les Belles histoires de l'Oncle Paul ont narré par exemple de nombreuses biographies de saints et de religieux, ou ont pris comme thème des manifestations plus ou moins religieuses comme la Première Croisade. Une approche qui a perduré jusqu'au début des années 1960, la tradition catholique se délitant peu à peu, et étant moins prégnante en France qu'en Belgique.

Sont également inclus deux contes charmants :

L'oie rouge de A(dèle) Genevray, publié dans le Magasin d'éducation et de récréation N°5 du 1er semestre 1864, est une révision inversée du thème de la bergère et du prince charmant mais avec toutefois un épilogue plus moral.

Le trésor du Carbonaro de Jacques Bellême, publié dans Mon bonheur N°45 de 1907, nous montre un commissaire parisien dans une sombre histoire corse à base de déductions mathématiques.

 

Deux articles, hors dossier, complètent, outre les chroniques habituelles, ce numéro. Toutefois l'article de Maurice Dubourg, Les Pieds-Nickelés auront bientôt soixante-quinze ans, aurait pu être intégré dans ce dossier. Et ne cherchez pas une erreur comptable dans cet anniversaire de la création de ces trois filous qui ont pour noms : Croquignol, Ribouldingue et Filochard, car cet article date de 1982 et a été publié dans Normandie-Magazine, numéro 4, en 1982.

Revue Rocambole N°73 : Héros illustres et illustrés populaires.

 

Dernier article qui m'a fortement intéressé, étant un fervent passionné du père de Pardaillan, Roman populaire et (dés)engagement : la violence politique désactivée chez Michel Zévaco par Luce Roudier.

Ayant lu, voire dévoré, la saga des Pardaillan mais également Le Capitan, Nostradamus, et combien d'autres, j'ai découvert que cet auteur, socialiste libertaire, était plus engagé qu'il y paraissait dans ses romans historiques. Et si ses romans historiques paraissent moins virulents que ces écrits journalistiques, notamment lorsqu'il est secrétaire de rédaction au journal L'Egalité, des propos qui le conduisent à plusieurs reprises à être incarcéré à la prison Sainte Pélagie, ils n'en sont pas moins un réquisitoire détourné de ses convictions en ce qui concerne la politique et l'impact religieux dans la gouvernance, prenant appui pour développer ses idées dans des trames historiques avec quelques siècles de recul.

Des engagements que l'on ne perçoit pas forcément lors de lectures adolescentes et une analyse qui offre des clés à la compréhension de certains dialogues.

 

Un nouveau numéro du Rocambole, très riche iconographiquement, et ne vous fiez pas au nombre de pages, la taille de la police de caractère étant réduite, ce qui ne facilite pas le lecture à ceux qui ont des problèmes de vision.

Une sélection de chroniques d'anciens numéros du Rocambole.

Revue Rocambole N°73 : Héros illustres et illustrés populaires. Edité par l'association des Amis de la littérature Populaire. 176 pages.17,00€.

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 14:36
Bertrand DELCOUR : Les sectes mercenaires.

Lorsque Lecouvreur se retrouve sans toi, enfin sans elle...

Bertrand DELCOUR : Les sectes mercenaires.

Il ne faut pas toucher aux amies du Poulpe, même s'il ne les a pas revues depuis des lustres.

Lorsqu'il apprend par le journal qu'Isabelle Benoît, journaliste et ex-maîtresse, a été assassinée dans des conditions bizarres, Gabriel Lecouvreur n'a qu'une hâte, retrouver ceux qui l'ont supprimée.

Sans tambour ni trompette il part pour l'Aude, où, coïncidence, il connaît quelqu'un qui pourra l'aider dans ses démarches, le guider, le présenter à la population locale.

Bob ne se fait pas prier pour l'inviter, lui montrer sa petite famille, le voisinage, et lui narrer les derniers racontars. Une secte, la Main Blanche, s'est installée dans le coin, et Le Poulpe focalise immédiatement sur son Grand Maître ses suspicions.

A tort ou à raison? Seul l'avenir le dira, c'est à dire la suite du roman.

 

Une fois de plus Le Poulpe s'est embarqué dans une drôle d'affaire.

Vous me direz, depuis le temps qu'il les cherche, fallait bien que cela lui arrive.

D'accord, mais si Le Poulpe n'existait pas, faudrait l'inventer. Car sans lui, qui nous ferait rêver d'un monde meilleur, dans lequel il n'y aurait plus de racistes, de faux-culs, de profiteurs, et pourquoi pas de politiques ?

Bertrand DELCOUR : Les sectes mercenaires. Le Poulpe N°17. Editions Baleine. Parution juin 1996. 154 pages. 8,00€.

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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 14:10

Lorsque l'élève dépasse le maître !

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4.

Ni parodiste, ni pasticheur, ni imitateur, ni copieur, Brice Tarvel est avant tout un continuateur créateur de rêves.

Et son quatrième volume, composé de deux romans, consacré aux dossiers secrets du Sherlock Holmes américain, nous démontre que non seulement Harry Dickson n'est pas un héros démodé mais que de plus Tarvel possède un imaginaire digne de Jean Ray.

D'ailleurs Brice Tarvel ne peut en aucun cas être considéré comme un pasticheur de Jean Ray puisque le grand auteur de fantastique belge lui-même avait écrit les aventures de Harry Dickson en traduisant à l'origine des fascicules hollandais dus à la plume d'auteurs allemands anonymes, et les trouvant fort médiocres les avaient retravaillées ou réécrites en se fiant aux couvertures d'origine.

 

Au sommaire de cet ouvrage deux nouvelles aventures :

 

Le Polichinelle d'argile.

En galopin turbulent et indiscipliné, Victor prend plaisir à exterminer les insectes et à martyriser les chats et les chiens. Kitty, la jeune bonne d'enfant, a eu beau le mettre en garde, lui prédisant :

Un jour, un troll, un géant, te donnera un coup de talon comme tu le fais à la gent trotte-menu.

Un soir Kitty est agressée par un gnome à la face de terre cuite, un nez crochu, coiffé d'un bicorne rouge, une fraise entourant son cou et un pourpoint chamarré ne cachant ni son ventre proéminent ni sa gibbosité. Si elle parvient à se débarrasser du gnome, Victor, lui, est enlevé. Elle a juste le temps d'entendre un homme signifier à son acolyte, c'est bon, Punch, regagnons l'auto en vitesse, et d'apercevoir le véhicule s'enfonçant dans la nuit. Tucky, le fils du pharmacien et trop timide amoureux de Kitty, alerté, découvre sur la route une main d'argile.

D'autres gamins sont portés disparus, et la police nage dans la panade. Le superintendant Goodfield se confie à Harry Dickson qui est fort intéressé par cette affaire fort étrange dont il a entendu parler par des rumeurs. Un polichinelle serait en cause. Muni de la main d'argile il se rend chez un célèbre et éminent minérographe qui après analyse donne son verdict. La terre qui a servi à mouler cette main provient d'Australie, et plus précisément de Pinjarra. Dickson va d'autant plus s'impliquer dans cette enquête qu'un de ses informateurs en culotte courte est lui aussi kidnappé.

Cette recherche va le conduire dans un moulin, en compagnie de Tom Wills, son fidèle assistant, dont une légende dit qu'il abrite un trésor viking. Et Harry Dickson va passer de sales moments par la faute d'un homme en noir borgne passionné de pratiques magiques aborigènes.

Une histoire qui ne laisse pas de pierre.

 

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4.

La chambre effroyable.

Tout le monde aimerait vivre le plus longtemps possible, en bonne santé bien évidemment, mais quelles pourraient être les conséquences de cette immortalité ?

Un petit groupe de commerçants et de banquier ont imaginé annihiler la mort. Ils se sont regroupés et ont fondé le Cercle sombre, ou Dark Circle. Pour cela ils ont demandé à Asuman, un fakir hindou, de la capturer grâce à des manipulations dont seul il a le secret.

La consternation règne à Londres et plus particulièrement au 221b Baker Street. Mrs Crown, sa logeuse, Tom Wills, son fidèle assistant, le superintendant Goodfield, déplorent le décès accidentel de Harry Dickson, le célèbre détective.

Harry Dickson, alors qu'il poursuivait deux malfrats, a été percuté par un train. Voici pourquoi depuis deux jours il est allongé sur son lit mortuaire. Seulement à la grande stupeur des visiteurs venus à son chevet, il se réveille frais, prêt à repartir au combat.

Ce que n'avaient pas prévus les ravisseurs de la Camarde, c'est que s'ils détiennent Atropos, cela supposent quelques conséquences. Les humains ne meurent plus, de même que la faune dont les principaux représentants se trouvent être les rats qui commencent à pulluler.

Une histoire qui ne devrait pas vous faire mourir d'ennui.

 

En apocryphe talentueux, Brice Tarvel possède une double qualité. Outre un imaginaire que Jean Ray n'aurait pas renié, il puise dans le dictionnaire des mots obsolètes afin d'en truffer ses textes, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs.

Des vocables qui le plus souvent collent au plus près de ce qu'il décrit. Ainsi des joues rubescentes. Aujourd'hui, on ne se sert plus que de rutilant, lorsque l'on veut préciser l'état d'une voiture par exemple. Ne lit-on pas : Une voiture noire rutilante. Or l'adjectif rutilant veut dire d'un rouge éclatant. Le français se perd, ma bonne dame.

Bien d'autres mots sont ainsi remis au goût inimitable du français de bon aloi, et au lieu d'aller piocher comme les bobos (bourgeois bohêmes), ou les bonobos (bourgeois non bohêmes), dans la culture anglo-saxonne, nos romanciers devraient suivre la ligne éditoriale de Brice Tarvel, quitte à eux de s'instruire, et utiliser des mots qui ont été créés depuis des siècles pour en faire bon usage, tout en dégustant une tasse de thé dans laquelle gisent quelques effondrilles.

 

Et si vous souhaitez faire un peu plus ample connaissance avec Brice Tarvel et sa production, jetez-un petit coup d'œil sur les liens ci-dessous :

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4. Collection Absinthes, éthers, opium. Editions Malpertuis. Parution décembre 2014. 130 pages. 11,00€.

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 13:16

Mais tendres à digérer...

Recueil collectif : Dur(e)s à cuire.

Il existe des dates incontournables auxquelles on ne peut déroger. Le mois de novembre, par exemple : le 1er, jour de la Toussaint. Le 2, jour des morts. Le 11, signature de l'Armistice de la Première Guerre Mondiale.

Il y a celles qui affectives, sentimentales, ne doivent pas être oubliées. L'anniversaire des amis, des proches, du mari ou de l'épouse, des gamins. Celles qui peuvent se révéler juteuses financièrement : l'anniversaire de la belle-mère, qui vous couchera sur son testament, de votre patron, qui pourra vous octroyer une augmentation, de votre député, les relations ça s'entretient, du commissaire ou commandant de gendarmerie, ce n'est pas pour des prunes.

Et celle, devenue incontournable, date que vous cochez avec jubilation, impatient que vous êtes, de vous rendre à Lamballe pour le Festival Noir sur la ville.

Et cette date là, vous l'attendez avec fébrilité. Las, cette année, alors que vous vous apprêtiez à boucler vos bagages, cette sympathique manifestation a avorté avant même de naître. En cause certains événements indépendants de votre volonté. Les 14 et 15 novembre, Noir sur la ville a été plongé dans le Noir.

Heureusement, si vous n'avez pu converser avec les invités, nombreux, vous pouvez en retrouver certains grâce au recueil qui, lui, a été édité et au sommaire duquel vous pouvez retrouver les signatures de trois pointures de la littérature policière noire, et celles de trois auteurs en devenir, pour peu qu'ils continuent dans cette voie.

Honneur aux petits jeunes qui jouent dans la cour des grands et pourraient bientôt les égaler, sinon les dépasser. Félicitations aux heureux parrains qui les accompagnent dans ce recueil. Voici donc par ordre d'apparition en scène :

 

T. A... : Médusé.

En 1920, le narrateur décide d'entrer dans la police de Chicago. D'origine irlandaise, il hait tout autant les Chinois, les Grecs, les juifs, les homosexuels et les Noirs. Mais s'il quitte sa famille, une famille industrielle nantie, c'est une forme de rébellion de sa part. Il veut quitter le Ku Klux Klan natal et arrêter les individus qu'il exècre en toute légalité. Sa première enquête consiste à retrouver le meurtrier d'une jeune Noire. Cela ne l'emballe pas, mais le chef a décidé.

La narration en est fluide et rappelle les auteurs du vingtième siècle pour qui l'écriture comptait autant que l'intrigue. Un début prometteur.

 

Marin LEDUN : Quelques pas de danse.

Emilie aime danser, plus particulièrement dans la boîte de nuit qui fonctionne les deux mois estivaux. Et elle a jeté son dévolu sur le videur, un grand Noir de cent vingt kilos. Il en impose mais devant elle il se fait tout petit. Amorena qu'il se nomme, et lorsqu'il la rejoint chez elle à sa demande, il sent des sueurs froides lui dégouliner sur le front. Emilie est gérante d'un chenil mais ne s'occupe guère de ses animaux. Elle vit avec Simon, un braconnier qui passe son temps dans la forêt à relever ses pièges dans une sorte de caravane.

Si cette histoire se déroule entre Pau et Bayonne, elle pourrait très bien avoir pour cadre un coin du Sud des Etats-Unis, ces contrées chères à Jim Thompson, Erskine Caldwell ou Ernest J. Gaines.

 

Elsa MARPEAU : Comme la pierre.

Son mari a offert à Alicia une paire de boucles d'oreilles, en or blanc. Mais Alicia s'ennuie, et ne s'occupe pas de son gamin de quatre ans. La bonne est là pour ça. Son mari est militaire, un changement de caserne se précise, et il se conduit comme une bête en rut. Leur nouvelle demeure, sise en haut d'une colline, permet de voir ce qu'il se passe au dehors. Il gèle, ou il pleut. Un jour son mari invite un petit soldat, qui bientôt va s'installer chez eux.

Insidieusement, ce récit dont le décor s'inscrit dans une guerre qui ne dit pas son nom, m'a fait penser à Raymond Radiguet. Allez savoir pourquoi.

 

Patricia PORTMAN : La mue.

Parfois, on se demande si les parents réfléchissent lorsqu'ils prénomment leurs enfants. Ainsi s'appeler Bahl et affubler leur fille du prénom d'Annie, au départ, cela ne prête par à conséquence, mais quand les gamins se moquent à l'école parce qu''ils regardent à la télé Agence Tout Risque et que l'un des protagoniste se nomme Hannibal, évidemment les moqueries fusent. Alors Annie décide de devenir Marianne. Un secret que promet de garder son amie, la narratrice. Elles prennent un appartement en commun, Marianne choisit d'étudier le droit. Devenir avocat, tel est son destin. Et son destin, elle va le rencontrer en la personne d'un homme qui fricote dans l'union corse, c'est-à-dire la Mafia.

L'histoire se déroule au Canada, une petite pointe d'exotisme ne nuit pas, et narre le parcours d'une jeune femme handicapée patronymiquement mais saura s'élever dans l'échelle sociale, même si ce n'est pas forcément du bon côté des barreaux.

 

Xavier RUGIENS : Portrait d'un rino féroce.

Travailler dans une morgue et voir le sac contenant le cadavre d'un centenaire bouger, il y a de quoi se poser des questions et même ressentir une pointe d'angoisse. Salvatore Antonino Uovosodo, dit Rino, à cent-cinq ans était résident à la maison du quatrième âge La Boccadoro. Avec Viviane Rutledge, un an de moins, ils faisaient la fine équipe, jouant au scrabble tout en devisant en sourdine. Que c'est-il passé, pourquoi le mort a-t-il ressuscité ? Deux questions auxquelles Xavier Rugiens répond avec humour, dans une chute digne de Fredric Brown.

 

Marie VINDY : Tais-toi !

David est âgé de douze ans, mais il en parait dix. Mais ce n'est pas cela qui le distingue. Il est mutique. L'homme qui l'a amené dans cette maison tente de l'intéresser aux travaux divers à entreprendre pour remettre l'habitation en état, à lui proposer des livres, à lui parler de sa mère qu'il a bien connue. Jusqu'au jour où une femme se pointe chez eux, se présentant comme venant de Paris et étant policière, commandant de la brigade des familles.

Une histoire tout en non-dits, en sous-entendus, avec pudeur, dont le rôle principal est tenu par un gamin, et dont le passé est comme enfoui sous des voiles que l'on n'ose pas soulever de peur de rencontrer des cadavres. Le tout enveloppé de réminiscences de textes de chansons de Maxime Leforestier.

 

Trois jeunes pousses encadrées par trois tuteurs, un bon cru qui aurait pu se déguster avec une bolée de cidre et quelques crêpes (de deuil ?), mais que l'on lira avec plaisir au coin du feu.

Et les organisateurs vous donnent rendez-vous à l'année prochaine dans des conditions qu'ils espèrent plus favorables à des rencontres festives et littéraires.

 

Recueil collectif : Dur(e)s à cuire.

Vous pouvez lire la chronique d'un précédent recueil :

Recueil collectif : Dur(e)s à cuire. Editions Terre de Brume. Parution novembre 2015. 112 pages. 13,50€.

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 09:52

Hommage à John Sladek né le 15 décembre 1937.

John SLADEK : L'aura maléfique

Le spiritisme et le mysticisme ont de tous temps attiré et inspiré les auteurs de romans policiers, à commencer par Conan Doyle lui-même.

Sherlock Holmes ainsi que le Chevalier Dupin, créé par Edgar Allan Poe, sont des détectives repères, des détectives phares et il est de bon ton de s'y référer.

Les histoires de meurtres en chambre close, de meurtres dits impossibles, intéressent d'autant plus le lecteur que le problème proposé parait insoluble alors qu'une fois la solution révélée, une seule phrase vient à l'esprit : Bon sang, mais c'est bien sûr !

L'Aura maléfique de John Sladek contient tous ces éléments propices à l'élaboration d'un bon roman policier, plus quelques autres composantes que je ne vous dévoilerai pas sous peine de vous confier en même temps la clé, ce qui avouez le ôte en grande partie le charme de la découverte et de la lecture.

Autre composante, non pas indispensable mais bienvenue, et que je signale tout de même en passant : l'humour. L'humour léger, subtil, parfois plus ravageur dans le contexte que l'humour à base de jeux de mots, aère le récit, détend le lecteur et la situation parait plus acceptable même si elle est macabre.

 

Thackeray Phin, le Sherlock Holmes des années 1970, infiltré dans une société spirite va assister à des événements étranges, bizarres et parfois tragiques.

Un homme enfermé dans une salle de bain disparait. Un autre, au cours d'une séance de lévitation, va se rompre le cou. Ces adeptes de la communication avec l'au-delà ne sont-ils que de doux illuminés ou des charlatan avisés ?

Une belle brochette que forment un chanteur pop, une jeune fille ravissante dont la principale occupation consiste à rénover les ongles des pieds, un pasteur débonnaire, un membre sceptique, un vrai médium (il en faut !), une jeune femme comptable qui pense pouvoir corriger sa vision par des exercices musculaires, etc.

 

Thackeray Phin attrapera-t-il le meurtrier, si meurtrier il y a ?

L'aura, l'aura pas ,

Un véritable régal dû à John Sladek, un auteur méconnu.

 

Première édition. Collection Engrenage N°133. Editions Fleuve Noir. Parution février 1986.

Première édition. Collection Engrenage N°133. Editions Fleuve Noir. Parution février 1986.

John SLADEK : L'aura maléfique (Black Aura - 1974. Traduction de Jean-Paul Gratias). Collection Série 33 N°7. Editions Clancier-Guénaud. 286 pages. Parution avril 1988.

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 08:40

Le poète a toujours raison...

Gilles VIDAL : La fatalité est la poésie du monde.

Est-ce un recueil de nouvelles, de poésies, une compilation de brèves de comptoir, une succession d'anecdotes et de réflexions, des pensées profondes, philosophales, des billets d'humeur et d'humour...?

C'est un peu tout cela et beaucoup plus à la fois. Car l'esprit d'un littérateur ne se repose jamais. Il fourmille d'idées que son propriétaire doit coucher sur le papier, quel que soit l'endroit où il se trouve, sous peine qu'elles s'évanouissent à jamais dans les limbes de l'oubli.

 

Il est donc difficile de résumer cet ouvrage, qui d'ailleurs est la réédition de quatre livres parus chez divers éditeurs, dont Hors Commerce, dans les années 1990 et 2000, aujourd'hui épuisés. Autant les livres que les éditeurs d'ailleurs.

Des textes plus ou moins longs, comme peut l'être une courte nouvelle, d'une demi-page ou d'une trentaine, selon l'inspiration et le besoin de la chute, qui nous plongent dans un univers onirique trempé dans le quotidien d'un monde pessimiste teinté de nostalgie, d'humeur vagabonde, de dérision, d'envies, de besoins, de souhaits, de regrets, et une pointe (?!) d'érotisme coup de blues. Le spleen cher aux poètes suinte de ces lignes comme une rédemption, une panacée peut-être à effet placebo pour un esprit torturé et fébrile, le cynisme parfois cachant la timidité ou la gaucherie.

J'aurais aimé pouvoir vous donner en pâture quelques extraits, de courts textes de quelques lignes, un poème jeu de mot comme j'affectionne, mais sortir des lignes d'un contexte chimérique ou réel, résultat d'un besoin de s'exprimer, de se soulager, de s'épancher, me semble aller au-delà du souhait de l'auteur.

Pourtant les titres peuvent parler d'eux-mêmes :

Je te meurs; Courage, survivons; Pourtant, tous les espoirs semblaient permis; Je te crève tu me tues (poème); Exister relève du prodige...

 

Mais pour bien en comprendre le sens, la finalité, l'amertume qui se cache sous l'ironie, ou le contraire, l'humour désabusé, alimenté de fantasmes au charme vénéneux, il faut se plonger dans ces écrits comme on décortique un calendrier de l'Avent.

Seulement, si au début on se dit qu'on ne va en lire que quelques pages par jour, en dégustateur avisé et sage, on se prend au jeu et bientôt on se rend compte qu'on engloutit le tout en véritable affamé, avide de littérature proche de nous, que l'on ne peut s'empêcher d'avaler les textes les uns à la suite des autres, quitte à revenir en arrière afin d'en savourer tous les parfums qui se dégagent lentement dans nos petites cellules grises.

Ce recueil est composé de

Hymnes urbains; Angles d'attaque; L'endroit le plus fragile du corps de l'homme; Exister relève du prodige.

Hymnes Urbains. Hors commerce

Hymnes Urbains. Hors commerce

Angles d'attaque. Méréal

Angles d'attaque. Méréal

L'endroit le plus fragile du corps de l'homme. Hors commerce.

L'endroit le plus fragile du corps de l'homme. Hors commerce.

Exister relève du prodige. Atelier de Presse

Exister relève du prodige. Atelier de Presse

Quleques chroniques de lecture :

Gilles VIDAL : La fatalité est la poésie du monde. Hors collection. Multivers Editions. Parution décembre 2015. Format ePub et Kindle. 420 pages environ. 4,49€.

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 14:33

Comme s'il n'y en avait qu'un à mettre à son actif ! Pour la plus grande joie des cinéphiles...

Georges BAXT : Le meurtre d'Alfred Hitchcock

En 1925, alors qu'Alfred Hitchcock réalise son premier film à Munich, le tournage est émaillé d'incidents divers.

D'abord il aperçoit la silhouette furtive d'un homme au visage tailladé, ravagé, couturé, dont il aimerait faire la connaissance afin d'éventuellement l'engager comme acteur.

Plus grave, Anna Grieban, la script, est assassinée sous sa douche de vingt-neuf coups de couteau. Voilà un tableau qui s'intégrerait parfaitement dans les films que rêve de mettre en scène Hitchcock, des films à suspense au lieu de ces navets cuits au court-bouillon de l'eau de rose.

Ce qu'il préfère, c'est l'action, pimentée d'humour, le tout noyé dans le voile du suspense, du tragique, de l'angoisse.

Mais ce meurtre est réel et Hitchcock est bien embêté. Le tournage du film prend du retard.

Un second meurtre est commis sur le plateau alors qu'un inspecteur de police est en train d'enquêter. Une pure provocation.

Cette fois, la victime est le pianiste, Rudolph Wagner, compositeur d'une charmante mélodie qui trottine dans la tête d'Alma, la fiancée scénariste du cinéaste bedonnant. Hitchcock s'arrache les quelques cheveux qui lui restent.

Onze ans plus tard, alors que la menace nazie est devenue une terrible réalité, le génial metteur en scène se trouve en possession d'un scenario fournit par Fredrick Regner, qu'il a connu à Munich. Il existe des coïncidences bizarres dans la vie. La réalité suit pas à pas le scenario imaginé par l'Allemand apatride. De nouveau les meurtres se succèdent, Alma se fait enlever et Hitchcock est entraîné à son corps défendant dans une sombre histoire d'espionnage.

 

Le Meurtre d'Alfred Hitchcock, roman dans lequel personnages réels et fictifs se côtoient, est d'un humour particulièrement noir, truffé de réparties comiques et de situations cocasses.

La bonne humeur qui se dégage de ce livre n'empêche pas la rigueur d'une trame habilement tissée, et l'on se prend à rêver au film qu'Hitchcock eut pu réaliser d'après cette histoire parfois loufoque.

 

Georges BAXT : Le meurtre d'Alfred Hitchcock (The Alfred Hitchcock Murder Case - 1986. Traduction de Jean Esch). Le Masque jaune N° 2049. Parution juin 1991. 256 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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