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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 13:57

L'Amérique, c'est un cas, par K...

Roger MARTIN & Nicolas OTERO : AmeriKKKa, l’intégrale 1.

Ce volume reprend 3 histoires éditées en 2003 : Les canyons de la mort, Les bayous de la haine et Les neiges de l’Idaho.

 

Le Ku Klux Klan est toujours vivace surtout dans les états du Sud des Etats-Unis, qui furent les principaux hauts lieux de l’esclavagisme. Ainsi dans Les canyons de la mort, des cadavres de femmes sont retrouvés quelque part dans le Texas non loin de la frontière mexicaine. Dans la main de l’une d’elle est découvert un objet portant les initiales TKKKK, ce qui signifie Texas Knights of the Ku Klux Klan.

Pour Espinoza, le responsable local à El Paso du CEFNOMEX ou centre d’études de la frontière du Nord du Mexique, le crime est signé. Il fait appel à deux agents de l’AKN, l’Anti-Klan Network, une organisation efficace dans la lutte contre l’extrême-droite états-unienne. Le Klan est divisé en plusieurs factions dont l’Empire Invisible, la Résistance Blanche Aryenne et Les Nations Aryennes.

Mais ces partis ne poursuivent qu’un seul et même but, la prépondérance à tout prix de la race blanche, et n’hésitant pas à assassiner Noirs, Mexicains, Juifs, ne cherchant pas même à maquiller leurs meurtres. Steve Ryan et Angela Freeman, dont la mère était mexicaine, vont donc rechercher les coupables qui peuvent se nicher dans toutes les couches de la société. Même chez les policiers. Il existe bien des groupuscules antifascistes qui manifestent ouvertement contre le Klan, manifestations surveillées de près par les forces de l’ordre tandis que les défilés organisés par le Klan sont protégés par ces mêmes représentants de l’ordre. Il court le bruit que les anti Klan seraient manipulés par le FBI, afin de semer le désordre. Pour Steve et Angela la partie est rude malgré le renfort des hommes d’Espinoza. La lutte est âpre dans les contreforts rocheux, surtout de nuit, et que les klanistes sont décidés à tout.

 

Les Canyons de la mort. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

Les Canyons de la mort. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

Dans Les bayous de la haine, nous retrouvons nos deux héros qui sont envoyés à Tallahassee, ville de Floride, afin d’enquêter sur la mort de Jack Lancaster, un vieil homme de quatre-vingts ans qui devait témoigner devant la cour suprême pour des faits remontant à cinquante ans en arrière. Les événements s’étaient déroulés à Birmingham en Alabama, dans l’incendie d’une église, et les cadavres de fillettes noires avaient été découverts calcinés dans les décombres.

A l’origine de cet incendie se trouverait John Roowell, un agent immobilier véreux lié au Klan. L’enquête menée par Steve et Angela est officieuse car le capitaine Bert Lafarge, un Noir, n’est pas persuadé que le décès de Lancaster soit consécutif à un meurtre. Tout au plus promet-il de ne pas mettre des bâtons dans les roues des deux agents de l’AKN, mais certains policiers locaux n’apprécient guère cette intrusion.

Un témoin éventuel pourrait leur donner quelques précisions car Lancaster habitait dans les bayous, refuge des alligators. Un avis à témoignage est lancé dans les journaux et à la radio, à la recherche de ce témoin. Rendez-vous est pris mais Steve et Angela assistent impuissants à son enlèvement. Ce témoin est réputé comme trafiquant notoire et chasseur de peaux, malgré son handicap. Il est manchot à la suite d’un accident dans une manufacture et pour seule reconnaissance il fut licencié. Et l’on s’aperçoit que les alligators ne se trouvent pas uniquement que dans les bayous.

 

Les Bayous de la haine. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

Les Bayous de la haine. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

L’Idaho, état du nord-ouest des Etats-Unis, ayant une frontière commune avec le Canada, est peu connu pour ses engagements racistes, moins que les états du sud, mais cela ne veut pas dire qu’il ne s’y passe rien. Dans Les neiges de l’Idaho Steve Ryan prend l’identité d’un prisonnier que se serait fait la belle lors d’un séjour à l’hosto.

Tatoué, des papiers adéquats en main, un passé de fasciste convaincant, il rejoint la communauté d’un pasteur qui séquestrerait les parents d’une gamine. Seulement cette communauté n’est en fait qu’un camp retranché de nostalgiques du régime nazi et Ryan tente de se fondre dans la masse, afin de mieux réussir sa mission, tandis qu’à l’extérieur Angela, devenue serveuse dans un boui-boui de restauration rapide se morfond, attendant des nouvelles de son ami. Ryan n’est pas au bout de ses surprises et des dévoiements auxquels il peut assister, obligé même de participer parfois à son corps et son esprit défendant.

 

Les Neiges de l'Idaho. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

Les Neiges de l'Idaho. Réimpression août 2014. 48 pages. 14,00€.

Roger Martin n’en a pas fini de mettre en scène la lutte d’hommes et femmes intrépides, courageux, contre les agissements du Ku Klux Klan, qui comme l’hydre voit sa tête repousser lorsqu’on la coupe. Il pourfend par ses histoires, romans, documents, essais ou autres, les racistes, xénophobes, fascistes et autres résurgences du nazisme. Il met en garde les dérives de l’extrême-droite en France et à l’étranger, mais l’opinion publique habilement manipulée par des hommes politiques qui revendiquent des principes sécuritaires fallacieux, ne voit pas plus loin que le bout de son nez.

Les dessins de Nicolas Otero, dont c’était la première fois qu’il réalisait une série ambitieuse, sont très expressifs, utilisant un trait semi-réaliste fulgurant, que ce soit dans la représentation graphique des décors que dans celle des personnages. Ses couleurs qui s’intègrent dans un contexte de violence sont à base de rouge sang, de marron bistre, de bleu nuit, de vert glauque, rendant une atmosphère très sombre, étouffante, poisseuse, qui se marie très bien avec les scènes décrites. Et parfois les images se suffisent à elles seules. Un dessinateur à suivre.

 

 

Autres ouvrages de Roger Martin, une sélection  :

Roger MARTIN & Nicolas OTERO : AmeriKKKa, l’intégrale 1. Editions Emmanuel Proust. Parution 4 mars 2010. 148 pages.

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Published by Oncle Paul - dans Bande Dessinée
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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 13:54

S'il est invisible, c'est quoi sa couleur ?

Pierre PELOT : La couleur de Dieu.

Même s'il savait ce qu'il allait découvrir, Dylan Stark ne peut s'empêcher d'éprouver une vive émotion en revenant au pays, à la ferme familiale. Ou ce qu'il en reste.

Il était parti, enrôlé malgré lui dans les rangs sudistes, et son retour à Jaspero, Arkansas, ne signifie pas les retrouvailles du fils prodigue. La ferme a été incendiée, ses parents sont décédés, et son jeune frère a disparu. Mais ce ne sont pas les soldats nordistes, même s'ils patrouillent encore dans la région, qui sont à l'origine de cette destruction.

Son arrivée à Jaspero ne passe pas inaperçue. Personne ne l'attend, lui ce fils de métis Cherokee, un Bois-Brûlé comme ont l'habitude de les surnommer les Sudistes ancrés dans un racisme primaire. Mais il sait qu'il doit accomplir une mission : retrouver ceux qui ont dénoncé ou massacré ses parents.

A Jaspero, l'instituteur Dashiell Manton songe. Depuis un mois il a accueilli un élève noir dans l'unique classe du village. Mais les habitants sont furieux et ont même décidés de retirer leurs gamins de l'école si Lincoln Sodom continue à fréquenter l'établissement. Le vieux Rakaël, son seul ami, lui apprend que Dylan est de retour. Manton est effondré et soupire. Dylan, l'ami et le condisciple lorsqu'ils étaient gamins.

Dylan se présente chez Manton, ne sachant où aller et pensant à juste titre qu'il y sera bien reçu. Il est étonné toutefois d'apprendre que son ami est marié, avec Lilith, celle qui partageait leurs jeux lorsqu'ils étaient gamins. Les seuls avec Rakaël qui se réjouissent de retrouver Dylan tout en ayant peur pour lui.

 

Car en ville, dans une pièce du saloon Beckett, des hommes, des scélérats discutent, surveillant l'arrivée de Dylan qui franchit la porte de l'école. Ils n'ont pas spécialement peur, quoi que l'un d'eux redoute ce retour. Il sait que Dylan va chercher à se venger. Les Stark ont été abattus par des guérilleros, la version officielle, mais les assassins ne sont pas venus uniquement pour le plaisir.

Le maire, Lovedown, suivi comme son ombre par le shérif, n'en a cure du retour de Dylan Stark. Pour l'heure, seule l'affaire Lincoln Sodom l'énerve, l'exaspère. Un Noir dans une école réservée aux Blancs, c'est inadmissible. D'ailleurs les parents n'osent plus envoyer leurs gamins étudier.

 

C'est dans ce contexte délétère sur fond de racisme que Dylan Stark va se battre, moralement et physiquement sur plusieurs fronts. Retrouver ceux qui sont à l'origine du meurtre de sa famille, mais également aider les parents du petit Lincoln. Le gamin ne comprend pas ce qui lui arrive, lui qui ne demande qu'à apprendre à lire et à compter.

Les habitants de Jaspero sont en majorité des racistes qui n'acceptent pas que les Noirs puissent jouir des mêmes avantages que les Blancs, si l'éducation peut être considéré comme un avantage. Et le maire, homme tout puissant du village, riche et méprisant, va devoir subir la colère de Dylan Stark. Mais celui-ci, de même que Rakaël, est confronté à la vindicte des scélérats et les coups de fouet, une arme dont le vieil homme s'est fait une spécialité, sont un moyen dérisoire pour se défendre contre les armes à feu.

 

En cette année 1865, la guerre de Sécession a cessé, c'est sûr, mais pour autant les mentalités n'ont pas changé. Au contraire, il semble que le racisme, l'acrimonie envers les Noirs, se sont renforcés avec la défaite devant les Nordistes. Et cent ans plus tard, lors de l'écriture du roman, Pierre Pelot ne racontait pas une histoire qui se terminait, mais bien qui se prolongeait et se prolonge encore à cause de l'imbécilité des hommes et de leur supposée prépondérance naturelle envers ceux qui ne sont pas de la même couleur de peau qu'eux. Pourtant, qui peut dire quelle est la couleur de peau de Dieu ?

Bizarrement, en lisant la description des paysages peints par Pierre Pelot, j'ai eu l'impression diffuse que l'auteur était assis devant sa fenêtre et s'inspirait du décor qu'il avait devant lui.

Ce roman est destiné pour tous, à partir de onze ans affirme l'éditeur. Je suis sceptique, même si l'intention est bonne. Je ne sais pas si à onze ans, on comprend toutes les subtilités, les messages que désirait faire passer Pierre Pelot. Il est vrai qu'en 1967 ou encore en 1980, le contexte n'était pas le même qu'aujourd'hui. Les enfants lisaient plus et n'étaient pas saturés par les jeux vidéos et les violences, et donc étaient plus réceptifs à ce genre de lecture. Mais ce n'est que mon avis, et je pencherai plutôt pour une lecture à partir de quatorze ans.

 

Merci à Serge, qui m'a offert ce livre et qui se reconnaîtra.

Première édition Marabout. 1967.

Première édition Marabout. 1967.

Réédition Lefrancq. 1997.

Réédition Lefrancq. 1997.

Réédition Le Navire en pleine ville. 2006.

Réédition Le Navire en pleine ville. 2006.

Réédition Bragelonne. Version numérique. Février 2014.

Réédition Bragelonne. Version numérique. Février 2014.

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 13:33

On ne peut pas dire que ce soit une déclaration d'amour...

Alexis AUBENQUE : Tout le monde te haïra.

Dans une dizaine de jours, Noël arrivera avec son lot de cadeaux.

Pourtant, la distribution ne sera pas équitable pour tout le monde. Ainsi Alice Lewis arrive dans la petite ville côtière de White Forest, sise au sud de l'Alaska, n'ayant plus de nouvelles de sa sœur Laura. Sa mère, juste avant son décès, lui a appris quatre mois auparavant qu'elle possédait une sœur de vingt ans plus âgée qu'elle. Elle lui a écrit, Laura lui a répondu mais depuis un mois, c'est le silence total.

Alice veut signaler auprès des services du shérif Trévor cette disparition, mais elle se fait jeter dehors, le nom de Laura Barnes n'étant guère en odeur de sainteté. Laura est mariée avec Lloyd, le fils du maire de la petite ville, a un fils de dix-sept ans, Zachary, et travaille comme journaliste dans un périodique local. Elle enquêtait, aux dernières nouvelles, sur l'apparition lors de l'été de cadavres charriés par un iceberg en dérive et provenant d'un navire ayant échoué cent ans auparavant, le New Horizon. Mais c'est pour une toute autre raison que le nom de Barnes est tabou.

A sa sortie du commissariat, Laura glisse sur une plaque de gel et un homme qui passait inopinément par là la relève. Une occasion unique pour faire connaissance, mais lorsqu'Alice déclare qu'elle recherche sa sœur et évoque le nom de Barnes, l'homme a un haut-le-cœur. Il est détective privé, se nomme Nimrod Russel, et a été viré de la police par le maire, Abraham Barnes, pour une vague histoire d'inceste sur laquelle il avait enquêté. Nemrod a gardé de bonnes relations avec ses anciens collègues, car il n'était nullement fautif, au contraire, mais le maire n'avait pas du tout apprécié le résultat de cette enquête, pour des convenances amicales avec le père blâmable.

Nonobstant, Nimrod propose à la jeune fille de l'héberger, en tout bien tout honneur, chez lui, sur l'île Douglas qui est située juste en face de White Forest. Comme Alice n'est pas fortunée, elle s'occupera du ménage, des repas et de sa chienne Laïka, si celle-ci l'accepte. Et lui se mettra à la recherche de Laura, ne promettant pas de résultats probants.

 

Pendant ce temps, Tracy Bradshaw, lieutenant de police, est mandée d'urgence sur une affaire de meurtre particulièrement sanglante. D'ailleurs le meurtrier n'a pas fait dans le détail. Kruger a été pendu, dans sa grange, par les pieds avant d'être éventré du sexe jusqu'à la gorge par un hakapik, un pique de chasse utilisé par les Inuits pour la chasse au phoque. Nul doute que quelqu'un voulait signer le crime, le mettre à l'actif des Inuits qui sont cantonnés dans la région et que les envahisseurs américains tiennent en piètre estime.

Avec Scott, son nouveau coéquipier, qui a remplacé Nimrod, qui comme on l'a lu précédemment a été viré sans gloire, Tracy va s'atteler à une enquête difficile. Comme si elle n'avait pas assez d'ennuis personnels. Avec son mari Vernon, pas de problème, avec Alyson, leur fille, pas plus même si elle entre dans l'âge ingrat, mais Ridley, le garçon, fait des cauchemars la nuit, réveillant ses parents, les empêchant de jouir d'une nuit de repos entière, réparatrice et amplement méritée. Il se réveille en hurlant, déclarant voir des flammes partout, ayant peur pour sa sœur et ses parents, et affirmant que tout le monde le hait.

Avec Nimrod, Tracy a toujours eu de bonnes relations, et ce n'est pas la mise à l'écart de son ancien collègue qui a changé quelque chose. Ils parlent de leurs enquêtes respectives, et éventuellement se proposent d'échanger leurs renseignements, de se suppléer, de retrouver leur ancienne complicité. Mais cela ne se fera pas sans dommage, leurs adversaires inconnus ne leur ménageant pas les coups, ceux qui font mal. Mais qui sont ces adversaires qui se dressent sur leurs chemins ?

Est-ce l'enquête de Laura sur les cadavres du New Horizon, et surtout la disparition inexpliquée d'une centaine d'orphelins qui théoriquement étaient à bord du navire et dont les corps n'ont pas été retrouvés ? La disparition tout simplement de Laura, abandonnant sa famille pour un autre homme ? Le meurtrier de Kruger qui pourrait être une jeune femme d'origine inuit, et tient une sorte de maison de plaisirs particuliers, dont les clients sont adeptes de déguisements en tout genre, particulièrement celui de phoque énamouré ? Autre chose ? Ou tout simplement tout cela à la fois ?

 

Comme ces bons feuilletonistes qui savaient relancer l'action au moment crucial, abandonnant leurs personnages dans une situation délicate pour en retrouver d'autres qui eux aussi connaissaient des problèmes dans les chapitres précédents, Alexis Aubenque construit son intrigue en naviguant d'un protagoniste à un autre, d'une phase angoissante à une autre. En y incorporant ses thèmes de prédilection, l'eau, la mer de préférence, et les îles.

Tel une arachnide méticuleuse, Alexis Aubenque tisse sa toile sans se laisser distraire par les à-côtés tout en élaborant son intrigue comme un véritable Dédale, un labyrinthe qui offre de nombreuses voies de sorties en trompe l'œil. Parfois un cadavre vient s'engluer dans cette dentelle plus solide qu'il y parait, mais rien ne perturbe l'arachnide qui continue à broder. Une secousse qui pourrait sembler sismique, mais au contraire renforce l'édifice patiemment élaboré.

Alexis Aubenque possède cette faculté que n'ont plus de nos jours bon nombre de romanciers, celle d'entretenir l'intérêt du lecteur, sans s'adonner à des considérations oiseuses permettant de gonfler l'ouvrage mais n'apportent rien de plus que de l'ennui.

L'histoire se déroule sur quatre jours, et en incrustation le lecteur découvre le calvaire de Vassili, un gamin qui narre sobrement son parcours de jeune mineur. Pose de dynamite dans des galeries, puis le travail à la pioche comme les grands, les rebuffades, les réprimandes, avec au bout l'espoir qu'un jour il pourra retrouver Mère Russie.

 

Sous couvert d'un roman d'aventures palpitant, les origines complexes de cette intrigue nous offrent un final éblouissant jouant sur l'appât du gain et l'indifférence des êtres humains qui ne se demandent pas pourquoi certains produits sont si peu onéreux, alors que se sont des enfants qui les fabriquent. L'auteur évoque un contexte socio-économique malsain avec une introspection historique.

Vous savez aussi bien que moi que cela arrange toute la planète qu'il y ait des pauvres pour engraisser les riches.

Une déclaration émise par l'un des protagonistes qui démontre un cynisme émanant de riches et de ségrégationnistes ou d'antisémites envers toute une population parfois inconsciente ou aveugle de ce qu'il se passe réellement.

 

Mais Alexis Aubenque joue également avec le lecteur. S'il évoque furtivement Jack London, le décor et certaines scènes nous incitent à penser à ce grand écrivain, il renvoie à d'autres personnages célèbres. On ne peut que rapprocher le prénom du détective, chasseur d'images puisqu'il travaille essentiellement sur des affaires de cocufiages, à celui d'un autre grand chasseur mythologique. Nimrod, qui en hébreu signifie se rebeller, ne serait donc que la déformation de Nemrod, le chasseur éternel. Et que penser du patronyme de cette jeune fille qui recherche sa sœur : Alice Lewis, qui est une référence implicite à Alice de Lewis Carol.

 

Le bon point du jour est également attribué à Alexis Aubenque, qui connait mieux le français que bien des journalistes lesquels n'hésitent pas à déclarer : il y avait deux mille chômeurs l'an dernier et cette année ils sont deux fois moins (ceci n'est qu'un exemple). Ce qui veut dire, si je compte bien, qu'ils sont quatre mille en moins. Deux mille moins quatre mille égale ? Et oui, il y a un truc et pourtant on entend ou on lit ce genre de phrase quotidiennement.

Page 361, Alexis Aubenque écrit : Il mit moitié moins de temps pour rejoindre le campement de base qu'il n'en avait mis pour grimper. La formulation est exacte et nos braves journalistes ou économistes qui veulent nous donner des conseils et affirmer leur supériorité intellectuelle devraient en prendre de la graine.

Alexis AUBENQUE : Tout le monde te haïra. Collection La Bête noire. Editions Robert Laffont. Parution 4 novembre 2015. 432 pages. 20,00€.

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 15:04

Bon anniversaire à Eduardo Mendoza,

né le 11 janvier 1943.

Eduardo MENDOZA : La ville des prodiges.

La ville des prodiges, c'est Barcelone, une ville en pleine expansion, en pleine fièvre industrielle en cette année 1888, et qui organise après Londres et Paris "son exposition universelle".

Dans cette cité en effervescence, débarque un jeune garçon, Onofre Bouvila, qui, à treize ans, se lance à corps perdu dans la bataille de la vie sans aucun complexe.

Il s'installe dans un hôtel miteux et pour payer sa pension va distribuer des tracts de propagande anarchiste. Qu'importe le métier, il veut réussir. Il deviendra successivement camelot, homme de main, chef de gang, trafiquant, grand industriel, et il devra sa réussite grâce à un manque total de préjugés, à sa faculté d'adaptation quelles que soient les épreuves, son obstination sans faille, la facilité avec laquelle il ourdit les plans les plus ingénieux et dans lesquels succombent ses ennemis et ceux même de ses amis tombés en disgrâce à ses yeux.

Il avait une confiance sans limites dans sa capacité à surmonter n'importe quel obstacle et à tirer profit de n'importe quelle difficulté.

 

Au travers de cette ascension, c'est la ville de Barcelone, son histoire, la grande et la petite, son expansion, son développement qui nous sont révélés, avec force détail, avec minutie, avec chaleur, avec amour, avec réalisme mais sans complaisance, par l'un des plus grands romanciers espagnols actuels.

 

Eduardo Mendoza dépeint une jungle dans laquelle vivent, survivent, meurent, rufians, maquereaux, filles de joie, travestis, voyous en quête d'honorabilité, bourgeois décadents aimant s'encanailler, toute une faune haute en couleurs, prête à tuer pour se défendre, prête à toutes les compromissions, mais avide de respectabilité.

Les aventures des derniers des Picaros, ces aventuriers espagnols, qui ont justement fourni ce qualificatif de picaresque aux romans d'action.

 

Un roman dense, touffu, prenant. Le lecteur suit avec intérêt, avec passion, les aventures, l'ascension de Onofre Bouvila, mais aussi l'extension, l'industrialisation de Barcelone souvent à l'avant-garde du progrès, réceptrice d'idées nouvelles, et souvent refrénée dans son essor par Madrid, la capitale.

Plus qu'un roman policier, plus qu'un roman d'aventures, c'est un roman d'amour. Un roman d'amour pour une ville : Barcelone.

Première édition Le Seuil. 1988.

Première édition Le Seuil. 1988.

Eduardo MENDOZA : La ville des prodiges. (La Ciudad de los prodigios - traduction d'Olivier Rolin). Collection Points Romans. Parution septembre 2007. 544 pages. 8,40€.

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9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 13:38

N'est pas celle du Père Noël !

Georges-Jean ARNAUD : La défroque.

Avec son menton en galoche, ce qui lui a valu son surnom, qui posé sur les cageots de légumes ou de fruits, les retient sur son diable, et avec ses petits bras musclés, Luigi Sorgho est très demandé par les déballeurs sur le marché de Hyères.

Il boit ses rosés que lui ont offert les acheteurs pour ses bons et loyaux services de manutentionnaire, chez Henri, un petit bar rendez-vous des marchands et maraîchers. Italien, il vit avec sa sœur Grazia dans un petit appartement qui leur suffit amplement. Ils sont restés célibataires et cela leur convient bien.

Ce jour là il aperçoit un homme, habillé de bric et de broc, buvant une menthe à l'eau (mais n'est pas maquillé comme une star de ciné). Ce visage, il le connait mais est incapable de se remémorer où il a vu ce personnage qui lui sourit. Luigi s'informe auprès d'Henri. Le cafetier ne peut guère donner de renseignements. L'homme apporte des cageots de cerises, lorsque c'est la saison, et achète de la ficelle à Marguin, un grossiste, et circule dans une vieille fourgonnette. Les autres consommateurs, qui taquinent volontiers Galoche, n'en savent pas plus, sauf qu'il vivrait dans une communauté près de Méounes. Il y a en même un qui lâche avec détachement qu'il lui fait penser à un curé.

Le déclic ! Le soir même Galoche annonce à sa sœur qu'il a vu l'abbé Corti, en civil. Il est inquiet. Ayant assassiné deux ans auparavant un homme, il s'était confessé sur les instances de Grazia à cet abbé alors qu'ils séjournaient à Digne. Ce crime était resté impuni, mais quand même. Que fait donc Corti à Hyères, si ce n'est pour le harceler. Il faut absolument retrouver où il crèche (normal pour un curé), et savoir ce qu'il lui veut. Peut-être pour le dénoncer.

Alors Grazia et lui vont unir leurs forces pour découvrir où se terre ce curé. Et ce qu'ils apprennent dépasse leur entendement. Corti n'est plus curé, de plus il est marié et dirige avec sa femme une communauté recueillant des routards. Galoche s'affole et obnubilé par son premier crime et la peur au ventre que son ancien confesseur le dénonce auprès de la police, il va commettre un second meurtre.

 

Luigi est un être fruste, s'exprimant difficilement en français, vivant sous la domination de sa sœur Grazia, confite, comme un vieux citron, en dévotion. La peur de se voir confondu pour un crime ancien, être dénoncé par un ancien curé, l'empêche de réfléchir sereinement, et dans sa panique va commettre justement ce qu'il ne fallait pas faire. Il est vrai qu'il est mal conseillé par Grazia, mais il redoute également les forces policières, n'étant pas vraiment en règle dans son pays d'adoption.

Peu à peu, à la façon de Frédéric Dard et d'Alfred Hitchock conjugués, Georges-Jean Arnaud joue sur l'inquiétude de ce couple frère-sœur, non incestueux je précise, inquiétude renforcée par la peur que leur passé les rattrape. Ils sont incapables de penser, réfléchir sereinement, et s'affolent avant de savoir réellement ce que fait Corti dans la région.

Une atmosphère romanesque lourde qui de plus est développée par la chaleur de la région. Luigi-Galoche ne crache pas, au contraire, sur les petits verres de rosé qui lui sont offerts, s'en paient quelques-uns supplémentaires ce qui bien évidemment occulte sa réflexion, son cerveau étant quelque embrumé.

 

Si le thème de ce suspense est intemporel, un homme fautif qui pense, à tort, être traqué, certains éléments ancrent ce roman dans une époque révolue.

Ainsi, en ce début des années 1970, il est commun de parler encore en anciens francs, même si le nouveau franc est de mise depuis 1960. Ce qui peut occasionner à ceux qui n'ont pas connu cette période quelques désagréments dans la compréhension des sommes indiquées. Luigi reçoit cinq à dix francs (nouveaux) pour son travail de manutention auprès des acheteurs de légumes. Dans le même temps une brave femme indique qu'elle touche deux mille francs (anciens soit vingt francs) pour une demi-journée de travail.

Dans le bureau de poste où Luigi et Grazia recherchent un numéro de téléphone, ils sont surpris de ne pas trouver l'annuaire des Basses-Alpes, oubliant que depuis 1970 ce département a été rebaptisé Alpes-de-Haute-Provence. Et alors qu'ils veulent téléphoner à l'évêché afin de demander un renseignement concernant Corti, la demoiselle (c'est toujours une demoiselle) du guichet téléphonique leur signifie qu'il y a une demi-heure d'attente. L'automatique n'était pas encore en place partout, ce qui amène à nous souvenir du fameux sketch de Fernand Raynaud, le 22 à Asnières.

 

Merci à Patrick qui se reconnaitra et m'a fait parvenir ce roman.

Première parution collection Spécial Police N°1044. 1973.

Première parution collection Spécial Police N°1044. 1973.

Réédition collection Spécial Police N°1604. 1980.

Réédition collection Spécial Police N°1604. 1980.

Georges-Jean ARNAUD : La défroque. Collection Crime Fleuve Noir N°19. Editions Fleuve Noir. Parution février 1992. 224 pages.

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 14:40

Viens dans mon joli pavillon...

Fred KASSAK : Une chaumière et un meurtre.

Il n'est guère aisé de travailler dans une ambiance dans laquelle le bruit est roi.

C'est ce que déplore Lionel Fribourg, égyptologue distingué, qui aimerait pouvoir écrire un mémoire sur les religions de l'Egypte ancienne d'après les tonnes de notes qui s'entassent dans un appartement exigu et réceptif à toutes sortes de sons discordants, cacophoniques et assourdissants.

Un mémoire qui lui entrouvrirait les portes du Collège de France et lui apporterait la consécration, et peut-être l'opulence.

Une rencontre inopinée avec Agnès, jeune femme naïve, très naïve, pour ne pas dire plus, lui fait miroiter ce qu'il n'osait plus espérer : un havre de paix dans un pavillon de banlieue.

Ah le calme, la tranquillité !

C'est sans compter sur le destin malin qui semble jouer comme au ludion inaccessible avec ce pavillon tentateur.

 

Fred Kassak est un auteur de roman policiers et romans noirs et, outre une ingéniosité perverse dans ses intrigues, il allie à une trame solide une écriture humoristique très travaillée, proche de celle de Wodehouse ou de Dickens dans les Papiers Posthumes de Monsieur Pickwick ou encore Charles Exbrayat.

L'humour est présent d'une façon sobre, apparemment facile, excluant toute vulgarité. C'est un humour axé sur le descriptif et la situation des personnages.

Ce roman a été adapté en 1963 par Pierre Chenal sous le titre L'assassin connait la musique. Avec dans les rôles principaux Paul Meurisse, Maria Schell (que j'aime) et Jacques Dufilho.

Fred KASSAK : Une chaumière et un meurtre.
Première édition Collection Un Mystère N° 570. Presses de la Cité. 192 pages.

Première édition Collection Un Mystère N° 570. Presses de la Cité. 192 pages.

Réédition format Kindle avril 2015. 4,49€.

Réédition format Kindle avril 2015. 4,49€.

Envie de connaitre Fred Kassak ? Cliquez sur le lien ci-dessous :

 

Fred KASSAK : Une chaumière et un meurtre. Collection Le Masque jaune N°1981. Librairie des Champs Elysées. Parution décembre 1989.

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 12:15

Celui que vous attendez tous,

enfin je le suppose...

Mon palmarès 2015 !

Une fois de plus il m'a été difficile de dégager les romans que j'ai lu et préféré en 2015. Je ne veux pas dire que ce sont les meilleurs, je n'aurai pas l'outrecuidance de l'affirmer, d'ailleurs je n'ai pas tout lu, mais ce sont ceux qui m'ont conquis, par leur créativité, par leur ambiance, par le choix et le traitement des thèmes, par l'écriture.

Mais également dans l'intention, louable mais sans flatterie ou flagornerie, de faire découvrir de nouveaux auteurs et mettre en avant le travail effectué par des petits éditeurs, souvent provinciaux. Des petites structures pénalisées par le système de diffusion de leurs ouvrages et dont souvent la situation financière est flageolante. Ce qui n'empêche pas d'apprécier quelques anciens auteurs et éditeurs bien implantés.

Vous pouvez retrouver la ou les chroniques qui vous intéressent en cliquant sur le nom de l'auteur et le titre de l'ouvrage.

 

Tout d'abord, et cela me semble mérité, un tir groupé pour la collection [39-45] éditée par l'Atelier Mosesu.

 

MAZARIN Jean : Zazou.

PETROSKY Stanislas : Ravensbrück mon amour.

VIGNERON Michel : Un vent printanier.

 

Et comme l'année comporte douze mois, il est bon de proposer aux lecteurs qui lisent peu ma sélection comportant douze romans qui ne seront pas forcément primés par des prix prestigieux ou non, ou sélectionnés dans d'autres palmarès, certains confrères blogueurs, amateurs comme moi, préférant jouer avec les valeurs sûres et souvent étrangères.

De même, cette liste ne comporte aucun auteur étranger, car je n'en lis guère depuis quelques années, préférant la production française, assumant ce choix qui peut sembler franchouillard, mais il est bon de démontrer que chez nous aussi il existe de très bons auteurs qui n'ont rien à envier aux étrangers, sauf celui de l'intérêt d'un lectorat souvent influencé par les médias.

Exception faite pour mon tir groupé, j'ai voulu, parfois avec déchirement, mais j'assume, ne faire figurer qu'un seul roman par éditeur, pourtant d'autres ouvrages auraient mérité de figurer dans ce mini palmarès qui sort des sentiers battus.

 

AUBENQUE Alexis : Ne crains pas la faucheuse. Thriller N°11004. J'ai Lu.

BRUNET Mehdy : Sans raison... Thriller. Editions Taurnada.

CONTRUCCI Jean : L'affaire de la Soubeyranne. J.C. Lattès.

DARNAUDET François : Autopsie d'un bouquiniste. Zones Noires. Wartberg.

EMBARECK Michel : Personne ne court plus vite qu'une balle. L'Archipel.

GEORGET Philippe : Méfaits d'hiver. Polar. Jigal.

GIRODEAU Gildas : Antonia. Au delà du raisonnable.

HOLIN James : Sacré temps de chien. Polars en Nord N°191. Ravet-Anceau.

PALACH Jean-Marie : Le théorème de l'uppercut. Daphnis & Chloé.

SADAUNE Roland : Un caddie nommé Désir. Val d'Oise éditions.

SEMONT Christophe : Soleil noir. Thriller. Critic.

VAST Patrick -S. : Igneus. Fleur sauvage.

 

En 2015, je n'aurai lu que 222 livres. Ce qui, comparé au nombre de jours dans l'année, est peu. Un livre par jour me paraissant une bonne moyenne. Mais ne vous étonnez pas de ce nombre, car parmi mes lectures figurent bon nombre de petits ouvrages, souvent meilleurs par leur raccourci que des romans plus conséquents.

Je vous donne rendez-vous à l'année prochaine, peut-être, car j'ai décidé en accord avec moi-même de lire ou relire les romans contenus dans ma bibliothèque au détriment des nouveautés. Je ne vais pas hésiter à ressortir quelques bijoux, même si ceux-ci semblent dater un peu, ne sont plus à la mode, mais méritent un coup de projecteur et si cela peut inciter quelques éditeurs courageux à les rééditer, je pourrais me dire que je n'ai pas œuvré pour rien.

 

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 13:54

Et ceux qui soupirent, râlent ?

Brice TARVEL : Ceux du soupirail.

Les précédentes aventures de Morgane et de Mamie Edwige, sans oublier Valentin qui serait jaloux si on l'oubliait, ont été relatées dans certains magazines et même sur des réseaux sociaux, ce qui est flatteur mais également perturbateur.

Ce qui oblige Morgane, mais elle s'y adonne volontiers, à lire de nombreux messages via son ordinateur, et y répondre, car elle est une jeune fille polie. Toutefois, alors que les vacances de Pâques se profilent, elle reçoit un appel au secours de la part de Noémie, une gamine habitant au Tréport. Enfin, ce n'est pas Noémie qui a écrit le message, mais une copine un peu plus âgée, petite précision qui ne nuit en rien à la compréhension de cette notule, au contraire.

Aussitôt mamie Edwige prépare le voyage qui va s'effectuer en train et en car, son véhicule ayant déclaré forfait pour cause de vieillesse. Ils s'installent à l'hôtel puis partent à l'assaut de la falaise, afin de rejoindre la demeure de Noémie. Trois cent soixante cinq marches, environ, à se coltiner, c'est bon pour l'équilibre pondéral, pour la circulation sanguine, surtout lorsque l'on peut emprunter le funiculaire.

Mais avant de continuer cette histoire et suivre dans leurs déambulations mamie Edwige et les deux adolescents, intéressons-nous quelque peu au texte en raccourci du message, afin de nous plonger dans l'atmosphère de ce roman.

Noémie a dix ans, elle a lu un magazine qui présentait mamie Edwige, a tout de suite été intéressée, ses parents ont disparu depuis quelques semaines et elle a été adopté par son oncle et sa tante, depuis elle vit dans une baraque baroque en haut de la falaise, laquelle falaise est creuse en partie et grouille de monstres. Elle n'invente rien, d'ailleurs elle en a aperçu quelques-uns par le soupirail placé au pied de la maison.

 

Il n'en fallait pas plus pour attiser la curiosité de mamie Edwige, et alors que nos trois héros s'approchent de la demeure, ils sont abordés par une gamine sortant d'une hutte et qui les attendait. Noémie, vous avez deviné n'est-ce pas. Ils entendent une voix accompagnée par un piano s'élever dans les airs. La tante Madeleine, épigone de la Castafiore, et l'oncle Jean qui s'adonnent à leur passion, et ce durant des heures tous les jours.

Munie d'un cylindre métallique, Noémie s'approche du soupirail et les trois compagnons médusés distinguent une espèce de tentacule nantie de ventouses s'infiltrer entre les barreaux. Leur conviction est faite. Ils quittent Noémie et lui promettent de revenir le lendemain afin de s'entretenir avec ses parents adoptifs.

Après une nuit réparatrice à l'hôtel du Homard capricieux, mamie Edwige, accompagnée de Morgane et de Valentin, frappe à la porte du couple d'artistes amateurs. Elle se présente comme recruteuse pour la télévision et affirme que leur prestation, dont elle a pu entendre un extrait, l'a tellement éblouie qu'elle veut leur proposer de participer à une émission. Des louanges qui ne laissent pas indifférents et Tante Madeleine les invite à entrer. Hélas. Installés dans un canapé, mamie Edwige, Morgane et Valentin, assistent à une scène étonnante puis au moment où ils ne s'y attendent pas se trouvent basculés dans une sorte de trappe, plongent dans un gouffre et se retrouvent dans une grotte. Ce qui leur permet de constater que Noémie avait raison. Cohabitent dans cette caverne une méduse géante, un Léviathan, des crabes immenses et autres gentilles bestioles qui ne demandent qu'à accueillir les trois spéléologues malgré eux. Le genre d'accueil que peut effectuer un ogre en apercevant des gamins perdus dans la forêt.

Heureusement une aimable sirène du nom de Fahil va les aider à se dépêtrer d'un piège mortel.

 

Evidement, le lecteur adulte ne peut s'empêcher en lisant cette histoire d'évoquer deux grands noms du domaine littéraire fantastique : Jean Ray bien sûr, mais ce n'est pas la première fois que Brice Tarvel s'inspire du maître et narrateur des aventures de Harry Dickson. L'autre nom n'est autre que Howard Phillips Lovecraft, lui aussi grand fantastiqueur amateur d'animaux issus d'une imagination débordante et torturée.

Ce bestiaire, qui n'est pas composé de monstres inconnus mais d'êtres hypertrophiés, permet à Brice Tarvel de laisser sa fantaisie créatrice s'exprimer librement, et de jouer avec les codes de la littérature soi-disant juvénile mais que les adultes aiment lire, en cachette ou non, afin de retrouver cette innocence et ce débordement dans la démesure qui peuplaient les romans de notre enfance, succédanés d'Alice au pays des Merveilles, de Prince Caspian, de Bilbo le Hobbit, avec un petit air du Club des cinq, pour ne citer que les classiques.

Mais si mamie Edwige est toujours égale à elle-même, on assiste à une mue de Valentin et surtout de Morgane. En effet l'adolescente est jalouse parce que Valentin, son ami de cœur et d'aventures, rencontre un peu trop souvent à son goût Aglaé, la fille du gérant de la supérette de Florac. Aglaé, qui malgré son prénom, n'est pas si belle que ça, possédant un nez plus long qu'un salsifis et qu'une de ses prunelles ne parait pas bien axée. Evidemment, lorsqu'on veut trouver des défauts à quelqu'un il n'est pas difficile d'en repérer quelques-uns. Pourtant Morgane sait qu'elle ne doit pas céder à la jalousie. Ce qui ne l'empêche nullement de lancer quelques piques à son ami qui n'est pas désossé.

 

Brice TARVEL : Ceux du soupirail. Série Morgane. Collection Brouillards. Editions Malpertuis. Parution novembre 2015. 120 pages. 10,00€.

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 10:05

Bon anniversaire à Serge Quadruppani

né le 6 janvier 1952.

Serge QUADRUPPANI. Y.

Dans un grand brassage politico-terroriste mâtiné de truanderie, tout le monde pense tirer la ficelle alors que ce ne sont que des pantins manipulés.

Même le héros Emile K., ex agent du GIGN reconverti comme privé, qui n’était entré dans la police que sur infiltration et appartenait à un noyau d’extrême gauche depuis dissous.

Un cas que cet homme, presque un superman, qui utilise les sophistications modernes de la communication, se prend pour un Indien, se réfugie dans la poésie, écoute les vieilles chansons françaises à texte et donne ses rendez-vous dans des cafés à l’aide d’un code astucieux.

Claude, surnommé l’Escogriffe, fils d’un banquier qui vient de se faire la belle en subtilisant des documents et de l’argent, Claude, drogué, est traqué par une pléiade de personnages allant de l’énarque au truand. Les voies du Seigneur sont impénétrables, celles des terroristes et des politiques encore plus.

Adèle est à la recherche de sa sœur Annie, secrétaire du banquier avec qui elle s’est enfuie ou séquestrée par celui-ci. Entre Claude et Adèle s’établit une sorte de complicité semi-amoureuse, orchestrée par les événements et Emile K.

Mais la gravitation autour de ce couple d’un conseiller présidentiel, d’un député, de terroristes à la solde de pays du Moyen-Orient, de maffiosi, plus quelques éléments comme la drogue, nerf de la guerre secrète, font de ce roman comme une concentration de plusieurs affaires qui ont secoué le paysage politique et alimenté les faits divers, principalement en France.

Comme si tout ce qui se passe depuis quelques temps était joué sur une seule et unique scène de théâtre, par des acteurs déclamant des scénarii différents, éclairé par un projecteur.

Comme si d’un seul coup toutes ces saynètes s’imbriquaient dans une osmose dramatique.

De ce roman se dégage une grande violence, choix délibéré de l’auteur; une violence ressentie de l’intérieur, qui existe mais n’est pas toujours perceptible par le quidam qui la découvre à la télévision, à la radio ou dans les journaux.

Une violence canalisée par les médias. Une violence diffuse, latente, dans laquelle s’intercale la poésie, comme une page publicitaire dans un film de guerre.

 

Serge QUADRUPPANI. Y. Collection Métailié Noir. Editions Métailié. Parution octobre 1998. 214 pages.

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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 08:56

La vie continue... comme avant !

Roland SADAUNE : Gisants les-Rouen.

Des Sans Domicile Fixe, ou des Sans Abris, mendigotant aux entrées des commerces ou des édifices publics, couchant sur des bancs, cela peut ternir l'image d'une ville qui compte sur les rentrées d'argent touristiques.

Alors le meilleur moyen pour s'en débarrasser, c'est de faire comme la concierge qui pousse la poussière sous le paillasson, c'est de les cacher loin de la ville. C'est un édile Rouennais qui a eu cette lumineuse idée !

Le programme est chargé pour la capitaine Elise Verdoux, de la police judiciaire, qui doit enquêter sur l'assassinat de trois policiers territoriaux. Avec en bonus celui d'un SDF, dont le corps présente de nombreuses traces de lacération. D'autant plus bizarre que les vêtements eux sont intacts. Mais pour le moment, ce meurtre est à classer dans la case profits et pertes, l'enquête sur les territoriaux primant.

L'adjoint Praquetti, qui a décidé d'appliquer avec le maximum d'efficacité le décret concernant les SDF, est sur les dents, et bien naturellement le procureur, le responsable de la police Raymond Keller, Elise Verdoux, qui fut sa maîtresse durant deux ans mais a rompu depuis quelques mois, et quelques autres sont conviés à résoudre au plus vite cette affaire qui fait tache. Dans une poche de vêtement de chacun des trois policiers municipaux, une photo identique a été découverte. Celle d'une grille rouillée ouvrant sur un parc. Comme indice on pourrait faire mieux.

Heureusement une artiste peintre qui privilégie la nature comme thème de ses tableaux a assisté à un étrange manège près d'Hénouville à l'ouest de Rouen. Elle a réalisé une petite vidéo qu'elle a transmise à Verdoux et Person, l'adjoint de la policière. Et ce qu'ils découvrent leur ouvre des portes, celles de l'enfer. D'autant que sur cette vidéo ils reconnaissent un individu qu'ils côtoient quasi quotidiennement.

Cette première partie de l'enquête résolue mais pas terminée, Elise Verdoux se sent obligée de traquer celui que se nomme pompeusement Gladiator.

Gladiator, un être brutal, pervers, se sait débusqué, mais il pense qu'il bénéficiera de quelques indulgences auprès d'une hiérarchie qui se serre les coudes. Il va se planquer chez Lancaster, au grand dam de celui-ci, qui ne souhaitait aucun invité imposé dans sa résidence secondaire.

Lancaster est un écrivain qui vient de manquer de peu d'obtenir le Prix Jeanne d'Arc, alors que son éditeur et bien d'autres, auraient mis leur bras au feu persuadés qu'il partait gagnant haut la main. Il s'est réfugié dans la chaumière héritée de ses parents près de Lyons la Forêt, dans l'Eure, et Underwood chargée de rubans encreurs et de ramettes de papier, il va s'attaquer à un nouveau roman dont le thème est dicté par des réminiscences paternelles.

Son père également journaliste et romancier avait écrit quelques ouvrages sur les loups-garous, notamment l'Eure du loup-garou. Pour forcer l'inspiration, il avale à l'aide de verres de vin rouge des cachets d'ecstasy, ce qui le fait déconnecter parfois de la réalité. Sa voisine, qui aurait une certaine tendance à s'incruster, lui affirme qu'Ici les morts sont bien vivants. Un thème, une légende, un mantra, une affirmation gratuite à développer, pourquoi pas.

Commence alors une cavale pour Gladiator qui sème, à l'instar du Petit Poucet, des cadavres dans la forêt, près d'une plaque sur laquelle ont été sculptés des gisants.

 

Si le début de ce roman est une enquête véritable, la suite est une traque et un huis-clos. Traque menée par Elise Verdoux, laquelle ne sera pas à la noce, et huis-clos entre Gladiator et Lancaster.

Roland Sadaune emprunte à ses thèmes favoris, la peinture, le cinéma, mais aussi, plus personnel, la chaise roulante, pour construire ce roman en deux parties d'inégales longueurs mais dont le suspense monte progressivement. Une traque mêlée d'un huis-clos qui deviennent vite étouffants, âpres, violents et vont crescendo.

Les personnages qui gravitent dans ce roman, découpé en soixante-quatorze courts chapitres qui entretiennent une certaine vivacité dans le déroulement de l'action, sont autant de protagonistes parfois décalés et aux motivations troubles qui prennent à leur insu, ou non, une part prépondérante dans cette histoire. Si je me garde de dévoiler l'identité de Gladiator, c'est pour garder une part de mystère dans le récit, mais le lecteur perspicace de cette chronique aura rapidement mis un nom sur ce personnage malsain.

Roland Sadaune nous dépeint une société en déliquescence dont les acteurs malfaisants ne sont pas forcément ceux auxquels on pourrait songer.

Autres ouvrages de Roland Sadaune :

Et si vous désirez une lecture plus approfondie de ce roman, je vous engage à diriger le curseur de votre souris sur le lien ci-dessous :

Roland SADAUNE : Gisants les-Rouen. Val d 'Oise éditions. Thriller. Parution octobre 2015. 310 pages. 14,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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