Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 17:39

Roman court-métrage, ce texte dégraissé au maximum s’inscrit plus dans la veinloverboye de la longue nouvelle que des pavés qui actuellement tiennent une place prépondérant sur les rayonnages des libraires et assimilés, avec leurs doses de cholestérol pas toujours faciles à digérer. 

Mexicali, ville de Basse Californie située non loin de la frontière des Etats-Unis.

Miguel Angel Morgado, un avocat mexicain se consacrant aux droits de l’homme, est contacté par un avoué, Ismael Contreras, représentant de l’état de Basse-Californie, afin d’enquêter sur le meurtre de Fidel Chacón, le président honoraire de la commission des droits de l’enfant. Or selon Guadaloupe Estarza, la secrétaire de la commission présidée par le défunt, celui-ci enquêtait sur la disparition d’un enfant, Andresito, enlevé en plein jour sur une place, au milieu d’une foule nombreuse dans laquelle circulait une vingtaine de policiers. Guadaloupe est affirmative, Chacón était sur la piste des ravisseurs avant d’être tué. Un caméscope a été retrouvé non loin du corps et c’est le film qu’il contenait que Contreras incite Morgado de visionner. Grâce à un spécialiste qui découpe ce film en séquences et offre la possibilité de zoomer certains détails, notre avocat enquêteur va pouvoir situer l’endroit où le film a été tourné. Selon les policiers, le docteur Chacón était sur la piste de trafiquants d’enfants. Le pire est à venir pour Morgado.

Le lecteur lui sait que deux personnes sont à l’origine de cette disparition. Un infirmier et une femme à l’accent cubain et aux cheveux roses prélèvent des organes sur des gamins afin de les revendre.

Ce roman minimaliste ne s’embarrasse pas de détails superflus. En à peine cent pages tout est dit, écrit, sans pathos, mettant toutefois l’accent sur d’autres problèmes que les rapts d’enfants à des fins médicales et mercantiles. Le racisme y est aussi dénoncé, celui des Mexicains issus des envahisseurs espagnols envers les Indiens dont l’origine remonte à des millénaires, et une scène en fin de volume se montre particulièrement illustrative de la haine qui peut conduire les deux communautés à l’extrême.

Gabriel TRUJILLO MUÑOZ : Loverboy. Folio Policier n° 617. Réédition des Editions Les Allusifs. 96 pages. 4,10 € 

Repost 0
1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 15:31

PiedsNickeles.jpgQui de nous, je pense aux quadragénaires et plus, n’a jamais lu durant son enfance et son adolescence, au moins une aventure des Pieds Nickelés, version Forton, le créateur, ou Pellos, le successeur et continuateur. Croquignol, Filochard et Ribouldingue, notre fameux trio de Pieds Nickelés, sont nés en 1908 dans le Journal L’Epatant. Pellos reprend le flambeau en 1948, après quelques essais d’Aristide Perrée, en 1934 et Badert en 1939 qui firent évoluer notre trio vers des chemins moins politiques et moins crapuleux. Après Pellos d’autres continuateurs essayèrent de prolonger l’œuvre mais sans être vraiment convaincants.

Alors que nous promet cette nouvelle tentative de réhabilitation de nos joyeux drilles de cambrioleurs ? Pieds-Nickeles1.JPG

Nous retrouvons nos joyeux drilles dans une maison d’arrêt, une fois de plus, à la différence près que Croquignol manque à l’appel. Ribouldingue et Filochard sont inquiets de son sort. C’est le moment de découvrir pourquoi ils en sont arrivés là. Quelques semaines auparavant, le trio se demandait comment se remettre à flots. Depuis leur sortie de prison trois mois auparavant, les trois lascars n’avaient rien trouvé afin de se renflouer lorsqu’ils entendirent la voix (mélodieuse ?) d’une présentatrice des infos télévisées susurrer la dernière nouvelle du jour : L’Elysée vient d’annoncer que notre président, loué soit-il, débutera une tournée de dix jours sur les cinq continents afin de promouvoir la démocratie et les droits de l’homme dont notre cher pays est la patrie…. Ce qui immédiatement ramone les neurones de Croquignol et une idée en jaillit. De leur précédent séjour en tôle, Croquignol a su profiter. Il a suivi des cours d’informatique et il s’empresse de donner une nouvelle identité à Ribouldingue, lequel devient grâce à l’inscription sur des réseaux dits sociaux, un spin docteur. La définition qu’il en donne est simple : Un spin docteur, c’est un branleur en Maserati avec chauffeur qui te dit toujours le contraire de ce que tu penses pour paraître intelligent.

Muni de son CV bidon, Ribouldingue est accueilli par le secrétaire général du palais présidentiel et il fait si bonne impression que dès le lendemain les trois amis se retrouvent sur le tarmac prêts à embarquer pour le Burumburi, sous l’œil pointilleux, suspicieux et méfiant d’un agent féminin de la sécurité. Un cinéma en plein air vient d’être incendié, suite à la projection de l’intégrale de Christian Clavier, le centre culturel français ayant imposé cette diffusion à la place de celle de Jean-Claude Van Damme. Evidemment les spectateurs en colère n’ont pas apprécié le changement de progrPieds-Nickeles2.JPGamme. C’est sans compter sur les idées lumineuses de Croquignol.

Lorsque la suite présidentielle part pour le sultanat d’Oktar, leur prochaine destination, quelle n’est pas la surprise des passagers de découvrir que le plancher est recouvert de tapis et que les fauteuils ont disparu. Et ainsi de suite tout au long de leur voyage, les Pieds Nickelés vont procéder à des échanges qui semblent prometteurs. Le secrétaire général de l’Elysée est aux anges, quoique interloqué par les procédés peu diplomatiques, ou trop, de ses nouveaux conseillers. Vins de grand cru aux talibans, camemberts supposés bactériologiques à l’armée américaine, les 35 heures suggérés aux dirigeants chinois… Je ne dévoile rien puisque c’est écrit en quatrième de couverture.

Une aventure des Pieds Nickelés haute en couleur qui nous montre le visage de la France en plein effort de conquête des parts de marché. Evidemment le lecteur pourra reconnaître quelques figures politiques dont Claude Guéant souriant (étonnant non !) ou Alain Juppé surnommé Crâne d’œuf. Quant au président, dont je n’ai pas besoin de citer le nom, il n’apparaît qu’en mini silhouette, ou caché derrière une tribune sur laquelle sont installés les micros, ou encore derrière un garde du corps, et alors on ne voit que le bout du commencement de début de fragment d’embryon de pas grand-chose de morceau du visage. Une aventure débridée mais il est évident que dans quelques décennies les lecteurs ne pourront pas toujours identifier tous ces personnages qui gravitent actuellement dans la sphère politique.

Nos Pieds Nickelés toujours aussi jeunes ont évolué physiquement. Croquignol n’a plus sa tête en forme d’ogive, ou de suppositoire, quoique son appendice nasal soit toujours aussi développé, Ribouldingue ne possède plus une coiffure et une barbe hirsutes, quant à Filochard, fini le bandeau sur l’œil. Il met des lunettes de soleil dont l’un des verres est amovible.

Personnellement je trouve cette nouvelle aventure, avec des auteurs qui possèdent un sérieux métier, prenante, hilarante, ancrée dans notre époque, et fidèle à Forton, jubilatoire, roborative, délicieusement iconoclaste, irrespectueuse et sarcastique. Mais au lieu d’écrire page 1 : Une aventure rocambolesque de Malka-P’Tiluc-Luz, rocambolesque étant un adjectif bien entendu issu du personnage de Ponson du Terrail, Rocambole, j’aurais tout simplement mis : Une aventure croquignolesque et croquignolette…

A noter que les Editions Vents d’Ouest proposent également le meilleur des Pieds Nickelés en 9 tomes. Une idée de cadeau pour Noël (J’en rêve !). A suivre…

Les Pieds Nickelés de Malka, P'Tiluc et Luz. Editions Vents d'Ouest. 48 pages. 13,50€

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans Bande Dessinée
commenter cet article
30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 17:57

Certains prétendent que les livres de James Patterson sont formatés, écrits pour devenir des best-sellers, c’est peut-être vrai, mais sans une once de talent, un roman neDerniere-escale.jpg pourrait pas se vendre comme des petits pains malgré tout le talent promotionnel des éditeurs. Ecriture facile, oui, mais il est parfois compliqué de s’en tenir au sujet verbe complément et ne pas sombrer dans des digressions sans fin, des phrases à rallonges, des passages oiseux, comme je le fais en ce moment. En réalité James Patterson est efficace, ce qui attise la jalousie de certains. Dès les premières pages, le lecteur est happé et il ne peut plus lâcher le livre qu’avec regret, impatient de connaître la suite. Est-ce pour cela que les chapitres sont si courts, qu’à tout moment dans le métro par exemple on peut arrêter la lecture et la reprendre sans être obligé de revenir en arrière. Et James Patterson ne manque pas d’imagination non plus, un atout supplémentaire.

Katherine, docteur et veuve de son état, décide de prendre deux mois de vacances, afin de se ressourcer et détendre l’atmosphère familial. Deux mois à bord du yacht Famille Dunne, avec ses trois enfants, Carrie, 18 ans limite anorexique, Mark, 16 ans adepte de drogues dites douces et Ernie, dix ans, perpétuel affamé, plus Jake, son beau-frère, le frère de Stuart, le mari de Katherine décédé lors d’une plongée sous-marine. La tension qui règne entre les trois gamins joue sur les nerfs de Katherine qui souhaiterait que cette croisière leur permette de reconstituer la cellule familiale. Les enfants n’ont jamais accepté le remariage de leur mère avec Peter Carlyle, un avocat réputé. Ils ne supportent pas leur beau-père, un sentiment qui envenime leurs relations avec leur mère. L’expédition débute sous de mauvais auspices. Carrie tombe à l’eau, un suicide avorté grâce à la présence d’esprit de Jake. Un incident de parcours suivi d’un autre, moins anodin. Une avarie d’eau dans la salle des machines. Une réparation de fortune est effectuée et la croisière pourrait continuer sans un nouvel incident, cette fois nettement plus grave. Alors que la petite famille batifole dans l’eau, seul Jake étant resté à bord, le bateau explose. Jake est récupéré inanimé, profondément brûlé. Heureusement la caisse de survie flotte et ils peuvent s’installer dans un radeau non sans avoir auparavant été sérieusement inquiété par un requin. Et comme si ces ennuis ne suffisaient pas, la balise de détresse détourne les sauveteurs du lieu de l’accident en fournissant des renseignements erronés. La galère totale organisée afin de les éliminer, corps et biens.

Les rebondissements s’enchainent tels les grains, quelques uns plus gros que les autres, d’un chapelet. Et du départ de la famille pour une croisière qui ne s’amuse pas, en passant par un naufrage sur une ile déserte, jusqu’au procès au cours duquel les avocats s’en donnent à cœur joie dans la mauvaise foi, il n’existe aucun temps mort. Et les différents protagonistes de ce roman ne manquent pas de sel (marin) mais ceux-là je vous laisse les découvrir. Vous ne serez pas déçus.

James PATTERSON : Dernière escale. Traduit de l’américain par Philippe Hupp. Le Livre de Poche Thriller (réédition de L'Archipel).

Repost 0
30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 17:53

Plonger dans l’univers de Serge Brussolo, c’est s’immerger dans un monde étouffant, oppressant, envoûtant, angoissant, c’est aussi se prendre une bonne claque revigorante, façon douche écossaise. On connait les recettes de Serge Brussolo et pourtant à chaque fois il réussit le tour de force de se renouveler. Ainsi dans Ceux d’en bas, le second volet de L’Agence 13, les paradis inhabitables, il alterne réalité et imaginaire, avec sa propension à utiliser une pointe de fantastique dans une mise en scène solide n’excluant pas le côté poétique.Ceux-d-en-bas.jpg

Mickie Katz travaille dans une agence spécialisée dans l’aménagement de terrains en parc de loisirs et de remise en forme. En fait elle est chargée d’embellir d’anciennes scènes de crimes, afin d’effacer les atrocités commises et appâter les éventuels touristes. Sa nouvelle mission consiste en l’étude d’une proposition dans le Montana, à la limite du Canada. Hantée par le souvenir de son père terroriste en fuite, elle vit en marge, fuyant Los Angles pour un coin de désert. Son guide, Trois Griffes, descendant d’Indiens, la met en garde. Late Encounter, l’ultime rencontre, déformation de Lake Encounter, lac de la rencontre, le lieu où ils se rendent, n’a pas bonne réputation. Ses quelques quatre cents habitants vivent quasiment en autarcie, dans un village près d’un lac et sur lequel plane une malédiction. Dans la cabane qui a été attribuée à Mickie, a séjourné Lenora, une jeune femme elle aussi décoratrice, mais son séjour s’est terminé dans le lac en chemise de nuit. Mickie trouve, coincé entre des livres, un petit carnet sur lequel Lenora a consigné ses démêlés dans le village. Mickie aimerait en savoir un peu plus mais tous ceux auprès de qui elle se renseigne se referment, ne lâchant qu’avec regrets leurs révélations. Le shérif Pitman tient sa petite communauté d’une main de fer. Tanner Holt, ancien scénariste de télévision sur le déclin assure les programmes télévisés locaux tandis que Noah Jenson, le chargé de communication, vit depuis quelques années et semble avoir été adopté. Mais tout n’est que façade. L’origine de ce village remonte à deux cents ans en arrière, alors que des chercheurs d’or envahissaient ce coin montagneux du Montana occupé par les indiens Kichawas. Afin d’éliminer les occupants l’un des chercheurs a employé un stratagème subtil, sans effusion de sang et sans gaspillage de munitions. Il a simplement fourni aux autochtones des couvertures ayant servi à envelopper des malades atteints de la variole. Peu après la communauté indienne était décimée. C’est l’une des légendes qui court sur cet endroit, mais ce n’est pas la seule. Un archer énigmatique arrose de trois flèches à intervalles de plus en plus serrés les habitants de Late Encounter, parfois occasionnant des dégâts corporels. Les événements mystérieux se succèdent et à chaque fois Mickie est en possession de deux versions selon ses interlocuteurs. Ceux déjà cités mais aussi Sue Rolden la veuve présumée d’un plongeur hydrographe dont la dépouille n’a jamais été retrouvée et son fils Billy Bob, ou Ron-Russo Wichita, un octogénaire qui vit dans une résidence imposante et luxueuse sur le flanc de la montagne. Démêler le vrai du faux et le faux du vrai, deux rôles qu’endosse Mickie tout en travaillant sur le projet qui lui a été confié. Les révélations, les agissements des uns et des autres, les tragédies qui se succèdent, ses propres initiatives la conduisent dans le lac au péril de sa vie et dans une excavation secrète qui recèle beaucoup plus que ce qu’elle croyait trouver.

Ceux-d-en-basSerge Brussolo joue avec les nerfs de ses lecteurs, entretenant le suspense tout au long du récit qui se déroule sans temps mort, dans une atmosphère d’angoisse de plus en plus prenante, et minutieusement installée dès le début de l’histoire. Si certains n’hésitent pas à le placer près de Stephen King, personnellement je trouve que son sens de l’intrigue et sa virtuosité dans le gravissement progressif de l’échelle de l’angoisse sont plus forts, plus prégnants que chez Stephen King. En effet le maître de l’horreur américain souvent s’englue dans les premiers chapitres, l’histoire ne décollant véritablement qu’au bout d’une centaine de pages. Serge Brussolo instille dès le prologue un climat envoûtant, tout en prévenant son lecteur à plusieurs reprises, instaurant une muraille fictive entre réel et imaginé. Ainsi page 11 il écrit : Aucun de ces romanciers de pacotille qui écrivent des romans d’horreur n’oserait inventer une chose pareille ! Plus loin, il persévère : Personne n’est assez bon pour réussir un coup pareil, sauf au cinéma ou dans les romans. Comme si ce qu’il raconte est issu d’une histoire véridique et non pas une fiction provenant d’une imagination fertile. Il n’y a que dans les romans policiers que tout s’explique à la fin, dans la réalité, des zones d’ombre demeurent, et rien ne parvient jamais à les éclairer, tous les flics le savent. Quant à Mickie, jeune femme décalée, qui aimerait avoir un enfant, en choisissant un géniteur selon son goût, ni trop fade, ni trop musclé, elle est composée de deux éléments antinomiques : Parfois j’aurais voulu être une ménagère modèle vivant dans un joli pavillon d’une banlieue du Connecticut pour cadres huppés, parfois également, je me disais que ce genre d’expérience m’aurait rendue folle d’ennui, et que j’avais beaucoup de chance de tomber sur des cadavres chaque fois que j’ouvrais un placard. C’est bien connu, les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent !

Serge BRUSSOLO : Ceux d’en bas. Editions Pocket (réédition de Fleuve Noir).

Repost 0
30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 13:51

Dors min p'tit Quinquin, Min p'tit pouchin, min gros rojin, Te m'fras du chagrin si te ne dors point ch'qu'à d'main.

Et à Lille et ses environs, ce n’est point le P’tit Quinquin qui devrait s’endormir Bob-Dylan.jpgmais tous ceux qui gravitent dans cette histoire échevelée dont les personnages se croisent sans pour autant tous se connaître et dont le destin bascule pratiquement au même moment avec des fortunes ou infortunes diverses.

D’abord il y a Anne, prostituée indépendante. Elle tient à garder son statut malgré les propositions de Pierre Sauveur, un proxénète qui désire l’ajouter à son cheptel. Elle le rabroue vivement. Cet échange ne passe pas inaperçu de quelques clients du café où a lieu l’entretien. D’abord Léon, un vieux poivrot qui passe ses journées à écluser bière sur bière, occupé à écrire on ne sait quoi dans un cahier d’écolier. Sigismond Galade, professeur d’histoire, est attentif à cet échange verbal. Anne rentre chez elle et ses vieux démons l’assaillent. Elle croit entendre sa mère morte depuis des années, un fantôme qui a la malencontreuse idée de se rappeler à elle à tout moment. Galade est un exécuteur qui s’est donné pour mission d’éliminer les prédateurs de l’espèce de Sauveur. Et il ne déroge pas à la règle qu’il s’est fixée en révolvérisant Sauveur qui surveille l’appartement d’Anne.

Serge Bianey est un jeune homme dont l’occupation principale est de se tourner les pouces, de fumer des cigarettes blondes améliorées au haschich ou à la marijuana. Ses parents sont très riches et lui versent une rente mensuelle ce qui lui permet de vivre confortablement à lire les romanciers de la Beat génération. Son voisin et ami habitant l’étage du dessus se nomme Claude Dane et exerce la profession de journaliste localier. Bianay se rend fréquemment au Lucky, un club qui offre à ses clients, contre rémunération bien entendu, des prostituées qui travaillent sans être sous le joug d’un souteneur. Sa préférée se nomme Carole, une superbe Camerounaise. Mais il aime errer aussi et il rencontre en gare de Roubaix une jeune Allemande qui gagne sa vie avec sa guitare et son harmonica en interprétant des chansons de Bob Dylan. Il lui propose de dormir chez lui. Qu’elle se pique à l’héroïne ne le gêne pas outre mesure. Le seul petit truc qui pêche dans la panoplie de cette chanteuse des rues, le coutelas ensanglanté dans son sac.

Le commissaire Cheminvert et ses adjoints, Roger Fache et Yves Roloff, sont sur les dents. Alors qu’ils travaillent sur des incendies mystérieux, qu’un névropathe assassine des femmes et les découpe en petits bouts, le meurtre de Sauveur et d’autres affaires similaires requièrent leur attention, leur vigilance, leur force, amputant leur temps de repos. Car s’invitent dans cet embrouillamini un raciste qui n’hésite pas à tuer ceux dont le faciès ne lui convient pas, déclenchant par ce fait une guerre entre gangs. Une bourgeoise se livre à la dépravation pour satisfaire le plaisir sadique de son mari. Et si tout cela ne suffisait pas, quelques flics franchissent allègrement la barrière érigée entre légalité et corruption

Tout n’est pas rose dans l’agglomération lilloise en ce début du moins d’octobre 1966. Noël Simsolo nous emmène dans différents quartiers de Lille, à Roncq, La Madeleine et Roubaix, en Aronde et autres voitures de l’époque. Ce roman est construit comme un puzzle dont toutes les pièces seraient éparpillées. Peu à peu les pièces s’emboitent, par petites sections, l’histoire prend forme et lorsqu’arrive l’épilogue, tout est mis en place. Personne n’est oublié, personne n’est épargné. Un roman qui nous ramène à une période qui fleure bon la nostalgie des années 60 et nous renvoie à des auteurs comme Peter Randa et confrères, pour lesquels les truands avaient parfois encore des restes d’humanisme et les flics qui n’étaient pas tous blancs comme neige, peut-être à cause de l’héroïne qui circulait. Bon nombre de ces protagonistes se réfèrent à la Beat génération, Kérouac et autres. Une plongée en apnée dans un monde qui a bien évolué mais ressemble furieusement au notre.

Noël SIMSOLO : Bob Dylan et le P’tit Quinquin. Collection Noir & Polar. Editions de l’Ecailler. 184 pages. 17€

Repost 0
30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 13:49

Meurtri, veuf, Dainiaux se suicide après avoir vu un spectacle de peep-show dont Candy fut l'interprète. La jeune femme, qui sa prestation terminée l'a suivi, assiste à ce venus-peepshow.jpgdrame. Narval, inspecteur de police proche de la retraite, se voit retirer le dossier Toubaurg sur lequel il travaille depuis des années et se voit confier l'affaire Dainiaux. Toubaurg est un proxénète, propriétaire de nombreux peep-show et sex-shop, bien introduit dans les milieux politiques, le chantage aidant. Kavec, un journaliste dont le lecteur a fait connaissance dans Mort blanche, est contacté par un de ses anciens amis dont la petite fille, Madeleine, qui avait disparu depuis dix ans, a été aperçue sortant d'un de ces établissements destinés à assouvir les phantasmes d’hommes en manque d’aventures charnelles. Narval découvre dans la cave de Dainiaux un laboratoire photographique et une impressionnante collection de microfilms représentant des femmes nues dont les protubérances mammaires défient toute concurrence. Il se met à la recherche de l'actrice qui figure sur les négatifs contenus dans la montre-appareil photo du défunt et qui n'est autre que Candy. Tandis que Kavec se renseigne avec une force de frappe convaincante auprès de Ducastel un ex-journaliste pourri, sale et joueur, Lazlo, perturbé après avoir visionnè un film sur lequel Madeleine tenait la vedette, recherche rue Saint Denis quelqu'un pouvant lui fournir des éléments susceptibles de retrouver sa petite fille. Candy accepte de le rencontrer, décidant le lieu du rendez-vous. Un rendez-vous qui sera fatal à Lazlo, la jeune femme le trucidant à l'aide d'une machette. Elle assouvit une vengeance sur un innocent mais ce meurtre brouille les pistes. Daphné, la maîtresse de Kavec, de par son métier de call-girl, sait que Madeleine est la petite amie en titre de Toubaurg et en informe son amant. Narval a aperçu Lazlo au Pink Pussy, le peep-show où se produit Candy. Il l'attend à la sortie et l'emmène chez elle. Elle avoue son meurtre et Narval, au lieu de l'arrêter, lui propose une alliance afin de mieux faire tomber Toubaurg. Commence un chassé-croisé entre Kavec, Narval, et Morvan un inspecteur qui a pris la relève dans le dossier Toubaurg.

Ce deuxième roman de Canino reflète les fantasmes de l'auteur, qui ne sont pas érotiques mais anti-flics. "Kavec ne put réprimer sa répulsion pour les flics" (page 54). Et Kavec le journaliste héros et peut-être double de Canino, alias Noël Simsolo, ne se prive pas de les insulter, de leur cracher à la figure, et même de les tabasser. Mais les personnages de Canino sont tous plus ou moins névrosés; de Candy, la vedette vierge d'un peep-show qui assouvit sur un inconnu une vengeance vieille de plus de dix ans et qui ne travaille dans la rue Saint Denis que depuis une quinzaine de soirées, étant auparavant une pianiste de renom, à Narval qui lui aussi est fortement motivé par une vengeance quarantenaire, en passant par Madeleine, Ducastel, ou l'Albinos, gérant du peep-show.

CANINO : La Vénus de peep-show. Crime Fleuve Noir N° 42. Fleuve Noir.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
commenter cet article
29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 14:47

Malgré son statut de religieux, le cardinal Rodrigo Borgia, d’ascendance espagnole, possède maitresse et enfants. Mais comme c’était une coutume à l’époque,sang-des-Borgia.jpg nous ne jugerons pas la moralité de cet homme et découvrons ce destin gravé dans le sang.

Rodrigo Borgia récupère auprès de sa maîtresse du moment, Vanozza, trois de ses enfants, César, Juan et Lucrèce, lui laissant en garde le petit Geoffroi qui tète encore le sein maternel. César est âgé de sept ans, Juan six et Lucrèce trois. Le jeune Geoffroi les rejoindra plus tard. Entre César et Juan, ce ne sont qu’anicroches, les deux frères ressentant l’un envers l’autre une vive antipathie. Les enfants sont élevés avec les meilleurs précepteurs de Rome, entourés par Adriana Orsini, sa cousine veuve et par Julia Farnèse et sa jeune et belle nouvelle maîtresse. Déjà plane sur la famille Borgia les jalousies et les tentatives d’empoisonnement.

Ainsi un jour, alors que toute la famille se prépare à manger ensemble, le cardinal Borgia propose à Juan de goûter son verre de vin. Mais celui-ci est empoisonné. Heureusement Juan n’a fait qu’en prendre juste une toute petite gorgée, trouvant le breuvage amer. Juan est plongé dans l’inconscience durant de longues journées mais il parvient à s’en sortir. Le coupable est rapidement découvert. Il s’agit d’un valet qui était précédemment au service de la famille Rimini. Le cardinal fait venir d’Espagne un sien cousin, Don Michelotto chargé de protéger les enfants.

Après moult tractations, Rodrigo Borgia parvient en aout 1492 à se faire élire pape, en remplacement d’Innocent VIII, sous le nom d’Alexandre VI. La bataille a été rude car d’autres prélats espéraient revêtir la tiare pontificale dont Ascanio Forza de Venise et Della Rovere de Naples. Le nouveau pape est un homme de caractère, et pense à l’avenir de ses enfants. César est nommé cardinal, Juan devenant militaire. Le petit Geoffroi est celui dont il s’occupe le moins, car plus faible de caractère que ses frères. Quant à Lucrèce il envisage de la marier à Giovanni Sforza de Milan, le neveu du More. Giovanni vient de perdre sa femme et il serait un bon parti pour une Borgia. Lucrèce, quoique fort attachée à son père, un attachement fusionnel, accepte ce marché dans l’intérêt des familles. Elle n’a que treize ans et est déjà une belle jeune fille au physique prometteur. Mais auparavant il lui faut apprendre comment coucher avec un homme. C’est César qui est chargé de l’instruire, de lui montrer comment se comporter sous la couette en plumes. Ce dont il s’acquitte volontiers et les enseignements qu’il a prodigué à sa sœur semblent avoir été de bons conseils puisqu’ils récidivent pour le plus grand plaisir des deux partenaires. Malgré son mariage avec Giovanni, Lucrèce continue à avoir des rapports charnels avec son frère.

César se morfond dans son statut de cardinal. Il rêve de devenir militaire, le commandant de l’armée pontificale et ainsi prendre officiellement femme. Le ménage de Lucrèce est bancal et elle obtient auprès de son père l’annulation de son mariage. Pourtant lors de la nuit de noce, trois témoins étaient présents afin de confirmer que son mari avait bien possédé sa jeune épouse et que l’union avait déclarée valable. Alexandre VI accède à la demande de sa fille. Seulement Lucrèce est enceinte des œuvres de son frère et il faut cacher son état de parturiente primipare. Avant d’organiser une nouvelle union, au grand désespoir de son frère.

sangborgia.JPGCocufiages, viols, incestes, guet-apens, empoisonnements, meurtres et tentatives de meurtres, empoisonnements, tortures, prévarications, concussions, trahisons, simonies, alliance, guerres entre royaumes italiens, le tout sur fond de prières, tels pourraient les mots-clés de ce roman dont la première publication en France remonte à 2002. La diffusion à la télévision de la série des Borgia a sûrement influencé l’éditeur de le rééditer, sous une nouvelle couverture, et cela permet de prolonger le plaisir des images. Mario Puzo a longtemps mijoté ce roman qui lui tenait à cœur. Au départ ce n’était qu’une passion historique qu’il a fini par coucher sur le papier. Peu de temps avant sa mort, survenue en 1999, Mario Puzo avait demandé à sa compagne de terminer son œuvre, ne désirant pas que ce soit quelqu’un d’autre qui touche à son manuscrit. Durant des années Mario Puzo et Carol Gino avaient parlé de cet engouement pour cette période italienne, durant des heures, échangeant leurs impressions, de ce besoin d’écrire, de relater la vie des Borgia, laissant macérer, mijoter et enfin se décider à rédiger. Carol Gino était donc à même de peaufiner et terminer ce roman qui comporte quelques longueurs, à mon avis, tant on est happé par l’histoire et qu’on souhaite en connaître l’épilogue au plus vite. On retrouve les figures emblématiques de l’époque, les rois de France Charles VIII et Louis XII dont les troupes font des incursions afin de récupérer de nouveaux territoires, Savonarole, le prédicateur jetant ses anathèmes contre la corruption, Machiavel qui s’inspirera de César Borgia pour écrire Le Prince, et Michel-Ange dont la renommée commence à s’imposer, alors que la Renaissance balbutie.

Mario PUZO : Le sang des Borgia. (The Family – 2001. Traduit de l’américain par Jean-Paul Mourlon). Editions de l’Archipel (première édition 2002). 384 pages. 19,95€

Repost 0
29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 09:30

Imaginez ! Vous entrez dans une pièce plongée dans les ténèbres et heritage-dickens.jpgqui vous est inconnue. Vous connaissez l’emplacement de l’interrupteur, donc vous n’êtes pas plus déboussolé que cela et pourtant. L’ampoule, dite à économie d’énergie, ne commence à diffuser qu’une pâle lueur qui se met peu à peu à rayonner et atteindre sa pleine puissance qu’au bout de quelques secondes. Les ténèbres se dissipent pour votre plus grand plaisir. Entrer dans ce roman fournit à peu près cette sensation d’obscurité qui se dissipe graduellement.

Londres, décembre 1860. Tiny Tim, alias Timothy Cratchit, le héros imaginé par Charles Dickens dans un Conte de Noël et plus précisément dans le deuxième rêve que fit Ebeneezer Scrooge au cours des trois nuits qui précèdent et suivent la Nativité, Tiny Tim se trouve dans un désarroi compréhensible car sa famille est pratiquement décimée avec la mort de ses parents et de la plupart de la fratrie. Son père est décédé six mois auparavant. Il croit le distinguer partout où il se rend, derrière des vitrines, dans la rue, dans des boutiques, mais ce n’est que son esprit qui mène la danse. Il n’a pas vu son frère Peter qui marié tient un studio photographique, depuis cette même date, et pour se renflouer financièrement il est soumis à l’obligation de rendre visite à l’ancien employeur de son père, Scrooge, alias monsieur N. ou encore oncle N. auprès duquel il perçoit une rente. De son handicap à la jambe droite, il ne reste qu’une légère claudication et des douleurs qui se réveillent lors des changements de saison. Son attelle a été donnée à un ferrailleur et ses béquilles brûlées dans la cheminée. Ce que regrettait sa mère, qui affectionnait l’humour noir, car disait-elle, c’était bien pratique pour se gratter le dos.

Aussi, ayant eu l’opportunité de trouver un logement, un individu nommé Georges lui ayant obligeamment glissé une carte sur laquelle figure une adresse, il s’installe chez Miss Sharpe, une tenancière de maison close. Officiellement il est employé en tant que comptable mais en réalité il est précepteur, enseignant l’alphabet à la maîtresse de maison, lui apprenant à lire dans le roman de Daniel Defoe, Robinson Crusoé. Ce qui permet à celle-ci d’extrapoler sur les relations entre le naufragé et Vendredi.

Lors de ses pérégrinations dans la capitale britannique, Tim aperçoit sur la chaussée le cadavre d’une gamine entre deux policiers dubitatifs. L’épaule de la gosse est tatouée d’un G. Ses journées sont fort occupées, et le soir il aide volontiers le vieux capitaine Gully à repêcher des cadavres dans la Tamise. Le plus souvent ce sont des animaux. Rarement, ils ont la chance de remonter à la surface celui d’un être humain, et dans ce cas, la menue monnaie et les bijoux deviennent leur bien. Seulement cette fois c’est celui d’une gamine, tatouée elle aussi, qu’ils draguent dans leur filet. Tim aperçoit une autre fillette, sauvage, qui s’enfuit à son approche, mais semble souvent se trouver sur son chemin. Une de ses déambulations lui font rencontrer Colin, surnommé le Mélodieux à cause du charmant filet de voix qu’il possède. Colin est un gamin d’onze ans, effronté, hardi, solitaire, amusant, collant parfois, téméraire, indépendant, débrouillard. Colin lui présente alors Philomela, en abrégé Philly, et Tim parvient peu à peu à l’apprivoiser. Seulement d’autres personnes paraissent attachées à Philly. Une bonne sœur dont la cornette se dresse sur son chef telle une tente de camping, et déambule une Bible sous le bras. Elle veut absolument prendre en charge Philly et l’envoyer dans un refuge, au grand dam de la gamine. Puis c’est un homme qui essaie de l’enlever et de l’enfourner dans un cabriolet armorié, dans lequel se cache un homme au visage chafouin.

héritage dickensSi Louis Bayard, un Américain comme ne l’indique pas son nom chevaleresque, n’est pas fidèle au style et dans la forme mais il respecte le fonds des romans de Charles Dickens. Par exemple Charles Dickens a toujours mis en scène des enfants dans ses histoires, des gamins en prise avec les vicissitudes de la vie. Oliver Twist, bien évidemment, David Copperfield, La petite Doritt, Barnaby Rudge, De Grandes espérances, Nicholas Nickleby, et Timothy Cratchit dans Un chant de Noël connu également le titre de Conte de Noël. Des enfants, souvent orphelins, issus d’une famille pauvre, cherchant à s’élever sans tomber dans la voyoucratie malgré les tentations et perversions auxquels ils sont confrontés. Et si l’on retrouve, dans cet Héritage Dickens dont le titre français met l’accent justement sur l’œuvre du grand écrivain britannique, Timothy, le « héros » de Un chant de Noël, ce sont bien les enfants qui l’accompagnent dans ses pérégrinations qui prennent le pas. Les gamines dont la vie misérable, pour ne pas dire misérabiliste, est sujette à la concupiscence d’adultes dévoyés. La référence à Dickens apporte un regain d’intérêt, d’abord par l’aura dont jouit toujours cet auteur, mais également historique par la description des mœurs et des docks londoniens. Il est évident que Louis Bayard aurait pu placer son intrigue de nos jours, dans des lieux semblables, ou en l’exportant dans des pays réputés pour l’accueil réservé aux adultes qui recherchent des sensations procurées des corps juvéniles. Cela n’aurait peut-être pas eu la force et l’attrait que cette histoire possède en la transposant au XIXème siècle.

Je vous invite également à lire  mon article concernant la biographie de Charles Dickens par Jean-Pierre-Ohl

Louis BAYARD : L’héritage Dickens. (Mr Timothy – 2003. Traduction de l’américain par Jean-Luc Piningre). 400 pages. 21€.

Repost 0
28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 13:17

Prononcer le nom de Charles Dickens nous renvoie aussitôt à notre enfance, avec la lecture de David Copperfield, d’Oliver Twist, des Contes de Noël et autres ouvrages dickens.gifpubliés dans des éditions jeunesse parfois abrégées. Ces versions condensées ôtaient à ces romans, sans que dans notre esprit encore juvénile nous soyons vraiment interloqués. Mais relire aujourd’hui ces romans nous entraineraient sans aucun doute à des réflexions plus profondes et Jean-Pierre Ohl nous y incite par le truchement de cette biographie qui éclaire sous un jour nouveau ces œuvres beaucoup plus sociales et engagées qu’il y parait.

Charles Dickens est né le 7 février 1812 près de Portsmouth d’un père petit employé à la paierie de la marine qui en 1814 est nommé à Londres. L’enfance de Charles Dickens est ponctuée par les vicissitudes pécuniaires parentales. John Dickens est dispendieux, pourtant il veut tenir un rang au dessus de ses moyens. De nombreux déménagements ponctuent la jeunesse et pour subsister le ménage est contraint de vendre argenterie, objets précieux et livres à des prêteurs sur gages et un libraire. La mère de Charles est contrainte d’ouvrir un pensionnat, mais à cause de ses dettes, notamment auprès d’un boulanger, John Dickens est emprisonné à la Marshalsea. Une incohérence car être enfermé dans une prison pour dettes empêche toute entrée de revenus. Le jeune Charles le jour anniversaire de ses douze ans est obligé d’interrompre ses études et de travailler dans une fabrique de cirages. Il fixe des étiquettes sur les boites. Le trajet qu’il emprunte pour se rendre à l’entrepôt est particulièrement mal famé et il en garde une vision qui le marque à jamais. L’argent qu’il gagne sert à nourrir la famille. Son père libéré il peut enfin reprendre ses études malgré les réticences de sa mère. Ce déni maternel s’ajoute à une déjà longue liste de reproches à son encontre et il voue à sa mère un ressentiment qui perdurera longtemps. C’est à cette époque qu’il ressent les premiers maux rénaux qui le feront souffrir sporadiquement toute sa vie. Il fréquentera durant trois ans la Wellington School Academy, un bien grand nom pour un établissement en bois, puis deviendra coursier aux écritures dans un cabinet juridique. A l’instar de son père qui a appris la sténographie, il apprend cette écriture des signes ce qui lui permet d’entrer comme sténographe au tribunal ecclésiastique. Mais le jeune Charles possède un don, celui de comédien et il s’amuse à mimer les personnes qu’il côtoie pour le plus grand plaisir de ses camarades. En 1830 il s’éprend d’une coquette et belle jeune fille, Maria Beadnell, fille d’un banquier. Mais cette relation ne plait pas du tout au père de Maria et il est obligé de cesser toutes relations. En 1832 Charles Dickens devient journaliste. Il a déjà écrit de petites pièces de théâtre, des pastiches, mais ses premiers pas littéraires s’effectuent au Monthly Magazine auquel il propose de courts textes, des esquisses signés du pseudonyme de Boz. Possibilité lui est donnée de participer à une nouvelle aventure, début 1835, au supplément du soir du Morning Chronicle er de réserver ses nouvelles esquisses signées Boz. Le rédacteur en chef est George Hogarth qui deviendra son beau-père. Le célèbre dessinateur Robert Seymour suggère aux éditeurs Chapman et Hall de publier les aventures du Nemrod Club, en livraisons mensuelles. Ceci se passe en 1836 et Charles Dickens qui possède une énergie à toute épreuve et un caractère trempé se révèle pugnace, et impose ses idées. Ce sera le début des aventures de Pickwick et de l’épopée littéraire de Charles Dickens. Les succès s’enchaineront mais le mariage avec Catherine Hogarth connait plus de bas que de hauts, malgré les naissances multiples.

dickensCe qui relie tous les romans et contes écrits par Dickens est cette envie de montrer, et combattre avec sa plume, les injustices sociales. Il est indigné surtout par les conditions de travail des enfants mais aussi par d’autres injustices. Il emprunte à sa période d’adolescence les portraits des personnages qu’il va mettre en scène, décrire ce qu’il a vu, connu, sous couvert de fiction. Il visite en 1838 les grandes usines textiles des Midlands et plus particulièrement celles sises à Manchester. Il écrit à sa femme Kate : Je n’ai jamais vu une telle masse de saleté, de ténèbres et de misère. Et il confie au journaliste Edward Fitzgerald : J’en ai vu assez, et ce que j’ai vu m’a écœuré et étonné au-delà de toute expression. J’ai l’intention de frapper le coup le plus violent en faveur de ces malheureuses créatures ; mais je n’ai pas encore décidé si je le ferai dans Nickleby ou si j’attendrai une autre occasion. Jean-Pierre Ohl apporte son analyse à travers différentes études, écrits et lettres. Ainsi se référant au voyage en Amérique, voyage au cours duquel Dickens s’insurge contre le piratage éhonté de ses romans par des éditeurs américains et sur lequel il ne touche aucun dollar : Le voyage a confirmé une de ses intuitions profondes : tous les maux de l’humanité, ou presque, reposent sur l’appât du gain et sur l’égoïsme qui en découle. L’impression générale que lui laisse l’Amérique est celle « d’un vaste office de comptabilité ». Si l’esclavage discrédite totalement le système en vigueur dans les Etats du sud, l’astuce mercantile des Yankees, leur dévotion au « tout puissant dollar » lui semblent tout aussi méprisables. En 1849, après de nombreuses expériences qui se sont toutes révélées frustrantes, Dickens crée un nouveau journal. Household Words abordera avec franchise et intransigeance tous les problèmes sociaux de l’Angleterre, en commençant bien sûr par les principaux chevaux de bataille de Dickens : l’éducation des pauvres, les problèmes de logement, les conditions de travail des ouvriers. En ce milieu de siècle, la révolution industrielle n’est plus en marche, elle court littéralement, laissant derrière elle les indigents et les déclassés, broyant, au sens propre comme au figuré, les travailleurs.

Pourtant, comme le souligne Jean-Pierre Ohl dans son avant-propos, tout le monde lisait Dickens : la reine et ses ministres, le petit peuple, la gentry, les mineurs de Cornouailles, toute l’Angleterre en somme, mais aussi les Français, les Américains, les Allemands, les Russes – Marx, Engels, Tolstoï, Dostoïevski, Henry James, Georges Sand, Eugène Sue. A se demander si Dickens n’a pas influencé certains de ces philosophes et romanciers. Mais si la société huppée se délectait de la lecture des romans et contes de Dickens, il est étonnant qu’elle ne se rende point compte des reproches qui étaient adressés à une société industrielle qui privilégiait les finances au détriment des travailleurs. Mais comme on peut le constater, de nos jours les pratiques n’ont guère changé.

Jean-Pierre Ohl nous permet donc de mieux découvrir l’auteur et surtout son œuvre dans une biographie vivante, claire, précise, subtile, riche d’enseignements, avec passion et amour. Il écrit simplement, rognant le style ampoulé et abscons des universitaires, ce qui rend cet ouvrage attachant, donnant envie de lire ou relire toute l’œuvre disponible de Dickens, une œuvre que l’on pourrait assimiler au genre roman noir. Dickens fut l’Indigné du XIXème siècle.

Jean-Pierre OHL : Charles Dickens. Collection Folio Biographie n°84. Inédit. Editions Gallimard. 320 pages. 7,80€

Repost 0
27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 14:35

SylvieMoulinAVent-1.jpg

Pourriez-vous vous présenter ?
Difficile. Pas très grande, cheveux clairs, yeux bleus. Voilà pour le physique – comme dans Photoshop, j’ai gommé les imperfections. Née à Paris et fille du Midi. Hébergée à mon corps défendant dans le Beaujolais. Valeurs phare : amitié, respect, bienveillance. Plein de défauts, mais rien ne m’oblige à vous les dire ici. Horreur de la routine, du mépris et des fruits de mer.

La question qui est souvent posée lorsqu’un auteur se rend dans un établissement scolaire est : A part écrire, qu’est-ce que vous faites comme métier ? Alors je vous pose la même question :
A part écrire… je fais écrire les autres ! J’anime des ateliers d’écriture créative ainsi que des formations aux écrits professionnels dans les secteurs administratif et médico-social. Faire prendre du plaisir à écrire, dédramatiser l’écriture et permettre de mesurer l’impact de l’écriture sur autrui sont quelques-uns des objectifs que je poursuis à travers mes différentes interventions.

Vous avez commencé à être publiée depuis 2006. C’était des romans, comment dire, de littérature blanche ? Depuis vous avez enchaîné trois romans ancrés dans le genre policier. Vous vous sentez plus à l’aise dans ce genre ? Une autre façon d’aborder la littérature ? Ou tout simplement parce qu’ils se vendent mieux ?
En fait, je n’ai pas envie de m’enfermer dans un « genre ». En matière de littérature, j’ai des goûts très éclectiques : romans, polars, autobiographies, poésie classique et contemporaine… alors, pourquoi ne pas tenter toutes ces aventures côté écriture ? Après ma « trilogie polardesque », je pense passer à quelque chose de très différent.

Ces trois romans policiers ont un point commun : le liquide à teneur plus ou moins forte en alcool : Un petit jaune, référence au pastis, Moulin à vent, référence au Beaujolais et ce petit dernier Le vin des Maures, qui affiche sans complexe la couleur, si je puis dire ? Seriez-vous une militante de Bacchus ?
Avant tout, je suis militante de la convivialité. À travers mes titres vinicoles, je revendique également le droit à une certaine légèreté, au plaisir, au débordement. Marre des interdits, marre de cette société axée sur les profits, marre de la morosité ambiante, marre parfois des gens bien comme il faut (dont je fais sûrement partie. Quoique…)

Je fais référence dans Le Vin des Maures à Agatha Christie. Vous-même l’évoquez à travers Le Crime de l’Orient-Express. Un auteur qui figure en bonne place dans votre bibliothèque ?
J’ai lu tous les Agatha Christie. Et tous les Frédéric Dard (San Antonio). Et Izzo. Et Mankell. Et certains Jonquet – je me réjouis de lire ceux de ses bouquins que je ne connais pas encore. Je possède une grande bibliothèque « spécial polar ». On y trouve tous les auteurs que je viens de citer et bien d’autres encore.

Vous utilisez un peu sa façon de procéder. Peu de personnages, des indices et un épilogue qui joue avec le lecteur, en dépit des règles éditées par Van Dine. Comme dans Dix petits nègres, le Crime de l’Orient-Express (on y revient !) ou Le Meurtre de Roger Ackroyd. Le plaisir de déboussoler le lecteur et lui démontrer que tout est possible même l’impensable ?

À vrai dire, je me contrefous un peu des règles. Avant tout, je cherche à m’amuser. Et à me laisser guider par mes personnages. Ce sont eux qui me dictent mes intrigues, pas moi. Si ce que j’écris plaît à certains, c’est super, ça m’encourage pour continuer et, comme je suis aussi humaine qu’un(e) autre, ça flatte mon ego. Si ça ne plaît à personne, ça ne m’empêchera pas de continuer à écrire – zonkapa acheter mes livres. Je crois qu’il ne faut pas s’arrêter à ça, que c’est en écrivant qu’on devient écriveron. Ou pas. Mais bon, écrire, c’est une nécessité pour moi. Une façon de me retrouver. J’ai parfois l’impression que la vie m’éparpille.

J’ai constaté que vos romans sont relativement courts alors que la mode est aux pavés. Vous avez peur de ne pas tenir la route ou êtes-vous une minimaliste ?
Alors… compte tenu du fait que je ne suis pas célèbre, que mes romans ou polars ne sont pas adaptés à l’écran et que, par conséquent, je touche des droits d’auteur plus symboliques que réels… je suis bien obligée de trimer pour gagner ma pitance. Ce qui signifie : gérer de A à Z une association, animer des foSylvieLeMuy-1.jpgrmations dans la France entière, animer des ateliers et stages d’écriture, remplir des missions diverses (en ce moment, par exemple, j’écris un livre avec les ouvrières licenciées de Lejaby). ça plus quelques menus travaux hebdomadaires qui, je ne sais pourquoi, échoient souvent aux personne de mon sexe, genre ménage, lessive, repassage etc. Plus, de temps en temps, quelques balades ou randos ou visites d’expos pour m’aérer le corps et l’esprit. Plus les invitations d’amis qui nous sont chers, à mon sculpteur de mari et à moi. Plus le fait que j’ai besoin d’un nombre minimum d’heures de sommeil pour « tenir la route » comme vous dites… Je me demande bien quand j’aurais le temps d’écrire un pavé ? À moins d’y consacrer dix ans, peut-être. Je crois bien que je me lasserais avant.

Vous pratiquez l’humour dans vos romans. Et dans la vie ?

Ça, il faudrait demander à mes proches. À tous ceux qui participent à mes formations, à mes animations, à tous ceux que je côtoie. Je me sens bien mal placée pour parler de ça. J’aimerais bien qu’on me voie comme ça, une nana sympa et pleine d’humour mais bon… c’est peut-être juste un gros fantasme.

Préparez-vous une suite aux pérégrinations de Jo dans le monde des détectives privés (d’emploi et de domicile personnel) et quels sont vos projets ?

Pour l’instant, Jo est en stand-by. J’ai un projet d’écriture très différent, mais c’est encore secret. Ça se fera à deux (non, ce n’est pas ce que vous pensez) et ce ne sera pas un polar. Voilà tout ce que je peux en dire pour l’instant.

Retrouvez mes chroniques concernant les livres de Sylvie Callet : Un petit jaune, Moulin à Vent et Le Vin des Maures.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
commenter cet article

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables