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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 09:16

J'irai revoir ma Normandie (air connu) ! 

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En ce 26 Juin de l’an mil, Béatrice Quedreville, fille de Hrolfr le seigneur de Thuit-Ferrière près de Troarn en Pays d’Auge, est tout émoustillée. A quinze ans c’est une belle jeune fille, amoureuse de Robert Hautecour, un preux chevalier qu’elle a aperçu une fois et dont l’image est a jamais gravée dans son cœur et sa tête.

Or Robert Hautecour doit séjourner dans la résidence paternelle et c’est à cause de cela qu’elle est excitée comme une puce qui découvre qu’un nouveau chien vit dans le quartier. Mais Robert ne prête guère attention à la jeune fille ce qui l’offusque. Et lorsqu’une jeune fille a décidé de gérer son cœur, en général elle y parvient. Robert tombe si bien dans ses rets que quelque temps plus tard Béatrice est enceinte.

 

Elle est trop jeune pour s’en rendre compte et c’est sa nourrice qui l’informe de sa situation. Seulement Robert est parti en mission. Mandé par Richard II, il doit porter un manuscrit en Angleterre à destination du roi des Saxons. Durant son trajet qui lui fait traverser une grande partie de la Normandie, il se rend compte qu’il est suivi ; il est même dévalisé. Il parvient à passer en Angleterre mais il est arrêté et emprisonné par un seigneur local. Les étrangers sont mal vus.

 

Il restera en geôle durant des mois et pendant ce temps Béatrice se languit de son amant. Sa situation de future parturiente n’a pas l’heur de plaire à sa famille et principalement à son père qui entrevoyait une autre destinée à sa fille rebelle qui s’enfuit et accouche dans une masure. Seulement il lui faut partir, car les hommes de main de son père sont à sa recherche, et elle apprend que Robert a été envoyé en mission en Italie. Elle est persuadée que seul Robert peut devenir l’homme de sa vie et elle désire ardemment lui présenter son fils Hugues. Elle part le rejoindre, ou plutôt elle va essayer, car les embûches, nombreuses, vont se dresser sur les chemins des deux amants.

 

Entre haines familiales, conflits d’intérêts, trahisons, superstitions liées aux légendes ou à la religion, vengeances, aventures épiques et mésaventures, rendez-vous manqués, rien ne manque dans cet ouvrage dense, qui renoue avec le souffle des grands romans historiques.

 

Le Moyen-âge reste une période envoutante, secrète, mal connue, souvent décriée comme étant une période d’ignorance mais qui pourtant marque un tournant dans l’histoire de France, dans sa construction, sa mixité, l’intégration des différentes peuplades, l’emprise de la religion sur les consciences. Il est dommage que les notes, nombreuses, souvent liées à un parler désuet, soient reléguées en fin de volume au lieu d’être placées en bas de page, ce qui aurait évité au lecteur d’effectuer une gymnastique pas toujours évidente, surtout lorsque le plaisir de la lecture trouve son épanouissement dans le lit. A moins de posséder deux marque-pages.


A lire aussi du même auteur et chez le même éditeur : La vengeance de Mathilde (Les Conquérants, tome 2) et Mora ou le triomphe du batard (Les Conquérants, tome 3).

 

Michel RUFFIN : Béatrice l’insoumise. Les Conquérants 1. Collection Grand West Poche, Editions Pascal Galodé. (Réédition des Editions Alphée/Jean-Paul Bertrand. 2009). 576 pages. 10€.

challenge régions

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 09:42

disponible

L’univers de la Reine du crime appelée aussi la bonne dame de Torquay dévoilé et décrypté.

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Les amateurs de littérature policière sont partagés en deux clans. Ceux qui aiment les romans de suspense dont la grande prêtresse fut et reste Agatha Christie, et les tenants du roman plutôt noir qui jugent ses histoires désuètes. Et il est vrai que dans la première catégorie, se distingue une frange d’un lectorat occasionnel de romans policiers, dont l’intérêt se réveille lors de vacances, un lectorat désireux de se plonger dans des histoires considérées comme faciles, réservées pour se délasser. Or c’est ce que l’on demande prioritairement à un livre, sortir des préoccupations de la vie quotidienne.

 

Ceci étant énoncé abordons le sujet de cette chronique. Il existe des livres que l’on ne lit pas, mais que l’on dévore… des yeux. Sur les Traces d’Agatha Christie, fait partie de cette catégorie, autant par la qualité et la pertinence du texte que par la très riche iconographie. On peut entamer cet ouvrage de façon classique, linéaire, en débutant par la biographie de la bonne dame de Torquay qui ne connu les bancs de l’école qu’à l’âge de treize ans, sachant déjà lire depuis celui de cinq ans en ayant appris d’une façon quasi autodidacte, ou grappiller de ci de là en feuilletant les pages et s’arrêtant par exemple sur la présentation des personnages : l’incontournable Hercule Poirot et son compère le capitaine Arthur Hastings, ou Miss Marple ou encore Tommy et Tuppence Beresford, et quelques autres.

 

Revenons quelques moments sur Hercule Poirot. Tout le monde a entendu parler de ce Belge, ancien policier bruxellois, dandy et maniaque, légèrement imbu de sa personne. Mais qui le connait vraiment, intimement ? Les auteurs nous proposent de découvrir sa famille et sa jeunesse, son physique et son caractère, sa méthode, sa maison et plus étonnant, ses amours. Quant à Miss Marple elle nait en 1930 à soixante cinq ans dans l’affaire Protheroe et cette vieille fille, ou jeune fille prolongée selon les sensibilités langagières, représentante pour certains membres de sa famille de l’époque victorienne, a failli se fiancer, idylle rapidement interrompue par sa mère.

 

Mais l’on pourra se plonger avec ce bonheur simple de la découverte, dans l’univers d’Agatha Christie : les trains mythiques dont le fameux Orient-Express, le Devon, comté du Sud-Est de l’Angleterre à rapprocher de la Cornouailles britannique, région dans laquelle Agatha Christie aimera vivre et placer bon nombre de ses intrigues. Mais l’un des éléments principaux de l’œuvre de la romancière réside dans les comptines, les « Nursery Rhymes » qui émaillent la plupart de ses romans, et issues de son enfance.

 

Agatha Christie a vu son univers littéraire rapidement adapté au théâtre, au cinéma, à la radio ainsi qu’à la télévision dans des séries devenues cultes et dont les visages des interprètes ont marqué d’une image indélébile leurs héros. Mais je m’en voudrais de clore cette chronique en ne mentionnant pas l’admirable et riche iconographie : Couvertures originales de livres, photos, reproductions de cartes postales, images extraites de films, affiches de films, dessins…

 

Sans oublier les règles d’une Murder Party, d’un jeu de l’oie et d’un quiz, ainsi que les titres des adaptations cinématographiques ou télévisées, et une bibliographie complète des premières éditions anglaises et françaises, mais également celle des principaux personnages qui gravitent dans l’univers christien. Un ouvrage remarquable qui donne incontestablement envie de lire ou relire ces romans qui pour quelques uns ont défrayé la chronique parce que dérogeant aux sacro saintes règles du roman policer qui étaient imposées à l’époque.

A lire Meurtre en Mésopotamie et autres chroniques sur le blog du Papou

 

Armelle LEROY & Laurent CHOLLET : Sur les traces d’Agatha Christie, un siècle de mystères. Editions Hors Collection (Novembre 2009). 168 pages. 32,50€.

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 09:43

Vous les femmes, vous les femmes...

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Que n’a-t-on glosé sur Simenon et cette fameuse étiquette d’homme aux dix mille femmes. Etiquette flatteuse apposée peut-être avec jalousie par des envieux qui amalgamaient réalité et fiction. Car si la femme est présente dans l’existence de Simenon, c’est surtout dans son œuvre qu’elle prend son ampleur et que nous sont décrites ses plus belles figures, magnifiées au cinéma il est vrai.

 

Qu’elles soient de chair ou de papier les femmes auront toujours compté pour Simenon, quel que soit leur statut. D’abord la mère, la première femme de sa vie, mais pas forcément celle de son cœur, qui rappelle un peu la Folcoche de Vipère au poing d’Hervé Bazin. Femme de chair, Régine surnommée successivement Gigi puis Tigy, qui sera sa muse sans être présente dans l’œuvre littéraire de Simenon, sauf dans une scène de rupture narrée dans Maigret et le Marchand de vin. C’est Tigy qui l’incitera à quitter la Belgique et à s’installer à Paris en décembre 1922. Ils se marieront à Liège le 24 mars 1923. Simenon n’avait que vingt ans. Mais avant Tigy il connaitra charnellement Silvie, laquelle ayant un amant le fera profiter de son expérience. Et naturellement le double de Silvie se retrouvera sous le prénom de Sylvie dans de nombreux romans, dans les Maigret mais aussi dans les romans noirs ou gris qui composent l’autre partie de son œuvre. Mais encore auparavant, il découvrira la femme au travers des locataires qui habitaient la demeure familiale, Pauline qui dévoile volontiers sa poitrine, ou Lola. Le petit Georges a entre sept et dix ans. Comment voulez que dans ces conditions ses sens juvéniles ne s’échauffassent point ?

 

Ensuite il enchaine des liaisons passagères qui le marqueront et l’on retrouvera quelques célébrités de l’époque dont la troublante Joséphine Baker dans des romans signés Christian Brulls (Dolorosa) ou de Georges Sim (Chair de beauté). Du réel à la fiction il n’y avait qu’un pas ou plutôt qu’une machine à écrire que Simenon s’appropria avec gourmandise mais en même temps délivrance. Car pouvoir évacuer ses fantasmes fait partie du rôle primordial que s’accapare l’écrivain.

 

Simenon joue avec ses personnages, mettant en scène aussi bien femmes sages, qu’alcooliques ou amantes. La première de ces femmes de papier est naturellement Madame Maigret, qui vit dans l’ombre massive de son commissaire de mari. C’est une femme effacée, dont le rôle est de mijoter les petits plats préférés du commissaire, de le soigner lorsqu’il est malade, le plus souvent un gros rhume, et de participer à l’enquête en cours en l’écoutant. Si elle n’est que la face cachée du couple, parfois elle se trouve mise en avant, comme dans Le fou de Bergerac, et bien évidemment L’amie de madame Maigret. Contrairement à ses autres romans, certains gentiment coquins, la série des Maigret ne dévoile en rien de la sexualité du couple, Simenon établissant une barrière entre ses romans dits policiers et ses autres romans qu’il considérait comme littéraires.

 

Et justement dans cette autre partie de ses œuvres la femme prend une ampleur presque en trois dimensions. Si l’image de la veuve Couderc reste inexorablement liée à Simone Signoret, il ne faut pas oublier toutes celles qui parsèment l’œuvre de Simenon et par extension le catalogue cinématographique. Parmi celles qui retiennent l’attention je pourrais citer Betty, jeune femme alcoolique, bafouée par sa belle-fille qui la considère comme une putain. Et cette phrase pourrait être considérée comme l’un des leitmotivs des femmes de Simenon, que ce soit femme de chair ou de papier : « Etre femme, en somme, c’était subir, c’était être victime ».

 

Simenon, c’est également le regard d’un homme qui évolue au gré des ans, en même temps qu’évolue la société, et le rôle que la femme prend dans celle-ci. Pour recenser toutes les figures féminines parsemant l’œuvre simenonienne, pour analyser leur psychologie, les placer dans leur époque, confronter leur importance à celle des hommes, Michel Carly a passé dix ans de sa vie en recherches, en études, en exploration de lettres, d’archives, de documents rares, inédits, familiaux, en relisant, annotant, disséquant les romans de Simenon sous son patronyme mais aussi ses différents pseudonymes. Un travail de Bénédictin, d’archiviste, de passionné dont je ne vous ai livré qu’une minime partie. Mais je suis sûr que tout comme moi, après avoir dévoré cet ouvrage, vous aurez l’envie pressante de retrouver Simenon et de le lire, ou le relire, avec peut-être une vision différente de celle que vous aviez eu lors de précédentes lectures, de l’appréhender de façon plus réfléchie. De ne plus le considérer comme un simple auteur de romans populaires mais comme un auteur qui a su décrypter l’âme de la femme et en explorer tous les arcanes, sans être féroce, misogyne, mais sans se montrer non plus laudateur.


A lire également mon article sur Simenon et l'alcool.

 

Michel CARLY : Simenon et les femmes. Essai. Collection Carnets, éditions Omnibus. 19,30€.

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 12:20

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Les petites histoires honteuses de la grande Histoire.

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Entre Romain Delorme et Marion Moderel s’était établi une complicité et une amitié amoureuse qui avaient remis la jeune fille sur les bons rails de la vie. L’adolescence de Marion avait été une véritable existence de patachon, et elle avait goûté à la drogue et aux plaisirs charnels, le sexe du partenaire étant indifférent. Débordements qui avaient amené à la mort accidentelle de son père. Par l’entremise de son oncle, Marion est embauchée comme pigiste spécialisée dans la rubrique culture, à la rédaction d’un journal dont l’antenne locale est sise à La Rochelle. Et c’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Delorme, à la faveur d’un entretien pour le journal.

 

Delorme est auteur dramatique dont les deux premières pièces jouées dans des salles de la banlieue francilienne ont enregistré un succès auprès des spectateurs mais boudées par la critique. Sa troisième est un grand succès et il est devenu un auteur à l’avenir prometteur. C’est dans ce contexte qu’il rencontre Marion pour un entretien qui se termine par une fusion charnelle. Puis il repart vers la capitale non sans laisser ses coordonnées parisiennes à la jeune fille. Et c’est ainsi que Marion va s’installer dans la capitale et trouver peu après un travail auprès d’un hebdomadaire puis de fil en aiguille pour une chaine du câble. Avec Camille, une amie, elle veut réaliser un documentaire sur Delorme, mais il faut trouver du temps et de l’argent pour financer leur entreprise. Les pièces suivantes de Delorme ne sont que des bides (des pièces caustiques dans lesquelles il brocarde les partis politiques quels qu’ils soient) et il décide de couper les ponts puis de rejoindre la Riviera française, et retrouver les lieux de son enfance. Ils se retrouvent de temps à autre, ce n’est plus l’amour qui les relie mais une solide amitié. Quelques années plus tard, le 25 juin 2005 le corps de Romain Delorme est retrouvé sur le sable d’une petite plage. Il a été abattu d’une balle de revolver, et le suicide est à exclure.

 

Marion est obnubilé par son documentaire et elle prend un congé de maladie pour se rendre sur la Riviera, où elle va enquêter. Dans l’hôtel où elle se rend, afin d’assister aux obsèques de son ami, la réceptionniste lui remet une enveloppe qui lui est adressée. A l’intérieur de l’enveloppe, le carnet d’adresses de Romain, une carte postale avec au recto la reproduction d’un tableau de Nicolas de Staël lui signifiant que si elle veut réellement réaliser un film sur Romain elle doit retrouver la jeune file dont une photo est jointe. De même une réservation a été faite en son nom dans une pension. Alors elle s’attelle à la tâche, remontant le temps (l’enfance de Romain et les différentes aventures amoureuses ou autres qu’il a vécues) essayant de retrouver les personnes qui ont de près ou de loin connu Romain Delorme et surtout cette jeune fille, aux yeux verts, qui pourrait lui donner la clé de l’énigme, si énigme il y a. Pendant ce temps, la police enquête de son côté, mais ce n’est qu’anecdotique.

 

Ce roman est construit comme une ruche. La reine pourrait être Marion Moderel (au fait avez-vous remarqué que ce nom est l’anagramme de Romain Delorme ?), le bourdon Romain, et les abeilles, les petites ouvrières figurant les différents protagonistes qui gravitent dans cette histoire. Chacun d’eux vit dans une alvéole, mais parfois les parois sont poreuses, et selon les circonstances, ils se connaissent, se sont fréquentés, ont un point commun avec le défunt ou tout simplement ne l’ont que côtoyé.

 

Mais c’est surtout le prétexte pour Robert Deleuse de donner un coup de balai dans la fourmilière de l’Histoire qu’il dépoussière à grands coups de plumeau. Alors il établit une sorte de catalogue des affaires mises sous l’éteignoir, des fausses informations, des secrets honteux, que seuls ceux qui ont été (souvent à leur détriment) incriminés et ont subi. Cela va de la division Charlemagne aux différentes rafles de Juifs, des expatriés puis des dénaturalisés (Juifs originaires de pays étrangers ayant obtenus la naturalisation française) bien avant la trop célèbre rafle du Vel d’hiv en passant par ce ministre député de la Réunion (L’Amer Michel comme l’avait surnommé Le Canard enchaîné) qui a fait transféré des gamins de la périphérie des grandes villes de l’île (euphémisme pour désigner les bidonvilles) et les envoyer en familles d’accueil dans des département de la métropole (Creuse, Ariège…) où ils étaient la plupart du temps traités comme de jeunes esclaves par les paysans contents toutefois d’avoir à disposition des bras pour effectuer le travail de la terre, Clémenceau (dont l’ancien ministre et accessoirement philosophe Luc Ferry aurait préféré qu’un éloge lui soit rendu au lieu de celui destiné à son aïeul), les écoliers n’apprennent dans leurs manuels d’histoire qu’il fut surnommé le Père la Victoire, les recueils oubliant volontairement de préciser qu’il procéda aux exécutions de militaires rebelles durant la Grande Guerre ou qu’il commanda à l’armée de tirer sur les vignerons qui manifestaient, l’IRA et bien d’autres affaires qui ont secoué l’histoire de France (ou du monde).

 

Des personnages sont évoqués, dont l’identité est transparente, tel le maire Jacques Dauctor, (que ses opposants orthographiaient Dockor) et auquel on peut accoler le patronyme de Jacques Médecin dont l’appartenance politique houleuse et les nombreux délits commis l’obligèrent à quitter la France.

 

Mais tout ceci bien évidemment n’a pas été porté à la connaissance du plus grand nombre car Tu appréciais le journalisme, guère les journalistes dont le travail (tel qu’ils s’en vantaient) consistait avant tout à couvrirl’information, c’est-à-dire à obscurcir plus qu’à éclairer.

Un roman un peu fourre-tout dont les différents chapitres pourraient parfois ressembler à des documents, à des articles que des revues (courageuses) d’histoire pourraient publier. Cela en irritera certains, cela en fera réfléchir d’autres, selon que l’on aime connaître les dessous de certaines affaires politiques ou s’engoncer dans un confort sans vagues. Selon que l’on prenne ses divers témoignages pour argent comptant ou pour des rumeurs non fondées. Mais il existe un fond de vérité dans tout ce qu’écrit Robert Deleuse, seulement chacun sait que la mémoire peut se révéler capricieuse et certains faits se transformer au fil des ans, et des ajouts ou omissions de la part de ceux qui transportent ces récits enjoliver ou noircir le tableau.

 

Robert DELEUSE : Un dernier coup de théâtre. Editions du Cherche-Midi. 580 pages. 21€.

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 13:00

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Pour être juste, autrement dit pour avoir sa raison d’être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c'est-à-dire faite à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d’horizons. Charles Baudelaire.

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Les guides, les dictionnaires, les études consacrées à la littérature policière ne sont pas légion (cet article a été écrit en juillet 1991, bien avant la parution du DILIPO de Claude Mesplède, dictionnaire auquel j’ai eu le plaisir de collaborer), peut-être parce que les lecteurs se contentent de lire un roman, cherchant quelques heures d’évasion et s’empressent bien souvent d’oublier le titre de l’œuvre et le nom de son auteur. Quoique depuis disons une bonne décennie et les fameux et regrettés Almanachs du Polar de Michel Lebrun, la tendance est à une fidélisation et à un intérêt certain pour tout ce qui touche la littérature policière en particulier, et la littérature populaire en général.

 

Les auteurs dits sérieux osent s’aventurer dans ce domaine souvent considéré comme bassement vulgaire, mercantile, exploitant les bas instincts de l’être humain. Et tous ces auteurs ne réussissent pas à écrire un vrai roman policier, ne produisant qu’une pâle copie. D’autres, devenus célèbres, ont entamé leur carrière en écrivant sous pseudonyme (Jacques Laurent, Pierre-Jean Rémy, Claude Brami, Edgard Faure…) et ne dédaignent point accrocher à leur blason un prix littéraire de bon goût, genre Prix Goncourt.

 

Les Maîtres du Roman Policier, dû au compétent et parfois subjectif et partial Robert Deleuse est une somme de travail à saluer bien bas, malgré quelques imperfections, quelques omissions, ce qui n’enlève en rien à la qualité de l’ouvrage, mais en souligne pour le rédacteur d’une telle étude à être objectif et complet. Subjectif et partial, deux défauts ou deux qualités selon que l’on apprécie ou non ses prises de position. Notamment sa diatribe envers James Ellroy : L’imaginaire d’Ellroy commence avec des fantasmes au ras des pâquerettes pour se finir dans une rancœur très ordinaire. Plus loin, Deleuse écrit : Pour l’heure, Ellroy n’est ni plus ni moins qu’un Gérard de Villiers attardé. Tout ce qu’on a condamné, hier, chez l’un, avec raison, on le loue aujourd’hui, chez l’autre, parce qu’il est Américain. Et évidemment ce genre de parti-pris a provoqué l’ire de quelques critiques qui encensent Ellroy mais au moins on ne peut accuser Deleuse de flagornerie. Parmi les grandes omissions citons Mildred Davis, pourtant une grande dame du suspense, publiée aussi bien à la Série Noire que dans la collection Intimité des Editions Mondiales, et souvent rééditée. Et quelques autres qui représentent des gouttes d’eau dans un océan de références.

 

De ADG, le plus assassiné de nos auteurs, à Jean-Claude Zylberstein, directeur de collection avisé, en passant par Balzac, Poe, Zola, Durrenmatt, Exbrayat, Delteil, Ellroy, Fajardie, Semionov, Michel Quint, etc. la planète polar est représentée sous ses faces les plus cachées, les plus secrètes, ou les plus célèbres et souvent méconnues.

 

Un ouvrage très précieux, pratique, facile à compulser, et malgré mes toutes petites réserves, indispensable à tout amateur éclairé ou qui désire l’être. 285 auteurs passés à la moulinette ou à l’encensoir, une bibliothèque de bas, de nombreuses références de dossiers, d’articles, enquêtes, une bibliographie, fanzines avec leurs adresses, une sommité qui devrait, comme tout bon dictionnaire qui se respecte, être amélioré, enrichi, complété au fil des ans. Un regret : le manque d’iconographie. A noter que, jusqu’à preuve du contraire, Robert Deleuse n’a pas eu recours à des collaborateurs pour rédiger son dictionnaire, ce qui explique peut-être les omissions, et donc qu’il assume seul ses prises de position tranchées.

 

Ce dictionnaire date de 1991 et n’a jamais connu de refonte. Alors pour vous le procurer, une seule solution : vous tourner vers les bouquinistes avertis.

 

Robert DELEUSE : Les Maîtres du Roman Policier. Collection Les Compacts N°24. Editions Bordas. Avril 1991. 254 pages.

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 09:41

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Vedette durant des années de la collection Série Noire, James Hadley Chase est tombé aujourd’hui dans les oubliettes. Pourtant il eu droit à une étude publiée en 1992.

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A l’instar de quelques critiques et préfaciers, je présenterai cet ouvrage en me référant à des souvenirs personnels.

 

Encore adolescent, et plus proche de la puberté que du conseil de révision, afin de me purger l’esprit des œuvres classiques que j’étais obligé d’ingurgiter au collège, où, selon la formule consacrée j’usais mes fonds de culottes, je me suis englouti avec délectation dans la littérature dite populaire. Et malgré son prix modique, ce qui explique l’une de ses définitions, je ne pouvais contenter ma soif de lecture qu’en empruntant à mes voisins de pupitres ou en pratiquant des échanges avec des bouquinistes forains, bienfaiteurs des bourses désargentées et collègues déloyaux des libraires spécialisés et des libraires tout court.

 

Je me délectais donc avec des romanciers édités par le Fleuve Noir ou les Presses de la Cité, via la collection Un Mystère, et ce n’est qu’à l’âge de vingt ans que je découvris la Série Noire, longtemps considérée comme collection réservée aux intellectuels. Et bizarrement c’est par le biais du Livre de Poche que je fis connaissance avec celui qui fut et demeure l’un des fleurons de cette illustre et bientôt quinquagénaire collection (cette chronique fut écrite en 1992, date de parution de ce livre). Bien plus que Chandler, Hammett, Thompson, Mac Coy, Goodis et confrères, c’est James Hadley Chase, ce faux américain qui me fit prendre mon pied dans un fauteuil (à l’époque j’étais jeune et svelte), grâce à un roman mythique : Eva.

 

Ensuite j’avalais coup sur coup, Pas d’orchidées pour Miss Blandish, Elles attigent, L’héroïne de Hong-Kong et quelques autres romans tout aussi passionnants de cet auteur. Et bizarrement (bis, voir ci-dessus) lorsque je me suis engagé à fond non point dans la police mais dans le roman policier, non plus en tant que lecteur passif mais comme amateur tentant de répandre la bonne parole autour de moi tel un évangéliste incompris, je me suis aperçu que cet auteur auquel je n’étais pas loin de porter un culte, était fort décrié par bon nombre de critiques, de confrères et de personnages qui ne connaissaient rien à la littérature policière et au roman noir en particulier.

 

Pendant un certain temps cela m’a turlupiné, puis les années ont passé. Je dois rendre hommage à Robert Deleuse qui a entrepris de dépoussiérer, de nettoyer, de reboulonner sur son socle cette statue un peu branlante. Non seulement Robert Deleuse, qui soit dit en passant fut un agréable compagnon de table et de soirée à l’occasion du festival de Grenoble en 1989, remet les pendules à l’heure, mais fait montre d’une véritable culture tout terrain. Il renvoie les détracteurs de Chase à leurs chères études, retournant leurs arguments comme de vulgaires chaussettes trouées. Il analyse, développe, prouve, textes à l’appui, que Chase ne fut ni un plagiaire, ni un pasticheur, mais un habile artisan apportant à son récit un savoir faire authentique et réaliste. Et que ceux qui s’enferment dans l’étroite gangue du référent regardent du côté des classiques et piochent du côté des Molière, La Fontaine, et autres. Ils s’apercevront bien vite que ces auteurs exhument des cadavres issus de la littérature espagnole, grecque et des fabliaux médiévaux.

 

Robert Deleuse, passionné, a écrit un ouvrage passionnant, qui se lit comme un roman et non comme un essai ou un documentaire aride. Et même si la première partie consacrée à l’énigme Chase est un peu longuette, elle se révèle un réservoir de suspense à elle seule.


Robert DELEUSE : A la poursuite de James Hadley CHASE. Collection essais, éditions Presses de la Renaissance. Mai 1992.

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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 11:18

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La nostalgie des petites salles obscures de quartiers ?

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Passionné de cinéma, Philippe ne manque pas une occasion de se faire une toile, délaissant ses copains qui ne possèdent pas les mêmes goûts que lui. Le jour de ses quinze ans, alors qu'il visionne pour la troisième journée consécutive le même film, un homme s'installe près de lui. Il lui demande de surveiller les alentours à la sortie du cinéma. Philippe se croit plongé dans un roman, ou plutôt dans un film d'espionnage, d'autant que l'inconnu prétend s'appeler Mr Quilby.

 

Fox, ainsi a été baptisé Philippe par son nouvel et énigmatique ami, lui sert de guide, lui dénichant un hôtel sur les hauteurs de Nice, payant la chambre avec l'argent de son anniversaire. Le lendemain, ayant rejoint Quilby en catimini, c'est l'heure des confidences. Quilby et Irène vivaient un grand amour mais au fil du temps ce sentiment s'est délité. Du côté d'Irène. Car lui, il l'aime toujours. Jusqu'à avoir tué son amant en le poussant dans l'escalier. Et c'est pourquoi Mr Quilby est obligé de fuir, de vivre caché. Cela ne gêne pas Fox, au contraire. Il retrouve dans cette histoire et dans les propos de son compagnon un relent d'aventure cinématographique plus réel que dans les films dont il se délecte. Tout n'est pas vrai dans ce que Quilby lui raconte, il le sent. Mais peut-être est-ce encore plus terrible dans la réalité. Trois jours qui seront un intermède dans la vie de Fox mais dont il se souviendra toujours.

 

Avec pour décor Nice, au début des années soixante, en plein mois d'aout, ce roman de Michel Grisolia nous entraîne dans une aventure au cours de laquelle le cinéma tient une place quasi obsessionnelle. Fox se prend pour l'un des protagonistes de ces films dont il se délecte, et découvre une ville qu'il croyait connaître, passant une partie de la nuit dans un cimetière, jouant les rabibocheurs d'amours défuntes, se faisant le complice d'un personnage mystérieux. Mais en même temps il comprend "que le cinéma, qui sera toujours d'une certaine façon le culte des morts, le cinéma ne pouvait plus rien pour (lui)".

Dumême auteur voir Beaulieu, un soir de pluie ainsi qu'un portrait.

Michel GRISOLIA : L'Excelsior. Editions Flammarion (1995). 220 pages.

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 12:22

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Après mon portrait de Michel Grisolia, une lecture.

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Philippe Angelin est médecin de quartier, une vocation héréditaire. La cinquantaine blasée. Marié, deux enfants, une femme qui ne vit que par les invitations des uns et des autres, bourgeoise obsessionnelle. Lui, il aimerait parfois être tranquille, loin des réunions quasi obligées entre membres de la même confrérie, professionnelle ou snobinarde. Il est confiné dans un univers préfabriqué qui commence à l’étouffer.

 

Il suffit qu’un jeune homme fasse appel à lui pour que sa vie bascule. Gérard, le fils d’un confrère, un prothésiste décédé cinq ans auparavant, lui demande de secourir sa mère, gravement malade. Angelin propose de la conduire à l’hôpital mais Gérard ordonne que la malade soit soignée dans une clinique haut de gamme, celle dirigée par Jotterand. Angelin sait que la réputation du chirurgien est usurpée mais il se plie aux exigences de Gérard. Nicole, la patiente, était divorcée d’avec le père de Gérard. Peut-être est-ce pour cela qu’Angelin ne la reconnaît pas. Pourtant il devrait, selon le jeune homme.

 

Nicole décède, et évidemment la question se pose : fatalité ou meurtre par négligence ? Gérard harcèle Angelin. Il lui prétend que sa mère, de son vrai nom Andrée, n’avait jamais aimé que lui. Alors Angelin essaye de se souvenir mais le passé fuit. Il prend en filature Gérard et s’éprend d’Odile, la petite amie du jeune homme. Il s’installe seul dans une maison, loin de sa famille, afin de recomposer son passé.

 

On sent l’influence de George Simenon dans ce roman de Michel Grisolia, tout en nuance et intimiste. Une lente dérive d’un homme obligé de côtoyer les bourgeois et les notables de sa cité, Nice, mais qui ne s’y habitue pas alors que sa femme n’aspire qu’aux honneurs et aux représentations. Une lente décomposition de la cellule familiale et une reconstruction d’un passé qu’il avait enfouiparce que trop pénible. Simenon, oui Michel Grisolia l’avoue, ne serait-ce qu’à travers ces deux extraits : “…il s’évadait de ses cours en lisant Simenon ou des romans policiers anglais ” (page 132) ou encore par ce genre de petite phrase qui marque l’atmosphère : “ De menus évènements lui reviendraient en mémoire, plus tard, de cette journée sans histoire ” (page 140). Un roman intimiste prenant, sans grand esbroufe mais efficace.

Michel GRISOLIA. : Beaulieu, un soir de pluie. Editions Albin Michel (2005). 336 pages. 19,50€

challenge régions

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 13:05

Un petit hommage à Michel Grisolia, né un 12 aout.


grisolia.jpg

S’il ne fallait retenir qu’un titre de Michel Grisolia, pour présenter ce romancier, ce serait incontestablement L’Inspecteur de la mer, publié chez Lattès en 1977. Cet ouvrage, qui a obtenu le prix Mystère de la Critique, ne vous dit probablement pas grand-chose, mais si je précise qu’il a été adapté au cinéma par Georges Lautner en 1978, avec comme interprète principal Jean-Paul Belmondo, sous le titre de Flic ou voyou, alors là, tout le monde connait. D’ailleurs c’est sous ce titre qu’il a été réédité.

 

flic-ou-voyou.jpgNé le 12 aout 1948 à Nice, fils d’un artisan chromeur-nickeleur, Michel Grisolia est élève au lycée Masséna de Nice puis termine ses études au Lycée Lakanal de Sceaux en région parisienne puis à Senlis. Il vient à l’écriture par le biais de la chanson écrivant des textes pour son amie Marie-Paule Belle, puis pour Fabienne Thibault, Régine, Demis Roussos. En 1975 il écrit en compagnie de Françoise Mallet-Joris une biographie de Juliette Gréco chez Seghers. Il entame une carrière de journaliste en collaborant au Nouvel Observateur puis à l’Express, rédigeant des articles comme critique cinématographique pour Positif, Le Nouveau Cinémonde, L’Evénement du Jeudi et des revues comme Le Magazine du Mystère. Mais depuis 1972 il écrivait des nouvelles noires ou policières dans Mystère Magazine.

 

En 1978 il reprend son personnage de flic niçois David Géant, créé dans L’Inspecteur de la mer, pour Barbarie Coast toujours chez Lattès, maison d’édition qui publiera ppromenadear la suite Le Choix des armes, Les Guetteurs, ou encore La Chaise blanche. En 1986 il entame une série qui comprendra huit volumes : SOS disparus, qui met en scène une libraire bouquiniste à Nice, Hélène Franck, qui après l’enlèvement et le meurtre de sa fille Agnès fonde une agence dont le principe est de retrouver des personnes disparues. Il s’agit de Les Sœurs du Nord (Prix du Roman d’Aventures 1986), L’homme aux yeux tristes, La Madone noire, La Promenade des Anglaises, 650 calories pour mourir, Nocturne en mineurs, Question de bruit ou de mort et La Maison mère. Cette série sera adaptée pour la télévision en 1990 avec succès et rééditée dans la collection Le Club des  Masques.

 

abbé moisanEn 1991 il s’associe à Francis Girod, réalisateur de nombreux films dont La Banquière, Le Grand Frère, Descente aux Enfers, et décédé le 19 novembre 2006, pour écrire deux romans qui mettent en scène l’Abbé Moisan : Le Mystère de l’Abbé Moisan et La Justice de l’Abbé Moisan, édités chez Lattès. Grisolia et Girod avaient déjà travaillé ensemble : Michel Grisolia avait été scénariste/dialoguiste de Le grand Frère, et avait également signé les scénarii de L’Etoile du Nord, Je vous aime, Le Choix des armes

 

 maison noire

Il écrit quelques ouvrages pour enfants dont Menace dans la nuit édité chez Je Bouqu ine en 1991, et dans sa bibliographie je me contenterai de citer ses deux derniers romans : La Maison noire (Calmann-Lévy – 2005), Beaulieu un soir de pluie (Albin Michel – 2005).

 

Le cinéma était plus qu’un travail, soit comme scénariste, soit comme chroniqueur, mais une véritable passion. Il adapta pour la télévision plusieurs MaigretD’ailleurs Michel Grisolia met en scène un adolescent de quinze ans, dans l’un de ses deux derniers romans L’Excelsior (Flammarion – 1995), adolescent qu’il a peut-être été puisque le décor en est Nice sa ville natale et le cinéma L’Excelsior.

Michel Grisolia, outre des intrigues solides, concrétisées par des adaptations cinématographiques, possédait une écriture élégante et raffinée. Il est décédé à Paris le 29 mars 2005.

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 13:02

En hommage à Roland Wagner décédé le 5 aout et dont j'ai publié un portrait ici, je vous propose quelques lectures.

wagnerbis.jpg

Un Ange s’est pendu. Collection N° 1614. Editions Fleuve Noir.

Elric, disquaire spécialisé sixties, présente à Richard, journaliste de rock intègre et wagner7.jpgredouté, un jeune homme nommé Vince. Mais Richard n’apprécie guère ce genre de rencontres. Il a l’impression d’être soudoyé ou qu’on lui force la main.

Au cours du repas qu’il prend en compagnie de son amie Suzie, d’Elric et de Vince, Richard étudie le jeune homme. L’appréciation qu’il en retire semble satisfaisante puisque la soirée s’éternise et, de verres en verres s’installe une certaine complicité. Elric ayant loupé son train vu l’heure tardive, tout le monde le raccompagne chez lui ; jusque là tout va bien. Mais lorsque Vince s’aperçoit qu’Elric a perdu son portefeuille dans la voiture et décide d’aller lui rapporter, les ennuis commencent.

 

D’abord Elric leur affirme avoir passé la nuit chez lui, puis les trois rescapés du quatuor font une étrange rencontre. Une espèce de clodo qui dit s’appeler Isaac et leur donne trois pièces d’argent frappées en une monnaie inconnue. Egarés ils se retrouvent dans une gare bizarre et tout ce qui les entoure semble sorti d’un univers inconnu.

 

Roland C. Wagner joue avec les univers parallèles, thème souvent abordé dans les romans de science-fiction et de Fantasy, depuis la saga du Monde de Narnia de C.S. Lewis, L’Univers en folie de Fredric Brown à L’avènement des chats quantiques de Frédéric Pohl en passant par Charisme de Michael Coney, thème riche en histoires et inépuisable source de paradoxe. Plus que l’utilisation par Roland C. Wagner de ce thème, ce sont l’exploitation, la théorie et les explications finales qui font le charme de ce roman, dans lequel l’auteur fait un clin d’œil avec la participation volontaire de deux personnages indissociables de la littérature populaire.

 

Lors de la présentation de ce roman en juin 1988, j’écrivais : Roland C. Wagner, un auteur à suivre et qui représente avec Michel Pagel, Alain Billy et quelques autres la nouvelle génération des bons auteurs du Fleuve Noir et des romans d’évasion en général. Aujourd’hui, Roland C. Wagner vient de nous tirer brutalement sa révérence, Michel Pagel écrit et traduit toujours, quant à Alain Billy, il a plus ou moins disparu des étals des libraires.


 

La balle du néant. Anticipation N°1988, Fleuve Noir.Réédition aux éditions de L'Atalante. 

wagner6Tem, diminutif de Temple Sacré du Matin Calme, possède le don de passer inaperçu auprès de la plupart de ses concitoyens. Il est ce qu'on appelle un Transparent. Un Talent issu de ses parents, des millénaristes qui ont subi les effets de la mutation après la Grande Terreur de 2013. Un don parfois appréciable, surtout dans sa profession, puisqu'il est détective privé.

 

Or en 2063, l'humanité s'est assagie, et les morts violentes ne courent pas les rues. Ce qui le réduit à effectuer les petits boulots habituels dévolus aux privés, enquêtes et filatures dans des histoires de cocufiages. Eileen, une jeune femme apparemment insensible à sa "transparence" lui demande d'enquêter sur la mort de son frère, la police dépassée par les évènements ayant classé le dossier. Le voilà confronté à un problème insoluble de meurtre en chambre close, perpétré sur la personne d'un savant, dans sa chambre d'hôtel située en face du CERS où il travaillait sur la possibilité de faire baisser le coût du transport spatial.

 

Tem qui possède un ouvrage érudit, "222 Chambres Closes", lequel recense wagner9-copie-1.jpg les plus beaux cas inventés en littérature, et qui professe à l'encontre de Nestor Burma, un privé né au siècle dernier de l'imagination d'un auteur de romans noirs, une admiration sans borne, accepte bien volontiers de se substituer aux forces de l'ordre.

 

Hommage non déguisé à Léo Malet dans un Paris qui n'a guère changé - seuls les individus et la mentalité ont subi des transformations - La balle du néant est un roman mi-polar, mi-SF, avec les ingrédients que peuvent comporter ces deux genres, même si la part belle est réservée à l'anticipation. D'ailleurs ce roman est le premier d'une série intitulée Les futurs mystères de Paris. Mais le lecteur pourra à juste titre se sentir frustré dans l'explication finale et la résolution de l'énigme du meurtre en chambre close puisque Roland C. Wagner utilise un artifice propre au domaine de la science fiction.


 

Les ravisseurs quantiques. Collection Anticipation N° 1998. Editions Fleuve Noir. Réédition aux éditions de l'Atalante.

wagner1.gifOù l’on retrouve Tem, Temple Sacré du Matin Calme, le détective privé dont on a pu lire la précédente aventure dans La balle du néant qui se déroule à Paris en l’an de grâce 2063. Son talent de Transparent le dessert dans sa profession car les clients ne se pressent guère dans son officine.

Son ami Ramirez lui fournit le moyen de passer à l’action en lui présentant un couple dont la fille a disparu. Une enquête qui ne rapportera rien à Tem, puisqu’il lui est redevable d’un service. Mais ce couple d’Anonymes est si pitoyable qu’il ne peut refuser. Frédégonde, c’est l e prénom de la disparue, est tout le contraire de ses parents. Elle veut goûter à toutes les joies de la vie, quitte à s’y dérober au dernier moment lorsque le jeu ne l’intéresse plus.  

C’est ainsi qu’elle a frayé avec les Vikings, puis les Crépusculaires, les Acidulés  wagner8.jpgpour finir entre les tentacules des Copistes. Les sectes et autres groupuscules constitués en églises nouvelles abondent, profitant du désarroi des jeunes générations, prélevant leur dîme au passage. Tem va affronter dans un univers parallèle une résurgence uchronique du communisme stalinien et sera confronté à des changeformes.

 

Prenant pour prétexte l’un des thèmes récurrents de la littérature policière, la disparition prélude à un enlèvement, Roland C. Wagner se lance dans un délire fictionnesque mais néanmoins actuel, l’emprise des sectes en cette fin de siècle (je précise que cette chronique a été éc rite dans le milieu des années 90) sur des êtres à la recherche d’un fac-similé de bonheur, de croyance factice, de soutien ou d’assistance, de communion. La trame policière cède vite le pas à l’analyse du comportement humain, via l’anticipation.


 

Tekrock, éditions Fleuve Noir,collection Moyen Format. Réédition aux éditions de L'Atalante.

wagner2.jpgTekrock est le cinquième épisode des aventures de Tem, alias Temple Sacré de l’Aube Radieuse (oui entre temps il a changé partiellement de nom), lequel possède le don, ou le talent, de passer inaperçu auprès de la plupart des quidams qu’il côtoie.

Lorsqu’il veut que son i nterlocuteur n’oublie pas sa présence, il arbore un borsalino vert fluo du meilleur goût. Alors que les médias suivent avec intérêt le procès d’Odon (voir les épisodes précédents) Tem est chargé de retrouver l’identité d’un amnésique qui aurait perdu la mémoire durant la Terreur, au cours d’événements ayant secoué la Terre entière. Son enquête va le mener dans la banlieue ouest de Paris, banlieuwagner3.jpge quasi désertique depuis l’apparition de phénomènes mystérieux. Heureusement Tem peut compter sur ses amis, notamment Eilen, et surtout Gloria.

 

Je m’en voudrais d’en dévoiler davantage pour qui ne connaît encore l’univers baroque et musical de Roland C. Wagner qui entraîne le lecteur dans une course folle, ponctuée par des articles relatant les avatars du procès d’Odon. Les thèmes de la science-fiction, du fantastique et du roman policier se marient avec bonheur, étonnant mariage à trois, dans ce roman TGV (très grande virtuosité).


 

Le pacte des esclavagistes. MACNO n° 14. Editions Baleine. Coécrit avec Rémi Gaillard.

wagner10Petit dernier pour la route, dans un registre différent, le 14ème volume de la série MACNO chez Baleine, signé Rémi Gallard & Roland C. Wagner. Pour ceux qui ne connaîtraient pas MACNO, sachez que l’action se passe en 2064, et que MACNO alias Magasin des Armes, Cycles et Narrations Obliques est une entité sans véritable identité, dont l’essence est puisée dans un ordinateur superpuissant et qui se comporte en redresseur de torts. Bon, je schématise, mais comme de toute façon c’est de la fiction, ce n’est pas la peine de s’étendre et de sodomiser les dyptères.

En cette année 2064 donc, une nouvelle vague hippie déferle sur la planète, célébration du Summer of love, et dont les membres sont les Mysthiques. Apparemment ils sont pacifiques comme leurs vénérables ancêtres, et seule la musique, les musiques, est leur arme. Mais dans ce cas pourquoi les sociologues, les chercheurs qui tentent de résoudre le mystère de leur résurgence, de comprendre le pourquoi de leur présence, de leur prolifération, meurent dans des conditions bizarres, assassinés par des Kontrats qui théoriquement ne ratent jamais leur cible et propagent la mort à l’aide d’aragnelles, sorte de petites araignées ?

Bonne question mais si vous souhaitez connaître la réponse je vous engage à lire ce roman écrit en duo, qui ne possède pas le souffle, la démence, la démesure, la poésie, le style jubilatoire wagnérien de la série des Futurs Mystères de Paris, mais énonce toutefois des vérités premières telle que la diatribe contre l’Organisation Mondiale du Commerce (de la fiction vous dis-je !). Les auteurs se sont fait plaisir, communions avec eux. Amen.

 

Vous pouvez retrouver la série des Futurs Mystères de Paris de Roland C. WAGNER aux éditions de l'Atalante.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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