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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 15:11

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Traiter par la dérision, l’ironie, l’humour, un fait de société grave est la meilleure façon de narrer une histoire dramatique mais en même temps de montrer aux lecteurs que ceci, s’il s’agit d’une fiction, pourrait s’inspirer d’une histoire vraie. Ce qui n’est pas impossible comme vous le verrez par la suite.

Tandis qu’Odilon, le patron du café restaurant La Périchole, et Azraël, le directeur d’une petite agence de détectives privés, discutent sur les vertus des boissons capables de remonter le moral et la virilité du second, un individu cagoulé fait irruption dans l’estaminet. Il pointe à travers sa poche ce qui semble être un gros calibre, mais la stupeur passée, ce client inopportun se révèle être Danh, un artiste dont les chansons ont conquis le public français mais surtout un vieux copain d’enfance d’Azraël, perdu de vue depuis la fin de leurs études. Ils étaient inséparables avec Domi la sœur de Danh.

Cette intrusion dans le bar d’Odilon n’est pas due au hasard. Danh recherchait son ami et lui demande de l’accompagner pour un seul et unique spectacle à Hô-Chi-Minh-Ville, anciennement Saïgon, mais surtout parce que Diêm, le prénom vietnamien de Domi, est soupçonnée dans un trafic humain.

Elle est responsable d’Ambre et Jade, une ONG qui dérange, et selon Danh « elle serait impliquée à son corps défendant, dans une affaire de corruption inventée de toute pièce pour l’entraver dans ses actions humanitaires ». Et toujours selon Danh, elle serait la forêt qui cache l’arbre, et non le contraire comme on a l’habitude de dire. Car la traite d’humains existe bien et sous des activités humanitaires s’en cachent d’autres qui n’auraient rien d’humaines. Des affaires d’enlèvements de femmes et d’enfants au Vietnam, au Cambodge, en Thaïlande circulent, mais elles ne sont considérées que comme des rumeurs. Et Long 2, le mari de Diêm, serait impliqué dans ces actions délictueuses.

Long 2 fait partie d’une fratrie comprenant trois frères qui dirigent la Long Brothers Company. Long 1 est à Singapour, Long 3 à Hong Kong, et leurs affaires sont florissantes et variées, concernant de nombreux commerces. Or il se pourrait que les Long Brothers soient engagés dans ce trafic.

Azraël le calmar et son ami Danh vont être confrontés à des dangers en risquant leur vie, tout autant à Ho-Chi-Minh-Ville qu’à Paris où ils reviennent précipitamment. Ils sont invités à déguster des repas présentés dans de petites verrines, des plats composés sous forme de cuisine moléculaire qui possède au moins l’avantage de guérir les ennuis liés à la libido d’Azraël. Mais à Paris, une autre réunion va dégénérer en course poursuite, et l’auteur nous emmène dans un endroit anachronique parisien, la Cité des Fleurs, un passage bordé de petits pavillons qui rejoint la rue de la Jonquière à l’avenue de Clichy.

Ce roman est une sorte de pastiche du Poulpe, qui fait référence à Jean-Bernard Pouy, et qui met en scène également l’auteure Thanh-van Tran-Nhut. Un roman jubilatoire tout en traitant un registre grave. Evidemment on ne peut pas ne pas penser à la fille adoptée de Johnny Halliday, prénommée elle-même Jade, mais aussi à cette association caritative humanitaire qui connu des déboires au Tchad et en Somalie, l’Arche de Zoé. Un roman agréable à lire qui sert également de poil à gratter.

Vous pouvez également retrouver mes chroniques concernant Inconsolables Sorcières, Sextoy made in China

Jan THIRION : Nuoc mâm Baby. Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. 214 pages. 10€.

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 09:47

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Auteur d’un Poulpe, La Brie ne fait pas le moine, acteur, scénariste, et créateur de séries, Christian Rauth, né le 9 mai 1950, possède plusieurs cordes à son arc. De ses activités comme acteur pour le cinéma on retiendra Rue Barbare ou Omnibus, film dont il est le co-auteur avec Sam Karmann le réalisateur. Pour la télévision, révélé avec Navarro, série pour laquelle il interprète un mulet de Roger Hanin, avec Sam Karmann et Daniel Rialet il créera deux séries : Les Monos avec Daniel Rialet et surtout Père et Maire toujours avec Daniel Rialet. Aussi le monde des tournages, il connait bien et c’est tout naturellement que ce second roman s’inscrit dans le petit monde des séries télévisées.

Lors du tournage d’un épisode de Monti dans les studios de la Capelette à Marseille, une série à succès ayant pour interprète vedette Eddy Ordo, acteur imbu de lui-même et de sa notoriété, la scène 97 vire au drame. Pourtant tout était bien réglé, l’accessoiriste avait tout vérifié, n’empêche que la bavure s’étale en trainées sanglantes autour des deux comédiens qui s’affrontaient en théorie virtuellement mais qui gisent dans les décors préfabriqués. Au tapis Ordo, mais aussi Lucas Kalou, le jeune acteur prometteur mais trop rare. Lucas, selon les premiers renseignements pris et les conclusions hâtives des policiers dirigés par le lieutenant Plume, aurait abattu Ordo puis se serait suicidé. Lucas se serait vengé après les humiliations et vexations subies de la part de la star et dont Ordo était coutumier. Rob Marin, qui tenait le rôle de l’inspecteur Garcia dans la série, n’est pas du tout d’accord et décide d’endosser le personnage de Garcia afin de démontrer que Lucas, son ami et son presque frère, n’était pas le tueur désigné, et de découvrir le véritable coupable. Le dossier est classé trois jours après le meurtre et le pseudo suicide sur les directives de Picot, le directeur national de la police. Le lieutenant Plume n’envisage pas de le rouvrir malgré les insistances de Rob Marin. Mais cet incident a entrainé un dommage collatéral, l’arrêt de la série et la mise sur la touche des acteurs. Rob effectue de nombreux voyages entre Paris, où il possède un appartement et Marseille où il réside pour le tournage de la série. Rob relève certaines incohérences dans la mise en scène du meurtre et dans les déclarations. Et lorsqu’il essuie deux balles en roulant en moto et sort d’un mini coma à l’hôpital, rescapé grâce au port de son casque, il se doute qu’il devient gênant.

Conclusion à laquelle adhère Plume qui va l’aider dans ses démarches, peut-être parce qui lui aussi possède un passé qu’il ne peut oublier. Par bribes, par déduction, avec l’aide d’un spécialiste du laboratoire scientifique de la police, cela commence à s’emboiter tout doucement mais le chemin est long et parsemé d’embûches. Plume le flic sympa et torturé, Ramon qui est né avec des grains de sel dans la bouche d’où sa perpétuelle pépie qui lui tourneboule les neurones, Galli, le croque-mort qui se déplace en fauteuil roulant et Juliette, l’une des figurantes qui incarnait une fliquette et est hospitalisée depuis dans une clinique psychiatrique, complètent la galerie de personnages qui évoluent dans cette histoire dont on sait que la genèse se trouve en Galicie occidentale en 1944. Je ne vous dévoile rien puisque cette scène figure en prologue.

Un excellent roman qui nous entraîne dans les coulisses du tournage des séries télévisées, et l’on ne peut s’empêcher de penser à l’ambiance des Navarro. Certaines scènes s’inscrivent comme de petits morceaux d’humour, Rauth1.jpgparfois décalé, et les divers protagonistes se montrent sympathiques, sauf quelques-uns, mais je ne vous dirais pas lesquels. Un bon moment de détente, ce qui n’empêche pas Christian Rauth d’exprimer quelques vérités qui sont bonnes à dire. Peut-être pourra-t-on relever ça et là quelques poncifs, qui ne prêtent guère à conséquence et qui s’inscrivent logiquement dans la trame. C’est aussi une ode à l’amitié, et l’ombre de Daniel Rialet, disparu trop tôt, plane sur ce roman. Et l’on met à rêver à d’autres épisodes ayant Rob Marin, Galli, Plume et Juliette comme personnages principaux, à moins que cela devienne une série télévisée.

Christian RAUTH : Fin de série. Polar, Editions Michel Lafon. 2010. 17,95€.

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 10:42

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Un battement d'aile de papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas ? C’est ce qui est communément appelé l’effet papillon. Partant de ce postulat, peut-on affirmer que si le narrateur n’avait pas omis de citer Shakespeare dans la citation qu’il avait mise en exergue de son manuscrit, tout ce qui va suivre serait arrivé ?

Le narrateur, appelons-le Catawoman, vérifiant dans sa voiture garée dans un parking son manuscrit qu’il vient de faire photocopier en cinq exemplaires, s’aperçoit donc de cet oubli et arrache la feuille de garde d’une copie. Par la lunette arrière de son véhicule il entrevoit un homme qui est agressé par deux gamins. L’individu sort de sa poche un revolver mais les deux jeunes adolescents sont plus rapides que lui et l’abattent. Lorsque Xavier, dans une sorte de réflexe inconscient remarque l’arme sur le capot de la voiture de l’homme blessé à mort, il s’en empare en entrouvrant sa portière. Mais il ne se rend pas compte que la feuille déchirée tombe à terre aux pieds du cadavre. Puis il s’en va, tranquillement, tout en pensant à la lecture qu’il doit effectuer en public dans une librairie toulousaine quelques jours plus tard.

Lorsque les policiers effectuent les premières constatations, cette feuille volante les intrigue. Franz Dieu et son équipe apprennent par le médecin légiste que sur le haut du corps un œil a été tatoué. La marque des Sorcières, une bande de malfrats sévissant dans l’un des quartiers chauds de Toulouse. Un des policiers s’étant un peu trop confié à une journaliste, bientôt le nom de l’auteur de la citation est dévoilé : Shakespeare. Ce ne pourrait être qu’un banal incident si deux Inconsolables, une bande rivale des Sorcières, étaient retrouvés dans une voiture avec sur le pare-brise une autre citation de Shakespeare. Puis un nouveau cadavre est retrouvé avec un livre entre les dents, Roméo et Juliette du même dramaturge élisabéthain. Une guerre des gangs pense Dieu qui a déjà pas mal de soucis à régler. Dans le bar le Vertigo, qui est réputé comme le quartier général des Sorcières et où travaillait Hanlon en tant que videur, le collègue avec lequel il travaille en binôme lui fait remarquer un consommateur qui pourrait être son jumeau, un sosie presque quasi parfait. Il a le visage ravagé, comme lui, suite à on ne sait quel accident. Mais Dieu n’y prête guère attention, il a d’autres soucis en tête comme je l’ai déjà dit. Dans quelques jours il doit assister au jubilé de son patron, l’irascible commissaire Hérion, et auparavant se plier à une séance d’entraînement formation, le genre de chose qui l’horripile. Alors il se venge en dégustant ses briques de jus de pomme, alors que ses collègues carburent à la caféine et parfois aux amphétamines, mais c’est du jus de pomme cuvée spéciale, en provenance directe d’une bouteille de vodka qu’il transvase. Heureusement, il existe un petit coin de ciel bleu dans son existence grise et qui se manifeste sous le doux prénom de Blanche. Celle-ci occupait précédemment le logement où il vit et grâce à sa propriétaire il fait la connaissance de la jeune femme qui se révèle charmante et même plus.

Que devient Catawoman, me demanderez-vous avec juste raison ? Il pense à sa mère, il écoute Anne Vanderlove en boucle, la chanteuse préférée de sa mère, il se connecte sur le site Grief.com car il s’identifie à sa mère décédée. Mater Dolorosa comme son père l’appelait avant qu’il quitte le foyer. Sa mère qui accumulait tous les malheurs du monde dans sa tête, qui se rendait malade à cause des infos. Qui s’est autodétruite. Alors Catawoman recueille sur Grief.com les doléances de ceux qui subissent le joug des autres. Il y a Manu, qui est harcelé, battu, racketté par un collègue de travail, Antigone, qui harcelée par un proviseur de lycée s’est défenestrée et vit maintenant en chaise roulante, et Duke qui affirme devoir subir les assauts de son beau-père. Et d’être en possession d’une arme donne des idées à Catawoman. S’en servir bien évidemment pour réduire les souffrances des uns et des autres et les venger en laissant sur le lieu de son forfait une citation de Shakespeare. Puisque c’est à la mode.

Et comme si cela ne suffisait pas, il y a les gamins des rues, qui sont affiliés à l’une ou l’autre des bandes, comme Tim le poussin, ainsi surnommé parce qu’il est toujours habillé de jaune, et son chien Roland Garros, un pitbull qui mâchouille en permanence une vieille balle de tennis.

Le lecteur qui passe allègrement du Je du narrateur, en suivant les pérégrinations de Catawoman, au Il de l’enquêteur Franz Dieu perdu dans ses démêlés avec sa hiérarchie, son enquête, ses amours nouvelles et anciennes, il doit aller voir son ex, Noé, qui est aussi romancière et doit faire une lecture publique de son nouveau roman dans une librairie renommée. Il peut s’identifier au « héros » de cette histoire, suivre l’enquête du côté des policiers. Il frémit, ressent la peur en même temps que les protagonistes, il accompagne les divagations des différents personnages, a envie parfois de dire « attention danger », se prend au jeu, si c’en est un, et aimerait que tout se termine bien.

Jan Thirion nous offre une nouvelle facette de son talent, après la plongée historique dans les prémices de la guerre d’Indochine avec Soupe tonkinoise, ou la franche rigolade de Sextoy made in China. Jan Thirion bascule d’un univers à l’autre avec bonheur et pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

Jan THIRION : Inconsolables sorcières. Collection Zones d’ombre, éditions Asgard.

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 10:27

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La force de ce roman, qui est aussi un récit, une biographie, un document, réside dans l’implication prégnante de l’auteur dans le déroulement des aventures de son héros comme vous pourrez vous en rendre compte ci-dessous. Le narrateur qui s’exprime à la première personne et s’appelle Marc B. tout comme dans Le Roi de Pékin, délivre ses multiples péripéties comme s’il les avait véritablement vécues, se situant selon les moments sur le fil du rasoir, du bon et du mauvais côté de la barrière. Le bon, une plaine légèrement bosselée, avec par ci par-là des mamelons ridant le paysage, le mauvais plongeant sur un à-pic, une falaise, un gouffre, un vide immense.

Au départ du roman, qui se déroule au début des années 80, Marc B. est un jeune caméraman qui est embauché grâce à un ami dans les milieux du cinéma. Pas n’importe quel cinéma, celui de la sexploitation, ou pour écrire plus simplement dans les prises de vue des films porno. Cela le change de son travail où il s’ennuyait à filmer des hommes politiques lors des informations, dans les studios d’une chaine de télévision. La possibilité de connaître autre chose, d’autres sensations dans un pays asiatique fut la bienvenue, ainsi qu’une opportunité à sa démission. Il débarque à Hong-Kong en 1985 et il filme sans état d’âme les ébats de la jeune et belle Rita, véritable star des films X, qui donne tout son cœur et le reste à l’ouvrage qui lui est confié. Mais dans ce genre de travail, les vedettes sont vite dépassées, remplacées, et même si la belle accepte toutes les propositions, la roue tourne et elle est obligée de pivoter vers des films amateurs qui ne rapportent guère et sont tournés sans véritable script en quelques jours. Les beaux jours sont derrière eux, pécuniairement parlant, et Rita propose à Marc B. de travailler pour son frère Franck.

Franck est un personnage guère plus âgé que Marc, adipeux, tout le contraire physiquement de sa sœur, mais qui jouit d’une certaine aura dans un autre domaine. Alors afin d’assurer leur subsistance, Marc accepte de convoyer en Corée, puis dans d’autres pays de la Zone asiatique, des marchandises qui ne sont pas forcément prohibées mais devraient être soumises à des taxes douanières. Le premier voyage qui consiste à convoyer des valises pleines d’aiguilles à tricoter est un fiasco, cependant Franck lui fait confiance. Dès lors les marchandises introduites en fraude sont plus de plus en plus conséquentes financièrement. De plus une jeune femme, Liz, une Américaine dont les parents richissimes gravitent dans le cinéma mais dont elle ne veut pas dépendre, est intégrée au petit trafic. Caméras, appareils-photos, montres de prestige, traversent les frontières allègrement, Corée, Japon, Thaïlande, Chine, Birmanie, puis la drogue s’invite dans les bagages. Durant leurs séjours dans ces différents pays, Marc s’initie à l’alcool, à la drogue dite douce et fréquente les prostituées afin d’assouvir sa libido.

Marc est tout content d’accueillir son jeune frère Phil à Hong Kong et celui tombe immédiatement amoureux de Rita. Comme Marc et Liz commencent à filer le parfait amour, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le gros grain de sable ne s’invitait à la frontière de l’Inde. Des lingots d’or sont placés dans leurs bagages, mais Phil est arrêté à la douane. Marc et Franck eux passent tranquillement, les douaniers étant trop occupés avec leur proie. Ils retournent à Hong Kong une fois leur mission accomplie mais peu après Marc apprend que Phil s’est pendu dans sa cellule. Marc en veut terriblement à Franck d’autant que celui-ci s’est permis quelques privautés à son égard.

Obligés de quitter Hong Kong, Marc et Liz se rendent en Californie tandis que Rita reste stoïquement.

Commencent alors ces montagnes russes aventureuses qui vont ponctuer les pérégrinations amoureuses, les aléas d’une vie mouvementée, semée d’embûches et de quelques corps qui ne reverront jamais leur pays natal. Le trio Marc, Liz et Rita se reforme pour le meilleur et le pire, le plus souvent pour le pire, leurs déambulations les menant de Californie en Inde puis en Thaïlande.

Marc Boulet s’amuse à placer ses protagonistes dans des situations périlleuses, hasardeuses, qui flirtent avec le danger mais leur apportent parfois de bons moments de calme, de répit. Il se moque gentiment des touristes ainsi que du fameux Guide du Routard, pour des excursions préfabriquées pour voyageurs aisés. D’ailleurs il emmène son lecteur dans des chemins non balisés, dans des endroits où le tourisme est denrée rare. La drogue y est souvent présente, mais le héros se défend de toucher à la cocaïne, se contentant de marijuana, de codéine et d’alcools locaux plus ou moins bon pour les neurones.

Certains passages, certaines phrases, sont à double sens. L’auteur l’a-t-il fait délibérément, je ne saurais le dire mais quant on lit par exemple, lorsqu’il parle des films porno : « J’ai réussi à pénétrer dans le milieu fermé du cinéma », on ne peut qu’approuver qu’il est sûrement plus difficile d’y pénétrer que dans l’intimité des actrices du X. Quant à Marc B., il se montre souvent naïf et abject à la fois, candide et monstrueux, pourtant le lecteur ne peut s’empêcher de ressentir à son encontre une certaine forme de sympathie. Alors Marc Boulet, l’auteur, et Marc B. le narrateur, un seul et même homme ? L’auteur essaie de le démontrer surtout lorsqu’il écrit des phrases prenant le lecteur à témoin : Avant [sous-entendu de vous narrer ce qui suit], je souhaite m’assurer que vous ne mettez pas en doute ma parole quand j’écris… ou encore Il faut me croire, tout est vrai dans ce récit…

Un excellent roman d’aventures exotiques dont on se demande s’il n’a pas été vécu… en partie.

Marc BOULET : Contrebandiers. Collection Rivages/Noir N° 851. Editions Rivages. 356 pages. 9,50€.

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 08:57

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Journaliste aux Philippines pour la revue Temps modernes, Marc B. s’est épris de ce pays et d’une jeune fille, Jade, une Philippina d’origine chinoise. Il rencontre Roger, qui vit d’une petite retraite de militaire, à Manille. Ils deviennent amis et décident en 1986 d’acheter un club dans l’île de Sabang, grâce à la vente de deux maisons héritées par Roger. Le club, mis au nom de Jade car les étrangers ne peuvent devenir propriétaires, est transformé en bordel prospère et tout irait pour le mieux si Roger ne s’était entiché de marijuana et communiquerait, selon lui, avec des extraterrestres. Mais la catastrophe survient en 1994, lorsque Marc découvre Rosalinda, une des employées du plaisir tarifé, étripée dans sa chambre. Du sang partout et même jusque sur la glace, où une inscription désigne nettement comme coupable Roger. Marc appelle la police et celle-ci ne peut que constater le meurtre. Hébété Roger ne nie pas et est emprisonné. Jade et Marc décident de quitter les Philippines. Ils vendent le club et voyagent quelques semaines sans compter les dépenses. Ils sont riches, toutefois Marc met de côté la part de Roger. Puis ils s’installent à Pékin, chez Rita la sœur de Jade. Elle tient avec Dragon, son mari, une gargote. Marc apprend le chinois et s’entend rapidement avec son beau-frère. Marc a d’autres projets et avec l’accord de Dragon, il transforme le restau en salon de massage, et ils recrutent une quinzaine de jeunes filles. Aucune expérience n’est requise, le massage n’étant qu’une façade. Au début les affaires marchent cahin-caha mais les conseils avisés de Dragon attirent bientôt une clientèle nombreuse. Rita préfère retourner aux Philippines, et tandis que Marc et Dragon s’occupent du bar et des salles attenantes, Jade est préposée à la comptabilité. Bientôt ils ont une fille, Lili, et la vie continue, avec parfois de petits problèmes, mais de bien méchant. Alors qu’il ne s’y attendait plus, Marc a la mauvaise surprise de voir Roger débarquer un beau jour de 2007 dans l’établissement, comme si de rien n’était. Roger se conduit comme s’il avait fait l’impasse sur ses années de détention. Il se déclare végétarien, refusant de boire de l’alcool, enfreignant toutefois ces règles de temps à autres. Lorsque Marc se rend compte que Roger touche à nouveau à la drogue, il pique sa colère. Mais Roger ne se contente pas de consommer. Marc alors commence à haïr son ami et lorsque celui-ci lui demande de lui prêter de l’argent pour acheter une grosse quantité de drogue en Birmanie, via la Thaïlande, il se concerte avec Dragon qui lui conseille de l’aider. Marc l’emmène jusqu’à la frontière thaïlandaise en espérant que Roger se fera prendre et qu’il n’entendra plus jamais parler de lui. Hélas pour lui, Roger déjoue les pièges thaïlandais, et ils reviennent à Pékin.

Entre Marc B., le narrateur, et Marc Boulet, l’auteur, il existe deux liens fondamentaux, ceux du journalisme, et évidemment la Chine. Et parfois les deux hommes se rejoignent, se fondent. Au delà de la trame, qui réserve bien des surprises, le lecteur découvre une Chine qui ne ressemble pas à celle souvent décrite. Des à priori, des idées toutes faites, sont dénoncées, et cela nous change des assertions émises et souvent erronées. Comme le roman est écrit à la première personne, l’auteur ne peut s’empêcher de placer ça et là de petites réflexions du genre si j’avais su, ou je me trompais, ce qui aide le lecteur à tenter d’imaginer des débouchés à l’intrigue. Enfin une petite remarque, par deux ou trois fois, Marc Boulet écrit “ nous étions soudés comme les dix doigts de la main ”. J’ai eu beau compter et recompter, je n’ai que cinq doigts par main. Dix si j’additionne mes deux mains, mais elles ne sont pas soudées. Alors s’agirait-il d’une métaphore qui dévoilerait une partie de l’intrigue ? Pourquoi pas, car il est inimaginable qu’un romancier aguerri puisse se tromper à ce point.

Marc BOULET : Le Roi de Pékin. Thriller ; Editions Denoël. 256 pages. 17,75€.

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 13:34

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Dans mon article sur Sud Express de François Darnaudet, je me gaussais gentiment des liseuses, l’appareil qui permet de lire sur un écran, et la femme employée pour lire un ouvrage à des bourgeoises analphabètes. Eh bien, voilà, j’ai mon liseur à moi, qui ne prend pas de place, qui se tait quand j’en ai envie, qui ne se désaltère pas après des heures de lecture, ou alors en cachette, qui articule bien, indispensable la prononciation lorsque le conduit auditif aurait bien besoin d’un ramonage ou qu’il devient déficient. La perle rare qui se nomme Cédric Zimmerlin. Je sens d’ici que vous m’enviez, aussi je ne résiste pas au plaisir infini de vous donner ses coordonnées ou celles de ces collègues. En effet ce liseur n’est autre qu’un comédien voix-off, recruté par les éditions Thélème pour lire un livre, et dont le texte est enregistré sur un ou deux CD/MP3 audio.

Lorsque les Editions Thélème m’ont proposé de choisir dans leur catalogue, conséquent, un titre afin de découvrir leurs productions, j’ai d’abord hésité. Un CD peut-il remplacer un livre que l’on a plaisir à feuilleter, à emmener partout, à lire dans n’importe quelles conditions ? Et puis j’ai réfléchi (ça m’arrive) et je me suis dit que les personnes qui connaissent des problèmes visuels, ou sont handicapés, pour satisfaire leur besoin de lecture dont ils sont privés, ce support serait un excellent palliatif. Et sans entrer dans l’extrême il faut également penser à celles et ceux qui sont chez eux et peuvent écouter sans que leur travail à domicile soit pour autant négligé. Ainsi, les repasseuses à domicile, par exemple, peuvent écouter tout en effectuant leur labeur (j’ai essayé, on peut) et autres petits boulots qui tendent à se généraliser et ne requièrent pas d’effort de concentration excessif. Ceci est aussi valable pour les joggers qui effectuent leur périple dominical d’une façon monotone. Et je pense qu’ils courront sans effort quelques kilomètres supplémentaires sans s’en rendre compte.

Mais je déconseillerai aux automobilistes d’écouter la voix charmeuse de la liseuse ou du liseur, sinon, ils risquent en zone rurale de dépasser la vitesse autorisée et ne pas remarquer le radar qui lui ne les loupera pas, ou, en zone urbaine, la limitation de vitesse ou le feu rouge intempestif qui nargue tout conducteur distrait. En cas d’embouteillage, alors là oui, cela peut être un excellent dérivatif. Concentration, disais-je. Il en faut un minimum, car on n’écoute pas une lecture comme des morceaux de musique, sinon on risque de perdre le fil du récit. Je blague car au moins en voiture écouter un livre parlant, cela change des stations radiophoniques musicales qui débitent en boucle des morceaux répétitifs susurrés par des artistes aphones ou braillés par chanteurs qui ne contrôlent pas leurs cordes vocales, ou des celles dédiées aux infos qui s’avèrent inintéressantes, stressantes, démoralisantes.

J’ai donc choisi comme test un roman de James Ellroy, Underworld USA. N’ayant lu que deux romans de cet auteur américain, et ne les ayant guère appréciés, je me suis demandé si à l’écoute, cette impression d’insatisfaction allait m’étreindre à nouveau. Je peux vous avouer que je me suis laissé bercer par l’écoute qui me faisait penser un peu aux bons vieux feuilletons radiophoniques ou plus récemment les histoires extraordinaires ou autres racontées avec conviction par Pierre Bellemare.

Comme l’avait si bien énoncé Jacques Rouxel, le créateur des Shadocks, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. Donc j’aurais pu puiser dans le catalogue et choisir un titre d’Agatha Christie, de San Antonio, de Fred Vargas. Des titres déjà lus et pour la plupart chroniqués. Non j’ai choisi Ellroy et à vrai dire la lecture auditive ne m’a pas convaincue sur cet auteur adulé par bon nombre de lecteurs. Pourtant le récitant s’est investi et je dois avouer qu’au départ cela partait bien. Mais je n’ai pas accroché à cette histoire dans laquelle sont évoqués Edgar J. Hoover, l’aspirateur du FBI, d’Howard Hughes, ou encore l’assassinat de Bob Kennedy. Trop confus à mon goût, pourtant ce n’est pas la performance du comédien voix-off qui est en cause. Et de plus, pour moi qui ne suis pas anglophone, je retiens mieux les noms des protagonistes grâce à ma mémoire visuelle qu’à celle auditive.

En conclusion, j’ai aimé tenter l’expérience et si je devais en faire une autre, nul doute que je choisirai un ouvrage plus ancré dans ma sensibilité de lecteur. Les deux CD possèdent une durée d’écoute de 28h30, tout de même, mais je regrette toutefois que le temps de chaque découpage de chapitres ne soit pas indiqué sur la pochette. Autre petit regret, minime, qu’une petite pause musicale, de 5 secondes par exemple, ne soit pas intercalée entre chaque chapitre du livre. Pour le reste, je dis bravo et félicite encore le lecteur qui a été mis à ma disposition.

Vous pouvez retrouver tout le catalogue, qui propose divers genres de littérature, sur le site des éditions Thélème.

James ELLROY : Underworld USA. Editions Thélème. 28h30. 25€.

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Published by Oncle Paul - dans Documents
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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 16:22

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La fête à Neu-Neu, dont vous avez sûrement entendu parler, n’était pas une distraction destinée à rendre hommage à quelqu’un de naïf, de simplet, mais la contraction du nom du lieu où elle se déroulait, c'est-à-dire Neuilly sur Seine. Créée par décret impérial par Napoléon 1er en 1815, elle a changé de nom en 2008, et devint foire d’automne ou fête du Bois de Boulogne, mais elle a repris son ancienne dénomination en 2010. Donc il ne faudrait pas accroire qu’il n’y avait pas de simplets à Neuilly sur Seine, ou si peu. Elle se déroulait, à l’époque qui nous intéresse, de la fin juin jusqu’à début juillet, pour trois semaines.

Il était une fois… Les contes commencent toujours ainsi, n’est-ce pas ? Il était une fois, donc, un comte qui ruiné s’était vu contraint d’assurer sa subsistance en devenant militaire. Mais son éducation défaillante ne lui permit point d’obtenir les épaulettes décernées lors d’un passage à un grade supérieur, et il végéta. Afin d’aider un sien ami, il accepta contre bon et bel argent sonnant et trébuchant, faut pas se voiler la face non plus ce n’était pas un pur altruiste, il accepta de donner son nom à un enfant né des amours illégitimes d’un noble et d’une bouquetière. En ce temps-là, un enfant illégitime n’avait quasiment pas d’existence reconnue et notre comte-soldat devint un père putatif. L’engrenage étant lancé, il se trouva pourvu de près de trois-cents enfants, qu’il n’éleva point. C’est ainsi qu’une foraine, lui mit le marché en main, offrant le double de la somme qu’il demandait lors de ses bons offices, et que Gringalet eut un père officiel. L’honneur était sauf. Gringalet devint un beau jeune homme et tandis que sa mère tournait la roue de la fortune il apprit tous les métiers des banques, c’est-à-dire des métiers forains, et trouva sa voie comme comparse dans un stand de lutteurs. Les combats étaient truqués, bien évidemment, et le vainqueur était désigné par le patron selon les paris engagés par les spectateurs.

Ce jour-là de l’année 1880, Gringalet, qui était surnommé également le Vicomte, devait affronter comme à son habitude l’un des lutteurs, des saltimbanques musclés ayant pour nom Germain l’Alsacien, René l’Ours de l’Oural, Ambroise, Gino le Sicilien ou encore Bamboula, de son vrai patronyme François-Egalité, originaire de la Guadeloupe. Pourtant Ficelle, l’homme-momie qui avait fait les beaux jours d’un cirque américain, ne présage rien de bon de ce combat. Il a vu les bisons charger, signe de malheur imminent. Les bisons en question ne sont que les nuages qui défilent dans le ciel, mais il est hors de question de remettre les idées de Ficelle à l’endroit.

Nonobstant les prédictions de Ficelle, qui est atteint de céphalées récurrentes, Gringalet, qui ne l’est plus et appelons-le donc par son surnom du Vicomte, le Vicomte avant d’entamer son combat est attiré par les beaux yeux d’une charmante branque, une spectatrice. Elle est escortée d’une dame de compagnie, non moins charmante mais pas autant aux yeux du Vicomte. C’est le coup de foudre immédiat mais qui va être suivi d’un coup de tonnerre. Le combat tourne à l’avantage du Vicomte et lorsque celui-ci recueille les sommes misées, un petit papier est glissé dans la sébile. Eloïse de Givry, une baronne fortunée, lui donne rendez-vous dans une demeure sise dans un endroit à l’écart de toute habitation. Elle est mariée à Sir Richard Pembroke, un Anglais dispendieux qui a dilapidé son héritage. Le Vicomte fonce tête baissée dans ce qui ce révèle être un guet-apens soigneusement aménagé. Il est reçu par Colette, la dame de compagnie, laquelle l’introduit dans l’antichambre, lui demandant de se préparer pour rencontrer Eloïse. Entrant dans la chambre il distingue sa belle allongée sur son lit, le visage ensanglanté, battue à mort. Sir Richard qui se tenait non loin fait irruption avec deux hommes de main et le Vicomte subit le même sort que sa belle. Puis Sir Richard « découvre » le théâtre sanglant de sa double tentative de meurtre assisté de comparses et d’un témoin innocent qui ne se doute pas qu’il est entraîné à son insu dans un traquenard. Ce témoin n’est autre que Daumal, un policier qui va servir de caution, qui deviendra quelques années plus tard commissaire à Neuilly. Sir Richard va pouvoir jouir de la fortune de sa femme, en toute impunité, enfin c’est ce qu’il espère car les corps pantelants, sanguinolents, meurtris, brisés, défigurés d’Eloïse et du Vicomte ont disparu.

Cinq ans plus tard, la fête à Neu-Neu bat son plein et Rodolphe sert de guide improvisé à son ami Daumal et à Alphonse Bertillon, lequel est désireux de découvrir une baraque foraine tenue par Thomas Brown, un Anglais qui d’après l’étude d’un de ses compatriotes, Henry Faulds, lequel avait repris des travaux de sir Francis Galton, se faisait fort d’identifier un individu grâce à ses empreintes digitales. Ce qui énerve passablement le digne rejeton d’une grande lignée de scientifiques, lui qui ne voit que par son invention : l’anthropométrie judiciaire, connue aussi sous le nom de bertillonnage. Rodolphe quant à lui dirige un Musée vivant dont l’une des attractions est la reconstitution de la scène du meurtre de la Baronne de Givry et du Vicomte.

Je me garderai fort d’aller plus loin dans cette histoire à rebondissements multiples et variés afin de ne point trop déflorer cette intrigue rocambolesque et savamment maîtrisée. Il est évident que l’auteur, Alexandre Suval, a été nourri au sein inépuisable des feuilletonistes du XIXème siècle, qu’ils aient pour nom Alexandre Dumas, Eugène Sue, Hector Malot, Théophile Gautier, Xavier de Montépin, Paul Féval (père et fils), Raphaël Sabatini et quelques autres dont je vous épargnerai le listage complet, ceci risquant de trop en dévoiler et d’être fastidieux aussi bien pour vous que pour le scripteur.

Je me bornerai donc à évoquer Dumas avec le Comte de Monte-Cristo pour des raisons évidentes qui ne vous échapperont pas et dont je n’ai point besoin de détailler ici les ressorts, Eugène Sue avec ses Mystères de Paris pour la reconstitution d’un Paris pas encore tout à fait défiguré aujourd’hui, l’opposition entre le clinquant de Neuilly-sur-Seine (déjà !) et les bas-fonds gîtant autour de la rue Quincampoix, une rue qui longe le boulevard Sébastopol et qui part de la rue aux Ours pour finir en impasse près de la rue des Lombards après avoir coupé les rues Rambuteau et Aubry le Boucher, ces précisions étant destinées aux touristes désireux de parcourir la capitale en sortant des itinéraires et des chemins battus. Reprenons avec Eugène Sue puisque l’un des personnages de ce roman se prénomme Rodolphe comme le héros des Mystères de Paris. Mais on peut aussi évoquer les figures du Capitaine Fracasse de Théophile Gautier, du Scaramouche de Raphael Sabatini, Les filles du saltimbanque de Xavier de Montépin, voire du Vitalis héros éphémère d’Hector Malot dans Sans famille.

Mais n’allez pas croire qu’Alexandre Suval s’est contenté de puiser dans ses souvenirs, au contraire, il s’appuie sur ces ouvrages de référence pour construire une intrigue personnelle, comme un hommage révérencieux et inédit. Il possède une écriture élégante mais dénuée d’emphase, il ne se perd pas en vaines digressions et tous ses personnages ne sont pas des protagonistes qui arrivent comme un cheveu sur la soupe et disparaissent sans qu’on sache très bien pourquoi ils traversent l’histoire. Non, tout est minutieusement pesé, élaboré, narré et l’on arrive presqu’à regretter que ce roman ne fasse que 370 pages. Mais gageons que l’auteur a gardé quelques cartes sous le coude et qu’il va bientôt nous les présenter dans un tour de passe-passe au bonneteau, mais sans l’escroquerie qui accompagne ce soi-disant jeu de hasard et ne relève que de l’ordre de la prestidigitation. Et l’on apprend par la même occasion qu’elle ait l’origine de l’expression du Clou du spectacle.

Le nom de l’auteur, probablement un pseudonyme, sent lui-même un petit air de feuilletoniste ou représentant du XIXème siècle : Alexandre comme Alexandre Dumas, Su comme Eugène Sue, Val comme Jules Vallès qui est évoqué à plusieurs reprises.

Et comme l’histoire a tendance à se répéter, n’hésitons pas vous livrer ce passage qui nous ramène à une actualité encore chaude : Pour l’heure, les discussions tournaient essentiellement autour des déclarations à la Chambre de monsieur Jules Ferry au sujet des droits des « races supérieures » sur les « races inférieures.

Vous pouvez retrouver également l'ambiance des fêtes foraines du début du XXème siécle dans l'ouvrage de Renée Bonneau : Meurtre au cinéma forain.

Alexandre SUVAL : La ville éphémère. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. 364 pages. 21€.

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 14:18

Comme L'Oncle Paul ne se refuse rien, voici un roman de Georges Simenon, histoire de se faire plaisir.

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Une large silhouette se profila au bout du couloir. Marthe reconnut le commissaire qui s’inquiétait d’elle(s) pendant la nuit… C’était Maigret, un homme calme, au parler rude, aux manières volontiers brutales.

Maigret, le fameux commissaire qui de 1931 à 1972 connaitra la carrière que l’on sait, Maigret au travers de quelques romans est ébauché à grands coups de crayons par un Simenon à la machine à écrire intarissable. A peine une silhouette et pourtant l’on sent déjà l’homme bourru, obstiné, humain, qui traquera sans pitié le criminel impénitent mais saura se montrer magnanime envers le meurtrier d’occasion.

Georges Simenon, qui signait alors ses ouvrages Christian Brulls ou Georges Sim ou autres pseudonymes, petit à petit construit son œuvre, comme cherchant sa voie. Et dans Train de nuit le lecteur peut se rendre compte que s’il ne tient pas tout à fait entre les mains un roman policier, ce n’est plus le roman d’aventures auquel il était habitué en lisant Dolorosa, Les pirates du Texas, Chair de beauté

train-de-nuit.jpgTrain de nuit, c’est un peu l’amalgame des Maigret et des romans à prétention littéraire. Le commissaire n’est là que comme figurant, le personnage principal étant Jean, le marin et fils de marin normand qui effectue son service militaire, sur un navire basé à Marseille. Train de nuit est un roman noir avant la lettre. Jean qui se trouve entrainé dans l’engrenage pour les beaux yeux d’une femme mystérieuse. Rita joue de ses charmes, elle en a l’habitude, mais elle sent naître en elle un sentiment de commisération, d’amour maternel et charnel à la fois. Dans le train qui le ramène à Marseille après une courte permission passée à Yport, près de Fécamp, Jean remarquera une dame en noir. Un phantasme qui deviendra réalité lorsque celle-ci l’aborde, lui confie un portefeuille à remettre à une certaine adresse, près du Vieux Port. A la gare Saint-Charles, Jean est fouillé, sans résultat, et apprend qu’un drame a eu lieu dans le rapide Paris-Marseille. Le début du trouble, de la confusion, s’instaurent dans l’esprit de Jean. Il s’affole et au lieu de rejoindre son bâtiment, s’enfonce dans la ville, dans le désordre, le stupre et une certaine forme d’avilissement dans laquelle il se complait. Rita le recueille, l’héberge, l’aime. Rita et Jean vont servir de tampon entre le Balafré et la police.

L’on retrouve dans cette histoire bon nombre des échos, des situations, dans lesquels aimaient se plonger les personnages de Simenon. Une atmosphère dénuée de sérénité, le ballotement de ces hommes et femmes au gré d’un destin qu’ils ne peuvent contrôler, ces petits riens qui parsèment son parcours, son œuvre étant comme autant de répétitions de situation.

Jean était encore couché. Il devait avoir pris froid au cours de la promenade de la veille au soir, car il se sentait moite de fièvre. Tout « l’univers Simenon » se retrouve dans ces quelques mots avant que Simenon existe officiellement littérairement parlant.

Georges SIM : Train de nuit. Collection Maigret avant Maigret. Editions Julliard. Mai 1991. 192 pages.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 17:49

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Exhumer des œuvres de jeunesse est parfois synonyme de risque, même si l’auteur est décédé. Sa gloire littéraire n’en pâtira pas forcément, mais le lecteur potentiel peut à juste titre se montrer dubitatif et ne pas retrouver le coup de patte, le style, le charme, qui lui ont fait aimer tel ou tel écrivain.

Jehan Pinaguet, écrit par Simenon à l’âge de dix-huit ans, était resté inédit. Plus pour des raisons de censure de la part de Demarteau, rédacteur en chef de La Gazette de Liège, journal auquel collaborait Simenon en tant que localier, que pour des raisons de style. Longtemps j’ai cru que Jehan Pinaguet était un roman dont l’action se déroulait au Moyen-âge mettant en scène un jeune hobereau en soif de découvertes, d’aventures. La magie du prénom sans aucun doute.

En fait il s’agit d’un tableau de mœurs ayant pour cadre la bonne ville de Liège, chère au cœur de Simenon. Jehan Pinaguet est un jeune homme avide de tout découvrir. Pour cela il devient tout à tour cocher, l’un des rares encore en service, puis garçon de café, enfin aide libraire. Un parcours qui permet à Simenon de croquer à coups de traits rapides mais fortement appuyés l’entourage du jeune homme et de poser les jalons de cette marque de fabrique qui fera la renommée, la célébrité du créateur du commissaire Maigret. Ainsi page 45 peut-on lire cette phrase dans laquelle se dessine ce qui deviendra tout l’univers simenonien : Désormais le mot Justice n’évoquerait plus en lui qu’une salle pleine de soleil et de fumée de tabac, avec un grand pupitre noir, une verrue magistrale, une pipe d’écume, des picotements dans les mollets et une punaise écrasée sur des pages graisseuses.

Et la petite appréhension que je ressentais en ouvrant ce volume s’est vite muée en une espèce de ravissement.

Au pont des Arches qui figure dans ce recueil a eu l’honneur d’être édité mais à un tirage quasi confidentiel. C’est un roman allègre, humoristique, dans lequel on suit Paul Planquet, fils d’un pharmacien inventeur d’un produit dont il ne sait pas faire la promotion, découvrir les premiers émois de la chair, et les problèmes financiers inhérents à l’assouvissement de sa sexualité. Dans Les Ridicules, Simenon brosse les portraits de quatre de ses amis de la Caque, association de bohèmes. Des pages écrites avec férocité et destinées à celle qui deviendra sa femme et à ceux qu’il a croqués avec si peu de gentillesse mais tant de réalisme.

Des œuvres de jeunesse donc mais qui témoignent déjà de la part de Simenon une étonnante maîtrise de l’écriture, malgré quelques redondances, une facilité à dépeindre ses personnages, une propension affirmée pour les odeurs, l’atmosphère, et qui se lisent avec un plaisir non dissimulé.

Georges SIMENON : Jehan Pinaguet, suivi de Au pont des arches et des Ridicules. Préface de Francis Lacassin. Presses de la Cité. 1991. 210 pages.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 16:11

simenon.jpgGeorges Simenon est né à Liège le 13 février 1903. Il aurait 109 ans, mais Maigret est toujours vivant.


Le genre policier vise avant tout à satisfaire un besoin élémentaire de Justice : il s’agit d’arrêter le coupable… Néanmoins, empruntant le plus souvent une voie médiane, les Maigret évitent de complètement décevoir les attentes des amateurs de vrais romans policiers comme celles des amateurs de vraie littérature. Maigret, personnage empreint de douceur et foncièrement sympathique, parvient à concilier les bonnes grâces de ces deux catégories de lecteurs, et il les mènera tranquillement où il veut.

Et de fait Maigret sera le catalyseur entre amoureux de littérature policière, même si parfois ceux-ci se sentent frustrés en l’absence d’une véritable enquête, et entre les rigoristes d’une littérature dite sérieuse. Simenon lui-même, après avoir abandonné Maigret, reprendra son héros. D’ailleurs le dernier roman écrit sera un Maigret : Maigret et Monsieur Charles. Pourtant il n’aura de cesse de vouloir écrire de « vrais » livres, talonné par ses amis, André Gide, Marcel Achard, Jean Cocteau entre autres, qui cependant se satisfont de ses œuvres.

Des romans, Simenon en a écrit, des centaines, au début sous pseudonymes aussi variés et loufoques tels que Gom Gut, Plick et Plock, Bobette, etc. aussi ronflants que sérieux, tels Jean du Perry, Georges d’Isly, Christian Brulls, Jean Dorsage et Georges Sim. Lorsque se sentant enfin mûr pour abandonner la production de romans d’aventures et se lancer sous son patronyme en littérature, Simenon et ses personnages souvent se confondent.

Empruntant à ses souvenirs d’enfance, de voyages, de personnages connus ou entrevus, Simenon s’investira dans ses œuvres. Seul le commissaire ne lui ressemblera pas, ou si peu. Maigret, sage, posé, pondéré, dont les seuls vices à l’image de son créateur sont de se laisser facilement tenter par les petits verres et de fumer la pipe.

Stanley Eskin, dans cette monumentale biographie de Simenon, cerne le personnage et le lecteur assidu de Simenon, comprendra souvient mieux ce que Simenon a voulu écrire, exprimer au travers de ses romans. Stanley Eskin perce l’intimité de Simenon au travers de ses écrits, romans et récits, mémoires et confessions, et l’écrivain, tout en restant sur un piédestal devient plus humain, plus accessible parce que plus proche de ses lecteurs. Une biographie honnête dans laquelle sont mis à nu ses qualités et ses défauts, avec un réel souci de vérité, sans flatter mais également sans déprécier l’homme, l’écrivain et son œuvre. Le lecteur, par moments, ressent l’impression de se conduire en voyeur. Faut avouer que Stanley Eskin explore jusqu’à la sexualité et les besoins, immenses et libérateurs, simenoniens. Une biographie qui donne envie de lire ou relire Simenon, avec un œil neuf, et pour ma part, je regrette que les tentatives de rééditions des romans sous pseudonymes, entreprises au début des années 80 par les Presses de la Cité et Julliard, n’aient pas aboutis et eu plus de succès.

Stanley ESKIN : Simenon, une biographie. Presses de la Cité. 1990. 368 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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