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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 09:46

 ironiedushort11.jpgUn recueil de nouvelles, c’est comme un sachet de bonbons en mélange, fabriqués par le même confiseur, dans lequel on trouverait des friandises douces, tendres, acidulées, dures qu’on piocherait selon son humeur. D’abord, on ne se jette pas dessus comme un affamé ou un goinfre, mais on apprécie l’emballage. Puis on dénoue tout doucement le ruban qui renferme les gâteries, on délie la petite faveur permettant d’accéder aux douceurs. Cette faveur n’est autre que la préface de Jean-Bernard Pouy qui selon son habitude manie et marie éloge et dérision. Attaquons maintenant nos confiseries en prenant soin de déballer proprement chaque empaquetage, puisons au gré de notre inspiration, engloutissons voracement, goinfrons-nous et lisons tout, un bonbon à peine terminé un autre enfourné, ou soyons sages et dégustons en esthètes, une ou deux nouvelles le soir pour que le plaisir dure.


Débutons par le plus gros morceau, Marcel Bovary. La nouvelle sert d’entrée à ce volume, et bien qu’elle soit placée sous le signe de Gustave Flaubert, elle serait plutôt à ranger aux côtés des histoires cauchoises dignes de Maupassant. Avec ce cynisme et cet humour noir qui caractérisait ce chantre de la ruralité normande. Ensuite je vous propose Crâne d’os, l’histoire d’un flic qui se permet, sans l’avoir demandé poliment, de s’introduire dans le crâne d’un tueur. Ce qu’il y découvre n’est pas joli, joli, mais comme tout un chacun, il n’a pas anticipé les événements. Dans Un ticket dans le tuyau, trois cadavres ont été disséminés en trois points stratégiques de la ville. Mais dans une des oreilles de l’un des cadavres, un policier retrouve un ticket de caisse établi par une librairie. Un moment de pur plaisir de lecture. Fin de moi difficile narre le parcours accidenté d’un individu qui souhaite se suicider, mais c’est dur d’être immortel ! Revenons légèrement en arrière pour se plonger dans D’amour tendre, au rythme tranquille d’un train qui emmène un couple jusqu’à Venise. Seulement la proximité d’un voyageur gêne considérablement nos deux tourtereaux. Attention à la marche met en scène un éditeur qui rêve de publier un roman qui devrait faire un carton en papier, mais il n’a pas compté sur les impondérables. La gaule à Mickey n’est pas ce que vous pensez mais une canne à pêche. Seulement celui qui s’en sert n’est pas du tout content, le Rhône est pollué et les silures sont impropres à la consommation.


Que faire dans ce cas ? Se venger évidemment. Reprenons notre petit chemin àironiedushort11 rebrousse-pages, et intéressons-nous à Arrière-cuisine et au jour où Blumenfeld propose à Walt Disney le scénario adapté d’un conte des frères Grimm, Blanche-Neige et les sept nains. Seulement Blumenfeld s’est permis une petite entorse avec le texte original : il n’y a pas sept nains dans son canevas mais dix. Et l’on sait très bien que Walt Disney n’a jamais extrapolé les histoires qu’il a adaptés en films d’animation, et qu’il a toujours été respectueux envers les auteurs auxquels il a emprunté les trames de ses dessins animés. Dans L’ironie du short, titre éponyme de l’ouvrage, une adolescente, en short et long imperméable, déambule dans la cité. Elle dissimule un couteau de boucher afin de se venger de l’affront, et ce n’est qu’un faible mot, que des quidams lui ont fait subir. Banal me direz-vous, non car le dernier paragraphe nous démontre que la vidéo surveillance dans les rues peut être détournée de son aspect sécuritaire et qu’un président de la République, jamais à court d’idées, même si elles sont courtes, trouve toujours une parade à une situation délicate et sociale. Au total dix-huit friandises pour un poids de 300 grammes environ à déguster sans modération. Certaines ont déjà été publiées dans des recueils collectifs, comme ceux édités à l’occasion de festivals, Mauves sur Loire, Drap ou Lamballe. Mais ces recueils étant difficiles à trouver, il était de bon goût d’assembler ces textes.
Vous aurez compris que ces nouvelles au goût délicat, subtil, irrévérencieux parfois, tendre, ironique, sont le reflet d’une certaine société examinée d’un œil scrutateur et impartial, celui d’un entomologiste, non je me trompe, celui d’un confiseur qui traque les défauts d’une fournée afin justement de les mettre en valeur et obtenir quelque chose de différent.

Max OBIONE : L’ironie du short. Préface de Jean-Bernard Pouy. Collection Court-Lettrages. Editions Krakoen. 254 pages. 15€.

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 09:43

 Une lettre écrite à l’encre bleue, reçue par Mosley et celui-ci sent que sa vie vient de basculer. La dernière fois qu’il a reçu ce genre de bafouille, c’était dix ans auparavant,scarelife1.jpg alors qu’il était au pénitencier. Depuis il s’est installé dans le Montana, en compagnie de Bess, ancienne actrice d’une série télévisée qui eut son heure de gloire. Mais Bess a forci, n’est plus la jeune première prometteuse, et son caractère a évolué. Mosley écrit des scénarii de dessins animés plus ou moins débiles, mais les jeunes s’en contentent, alors pourquoi être plus royaliste que le roi. Il s’est attelé aussi à un biopic sur David Goodis, l’auteur de Cauchemar, Lune Blafarde et combien titres tous empreints de désespérance. Mosley décide de partir à Rochelle, en Louisiane, retrouver ce père qu’il déteste. Il plaque Bess, n’emportant avec lui qu’un cahier, des crayons, et quelques bricoles dont une bouteille de Bourbon. Si seulement ses mains ne le démangeaient pas, cela irait, mais il est obligé de porter en permanence des gants. Des mains qui le démangent au propre comme au figuré. Sacré eczéma physique et mental. Le voyage est long du Montana jusqu’en Louisiane, et il ne peut se déplacer que par voie terrestre, ayant une phobie de l’avion. Dans le car qui l’emmène vers le Sud, il fait la connaissance d’une jeune femme, très jolie, mais il ne pouvait en être autrement sinon l’aurait-il remarquée, et répondu à sa proposition de l’héberger pour la nuit. Il accepte, tout heureux de pouvoir se reposer dans un lit, même déjà occupé par quelqu’un d’autre. Faut avouer qu’elle est bien esseulée la pauvre, son mari vit dans une chaise roulante, paraplégique, à moitié sourd et à moitié muet, une reconnaissance de l’état en remerciement de ses bons services en Irak. Et comme c’est un bon gars Mosley, il débarrasse son hôtesse, qui ne lui a rien demandé, d’un mari devenu encombrant en simulant un accident alimentaire. Son premier meurtre sur la longue route qui le conduit à Rochelle. Car si son odyssée est pavée de bonnes intentions, elle est aussi pavée d’assassinats. Il n’y est pour rien, c’est son destin qui le guide dans des coups fourrés. Bientôt il apprend qu’une de ses vieilles relations, le policier Herbie Erbs, celui qui l’avait arrêté et traîné au tribunal, d’où son enfermement dans un pénitencier qui n’a pas assez longtemps au goût du policier, est à nouveau à sa recherche. Sur ses traces, car Erbs est comme les chiens dont Mosley a horreur, quand il a une proie entre les dents, il ne la lâche pas.
scarelife1Max Obione excelle dans ses histoires, forcément noires, et ce nouvel opus ne déroge pas à cette règle. La road story de Mosley s’inscrit dans l’une de ces réussites qui prouvent que les Américains n’ont pas l’apanage de ce genre d’histoires, et qu’il n’est nul besoin de s’échiner sur 800 pages et plus pour construire une histoire prenante, épurée presque, aussi bien dans l’écriture du récit que dans les dialogues. Un style solide qui parfois s’apparente au staccato d’une mitraillette. Avec des personnages croqués en quelques lignes qui se suffisent. Max Obione offre aux lecteurs quelques bonus, dont les pages extraites du scénario sur David Goodis, scénario qui pourrait être un calque de la vie de Mosley dont on n’apprend qu’à la fin sa motivation à entreprendre un voyage retour vers le père honnit. Mais comme si l’épilogue ne se suffisait pas à lui-même, l’auteur en ajoute un second, qui complète le premier et le transcende. Un véritable plaisir de lecture.


Max OBIONNE : Scarelife. Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. 252 pages. 10€

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:24

Romuald Féran, fringant quinquagénaire, traverse tranquillement dans le Saingeur-des-pierres.jpgpassage piéton lorsqu’il est percuté par un motocycliste. Le choc l’envoie valdinguer contre le trottoir et tête heurte la bordure. Lorsqu’il se réveille, une jeune infirmière est à son chevet. Lola, c’est inscrit sur son badge. Lola est fraîche, jolie, riante. Et son sourire fait plus que les médicaments pour le requinquer. Deux jours plus tard il est libre de rentrer chez lui.
Féran est un auteur de romans policiers qui a débuté dans le fantastique, chez un petit éditeur. Gros succès dans les années 60, puis il s’est tourné vars la rédaction de polars, toujours avec le même bonheur. Seulement de son accident il reste quelques séquelles. Par exemple il plonge dans une sorte de somnolence, entre rêve et réel, et se trouve transporté par l’esprit au XIXème siècle. Il n’est plus à Lille mais à Douai, en 1896 ou à Paris, prenant le train à la gare du Nord. Il fréquente Jules Guesde, Jean Jaurès, Mathieu Dreyfus le frère du capitaine et d’autres personnalités de l’époque. Il ne s’appelle plus Féran, mais Monge. Il subit ces décrochages récurrents, et perturbants, quel que soit le moment de la journée, même lorsqu’il est attelé à la rédaction de son nouveau manuscrit. Il visite en pensée villes et villages de la région Nord alors il effectue en voiture une sorte de pèlerinage, Roubaix, Monchecourt… Ceci n’exorcise pas ses rêves. Au contraire ils sont de plus en plus prégnants. Bram Stoker s’invite dans la sarabande qui le mène à Londres ou à Bruges. Et il est question aussi de maisons noires, de maisons blanches, de Ruelles de l’Enfer notamment à Douai. En effectuant des recherches, il appert que le personnage auquel il s’est identifié, Monge, Anselme Monge, a réellement existé. Celui-ci serait né le 18 janvier 1872 et décédé le 12 juin 1967 à Monchecourt.
Une semaine après sa sortie d’hôpital, Féran reçoit la visite de Lola, sous un prétexte futile, car il aurait oublié une visite de contrôle. Lola est une adepte des expériences proches de la mort, les NDEs ou Near Death Experiences, grâce, ou à cause, de son oncle qui était ami avec des spécialistes américains de cette science. Et les décrochages dont est victime Féran l’intéressent fortement. Lola possède un charme indéniable et Féran en tombe amoureux. Et réciproquement puisqu’ils partagent le même lit.
Aussi lorsque le corps de la jeune infirmière est retrouvé aux Sept Bonnettes à Sailly-en-Ostrevent, un lieu mystique, sept pierres levées, dressées vers le ciel, renvoyant à une religion ancienne et ésotérique. Lola gît donc entre ces pierres, égorgée, éventrée, le cœur arraché. Elle est déguisée en « gothique ». Mais d’autres meurtres sont bientôt recensés, à chaque fois dans des lieux empreint d’histoire : dolmen, menhir, cromlech.
L’inspecteur Lebarzyck, du SRPJ de Lille est en charge de l’affaire, talonné par son supérieur Troudehal (oui, je sais, des noms sont difficiles à porter mais on ne les choisit pas). Or entre les déclarations de Féran et celles de la sœur de Lola, des divergences s’élèvent, infimes, mais qui jettent des doutes sur la jeune morte. D’abord Lola avait affirmé être enfant unique, avoir perdu ses parents très jeunes et désirer des enfants. Tout le contraire de la réalité.
Dans l’ombre vit le Monstre, le disciple préféré du Maître. Il porte en permanence un masque protecteur car durant la guerre d’Algérie il a été grièvement blessé au visage par l’explosion d’un dépôt d’essence.
Cette histoire, qui se déroule en 1981, démarre dans une ambiance fantastique et polar. Mais si l’enquête consiste un support solide tenant la trame dans des bases solides, le fantastique n’est qu’une composante minime s’effaçant progressivement au profit du mystère et de l’ésotérisme. Le Nord n’a rien à envier aux lieux de légende à la Bretagne et aux pays celtes. Les Cercles occultes sont alliés à des sciences dont d’éminents scientifiques dont Raymond Moody et Garrett Oppenheim sont les chantres ainsi que des allusions à l’école Charcot. Mais ce ne sont pas les seules préoccupations de l’auteur qui insère quelques hypothèses (hasardeuses ?) politiques et militaires. Des noms transparaissent lors de l’épilogue, noms que je ne peux vous dévoiler car cela tuerait le suspense, mais dont l’existence est facilement vérifiable en effectuant quelques recherches. L’alliage de la réalité et de la fiction dans une ambiance de mystère qui enveloppe le lecteur comme les brumes du Nord.

Roger FACON : Le saigneur des pierres. Collection Mystères en Nord. Editions Engelaere. 256 pages. 9,90€.

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 11:06

2012 c’est l’année des bonnes résolutions. Si, si, et je ne parle pas de résolutions politiques. Non, je pense à quelque chose de plus personnel. Par exemple acheter un cahier, à spirale de préférence, un beau stylo, et affuter sa matière grise. Quand tout est prêt, le cahier à spirale sur une table, la main droite ou gauche tenant fermement le stylo, il n’y a plus qu’à coucher sur la page blanche les idées qui vous trottinent dans la tête depuis un bon moment. Car vous avez décidé de franchir le pas. Vous n’allez plus vous contenter de lire, vous allez écrire, des nouvelles, de la poésie (en général domaine réservé des adolescents confrontés à des problèmes existentiels ou amoureux) ou, plus ambitieux, un roman. Supposons que vous réussissiez à terminer ce roman dont vous êtes fier, ce qui est logique puisque vous avez mis tout votre cœur pour l’achever, qu’allez-vous en faire maintenant ? Evidemment vous pensez, je vais l’envoyer à un éditeur, et hop, le jackpot !!! Revenons sur terre car entre l’espérance et la réalité, il existe de nombreux obstacles à franchir.
Avec humour et rigueur Nelly Bridenne nous décline les erreurs à ne pas faire, les pièges à éviter, les écueils à contourner. Elle propose des solutions et offre quelques conseils de bon aloi. De A comme Atelier d’écriture à Z comme Z’ai réussi. Car après avoir rempli son petit cahier en se frottant aux ateliers d’écriture qui ne sont pas la panacée mais aident à développer des idées, il faut que l’auteur en devenir incite quelques bonnes volontés à soumettre leurs avis et surtout en tenir compte, ne pas hésiter à se remettre en cause, mettre en forme le résultat. Puis le démarchage auprès de maisons d’éditions susceptibles de publier l’œuvre, ou trouver d’autres formes de publication moins contraignantes, ou tout au moins plus satisfaisantes.
Après avoir lu ce petit opuscule, il ne vous reste plus qu’à mettre en pratique les conseils judicieux délivrés par Nelly Bridenne et même si vous-même n’écrivez pas, vous pourrez découvrir certaines facettes cachées de l’édition en général et vous ne regarderez plus de la même façon les « petits auteurs » lors de salons, de séances de dédicaces, et nul doute que vous pourrez mettre la main, et les yeux, sur de véritables petites pépites. Et au prix où est l’or, ce n’est pas négligeable !

N'hésitez pas à rendre visite à Nelly Bridenne Ici
Nelly BRIDENNE : Kit de survie dans le milieu (confus) de l’édition. Editions Confessions d’un polisson. 46 pages. 5€.

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 14:40

Pourriez-vous vous présenter et parler de votre parcours avant la publicatioimg262n de votre premier roman, Nature morte à Giverny paru chez Alain Bargain en 1999.
Agrégée des lettres classiques j’ai enseigné au Lycée de Sèvres pendant toute ma carrière, dans les classes de baccalauréat, les classes préparatoires et les classes à option « cinéma et audiovisuel ». J’ai également animé le premier sutdio en circuit fermé et produit des émissions liitaraires pour la télévision scolaire. J’ai publié des ouvrages scolaires dont l’analyse de La Bête humaine de Zola, dans la collection Profil d’une œuvre chez Hatier. Comme par hasard, j’avais choisi un roman dont l’intrigue est criminelle !
Vos romans proposent deux thématiques : la fin du XIXème et le début du XXème siècle et l’art pictural. Deux passions qui vous poussent à écrire ?
Pour l’époque dans laquelle s’inscrivent mes récits, il se peut que ce soit à cause de l’ambiance dans laquelle j’ai été élevée. Je ne suis tout de même pas contemporaine de la Goulue, mais ma grand-mère paternelle et mon père avaient des disques des chansons du Lapin à Gil, d’Yvette Guilbert, et à quatre ans je connaissais une partie du répertoire de Bruant  En outre les nombreux documents dont on dispose permettent d’imaginer sans peine ce qu’était Paris à l’époque, notamment le Butte Montmartre qui semble n’avoir guère changé, il est donc plus facile d’y inscrire une histoire.
Quant à la peinture, c’est pour moi un grand centre d’intérêt, et j’ai tenté avec mon premier roman sur Monet de traduire avec des mots l’ambiance de certains tableaux en adaptant mon écriture à celle du peintre : légère et « impressionniste » pour Giverny, plus âpre et violente pour les romans dont Lautrec est le héros.
Toulouse-Lautrec apparaît dans Sanguine sur la butte, Danse macabre au Moulin Rouge, juste évoqué dans Meurtre au cinéma forain. Un attrait particulier pour ce peintre ?
Oui. J’aime la rapidité et la force de ses dessins, la puissance de ses peintures, et j’ai appris à le découvrir en travaillant sur lui et en lisant sa correspondance et celle de ses amis. En outre sa position entre le monde de l’art, du spectacle, du demi-monde et des prostituées dont il était autant l’ami que le client, offrait de très intéressantes possibilités d’intrigues.
 

danse macabre

MelièsSanguine butte

 

Je suppose que ce genre de romans historiques demande beaucoup de recherches. Comment travaillez-vous, vous documentez-vous ?

Je prépare pendant plus d’un an ma documentation avant de me lancer dans l’histoire (précisons toutefois que j’ai beaucoup d’autres occupations, petits-enfants, voyages, sorties, donc je ne suis pas vissée chaque jour à ma table de travail !). Je lis les ouvrages concernant mon héros, ses contemporains, rencontre parfois – c’est une chance – ses descendants directs ou indirects qui s’intéressent à mes projets. Je vais, pour certains faits divers, travailler aux archives de la police. Pour mon roman Piège de feu à la Charité j’ai pu consulter, et c’est très émouvant, la main courante du commissariat des Champs Elysées, ou heure après heure, jour après jour sont relatées les étapes de la catastrophe (causée par une maladresse lors de la projection de films), la liste des victimes, celle des objets retrouvés sur les lieux, autant de drames intimes dans le drame collectif. Et j’ai eu la surprise qu’un descendant du commissaire dont j’avais gardé le nom reconnaissance son aïeul et me remercie de lui avoir donné une seconde vie !
Meurtre au cinéma forain vous a-t-il été suggéré par le cent cinquantenaire de la naissance de Méliès ?
Non, c’est un pur hasard ! Je ne l’ai découvert qu’en correspondant avec son arrière petit-fils dont les informations, sollicitées tout au long de l’écriture du roman, ont été extrêmement précieuses. Je suis heureuse que mon livre ait été ressenti comme un hommage par sa famille ; sa petite-fille m’en a d’ailleurs remerciée.
Avez-vous d’autres romans en cours d’écriture concernant cette époque?
Non, pas pour le moment. Je ne voudrais pas m’enfermer dans cette période ni faire de mon commissaire Berflaut un personnage trop longtemps récurrent.
Votre précédent roman, publié début 2011 sort complètement de cette requiemthématique. Il s’agit de  Requiem pour un jeune soldat, aux éditions Nouveau Monde, dont l’action se déroule au pied de Monte Cassino. Comment vous est venue l’idée de cette histoire qui peut s’apparenter à un récit ?
Lors d’un voyage, j’ai découvert la tombe d’un jeune soldat autrichien dans le cimetière des moines d’un couvent cistercien de Casamari, proche de Monte Cassino. Frappée par le fait qu’il n’y a jamais de sépulture de laïc dans un cimetière monacal, j’ai écrit au père abbé qui m’a expliqué la raison pour laquelle ce jeune soldat tué à vingt ans à Monte Cassino reposait parmi les moines. Emue par cette histoire, j’ai décidé de faire revivre ce jeune soldat en lui donnant un double littéraire, et j’évoque les épisodes, connus ou moins connus, de cette terrible bataille et la destruction inutile du célèbre monastère.
C’est un ouvrage auquel vous tenez beaucoup. Pourquoi, et a-t-il été plus difficile à écrire que les autres ?
J’y tiens pour des raisons personnelles que mes amis devinent dans la dédicace. Il a été plus difficile à écrire que les autres parce que je ne suis pas historienne et qu’il m’a fallu étudier les épisodes de cette phase de la campagne d’Italie, me familiariser avec le vocabulaire des armes, ainsi qu’avec la vie monacale ; j’ai choisi pour narrateur le moine qui avait assisté le soldat tout au long de son agonie ; « parler moine » était un exercice de style intéressant. Enfin je voulais faire passer l’émotion sans tomber dans le pathos et il me semble d’après les nombreuses réactions de lecteurs qu’ils y aient été sensibles.
Nature-morte.jpgVous avez publié trois romans chez Alain Bargain. Si c’était à refaire, le referiez-vous et avez-vous gardé de bonnes relations avec cet éditeur ?
Je ne crois pas que je le referais car la maison Bargain est spécialisée, et y réussit d’ailleurs très bien, dans le roman régional, ce qui est tout de même réducteur quand on a pour ambition d’écrire autre chose que des intrigues dont l’essentiel est de parcourir une ville ou un site en intéressant surtout les lecteurs habitant la région.
Je n’ai pas gardé de bonnes relations avec cet éditeur qui n’a guère de considération pour ses auteurs - c’est le moins qu’on puisse dire.
Vos projets en général ?
Mener à bien deux ou trois textes dont je ne suis pas encore satisfaite (un roman sur la Toscane, deux autres textes sur le cinéma), et … leur trouver un éditeur.
Egalement continuer à faire des conférences-dédicaces autour des personnages ou des événements abordés dans mes livres.

A lire également un entretien réalisé par René Barone et publié ici

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 15:26

plan-serre.JPGLe Prince Charmant ne se déplace plus sur un fier destrier. Il voyage en avion. C’est ce qu’aurait tendance à penser Margot qui se rend seule pour un week-end à Londres. Elle a rompu avec John, au bout de sept ans de vie commune. Elle a grossi, il ne la voyait plus avec des yeux neufs et de plus il la trompait avec une amie. Claudia, une collègue qui devait l’accompagner, s’est défilée au dernier moment. Le Prince Charmant, qui se nomme Léon, et est assis dans la même rangée qu’elle, semble très intéressé par Margot. Par ses formes rondelettes et par ses yeux vairons, un bleu et un brun. Arrivé à Londres il lui donne son numéro de téléphone puis s’éloigne.


La déception l’étreint lorsqu’elle emménage dans son hôtel dans le centre de Londres. C’est un véritable taudis qui l’attend et elle déprimerait si son séjour n’était pas que de quarante-huit heures. Elle se promène dans Soho, mange un repas banal et joue avec son portable. C’est alors que l’idée lui vient de téléphoner à son bel inconnu qui se nomme Léon. Il l’invite à dîner dans un restaurant huppé et lui pose moult questions sur elle, sur son travail. Elle est commerciale dans une société qui vend des meubles à des entreprises, mais elle désire devenir décoratrice. Puis il la raccompagne à son hôtel miteux. Devant la vétusté et la saleté qui imprègnent l’endroit il lui propose alors de partager sa chambre dans son hôtel qui se révèle être presqu’un palace. C’est un homme riche se dit Margot qui pense alors que Léon est un dealer. Elle dort comme une masse, les verres de vin engloutis durant la soirée aidant. Au petit matin lorsqu’elle se réveille Margot aperçoit un petit carton. Léon lui donne rendez-vous dans une galerie photographique. Léon est photographe d’art ! Il s’agit d’une exposition de photos représentant des yeux. Il lui propose alors de poser nue. Elle se trouve trop grosse mais il sait la convaincre.


C’est le retour aux Pays-Bas, dans le Brabant néerlandais plus exactement. Elle revoit son nouvel ami lequel deviendra peu à peu son amant. Il ne précipite pas les événements mais il sait se montrer exigeant en certaines occasions. Mais John, qu’elle voulait oublier, s’immisce à nouveau dans sa vie, en prenant des chemins détournés, en rendant par exemple visite à ses parents. Léon lui présente ses collaborateurs. Richard, son manager, et Debby, sa secrétaire, une très belle femme à la plastique parfaite. Peu à peu, par des sous-entendus plus ou moins explicites, Margot apprend que la précédente compagne de Léon, Edith, s’est suicidée un an auparavant. Et que Margot lui ressemble étrangement. Edith était une femme bien en chair et comble de l’ironie, elle était atteinte elle aussi d’hétérochromie. Les jours passent, John se fait de plus en plus pressant, insistant. Mais Margot est sous l’emprise de Léon, lui passant ses lubies.


Léon est versatile, jaloux, pourtant c’est bien grâce à lui qu’elle trouve ses premiers clients lui permettant de réaliser son rêve. Devenir décoratrice d’intérieur. Dans un restaurant, dans une boîte de nuit. Margot commence à avoir des doutes sur le suicide, ou pseudo suicide, d’Edith et les « amis » de Léon, Richard et Debby, n’y sont pas pour rien. Non, le Prince Charmant est-il vraiment charmant ? Et John qui s’incruste de plus en plus dans l’entourage de Margot, qui la poursuit même de ses attentions, comme s’il était à nouveau amoureux d’elle, ne joue-t-il pas avec elle afin de la reconquérir et l’obliger à rompre avec Léon ? Tout irait pour le mieux, ou presque, dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où tout dérape justement à cause de John et accessoirement des parents de Margot.


Intercalée dans la narration de Margot, qui s’octroie la plus grande part, une autre voix s’élève, racontant le meurtre d’Edith puis les sentiments du protagoniste face à cette nouvelle aventure amoureuse. Une forme de style plus vivante et qui offre au lecteur la possibilité de capter la psychologie des personnages. Il devient un témoin privilégié et cherche à deviner qui se cache derrière cette voix anonyme. Est-ce Léon ou quelqu’un d’autre ? Oui, ce pourrait être Léon qui s’exprime à la première personne, mais alors où serait le suspense ? Et si ce n’est pas Léon, qui cela pourrait-il être ? Toutes les suppositions sont à envisager car les prétendants ne manquent pas.


Margot est une femme candide, même si au départ elle se pose des questions sur l’attirance qu’elle provoque sur Léon. Mais elle est amoureuse, ce qui explique son évolution physique et vestimentaire, son assurance dans son nouveau travail, ses relations avec Léon. Léon est beaucoup plus secret, ne se dévoilant souvent qu’avec réticence. Pourtant lui aussi vit avec ses doutes, et son travail de photographe qui l’oblige à voyager trop souvent à l’étranger commence à lui peser. Il commence à renâcler à se plier à des commandes. Mais les parents de Margot ne sont pas innocents non plus dans ce mélo, surtout la mère qui veut influer sur sa vie sentimentale.
Le tout nous donne un roman puissant, que l’on pourrait cataloguer dans le genre sentimental, façon Barbara Cartland ou ceux qui paraissent chez des éditeurs spécialisés dans cette forme littéraire, et pourtant cela va bien plus loin. Il s’agit d’un véritable suspense psychologique dont des auteurs comme Ruth Rendell, Mildred Davis et d’autres en sont ou en ont été les chantres.

Esther VERHOEF : Plan serré. (Close-up – 2007. Traduit du néerlandais par Anita Concas). Presses de la Cité. 432 pages. 21,50€.

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 10:48

Débarqué un beau soir dans une petite ville de Bretagne, venant on ne sait d’où, panda.jpgGabriel va s’attirer tout de suite la sympathie des habitants locaux par de petits gestes anodins pourtant dénués de toute accroche particulière de reconnaissance. Il aime faire plaisir, rendre service, un tempérament inné, sans calcul et besoin de contre partie. Par exemple, le premier soir il entre dans un bar mais le patron, José, pour une fois ne peut assurer la restauration : sa femme vient d’être hospitalisée. Gabriel se contente d’un reste de ragoût de morue et d’un verre de viner verte, quoiqu’il eut préféré autre chose, mais c’est dans sa nature. Il ne veut pas déranger, contrarier. Il s’installe dans un hôtel proche du restaurant, séduit sans le vouloir la jeune réceptionniste, s’improvise cuisinier chez José, rend de petits services, devient le compagnon idéal, l’ami proche, le tonton gâteau, le soutien, l’épaule fragile mais efficace dans les situations difficiles. Sans vouloir se rendre indispensable à tout prix, il est présent quand quelqu’un a besoin d’appui, d’aide, d’amitié, de réconfort, d’une simple parole aimable, d’un geste complaisant et gratuit. Mais derrière toute cette bienveillance, ce don de soi, ne se cache-t-il point autre chose, dont lui-même aurait besoin, aurait eu nécessité dans une vie antérieure, se projetant vers les autres comme il eut aimé que l’on s’intéressa à lui ?
Pascal Garnier, livre une nouvelle fois un roman atypique, tendre et amer, noir et humaniste, en décalage avec une mouvance actuelle qui voudrait faire rimer solitaire et solidaire mais n’y arrive pas. Pascal Garnier conçoit les deux dans une sorte de communion athée, parce que l’homme peut se montrer bon sans calcul de profit immédiat ou même lointain. En fait il regarde notre microcosme comme le Panda trônant sur l’étagère du bar de José, panda gagné lors d’une fête foraine et abandonné dans une poubelle, récupéré par hasard et depuis regardant avec placidité les aléas de la vie quotidienne, sans juger ni émettre quelque remontrance ou appréciation désagréable. Pascal Garnier, un auteur rare, pétri de sensibilité, de talent et qui manque de reconnaissance de la part d’un lectorat alléché par les grosses machines éditoriales préfabriquées.

Voir également l'article de Claude sur Action Suspense.

Pascal GARNIER : La théorie du Panda. Zulma. Réédition Points Seuil. 6,50€.

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 14:58

etoilesbalancent01.jpgEn cette fin d’année 2065, la France et les autres états de la planète sont complètement exsangues économiquement. D’un côté, dans les villes, vivent des habitants retranchés sur eux-mêmes, se nourrissant chichement du produit des Fermes Urbaines, et du troc effectué par quelques téméraires. L’électricité est fournie par des générateurs alimentés à la force du mollet et des bonnes volontés qui pédalent sur de vieux vélos. L’argent n’existe plus, et pour acheter quoi ? Derrière les remparts érigés afin de canaliser toute tentative d’invasion survivent en bandes plus ou moins organisées les Hors-murs. Des meutes de chiens revenus à l’état sauvage traînent aux alentours.


Tom Costa est l’un de ces troqueurs. Il se déplace à bord d’un petit ULM antédiluvien, partant de Pontault, en Seine et Marne, pour se rendre à Meaux, Melun ou Coulommiers. Il en profite pour aller saluer, et plus si cela lui est possible, son amie San. Au retour d’une de ses missions, Tom tombe en panne alors qu’il est presque arrivé à Pontault. Il atterrit en catastrophe et son engin est définitivement hors service. Selon toute vraisemblance, le mécanicien lui a empli le réservoir avec du carburant frelaté. Il doit rejoindre sa base à pied et les embûches ne manquent pas. Il parvient à déjouer les pièges mais parvenu dans les faubourgs il est agressé et dévalisé.


Il ne se démoralise pas pour autant quoi que Rinaldo le maire de la commune et son fils Joao ne soient pas avares de reproches. Heureusement Tom retrouve avec plaisir ses amis Armand et Miki dit le Kid. Armand est un boulimique de livres-papiers, et il est comme un père pour Tom. Quant à Miki, c’est encore un gamin, presqu’un frère. Tom reporte son affection sur eux, car il a perdu son véritable frère il y a déjà quelques années. C’était un pilote émérite mais il n’a plus donné de ses nouvelles, peut-être parce qu’un malheur lui est arrivé.

Miki est comme tous les jeunes adolescents. Il aime jouer avec les gamins de son âge, ceux des bidonvilles environnants, pourtant des lieux malfamés. Un soir il n’est pas rentré à l’heure et Tom ainsi qu’Armand s’inquiètent. A l’aide de quelques bonnes volontés ils partent à sa recherche et selon toute vraisemblance Miki se serait égaré dans des tunnels qui auraient été construits, des décennies auparavant, pour le métro. Enfin, persévérant et ne voulant pas croire à la disparition prématurée de son jeune ami, Tom parvient à localiser Miki. Dans l’espèce de grotte où il est réfugié Miki a trouvé des vieilles cantines contenant des aliments lyophilisés ainsi que des armes. Tom ramène Miki à la surface mais seul Armand est mis au courant de cette découverte qui pourrait alimenter les convoitises et provoquer des émeutes.


Un vieil ULM est restauré de bric et de broc, baptisé Canard Boiteux, car une nouvelle mission attend Tom. Des Noirs ont été aperçus bivouaquant dans la forêt proche provoquant un début de panique. Les Noirs sont des guerriers en provenance du Nord et s’ils sont surnommés ainsi c’est à cause de leur apparence vestimentaire, de leurs uniformes noirs élaborés. Une invasion qui met en émoi toutes les petites villes de Seine et Marne : Pontault, Meaux, Melun, Coulommiers. Certaines de ces cités possèdent des appareils volants, en mauvais état, et Tom est chargé de recruter et former des pilotes et des mécaniciens. Après des réparations de fortune la grande aventure commence et les péripéties, retournements de situations, attaques diverses font florès.

Roman d’anticipation et d’aventures, Les étoiles s’en balancent ne peut laisser indifférent car au-delà de la fiction, se posent quelques questions aux lecteurs. En effet chaque chapitre, ou presque, est précédé d’extraits de dépêches issues de support divers et relatant des événements qui se sont déroulés à la fin des années 2030 début 2040. Tout est lié aux débordements capitalistes, l’argent-roi gère le monde et le recensement chiffré des pauvres explose. Petit exemple :

L’état en faillite n’est plus en mesure de verser les retraites. Les fonds de pension privés s’effondrent faute de cotisants. Nos vieux se suicident, se clochardisent. Certains en arrivent à des extrémités regrettables, comme le braquage !... Les forces de l’ordre, déjà vidées de leur substance par les plans d’austérités successifs, sont au bord de la suffocation. Les fonctionnaires, ne touchant plus leur salaire, certains commencent à louer leurs services aux agences privées…


Bien évidemment ceci n’est qu’une fiction, une anticipation dans un contexte économique qui entre en déliquescence, mais si ce problème n’est qu’évoqué dans le roman, il en est le ressort principal. Il est à l’origine d’un très bon roman d’aventures, vivantes, alertes, et par certains moments j’ai cru plonger dans des péripéties aériennes à la Biggles du Captain W.E. Johns dans un univers médiéval. Mais ce n’était qu’une impression, car l’univers de Laurent Whale lui appartient en propre. Et il serait bien évidemment exclu de rapprocher l’origine de cette aventure à ce qui se déroule de nos jours.

L'ouvrage est agrémenté de vignettes, des dessins qui nous propulsent en arrière comme lorsqu'on lisait, par exemple, des livres de la Bibliothèque Verte.

Laurent WHALE : Les étoiles s’en balancent. Collection Blanche N° 2081 ; Rivière Blanche. Illustrations de Jeam Tag. 378 pages. 25€.

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 13:19

Bon anniversaire à Jean-Bernard POUY né le 2 janvier 1946.

Deux gendarmes qui escortent dans un train une jeune fille afin de la présenter devant un juge d’instruction, cela paraît banal en soi. Un des deux gendarmes, près de la retraite et atteint d’envies répétées et urinaires, encore plus banal, n’est-ce pas ? Mais que certains mensonges.jpgtypes à l’allure trop honnête pour l’être vraiment, semblent les épier, attendant un moment propice pour effectuer une action quelconque à l'encontre de la jeune femme, alors là, cela devient sérieux et pour le moins bizarre. Mais quelle forme d’action tout d’abord ? Pour la délivrer des griffes des représentants de l’ordre ou au contraire pour l’abattre afin quelle ne puisse pas révéler un secret concernant une affaire politique ? Zapala, ne se pose pas tant de questions, ou s’il se les pose, c’est inconsciemment et dans le feu de la bagarre. Dans le feu, est bien l’expression appropriée car son collègue tombe touché par les balles ennemies. Le gendarme restant et la jeune fille sautent du train, échappant à leurs poursuivants. Commence alors une aventure bizarre, dans laquelle le gendarme jette aux orties trente et quelques années de carrière, une retraite bien méritée, et ce pour un motif dont il serait bien incapable de préciser le pourquoi du comment. Prennent également une place prépondérante dans cette histoire une clef et un transit intestinal qui peut rapporter gros.

Lors de la parution de cet ouvrage en Série noire, il y a un peu plus de vingt ans maintenant, j’avais estimé que Jean Bernard Pouy faisait partie de cette jeune génération d’auteurs au talent de conteur indéniable et qui savait se renouveler jusque dans ses références littéraires tout en utilisant un humour à froid. Après n’avoir juré que par Wittgenstein, il citait alors un autre obscur philosophe autrichien du nom d’Arthur Keelt, né de son imagination mais pris au sérieux par des censeurs patentés qui pensent tout connaître et qui gobent la première mouche venue comme la truite d’élevage. Comme si tout cela n’était qu’une immense boutade lancée par un auteur qui ne se prend pas au sérieux, et encore moins les critiques littéraires, ceux qui comme au cinéma, tressent les lauriers (rares) ou jettent l’opprobre (le plus souvent) sur une œuvre pour le simple plaisir de se croire les maîtres de la pensée de tout un chacun, de démolir pour assouvir leur satisfaction personnelle et cacher une certaine médiocrité.

Jean-Bernard POUY : La clé des mensonges. Folio Policier N° 543. 192 pages. 5,30€

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 13:07

Bon anniversaire à Isaac Asimov né le 2 janvier 1920 !

Si Isaac Asimov est considéré, à juste titre, comme l’un des maîtres de la science-fiction, il ne faut pas oublier qu’il a également écrit des nouvelles et quelques romans policiers. D’ailleurs dans certains de ses romans de SF dont Les Cavernes d’acier et Face au soleil il marie science-fiction et trame policière avec virtuosité. Aussi cet Omnibus rééditant l’intégralité des nouvelles policières consacrées aux Veufs Noirs, ne pourra qu’être un régal pour lesasimov.GIF amateurs des deux genres. Des nouvelles policières admirables par leur conception et, n’en déplaise aux puristes, même s’il n’y a pas de cadavres nichés dans ces textes, elles peuvent être cataloguées comme policières puisque la déduction et la réflexion seules résolvent les problèmes proposés. Des problèmes qui de mineurs vont crescendo et l’on assistera à des véritables affaires d’espionnage. Mais quel est ce club des Veufs Noirs qui est également le titre du premier recueil de cette série ? S’inspirant d’une association ayant réellement existé Isaac Asimov met en scène six personnages qui ont l’habitude de se retrouver en célibataires, une fois par mois autour d’une bonne table. A tour de rôle chacun d’eux amène un invité qui est quelque sorte mis sur la sellette et tous ensemble tentent de résoudre une énigme ayant trait le plus souvent à cet invité. Mais s’ils ne découvrent pas la solution, se perdant en conjectures, et ce n’est pas faute de leur part d’essayer, Henry leur serveur attitré la leur offrira comme sur un plateau, l’ayant déchiffrée de manière simple mais efficace, selon l’axiome holmésien : lorsque toutes les possibilités ont été envisagées et écartées, la seule qui reste est la bonne. Ou quelque chose d’approchant. Ces histoires, ces énigmes sont le plus souvent axées sur des recherches de trésors cachés, d’héritages à découvrir à l’aide de rébus apparemment inexplicables, de vagues histoires d’espionnage, de calculs savants dont la logique se trouve bousculée, pour ne pas dire bafouée, par des décisions humaines pas indubitablement abusives. Des histoires qui flirtent aussi bien avec l’énigme et le policier qu’avec la science-fiction. Des nouvelles réjouissantes et rafraîchissantes face à la débauche de meurtres et de fureur des romans noirs, mais à consommer avec modération, car le risque de saturation existe. Un opus que l’on peut reprendre entre deux romans, et alors le sel s’en trouvera renforcé. Les explications, les commentaires d’Asimov après chacune de ces historiettes sont en elles-mêmes des moments de lecture fort agréables pour leur humour à la fois naïf et légèrement mégalo. Dans l’une d’elles, intitulée Un meurtre ? Rien de tel, j’ai relevé ce court extrait significatif dédié spécialement aux intellectuels qui se prennent trop au sérieux :

asimov2.jpg« Pourquoi n’écrivez-vous pas un best-seller une bonne fois pour toutes ? Si vous vous contentez d’écrire des romans policiers pour un public restreint, vous ne ferez jamais fortune.

-Vous croyez que je ne suis pas capable d’écrire un best-seller ? Je peux le faire quand vous voudrez. J’ai analysé ça. Pour écrire un best-seller, il faut viser l’un des deux seuls marchés assez importants pour assurer le succès : les femmes au foyer ou les étudiants. Le sexe et les scandales attirent les femmes au foyer ; le pseudo-intellectualisme les gamins des universités. Je pourrais y arriver, dans un cas comme dans l’autre, si je le voulais, mais le sexe et le scandale ne m’intéressent pas et je ne veux pas faire l’effort d’abaisser mon intellect au point de le rendre pseudo».

Etonnant, non ?

Isaac ASIMOV : Les Veufs Noirs. Editions Omnibus. Contient : Le Club des Veufs Noirs, Retour au club des Veufs Noirs, Casse-tête au club des Veufs Noirs, A table avec les Veufs Noirs, Puzzle au club des Veufs Noirs. 1104 pages. 28€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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