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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 14:55

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Mais quel mystère se cache sous ce titre énigmatique ? Tout simplement des tests effectués par des laboratoires scientifiques spécialisés dans la culture agricole. Laissons Jacques Bulot nous décrire cette procédure : « Ainsi le perce-neige, la charmante fleur printanière, produit-elle la lectine GAN, du nom latin Galanthus Nivalis. Insérée dans le génome de la pomme de terre, elle permet à la plante de synthétiser des protéines capables de tuer insectes et parasites ravageurs. Baptisé patatogm par des chercheurs quelque peu irrespectueux, ce fleuron de la biotechnologie défrayait la chronique ».

La BioTrans-Recherches s’est installée au cœur de la Brenne et au départ les édiles furent fort contents de cette implantation qui aurait dû permettre de résorber une petite partie des chômeurs locaux. Hélas, ils durent déchanter rapidement car tout le personnel, des chercheurs jusqu’aux vigiles furent emmenés dans les bagages du directeur. C’est la découverte d’un corps mort au bord de la route non loin des bâtiments de la BTR qui va tout déclencher. L’homme habillé de vêtements d’été, des charentaises aux pieds, squelettique, le visage émacié, alors qu’il gèle à pierre fendre. L’épicier qui se rend chez ses clients selon sa tournée habituelle pense qu’il s’agit d’un poivrot mort de froid. Mais bien vite les premières constatations démontrent que l’inconnu n’était pas sous l’emprise de l’alcool, et n’avait pas été assassiné. C’est dans ce contexte que Charles Germont, généticien spécialisé dans la recherche sur les OGM, travaille dans un laboratoire de la BTR. Le même matin que la découverte macabre, il est convoqué par le directeur de BTR, lequel s’est fait remonter les bretelles par le big-boss américain. Faut se mettre à sa place aussi au patron de BTR. La société a été absorbée par la Worldseed-Biotech Corporation, numéro deux sur le marché des OGM après Monsanto.

Simpson, qui préside le conseil d’administration de la WBC est également le directeur de publication d’une prestigieuse revue internationale, World Genetics. Et Simpson est en colère contre Germont qui lui a proposé un article relatant ses expériences sur des rats. L’article en question affirme que les pommes de terre bidouillées affectent les organes des rats, induisent un ralentissement significatif de leur croissance, que le revêtement de l’estomac et de l’intestin grêle a une épaisseur double que ceux des rats qui ont échappé à cette nourriture, et pire, qu’il y aurait des morts. Bref un article impubliable ne serait-ce que déontologiquement vis-à-vis des actionnaires qui attendent avec impatience leur manne financière. Et Delorge, le directeur de BTR est sommé de faire le ménage et remettre son chercheur sur le bon chemin. Et les intimidations envers Charles Germont commencent, sans gros bobos mais de quoi faire réfléchir quand même. Entre Mado et Charles les atomes crochus se resserrent de plus en plus. Charles est marié, un enfant, vit dans une belle maison payée grâce à l’argent de la BTR, mais il ressent une vive attirance envers la belle chercheuse qui vit seule. Aussi Il se confie envers la jeune femme qui lui propose de contacter son ex, Fred Vernon Sullivan, d’origine irlandaise, qui exerce la profession de journaliste free-lance. Fred, qui revient de Pékin après avoir enquêter sur une sombre affaire de transplantations, accepte cette mission par amitié mais il rend vite compte qu’une milice privée travaille en sous-main. Les accidents se succèdent, accidents qui ne sont pas dus à la fatalité.


a-l-hotel-de-ville.jpgDans cet ouvrage, Jacques Bulot prend le prétexte d’une énigme policière pour mieux nous montrer comment agissent les firmes multinationales spécialisées dans la recherche transgénique, dans les laboratoires scientifiques dédiés à l’agriculture, chez les semenciers et autres organismes qui se chargent de proposer, imposer même, des aliments soi-disant sains afin de réduire la faim dans le monde. Mais drôle de raisonnement toutefois que de rendre les plantes stériles afin d’empêcher ce qui ce pratique depuis la nuit des temps : le troc de graines entre agriculteurs et jardiniers. Et Jacques Bulot, qui possède de sérieuses connaissances scientifiques et a appartenu au CNRS, n’invente rien, ou presque. Il s’inspire de l’affaire Arpad Putzai, chercheur réputé qui a publié de nombreux articles sur les lectines, ces protéines végétales présentes notamment dans les légumineuses, les céréales et les pommes de terre. Or ses recherches et ses conclusions, issues de ses expérimentations sur les rats, ont défrayé la chronique. Suspendu de ses fonctions et interdit de s’exprimer en public, il reçoit toutefois le soutien de quelques chercheurs, ce qui ne suffit pas. Cela se passait en 1998, mais aucun de ses détracteurs n’a fourni la preuve qu’il se trompait dans ses assertions.

Un livre indispensable pour comprendre les pratiques et savoir ce que l’on nous propose dans nos assiettes. Peu à peu le voile se lève mais les laboratoires scientifiques comme Monsanto, Bayer, BASF et autres imposent leurs produits et certains technocrates ou hommes politiques siégeant à Bruxelles, par exemple, suivent leurs recommandations. Du solide contre du liquide ?

Jacques BULLOT : Le gène du perce-neige. Editions du bout de la rue. Préface de José Bové. 186 pages. 15 €.

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 12:32

Sous-titré : Sur quelques cas troublants de changements d’identité.

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Qui dans son enfance n’a jamais été tenté, ne s’est jamais maquillé , grimé, déguisé, pour son plaisir mais également pour donner le change, pour endosser la peau d’un personnage, pour se croire autre que ce que l’on était, pour casser le moule d’une monotonie et accéder aux rêves de puissance.

Ce petit jeu innocent, certains devenus adultes le perpétuent, pour échapper à la grisaille du temps ou plus pragmatiquement pour se défiler devant la loi, la justice. Cette recherche d’une identité nouvelle, à travers trois figures de proue du roman populaire, du roman policier, du roman criminel, j’ai nommé Rocambole, Arsène Lupin, Fantômas, fut l’une des préoccupations majeures afin de régler quelques vengeances, ou tous simplement échapper à leurs poursuivants, à leur destin.

Le travestissement, le grimage, mais également l’utilisation de nombreux alias, permettaient ainsi aux auteurs de ces héros protéiformes de relancer l’action, de mieux jouer avec les ficelles de leurs marionnettes, à moins qu’eux-mêmes soient devenus pantins dans les tribulations de leurs personnages. En changeant de visage, d’identité, le héros ne vieillit pas, engendrant la nostalgie de la jeunesse, façon comme une autre de défier le temps qui passe.

Rocambole, Arsène Lupin et Fantômas se sont montrés les chantres du maquillage, du déguisement, possédant chacun de leur côté leurs motivations, mais d’autres eurent également recours à ces phénomènes de substitution, Chéri-Bibi et le Bossu alias le Chevalier de Lagardère, pour ne rester que dans le domaine français.

Au nom du Bien et du Mal, ils innovèrent, et la chirurgie esthétique ne leur faisait pas peur. S’ils souffrirent, ils l’acceptèrent, ayant besoin de se refaire une virginité. Traqués, leurs successeurs ont trouvés la parade à la photographie, aux relevés génétiques, aux empreintes digitales, car si la science avance, la malice et l’ingéniosité ne sont pas en reste.

Ce changement d’identité souligne la dualité qui réside en chacun de nous, et de nos jours nombreux sont les écrivains qui usent du stratagème du pseudonyme pour attirer de nouveaux lecteurs, pour masquer le renouvellement et l’abondance de leur production, ou proposer des écrits à d’autres éditeurs lorsqu’ils sont sous contrat.

Didier Blonde s’est amusé à disséquer les œuvres de trois maîtres de la littérature populaire, à explorer les aventures de nos héros d’enfance qui perdurent dans nos mémoires, et ont encore les suffrages des réalisateurs de cinéma. Il les a poursuivis au fil des pages, au fil de leurs pérégrinations. Les joueurs d’anonymat n’auront plus aucun secret pour nous, les masques une fois tombés, ils continueront à hanter nos souvenirs.

Le roman d’aventures, le roman policier, sans ces artifices perdent de leurs charmes, mais le temps n’est pas encore arrivé où on acceptera de ressembler à tout un chacun, à se diluer dans la masse, sauf peut-être les mannequins anorexiques à la lippe boudeuse. Dans toute couvée se niche le vilain petit canard, et celui-là défiera le temps, les hommes, à la recherche de sa ou ses personnalités.

Didier BLONDE : Les Voleurs de visages. Editions Métailié. 168 pages. 12,04€.

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 08:03

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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Arsène Lupin sans jamais oser le demander, Philippe de Côme vous l’offre, ou presque.

Décliné en trois parties et douze chapitres, cet ouvrage est une étude sur un personnage de malandrin sympathique, sans oublier son créateur, Maurice Leblanc.

Arsène Lupin, quoique certains s’en défendent, reste l’un des personnages lupin2.jpgmajeurs de la littérature d’évasion, de la littérature policière, mais qui se positionne de l’autre bord de la barricade, en se plaçant au côté des mauvais garçons pour lesquels le lecteur ne peut ressentir que de l’empathie. Alors que la littérature de détection est encore en phase de recherches et débute son émancipation, le personnage de Gentleman-cambrioleur non violent et respectueux des femmes, qui défie les policiers avec humour, ruse et malice, ne peut qu’accrocher le lecteur et tisser des liens avec celui-ci. Robin des Bois n’est pas loin, et dépouiller le méchant riche au profit de la veuve et l’orphelin est une pratique qui génère la sympathie et la connivence.

Et puis Arsène Lupin possède le charme du prestidigitateur, de l’acteur de théâtre, qui se fond dans le décor grâce à sa faculté de déguisement, de changement de physique et d’identité. Quarante sept identités sont recensées, dont certaines sont sensiblement approchantes, mais qui bernent à chaque fois les policiers, le policier Ganimard en tête.

Abbaye_de_Jumieges.JPGRespectueux des femmes, c’est vrai, mais il est aussi et surtout un redoutable séducteur, et la vingtaine de personnages féminins qui gravitent tout au long des romans et nouvelles qui lui sont consacrés sont répertoriées. La comtesse de Cagliostro en bonne position, évidement.

Philippe de Côme recense également les principales villes qui vont connaître les exploits d’Arsène Lupin, et le département de la Seine-Maritime est largement représenté, avec Dieppe, Etretat, Fécamp mais aussi de petits bourgs moins connus mais au charme indéniable : Caudebec en Caux, Doudeville, Duclair, Gueures, Jet les abbayes de Jumièges ou Saint-Wandrille… Et si Lupin change souvent d’identité, il déménage souvent également et nombreuses sont ses adresses parisiennes.

Afin de donner plus de crédibilité au personnage, il faut le placer dans son temps et faire évoluer des personnages de l’époque devenus célèbres mais dont le patronyme est parfois déformé, comme Lyautey devenu Lauty dans Les dents du tigre.

Très tôt le cinéma s’est emparé d’Arsène Lupin et il est à noter que les films étrangers sont plus représentatifs en nombre que les films français. Et si Jean-Claude Brialy ou Romain Duris ont prêté leur visage au Gentleman cambrioleur, restent dans les mémoires, du moins dans la mienne, les prestations de Robert Lamoureux, peut-être à cause de sa gouaille et de sa voix.lupin1.jpg

Quant aux adaptations télévisées, qui forment la troisième partie de l’ouvrage et se révèle la plus conséquente avec fiches techniques, synopsis, personnages et insolites, elles ont été nombreuses, principalement deux séries qui auront marqué l’âge d’or de la production française et dont les interprètes furent François Dunoyer à la fin des années 1980, mais surtout Georges Descrières au début des années 1970. Des téléfilms qui auront eu pour support musical la fameuse chanson interprétée par Jacques Dutronc, et qui incitait toute la famille à s’installer devant le petit écran.

Un ouvrage sérieux, dont les textes sont attirants et donnent envie de relire les Aventures d’Arsène Lupin, mais auquel je reproche quelques omissions.

Par exemple si l’auteur se réfère au Dictionnaire Arsène Lupin de Jacques Derouart, il omet de préciser que cet ouvrage fut édité chez Encrage en 2001. Philippe de Côme aurait pu signaler également la Revue Europe parue en Aout/Septembre 1979, N°604/605, qui était consacrée à Maurice Leblanc et Arsène Lupin, ou encore l’étude de Didier Blonde paru aux éditions Métailié en 1992, Les voleurs de visages.

De même dans la partie consacrée aux gentlemen cambrioleurs de la littérature, ont été oubliés deux auteurs (au moins) dont les personnages sont les épigones presque parfaits d’Arsène Lupin : Leslie Charteris créateur de Simon Templar alias Le Saint, et Alain Page qui mit en scène l’Ombre pour de nombreuses aventures publiées justement dans la collection L’Aventurier du Fleuve Noir. Ils correspondent plus aux critères lupiniens que certains des personnages présentés via leurs auteurs par Philippe de Côme.

Clos_Lupin.jpgEnfin, il serait injuste de passer sous silence deux associations qui se réclament plus ou moins d’Arsène Lupin et de son créateur : association Les Amis d’Arsène Lupin, dont le siège social est situé au Clos Lupin, voir également  ici,  et l’association 813, les amis de la Littérature Policière, qui emprunte son nom à un roman de Maurice Leblanc.

Et puisque je suis dans les récriminations, le listage des romans et recueils avec les noms des nouvelles qui les composent aurait été le bienvenu.


Au fait, j’oubliai : j’ai découvert un autre pseudonyme d’Arsène Lupin, qui figure en pages 4 & 6 puisqu’il est écrit ainsi : Arsen Lupin. Etonnant non ?

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En quatrième de couverture, il est précisé que Philippe de Côme est également auteur de romans policiers. Mais sous quel pseudonyme ? Réponse ci-dessous.

Et bien naturellement vous pouvez découvrir l'avis de Claude sur Action-Suspense.


Philippe de CÔME : Arsène Lupin de A à Z. Editions Pascal Galodé. 232 pages. 20€.

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 05:56

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Une bonne situation, une femme aimante, une vie tranquille, quoi demander de plus ? Pour Pete tout irait bien, si un os ne s’était glissé dans son couple.

Pete est architecte, Cath, sa femme, est prof de français dans un lycée technique, ils vivent dans un quartier tranquille avec leur chien Paulo. Disons que c’est plutôt le chien de Cath, qu’elle a eu tout jeune, avant de vivre avec Pete, alors qu’elle était clouée dans un fauteuil roulant suite à un accident. Et Paulo est véritablement plus attaché à sa maîtresse qu’à Pete. Pourtant l’architecte ne ménage pas ses attentions envers le canidé. Mais il faut que Cath abandonne Pete durant une soirée pour que tout dérape.

Cath doit se rendre chez sa mère, que Pete apprécie modérément de même que l’idée de la séparation, et Pete est quelque peu déboussolé. Au bureau d’études, il refuse l’invitation de ses collègues d’aller manger le soir ensemble, déclarant qu’il préfère rester seul. Et le soir il récuse, sous un prétexte fallacieux, celle de Carl son voisin à partager un barbecue. Carl est marié avec une infirmière mais tout autant Cath que Pete n’ont jamais vu son épouse. Toujours une bonne raison pour expliquer son absence. Carl possède aussi un jeune chiot, Betty, qui ressemble à Paulo, un caniche nain anthracite.

Pete se résigne donc à manger en ville et rencontrant Simon et Richard, ses deux compères, il va en leur compagnie passer la soirée. Mais il boit plus qu’il mange, et il est passablement éméché lorsqu’il rentre chez lui. Il percute la poubelle ou autre chose, il n’allume pas la lumière du garage afin de ne pas se faire surprendre par son voisin, et rentre dans le salon. Paulo n’est pas là pour l’accueillir. Ce qui est normal car l’animal réserve ses faveurs à sa maîtresse, mais quand même. Pete cherche partout, dedans, dehors, l’appelle. Rien, pas d’écho, pas de bestiole revenant réclamer ses croquettes. Et Pete découvre avec effarement Paulo sous le châssis de sa voiture. Affolé, il prend une décision lourde de conséquences : il emballe le cadavre dans un sac poubelle et enterre le tout au fond du jardin.

Lorsque Cath revient, elle est étonnée par l’absence de son chouchou et Pete, au lieu de lui avouer la vérité, enfile mensonges sur mensonges. Heureusement, au bout de quelques jours, une nouvelle agréable vient changer les idées de Cath. Elle est enceinte, alors que depuis des années le couple espérait un bébé à la maison. Le côté positif de la disparition de Paulo. Le côté négatif, c’est que Pete est importuné par des appels téléphoniques. Un inconnu lui déclare savoir où se trouve Paulo.

Un roman intimiste qui repose sur trois personnages, sans grands effets de manche, sans scènes spectaculaires, sans débordements excessifs. Hervé Mestron jour dans la gamme des auteurs qui savent construire une intrigue qui pourrait être un huis-clos. Et l’on ne peut s’empêcher de penser à des maîtres tels que Boileau-Narcejac, Pascal Garnier, G.-J. Arnaud…

Le lecteur peut se reconnaitre dans le personnage central de Pete, sur lequel repose toute l’histoire. Il est un peu falot, se montre lâche, honteux devant sa femme. Il n’ose pas avouer ce qu’il s’est réellement déroulé, il a peur des conséquences de ses actes, de sa soirée trop arrosée, et de ses mensonges et de son manque de courage. Bref il se fait tout petit, il remue de la queue comme un chien pour amadouer son épouse, mais au fond de lui il se sent méprisable. Et puis il y a son passé…

La chute, qui se justifie aussi bien au sens figuré qu’au sens propre, est soudaine, abrupte, surprenante mais inévitablement logique. Les gouvernements successifs ne se résolvent pas de parler de rigueur, d’austérité, des mots tabou. Ici le mot de… est occulté mais le lecteur comprendra ce que l’auteur cache soigneusement et pourquoi.

Hervé MESTRON : Le clebs. Collection Zone d’ombres N°4. Editions Lokomodo. 176 pages. 6€. (Réédition des éditions Flammarion ; 1999).

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 13:37

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Alors qu’il pensait toucher la gloire du bout des doigts, par conséquent un portefeuille bien garni et la reconnaissance de ses pairs, Daniel Bensila retombe bien vite du haut des nuées où il pensait planer. Son dernier livre devait être adapté au cinéma, par un producteur-réalisateur-scénariste. Seulement le script ne correspond plus du tout au texte original. Forcément il est furieux. Le producteur lui propose alors de s’atteler à la tâche, mais les conseils et la réécriture ne sont pas suivis d’effet. Bref lors d’une soirée parisienne à laquelle Daniel est convié il boit plus que de raison, frappe le producteur-réalisateur-scénariste peu consciencieux d’un violent coup à la figure, puis « emprunte » sa voiture, une magnifique petite MG, et sillonne le quartier à folle allure. Evidemment, il ne maitrise plus sa conduite étant en état avancé d’ébriété et percute une jeune fille. Un peu plus tard il reçoit la visite d’un policier qui semble travailler en solitaire et boit volontiers en sa compagnie des bières.

A Saint-Ouen, proche banlieue parisienne, le jeune Joe est fort marri. Ce n’est pas souvent que cela lui arrive, mais la veille il a succombé à un excès d’alcool, et ce matin, en se présentant devant le père Walter, il n’est pas fiérot. Cependant le père Walter n’a pas convoqué son enfant de chœur pour le réprimander mais pour lui confier une mission. Celle d’aller enquêter à Montmirail, petite ville de la Marne, afin de se renseigner sur le décès suspect d’un de ses protégés, qui était devenu curé de la commune champenoise. Il aurait été retrouvé mort après une rave partie, mais est-ce consécutif à un accident ? Du pain sur la planche pour le brave Joe qui enfile pour la première fois la soutane. Sur place il pourra obtenir aide et renseignements sur la localité et ses habitants auprès de Suzanne, une jeune femme qui a oublié de grandir et a travaillé dans un cirque. Elle niche dans l’ancienne gare désaffectée.

A Montmirail une famille travaille dans les objets pieux, enfin supposés tels. Le père, Cesare Affatigati, le fondateur, mène tout son petit monde à la baguette. Italo, Arturo et Tonio fabriquent, emballent et livrent de la bimbeloterie au Vatican, dans des couvents, des archevêchés, le tout pour la propagation de la foi au quotidien, leur slogan. Ainsi ils honorent une commande de dix rouleaux de papier hygiénique à l’effigie du Saint-Père, commande effectuée par le secrétaire du pape. Ils ont également des brosses à dent avec la reproduction d’une image pieuse, des savonnettes en forme de crucifix, et autres babioles que s’arrachent les autorités religieuses. Maria, la fille, tient le standard en temps normal, mais elle est actuellement en résidence à Paris afin d’apprendre la culture d’entreprise.

Comment le destin de tous ces personnages va-t-il se commuer en un destin unique, c’est Hervé Mestron et son sens original et machiavélique de l’intrigue qui en décide, grâce à une construction tout en finesse et en habileté. Il amalgame, il mélange, il pétrit, il fusionne et le résultat est digeste et réjouissant. Mais dans cet enrobage de fiction, le lecteur retiendra également les émois, les désirs, les espoirs, les frustrations d’un auteur de roman face à certains requins de la sphère cinématographique et ce que décrit Hervé Mestron, en désabusement, colère, actes et paroles, ne peut qu’être le reflet d’une expérience malheureuse. Si ne n’est pas lui qui en a été victime, au moins un proche qui a été confronté à ce genre de mésaventure. Quant aux autres protagonistes, ils forment une curieuse ménagerie de phénomènes de foire, mais ils sont dépeints avec sympathie et tendresse. Même s’ils cachent des cadavres dans le placard, ou plutôt dans la cave.

Hervé MESTRON : Crucifix et crustacés. Collection Polar en Poche. Edition Papier Libre. 11€.

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 12:51

Le 18 juillet 1907 s'éteignait à Fontenay sous Bois Hector Malot, dont le chef-d'oeuvre Sans Famille fut l'une des nos lectures juvéniles.

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L'œuvre d'Hector Malot, auteur d'une soixantaine de romans, est occultée par trois titres souvent réédités dans des collections dédiées aux jeunes lecteurs : "En famille", "Romain Kalbris" et l'indémodable, le pathétique "Sans famille" adapté en dessins animés pour la télévision. Des ouvrages destinés, selon une formule consacrée, à une tranche d'âge oscillant entre sept à soixante-dix sept ans. Dans sa préface, Yves Pincet précise comment et pourquoi "Le mousse" resta inédit et publié à titre posthume. Il ne faut pas croire qu'il s'agit là d'un fond de tiroir, comme parfois, dans la louable intention de connaître l'intégralité d'une œuvre, des éditeurs dépoussièrent quelques textes sans intérêt. Ecrit à l'intention de sa petite-fille Perrine, "Le mousse" reprend les thèmes humanistes chers à Hector Malot : l'enfant orphelin, le réalisme et la description d'un tableau social de la deuxième partie du XIXème siècle qui entame une industrialisation postmoderniste.

Le "Merthyr", un navire anglais, s'échoue en baie de Seine, alors que les éléments sont déchainés, en face de Villerville, commune située entre Trouville et Honfleur. Lorsque les marins pêcheurs du village, avec à leur tête les Le Houx père et fils, peuvent s'approcher du bateau en perdition, l'équipage s'est embarqué à bord de canots de sauvetage, oubliant sur le navire une enfant endormie serrant dans ses bras une poupée. La gamine ne parle que l'anglais et ne peut donc pas raconter son odyssée, seulement décliner son prénom : Olwen. Elle est rebaptisée Michelle et est hébergée par la famille Le Houx.

Les canots de sauvetage des marins anglais se sont fracassés sur les rochers. Seul le cadavre de la mère de Michelle est retrouvé sur la plage par le Sorcier, un être retors qui s'empare des bijoux de la défunte et des papiers dévoilant son identité. Il gardera par devers lui ces précieux biens puis les négociera, tandis que Michelle va passer son enfance, employée comme mousse, afin d'aider sa famille adoptive.

Un grand-père qui ne veut reconnaître sa petite-fille, des marins luttant contre les éléments, la misère, un homme de loi bon, un sorcier touche-à-tout et malin, un peintre de marine, une femme espérant toujours le retour de son mari péri en mer, ce sont quelques-uns des personnages figurant dans ce tableau dramatique à l'épilogue heureux.

malot.jpgMais Hector Malot ajoute à ces scènes quelque peu misérabilistes, une pointe d'ironie et d'humour. Il est né à La Bouille, une commune de la Seine Maritime, anciennement Seine Inférieure, le 20 mai 1830, d'un père exerçant la profession de notaire et de premier édile de la commune, devenant par la suite juge de paix. Hector Malot rend implicitement hommage à son géniteur en écrivant les citoyens ne se préoccupent jamais des malheureux maires qu'ils traitent en domestiques. Petit coup de griffe également à l'encontre de certains artistes utilisant des nègres : A combien de toiles n'avait-il jamais mis la main et qui, cependant signées de son nom, lui avaient valu sa réputation pour la plus grosse part, ainsi que des médailles et de l'argent ?

Si le style d'Hector Malot semble aujourd'hui un peu désuet, ses histoires, elles, n'ont pas vieilli.

Les éditions Encrage débutent une réédition des œuvres d’Hector Malot avec au catalogue : En famille, Souvenirs d’un blessé et Clotilde Martory, et l’on ne peut que saluer cette louable initiative.

Ce livre comporte de nombreuses illustrations d'époque extraites d'autres œuvres d'Hector Malot.

Petit rappel : Le numéro 7 de la revue Rocambole a été consacré à Hector Malot. Qui, gamin, n’a pas pleuré en lisant les aventures de Rémi le héros de Sans Famille, un livre culte, qui n’a pas frémi en suivant dans ses tribulations de Romain Kalbris, sans oublier En Famille. Mais Hector Malot, classé peut-être trop rapidement auteur pour la jeunesse, possède à son actif une bibliographie beaucoup plus conséquente. Le Rocambole nous invite également à découvrir l’humaniste qui se cachait derrière l’écrivain. Malot la Probité comme le surnommaient ses contemporains. Des chroniques, des études, notamment sur des dessinateurs (dans ce numéro André Galand présenté par François Ducos) et des infos complètent cette revue, peu onéreuse en comparaison de son intérêt littéraire indéniable et de sa présentation luxueuse.

Hector MALOT : Le Mousse. Editions du Rocher. 226 pages, 98 francs/15,20€. Novembre 1997.

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 12:58

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Il fut un temps où l’on chantait à tue-tête Cigarettes, Whisky et P’tites pépées, mais pour Yann Rivard, c’est une toute autre chanson qu’il pourrait interpréter. Les pépées, il n’en a pas, plus, depuis la mort de sa copine. Les cigarettes ont été remplacées par des rails. Non, Yann ne joue pas au petit train, il s’enfile dans les naseaux speedball et autres poudres propices à dégager les narines. Quant à l’alcool écossais, il ne crache pas dessus, mais il humecte en plus ses papilles avec du blanc sec, de la bière, du Picon-bière et de l’anisette en quantités non négligeables. Le grand projet de Yann, c’est de devenir un écrivain, mais il lui manque toujours la première phrase susceptible de déclencher l’inspiration. C’est comme pour obtenir de l’eau, suffit de tourner un robinet et la cascade jaillit. Sauf qu’il n’arrive pas à le tourner ce robinet alors il reste en panne. Un velléitaire. Heureusement Titiche est là pour l’accueillir lorsqu’il rentre chez lui, dans son mobil-homme posé sur un petit terrain non loin de la banlieue rennaise. Titiche, c’est son chien, un épagneul breton, cela va de soi.

Yann est un marginal qui vit d’expédients, se déplaçant dans sa vieille et fidèle AX. Et puis il a ses copains quand même. Gérard Yaume par exemple ou encore Pollux, Tiqual et quelques autres.

Sa propension à mélanger alcool et drogue l’amène à effectuer quelques écarts, se faire retirer son permis de conduire, mais tant pis, tant que sa voiture n’est pas à la fourrière, ce n’est qu’un moindre mal. Il essaiera de ne pas se faire choper une seconde fois. Et puis sans véhicule comment se rendrait-il au boulot, quand on lui en propose. Du vrai, rémunéré avec fiche de paie comme preuve. Les extras sont les bienvenus, même si pour cela Yann doit utiliser sa voiture. Tiqual lui propose d’aller à Rotterdam au volant de son AX alors que lui tranquille va prendre le train. Ils vont réceptionner un paquet d’héroïne puis Tiqual repartira toujours via le chemin de fer. Yann n’est pas très rassuré mais le voyage aller-retour se passe sans problème significatif.

Alors qu’il est en compagnie de Gérard, lequel le conduit chez lui, un gamin en scooter s’amuse à tracer des huit sur le bitume. Ce qui n’est pas du goût de Gérard qui à la première occasion envoie l’adolescent valdinguer dans le décor. Une grosse faute même si l’énervement de Gérard est compréhensible. Peu après déboulent, alors que Gérard et Yann dégustent avec gourmandise des pâtes accompagnées de jambon, quelques véhicules avec à bord des Manouches. Et ceux-ci ne pas contents, mais alors pas contents du tout et ils le font savoir, quelques gnons à l’appui. Seule l’intervention de Tiqual permet de calmer les esprits, relativement. Car Tiqual a une nouvelle mission pour Yann. Se rendre une fois de plus à l’étranger pour une transaction frauduleuse, qui se conclura en eau de boudin. C’est le début des ennuis pour Yann, et le mot n’est pas assez fort pour décrire l’ambiance et les mésaventures qui vont s’ensuivre.

Encore un roman qui fait la part belle aux drogues diverses et parfois j’en ai une overdose. Mais ce petit reproche effectué, j’en avais envie et cela me défoule, je me suis régalé (oui, c’est un mot à la mode !) à la lecture des aventures et mésaventures de Yann Rivard, cet idéaliste et écorché vif. Il est revenu de tout et ne fait plus confiance aux hommes politiques de l’extrême-gauche jusqu’à l’extrême-droite en passant par la gauche le centre et la droite. D’ailleurs il lui est arrvié de se défouler en écrivant dans de petits fanzines.

Autant on ne verra jamais un militant d’extrême-droite servir le thé dans un foyer Sonacotra, autant il n’est pas rare des prophètes d’extrême-gauche, ayant passé leur semaine à vomir sur le méchant capitalisme, se précipiter devant leur télé achetée à crédit pour applaudir des millionnaires occupés à taper dans un ballon fabriqué par des gosses payés en bol de riz.

Il ne demande pas grand-chose, vivre tranquillement en compagnie de ses amis et de son chien, et s’adonner à ses petits vices. Seulement le destin et quelques petites erreurs, mais est-ce vraiment de sa faute, vont en décider autrement.

Par son côté anarchiste et rebelle, Yann Rivard, malgré ses défauts (Qui n’en a pas ?) est un bon petit gars courageux, poète, dont la vie a mal négocié un virage qui n’était pas signalé, et j’ai pris plaisir à faire sa connaissance.

Du même auteur aux mêmes éditions : Carabistouilles fiction

Léonard TAOKAO : Mauvaise herbe. Collection Borderline, éditions Territoires Témoins. 160 pages. 15€.

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 12:25

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Muni d’un faux passeport ukrainien, Silas revient en France après sept années de vagabondages en Russie et autant de petits boulots marginaux et répréhensibles. Et ce qu’il retrouve ne correspond vraiment pas à ce qu’il avait quitté. Comme si Paris avait subi des assauts guerriers pendant son absence. D’ailleurs dès son arrivée sur le sol français, il est vaguement fixé sur l’ambiance qui règne : Mon premier contact avec la patrie ayant breveté la Déclaration des Droits de l’Homme fut la tronche patibulaire d’un agent de la police douanière de l’Union Européenne. Tout est sens dessus dessous, genre Bagdad après guerre du golfe. La misère s’affiche en vainqueur toutes catégories et les militaires sillonnent les rues. La pagaille organisée avec son flot de loques humaines à la recherche du moindre bout de boustifaille à grignoter, du moindre squat à investir, ses quémandeurs à éviter, les taximen en maraude ne s’exprimant qu’en Anglais.

La priorité pour Silas est de trouver rapidement un endroit où pouvoir se reposer, et peut-être que les zonards qui déambulent près de la gare pourront lui donner quelques renseignements. Ils ne se privent pas de le renseigner sur ce qui s’est passé en France pendant son absence, la RF qui est devenu la République Fasciste, tout ça à cause de la crise de 2008. « Quant aux terroristes d’ultra-gauche, on sait maintenant que la majorité de leurs actes étaient en fait l’action d’une cellule dirigée par les services de l’état ». Mais auparavant c’était la politique économique et sociale des années CRS : Chirac, Raffarin, Sarkozy. Et les pauvres électeurs lors de l’élection présidentielle suivante ne se sont pas bousculés aux portillons des isoloirs. Cinquante deux pour cent d’abstention.

Le pouvoir s’est alors reconduit d’office à la tête de l’état provoquant des émeutes qui se sont soldées par trente deux mille morts et un gouvernement répressif. La droite radicale mène depuis lors le pays par le bout des bottes et des tonfas, distribuant les coups plus généreusement que les aides sociales. Paris est coupé en deux, la rive Gauche réservée aux nantis. Les rues ont été débaptisées, et maintenant les passants empruntent, si les policiers les laissent franchir les barrages, les rues Le Pen, Maréchal Pétain, Christian Clavier, Alain Delon, des Bienfaits de la colonisation française… Silas va enfin trouver une piaule à occuper, une jeune femme à tirer des griffes de policiers hargneux, et rencontrer Libertad qui connait tout de son passé et envisage pour lui un avenir dont seul il a le secret.

Bien sûr, ce n’est qu’une fiction, une politique fiction, une extrapolation, mais ne nous égarons pas, ceci pourrait devenir réalité si ceux qui le peuvent encore élever la voix, baissent les bras et refusent de sortir leur carte d’électeur. Et il vaut mieux prévoir le pire afin de ne pas être déçu plus tard. Un livre dérangeant car il oblige le lecteur à réfléchir, à sortir de son cocon douillet, et à envisager l’avenir en toute conscience.

Léonard TAOKAO : Carabistouilles fiction. Collection Borderline, Editions Territoires témoins. 14€.

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 16:08

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La frontière entre un roman érotique et un ouvrage pornographique est aussi mince qu’une feuille de papier hygiénique tendue, mollement, par des hypocrites. Ainsi de nombreux textes jugés scabreux lors de leur parution (quoique certains nobles en faisaient leurs délices), enfermés dans les enfers des bibliothèques, sont devenus de nos jours des classiques. Le roman de Violette dû à la plume de la Marquise Mannoury d'Ectot, et bizarrement attribué à Alexandre Dumas par Claude Schopp, lors de sa réédition aux éditions Mercure de France, ou encore Thérèse philosophe de Boyer d’Argens (1703-1771) chez Actes Sud dans la collection Babel. Ces rééditions ont bénéficié du succès populaire de la parution du livre Emmanuelle signé Emmanuelle Arsan (mais selon certaines sources ce serait son mari le diplomate Louis-Jacques Rollet-Andriane qui l’aurait écrit), puis des romans de Maud Sacquard de Belleroche L’Ordinatrice. Bien entendu les années 70 et 80 virent l’éclosion de nombreuses maisons d’éditions – Phoenix, Eurédif – qui produisirent des collections dites érotiques dont les auteurs se cachaient souvent des pseudonymes maison. Des ouvrages en vente dans toutes les librairies alors qu’auparavant les textes étaient vendus sous le manteau ou par correspondance par des maisons spécialisées.

Le cinéma, qui avait déjà eu les faveurs du tournage de films érotiques signés notamment José Bénazéraf, au début des années 60, s’empara d’Emmanuelle et l’on sait le succès qu’obtint ce film auprès des personnes bien pensantes. L’autre versant, le côté pile si l’on peut dire, fut classé X comme Gorge Profonde (qui servi à bon nombre de jeunes filles à parfaire leur éduction sexuelle de visu). Mais relégué dans des salles dédiées à ce genre honnis, il fut relégué d’abord dans la vente de vidéos signées Marc Dorcel puis Internet arrivant avec son lot de sophistications, les couples et de petites entreprises en ont profité pour diffuser en toute liberté des films au scénario mince mais aux images explicites. Sans oublier les petits films suédois ou réalisés en catimini dont Michel Simon par exemple qui en était fort friant.

La différence en érotisme et pornographie ne réside donc pas dans la description des diverses actions mais dans le vocabulaire. Et entre, des romans ou des films considérés comme érotiques ou pornographiques se sont glissés auteurs ou metteurs en scène qui fournirent des scènes torrides dans des romans ou des films à grande audience. Ainsi L’amant adapté du roman de Marguerite Duras par Jean-Jacques Annaud comporte des scènes de sexe non simulées.

Entre l’érotique et le pornographique une nouvelle tendance se dégagea avec notamment Jean-François Davy pour le film Exhibition (1975) qui tout d’abord classé X a été rangé dans la catégorie Art et Essai, était une forme de documentaire.

Et le gonzo là-dedans me demanderez-vous à juste titre ? D’abord la définition du gonzo : le gonzo c’est du porno fait à l’arrache sur la voie publique. Et Gonzo à gogo, c’est un peu comme Exhibition, un documentaire enveloppé d’une histoire sur le quotidien des sex-reporter, ceux qui filment les ébats dans des lieux publics entre deux acteurs, en général masculin-féminin, en essayant de s’éloigner le plus rapidement possible lorsque des représentants des forces de l’ordre pointent le bout de leur… nez.

Après ce préambule, assez long je le concède, mais écrit pour l’édification des jeunes lecteurs (majeurs) et les curieux, entrons sans barguigner dans le concept même de l’ouvrage.

Angie Rebelli, sex-reporter pour des revues comme Gonzo-magazine ne rechigne pas à la besogne, son appareil photo à la main, prenant clichés sur clichés, aussi bien au Trocadéro, en pleine rue ou dans le Bois de Boulogne où les attendent les amateurs mateurs, endroit préféré des libertins depuis des siècles. Dans des clubs échangistes aussi, échangistes qui parfois se montrent jaloux, on se demande pourquoi. Les deux acteurs, qui ne se font pas doubler, se nomment IVG, raccourci d’Isidore Violette Gastinger, et Lola Joy. Ils donnent de leurs corps avec enthousiasme, et pourtant ils ne sont pas à l’abri d’échauffourées, d’attaques libidineuses ou autres. Angie rencontre également Gueule d’amour, l’historien-collectionneur du hard, afin de peaufiner ses connaissances. Mais FEZ, le patron d’Angie, qui emploie de nombreuses petites mains pour confectionner ses magazines de hard, leur demande de se rendre sur la côte provençale. Angie, IVG et Lola doivent couvrir le tournage d’un film dont le décor est aimablement prêté par Viviane Bittencourt. Une villa très cossue, une piscine propice pour faciliter les ébats des naïades slaves et autres avantages non négligeables. Douglas Pean est aux manettes des caméras et outre ses cameramen, déambulent dans le décor producteur, fournisseur de poupées russes, gardes du corps et Œdipe, un chien.

Le sexe c’est bien, mais lorsque le mélange drogue et alcool s’invite dans les ébats de tout ce petit monde, cela sent mauvais. Angie tente bien de canaliser IVG, mais lui-même sous l’influence des produits nocifs, tout part en eau de boudin. Et cela finira par l’apocalypse puisque des Gitans, qui veulent venger l’honneur d’une de leur congénère, et des gendarmes lubriques s’invitent dans le casting, même sans rémunération.

Si la première partie est un reportage sur les conditions des sex-reporters et des acteurs de films porno, la seconde partie, la descente sur la Côte, avec par exemple Cannes (et la remise des Hot d’or), Mandelieu-la-Napoule et autres lieux, est une véritable fiction, quoique certains protagonistes, surtout le personnage de Vivianne Bittencourt et de sa fille ne manqueront pas de rappeler quelques célébrités. Evidemment certaines scènes pourront choquer des âmes sensibles ou peu habituées à ce genre de livre ou de film, mais si les auteurs ne font pas forcément dans le débonnaire c’est toujours avec humour. Des situations similaires ont été décrites par ailleurs avec plus de complaisance, plus de réalisme, avec un vocabulaire plus cru. Bref un roman plein d’enseignement qui malgré sa verdeur est plus intéressant que des histoires qui narrent avec force détails des scènes parfois insoutenables de meurtres, de tortures, de sexualité sadomasochiste. Et il ne faut pas oublier que les demandeurs de scènes de sexe se trouvent dans toutes les couches de la société, notables comme prolétaires. Sauf que les premiers étant financièrement aisés peuvent plus facilement assouvir leurs fantasmes.

J’oubliais de signaler que cette histoire se déroule en mai 1998, et que Jean-Pierre Mocky et Abdel Hafed Benotman ont signé respectivement la préface et la postface sans hypocrisie.

Vous pouvez sans complexe diriger le pointeur de votre souris sur le site des Editions Tabou, dont la devise est :  

La « mission » que nous nous sommes donnés :
faire paraître au grand jour des ouvrages sérieux sur des sujets dérangeants, mystérieux
et ainsi assouvir la soif de savoir d’un lectorat chaque jour plus grand.


A lire également les avis de Pierre de Black-Novel et Claude d'Action-Suspense.

 

Ange REBELLI & Jack MAISONNEUVE : Gonzo à gogo. Editions Tabou. 272 pages. 9,10€.

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 14:19

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L’art et la manière, tout se résume en cette expression qui offre un champ de possibilités infinies à Aimé Duçon, plus connu sous le surnom de Tonton.

L’art est représenté par un tableau de Ruffy, peintre hongrois exilé en France au début des années trente, contemporain de Buffet et autres peinturlureurs colorés au talent intimiste, voire anecdotique. Pour Bruno, l’un des comparses de Tonton, c’est du n’importe quoi, mais comme chacun sait, les égouts et les odeurs, ça ne se discute pas. Et la valeur pécuniaire d’un tableau ne se juge pas à ce qu’il représente ni à au talent de son auteur. Ce tableau est convoité par un richissime collectionneur et cela suffit. Or il existe deux exemplaires de cette œuvre, fait rarissime, et le premier n’étant pas le bon d’après Chicaude, l’homme qui désire ardemment s’approprier la toile, le second qui pourrait n’être qu’une copie du premier, ou inversement, se trouve accroché chez une famille nobiliaire de Touraine. J’ai omis de vous préciser que cette huile est connue sous le titre de La Dame aux Godasses. Tout un programme.

La manière, c’est Tonton qui l’a cogitée, mais pour cela il a besoin de Gérard, un ineffable obtus du bulbe, et d’une de ses vieilles amies qu’il n’a pas vue depuis des lustres. C’est ainsi qu’il se rend en compagnie de Gérard, qui n’y comprend rien mais on ne lui demande pas d’interpréter les résultats des cogitations des petites cellules grises qui travaillent à plein régime dans le cerveau de Tonton, chez la Baronne Donatienne de Gayrlasse, qui possède une immense demeure en plein Paris. Qui possédait, car cette dernière descendante d’une longue litanie de nobles remontant en des temps fort reculés où l’on se battait encore à main nue et à pied, le cheval n’ayant pas encore été inventé car cette gente dame a été obligée de vendre sa résidence à un émir. L’entretien coûte cher et elle n’a plus que la jouissance de chambres de bonne, ce qui lui suffit largement pour vivoter et se payer le vin blanc sec qu’elle déguste dans des bols et le tabac pour ses cigarettes qu’elle se roule sur la cuisse. Et Tonton pensait naïvement que cette Donatienne allait pouvoir transformer Gérard en prince charmant et lui inculquer les bonnes manières. C’en est trop pour Gérard qui est nature comme l’on dit des niais indécrottables. Les séances de rattrapage ne sont même pas envisageables. Toutefois une autre solution se profile aux yeux ébaubis de Donatienne et de Tonton. En effet l’indécrottable Gérard, s’il ne peut acquérir les bonnes manières, est le sosie parfait du Vicomte George De La Taille.

George doit convoler prochainement avec Benoite, fille du vicomte de Rompay-Layran et une répétition du mariage va avoir lieu au Château Froy de Crin, à Echauday, Touraine, précisément là où trône le fameux tableau qui sous ses airs de barbouillage vaut une fortune. Mariage contre nature, pourtant les deux fiancés proviennent de familles de haute lignée, mais George possède des attirances sexuelles qui théoriquement ne permettent pas à ses partenaires de procréer un jour.

Je clos ici mon petit résumé qui n’est qu’une entame dans les moult tribulations qui ponctueront le parcours aventureux de Tonton, Gérard et leurs acolytes, Pierre, Bruno et Mamour qui, même s’il est aveugle, est le plus clairvoyant de tous.

Une cascade de péripéties en tous genres attendent le lecteur qui halète de plaisir comme un chien devant le nonos qui lui est promis et qui sait qu’il pourra le déguster avec un contentement non dissimulé lorsque son maître aura fini de jouer avec ses nerfs. Pas de temps morts dans cette histoire un peu farfelue, loufoque, baroque, et quelques rebondissements s’interposent en montagnes russes jusqu’à l’épilogue surprenant mais fort bien venu.

Un ouvrage qui engendre la bonne humeur et devrait être remboursé par la sécurité sociale en lieu et place des anxiolytiques, antidépresseurs et autres panacées supposées remettre le cerveau en place mais qui provoquent parfois des dommages stomacaux.

A lire du même auteur : Le pire du milieu et La femme à la mort.

Samuel SUTRA : Les Particules et les menteurs (Tonton, l’art et la manière). Editions Terriciaë. 152 pages. 12€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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