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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 10:17

Une croisière vous tente ? Embarquez avec vos gilets de sauvetage !


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L’adage qui veut que Tel père tel fils, pourrait être détourné de cette manière Telle grand-mère, telle petite fille. Le seul bémol réside en ce que Shelby ne veut pas croire que sa fille Chloé boit, enfin buvait, comme sa mère à elle. Mais si je commençais par le début.

Shelby a eu Chloé très jeune ce qui ne l’a pas empêchée de l’élever dans la dignité. Chloé s’est mariée avec Rob lequel avait divorcé de Lianna et, de son précédent mariage, était née une fille, Molly. Chloé et Rob ont eux-mêmes un garçon de quatre ans, Jeremy. Shelby a décidé d’offrir aux époux une croisière d’une semaine dans les Caraïbes, leur proposant de garder leur fils pendant leur absence. Elle est réveillée un matin par un appel téléphonique de Rob qui lui apprend que Chloé a disparu. Introuvable sur le navire malgré les recherches effectuées. Seule l’hypothèse de la noyade est retenue, un accident provoqué par la propension de Chloé d’ingurgiter au bar de nombreux verres d’alcool. Hypothèse non retenue par Shelby qui ne veut pas croire ce qu’on lui annonce.

Elle se rend sur l’île de Saint-Thomas, une des composantes des îles Vierges, et bientôt elle doit se rendre à l’évidence. Les vidéos enregistrées à bord sont criantes de vérités. Elle peut voir Chloé enfiler verre sur verre, tituber à une table de jeu, être raccompagnée jusqu’à sa chambre par un couple. Après comme l’intimité des passagers est protégée, il n’existe plus d’images. Chloé a bel et bien bu le bouillon.

Shelby revient à Philadelphie désemparée, d’autant que Rob persiste dans ses affirmations. Chloé buvait, et elle s’était même inscrite aux Alcooliques Anonymes. Shelby entame alors ses propres recherches, délaissant son travail, confiant Jeremy à Lianna la précédente femme de Rob qui s’est remariée avec un neurologue. Sa sœur Talia ne lui est d’aucune utilité, trop occupée à soigner leur mère qui se noie dans la vodka, et d’un caractère égocentriste. Pourtant peu à peu Shelby, pugnace, remonte une piste, même si des barrières s’élèvent devant elle. Le responsable des Alcooliques Anonymes se retranche justement derrière l’anonymat, mais Shelby ne veut pas abandonner ce qu’elle considère comme sa mission prioritaire.

Si elle cède parfois au découragement, elle remonte rapidement la pente. Elle se retrouve au centre d’une sorte de toile d’araignée dont chaque point de jonction serait représenté par l’un des coupables possibles. Car tous les personnages sont plus ou moins en relation, parfois sans le savoir eux-mêmes. Un tout petit indice allié à une prescience et une déduction dans le schéma du scénario lui permet de focaliser ses suspicions sur un individu mais celui-ci fuit ses responsabilités en se suicidant. Et Shelby risque peut-être sa vie à vouloir à tout prix dénicher le criminel.

Patricia MacDonald réalise avec Une nuit, sur la mer un scénario implacable admirablement maîtrisé même si au départ on pourrait croire à une histoire formatée à l’américaine. Le personnage de Shelby, sa pugnacité, sa combativité, son refus d’accepter la déchéance larvée de sa fille, ses appréhensions envers les différents protagonistes qu’elle va être à même de côtoyer lors de son enquête incitent le lecteur à entrer en empathie avec elle. Les sentiments ressentis par Shelby sont analysés avec finesse, sans pathos, montrant une femme énergique qui passe par des moments de faiblesse tout en sachant toujours rebondir alors qu’elle pourrait être amenée à baisser les bras.

Patricia MacDonald met également l’accent sur de petits travers américains comme leur disposition à régler leurs problèmes au tribunal. Son patron « lui avait dit un jour que c’était au tribunal que les Américains pleuraient leur morts ». Elle donne aussi un petit coup de griffe au système de protection sociale, système que devait révolutionner Obama mais qui semble actuellement mis en veilleuse. « Mais un toubib qui soigne ses patients gratis… C’est un gauchiste, ma parole » rétorque par provocation un des protagonistes. Quant à l’épilogue proposé, il n’est pas tiré par les cheveux quoi que l’on ait pu penser au départ.

Patricia MACDONALD : Une nuit, sur la mer. Le Livre de Poche Thriller N° 32687. Traduction de Nicole Hibert. (Réédition de chez Albin Michel). 384 pages. 7,60€.

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 12:08

Peut-être est-ce celle qui est près de chez vous !

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Comme à leur habitude, Jason Jones est parti travailler le soir, il est journaliste, et sa femme Sandra s’occupe de sa gamine, Ree, la faire manger, prendre sa douche et la coucher tout en lui racontant deux histoires, puis corriger les copies de ses élèves, elle est institutrice. Une soirée banale en perspective, les fenêtres bien closes, les portes blindées verrouillées, et le chat M. Smith qui dort aux pieds de Ree, dans une banlieue chic de Boston, dans une maison huppée.

Le lendemain, Jason prévient la police. Sa femme a disparu. D’après les premières constations, Sandra n’est pas la seule à ne plus se trouver à la maison. M. Smith n’est pas là non plus ainsi qu’un édredon, une chemise de nuit, tandis qu’une lampe de chevet est brisée. Ree, elle, dort comme une bienheureuse. Le commandant D.D. Warren, qui rêvait d’un buffet garni et tenaillée par un manque de relations sexuelles, est chargée de superviser l’enquête, en compagnie de son adjoint Miller. Leurs premières impressions ne sont pas favorables à Jason, qui semble détaché, ne se posant pas de questions quant à la disparition de sa femme, ne se préoccupant que de sa gamine. D’ailleurs il n’a prévenu la police que trois heures après être rentré de sa nuit de travail. Bien sur il a été vu par des témoins dignes de foi, par exemple des pompiers sur les lieux d’un incendie, mais cela ne veut pas dire qu’il soit resté tout le temps de l’intervention sur place. Bref un alibi tiré par les cheveux.

D.D. Warren ne peut mener son enquête comme elle le souhaiterait car la juge estime qu’une disparition de dix heures n’est pas probante pour déclencher la machine judiciaire. Par exemple elle aurait aimé pouvoir vérifier le contenu de son ordinateur, mais Jason avait prévu cette envie et il emmène la tour dans les locaux de son journal afin de bidouiller le disque dur. Si Warren déplore le manque d’enthousiasme de la part de Jason, sentant qu’il existe une faille entre lui et sa femme, une autre information vient noircir le tableau. Les salaires de Jason et de Sandy sont confortables mais n’expliquent pas les quatre millions de dollars dont ils disposent, en argent placé, et la valeur immobilière de leur villa.

Cinq maisons plus loin, un jeune homme de vingt-trois ans, qui travaille dans un garage, est fiché pour avoir eu des relations sexuelles avec une mineure de quatorze ans. Il a effectué deux ans de prison mais est toujours astreint à une surveillance probatoire, et doit assister à des stages en compagnie de quelques autres « pervers » qui ont purgé leur peine mais sont toujours sous contrôle.

Le lecteur possède plus de chance que le commandant D.D. Warren et son adjoint Miller, car outre l’enquête menée par les policiers, il a droit à des informations supplémentaires. Les révélations de Sandra qui s’intercalent dans le récit et qui révèlent peu à peu la personnalité de la jeune femme de vingt trois ans, de ses relations familiales, parentales ou maritales, des faits et gestes de Jason, ainsi que ceux de Aidan, le jeune homme fiché qui vient narguer Jason, puis peu à peu d’autres protagonistes font leur intrusion. Mais ces révélations ne sont distillées qu’au compte-gouttes par Lisa Gardner qui démontre un savoir-faire machiavélique. Une ambiance lourde règne de ce roman qui joue avec les nerfs. Et comme souvent la vérité se niche au fond du puits du passé.

Convergent ou Divergent ? Lisez l'avis de Claude Le Nocher sur Action Suspense.

Lisa GARDNER : La maison d’à côté. (The Neighbor – 2009) ; traduction de Cécile Deniard. Le Livre de Poche Thriller N° 32688. (Réédition des éditions Albin Michel). 528 pages. 7,60€.

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 05:35

On a toujours besoin d'un plus petit que soi !

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Enfin, Wiggins est investi d’une mission ! Depuis le temps qu’il attendait ça, qu’il croyait que son ami Sherlock le boudait, le détective se manifeste et lui demande de le remplacer dans une tâche à priori délicate mais enthousiasmante, car une autre obligation requiert ses cellules grises.

En réalité Wiggins va faire d’une pierre deux coups. Louis, son copain Louis, un vendeur d’oignons qui a quitté sa Bretagne natale pour quelques mois, lui a proposé de venir avec lui découvrir les lieux de son enfance. Wiggins est alléché par cette offre. Seulement au cours d’une algarade avec une autre bande d’enfants des rues, il se fait faucher l’argent qu’il avait mis de côté pour se payer le trajet. Et s’il veut accompagner Louis il va lui falloir se débrouiller pour rentrer dans ses fonds.

Alors que son esprit est en pleine ébullition, malmené par ses tracas d’argent, Wiggins reçoit la visite de Sherlock Holmes. Celui-ci lui confie la mission suivante : quelques jours auparavant un dangereux criminel s’est évadé de la prison de Dartmoor, et il se serait réfugié chez sa grand-mère maternelle à Roscoff. Du moins c’est ce que Sherlock affirme selon des sources qu’il ne précise pas. La mission de Wiggins, s’il l’accepte, est donc de retrouver cette aïeule dont le détective ignore le nom.

Le voyage est donc envisagé mais avant de prendre le bateau à Plymouth, Wiggins doit prendre le train, et il est quelque peu apeuré à l’idée de voyager à bord d’une machine diabolique qui crache des nuages de fumée noire. Il arrive à bon port (c’est le cas de le dire) et embarque en compagnie des Johnnies, ne quittant pas Louis d’une semelle. Alors que les deux amis partent à la recherche de nourriture dans les entrailles du navire, une ombre souffle dans l’oreille de Wiggins : Si tu tiens à la vie, ne va surtout pas en France. De plus en arpentant le pont, alors qu’il a découvert dans son paquetage un petit mot l’enjoignant à se trouver à minuit à la proue, Wiggins remarque un drôle de personnage qui semble s’intéresser à lui. Ce qui n’est pas pour le rassurer.

Arrivé à Roscoff, il se confie à Louis qui lui avoue avoir remarqué cet inconnu parlant à un douanier. L’homme, qui aurait un œil de verre, se renseignait afin de savoir où se trouvait le guichet de vente des billets, étant obligé de repartir immédiatement. Bizarre ! D’autant qu’en lisant un journal récupéré sur le bateau, Wiggins apprend que Sherlock Holmes a arrêté un certain Western, l’homme qu’il devait rechercher. En apprenant cette nouvelle Wiggins est furieux. Sherlock s’est totalement moqué de lui.

Des questions toutefois restent en suspens et turlupinent Wiggins. D’abord qui est ce fameux inconnu à l’œil de verre ? Pourquoi repart-il précipitamment ? Pourquoi Sherlock l’a-t-il envoyé en mission en Bretagne sous un prétexte fallacieux ? Franchement cela dépasse l’entendement.

Les intrigues concoctées par Béatrice Nicodème avec Wiggins pour héros, sont de plus en plus complexes et consitantes au fur et à mesure des aventures trépidantes qu’elle prête à son jeune héros. Sherlock Holmes est toujours présent, même si parfois ce n’est qu’en filigrane, et il se montre souvent diabolique afin de mener à bien ses propres enquêtes, qu’elles soient liées de loin ou de près à celles qu’il confie à Wiggins. Et les lecteurs adultes, s’ils apprécient les histoires du locataire de Baker Street, ne seront pas déçus par ces romans destinés théoriquement aux enfants.

A lire également les autres aventures de Wiggins :

Wiggins et le perroquet muet.

Wiggins et la ligne chocolat.

Wiggins chez les Johnnies.

Béatrice NICODEME : Wiggins et les plans de l’ingénieur. Souris Noire, éditions Syros. 128 pages. 6€. Pour 10 ans et plus.

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 12:49
Un petit message de Jean Pierre Andrevon qui depuis des décennies nous régale avec ses romans, polar, science-fiction et fantastique. Une nouvelle voie (voix ?) s'ouvre devant lui et à l'intérieur de nos oreilles. Ne boudons pas notre plaisir !
andrevon
Eh bien oui, ça y est, le troisième CD de mes chansons est sorti des presses à main. 17 titres, harmonisés et accompagnés par l'indispensable Bruno Pochesci, dit Sirieix, sans lequel je ne serais rien.
Une bonne nouvelle: malgré l'inflation du coût de la vie, le prix reste inchangé: 12 € l'exemplaire, port compris qui plus est.
Avec une offre promotionnelle inédite : mes 3 CD, pour qui n'aurait pas l'intégrale de l'œuvre chantée pour la somme de 25 €.
Donc toute commande à l'artiste, dont le premier concert aura lieu le samedi 13 octobre à Ambierle (près de Roanne), à l'occasion du salon du livre organisé par l'ami Jo Taboulet.

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Et pour écouter quelques morceaux:

https://www.facebook.com/events/412392875488385/?context=create

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Published by Oncle Paul - dans Infos
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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 07:09

Et si c'était l'avenir ?


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Leur partie de pêche n’ayant rencontré qu’un maigre succès, Alain, le narrateur et son ami Lionel décident de plier bagages et de rentrer. Les petites routes qu’ils empruntent son désespérément vides mais lorsqu’ils parviennent aux alentours de Lyon, un spectacle de désolation se présente à eux. Des voitures, des camions sont encastrés les uns dans les autres, comme si un immense carambolage s’était produit. Mais aucun être humain à l’horizon, vivant ou mort, n’apparaît dans le décor. Arrivés chez eux ils échangent leur voiture pour des motos.

A Lyon ils recueillent deux jeunes femmes, Sandrine et Jocelyne, qui sont poursuivies par des militaires. Parfois des meutes de chiens, agressifs et vindicatifs, les poursuivent, auxquels ils échappent non sans mal. Ils se réfugient sur une île, au sud de Chalon, s’approvisionnant dans des magasins déserts, se servant en carburant au petit bonheur la chance et s’équipant de fusils et de munitions. Pendant qu’Alain dévalise un magasin de sport deux militaires en patrouille s’emparent de sa moto et il est obligé de rentrer à pied. Non sans avoir obtenu de précieuses informations sur l’emplacement du camp de la soldatesque : au Haut-Folin, en un endroit surnommé le Pylône, près d’un étang.

Un détail s’impose à l’esprit d’Alain : au moment de l'incident qui est survenu faisant disparaître comme par enchantement les humains, ils étaient tous quatre près d’un point d’eau. Lionel emprunte deux motos et vogue la galère. Une nouvelle meute de chiens les pourchasse et Alain est mordu assez gravement au mollet. Tandis que Lionel et Sandrine continuent leur route, Jocelyne le soigne et ils retournent sur leur île. Une terrible explosion se produit et une pluie de cendre recouvre les environs. Ils repartent à la recherche de Lionel avec qui ils communiquent par talkies-walkies.

A bord d’un 4X4 ils se dirigent dans le Morvan sachant leur ami et Sandrine réfugiés dans une grotte près d’un lac. Ils se font agresser par trois individus qui s’emparent de leur véhicule. Il ne leur reste plus qu’à retrouver Lionel et Sandrine à pied. La jonction effectuée Lionel leur raconte qu’ils ont rencontré un vieil homme, le professeur Bernard, qui s’était enfui du camp de prisonniers. Le savant leur a expliqué qu’une équipe de chercheurs avait mis au point, à la demande des armées d’une dizaine de nations parmi les plus riches, un “ système capable d’émettre une série d’ondes basées sur la combinaison des ondes cérébrales associées à une partie du spectre du rayonnement solaire… Toutes formes de vie dont le Q.I. supérieur à un seuil prédéfini et réglable se volatilisaient ”. Bref pratiquement l’effacement de toute vie humaine, à part dans quelques îlots protégés par des nappes d’eau. Ils quittent leur refuge et traversent la France s’installant sur l’île d’Yeu. Mais les soucis sont toujours présents, les militaires, les chiens enragés et les rats pouvant à tout moment envahir le havre de paix qu’ils se sont confectionnés à force de persévérance.

Comme nos grands anciens qui œuvraient plus dans la fiction que dans la science proprement dite, tel Paul d’Ivoi et quelques autres, Alain Blondelon écrit un roman d’aventures, une sorte de road-movie, avec pour personnages de nouveaux Robinson des temps modernes. Au contraire de leur illustre aïeul tout ou presque se trouve à portée de main, encore faut-il pouvoir s’en emparer et savoir s’en servir. Jeune adolescent, j’aurais adoré ce livre, adulte vieillissant, j’ai aimé, comme quoi en prenant de l’âge, on retrouve son âme d’enfant tout en devenant plus exigeant. Tout n’est pas parfait, loin de là, il existe des imperfections pardonnables pour un premier roman. Mais Alain Blondelon devra gommer ces quelques défauts, dont l’épilogue convenu qui utilise un poncif maintes fois rabâché malgré une fin ouverte, dans ses prochains romans et s’il le fait, alors il pourra se révéler comme un grand.

Alain BLONDELON: Onde de choc. Collection Rivière Blanche N°2054. Editions Black Coat Press. 184 pages. 16€.

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 13:45

Il est plus dangereux de s’approcher de canidés vivants et hargneux que de caresser des chiens morts !

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Son ami Julien n’a pas que de mauvaises idées, comme celle de jouer à la belote boxée et de s’enivrer. Non parfois, il souffle à Gaétan des petits trucs qui peuvent l’aider à sortir de la panade. Car Gaétan a besoin d’argent (comme tout le monde me direz-vous) afin de s’installer et trouver du travail qui rapporte.

Eric Labalait (un nom qui suscite les sarcasmes), policier attaché au commissariat de Saint-Gaudens, lui aussi a besoin d’argent pour des raisons familiales. Alors il extorque des taxes auprès de clients de prostituées, leur démontrant qu’il vaut mieux s’acquitter d’une petite somme de 100 euros cash et en liquide, au lieu des 3750 qu’ils encourent et les deux mois de prison s’il leur met un P.V., et se paye en nature auprès des racoleuses. Avec deux de ses collègues il traque aussi des détrousseurs de mobiliers qui s’introduisent illégalement dans les maisons sans l’aval des propriétaires et s’emparent des meubles pour des reventes auprès de brocanteurs, antiquaires et collectionneurs peu scrupuleux.

Gaétan, suite à une indiscrétion de Julien qui a été hébergé pour des travaux chez une dame le plus souvent seule, son mari effectuant de nombreux déplacements, s’introduit chez cette dame en l’absence de celle-ci et s’empare d’une liasse de billets qu’elle cache dans un pot dissimulé derrière un lavabo. Seulement son chapardage, réalisé dans une propriété gardée par des molosses, se clôt par des morsures, ce qui l’handicape sérieusement.

Alerté Eric se rend sur les lieux du vol et reconnait en la femme spoliée Fiona, son amour de jeunesse, pianiste et quasi aveugle. Les souvenirs affluent et il aimerait bien renouer, seulement Fiona préfère garder, momentanément, ses distances.

Gaétan pense avoir trouvé un travail de VRP, déniché sur un journal de petites annonces, proposant aux personnes âgées un appareil soi-disant révolutionnaire mais qui est une véritable arnaque.

Entre Gaétan et Eric débute une histoire dans laquelle leur parcours va connaître des entrelacements, notamment chez une vieille dame qui perd quelque peu ses esprits. Elle remet à ses visiteurs des piastres indochinoises datant de la fin des années 40, qui théoriquement sont des porte-bonheur, parlant de lingots, secret qu’il ne faut surtout pas dévoiler. Pas des fayots ou des mogettes, mais des lingots d’or qui dorment depuis des décennies chez elle et que son mari aurait récupérés lors de la débâcle vietnamienne. Et ces lingots attisent naturellement les appétits.

gruissan.jpgSaint-Gaudens, petite ville paisible en apparence, sert de décor à cette histoire qui se déroule également à Gruissan, sur la plage où eut lieu le tournage de 37,2 le matin, un film de Jean-Jacques Beinex d’après le roman de Philippe Djian. Mais le décor ne fait pas tout, Jan Thirion le sait, et ce sont ses personnages qui alimentent l’intérêt du lecteur. Des personnages en marge, malgré que l’un d’eux soit policier, qui pour garnir leur portefeuille, non pas dans gruissan37ok.jpgun goût de lucre mais par nécessité, se montrent minables et attendrissants à la fois, naïfs aussi, malléables, sur lesquels il est difficile de jeter la pierre (ou les lingots) et qui se retrouvent de l’autre côté de la barrière par moment d’inattention, d’inadvertance, sans vraiment réaliser (quoi que) qu’ils deviennent des marginaux.

Le sous-titre de ce roman, s’il n’avait déjà été emprunté par Jean-François Vilar pour son roman éponyme publié au Seuil d’après une citation de Natalia Ivanovna Sedova, la seconde épouse de Trotsky, aurait pu être : Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués.


De Jan Thirion à retrouver mes chroniques concernant : Sex toy made in China, Incossolables sorcières, Nuoc mâm Baby et Du côté des Abattoirs.


Jan THIRION : Caresser les chiens morts. Zone d’ombres N° 5. Editions Lokomodo/Asgard.260 pages. 7,50€. Réédition de Rose blême paru chez Krakoen en 2007 dans une version épaissie.

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 13:34

Des Petits Noirs bio et équitables, non décaféinés.

 

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Difficile de déterminer dans cette livraison quel en est le meilleur texte alors que l’inspiration diffère selon les goûts et les aspirations des auteurs.

 

Le premier à ouvrir le service est dû à la plume de Jean-Marc Demetz et s’intitule Boarding.

noir1.jpgCathy, dont le narrateur se souvient avec émotion surtout de son « petit castor fendu », Cathy est morte, assassinée avec acharnement. L’identité de l’assassin, le narrateur la connait, un certain Philippe Dupont, né en 1960. Alors il recense les Dupont qui vivent dans l’île et s’y rend régulièrement tous les ans, à la même date. La vengeance est chevillée au corps et dans sa mémoire. Seulement s’attaque-t-il au bon « candidat » ?

Jean-Marc Demetz interpelle le lecteur dès la première ligne : Tu es un futur ex-serial killer. Lequel lecteur se laisse prendre par la main en toute confiance, sauf que Jean-Marc Demetz l’emmène vers un dénouement à double détente.

 

Hervé Sard, dont on a pu apprécier dernièrement le magnifique Crépuscule des Gueux chez le même éditeur, revient avec une nouvelle que l’on pourrait le saluer en disant Chapeau, qui d’ailleurs est le titre de ce petit opuscule.

Il avait été surnommé Chapeau car il gardait toujours son galure sur la tête noir2.jpglorsqu’il venait déguster son ballon de blanc au café le P’tit tonneau. Midi et soir sauf le dimanche, jour de fermeture. C’était pas un causant Chapeau, presqu’un mutique, hors le vendredi soir où il restait plus tard, se laissant aller, racontant des histoires aux autres clients qui s’en amusaient bien. Surtout l’histoire de Mistinguett ! Tout le monde connait Chapeau, mais personne le connait vraiment, Ce qu’il fait, d’où il vient, où il va. D’ailleurs Chapeau est parti un jour, sans crier gare…

Hervé Sard aime narrer les histoires des petites gens, de ceux qui sont plombés par l’infortune, mais surtout il sait nous les faire aimer, ces déshérités que l’on rencontre dans la rue et qu’on regarde d’un œil différent lorsqu’on en voit sur le trottoir, ou accroché au comptoir. Car derrière ces « épaves », il y a surtout des êtres humains qui ont souffert, et les braves gens qui pontifient en disant c’est pas pour ça qu’il faut boire, je me demande bien comment ils feraient s’il leur arrivait la même chose.

 

Si je vous dis Lucille, comme le titre de la nouvelle de Franck Membribe, cela vous fera penser à une célèbre chanson de la fin des années cinquante interprétée par Little Richard, à moins que ce soit un blues de Michel Jonasz, c’est selon l’âge.

noir3.jpgLucille c’est aussi le prénom de la nouvelle déléguée à la culture chargée de coordonner un grand concours de photos organisé par la mairie de Perpignan. Le narrateur, médecin conseil de l’Assurance Maladie, détaché auprès de la caisse primaire des Pyrénées Orientales pour lutter contre la fraude, partage ses passions entre le violoncelle (vieux phantasme de mélomane car l’instrument rappelle le corps d’une femme ?), les voyages et la photo. Comme il a obtenu quelques prix et publié un album, le début de la notoriété, on l’a contacté pour présider le jury. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Lucille, qu’il tombe sous son charme et selon son œil de photographe exercé, il déduit que lui non plus ne lui est pas indifférent. Seulement le jour de l’inauguration, Lucille lui bat froid. Et comme il ne comprend pas pourquoi, notre amoureux se permet une indélicatesse : surveiller son domicile. Et ce n’est pas un jeu !

 

Ligne 13, d’Antoine Blocier, les Parisiens habitués à utiliser le métro connaissent. La ligne Nord Sud, dans un sens, et inversement dans l’autre. Ligne 13, treize commenoir4.jpg ce vendredi 13 qui, selon les augures de la publicité vantent la somme astronomique que les gogos peuvent éventuellement gagner en jouant à l’Euromillion. Alors Céline, trente et un ans, a décidé de mettre tous les atouts de son côté pour gagner la somme fabuleuse de treize fois treize millions. A l’autre bout de la ligne, Toussaint, un Antillais qui déteste son prénom, prend le métro après une nuit de labeur. Il est tout le contraire de Cécile. Pour lui, un vendredi 13, c’est signe de malheur. Alors, quel sort sera réservé à nos deux protagonistes ?

Antoine Blocier nous délivre la solution avec ironie, et nous rappelle que les horoscopes aux phrases sibyllines publiés dans les magazines peuvent être interprétés de façon différente selon l’humeur de celui qui croit. Antoine Blocier est aussi l’auteur, entre autres, de Désordre du Temple chez le même éditeur.

 

Encubé de Frédéric Prilleux, par ailleurs bibliothécaire, grand amateur de Bandes Dessinées, passion qu’il fait partager sur son blog  Bédépolar, et écrivain à ses heures avec Michel Pelé (Voir La parabole de la soucoupe) nous offre une nouvelle au titre énigmatique.

noir5.jpgLomax est un collectionneur avisé, mais surtout il est numéro trois du cartonnage industriel, numéro deux mondial de la lame de rasoir, plus quelques autres titres qui gonflent sa carte de visite sur laquelle n’est pas inscrite, mais qui pourrait l’être, toutefois la mention truand. Un coursier lui livre un imposant colis avec une petite carte signée Marcel-André Saint Hubert ainsi qu’un petit mot de l’auteur, mot qui attise la colère de Lomax. Le carton contient un cube de plastique transparent reposant sur un socle doté d’un petit bouton de mise en marche. Comme dans les boites à musique, les objets contenus dans ce cube se mettent à s’animer.

Parallèlement, à Lamballe, une exposition doit être consacrée à MasH, un artiste enfant du pays spécialiste du cube, au grand dam d’un président d’association d’artistes car les tableaux de Mathurin Méheux ont pour l’occasion été relégués au placard.

Fred Prilleux s’inspire probablement de l’arroseur arrosé, je n’en dis pas plus, mais sa nouvelle est un petit chef d’œuvre d’humour noir en condensé.

 

Maintenant il ne vous reste plus qu’à déguster ces cinq petits noirs, au goût plus ou moins corsé, mais revigorants.

Vous pouvez également visionner la présentation chez Monsieur Krakoen.

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 15:15

En attendant le prochain Antoine Blocier, à paraître incessamment sous peu...

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Le mystère des Templiers, et surtout de leur trésor amassé au cours des décennies et des croisades et perdu quelque part, nourrit l’imaginaire de biens des romanciers et fascinent les lecteurs. A intervalles irréguliers, des magazines et des revues historiques s’intéressent à ce qui pourrait être apparenté à un marronnier médiatique ou, le plus souvent, à de nouvelles révélations dues à des chercheurs opiniâtres, et nous replongent dans cette aventure qui s’acheva avec la mort sur le bûcher du Grand Maître Jacques de Molay. Des jeux-vidéos s’intéressent à ces personnages de moines-soldats (Assassin creed par exemple) mais également des jeux de rôle.

Ainsi Gilles, jeune DJ, effectue un remplacement au pied levé lors d’une soirée organisée près des ruines d’un château médiéval. Il doit ce petit travail de machiniste grâce à un ami, Dominique de Saint-Claude, rencontré par hasard quelques semaines auparavant. Leurs atomes crochus les ont transportés dans le même lit. Bref, tic langagier de Gilles, Gilles, tout en étant aux commandes des décors, découvre ce spectacle haut en couleurs et apprécie la mise en scène particulièrement réussie, parfois un peu violente, mais faut ce qu’il faut afin de satisfaire les goûts des participants et justifier leurs dépenses. Jusqu’à la décollation de la tête d’un jeune figurant sur le billot. Effet garanti !

Le lendemain matin Chloé, sa charmante voisine, vient le réveiller afin de partager le café et non le lit ce qu’elle déplore un peu. Il lui narre sa soirée encore extasié par ce qu’il a vu mais elle refroidi rapidement son enthousiasme. Elle a appris aux informations que Jehan, le figurant, a bien été décapité et que ce qu’il avait vu n’était pas un trucage. Jehan de son vrai nom Jean Horvath, d’origine hongroise, était un militant de l’église fondamentaliste Saint-Nicolas du Chardonnet et le webmestre du site Ordre-du-temple.com. De plus une enveloppe kraft a été retrouvée chez lui, un papier sur lequel ont été rédigés ces mots : 417 : La principale pénalité est de perdre la maison pour toujours. L’on peut et l’on doit l’infliger à tout frère pour neuf choses. La première est la simonie…

Ils n’ont pas le temps de gloser sur cette information macabre car Chloe doit se rendre en province en compagnie de Gérard, archiviste à la Bibliothèque Nationale, afin de recueillir le témoignage d’un survivant de l’Occupation car elle rédige une thèse sur cette période. En chemin, aller et retour, Gérard lui fait réviser ses connaissances historiques sur l’Ordre du Temple, ce qui permet au lecteur d’approfondir les siennes par la même occasion. Lorsqu’ils reviennent au bercail c’est pour retrouver Gilles allongé de tout son long chez lui. Il a été estourbi mais par bonheur il est vivant, récoltant au passage une énorme bosse, souvenir de son visiteur impromptu. Près de lui une enveloppe kraft et un papier sur lequel est rédigé : 417 : La principale pénalité est de perdre la maison pour toujours. L’on peut et l’on doit l’infliger à tout frère pour neuf choses. La seconde est quand un homme dévoile le secret d’un chapitre à un homme…

Afin de meubler son temps et désireux de s’informer, il avait tenté de joindre Dominique de Saint-Claude. Inconnu au bataillon. Puis il s’était rendu sur des sites consacrés aux Templiers dont un assez suggestif : Gay Templier. Et c’est ainsi qu’il a correspondu, chatter, avec un nommé Dinan qu’il soupçonne d’être l’auteur de son agression. Mais la série continu, et un nouveau cadavre est découvert aux Archives. Un ancien collègue de Gérard, un médiéviste, s’est pendu. Suicide à première vue, sauf que près du corps une enveloppe a été déposée, avec le même texte à la différence près que cette fois, la cause en serait un larcin. Effectivement et après vérification il manquerait le volume des Centuries de Nostradamus. Selon des historiens, dont un Belge, ces Centuries ne seraient qu’un plagiat éhonté de Nostradamus. Un ancien parchemin écrit par un érudit et qu’il aurait arrangé à sa sauce.

Au départ Gérard et Chloé voulaient tout confier aux policiers, mais cette énigme les intéresse trop et ils décident d’enquêter pour leur propre compte. Et c’est ainsi que Gilles et Gérard se rendent dans un boite gay ce qui va permettre au vieil archiviste d’approfondir ses connaissances, de loin, sur les mœurs des homosexuels, lui qui est plutôt adepte du sado maso.

Les lecteurs qui ont lu avec plaisir les quelques livres de la collection pol’archives dirigée par Gérard Streiff aux éditions du Passage, dont celui-ci, retrouverons avec plaisir Chloé qui écrit des piges pour la revue historique Prométhée. Une plongée intéressante dans l’histoire et ses soubresauts, ses mystères et ses énigmes. Fallait-il établir une version corrigée et actualisée de ce roman ? A première vue non, car il existe de petites anomalies qui risquent d’induire en erreur les historiens qui se plongeront dans cet ouvrage dans quelques décennies.

En effet, l’histoire se déroule alors que sévit sur la France la canicule et que les intermittents du spectacle manifestent contre des propositions gouvernementales et que Nicolas Sarkosy est président. Chacun sait que les deux premiers événements se sont déroulés en 2003. A moins que, subtilement, l’auteur ait voulu nous proposer deux paraboles. La première, concernant la canicule : à force de souffler sur les braises notre président pourrait déclencher une canicule politique et à alors gare à l’incendie populaire. Ensuite, la seconde, relative aux intermittents du spectacle : aujourd’hui nous serions plus enclin à évoquer les intermittents du travail, qu’il s’agisse des ouvriers ou des retraités appelés souvent en renfort alors que les chômeurs font florès.


Antoine BLOCIER : Désordre du Temple. Collection Forcément Noir. Editions Krakoen 2011. (Version revue, corrigée et actualisée de Templier.com paru aux éditions Le Passage en 2004). 220 pages. 10€.

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 12:44

Un libraire enquêteur qui n'aura connu, malheureusement que dix aventures !

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Pierre de Gondol, le libraire érudit, est plongé dans une caisse de bouquins qu’il vient de recevoir et retrouve avec plaisir de vieux Bob Morane, Jean Ray et autres prestigieux romans populaires des anciennes éditions Marabout.

Un individu qui ressemble plus à un rocker qu’un à lecteur (quoique ce ne soit point incompatible) nommé Albert Petitjean demande à Gondol d’effectuer une petite enquête sur une étrange disparition. Entre l’épisode publié dans Métal Hurlant et celui qui a fait l’objet d’un album, La comète de Carthage a subi de petites transformations. Toutes petites mais qui intriguent cet amateur éclairé de B.D. et par conséquent Pierre de Gondol toujours à l’affût d’énigmes littéraires.

Par exemple découvrir pourquoi entre la parution en magazine et la réédition en album, dans une case, les images ont été légèrement modifiées. L’homme, un soldat, représenté sur une photographie n’apparaît plus ensuite. Et d’après une lettre de Chaland à son admirateur, l’homme aurait été un mathématicien russe, poète et dont un obscur éditeur lyonnais aurait publié le journal, entrecoupé d’un impressionnant dossier issu des services secrets soviétiques.

Pourquoi les dessins ont ils été modifiés ? Pierre de Gondol peut-il se procurer un exemplaire de cet ouvrage qui lèverait peut-être le voile sur une affaire plus importante ? Tels sont les missions confiées à Pierre de Gondol qui se met immédiatement en chasse.

Yves Chaland fut un dessinateur météore marquant des années 1980 créant des personnages comme le Jeune Albert, Freddy Lombard ou reprenant pour un temps les aventures de Spirou. Et c’est autour de ce personnage que s’articule le roman de Pelé et Prilleux, le meilleur à mon sens de la série Pierre de Gondol, truffé de clins d’œil mais qui à partir d’un petit rien va très loin dans l’exploration de l’œuvre du dessinateur, frisant la S.F. et l’espionnage. Un ouvrage remarquable qui fera découvrir un univers de la Bande Dessinée avec un œil nouveau.

Michel PELE & Frédéric PRILLEUX : La parabole de la soucoupe. Collection Pierre de Gondol N°10. Editions Baleine (2002). 272 pages. 15€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 05:04

Il est libre Max !

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Cinéaste confidentiel dont les quatre films n’ont pas dépassé chacun les cinq cent mille spectateurs, plutôt spécialisé dans les documentaires, Peter Waltman est chargé de réaliser un documentaire pour une chaine de télévision sur la célèbre et jeune violoniste Frederika Murray. Français, né à Berne d’une mère française et d’un père allemand, il a voyagé un peu partout dans le monde mais jamais aux Etats-Unis. Une lacune qui bientôt n’en sera plus une. De plus il doit présenter en ce mois de juillet 2001 son dernier film, qui a obtenu un succès d’estime en Europe, La Cage.

Première étape de ce périple qui en comportera sept, New-York, puis se sera Philadelphie, Washington, San Francisco, Los Angeles, Chicago pour finir à Boston. Il a rendez-vous avec Ron Löwe, un producteur qui doit lui faciliter ses démarches américaines et l’aider à promouvoir son film. La première approche avec Frederika s’effectue au Carnegie Hall où elle donne un concert qui, comme à l’habitude, est ovationné. Quelques sifflets dans la salle fusent bien de ci de là, mais ce n’est pas à cause de sa prestation. Non, simplement une photo la représentant nue, tenant son violon dans ses bras, a fait la une d’un magazine, ce que les puritains n’apprécient pas. Quoiqu’on ne puisse pas dire qu’ils ne se sont pas délectés à regarder le cliché.

La rencontre entre Frederika et Peter est très chaleureuse, pas tant à cause du projet de documentaire, mais parce qu’un courant électrique s’établit entre eux. Peter n’a connu que des déboires avec sa femme Sophie, dont il est séparé, et ne lui reste que sa fille Delphine avec il correspond régulièrement.

Son coéquipier Willy, avec lequel il a réalisé de nombreux tournages, vient d’être assassiné en Bavière. La police allemande, et plus particulièrement le commissaire Straub et sa collègue la commissaire principale aux Services spéciaux à l’Intérieur, Lisa Eckmann, le contactent car cette affaire est plutôt embrouillée et soulève de nombreux points d’interrogation. Willy a été abattu, par un tueur professionnel semble-t-il, alors qu’il était dans son chalet sis en pleine nature, en compagnie de sa maîtresse. Mais le tueur n’a pas essayé de rattraper la jeune femme qui s’est enfuie. Peter se souvient alors d’un autre incident dont il a été victime, quelque temps auparavant. Un homme a tenté de s’introduire dans sa chambre d’hôtel, et les témoignages recueillis suggèrent que ce pourrait être le même individu. Ce pourrait-il que ceci prenne son origine dans les différents tournages réalisés, particulièrement au Moyen-Orient, lorsque Peter et Willy ont interviewé des personnages tels que le Prince Turki, le Commandant Massoud, ou encore Oussama Ben Laden, alors qu’il n’était encore recherché par la CIA ? Des reportages qui ont provoqué des polémiques.

Alors que les policiers allemands effectuent le déplacement afin de le rencontrer, Peter fait la connaissance de Myriam, la sœur aînée de Frederika, qui a connu des soucis dans sa vie familiale. Son enfant est mort en bas âge et son mari a préféré la quitter en se rendant au Mexique. Or dans un bar, il aperçoit un homme photographiant la jeune femme, puis celle-ci remettant une enveloppe contenant apparemment de l’argent à un autre individu. Tout cela n’empêche pas Peter et Frederika de filer le parfait amour entre deux concerts et deux hôtels.

 

Virtuoses, ce sont bien évidemment Frederika Murray, la violoniste douée et exigeante et Peter, le cinéaste qui n’a pas vendu son âme au dieu de la pellicule, mais aussi l’auteur qui par petites touches nous transmet ses sentiments, ses visions, son regard sur l’Amérique et nous entraîne à partager goûts, couleurs, senteurs, sensations. Il décrit le parcours initiatique d’un Européen à la découverte des Etats-Unis, préférant visiter à pied les vieux quartiers des villes où il est amené à se rendre, roman doublé d’une intrigue policière. Et ses réflexions, celles qu’il attribue à Peter, un Européen à la découverte des Etats-Unis ne manquent pas de piquant. La grandeur de l’Amérique, le cinéma, la politique sont traités avec dérision.

Je n’ai vu jusqu’à présent que vos villes. L’Amérique est un beau et grand pays. Grand, je veux dire vaste. Ce qui m’intrigue, c’est que ces millions de kilomètres carrés, votre première richesse, aient si peu d’effet sur les mentalités. Ici, comme ailleurs, c’est le petit qui domine dans les têtes.

 

Un Américain sur trois est trop gros, rappelait-il. C’est pire au cinéma : deux films sur trois sont obèses.

 

On parla cinéma, littérature, politique. Le critique était démocrate dans l’âme, mais votait toujours républicain, non par esprit de contradiction, mais parce que confier les rênes des affaires politiques aux pires individus était une garantie contre la déception ou le découragement.

 

Max Genève se montre un esthète en peinture et musique classique, surtout en musique classique, un goût prononcé, affiché sans forfanterie, sans snobisme que l’on retrouve dans la plupart de ses romans.

Enfin, petit détail qui associe l’auteur au lecteur. L’emploi du On à la place du il dans quelques phrases, ou paragraphes, offre la possibilité au lecteur de participer à certaines scènes, d’être spectateur responsable et de ressentir pleinement les émotions, les sentiments transmis par le héros par auteur interposé. Et sous la sobriété de la couverture se cache un roman d’une force tranquille et foisonnant dont le dénouement est apocalyptique, sans vouloir de ma part jouer dans la démesure.

Voir également ma chronique de Noir Goncourt ainsi qu'un entretien avec Max Genève.

Max GENEVE : Virtuoses. Serge Safran éditeur. 398 pages. 19,50€.

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