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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 10:42

sorgues

Cette manifestation est la plus ancienne concernant la littérature policière en France

Vous pouvez retrouver les chroniques de deux ouvrages de Rober MARTIN : Les ombres du souvenir et Jusqu'à ce que mort s'ensuive.

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Published by Oncle Paul - dans Infos
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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 10:36

mort-s-ensuive.JPGCeux qui connaissent l’œuvre de Roger Martin retrouveront ses préoccupations dans la lutte contre la discrimination, la ségrégation, le fascisme d’hier et d’aujourd’hui, démontrant, même si on le sait déjà, que sous une soit disant démocratie, des pans entiers de l’Histoire sont soigneusement enfouis dans des archives classées secret défense et que les exhumer serait porter atteinte à une image trop belle, trop idyllique. Ceux qui ne l’ont pas encore lu découvriront un humaniste qui s’emploie à révéler des événements pas toujours reluisants de l’histoire des Etats-Unis. Et pourtant comme aime à le marteler un des protagonistes de ce roman les Etats-Unis sont le « pays le plus démocratique au monde ». Un autre balaie d’un revers de manche la question de la ségrégation et du racisme actuellement, arguant que « l’époque des troupes séparées, où les Noirs ne pouvaient être incorporés qu’au sein d’unités non combattantes, où le racisme régnait dans les camps et sur les bases militaires, est définitivement révolu. Aujourd’hui, l’armée américaine est considérée comme le corps d’Etat où l’intégration est la plus réussie. Colin Powell, t’as entendu parler ? ». C’est avouer implicitement que cela existait auparavant ? Implicitement oui, mais du bout des lèvres et ce genre de déclaration n’est pas destiné à tous, sauf pour se glorifier et user de démagogie qui ne convainc pas grand monde.


Douglas Bradley a été élevé dans un cocon entre un père strict et une mère effacée entièrement dévouée aux décisions de son mari. William Bradley est directeur des ventes chez Coca Cola à Atlanta, le site historique de la marque, une sacrée promotion pour un homme d’origine noire. Douglas pourrait creuser son trou s’il le souhaite. D’ailleurs l’été il sert de guide auprès des visiteurs, un pied dans l’entreprise en quelque sorte. Mais il a une autre idée en tête : s’engager dans l’armée de l’air. Il a établi un dossier en béton, études universitaires brillantes et diplômes à l’appui. Seulement ses espérances sont balayées d’un trait de plume lorsqu’il reçoit un courrier annonçant un refus catégorique de la part des instances militaires. Il ne peut intégrer l’élite car son grand-père Robert Bradley a été pendu en terre normande, le 14 août 1944, pour une affaire de viol. Il tombe de haut. Son père l’avait emmené sur une tombe en Floride alors qu’il n’était qu’un gamin, et il se sent trompé, trahi. Un de ses professeurs lui conseille d’effectuer des recherches via un détective. Il tombe des nues. Non seulement son grand-père a bien été pendu, mais sa grand-mère vit toujours près de Tallahassee, et il a une tante, la sœur de son père, une cousine, une belle-sœur dont le mari, Jason son cousin, est décédé dans un engament de l’armée en Irak. Il décide alors de rencontrer cette famille qu’il se découvre et dont son père lui a toujours tu l’existence. Son père, bien installé socialement, est raciste, ne considérant ses frères de couleur que comme des êtres inférieurs. Aussi lorsque Douglas arrive à Havana près de Tallahassee, en Floride, il regarde d’un air supérieur les Noirs, lui qui appartient à une caste supérieure. Mais il va devoir réviser ses jugements. Sa grand-mère est mourante à l’hôpital. Il est reçu à bras ouverts par cette famille pauvre et accueillante. Rosa lui confie des documents importants concernant son grand-père. Des documents qui l’amènent à se poser de nombreuses questions et à effectuer des recherches. Personne ne croit à la thèse officielle du viol. Ses recherches l’entraînent à Pittsburg où il rencontre un ancien aumônier qui lui donne un carnet écrit son grand-père peu avant sa mort par pendaison. Regrettant de ne pas avoir enregistré leur conversation, il retourne le lendemain sur place, mais le vieux curé est décédé. Muni de quelques renseignements, Douglas décide de couper les ponts avec son père, provisoirement pense-t-il, et possédant quelques fonds provenant de ses travaux estivaux, il s’envole pour la France. Le Havre et ses environs, le cimetière américain de Fère en Tardenois dans l’Aisne, puis jusque dans les Ardennes belges. Mais cette remontée du temps est contrôlée par deux hommes attachés à la D.I.A., la Defense Intelligence Agency. Et afin de déterrer la vérité, il lui faudra faire preuve de courage, d’initiatives, d’une certaine dose aussi de naïveté pour contrer les attaques dont il est l’objet et déjouer les poursuites.


Ce roman est aussi une sorte de document sur la déségrégation amorcée, sur la campagne d’Espagne avec les deux divisions américaines non officielles qui comportaient aussi bien Blancs et Noirs côte à côte, sur les agissements de la Croix Rouge refusant les dons du sang des Noirs. C’est un réquisitoire envers l’armée américaine qui justifie le surnom donné en France à l’armée de Grande Muette, dénonçant le combat récurrent contre les communistes ou supposés tels, l’ostracisme permanent qui sévit toujours car malgré les interdictions le K.K.K. est toujours bien vivant. On notera au passage le clin d’œil de Roger Martin à des auteurs français comme Noël Simsolo, écrivain, cinéaste et critique, Gilles Morris connu également sous le nom de Gilles Maurice Dumoulin, romancier qui fut tout jeune télégraphiste au camp Phillip Morris au Havre, ou encore Patrick Giovine, membre éminent de l’association Les Amis de San Antonio et qui a écrit quelques romans. Les figures de John Berry, l’acteur et le réalisateur, de Myriam Boyer, l’actrice et comédienne française qui fut durant vingt cinq ans sa compagne, Robert Finnegan et quelques autres parsèment ce roman. Un ouvrage à lire afin de mieux comprendre les dessous pas vraiment glorieux d’une institution militaire qui se targue d’être le défenseur de la démocratie et de la liberté dans le monde.
Roger MARTIN : Jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le Cherche-midi éditeur. 18€

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 10:17

Près de vingt ans passés dans une geôle de la prison pour femme de Rennes, et pour un crime qu’elle n’a pas commis, n’ont pas entamé la soif de justice d’Héléna Rénal, ni sa combativité. Elle est meurtrie bien sûr, mais elle n’abdique pas. Au contraire, elle crée une agenceombres-souvenir.GIF destinée à aider ceux qui sont victimes, condamnées mais innocentes. L’Agence du dernier recours a pour but de pallier les défaillances policières, cherchant et apportant les preuves d’erreurs judiciaires. Et en cinq ans, elle a réussi à huit reprises à soulager la peine de familles éplorées au grand dam et à l’exaspération du commissaire Benoiste qui n’apprécie guère ses intrusions. Elle s’est installée à Avignon et c’est là qu’une ancienne codétenue, Jessica, qui l’avait aidée durant ses années de détention lui rend visite afin qu’elle enquête sur le décès suspect d’une prisonnière qu’elles ont toutes deux côtoyée durant leur séjour en tôle. Brigitte Schmitt serait morte étouffée durant la nuit mais personne ne s’est vraiment alarmé, rien de suspect n’ayant été décelé dans cette mort, et Brigitte étant sujette à des crises d’angoisse. Jessica ne se serait pas inquiétée outre mesure sachant que Brigitte était légèrement mythomane, mais deux de ses frères, purgeant eux aussi une peine de prison, sont décédés dans des conditions pas très catholiques.

Trois membres de la même famille décédant dans des conditions étranges en moins de quatre ans, cela seul suffit à Héléna pour se pencher sur ce dossier qui va vite sentir le souffre. Grâce à Serge Guérin journaliste en retraite mais qui a su garder de bons contacts, le père Schmitt est rapidement localisé. Il vit en caravane non loin d’Avignon, boit outre mesure, violente et terrorise sa compagne, n’osant pas toucher la jeune fille qui vit avec eux. Héléna arrive à apprivoiser les deux souffre-douleur et grâce à leur complicité peut avoir accès à un album photo qu’elle s’empresse de numériser. Elle tâtonne, mais elle tique devant une des photos représentant l’homme avec en arrière plan un château probablement restauré. Ses recherches aboutissent à Clergeac en Lozère et elle décide d’entrer nuitamment dans le parc en passant par une brèche. Sa retraite est plutôt mouvementée, un comité d’accueil lui réservant une désagréable surprise. Des chiens et des hommes l’attendent et elle ne sait ce qu’elle serait devenue sans le renfort providentiel d’un homme qui prend les assaillants à revers.
Le lieutenant de gendarmerie David El Khaïdi est lui-même sur place car le cadavre d’un jeune homme a été découvert dans une réserve où vivent des loups. Or les premières constatations révèlent des traces indiquant que le mort n’est pas parvenu de son plein gré dans l’enclos mais y a été bousculé. Héléna et le gendarme vont unir leurs forces, leurs compétences, leur relations, leur énergie afin de non seulement démontrer le meurtre mais que celui-ci est lié au château. Cette propriété bien connue dans la région et qui abrite un centre de réinsertion pour adolescents en difficulté, principalement des drogués, et avec des résultats probants selon le Colonel qui dirige ce centre, bénéficie de protections haut placées. Ce qui n’a pas empêché trois anciens pensionnaires de décéder et leurs proches ont tenté d’intenter une action en justice. Les dossiers ont rapidement été mis sous l’éteignoir. Mais ce qu’ils vont découvrir, à force de pugnacité, sent le souffre.
Ce roman, qui parfois frise la biographie, est comme un devoir de mémoire, empruntant à des événements qui se sont déroulés quelques décennies auparavant, mais ancré dans un contexte actuel. La résurgence et la présence, de plus en plus flagrantes, de l’extrême-droite, d’éléments fascistes, par actes et par paroles, grâce à des encouragements démagogiques déguisés, sont minimisées, pourtant les faits parlent d’eux-mêmes. Certains pourront penser qu’il s’agit d’une fiction grossière, d’affabulation, mais Roger Martin n’écrit rien à la légère. Fortement documenté, il mélange allègrement personnages réels et fictifs dans une histoire charpentée et pas écrite dans le sens du poil. Fidèle à ses engagements, il ne peut feindre, comme certains hommes politiques, et laisse éclater son courroux parfois avec virulence mais toujours avec justesse. Fidèle à ses amitiés, il sait placer au bon moment des noms comme Joseph Kubasiak, ou des auteurs ou artistes engagés comme Jack London, Jean Ferrat, et bien d’autres. Un excellent roman qui devrait faire réfléchir.
Roger MARTIN : Les ombres du souvenir. Le Cherche Midi éditeur. 17€.

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 16:40

bayard.jpgPierre de Terrail, chevalier Bayard, est l’un des héros de l’Histoire de France qui a fait rêver les jeunes têtes blondes et les autres. Souvenez-vous, le célèbre chevalier Sans peur et sans reproche surnommé ainsi pour ses exploits en Italie notamment au pont du Garigliano. Des faits d’arme qui avaient le don de réveiller des élèves somnolents après un déjeuner pas forcément copieux mais souvent indigeste pris en commun à la cantine scolaire. Mais avant cela, en 1494, le roi Charles VIII est encerclé à Fornoue par une coalition d’Italiens et d’Espagnols, et il ne doit la vie sauve qu’à une poignée de chevaliers emmenés par Bayard lequel n’a que dix-huit ans. Et si Bayard est à Amboise c’est sur l’impulsion du Chambellan Philippes de Commynes, grand diplomate, parfois en disgrâce mais qui sait rebondir sur ses pieds.


Ce jour du début d’avril 1498, se déroule en la cour du château d’Amboise, un grand tournoi de jeu de paume. Le comte de Lusignan, l’un des favoris, vient de se faire battre par un jeune chevalier inconnu, Pierre de Terrail dit Chevalier Bayard, devant les yeux ébaubis de damoiselle Héloïse Sanglar, la fille de l’apothicaire. Une belle jeunesse affligée d’un pied bot. Bayard hérite d’un trophée qui l’embarrasse, fort peu habitué aux honneurs. Il fait don de la cocarde qui lui échoit à cette fort mignonne personne qui n’a d’yeux que pour lui. Le lendemain, il va se confronter à Giacommo Nutti, vainqueur du duc de Nemours, donné pourtant comme favori. Giacommo Nutti est envoyé spécial du duc de Sforza, lequel aimerait s’allier au roi de France pour combattre ses ennemis. Mais ceci est une autre histoire que l’on peut découvrir au travers du roman de Mario Puzo : le sang des Borgia.
La confrontation opposant Lusignan à Bayard a eu pour spectateurs Charles VIII ainsi que son épouse Anne de Bretagne et son conseiller Commynes qui conversent en le cabinet de travail du monarque. Anne de Bretagne et Commynes quittent le roi, empruntant pour se faire, un goulet menant aux escaliers descendants. Or ce couloir est plongé dans une pénombre qui va s’avérer funeste. A un moment Commynes trébuche et afin de garder l’équilibre s’accroche à la croix pectorale de la reine, croix qui choit à terre. Il se baisse afin de récupérer en tâtonnant le bijou et enfin ils peuvent joindre l’escalier. A ce moment ils entendent un grand cri. Stupeur les gagne et ils retournent sur leurs pas après un moment d’indécision. Le roi gît là où ils se tenaient peu avant à la recherche de la croix. Nul doute que le front d’icelui a percuté violemment une poutre provoquant sa chute et son évanouissement. Anne appelle les gardes et de retour sur le lieu de l’accident elle apprend qu’elle est devenue veuve.


Un conseil est prévu afin de désigner le nouveau roi, car Charles VIII n’avait pas de descendant et Anne ne peut prétendre à régner. Le seul successeur de la proche parentèle ne peut être que le duc d’Orléans, mais pour cela, il faut qu’il obtienne l’aval du conseil, ce qui n’est pas encore acquis. A la sortie du conseil, Commynes est abordé par Bayard lequel lui révèle en catimini que le roi a été assassiné. Le conseiller ne peut que se rendre à l’avis du chevalier, lequel démontre que la petitesse du roi, petitesse physique s’entend, était incompatible avec la hauteur du couloir et de la poutre. Une réflexion qui sera confortée peu après lorsque le médecin requis constate que dans la plaie qui a peu saigné une écharde est fichée. Or nul morceau de bois est présent dans les parages.


En aucun cas cet accident ou meurtre ne peut être divulgué et annonce est faite que le roi est malade. Plus tard le décès sera déclaré consécutif à maladie foudroyante. La finale du tournoi de tenetz, autre nom du jeu de paume et ancêtre du tennis actuel, doit se dérouler dans des conditions normales. Nutti et Bayard s’affrontent dans la lice et première balle est lancée par l’envoyé milanais. Bayard reçoit en plein front l’esteuf mais sa solide constitution lui permet de se remettre rapidement sur pieds. En observant cet esteuf il constate que celui-ci n’est pas réglementaire mais contient des pierres et de la ferraille, ce qui formellement prohibé. Bayard gagne ce tournoi, ce qui augure de bons auspices sous les yeux énamourés de la belle Héloïse. Toutefois le décès du roi est problème qui trottine dans son cerveau meurtri. Il scrute avec attention le couloir fatal, cherchant à découvrir un passage secret, en vain. Sur les conseils de Commynes il se rend dans la bibliothèque du manoir du Clos Lucé, la résidence d’été de la reine nommé aussi manoir du Cloux, situé à quelques cinq cents verges (ou trois cents toises si l’appellation verge ne vous agrée pas) de la demeure royale.


Bayard se fiant à la sapience du conseiller se rend donc nuitamment en la bibliothèque royale afin de compulser les archives consacrées à la construction et aux aménagements du castel et plus particulièrement à l’étage où s’est déroulé le drame. Il ne trouve rien de spécial mais, alors qu’il a terminé son inspection, un inconnu lui cherche noise. Bayard est un valeureux bretteur et il parvient à échapper à son agresseur tout en remarquant que celui-ci est affligé d’une marque au cou, un angiome disgracieux. Il s’agit du Defeurreur, assassin appointé dont l’identité de l’employeur reste à découvrir.


C’est le début des ennuis pour Bayard et pour sa belle ainsi que pour le père d’icelle. Traquenards, tortures, envoûtements et autres guet-apens ponctuent cette aventure qui n’est bien évidemment qu’une fiction, issue d’une supposition, d’une hypothèse qui se veut imaginaire mais somme toute plausible, comme le signifie Eric Fouassier dans sa note historique. La reconstitution de l’époque est plaisante et l’emploi de mots désuets, obsolètes, fort bien venu. Il ne s’agit pas d’un récit didactique sur cette période qui s’inscrit entre la fin languissante du Moyen-âge et les débuts timides de la Renaissance. Le lecteur assiste en spectateur à un tournant de l’histoire, un incident de parcours qui comme bien d’autres possède son mystère et que les chroniqueurs de l’époque ne pouvaient relater, soit parce qu’ils n’étaient pas témoins, soit parce que ceux qui étaient présents ne pouvaient narrer la vérité par diplomatie ou confrontés au devoir de réserve. Ce roman est le quatrième d’Eric Fouassier publié aux éditions Pascal Galodé et à chaque fois l’auteur nous présente une nouvelle facette de son talent.
A lire également Rien qu’une belle perdue.
Eric FOUASSIER : Bayard et le crime d’Amboise. Pascal Galodé éditeurs. 320 pages. 23,90€.

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 13:15

L’effet papillon ou comment un banal vol de scooter dégénère et amène desbelle-perdue.jpg pompiers à découvrir un corps à moitié putréfié dans le coffre d’une voiture. Deux adolescents qui chipent un scooter sont poursuivis par des policiers. L’accident est inévitable et les deux gamins décèdent dans la chute de leur engin. Issus d’un quartier défavorisé de Strasbourg, ils deviennent des icones de la cité du Neuhof, une marche silencieuse est immédiatement organisée, et le soir les dégradations commencent et des voitures sont incendiées. Des immeubles délabrés sont également incendiés dans le quartier de la Croix-Fleurie pourtant situé à trois kilomètres du cœur de l’échauffourée. Les pompiers arrivés rapidement sur place découvrent dans les sous-sols, au milieu de carcasses abandonnées, le corps d’un homme dans le coffre d’une voiture et dont la mort n’est pas la conséquence de l’incendie.
Le commandant Gaspard Cloux, dont le lecteur a pu faire la connaissance dans Morts thématiques, a préféré demander sa mutation de Paris à Strasbourg, sa ville d’origine. Son supérieur, le commissaire Bersateguy, et ses collègues n’ont pas vu d’un bon œil cette arrivée précédée d’une auréole suite à la résolution en fanfare de son enquête parisienne. Pourquoi partir de Paris, et de la prestigieuse police criminelle de la capitale pour venir s’enterrer en province ? Seule la jolie métisse Alizée, qui est aussi un peu la risée de la compagnie, l’a accepté sans arrière-pensée de jalousie. Gaspard Cloux est donc en charge de l’affaire, et Bersateguy lui enjoint de prendre pour équipiers Alizée et Kowalske, un policier chevronné. Plus tard un autre lieutenant lui est adjoint, Stüdinger, un jeunot. Mais avec la consigne stricte de ne pas jouer les redresseurs de tort genre Lucky Luke et surtout ne pas interférer dans la vie politique.
L’homme est identifié car il était fiché à cause d’une affaire de drogue, mais apparemment depuis il s’était racheté une conduite, selon sa femme déboussolée. Elle avait signalée sa disparition à son commissariat de quartier, car tout en étant un habitué des fugues conjugales, il était toujours revenu au foyer au bout de quelques jours. L’homme, Chris Fargette, était un pianiste de bar, et les bonnes fortunes ne manquaient pas. Un second cadavre est découvert, celui d’une jeune femme dont les articulations ont été broyées. Elle avait connu son heure de gloire sous le nom de Kim Darling, en étant la vedette de films pornos, mais depuis un certain temps son aura avait pali, ne tournant plus que dans de petits films réalisés à la va vite. Or, depuis six mois, Chris et Kim Darling vivaient une liaison amoureuse. Et ces deux morts semblaient plus ou moins liés, tant pis pour les conseils et mises en garde de Bersateguy, avec Walberg, un conseiller municipal dont la carrière politique devrait, si l’on en croit les médias, trouver un aboutissement avec un fauteuil de député et peut-être plus.
La cause du retour de Gaspard Cloux à Strasbourg réside en son amour pour sa fille Estelle qui reste son seul lien familial depuis que sa femme Clara est décédée cinq ans auparavant dans un accident de la circulation, accident dont il se sent responsable. Estelle a été en partie élevée par ses beaux-parents, mais Gaspard Cloux a décidé de prendre en charge sa fille, d’être le plus souvent auprès d’elle. Seulement son travail même à Strasbourg lui prend énormément de temps et souvent il requiert les services de la gardienne de son immeuble pour le suppléer. Estelle tombe malade au moment où justement lui échoit cette enquête délicate et grâce à sa concierge il recrute une garde d’enfant. Quelle n’est pas sa surprise de voir se présenter pour ce poste une ancienne condisciple qu’il a fréquentée durant quatre ans jusqu’à la fin de leurs études. Florence, la belle Florence, qui était partie aux Etats-Unis. Entre les deux étudiants une réelle complicité existait, qui aurait pu aller plus loin si lui avait osé, si elle l’avait encouragé.
Rien qu’une belle perdue est une histoire policière intimiste, à double détente. Une enquête, que l’on pourrait qualifier de banale, toutes proportions gardées, dont les prolongements politiques comme souvent sont plus prégnants qu’il y parait de prime abord, quoique l’incendie des immeubles délabrés du quartier de la Croix-Fleurie semble opportune, une enquête donc qui nous ramène aux fondements mêmes du roman noir, tel qu’il a été exploité par des maîtres comme Dashiell Hammett et Raymond Chandler. Mais le côté intime de la vie Gaspard Cloux dont le portrait de sa femme décédée est placé en évidence, un père qui doit apprivoiser sa fille Estelle, les retrouvailles avec un ancien amour non avoué de jeunesse, composent la chair du roman, tandis que l’enquête policière en forme le squelette. Et la chair et les os sont bien évidement indissociables. Un troisième opus d’Eric Fouassier aux éditions Pascal Galodé, le deuxième possédant pour personnage central Gaspard Cloux, mais à chaque fois un univers et une sensibilité différents.
Paul Maugendre.
Citations :
Pas vraiment attiré par la lecture, j’ai tenté, dans les premiers temps, de me distraire pas écran interposé, mais j’ai fini par renoncer. J’avais l’impression de m’abrutir à force de regarder des émissions de télé-réalité plus affligeantes les unes que les autres et des séries américaines où l’on cherche à vous persuader qu’une enquête policière se résout uniquement à grands renforts d’expertises, comme un problème scientifique.
Sa blondeur et ses traits juvéniles contribuaient à donner l’illusion qu’on aurait pu lui tirer du lait rien qu’en lui pressant le nez. Seule sa propension à être affligé en permanence d’un méchant rhume empêchait de vérifier le bien-fondé de cette première impression.
Ma chère mère disait qu’une bague au doigt est une baguette de fée qui fonctionne à rebours. Vous vous endormez le soir dans les bras du prince charmant et vous vous réveillez au côté d’un vilain crapaud.

Eric FOUASSIER : Rien qu’une belle perdue. Pascal Galodé éditeurs. 369 pages. 20€.

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 17:29

empoisonneurs.jpgDe tout temps, le poison fut l’arme criminelle la plus usitée dans toutes les couches de la société. Et les motifs pour l’employer ne manquent pas. La jalousie, la haine, l’orgueil, la cupidité, la luxure, la passion, la vengeance, l’envie, la concupiscence… Si le plus souvent cette arme fatale est considérée comme un argument féminin, les hommes n’ont pas eu de scrupules à s’en servir. Et puis avouons-le, le poison, contrairement à l’arme à feu, l’arme blanche et l’objet contondant, dont l’emploi ne se traduit que par violence, brutalité, immédiateté, le poison relève de « l’art scénique ! ».
Le trio magique et tragicomique du vaudeville, cher à nos boulevardiers, est la composante principale des histoires que nous narre Serge Janouin-Benanti, lequel s’appuie sur des faits réels qui se sont déroulés au cours du XIXème et début XXème siècle dans ce que l’on pourrait appeler la France profonde, et même en Belgique. Trio du mari, de la femme et de la maitresse ou de l’amant. La femme délaissée par son mari et qui espère trouver auprès d’une âme masculine charitable la jouissance charnelle dont elle est dépourvue est un personnage plus fréquent que l’on pourrait croire. Malgré les idées reçues selon lesquelles les femmes sont fidèles, n’attachent aucune envie à l’amour physique, et que les hommes sont volages, butinant plus facilement comme les abeilles à gauche, à droite, sans que cela soit répréhensible. Prenons un exemple significatif qui pourrait être amusant si la mort n’en était pas la résultante tragique.
Dans Mais je n’ai rien fait, moi ! le protagoniste principal est un prêtre de province. Son prédécesseur, possédant la réputation de chaud lapin, a été muté dans une autre paroisse, et le docteur du village le met en garde. Le médicastre avait reçu des lettres anonymes mettant en cause sa femme et deux de ses amies, l’informant qu’il était cocu. Il ne veut pas croire en son infortune, d’ailleurs pour réfréner les ardeurs supposées de son épouse, il l’honore deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche. Il est bien conscient que la femme de trente ans qui s’ennuie est bien la pire des tentations que peut croiser un homme dans sa vie de pécheur. Un peu naïf le brave docteur qui court par monts et par vaux, sa sacoche à la main, soignant ses malades. Quant au curé il subit les assauts de l’épouse en manque et n’y résiste guère. Mais sa bonne, que rien ne gratouille, que rien ne chatouille, est une fouineuse, une bavarde, et ne trouve rien mieux que s’adonner au chantage lorsque son employeur de curé veut la renvoyer dans ses foyers. Evidemment, où serait le charme sinon, homicide est perpétré, mais ce n’est pas forcément le coupable qui est arrêté.
Dans Les gâteaux empoisonnés de Tarbes, le défunt n’était pas la cible désignée. Auguste Borromée est employé à la Poste de Tarbes, il travaille de nuit et sa besogne, qu’il partage avec deux autres collègues, lui laisse un peu de temps libre. Il est curieux et gourmand. Aussi en déballant un paquet qui l’intrigue il découvre de petits gâteaux tarbais fabriqués par la pâtisserie la plus cotée de la ville. Malgré le nombre restreint de douceurs, il ne peut s’empêcher d’en dérober une qu’il partage avec ses compagnons, en s’octroyant le plus gros morceau et la cerise qui orne le dessus. Une désillusion pour les trois hommes pour qui la réputation de la pâtisserie est surfaite. Les gâteaux sont amers et ils ressentent peu après des douleurs.
Mon bon droit met en scène un jeune homme qui désire ardemment devenir pharmacien. Il est employé dans une officine, mais le potard n’apprécie pas son travail. Il ne manque pas de le rabaisser devant les autres apprentis, et de plus il lui reproche un manque dans la caisse de 75 centimes. Il ne l’accuse pas ouvertement de vol, mais de négligence surtout. Pourtantempoisonneurs Fernand Leborre est persuadé que s’il apprenait le métier d’apothicaire chez un autre patron, son avenir serait tout tracé. Il ne se rend pas compte qu’en réalité il n’est qu’un mégalomane, un peu niais, maladroit, ayant de grosses difficultés pour étudier. Pourtant il est persuadé qu’il est un chimiste de renom en devenir.
Au travers de ces trois histoires, vous pouvez vous faire une opinion de la richesse des chroniques que nous délivre Serge Janouin-Benanti dont il s’est fait spécialité. Des histoires qui nous entraînent dans un univers peut-être désuet, car aujourd’hui la violence et les meurtres sont plus l’apanage de truands ou de personnes qui utilisent volontiers des méthodes plus radicales et rapides même si parfois l’empoisonnement défraie la chronique. L’auteur explore la psychologie des personnages et privilégie les descriptions des mœurs dans une époque qui ne bénéficiait pas des avancées technologiques et scientifiques que nous possédons actuellement. De plus ce genre d’ouvrage est un puits sans fond duquel les auteurs de romans policiers peuvent haler à satiété des idées à développer.

Serge JANOUIN-BENANTI : Les empoisonneurs. 13 affaires criminelles. Editions du bout de la rue. 302 pages. 20€.

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 16:56

 


A Rio, l’aencienne capitale emblématique du Brésil, l’image pour les touristes est celle du carnaval, accessoirement les jolies filles qui ne se contentent pas d’étaler leurs charmes lors des danses accompagnées par les musiciens de samba lors des défilés. Elles les tarifient black-music.jpgaussi, sans que la morale chrétienne réprouve avec force leurs débordements charnels. D’autant que certaines éprouvent un réel plaisir lors de leurs relations, c’est Jo qui le dit. Et si elle le dit, c’est que c’est vrai parce qu’elle a perdu son pucelage à onze ans. Sa sœur Flo, à treize ans, elle a été enceinte et connu beaucoup d’expériences, parfois en groupe et avec des filles. Mais c’est sa sœur, elle est partie vivre en Suisse, depuis qu’un de ses clients s’est amouraché d’elle et qu’elle l’a suivi. Jo a seize ans, mais elle ne veut pas tromper son homme, Musclor c’est son nom, un peu plus vieux qu’elle et surtout chef de bande dans une favela qui s’échelonne le long des morros, les collines au-dessus de Rio. Musclor, c’est un Blanc qui commande à des Noirs, des ados qui lui obéissent comme s’ils étaient son esclave, ne se rebiffant pas lorsqu’il les appelle Négros.
Musclor, c’est quelqu’un, qui a des idées et n’hésite pas à les mettre en pratique. Par exemple, pour se faire de l’argent, il a enlevé en pleine rue, en formant un barrage avec une voiture obligeant le car à s’arrêter, le fils d’un ponte américain de chez Exxon. Michaël Philips, ou Maïcom Filipi comme l’appellent ses ravisseurs, est un jeune de treize ans, mais il ne les parait pas. Un mètre quatre-vingt douze, cela impose. Mais Musclor n’en a cure, lui il ne pense qu’aux deux cent mille qu’il va demander au père pour libérer son otage. Deux cent mille quoi, au fait ? Deux cent mille réais ou deux cent mille dollars ? Allons-y pour des dollars, mais attention, Maïcom va contacter son père par téléphone, et pas question de parler américain. Il doit s’exprimer en portugais afin que tout le monde comprenne. Aussi bien Musclor que les autres gamins de sa bande qui portent en permanence des masques de Ben Laden. Mais Maïcom voit bien qu’ils sont Noirs, comme lui. Jo aussi est noire, pas très belle physiquement, franchement moche on pourrait dire si on ne voulait pas la vexer. Mais elle est fière de ses fesses. Des grosses fesses accueillantes.
Maïcom, son rêve c’est de devenir basketteur, il en a la taille. Mais il aime aussi le jazz, une influence paternelle. Et il connait bien les armes à feu dont ses ravisseurs sont pourvus, grâce aux magazines spécialisés qu’il lit. Il peut les détailler, leur donner un nom, reconnaître le bruit d’une fusillade. D’ailleurs, tiens, alors qu’il est seul sur sa chaise il entend bien des pa pa pa, des poum poum poum. Ce n’est rien, qu’un échange de coups de feu entre bandes rivales, celles de Musclor et une autre de la favela, avec des morts, ça marque plus les esprits. Maïcom va même jusqu’à demander une trompette, et avec Musclor il échange des propos sur la musique. Ils ne sont pas d’accord. Qui de Ary Barroso ou de Duke Ellington a pillé l’autre. Quelle est le morceau original, Aquarela ou Caravan ? De toute façon, Musclor, son truc c’est le rap. Et puis Maïcom n’est qu’un gamin, il le déclare à chaque occasion.
Court roman, mais texte dense, en trois paries, à trois voix.
D’abord c’est Maïcom qui parle, racontant ses tribulations, son enlèvement, sa vie de prisonnier, ses angoisses, ses petits problèmes de miction. Obligé de changer de vêtements devant tout le monde, devant Jo aussi, qui n’attend que ça, le voir nu.
Puis Musclor prend le relais, à sa façon, en rappant, comme ses idoles, troquant son alias de Musclor pour celui de MC JB, car il n’est pas Eminem ni Beastie Boy. il revient sur son parcours de jeune drogué, ses espérances qui se limitent à la favela, plus loin il voudrait bien, mais peut-il, a-t-il un avenir ?
Jo s’empare de la troisième partie, et elle aussi revient son passé de gamine prête à s’enflammer, enfin c’est surtout son corps qui est prêt à s’enflammer, pour satisfaire ses désirs charnels de plus en plus prégnants. Mais elle aussi sait que son avenir est quelque peu brouillé. Trois parties dans lesquelles chacun s’exprime à tour de rôle et le lecteur sent que peu à peu les relations entre ces trois protagonistes, les autres ne comptent pas, muent, mutent, se modifient, se transforment.
Et comme tous les jeunes de leur condition, échecs scolaires, entrés trop tôt dans la vie, livrés à eux-mêmes, obligés de se forger un destin, leurs propos sont crus, comme pour mieux exprimer leur désespoir dans l’adversité, comme si s’exprimer par des grossièretés pouvait leur donner une aura supplémentaire, une affirmation de leur existence. Construit en huis-clos, ce roman offre pourtant une porte vers l’extérieur, mais ce qu’on y entrevoit n’est guère réjouissant. Comme lorsque Jo évoque la mort de son frère Anizio, décès provoqué par une balle perdue, pas pour lui qui l’a ramassée en pleine tête, alors que des policiers tiraient sur un dealer afin de l’intimider. Une bavure vite transformée par les journaux le lendemain, probablement bien renseignés par des responsables de l’ordre public, affirmant qu’Anizio avait provoqué les flics. Ben voyons. Mais cela se passe au Brésil, en France ce ne serait que pure fiction.
Chacun de ces protagonistes porte en eux un idéal, mais celui-ci est peut-être tué dans l’œuf, dans ce roman dont la fin est ouverte.

Voir également l'avis de Pierre sur Black Novel
Arthur DAPIEVE : Black Music (Black Music – 2008. Traduction du portugais par Philippe Poncet). Editions Asphalte. 140 pages. 14,20€

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 12:59

Jean-Claude Izzo nous a quitté le 26 janvier 2000. Afin de lui rendre hommage, au lieu de mettre en ligne sa trilogie de Fabio Montale, j'ai préféré vous proposer l'un de ses livres les plus émouvants.

Relégué au bout du quai Wilson, sur la digue du Large, L’Aldébaran Mains-perdus.jpgest arrimé sur le port de Marseille depuis des mois, attendant qu’on tranche sur son sort. L’armateur a fait faillite et à bord ne survivent que le capitaine, Abdul Aziz, un Libanais, le second, Diamontis, un Grec et le radio, Nédim, le Turc. Oubliés de tous ou presque. Nédim a reçu un petit pécule pour regagner sa patrie comme les autres membres d’équipage, mais en attendant le camionneur qui devait le transporter, il s’est laissé embringuer dans une arnaque. Deux jolies femmes Lalla et Gaby l’ont emmené dans une boîte de nuit. Il s’est retrouvé avec une ardoise et obligé de laisser ses papiers et son baluchon. Abdul et Diamontios ressassent leurs souvenirs. Abdul pense à sa femme Céphée, qui l’a quitté parce qu’il aimait trop la mer. Diamontos pense lui aussi à sa femme mais surtout à Amina qu’il a connu à Marseille, bien des années auparavant, dont il garde la réminiscence enfouie au plus profond de lui-même et qu’il recherche. Diamontos s’est lié avec Toinou, un gargotier et sa fille Mariette. Nédim réintègre le cargo et leur narre ses avatars nocturnes. Diamontis se propose de recupérer ses affaires. Tout à ses transactions, il n’aperçoit pas Gaby qui le reconnait. Elle n’est autre qu’Amina. Des inconnus le tabassent et lui conseillent de ne pas pousser plus loin ses recherches concernant Amina. Il est hébergé par Mariette qui le soigne puis il regagne le cargo. Un message d’Amina l’attend lui demandant de la rejoindre sur la corniche. Nédim y est déjà en compagnie des deux femmes et lorsque Diamontis les retrouve, Amina est partie. Elle avait rendez-vous avec Ricardo, son protecteur, homme de la Mafia.
Ode à Marseille, à son port, et à ses habitants venus des différents pays bordant la Méditerranée, Les Marins perdus est également le témoignage de ses marins qui se retrouvent à quai, dans un pays qu’ils ne connaissent pas et qui sont prisonniers sur leur navire par la faute d’un armateur indélicat. Izzo décrit avec sensibilité les moments de doute, de tourments, de retours sur leur passé, de trois hommes obligés à vivre en communauté, mais dans une communauté qui n’est plus celle de la navigation. L’amitié qu’ils se vouaient se transforme peu à peu à cause de l’éloignement du pays natal et de leurs racines, familiales principalement. De petits instants de bonheur enchâssés dans de grands moments de solitude, de tristesse, d’espérance gâchée.
Jean-Claude IZZO : LES MARINS PERDUS. Flammarion, coll. Gulliver. Réédition J’Ai Lu.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 19:22

 

Qui sont ces deux jeunes gens qui s’attablent tous les matins ou presque avion.JPGau même endroit, en prenant leur café ? Mariam qui officie derrière le comptoir hésite entre deux possibilités. Sont-ils amants ou tout simplement frère et sœur ? Il existe un air de ressemblance entre Marc et Lylie mais une sorte d’intimité amoureuse semble les propulser l’un vers l’autre. Ce matin-là du 2 octobre 1998, alors que l’horloge affiche 08h27, un conciliabule s’établit entre eux. Marc offre à Lylie une croix touarègue, pour son anniversaire, pour ses dix-huit ans. Lylie, c’est nouveau, arbore au doigt une bague de grande valeur, et son cadeau est insignifiant à côté. Mais Lylie ne peut assister à ses cours ce jour-là. Ils sont tous deux étudiants à la Fac de Paris VIII Vincennes Saint-Denis, et avant de le quitter elle remet à Marc une enveloppe que Crédule Grand-Duc a déposé sa boîte aux lettres. Puis elle part signifiant que ce jour là elle sèchera les cours.
Marc se plonge dans le cahier que contenait l’enveloppe tout en essayant de retrouver Lylie. Mais d’abord il doit se rendre chez Crédule Grand-Duc, un détective privé qui s’occupe de l’affaire relatée dans ce qui pourrait bien être son dernier message, son témoignage et son testament. Suivons donc pas à pas Marc dans sa lecture édifiante et dont il connait une grande partie mais pas les aboutissants.
Le 23 décembre 1980, un Airbus s’écrase sur le mont Terrible, dans le Jura, non loin de la frontière suisse. Sont recensés cent-quarante-six morts. Seule un poupon de sexe féminin a eu la vie sauve, elle a été éjectée de la carlingue qui était en flammes. Elle reposait assez loin de l’épave pour ne pas être brûlée, mais assez proche pour bénéficier de la chaleur dégagée afin de ne pas périr de froid dans la neige. Une aubaine pour la journaliste du journal local qui peut griller la politesse à ses collègues, annoncer le drame en exclusivité, photos à l’appui. Là où le bât blesse, c’est que deux gamines du même âge, trois mois environ, figuraient comme passagères et il est impossible aux grands-parents, les parents sont décédés dans l’accident, de prouver la parentèle qui les lie à la survivante. Est-ce Lyse-Rose, petite-fille de Léonce de Carville et de sa femme Mathilde d’origine noble dont il a pris le nom à cause de la particule, gros et riche industriel résidant en Seine-et-Marne, ou Emilie, petite-fille de Pierre et Nicole Vitral, modestes commerçants forains à Dieppe en Seine-Maritime. Les deux familles ont perdu leurs fils et leurs brus dans le crash et ils se déchirent la petite rescapée. Seule Malvina, six ans, sœur présumée de Lyse-Rose, pourrait apporter son témoignage, mais instrumentalisée par son grand-père elle affirme reconnaître le poupon sans convaincre. Un juge désigné par la Chancellerie a la lourde charge de trancher, de rendre un jugement de Salomon. A qui attribuer la survivante qui fut appelée Lylie, contraction de Lyse-Rose et Emilie ? La science ne peut à cette époque se reposer sur les traces d’ADN, et seuls les moyens mis à la disposition des médecins et des enquêteurs sont utilisés. Rien de probant ne sort des différentes analyses. Léonce de Carville tente d’user de ses influences mais le bébé est confié aux grands-parents Vitral.
avionC’est tout cela que Marc Vitral découvre dans le cahier de Crédule Grand-Duc, détective embauché par Léonce de Carville pour établir, démontrer la filiation. Durant dix-huit ans Grand-Duc va rechercher la faille, enquêter, effectuer de nombreux voyages en Turquie, sur le mont Terrible, en Seine-et-Marne, à Dieppe, cela en pure perte, ou presque. Ses rémunérations sont à la hauteur de la tache qui lui est confiée et il se consacre à temps plein à sa mission. Seulement lorsque Marc arrive chez Grand-Duc rue la Butte aux Cailles, c’est pour découvrir un cadavre dans un placard, et ce n’est pas une métaphore.
Fidèle à sa marque de fabrique, Michel Bussi nous entraîne dans une histoire à multiples facettes, un jeu de miroirs, entremêlant le passé et le présent, dans une intrigue foisonnante et riche en rebondissements jusqu’au dénouement final. La quête de Marc, qui se déroule entre le 2 et les 3 octobre 1998, est chronométrée avec rigueur, entrecoupée par la lecture du cahier de Grand-Duc qui elle se déroule depuis le drame sur le mont Terrible jusqu’au 29 septembre 1998, date à laquelle est fixée l’anniversaire de Lylie, date à laquelle elle doit fêter ses dix-huit ans. Et même s’il place ici et là des indices, il parvient à les camoufler avec dextérité, suggérant à peine, ne laissant rien au hasard, jouant avec le lecteur, l’emmenant par la main sur des chemins de traverse. Et le lecteur subjugué se trouve dans une clairière, face à quelques sentiers qu’il peut emprunter comme bon lui semble, mais berné il revient insensiblement à son point de départ. Pas de résolution de l’énigme par un tour de passe empruntant au fantastique comme dans certains romans de John Dickson Carr, mais des évidences, du concret, du solide, du logique. Mais jusqu’où ira Michel Bussi ?

Et c'est tout naturellement que ce roman est placé sous l'aile tutélaire de Charlélie Couture.

Vous pouvez retrouver mes chroniques concernant ses précédents romans : Omaha crimes, Sang famille, le très beau Nymphéas noirs ainsi qu'un entretien avec l'auteur.

Retrouvez également l'avis de Bibliofractale
Michel BUSSI : Un avion sans elle. Collection Terres de France, éditions Presses de la Cité. 544 pages. 22€.

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 10:45

 Ce volume contient deux romans inédits : L’autre côté des miroirs et Teratos suivis par un entretien entre l’auteur et Sébastien Cixous réalisé en 1995.seuilenfer01.jpg
L’autre côté du miroir.
Un héritage inattendu va bouleverser la vie de la petite famille de Marek, Polonais installé en France depuis des décennies. Il a connu sa femme Pascale dans la région d’Avallon, alors qu’il travaillait chez un vigneron. Pascale vivait chez sa tante qui la considérait comme une souillon, une esclave, une Cendrillon. Ils se sont aimés et pour vivre pleinement leur amour ils se sont exilés en région parisienne et ils ont deux filles, Barbara et Monika, dix-sept et dix ans. Mais la vie n’est pas rose. Marek n’effectue que de petits boulots et les fins de mois sont difficiles. Toutefois l’idée d’hériter la maison de la tante de Pascale ne le réjouit guère. Pascale essaie de se montrer convaincante charnellement et verbalement, mais ce sont les gamines qui réussiront à infléchir ses réticences. Une simple réflexion de Barbara suffit : Et si tu retournais chez les Gardiol ? A l’époque, ils t’avaient dit qu’ils étaient contents de toi. Peut-être qu’ils te donneraient un nouvel emploi…
Marek est un peu étonné que Barbara puisse évoquer cette époque, car il ne lui semblait pas avoir parlé de son passé. Mais bon ! Et durant le trajet qui les emmène de la banlieue nord parisienne jusque dans l’Yonne, Pascale détaille la maison dans laquelle elle a vécu à partir de ses quinze ans, ayant été élevée auparavant dans un orphelinat religieux. Puis alors qu’ils arrivent à Avallon, Barbara énumère les curiosités locales, les monuments, comme si elle avait potassé un guide touristique. Même si des prémices de frayeur s’étaient manifestées un peu avant de quitter leur HLM, l’horreur va s’installer progressivement dans cette maison. La mère avait pourtant bien prévenu les deux filles de ne pas visiter la cave, elles n’en ont cure. D’autant que Barbara voit son apparence physique se transformer lorsqu’elle se regarde dans une glace, que des pensées malsaines traversent son esprit et que Monika sa petite sœur se conduit bizarrement avec elle, comme si elle était possédée par une entité incontrôlable. Et une poupée dont la tête est arrachée va engendrer des conflits et des inimitiés entre les deux sœurs, des haine aussi.


Teratos.
Nichée au cœur de la forêt cévenole, une masure est considérée par les habitants du village de Maurvejols comme habitée par le Drac, le Diable. Cela n’a pas empêché un couple de s’y installer. Josif Oarga, Catalina sa compagne et leurs deux enfants, Dimitri et Lavinia. De temps à autre des cris retentissent, s’élevant d’un hangar jouxtant la masure. Le couple et les deux adolescents ne se rendent jamais ensemble dans le village. Ils achètent quelques provisions, sans plus, pourtant les regards des villageois sont attirés par la robustesse de Dimitri et la beauté de Lavinia. Surtout les jeunes du village qui résistent aux superstitions. Pourtant, une vingtaine d’années auparavant, un chasseur n’était jamais revenu de cet endroit maudit. Le drame couve, alimenté par les rumeurs, attisé par les cris qui déchirent les environs, se répercutant jusqu’au village, engendrant la peur et déclenchant les hurlements des chiens. Jusqu’au jour où Hélène et Florent, deux jeunes du village, décident de se rejoindre non loin de la masure afin de procéder au simulacre de la reproduction. Mal leur en prend.


Ces deux romans étaient prévus pour être publiés dans l’éphémère collection Frayeurs du Fleuve Noir, dirigée par Jean Rollin, cinéaste spécialisé dans le fantastique. Cette collection était un compromis en les anciennes collections Angoisse et Gore, ce qui explique les scènes sanglantes qui s’imposent dans les deux ouvrages. L’angoisse est portée à son paroxysme, les scènes d’horreur se heurtent entre fantastique et superstitions, alimentées par la psychologie des personnages en proie à des délires et des accès d’alcoolisme jouent avec les nerfs du lecteur. Si Micky Papoz a lu enfant Poe, Wilde, Shelley et Seignolle, aujourd’hui ses deux romans seraient plutôt à considérer comme des histoires lorgnant du côté de Serge Brussolo, Jean Ray ou Clive Barker tout en y apportant une touche personnelle, poétique, bucolique. Malgré l’aura fantastique qui entoure les deux récits, ils peuvent prendre corps dans des fantasmes alliés à des phénomènes développés par des manifestations rationnelles issues d’un esprit confronté à des forces pas encore complètement expliquées par la science.

Et si vous faisiez un petit tour du côté d'Action Suspense ?


Micky PAPOZ : Au seuil de l’enfer. Collection Noire N° 27.  Illustration de couverture Arnaud Demaegd. Editions Rivière Blanche.242 pages. 17€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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