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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 14:49

oeil.jpgA peine un reportage terminé dans la précipitation et de façon incomplète au Darfour, Nick Daniels se voit proposer une autre mission. Beaucoup moins périlleuse puisqu’il doit réaliser un entretien avec Dwayne Robinson, une ancienne vedette de base-ball. L’ancien sportif avait défrayé la chronique dix ans auparavant en se défilant la veille d’un match capital pour son équipe, sans raison particulière. Une défection qui a brisé sa carrière et déçu des milliers de fans, Nick Daniels le premier. Aussi à l’idée de pouvoir rencontrer son ancienne idole il trépigne d’avance. Rendez-vous a été pris dans un restaurant huppé de New-York, le Lombardo’s. Une nouvelle déception l’attend car Dwayne n’honore pas cette rencontre. Mais Dwayne le contacte et une nouvelle rencontre est prévue pour le lendemain et cette fois enfin Nick Daniels va pouvoir rédiger son papier.
Nick Daniels travaille pour le magazine Citizen, dont la rédactrice en chef, Courtney, ne lui est pas indifférente, au contraire. Mais Courtney est déjà plus ou moins fiancée à Thomas Ferrramore, le propriétaire du magazine et de moult entreprises. Nick est non seulement l’une des chevilles ouvrières du magazine en tant que grand reporter, mais il est estimé dans la profession pour son charisme.
Au cours du déjeuner au Lombardo’s, alors que Dwayne doit s’expliquer sur son attitude, un avocat influent spécialiste dans la défense des malfrats, est froidement énucléé par un tueur qui agit sans trembler. L’homme enlève avec un scalpel les deux yeux de l’avocat, lequel décède dans d’horribles souffrances, puis s’échappe malgré deux policiers qui utilisent leurs armes. Mal leur en a pris puisqu’ils prolongent la liste des victimes inaugurée par l’avocat et qui ne demande qu’à s’amplifier. Si Nick et tous les clients plongent sous les tables afin d’échapper aux balles perdues, il a eu néanmoins le temps d’entendre l’homme s’adresser à l’avocat en lui déclarant J’ai un message de la part d’Eddie avec un fort accent italien. Et il avait son magnétophone qui ne le quitte jamais.
Le fameux Eddie ne peut être qu’Eddie Pineiro, malfrat avéré qui s’était adressé à l’avocat pour le défendre et pour une fois celui-ci avait perdu le procès. Une vengeance à n’en point douter. Nick est un témoin privilégié et il est convié à effectuer sa déclaration de la relation des événements auprès du procureur David Sorren, lequel est le fiancé de Brenda, l’ancienne petite amie de Nick. Sorren n’est pas que procureur, c’est un jeune loup aux dents longues qui brigue le poste de maire de New-York lors des prochaines élections. Premier coup de théâtre ! Dwayne Robinson est retrouvé mort sur le trottoir. Une chute du haut son appartement situé dans un immeuble. Robinson, une fois de plus se serait-il désisté à une convocation du procureur en se suicidant, à cause d’une timidité maladive ? Tout pourrait le laisser supposer. Mais Nick en bon journaliste ne s’en laisse pas conter et ce décès arrive à un trop bon moment pour être honnête. Alors il ne reste plus à notre reporter qu’à enquêter et c’est là que les ennuis commencent pour lui car il s’aperçoit rapidement que quelqu’un en veut à sa peau.
L’appellation Suspense a remplacé celle de Thriller en couverture, et cela est plus en concordance avec ce genre de roman, mais aussi dont l’intrigue est amenée et traitée. En fin de chapitres, lesquels sont très courts, James Patterson s’adresse au lecteur d’une façon directe ou détournée, lui suggérant que quelque chose va se passer rapidement, afin de relancer l’intérêt et obliger ainsi celui-ci à continuer sa lecture.
De petites notes émotionnelles agrémentent ce roman. Ainsi Elizabeth, la jeune nièce de Nick Daniels, quatorze ans, qui est aveugle mais se délecte à assister aux parties de base-ball auxquelles l’emmène son oncle. James Patterson aime également se brocarder gentiment. Ainsi l’un des protagonistes affirme à Nick Daniels : Il nous est déjà arrivé d’aider l’auteur des polars d’Alex Cross. Nick rétorquant : Jamais lu. Pour la petite histoire je signale, au cas où vous ne le sauriez pas qu’Alex Cross est l’un des personnages récurrents de quelques uns des romans de James Patterson.
James Patterson utilise le style Marabout de ficelle, et lorsque le lecteur s’attend à un répit dans les aventures trépidantes auxquelles il assiste, comme propulsées par un ressort, les péripéties s’enchaînent inéluctablement. Un roman plaisant qui se lit rapidement sans prise de tête, et qui offre au lecteur ce qu’il demande : un moment de détente.

A lire également mes chroniques sur Une ombre sur la ville et Dernière escale

James PATTERSON : Œil pour œil. (Don’t blinck – 2010. Traduction de Sebastian Danchin). Editions de L’Archipel. 328 pages. 21€.

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 11:09

ombre.jpgMa petite entreprise, connait pas la crise... James Patterson pourrait en effet chanter ce tube d’Alain Bashung car tous ses romans publiés aux Etats-Unis deviennent dans la foulée des best-sellers. Ses romans ? Oui, enfin presque car depuis quelques années il est associé à des auteurs dont malheureusement le nom n’apparait pas sur les éditions françaises. Ainsi pour Une ombre sur la ville, James Patterson s’est attaché les services de Michael Ledwidge, avec lequel il a signé quatre Bennett. Avec Howard Rougham il a publié Dernière escale, et bien d’autres avec Liza Marklund, Martin Dugard, Richard Dilallo, G. Maxime Paetro, Peter de Jonge notamment. Et si vous n’êtes pas convaincu vous pouvez toujours aller visiter son site http://www.jamespatterson.com/. Quels sont les apports des uns et des autres, qui écrit les scénarii, qui rédige le texte, James Patterson n’appose-t-il pas uniquement que sa signature ? Toutes questions que l’anglophile, ou américanophile, peut, peut-être, résoudre en visitant son site. Quant à moi, mes connaissances de l’anglais sont trop restreintes pour répondre à cette question qui n’est pas cruciale.
Une ombre sur la ville met en scène l’inspecteur Mike Bennett, ancien du FBI et attaché au NYPD, département de la brigade antiterroriste. Il est chargé de raisonner un jeune homme qui se retranche dans un appartement avec ses otages, mais l’affaire tourne mal. L’homme est abattu par quelqu’un dissimulé dans la foule et les badauds invectivent les policiers. Un loupé dans la carrière de Bennett, mais ce n’est pas ce qui va le chagriner outre mesure. A la maison, désertée par Maeve sa femme décédée un an auparavant, ses dix enfants l’attendent dans une cacophonie indescriptible. Des gamins que Maeve et lui ont adoptés, mais il les considère comme ses enfants, et pour l’heure une bonne moitié est en train de vomir et autres joyeusetés. Heureusement il peut compter sur Mary Catherine, leur jeune nounou, efficace et toujours disponible. Ils ont contracté la grippe, ce qui pour Bennett est aussi catastrophique que le onze septembre 2001, événement traumatisant toujours présent dans l’esprit des New-Yorkais. Mais une nouvelle affaire se profile à l’horizon qui va accaparer durant des jours et des nuits Bennett. Un homme élégant vient de pousser sur les rails du métropolitain une jeune femme, puis c’est au tour d’un employé d’une boutique de vêtements de luxe d’être tué par un homme habillé avec un maillot des Mets, un maître d’hôtel stylé d’un restaurant chic est abattu par un inconnu déguisé en cycliste. Tout concourt à penser qu’il s’agit du même et unique personnage qui à chaque fois perpétue son forfait. Mais pour quelles raisons, cela demeure une énigme, jusqu’au moment où Bennett est accusé par ses supérieurs d’avoir facilité des fuites envers une journaliste dont pourtant il ne prise guère les façons de procéder. Le psychopathe, qui se surnomme Le Professeur, a envoyé un manifeste au New-York Times justifiant son geste parce qu’il a « décidé d’apprendre les bonnes manières à ce monde en perdition ». Envoyer un manifeste afin qu’il soit publié dans les journaux, attisant l’inquiétude des habitants de la Grande Pomme qui redoutent une nouvelle vague d’attentats, ne suffit pas au Professeur qui expédie un e-mail à Bennett, l’appelant par son nom, lui promettant des jours difficiles. Mais pour le policier, ce psychopathe n’est pas un dément, mais un psychopathe organisé, intelligent, parfaitement maître de ses gestes.
Ce nouveau roman attribué donc au seul Patterson entretient un double suspense, professionnel et familial, et les affres ressentis par Bennett face à la maladie qui frappe ses enfants en constituent des passages peut-être plus intéressants que la recherche de l’identité du Professeur et son arrestation. Quoi que les dernières scènes lorsque les deux hommes sont en présence l’un de l’autre ne manquent pas d’effets spéciaux et s’avèrent particulièrement spectaculaires. La tension qui monte progressivement alliée à des retournements de situations et de petits à-côté qui n’ont rien à voir avec l’histoire mais qui s’intègrent parfaitement en font un livre plaisant à lire après une rude journée de travail.
James PATTERSON : Une ombre sur la ville (Run for your life – 2009). Traduction de Philippe Hupp. Le Livre de Poche. Rééditions de l’Archipel.

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 13:36

cauchemar.jpgAvant de vous présenter ce roman plaisant, j’aimerai vous donner deux conseils. En premier, surtout ne vous fiez pas au titre qui à première vue pourrait vous rebuter, car vous ne vous plongerez pas dans un roman philosophique ennuyeux. Ensuite, ne vous fiez pas non plus à la quatrième de couverture qui est non pas trompeuse mais réductrice. Ces précisions énoncées, passons plutôt au contenu.
A peine l’idée de se présenter aux élections législatives s’était-elle formée dans son esprit qu’elle était devenue caduque. Louis Gallach, riche entrepreneur et fondateur de la Gallach Bâtiments et Travaux Publics de la région languedocienne, trésorier du parti politique l’UNM, est retrouvé mort en robe de chambre dans son appartement-bureau de Montpellier. Il aurait été étranglé, mais auparavant il aurait vomi. Constatations émises par Charonne, de la police scientifique, mais que les policiers présents sur place lors de la découverte du corps ont pu observer de visu. La présomption de meurtre retenue, il faut que les policiers se mettent à la recherche du ou de la coupable, ils sont payés pour cela et de plus cela leur changera les idées. En effet Daniel Kellerman, surnommé Spinoza par ses collègues parce qu’il fut dans une vie antérieure professeur de philosophie spécialiste du penseur batave en région parisienne, et Agnès Deutch, appelée Diva à cause non de sa voix mais de sa prestance, possèdent tous les deux un lourd passé qu’ils doivent gérer bon an mal an.
Spinoza, appelons-le ainsi, un peu de culture ne peut faire de mal surtout lorsqu’elle est biologique, Spinoza donc a été élevé par sa grand-mère Elise, ses parents ayant disparu alors qu’il n’avait que trois ou quatre ans. Il était devenu prof de philo à Reims et était tombé amoureux d’une de ses élèves pas encore majeure. Comme c’était réciproque ils vivaient ensemble malgré les objurgations du père de la gamine qui allait fêter ses dix-huit ans dans quelques mois. Alors ils ont décidé de s’installer en région parisienne mais la cohabitation commençait à peser sur Spinoza qui désirait vivre seul. La jeune fille mortifiée et profondément attachée à son amant s’était jetée du haut de huit étages, mettant fin prématurément à sa vie. Spinoza avait alors démissionné puis s’était engagé dans la police et muté dans la cité languedocienne. Il est en proie à d’horribles cauchemars récurrents qui le perturbent profondément.
Diva a connu elle aussi des vicissitudes qui l’ont marqué physiquement et moralement. Un soir elle a été violée et tabassée par trois petits délinquants. Les fautifs ont été rapidement confondus mais Diva ne pouvait plus exercer son métier dans la ville où a eu lieu le forfait et a été mutée à Montpellier. Ces deux fêlures rapprochent les jeunes gens qui se lient d’amitié.
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre bélier ou faune, Gallach, puisque celui-ci collectionnait les conquêtes féminines pas forcément consenties librement. Les premières personnes que Spinoza et Diva rencontrent sont la seconde épouse du défunt et ses enfants, issus du premier mariage, qui vivent dans une banlieue résidentielle de Montpellier. Gallach avait en projet la construction d’une immense résidence pour personnes fortunées or un couple de propriétaire avait décidé de ne pas vendre leur terrain sur lequel ils élevaient des chèvres et qui forme une enclave. Les animaux ont été massacrés puis une tentative d’incendie a failli réduire leur maison en cendres. Ce pourrait être une piste, mais ce n’est pas la seule. En effet il semblerait qu’entre Serge et la seconde épouse de Gallach s’est forgée une intimité qui dépasse les relations beau-fils belle-mère. Quant aux deux filles, au caractère fondamentalement opposé, elles ne regrettent pas vraiment leur géniteur.
Une jeune journaliste aux dents longues propose à Spinoza de livrer des infos, un deal comme elle dit au grand dam de Spinoza qui réagit en puriste et préfère parler de marché ou d’accord. Ce point de vocabulaire mis au point, Yamina révèle que Gallach se rendait fréquemment dans un club fermé lieu de rendez-vous du gratin de la société qui s’encanaille en achetant les faveurs de jeunes filles. Or l’une d’elle aurait eu une liaison avec Gallach, liaison qui se serait mal terminée. De plus Arielle, l’une des filles de Gallach aurait provoqué un esclandre dans un lieu public. Qu’ajouter à cela ? Que des maris jaloux auraient pu vouloir se venger des infidélités forcées de leurs femmes, surtout celles qui travaillaient pour Gallach et couchaient avec lui pour ne pas être mises à la porte.
Mais Spinoza n’a pas que cette enquête sur les bras car son passé ressurgit, sous la forme de cadavres. Comme dans ses cauchemars.
Jacques Tessier, tout comme le faisait Ed McBain dans sa saga des policiers cauchemardu 87ème, développe deux histoires, deux intrigues en parallèle, l’une qui est dévolue au travail des policiers dans le cadre d’un meurtre, l’autre qui touche plus personnellement l’un de ces policiers. Les deux récits sont imbriqués mais ne se phagocytent pas, ils se déroulent dans un habile dosage entre les deux péripéties professionnelles et personnelles. Les relations entre Spinoza et Diva sont intéressantes à étudier, pas faciles à vivre, mais il se trouve que leur entourage n’est ni indifférent, ni brutal, ni inhumain surtout la hiérarchie qui sans s’immiscer fait preuve d’urbanité.
La narration, qui alterne la première personne du singulier, le Je lorsque Daniel Kellerman s’exprime et apporte une connivence avec le lecteur, et le Il lorsqu’il n’est pas directement concerné ou apparait plus ou moins dans le déroulement des enquêtes offrant une vision d’ensemble, est fort bien venue. Le lecteur peut ainsi rebondir et ne pas s’enfermer dans un ronron d’une narration linéaire. Peut-être fais-je partie des rétrogrades, des vieux qu’ont… de l’âge, mais je suis légèrement choqué par cette particularité dans les dialogues qui veut que les jeunes tutoient les représentants des forces de l’ordre, ou que des personnes qui ne se connaissaient ni des dents ni des lèvres, comme disait San Antonio, cinq minutes auparavant adoptent eux aussi cette pratique langagière. Mais ce n’est qu’un détail qui ne retire en rien la valeur de l’histoire.

Voir l'avis de Paco Ici

Jacques TEISSIER : Le cauchemar de Spinoza. Editions Le Manuscrit. Polar N° 13390. 376 pages. 19,90€

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 13:25

 Homme-ours.jpgTout là haut, au-delà de 79 degrés de latitude nord, dans un territoire lapon, survivent les reclus. Ils sont disséminés, parqués dans une espèce de réserve, regroupés en communautés par affinités ou par leurs origines. Des Norvégiens, des Finlandais, des Ukrainiens, des Russes, des Lapons. Ils travaillaient, il y a plus de trente ans, au bord de la mer. Mais l’explosion de l’ancienne URSS a explosé en même temps leur vie. Ils sont confinés dans la Zone, répartis en Block, Trust, Comptoir, Verodvinsk, Gronika, anciennes appellations de cette usine rayée de la carte. Ils n’ont pas le droit de franchir la frontière, des gardes veillent. Dès qu’ils s’approchent des limites, des militaires leur tirent dessus. Des snipers qu’ile ne voient pas mais sont bien présents. Pour preuve les tirs, les détonations qu’ils entendent et auxquelles ils échappent en chaloupant dans la neige.
Avant existait un port en ruines, Voulkor mais ils ne peuvent l’aborder car il se trouve de l’autre côté de la frontière. Des sous-marins nucléaires ont été sabordés. Avant des mineurs travaillaient dans les mines, mais ils ont péri dans les explosions fomentées par les Autorités, et qui les ont ensevelis pour toujours. A l’horizon ils peuvent contempler l’îlot de Barentz, une terre hostile comme la leur mais qu’ils ne peuvent approcher ne possédant aucun moyen de navigation. En auraient-ils courage ?


Durant les premières années de réclusion, une épidémie étrange et meurtrière a sévi. Certains survécurent et ils parlèrent alors de malnutrition, de manque d’hygiène, mais c’est si loin tout ça. Pourtant les mémoires entretiennent cette époque sombre.
Parmi les membres de ces communautés qui se regardent en chiens de faïence, deux personnages émergent. Kolya, un Lapon qui vit seul. Il entretient une parcelle de terre, plantant des fleurs lorsque la belle saison revient. Son occupation consiste à sculpter des figurines d’ivoire et des plaquettes représentant des oies, puis de les enfouir dans son jardin secret. Il récupère des défenses de mammouth dans un endroit dont il tait jalousement l’emplacement. Lyouba est une jeune femme de vingt ans. Depuis ses dix-huit ans ne parle plus. Elle a été élevée par Misha, une vieille femme, car ses parents sont morts alors qu’elle était toute jeune. Sa mère de substitution de religion orthodoxe voue une adoration particulière à Marie Salomé. Le pope Basile règne sur ses ouailles, enfin ceux qui croient encore en la religion.


Kolya a pris Lyouba sous son aile protectrice, or un jour il s’inquiète. Lyouba a disparu. Il la retrouve dans les ruines d’un jardin d’enfant, de l’autre-côté de la frontière, endormie dans une sorte de tunnel, le corps recouvert d’une cape en peaux de loups.

Homme ours
La neige, le vent, le blizzard, la froidure balaient la Plaine. L’alimentation cons iste en de vagues légumes récoltés aux beaux jours et en animaux attrapés difficilement. Les oies, lors de la migration, les lagopèdes, les lapins, les renards sont des proies estimées. Mais ils se passeraient bien des moustiques qui pullulent lorsque le soleil daigne apparaître après de longs mois d’hivers. Pour se réchauffer ils utilisent des briquettes de tourbe, un peu de bois. Mais surtout ils boivent du kvas, une boisson fermentée plus ou moins alcoolisée ainsi que des alcools plus forts et frelatés. Les esprits s’échauffent malgré le froid et le drame ne demande qu’à éclater, exploser dans une nature âpre, aride, sauvage, hostile.


Une fois de plus, mais personne ne s’en plaindra, Franck Pavloff nous offre une histoire dure, poignante, montrant les méfaits de la solitude imposée, du parcage d’êtres humains qui subissent les décisions des Autorités à cause de décisions politiques qui « oublient » les hommes au profit de contingences matérielles, politiques, économiques et scientifiques. Ni le lieu ni la date ne sont précisés mais le lecteur ne sera pas berné. Seule importe l’histoire qui, comme dans  Matin Brun, est une parabole à décrypter selon ses sensibilités. Mais l’avenir que décrit Franck Pavloff au travers des vicissitudes de ces exclus n’est pas rose. Il est vrai que cela se passe dans un endroit reculé, loin de toute existence humaine, mais quand même, il n’est pas vain d’extrapoler.
L’ambiance du Grand Nord, les décors, les paysages, la rudesse des hommes, tout cela m’a fait penser à Jack London lorsqu’il décrit le Grand Nord Américain et Canadien, les orpailleurs, les trappeurs, les paysages, la faune, et bien évidemment les tensions qui s’exacerbent.


Franck PAVLOFF : L’homme à la carrure d’ours. Editions Albin Michel. 208 pages. 15€.

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 10:06

Tout commence par une ordonnance gouvernementale anodine. Pas de quoi matinbrun3.jpgfouetter un chat. Du moins, c’est ce que pensent Charlie et son ami narrateur. L’état à décidé, il n’y a qu’à s’exécuter, sans se poser de questions. Enfin, quand je dis s’exécuter, il s’agirait plutôt d’exécuter, de se débarrasser, des chiens qui ne répondent plus à la norme imposée. Tous ceux qui ne sont pas bruns sont destinés à l’abattage. Charlie et son ami ne s’offusquent pas de cette décision. A part boire des bières et jouer à la belote, le reste ne les touche pas. Charlie a dû se plier à cette, mais la loi c’est la loi.


Mais ce n’est qu’un début car les chats sont eux aussi traqués. Seuls les chats roux sont acceptés. Que fait-on dans ce cas ? On se plie aux injonctions, tout simplement. Ils subissent sans se poser de questions, sans se rebeller. Seulement l’état s’attaque aussi aux livres. Sont interdits tous les ouvrages dans lesquels sont représentés des chiens et des chats ne possédant pas cette couleur unique, brune. Tout s’enchaîne inexorablement…


Ceci n’est qu’une courte nouvelle de fiction, d’anticipation, seulement sous cette parabole se cache une vision de notre avenir qui n’est pas rose. Je ne vais pas rappeler les exactions commises sous le IIIème Reich. Plus jamais ça direz-vous ! Ah bon, mais que se passe-t-il de nos jours lorsqu’un ministre de l’Intérieur se glorifie d’avoir dépassé de plus de 17% le quota, qui lui avait été fixé, du nombre d’expulsions d’étrangers en France (Agence Reuters du 10/01/2012). Content de lui, la main sur le cœur. Facile, il n’a pas de cœur. Je ne crois pas qu’il ait lu ce texte, mais de toute façon il est au-dessus de tout ça. Ce n’est pas de la politique, une simple prise de conscience.


Cela me rappelle un sketch de Fernand Raynaud. Le douanier, qui disait à peu près ceci : J’aime pas les étrangers. J’suis pas bête, j’suis douanier. J’aime pas les étrangers, ils prennent notre travail. Dans mon village, il y avait un étranger. On lui a dit de partir, lui, sa femme et ses enfants. Alors il est parti. Depuis on n’a plus de pain dans le village. Il était boulanger !
Edité en 1998 sans tambour ni trompette, Matin brun s’est vendu depuis à plus 1 580 000 exemplaires et a bénéficié de douze réimpressions. Il est étudié dans certaines écoles. Mais le message a-t-il été compris par tous ? Pas sûr !

Franck PAVLOFF : Matin brun. Editions Cheyne. 12 pages. 1,50€.

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 13:35

 Coincée entre la voie ferrée du RER C et le bois des Tantes le bien nommé,gueux.jpg entre Viroflay et Chaville, s’étend une bande de terre transformée en jardins ouvriers. Cinq cabanes de jardin construites à l’aide matériaux de récupération, un potager, du linge qui sèche sur un fil tendu entre deux poteaux. L’endroit a été surnommé le Quai des Gueux, un terrain appartenant à la SNCF qui dans sa grande mansuétude tolère cet aménagement. Cela dure depuis vingt ans, depuis que Luigi a aménagé ce camp de fortune. Capo, Krishna, Bocuse, Betty Boop et la Môme vivent dans une entente parfaite et presqu’en autarcie. Ils n’ont pas l’électricité et ont raccordé l’eau courante à un point d’eau. Parfois Bocuse, qui est le cuistot, d’où son surnom, effectue des remplacements dans une supérette tandis Betty Boop récupère les détritus dans les poubelles. Pas n’importe quoi, juste ce qu’il leur faut pour vivre. Pas de gâchis non plus chez eux. Ce sont des SDF. Sans Domicile Fiable. A moins que ce sigle signifie Sans Doute Foutus. Allez savoir.
Luigi est de retour depuis quelques mois après avoir purgé dix-sept ans de prison pour un meurtre qu’il a avoué. Il se trimballe avec un chariot de supermarché, dans lequel il emmagasine quelques bricoles. Et ce jour-là alors qu’il rentre tranquillement la Môme lui dit de dégager rapidement. Ce n’est pas parce qu’elle est fâchée, mais juste pour le prévenir. Trois Bleus sont venus peu auparavant et elle a peur que Luigi soit incarcéré de nouveau. Le motif réside en trois corps de jeunes femmes retrouvées sur les rails, en piteux état. En pièces détachées, très exactement. Pour la Môme c’est un dingue qui a accompli ce forfait mais elle a peur pour Luigi, à cause de ses antécédents.


Trois femmes, à quelques jours de distance. L’inspecteur Evariste Blond (prononcez Blonde comme James Bond) du 36 quai des Orfèvres hérite de l’enquête. Il en profite pour convier sa stagiaire Christelle, qui doit terminer dans peu de jours son bain dans l’antre de la Criminelle et s’ennuie copieusement à rédiger ses rapports. Il lui demande si Timothée, son fiancé qui vient la chercher de temps à autre, pourrait les aider. Christelle se défend de posséder un quelconque ami encore moins un ami, ce n’est juste qu’un sous-colocataire qui vit avec elle, un point c’est tout. Des précisions qui ne sont pas à négliger et dont se moque Evariste Blond. Timothée va s’infiltrer, s’il le peut dans le Quai de Gueux tandis que lui et sa nouvelle et toute fraîche adjointe vont repérer les lieux. Et pour faire bonne mesure, Sonier, Florence pour les intimes, agent des RG, est elle aussi sur l’affaire car dans sa partie c’est une spécialiste. Son travail, c’est de travailler sur les ordinateurs, à la recherche de sites plus ou moins malsain. Et il faut aussi écouter les avis du médecin-légiste. De quoi en perdre la tête. Comme les deux jeunes femmes dont la partie pensante n’a pas été retrouvée. Un point de l’affaire à élucider, l’autre étant : meurtre ou suicide. Et s’il s’agit d’un suicide, où les têtes ont-elles pu se planquer ?
Pendant ce temps, Luigi déambule à pied avec son chariot avec en tête (oui, lui, il l’a sur les épaules) retrouver son copain Jérôme et Lula, là-bas du côté d’Ermenonville. Tout en sachant que son passage en prison, sans toucher le bonus du Monopoly, et que les Bleus qui sont à sa recherche, c’est bien pour lui mettre les morts des jeunes femmes sur le dos. Déjà qu’il y a dix-sept ans…


Hervé Sard bouscule les à priori, les préjugés, les opinions toutes faites sur le monde, de plus en plus débordant du cadre strict d’une cours des miracles, des mal logés, des SDF, des marginaux. De ceux qui sont rejetés par la société mais sont récupérés lors de certaines échéances. Les faire-valoir, malgré eux, d’âmes bien pensantes à des fins électoralistes. Mais il n’entre pas dans le misérabilisme de bon aloi, il ne force pas le trait. Ce sont des personnages comme vous et moi, pas aujourd’hui penserez-vous mais demain peut-être, qui ont connu le malheur, n’ont pas réussi à surmonter les difficultés, ou ont choisi délibérément la voie de la liberté. Quelques scènes sont particulièrement significatives. Et il est démontré que les plus démunis peuvent eux aussi pratiquer la charité envers les plus riches qu’eux. En certaines circonstances. Et si le mot n’était pas un peu galvaudé, je parlerais d’humanisme.


Si je devais retenir, outre l’histoire dans son ensemble, quelques impressions de lectures, ce seraient les échanges quasi philosophiques entre Timothée et Krishna. Sur la religion, sur Dieu, ou celui qui est appelé Dieu quelle que soit la religion, et autres pensées sur le bonheur, la théorie de l’univers. Les hommes ont créé la religion. Donc les hommes ont créé Dieu. Croire en Dieu, c’est croire en l’homme. Ou Il est préférable de connaître l’ignorance que d’ignorer la connaissance. Enfin Le plaisir est l’ingrédient d’un mets dont nul ne connait la recette. Bien entendu, pour apprécier toute la saveur de ces citations, il faut les lire dans le contexte, mais je n’ai pu résister au plaisir de vous en dévoiler la teneur. Et comme pense Krishna : Remuer la boue, ça ne la fait pas disparaître, et si le niveau baisse c’est qu’elle a éclaboussé.

Vous pouvez également retrouver l'avis de Claude Le Nocher sur Action Suspense.


Hervé SARD : Le crépuscule des Gueux. Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. 298 pages. 11€.

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 13:31

Vous pouvez retrouver la première partie de cet entretien Ici.
On ne peut pas évoquer le nom de Max Obione sans parler de Krakoen.

Comment est née cette entreprise, une coopérative d’auteurs, et comment cela marche-t-il ?
À plus de soixante ans, (je suis né sous Pétain, je sais, ça fait drôle, dit comme ça !)Max_seine_nb.JPG j’avais besoin d’aller vite et comme les portes des maisons d’édition à qui j’avais adressé mes tapuscrits étaient restées closes, j’ai donc décidé d’exister en créant avec deux amis une coopérative d’édition. Car la liberté d’expression est un concept creux, un leurre, sans l’accès à l’édition.
Pour expliquer Krakoen, j’évoque souvent l’organisation des coopératives vinicoles en particulier. Outre que nos auteurs ne sont pas les derniers à cracher sur le jaja, je crois que l’image colle assez bien à la réalité. Comme les vignerons apportent leurs raisins à la coopérative du village afin que celle-ci les vinifie, des auteurs apportent leurs tapuscrits à Krakoen pour en faire des livres. Mais Krakoen n’est pas une auberge espagnole, n’y rentre pas qui veut, ne devient pas micro éditeur qui veut. C’est ce qui fait l’originalité de la formule. Krakoen n’est pas non plus une officine déguisée qui vend du compte d’auteur. Car Krakoen sélectionne la vendange, il ne prend ni les textes trop verts, ni ceux de mauvaises qualités. Si le cépage est noble, on améliore le jus, on retravaille la mouture… et au final on colle l’étiquette sur la bouteille. En cette occurrence, le micro éditeur, auteur du texte, c’est le vigneron, la coopérative rend tout cela possible en mutualisant son savoir faire dans le cadre de l’autoproduction éditoriale. Je rappelle que Krakoen ne poursuit aucun but lucratif.


N’importe qui peut-il faire partie de Krakoen ?
Pour faire partie de Krakoen, l’auteur choisit de devenir micro éditeur acceptant le principe de la coopération et de l’autoproduction éditoriale ; pour ce faire, il doit être coopté par le groupe au vu de son projet. Cela étant, ma voix dans ce concert est prépondérante et au sein du collectif d’auteurs, j’assume le rôle du boss. De surcroît, le nombre de coopérateurs ayant une production régulière ne saurait grandir indéfiniment. Une vingtaine d’auteurs est un nombre optimal. Les adhésions à l’association coopérative ne sauraient dépasser cet effectif, au gré des arrivées et des départs, afin de préserver le caractère particulier de cette "maison" qui sort huit à douze polars par an. Actuellement, le plan de charge de Krakoen est rempli jusqu’en 2013. Face au succès de la formule, on n’accepte plus d’auteur jusqu’à nouvel ordre. Le but de la manœuvre est de maîtriser l’outil en restant modeste dans notre organisation, de recourir au bénévolat autant que faire se peut dans un esprit autogestionnaire (oh ! un gros mot de soixante-huitard, excuse-moi !), tout en revendiquant un professionnalisme des plus exigeant. Krakoen est une utopie en action qui ne fonctionne que grâce au bon esprit régnant entre ses membres (le gang) et à l’enthousiasme qui les anime.


pauletlestaff.JPGMais existe-t-il une ligne éditoriale propre à Krakoen ?
On n’a pas de ligne éditoriale précise, au sens de politique littéraire avérée et assumée, puisque les titres vont du noir radical au roman procédural de facture classique. Ce qui ressort de l’ensemble, c’est l’absence de formatage qu’on constate assez fréquemment dans le polar aujourd’hui. Presque tous les manuscrits édités sous l’égide de Krakoen ont été considérés au départ soit comme atypiques, soit comme inaboutis. Nous, on sort plutôt les impubliables par les maisons classiques, considérant que ce sont ceux qui rendent le genre vivant. Le côté atypique n’est pas pour nous un handicap, car il introduit de la diversité, le côté inabouti non plus, car on ne rechigne pas à accomplir une mise au point avec l’auteur qui de cette manière va progresser. Ainsi, le polar ancré dans l’Histoire côtoie-t-il le polar au style social déjanté ; le roman noir revisitant les archétypes comme Amin's blues fraye avec le roman à trame whodunit. Pour plus de détails notamment sur nos collections, je renvoie au site http://krakoen.net


Est-ce difficile de se faire une place sur la place éditoriale lorsqu’on est un nouvel et atypique éditeur ?
Nous avons eu du mal à nous faire reconnaître par les professionnels du livre qui nous renvoyaient dans l’enfer de l’autoédition. La bagarre pour se faire référencer sur la base professionnelle Electre fut épique et a duré plusieurs années. Un seul bastion résiste encore : le Centre National du Livre, toujours en retard sur l’évolution des technologies et du droit intellectuel. Il y a bien encore des petits sourires entendus ou condescendants de la part de quelques membres de la profession (éditeurs, libraires, auteurs, organisateurs divers), attestant que notre formule serait toujours sujette à caution à leurs yeux. Nous, on les laisse digérer leurs certitudes. Un contrat à compte d’éditeur serait-il une meilleure garantie littéraire contre l’invasion des auteurs médiocres qui s’éditent sans le filtre d’un vrai éditeur ? Quand on lit le nombre de daubes éditées sous l’empire de ce type de contrat, on se bidonne ! Notre réponse, elle est simple : lisez nos ouvrages et on discute après. Certes on peut se tromper de temps en temps, mais pas tout le temps, et les échos favorables donnés à nos publications suffisent à notre bonheur. Krakoen, la petite fabrique de polars, s’est progressivement imposée.


Quel est le rythme de parution annuel ?
Entre 8 à 12 ouvrages par an.


Tu as un collectif d’auteurs qui te sont fidèles. Il s’agit d’une bande de Herve-Sard.JPGcopains qui s’est formée au fil des publications, ou les connaissais-tu auparavant ?
Tout a commencé dans les années 2005 grâce au forum de Pol’art noir tenu par l’ami Patrick Galmel, sur lequel je participais aux échanges en parlant notamment de Krakoen qui venait d’être créé et des difficultés générales d’accès à l’édition pour les auteurs. Cela a intéressé quelques forumeurs dont Jeanne Desaubry, Franck Membribe, Zolma, Hervé Sard, Jan Thirion, Paul Colize pour ne citer qu’eux. Rapidement ceux-ci ont constitué un noyau dur qui est venu s’agréger aux trois membres fondateurs (Obione, Hubel et Feeny). Puis, le tamtam a résonné dans le petit landernau du polar, nos publications ont commencé à avoir de la lisibilité, et quelques bons papiers aidant, c’est ainsi que nous sommes apparus comme une alternative sérieuse et professionnelle à l’édition classique.


Certains des auteurs, je pense à Jan Thirion par exemple, sont édités par ailleurs. Parce que les ouvrages ne correspondent pas à ta ligne éditoriale ?
Non, parce que les membres de Krakoen sont entièrement libres de se faire éditer par d’autres maisons d’édition. Pas d’exclusivité chez Krakoen. Certains souhaitent n’être édités que sous le label Krakoen, d’autres proposent leurs nouveaux manuscrits à des maisons classiques. Thirion, Zolma, Membribe, Laurent, Vix, Vindy, Colize et Gillio sont (ou vont l’être prochainement) édités chez d’autres éditeurs, mais ils ont toujours la possibilité de continuer d’éditer, le cas échéant, de nouveaux manuscrits chez Krakoen. De toute façon leurs livres figurant à notre catalogue les rattachent à Krakoen. Il faut considérer que Krakoen a rempli son objet quand un auteur ayant édité chez Krakoen qui lui a donné la possibilité d’exister dans le monde des livres a été remarqué par la critique, le lectorat et qu’il commence à faire valoir son talent ignoré jusqu’alors. Dans ce cas, on peut utiliser l’expression « mettre le pied à l’étrier » pour qualifier cette autre mission de Krakoen.


lemystererkrakoen.jpgReçois-tu beaucoup de manuscrits ?
Très peu aujourd’hui, pour la simple raison que figure sur notre site la mention selon laquelle nous n’acceptons plus de nouveaux manuscrits ni de nouveaux auteurs. Gérer l’afflux de manuscrits est un travail important pour une petite structure qui souhaiterait ne pas snober les auteurs en ne répondant pas ou de manière stéréotypée. Notre effectif, limité à 20 auteurs, est complet. Malgré l’avertissement, des manuscrits nous parviennent encore. La manière d’accéder à Krakoen est plus subtile, ce sont les contacts directs, les échanges sur la formule d’édition, l’adhésion à celle-ci, à l’esprit du groupe, qui forment le préalable à toute éventuelle adhésion à Krakoen. Et bien évidemment, sera prise en compte une qualité littéraire et d’imagination de l’impétrant, que notre comité de lecture saura détecter.


Tes projets, car il me semble que l’édition t’accapare et que tu négliges un peu l’écriture ?
Oui, l’édition me dévore mais c’est passionnant ! Effectivement, le temps pour mes écritures est réduit d’autant. Je trouve encore quelques plages de temps libres durant lesquels je suis en mesure d’écrire une nouvelle, de travailler un chapitre. Gérer le temps, tous les actifs le disent, c’est un boulot à plein temps ! J’essaie de m’organiser du mieux que je peux. Le nouveau mode de distribution de nos ouvrages me donne désormais plus de disponibilités pour mes projets, la direction littéraire est entre les mains et sous l’œil expert de Jeanne Desaubry, la gestion du site est effectuée par Hervé Sard. Il est évident que si tous les coopérateurs résidaient dans le même coin, je pourrais déléguer plus facilement le travail, mais comme ils sont tous disséminés dans le pays et en Belgique, le plus gros du travail repose encore sur le pivot qui réside au siège social (mise au point, fabrication, référencement, administration, représentation, etc.). Cela remplit agréablement mes journées et parfois mes nuits.


Quel est ton programme ?
Je travaille actuellement à un roman jeunesse qui m’a été commandé : « Le maillot à Vietto » ; j’ai un autre roman en chantier « Les petites sueurs », du noir déjanté sur fond de crise monétaire explosive… Et toujours des nouvelles pour faire bon poids. A cela, il faut rajouter la direction d’un numéro spécial de la revue 813 consacré à Boxe et polar et la tenue quotidienne du blog de 813 Les amis des littératures policières…
Vive la retraite active, tu en sais quelque chose, non ?

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 10:26

dunesAh la mer, les embruns, les dunes de sable ! Carte postale rêvée de tous les estivants qui viennent se prélasser sur les plages du Nord recherchant le calme, la sérénité et la solitude. Sauf que, en ces mois d’hiver, c’est le sale temps qui règne en maître. Ce qui n’est pas forcément pour déplaire à Victor, un sexagénaire qui a pris une année sabbatique après le décès de sa femme. Un soulagement. Il a quitté Grenoble et il vit dans une villa nichée loin de tout avec Martha, une jeune fille étudiante qu’il a connue en tant que professeur à la fac. Une femme trop jeune pour lui, pense le voyeur qui les traque avec son appareil photo, obsédé de plus en plus par Martha, car de Victor il n’en a cure. Tout se passerait bien si un individu ne s’était pas introduit dans la maison, lors d’une absence de Victor et n’avait pas violé Martha. Victor rentré à l’improviste égorge l’homme dans un moment de fureur puis il enveloppe le corps dans des nattes de plage et le trimballe dans sa carriole accrochée à son vélo jusqu’au haut d’une falaise et le bascule dans la mer. Un pêcheur ramasse dans ses filets ce cadavre à moitié grignoté par les poissons. Selon les premiers examens réalisés par la gendarmerie locale, il s’agit de Benacer, un triste individu, récidiviste qui s’est fait la belle en toute impunité. Entre les deux amants le climat se détériore d’autant que Martha a avoué qu’elle était espionnée depuis quelques semaines. D’ailleurs Martha avait déjà été violée à Grenoble par une bande d’excités sexuels. Un traumatisme dont elle a eu du mal à se débarrasser, avec l’aide de Victor. Le voyeur n’est autre que Duchamp, le journaleux local, promis à un bel avenir s’il n’avait pas fait l’imbécile. Depuis il végète, se contentant d’espionner. Victor fulmine en voyant partout des photos de Martha dans l’appartement minable de Duchamp. La jalousie commence à le tarauder. Il imagine un stratagème susceptible de le dédouaner tout en accusant Duchamp.
L’univers de Jeanne Desaubry navigue du côté de David Goodis et de Simenon, celui des romans dans lesquels Maigret joue aucun rôle. L’atmosphère, l’intrigue, les relations qui se délitent entre les divers personnages, font penser à ces deux grands maîtres du roman noir avec toutefois une touche personnelle, une écriture imagée (La maison est nichée entre deux seins de sable gris doucement vallonnés, mouillés par l’hiver) tout en étant sèche, précise et concise, presque abstraite (C’est l’été quand elle les retrouve. Première ligne du chapitre 24). Les personnages principaux évoluent au fil du déroulement de l’histoire, révélant leur véritable nature, et seule Martha peut trouver grâce auprès du lecteur, avec son côté fragile d’oiseau blessé. Le contrepoint étant assuré par la capitaine de gendarmerie qui se dresse fière dans ses bottes, et le pauvre Maillard, son adjoint, qui a de bonnes idées mais ne sait pas les exploiter. Et cette histoire d’amour devient rapidement le grain de sable qui cache les dunes et raye les existences. Ce troisième roman de Jeanne Desaubry démontre un réel talent de conteur et de fabriquant d’intrigues qui pourraient s’inscrire dans une comédie inhumaine moderne.

Jeanne Desaubry : Dunes froides. Editions Krakoen.

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 10:20

Derrière un roman policier, ou tout autre genre de la littérature sextoy11.jpgdite populaire, se cache un écrivain qui regarde le monde tel qu’il est et l’intègre dans ses intrigues sans vraiment le déformer, juste en apportant sa sensibilité et ses phantasmes. Comme le fabuliste animalier mettait en scène ses contemporains, dénonçant leurs travers avec humour, et clôturait sa démonstration par une morale élégante, Jan Thirion avec Sextoy made in China, titre évocateur qui devrait se passer de commentaires, nous propose de nous plonger dans un épisode qui bizarrement colle à l’actualité.


Alors que Hu Jintao, le président de la République Populaire de Chine, est en visite officielle en France, les rues et les places de la capitale ont été décorées en son honneur. Ce n’est pas toujours de très bon goût, mais les Parisiens, et les Français en général, sont volontiers farceurs et frondeurs. Fayrouz Jasmin, journaliste d’investigation à Trustinfo, site d’informations sur le web, est réveillée brutalement, au sortir d’une nuit amoureuse, par son patron qui lui demande d’aller illico presto rue de la Butte aux Cailles, un attentat supposé venant de se produire. Les autres médias n’en ont pas encore parlé, et Lucas, son patron, est tout guilleret à l’idée de les griller. Enfourchant son vieux scooter, Fayrouz se rend sur place et retrouve le commissaire Naseau, lequel manque parfois de nez, car il n’a pas flairé des indices laissés sur place par une des victimes. L’une d’elles n’est autre que Marie, la fille adoptive pour les uns, naturelle pour les autres, du ministre Ledamier, et qui joue aux dames. Marie était en compagnie d’une partenaire et l’objet du délit est un olibos en matière synthétique, fluo et vibrant. Fayrous se renseigne auprès d’un commerçant qui lui remet des clés qu’aurait perdues la jeune fille, clés qui justement mettent en marche une petite moto et permettent de découvrir à l’intérieur de la malle arrière un prospectus émanant d’une boutique vendant des articles de compensation à la libido des femmes en manque de satisfaction charnelle. Ni une, ni deux, Fayrous emprunte l’engin à deux roues et afin de ne pas éveiller la suspicion du marchand de succédanés sexuels achète un article du même acabit. Mais elle se fait enlever par quatre trublions masqués qui s’interpellent à l’aide de noms d’animaux.


sextoy11-copie-1.jpgLes rues que doit emprunter le cortège présidentiel sont très animées, surveillées par moult policiers, et l’ambiance se révèle plutôt électrique. C’est dans ce gentil foutoir qu’évoluent la belle Fayrouz et quelques protagonistes aux agissements pour le moins surprenant. Notamment le brave commissaire Naseau, qui semblait bien esquinté physiquement lorsque Fazyrouz l’a abordé rue de la Butte aux Cailles, ou encore Coralie, une autre journaliste de Trustinfo qui ne manque pas de battant, un inspecteur de l’IGS, une vieille dame qui joue à la Guerre des Etoiles avec les dildos que vend son fils, et les fameux agresseurs qui fomentent quelque chose de pas très net.
Jan Thirion nous entraîne dans une intrigue complètement débridée, et qui aurait pu arriver lors du séjour de Hu Jintao. Mais ça vous ne le saurez jamais. La réaction de quelques parisiens adeptes du lancer d’objets manufacturés en Asie, elle, ne s’est pas produite, mais je suis persuadé que bon nombre de personnes y ont pensé sans mettre leur idée en pratique.
Jan THIRION : Sextoy made in China. Collection Forcément Noir, éditions Krakoen.

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 13:35

Oncle Paul : Que faisais-tu avant d’écrire ?
Tout d’abord, j’ai toujours écrit. A dire vrai, il n’y a pas véritablement unM.-Obione---D.-Forma.JPG avant et un après. Simplement, il y a la prise de conscience, la soixantaine en vue, que ce que j’écrivais commençait à présenter un intérêt et une certaine valeur littéraire et qu’il était peut-être temps de le partager avec des lecteurs. Comme mes amis se plaisent à me le rappeler, je suis, en quelque sorte, un jeune auteur tardif.
Mon métier avant que mon activité salariée ne s’arrête ? J’étais magistrat, d’un genre particulier appartenant à l’ordre administratif, dans une juridiction financière. J’ai terminé ma carrière comme commissaire du gouvernement près d’une chambre régionale des comptes, une espèce de procureur financier. Auparavant, durant quelques années, j’ai été directeur régional des affaires culturelles, contrôleur financier, syndicaliste, percepteur, libraire.
Il se trouve que l’aridité de la matière et l’impersonnalité du style administratif n’ont pas entamé ton besoin d’écrire. Comment est venu justement ce besoin, cette envie ?
C’est un besoin que je partage avec beaucoup de gens, écrire est une pratique culturelle majeure dans notre pays notamment, une passion française, il suffit d’interroger les éditeurs qui évoquent l’afflux continu de manuscrits. Mais c’est l’amour des livres qui est à l’origine de mon orientation tardive vers l’écriture éditée. J’ai été un lecteur compulsif durant mon adolescence au point qu’une fois mon bac en poche j’ai voulu devenir libraire.
Si tes romans sont des romans noirs, dans tous les sens du terme comme dans Amin’s blues, toutefois l’humour s’invite parfois comme dans Gaufre royale. Dans lequel de ces genres tu te sens le plus à l’aise ?
Je dirais dans les deux. Cela relève certainement d’un certain éclectisme et d’un goût du plaisir d’écrire comme celui de la table qui peut varier d’un plat à un autre afin de ne pas se lasser de vivre tout simplement, car je pourrais me fixer sur un genre, c’est plus facile de se faire reconnaître lorsqu’on ne laboure qu’un seul type d’objet littéraire. Mais on aime bien caser, typer, et si l’on considère souvent comme une faiblesse artistique le fait de papillonner d’un mode d’expression à l’autre, je crois tout le contraire. Le jeu d’une palette stylistique multiforme, au-delà de l’histoire fictionnelle, m’intéresse davantage que de rouler sur des rails d’une voie sans bifurcations.
Dans Scarelife, c’est un peu un hommage à David Goodis que tu écris. Un auteur qui t’a marqué ?
Quand tu débarques sur la planète polar, tu as le sentiment que tout a étéscarelife1 écrit, et que toi, l’orgueilleux vermisseau, tu n’a sans doute pas grand-chose de neuf à inventer… C’est ce complexe paralysant que j’ai dépassé en décidant de revisiter les grands classiques du genre comme le roman de ring avec Amin’s blues, le road book avec Scarelife, les grandes figures archétypales du genre, comme le détective privé avec Gaufre royale. Quitte à subvertir les codes du genre pour mieux les pratiquer dans une contrainte féconde.
Dans Scarelife précisément, j’effectue un exercice d’admiration envers cette littérature américaine qui m’a passionné, envers Goodis en particulier. Ce n’est pas un pastiche, personne n’a trouvé de références tangibles renvoyant à de précédents romans noirs. Je me suis emparé de l’ambiance, de la lumière, du jus, si l’on peut dire, et j’ai raconté une histoire en utilisant une structure romanesque à trois étages. Le personnage Goodis m’a toujours intrigué. Les looseurs sont éminemment romanesques.
Tu n’as pas vraiment de personnages récurrents. Pourquoi ?
J’ai deux personnages récurrents qu’on trouve dans deux romans à la suite : Les vieilles décences et Le jeu du lézard. Il s’agit d’un flic et d’un juge, à la retraite tous les deux, qui ne s’embarrassent plus de procédure pénale lorsqu’ils tombent par hasard sur des magouilles criminelles. Ils appartiennent à la catégorie des nettoyeurs. Souvent, des lecteurs me réclament une suite que j’ai différée pour l’instant et peut-être pour toujours. En effet, le grand plaisir lorsque tu écris un polar (ou un autre type de roman, j’imagine) c’est la connivence qui s’installe entre l’auteur et les personnages qu’il fait vivre sous sa plume. Et ce processus est bien mystérieux surtout pour les personnes qui ne connaissent pas ce type d’expérience. Au fil de la création, il se trouve que les personnages évoluent, s’en viennent à réagir, te surprennent, tu peux les calmer, les mettre en lumière et même les zigouiller carrément. Cet aspect assez ludique participe du plaisir d’écrire ce type de littérature. Mais quand tu les fais exister de livre en livre, tu les connais par cœur en fin de compte, hormis les situations qui peuvent être différentes, leurs caractères demeurent identiques, ils ne te surprennent plus. Et simplement étoffer le plan du roman que tu as bâti avec les réactions des mêmes zigotos me rappelle trop des tâches répétitives de bureau pour me satisfaire vraiment.
Parallèlement à tes romans, cinq je crois, tu a écris de très nombreuses nouvelles, dont certaines ont été réunies en 2011 dans l’ouvrage Ironie du short. Pourtant il parait que les Français n’aiment pas la nouvelle. Le ressens-tu ainsi ?
ironiedushort11-copie-1.jpgJ’ai écrit plus d’une cinquantaine de nouvelles, regroupées en partie dans deux recueils : Balistique du désir, et le dernier L’ironie du short. Le petit véhicule de la nouvelle me convient, ce format court, cette sorte de pochade littéraire stimule mon plaisir d’écrire, car elle dit tout du geste artistique comme chez le peintre. La nouvelle est un terrain d’aventures pour les littérateurs en devenir. J’ai fait mes premiers pas, comme beaucoup, en écrivant des nouvelles. En répondant à de nombreux concours qui pullulent. On dit communément que faire court, c’est un art à part entière, je ne sais pas, je m’y sens à l’aise avec les couleurs, les odeurs, la vie, la mort, tu ne te prends pas la tête pendant des mois, en quelques pages tout est dit.
Il y a un lectorat de la nouvelle, il est limité du fait d’un certain nombre de facteurs qu’ils seraient trop long d’analyser ici. Mais beaucoup de nouvelles sont publiées, j’ai été étonné de lire à l’occasion du prix Boccace promu par l’association Tu connais la nouvelle la liste des recueils édités dans l’année et la diversité des maisons d’édition. Les récitals de nouvelles lues à haute voix se développent, le chargement sur les liseuses des nouvelles (au format numérique) est en passe de prendre. Le fond consacré aux nouvelles policières et noires, développé par Frédéric Prilleux et son équipe à Pordic, au sein de La Noiraude est exemplaire. On rêve pour la nouvelle du statut dont elle dispose dans les pays anglo-saxons. Faisons un rêve. Il suffirait peut-être d’une campagne promotionnelle à grande échelle et d’un travail plus constant dans les écoles en axant les programmes sur la lecture et l’écriture de fiction courte. Si j’ai des modèles parmi les nouvellistes, ce serait Marc Villard et son compère Jean-Bernard Pouy. Ils ont d’ailleurs tous les deux préfacés mes deux recueils.
Je profite de cette interview pour t’informer que Krakoen lance une nouvelle collection PETIT NOIR au début 2012. Ce sont des petits poches de 20 pages, comprenant une unique nouvelle à lire dans les bistrots sur le zinc ou en terrasse, le temps d’un café (ou sur une liseuse). J’inaugure cette collection avec Gun, l’histoire d’un petit maquereau qui apprendra à ses dépends que la concurrence en matière de tapin profite toujours aux gros barbeaux.

N'oubliez pas de visiter le blog de Max Obione Ici
Vous pouvez retrouver ma chronique de Scarelife Ici et celle de L’Ironie du short Ici.
La seconde partie de l'entretien est ici 

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