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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 13:52

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Comme tout un chacun, je possède des préjugés, des à priori, mais dans le même temps, je suis curieux. Dans le bon sens du terme, c’est-à-dire que je ne m’intéresse pas à la vie privée des gens, voisins, collègues et autres, mais que j’essaie de m’orienter vers tout ce qui touche à la littérature populaire.

Celle-ci se compose de plusieurs genres, déclinés en sous-genres, et la littérature appelée parfois de façon méprisante « à l’eau de rose », ou romans sentimentaux, fait partie de cette classification. Aussi je me suis posé cette question : Quel est donc le secret de Danielle Steel pour drainer autant de lectrices, et de lecteurs ? Et le meilleur moyen de répondre à cette interrogation était de se plonger dans un roman de cette américaine dont la photo en quatrième de couverture pourrait nous faire accroire qu’elle serait une cousine de Barbara Cartland et de Mary Higgins Clark.

Le titre de ce nouvel opus nous incite à nous plonger dans un phénomène de société de plus en plus prégnant, la famille recomposée.

Comment se retrouver mère d’une fratrie de trois enfants sans devenir parturiente ? Tout simplement en adoptant ses neveux devenus orphelins suite à un accident de voiture des parents. C’est ainsi qu’Annie, architecte qui commence à être renommée, célibataire mais dotée d’un petit ami, recueille les trois enfants de sa sœur et de son beau-frère qui ont perdu la vie dans le crash de leur avion personnel. L’arrivée de Liz, douze ans, de Ted, huit ans, et de Katie, cinq ans, fait fuir Seth, l’ami qui aurait pu partager la vie d’Annie et la jeune femme se retrouve seule à continuer à élever son neveu et ses nièces.

danielle-steel-3.jpgLes années passent dans une relative tranquillité, sans heurts de part et d’autres. Liz est passionnée de mode, Ted envisage d’étudier le droit et Katie est fortement attirée par un avenir artistique, tout en se démarquant des membres de sa famille. A treize ans elle commence à se faire percer les oreilles, puis le nombril, à se teindre les cheveux en bleu puis à se faire tatouer, le tout grâce à son argent de poche.

Seize ans plus tard, Annie se rend compte que ses « enfants » commencent à vouloir faire leur vie, ce qui la chagrine, les considérant toujours comme des adolescents. Elle s’est sacrifiée volontairement et vit seule, ce qui ne la perturbe pas outre mesure. Elle a connu quelques aventures sans lendemain, c’est tout. Son travail aussi l’accapare. Malgré les essais de Whitney, son amie de longue date qui l’invite lors de soirées et lui propose de rencontrer des hommes susceptibles de convoler avec elle, elle ne trouve pas chaussure à son pied. Elle est peut-être trop difficile, et les prétendants sont trop fats, imbus d’eux-mêmes, étalant sans vergogne leur richesse et leur position dans la société.

Liz est rédactrice chez Vogue, ce qui l’amène à voyager hors frontières. Elle fait ainsi la connaissance de Jean-Pierre, un photographe français, avec lequel elle s’entend si bien qu’elle finit par partager son lit. Jean-Pierre est un peu plus vieux qu’elle, père d’un gamin et séparé de sa femme.

Ted est étudiant en droit, ses notes sont plus qu’honorables, mais Pattie, maître de conférences remplaçant son professeur habituel, lui suggère de lui donner des cours particuliers. Bien évidemment Ted accepte et rencontre la jeune femme âgée de trente six ans et mère de deux petites filles dont elle partage la garde avec un mari dont elle est divorcée. Mais il va bientôt tomber dans les rets de cette amante, mante religieuse.

Quant à Katie, elle a décidé de sécher les cours pour un semestre, se sentant une véritable âme d’artiste, et de dessiner des tatouages, dont elle porte quelques exemplaires de sa création. Elle va travailler, au grand dam d’Annie, chez un tatoueur, dans un quartier mal famé afin de se faire la main. Elle rencontre Paul, un descendant d’Iraniens réfugiés aux Etats-Unis depuis une dizaine d’année. Il possède la double nationalité et envisage d’aller au pays en sa compagnie afin d’y retrouver le frère de son père et son grand-père, et renouer avec une partie de ses racines.

Annie est perturbée par cette avalanche de ce qu’elle considère comme de mauvaises nouvelles. Elle juge que ses « enfants » adoptifs ne sont pas encore mûrs et qu’elle doit les surveiller malgré les avis de son amie Whitney qui au contraire pense qu’ils doivent parfois se confronter à des erreurs de parcours afin d’acquérir la maturité nécessaire pour mieux se débrouiller dans la vie. Son travail d’architecte l’accapare par ailleurs. Pas au point que ses chevilles gonflent. Si, une quand même, elle a une cheville qui gonfle, à cause d’une malencontreuse rencontre avec une plaque de verglas. Et elle se retrouve aux urgences en compagnie d’un bras cassé, physiquement, un quinquagénaire dont un bras a besoin d’un soutien matérialisé par une attèle. Il est séduisant, et surtout aimable, prévenant. C’est un journaliste présentateur télévisé et accessoirement reporter international.

Tous les ingrédients propices à faire rêver sont présents. Tout le monde est beau, riche ou au moins aisé, mais dans ce microcosme des failles existent. Et tout le talent de Danielle Steel consiste à mettre ces accrocs en évidence afin d’appâter le lecteur, la lectrice le plus souvent. Certaines peuvent se reconnaître plus ou moins dans ces descriptions, mais surtout alimenter leurs phantasmes, leur imaginaire. Des situations cocasses, vaudevillesques sont décrites et quelques passages gentiment érotiques, qui œuvrent plus dans la suggestif que dans le descriptif, peuvent aider à s’endormir ou à la rigueur réveiller leur compagnon afin de procéder au simulacre de la reproduction sans arrière-pensée. Et il est à noter que les yeux d’un homme et d’une femme sont totalement différents lorsqu’il s’agit de juger un tiers. Ainsi Ted voit en Pattie une jeune femme, guère plus âgée que lui, dont les longs cheveux bouclés et blonds la font paraître plus jeune que son âge. Annie qui, rappelons-le a quarante-deux ans, lorsqu’elle aperçoit Pattie qui en a trente-six, la trouve plus âgée et moins bien conservée qu’elle. Mais Danielle Steel pointe un doigt également vers un autre problème de société qui devient de plus en plus courant : la mixité des origines, des religions et des problèmes qui y sont afférents. Bref, je ressors de ce roman avec le plaisir de la lecture, de la découverte, et je regrette que certains se montrent sectaires, rejetant une frange de la littérature sans avoir essayé de l’aborder.

Danielle STEEL : Liens familiaux (Family ties – 2010 ; traduit de l’anglais par Hélène Colombeau). Presses de la Cité. 312 pages. 19,90€.

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 07:05

docteur-jeep.jpg

L’amateur de nouvelles policières ou fantastiques peut se sentir frustré lorsqu’il sait qu’un auteur qu’il apprécie a fourni un grand nombre de nouvelles à des fanzines, revues, ou anthologies, auxquelles il ne peut accéder, soit parce que ces fanzines et autres possèdent un tirage trop confidentiel, soit parce qu’elles n’existent plus, ou parce qu’il n’en a pas eu connaissance. Et puis, raisonnablement, pourrait-il tout acquérir, s’abonner à tous ces fanzines dont il ne connait pas forcément l’existence ? L’auteur lui-même peut se sentir lésé d’éparpiller ainsi sa prose aux quatre vents de la littérature, offrant parfois des nouvelles pour aider les jeunes publications, ou en complément de dossiers, fournissant des textes pour des anthologies, uniquement dans le but souvent d’aider mais sans en être rétribué. Il se fait la main, c’est un fait, surtout lorsqu’il débute, mais après ? Que deviennent ces publications, rangées au fond d’une malle, d’un grenier, ou tout simplement virées à la déchetterie par manque de place ou à cause de l’inconscience d’héritiers n’ayant aucun scrupule.

Grâce à Philippe Ward, vingt-deux nouvelles de Thomas Bauduret alias Patrick Eris sont ainsi exhumées, et quelques unes sont même inédites, par la force des choses, devant paraître dans des recueils qui pour des raisons indépendantes de sa volonté ne sont jamais sortis.

Mais des textes enfilés les uns derrières les autres n’auraient qu’un intérêt limité, celui de la découverte attendrissante. Le bonus, comme dans ce recueil, c’est lorsque l’auteur nous les présente lui-même, en quelques lignes. Comment l’idée de la nouvelle lui est venue, si éventuellement il adresse un petit clin d’œil sous forme de pastiche à un confrère défunt (Zombies de tous pays), en devenir (Moins que rien), ou un musicien (Isolation), une influence issue d’une culture littéraire transocéanique (L’architecte) ou d’une expérience personnelle (Réseau de nuit).

Le fantastique comporte autant de genres que la littérature policière, ce qui lui permet de se renouveler sans qu’il y ait saturation. Les histoires de zombies ont largement été exploitées, pourtant Patrick Eris en renouvelle l’essence (Moins que rien). Cinéphile, l’auteur n’a pas oublié l’impact de la tronçonneuse (Cristal). Le thème du tueur en série a été lui aussi exploité jusqu’à plus soif, mais lorsqu’il s’agit pour Patrick Eris de préciser et redonner tout son sens à une expression de la langue française, expression qui ne veut plus rien dire de nos jours cela donne un texte plein de finesse (Chef d’œuvre en péril). S’il est bien un livre qui a enchanté notre enfance, au travers des nombreuses adaptations qui en ont été faites, dans des albums pour enfants, au cinéma, dans des films d’animation, c’est celui des Mille et une Nuits. Patrick Eris a pensé, non sans malice qu’il manquait une nuit (Histoire du parfumeur Hallai et du Sultan Jadar). La poésie n’est pas absente (Albatros), quant à l’actualité elle est traitée sur un mode ironique, satirique (Employé du mois). Vous comprendrez aisément que je ne peux recenser toutes ces histoires et les thèmes que l’auteur a développé. Pourtant sachez qu’il y en a une qui ne tient qu’à un fil (Nuit moite).

J’ai omis de vous préciser que cet ouvrage bénéficie d’une préface signée Jean-Marc Ligny, grand auteur français de science-fiction : Patrick Eris existe, je l’ai rencontré.

Patrick ERIS : Docteur Jeep. Collection Noire 32. Editions Rivière Blanche. 220 pages. 17€.

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 13:17

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Dans l’île de HongKong, au crépuscule du XXIème siècle, se livrent une guerre des Firmes gigantesques, les congloms comme elles sont dénommées, concurrentes. Du moins c’est ce que pense Sayn Shanda, un policier attaché à l’Organized Crime and Triad Bureau (OCTB). Mais lui manquent le motif et surtout le bras à défaut du nom de la personne, ou des, qui sont à l’origine de la perpétration de ces crimes. La première firme ainsi mise à sac, la Cal-Tex, une des filiales de la Vor-Tex, a connu un véritable carnage, les employés étant regroupés à l’intérieur, empêchés de sortir à cause de portes de sécurité bloquées. Les cadavres s’amoncellent et d’après les premiers indices relevés, Sayn Shanda suppose que l’auteur de ce carnage serait non pas un être humain, mais un animal particulièrement dangereux, puissant, peut-être un mutant, une entité douée de pouvoirs qui lui auraient été injectés. Il pense également que cet “ hybride ” serait arrivé par navire. Il décide de se renseigner dans le port de Kowloon. Alors qu’il pose ses jalons dans les bars, incitant les marins à parler et raconter ce qu’ils ont vu ou perçu lors de leurs voyages, surtout sur les anomalies constatées, il est appelé sur le lieu d’un nouveau désordre dans un autre quartier. Cette fois l’entreprise ciblée est la proie des flammes, et muni d’un petit appareil laser, il parvient à ouvrir les portes de sécurité et délivrer les employés cloîtrés dans la fournaise. Il recherche quels sont les liens qui existent entre les firmes ainsi assaillies par un combattant anonyme, une sorte d’exterminateur. Shanda et son équipière Jiki, qui vit dans un petit appartement dont elle ne sort jamais, et dont il le seul visiteur admis, vont réunir leurs intelligences et les moyens techniques mis à leur disposition pour contrecarrer cet adversaire particulièrement coriace. Si Shanda est un homme de terrain, Jiki reste rivée devant son ordinateur et recherche les informations sur la Trame, anciennement le Web. Et ce qu’elle découvre l’invite à une descente aux Enfers, une aspiration mentale qui la plonge dans les abysses, un peu comme Alice qui découvrait un monde nouveau derrière le miroir.

Dans un Hongkong moderne et miséreux à la fois, au cœur d’une guerre des multinationales, dans un antagonisme entre miliciens nombreux, mercenaires à la solde des firmes, et des policiers en nombre restreint mais triés sur le volet et aux fonctions bien définies, dont le rôle de l’informatique est de plus en plus poussé et peut-être inquiétant, Patrick Eris nous propose sa vision pessimiste d’un futur proche. Avec des interférences avec une Russie, ou plutôt les nouvelles Unions Russes et l’Europe de l’Est, des années 2040 2050, qui relancent à point nommé l’intérêt de cette histoire quelque peu alarmiste. Mais quel est le lien entre ces deux mondes et ces deux époques ? Patrick Eris maîtrise son sujet, mais également la montée en puissance de l’intrigue, dans un style travaillé.

Vous pouvez consulter le catalogue Rivière Blanche ici

Patrick ERIS : Fils de la haine. Rivière Blanche 2017 ; éditions Black Coat Press. Couverture de Jean Manuel Moreau. 212 pages. 17€.

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 13:14

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La jeune Caro s’ennuie chez elle coincée entre des parents absents. Le père mort alors qu’elle était gamine et une mère qui a sombré dans l’abrutissement télévisuel et un beau-père qu’elle voit rarement et que de toute façon elle n’a jamais accepté. Dix huit ans, le bel âge pour sortir en catimini, et en moto, avec son copain Jeannot. A minuit, tel Cendrillon, elle doit rentrer à la maison, et quitte donc Jeannot. Jusqu’à présent rien que de très banal, sauf que par la fenêtre Jeannot n’aperçoit qu’une vague ombre noire dévalant le boulevard. Jeannot n’a de cesse de retrouver sa belle amie, parcourant de nuit Paris à bord de sa moto. Pendant ce temps, une créature maléfique, alias le Nettoyeur, hante les rues de la capitale, chargé d’une mission purificatrice.
Un thriller fantastique qui se déroule à cent à l’heure, même plus car Patrick Eris ne s’embarrasse pas de contraintes de limitation de vitesse, du moins dans ses romans. Une atmosphère envoûtante dans un road movie urbain, très urbain même comme disent les gens polis. Et Patrick Eris s’amuse à placer ça et là quelques clins d’yeux, genre personnage devisant dans un café et dont les membres supérieurs sont nettement plus longs que la moyenne, ainsi que des références à Gaston Leroux. Bref un aimable divertissement complété par une préface d’Anne  Dugüel. L’Autobus de minuit paru initialement en 2000 aux éditions Naturellement, et qui avait été nominé pour le Prix Masterton, a été entièrement revu par l’auteur pour une version définitive.

Pour découvrir le catalogue Malpertuis, cliquez ici

Patrick ERIS : L’autobus de minuit. Collection Brouillard N°6. Editions Malpertuis. 144 pages. 13€.

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 09:45

bauduret

Après avoir débuté sous la signature de Samuel Dharma, au Fleuve Noir, tu as repris ton nom de Thomas Bauduret, et depuis quelques années tu signes Patrick Eris. Pourquoi ces changements de pseudonymes ?

Je n’ai jamais signé de romans Thomas Bauduret, uniquement mon guide vidéo, qui risque bientôt de se retrouver sur le web. Dharma était un peu gag, donc après un long hiatus sans publier (mais pas écrire) j’ai voulu repartir à zéro. Il faut reconnaître que les romans signés Dharma étaient en général pas très bon… On m’a proposé d’en reprendre certains, mais j’ai dit non ! Et pour certains, avoir écrit au Fleuve est une sorte de péché originel. Dès le départ, je comptais écrire sous pseudo pour des raisons familiales. Ça m’a parfois desservi, mais dharma.jpgtant pis ! Reprendre mon "vrai" nom à ce stade serait un brin ridicule !

 

Quel souvenir gardes-tu de ton passage au Fleuve Noir, et cela t’a-t-il apporté quelque chose ?

Ça m’a permis d’apprendre les galères inhérentes à l’édition… C’était aussi étrange, parce que c’était vraiment une impression de n’avoir aucun retour. Je ne sais s’il y avait déjà des festivals comme celui d’Epinal, mais le Fleuve ne faisait aucune promo, donc les lecteurs restaient virtuels, on avait l’impression d’écrire dans une bulle, sans contact avec l’extérieur, sans dédicaces. Cela dit, ça m’a empêché de mourir de faim !

 

Tu œuvres en littérature populaire mais plus spécifiquement en fantastique. Un goût naturel ou tu as trouvé ta voie en lisant, et éventuellement chez quels romanciers ?

Naturel dès le départ, et je suis fier de l’étiquette "roman populaire" ! Je suis fan de fantastique depuis toujours. Cela dit, c’est plutôt un genre de nouvelles. On peut citer des paquets de nouvelles marquante du genre, de Lovecraft à Jean Ray (voire Maupassant), et peu de romans. Contrairement au polar, plutôt un genre à romans. Donc, passer de l’un à l’autre ne me gêne pas. J’ai aussi un projet de roman historique, comme quoi… Et puis, le lectorat semble plus ouvert au mélange de genres aujourd’hui, ce qui me ravit. Sinon, j’ai toujours été un lecteur boulimique, et ça n’a pas changé. Je dirais que tout ce que je lis me sert, tout en sachant qu’on peut beaucoup apprendre d’un roman raté ou à moitié réussi. D’un autre côté, je donnerais beaucoup pour avoir le don des intrigues du Brussolo des grands jours alors qu’on ne peut vraiment dire que ce soit une "influence" ! De même, le cinéma, la musique que j’écoute, tout peut resservir. Dans un de mes romans, j’ai même un clin d’œil au jeu "Silent hill" !

 

Traqueur-Livre-847310361_ML.jpgTu es également traducteur, sous ton nom de Thomas Bauduret. Un choix alimentaire ou le plaisir de faire découvrir autre chose ? Par exemple est-ce toi qui propose les manuscrits aux éditeurs ?

Les deux, puisque maintenant, il est illusoire de vouloir vivre de sa plume. Je me verrais vraiment mal arrêter la traduction, que je considère comme mon métier ! Sinon, oui, il m’est arrivé de proposer des textes, comme le génial "Stone baby" de Joolz Denby, ou Graham Joyce, que j’avais présenté au regretté Patrice Duvic à l’époque de la collection "Terreur". A vrai dire, on m’a proposé bien des fois de prendre des directions de collection, et ça a toujours fini par capoter pour une raison ou pour une autre, et comme je me fiche pas mal d’avoir mon nom sur la porte d’un bureau — ou un bureau, d’ailleurs — c’eut été un bon moyen de faire de la prospection. Cela dit, j’ai été lecteur pendant des années pour diverses maisons d’éditions, donc c’est un prolongement naturel. Si je conseille un titre et qu’on me laisse le traduire, je suis content. Quoique, j’ai aussi recommandé des manuscrits d’auteurs français juste parce qu’ils me semblaient dignes d’être publié. Tant que je peux faire en sorte que de bons romans trouvent les bonnes personnes, ça me va !

 

En parlant de traduction, tu rédiges actuellement des romans dans la série Blade. Et comme la plupart de ces séries américaines, aujourd’hui ce sont des inédits français mais l’éditeur préfère mettre traduit et adapté par… Crois-tu que le public est naïf au point de croire cette annonce ?

 

Dès que je suis revenu aux Blade, j’ai demandé si on maintenait cette fiction, et on m’a répondu que non, ce qui me permet de signer Patrick Eris et d’avoir parfois ces romans en dédicace, plus aussi de toucher certains sites qui suivent mon travail. Et comme nous avons mis sur place un Facebook avec l’autre auteur, mon collègue Arnaud Dalrune, et le nouvel illustrateur Nemo Sandman, on ne cherche plus à tromper qui que ce soit ! D’ailleurs, maintenant, il y a une synergie très agréable entre nous trois : il arrive que je m’inspire carrément des superbes couvertures de Nemo, et la série y prend une continuité d’un épisode à l’autre qu’elle avait perdu. Et je pense que la qualité s’en ressent également, c’est intéressant de s’approprier un personnage comme Blade tout en restant dans la continuité de la série : dans mon idée, c’est plus un survivant qu’un bourrin et un diplomate cherchant autant que possible à éviter le pire. De même, c’est des romans que je cherche à écrire le plus vite possible pour garder une tension, un sentiment d’urgence, de rythme. Au passage, nous avons eu quelques surprises, comme de découvrir qu’un des premiers auteurs de Blade, Ray Nelson, est le scénariste de "Invasion Los Angeles" de Carpenter et que le papa de Blade, celui qui eut l’idée d’un homme voyageant d’un monde à l’autre par le biais d’un ordinateur, venait d’un auteur légèrement connu, un certain Philip K. Dick… Qui malheureusement, n’en a pas écrit ! Je comprends que certains auteurs n’aiment pas travailler sur des univers mis en place, mais moi, cela m’éclate. Comme me disait Christopher Golden, qui a écrit pas mal de romans dérivés en univers partagés, c’est comme lorsque gamin, on donnait à ses soldats jouets l’identité de ses héros préférés et leur inventait des aventures ! Par exemple, j’ai traduit récemment un roman de la série "Predator" d’après les films, j’adorerais en écrire !

 

Pour cette série, comme pour le Poulpe, mais dans ce cas il s’agit de ce que blade.jpgl’on appelle un nom maison, les différents auteurs étant plus ou moins masqués, y a t’il un cahier des charges ?

Pas pour Blade. Par conscience professionnelle, j’ai dû me plonger dans le travail des petits camarades pour voir ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Par contre, pour Le Poulpe, il y avait sinon un cahier des charges, du moins ce qu’on appelle une "bible" parfaite : juste assez de détails pour ne pas se tromper et avec pas mal de libertés. En fait, Jean-Bernard Pouy m’a dit après avoir lu le manuscrit qu’il aimait le fait qu’encore une fois, je me sois approprié le personnage pour l’envoyer dans un univers très "gothique" qui m’est personnel !

 

Je reviens au travail de traducteur : il te faut combien de temps pour traduire un ouvrage (évidemment en fonction du nombre de pages) ?

Difficile à dire, cela dépend de la longueur, mais aussi de la difficulté. Cela dit, ayant travaillé sur des novelizations où les délais sont du genre quinze jours, j’ai appris à travailler vite ! Disons qu’un roman comme "Stone Baby", qui n’était pas vraiment facile, m’a pris dans les trois mois ; les Pendragon que je traduis pour Le Rocher, beaucoup plus épais, dans les six mois. Sachant que j’y intercale les bandes dessinées Warner que je traduis pour Panini ! Là, c’est de la presse, les délais sont plutôt du genre "pour avant-hier" et je m’y tiens, ce qui est également une bonne école. J’ai aussi traduit des novélisations, et là, les délais sont cadrés au jour près pour coller aux sorties des films. Sinon, un rythme raisonnable peut être de vingt feuillets dactylographiés par jour.

 

N’est-ce pas parfois un travail frustrant en te disant personnellement je n’aurais pas écrit ça comme ça, ou tiens cela me donne une idée ? Restes-tu fidèle au texte et dans ce cas ce n’est pas forcément bon, ou seulement à l’idée d’ensemble et tu as latitude pour édulcorer ?

Heureusement, j’ai rarement eu à traduire de mauvais bouquins ! Une fois seulement en fait, la résolution était particulièrement nulle (du genre le criminel diabolique et tout qui se fait prendre par une erreur de débutant !) Cela dit, mon travail n’est pas de me substituer à l’auteur. Je relis beaucoup, et le stade final est justement de trouver de la texture au texte, de réfléchir au ton que voulait prendre l’auteur et de tenter de le retranscrire. Comme tous les traducteurs, ils m’est arrivé de corriger des erreurs de continuité qui prouvent que les éditeurs Anglo-Saxons dont on nous rebat les oreilles pourraient parfois se payer des relecteurs… Mais comme il paraît qu’ils font tout tellement plus mieux que tout le monde tant qu’on corrige leurs erreurs…

 

Tu es depuis peu coéditeur. Un travail qui demande du temps mais également peut-être te trouves tu en porte à faux : les relations que tu as avec tes “ auteurs ” sont-elles en contradiction avec tes relations d’auteur avec des éditeurs ?

Malpertuis est plutôt de la micro-édition, ce n’est jamais que du fanzinat glorifié. Pour l’instant, je n’ai vu ni problèmes, ni contradictions. En plus, on sait que je fais de mon mieux pour faire un travail correct et que je ne fais pas de coups fourrés aux auteurs, donc… De plus, je n’ai malheureusement pas d’éditeur "permanent", alors. On verra si cela change !

 

Tu es passionné de cinéma. As-tu déjà écrit des scénarii ?

Oui, des traitements, des synopsis… J’ai deux projets assez avancés avec le cinéaste Nemo Sandman, chacun tiré d’un de mes romans, "La première mort" et un inédit que j’espère mettre en téléchargement gratuit. Cela change agréablement de faire partie d’une équipe, du moins lorsqu’elle est bonne et que les idées fusent. J’adorerais faire partie d’un "pool" créatif comme ça se fait maintenant. Enfin, ça dépend avec qui ! Mais ce n’est pas un aboutissement pour moi. Ce qui me choque un brin, et je l’ai vu lors des "Seigneurs des Anneaux", on dirait qu’être adapté au cinéma est le Saint Graal pour un roman…

 

autobus-de-minuit.jpgQuels sont tes projets ?

Houlà ! Sortant d’une période assez dure, c’est un peu la boulimie de projets, puisque j’ai retrouvé la pèche ! En écriture : un thriller fantastique un peu dans la continuité de "L’autobus de minuit" sans en être la suite, toujours sur le thème du Paris mystérieux, un éditeur est intéressé, mais rien de définitif. Un roman jeunesse dont je vais bientôt commencer la documentation. Entamer une série de fantasy en collaboration avec Nemo, puisque je prends goût à l’écriture à quatre mains. Comme les Blade m’ont remis le pied à l’étrier de l’écriture, je compte bien en profiter. Sinon, la première antho annuelle Malpertuis ne devrait pas tarder, le sommaire définitif est fait. Mettre mon guide vidéo sur le web, ce qui pourrait se faire assez vite. J’ai aussi à écrire les paroles du second album d’Evolvent, un groupe composé d’amis, et je risque moi-même de passer en studio cette automne avec d’autres amis qui m’ont débauché ! Et bien d’autres choses, c’est un peu une période charnière en ce moment et il faut voir ce qui va en déboucher, surtout que, comme je l’ai dit, je suis un boulimique de travail. Dans ce métier, tout peut basculer très vite, pour le meilleur ou pour le pire… et parfois les deux !

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 14:15

oeilpouroeil.jpg

Recueil de trois nouvelles de Shaun HUTSON: Oeil pour oeil, Le muse de cire et Un look qui tue. Traduites de l’anglais par Alice Marchand.

Shaun Hutson n’est pas un inconnu pour les inconditionnels de cette série qui, hélas, se termine avec ce douzième opus. En effet il est le signataire de trois autres recueils de nouvelles, Nick Shadow étant un nom maison. Mais Shaun Hutson est présent en France depuis 1985, d’abord édité dans la défunte collection Gore du Fleuve Noir avec six titres dont La mort visqueuse, Les larvoïdes, Le crâne infernal, et un grand format, Erebe ou les noirs pâturages. Aux éphémères éditions Patrick Siry, dont il faudra un jour que je vous entretienne, dans la collection Maniac : Victimes. Et enfin Némésis (titre très prisé par bon nombre d’auteurs) dans la collection Poche Milady chez Bragelonne en 2009.

Œil pour œil.

Tous les matins, c’est la même chose. Liam mange ses céréales seul, même si son père est présent physiquement, avant de se rendre à l’école. Sa mère est partie le laissant avec un père autoritaire et vindicatif. Mais aller à l’école est aussi un parcours douloureux. Il est la proie de la méchanceté de deux de ses condisciples qui le harcèlent de leurs railleries. Sa joie, il la trouve lorsqu’il peut accéder au laboratoire à tripoter les éprouvettes, à doser les produits chimiques, à composer des mélanges. Seulement ce jour-là le club de science est annulé. Toutefois son professeur accepte de le laisser seul, ayant des copies à corriger. Alors qu’il tripote tranquillement ses joujoux favoris, des flacons en verre contenant toutes sortes d’acides, un bruit violent provoqué par ses deux tourmenteurs le font sursauter. L’acide gicle lui aspergeant la figure et surtout les yeux. Il se réveille à l’hôpital, aveugle. Heureusement le médecin lui propose une greffe de cornée. Heureusement ? Pas si sûr.

Je suppose que lorsque vous étiez jeune, aller visiter un musée de cire était une source de joie. Pas tant pour découvrir les statues exposées, mais parce que c’était l’occasion d’échapper à la surveillance du maître, surtout lorsque celui-ci était inexpérimenté. C’est ce que les quatre gamins dans Le musée de cire décident de faire en empruntant le chemin inverse que celui proposé. Tous quatre découvrent avec ravissement, et sans les explications de l’instituteur, les figurines, en exprimant leurs propres commentaires. Et puis ils peuvent s’approcher des personnages grandeur nature. Sauf qu’à un certain moment, l’un des quatre garnements croit distinguer qu’une des statues vient de tourner son regard vers lui. Il en fait part à ses trois autres compagnons qui bien évidemment se moquent de lui. Légèrement mortifié, il prétend avoir voulu leur faire une farce. Mais en continuant la visite une autre de ses condisciples pose sa main sur une main de cire et elle ressent une chaleur humaine. Encore une farce ? Ils sont troublés mais décident néanmoins de continuer la visite. Jusqu’au moment où…

Tout est dit, ou presque, dans le titre de la troisième nouvelle : Un look qui tue. Becky est une adolescente qui aime les belles fringues, pardon, les vêtements chics, seulement elle n’a pas les moyens de se les offrir. Pourtant elle arpente les quartiers huppés de la ville et lorsqu’elle découvre, au fond d’une ruelle, le magasin d’une styliste à la mode, elle craque. Cette commerçante élabore elle-même les modèles qu’elle vend, des exemplaires uniques. Une magnifique robe rouge trône dans la vitrine mais la modiste ne veut pas que Becky l’essaie. Elle est destinée à une autre jeune fille que, par hasard, Becky fréquente à l’école. Malgré les refus réitérés de la vendeuse, Becky se promet bien de la porter un jour cette robe, et pourquoi pas lors d’un défilé de mannequins auquel elle doit participer. Dans la boutique, sur le comptoir, des poupées sont habillées des mêmes vêtements, mais en réduction. Et la poupée qui porte la robe rouge intéresse fortement la petite sœur de Becky.

Trois historiettes destinées à des adolescents, donc pas de violence, pas d’hémoglobine, enfin pas trop, tout au plus quelques situations qui empruntent bien évidemment au fantastique. Un fantastique dont l’épilogue ne surprendra pas les amateurs férus de ce genre, mais qui est une excellente approche dans un univers fort prisé par les Anglo-Saxons mais peu par les Français. Ce qui est dommage, car cela permet aux auteurs d’exprimer leur imaginaire en toute latitude. Combien de nous, enfants, ce sont délectés à la lecture d’auteurs comme les frères Grimm, d’Anderson, de Charles Perrault ?

Nick SHADOW : Œil pour œil. The Midnight Library Volume XII. Editions Nathan. 192 pages. 12,50€.

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 13:05

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Nick Shadow, alias derrière lequel se cache l’auteur américain Allan Frewin Jones, est le conservateur d’une bibliothèque secrète, The Midnight Librairy, qui recèle une terrifiante collection de récits du monde. Voici quelques-uns de ses contes qui, selon l’auteur, vous glaceront le sang, vous donneront la chair de poule et feront trembler vos petits os fragiles.

Mais commençons par le premier texte qui donne son titre au livre : Rêves hantés.

Ce jour là Alfie n’est pas vraiment dans son assiette. Il est bougon car sa mère vient de trouver un nouveau travail et elle doit participer à une formation. Ce n’est pas tant que sa mère puisse travailler qui énerve Alfie, mais parce qu’il va passer deux ou trois jours chez sa grand-mère. Donc, il sera privé de télévision, du moins de ses émissions préférées, et comme il s’agit d’un vieux modèle télé, il ne pourra pas jouer non plus à la console. Désolant ! Et puis, il est inquiet car la chambre dans laquelle il doit dormir, était autrefois celle de Martin, le frère de sa mère. Or Martin est mort dans son lit alors qu’il n’avait que dix ans. Bien vite il est rassuré. Ce n’est plus le même lit, la chambre a été repeinte, donc il n’a rien à craindre. C’est ce qu’il pense. Sa grand-mère essaie de le divertir, de l’occuper, par exemple de consulter les albums photos, de reprendre la peinture comme lorsqu’il était plus jeune. En avant, destination l’abbaye toute proche, où plutôt ce qu’il en reste. Il couche sur sa toile les vestiges de l’édifice religieux, et la nuit même il cauchemarde. Un moine dont il ne peut distinguer le visage sous la capuche le poursuit dans les ruines, avec entre les mains une corde.

La Course met en scène, ou plus exactement en piste, une jeune fille qui ne rêve que de podiums et de sélection nationale grâce à son talent de coureuse de quatre-cents mètres. Seule ombre au tableau : son amie Ophélie la bat régulièrement. Alors elle s’entraîne d’arrache-pied, c’est le cas de le dire, pour améliorer ses performances. Et son entraîneur ne cesse de lui rabâcher Effort, concentration, détermination ! Facile à dire, mais pas évident à mettre en pratique même si Annabel essaie d’optimiser son potentiel. Alors, son entraîneur lui conseille d’imaginer que devant elle court quelqu’un d’autre, Ophélie par exemple, et qu’elle doit à tout prix se sublimer pour la dépasser. Au début, au départ même, la magie n’opère pas, et puis peu à peu, elle aperçoit devant elle comme une ombre, comme un fantôme qu’elle poursuit, courant de plus en plus vite. Mais il existe toujours un revers à la médaille, même si elle est méritée.

Danse de Carnaval, dernier titre du recueil, nous emmène dans la petite ville de Stowham qui prépare activement le carnaval de rue qui se déroule tous les ans le premier samedi du mois d’août. Rob, le responsable du foyer des jeunes propose de construire un char avec l’accord de la municipalité. Après délibérations, tous s’entendent sur le sujet des Mayas, le thème retenu cette année étant Mythes et légendes du monde. Tout le monde s’active fiévreusement car ils n’ont que quinze jours pour préparer le corso. Les rôles sont attribués dans la bonne humeur et Adam prend le sien à cœur, peut-être trop.

Ces trois nouvelles dont le thème principal est le fantastique, empruntent à des sujets totalement différents dans leur imaginaire et leur approche. Toutefois ils ont en commun de posséder un épilogue qui ne joue pas dans le « Happy end », et j’ajouterais que quoique qu’il s’agisse de fantastique, certaines des trames peuvent se conjuguer à des événements, des faits, des actions issus de la vie réelle. En effet, dans Danse de Carnaval, l’un des héros est transformé psychiquement par son déguisement. Mais cela n’arrive-t-il pas que des hommes, ou des femmes, changent radicalement de caractère, de personnalité, lorsqu’ils endossent des habits qu’ils n’ont pas l’habitude de porter ?

Et puis, sous l’apparence futile et fantastique de ces nouvelles, se cachent quelques sujets de réflexion : A quoi peuvent s’occuper les enfants de nos jours lorsqu’ils n’ont pas la télé ou les jeux sur consoles ? Et que penser de ceux qui veulent à tout prix dépasser leurs limites ? De ceux qui s’investissent trop dans le travail, même s’il s’agit d’un loisir, qui leur est confié ? Evidemment c’est un adulte qui raisonne ainsi, et nos préadolescents qui eux ne vont pas si loin dans leur analyse ne se poseront pas ces questions. Heureusement !

Nick SHADOW : Rêves hantés. Série The Midnight Library N° 11. Editions Nathan. 208 pages. 12,50€.

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 19:19

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Peut-on être un romancier populaire et entrer dans l’élite des littérateurs ? La réponse est indubitablement oui. Auteur populaire et académicien, comme Jacques Laurent, surtout connu sous le pseudonyme de Cécil Saint-Laurent avec son héroïne phare Caroline chérie, ou encore Henri Troyat pour ses sagas dont Les Semailles et les moissons ou encore Les Eygletière, Pierre Benoit est considéré par Gérard de Cortanze comme un romancier paradoxal. Mais pourquoi le définir ainsi ?

C’est ce que le lecteur va découvrir en lisant cet ouvrage jubilatoire et vivant consacré à l’auteur de Kœnigsmarck, de L’Atlantide, d’Axelle, de Mademoiselle de La Ferté et bien d’autres encore, des romans dont le succès littéraire ne se dément pas.

Né à Albi le 16 juillet 1886, d’une mère aquarelliste, musicienne, cultivée, aux idées politiques monarchistes, et d’un père issu d’une lignée de gens de droit mais qui préféra embrasser la carrière militaire en entrant dans la prestigieuse école de Saint-Cyr puis s’engageant comme volontaire dans l’armée de la Loire créée après la défaite de Sedan en 1870 et combattit en Kabylie, Pierre Benoit va souvent en vacances à Saint Paul les Dax, chez sa grand-mère. Ne sachant pas encore lire, à deux ans il est capable de réciter par cœur dix-sept fables de La Fontaine. Plus tard il sera capable de réciter des milliers de vers, empruntés aux tragédies de Racine mais surtout des poèmes de Victor Hugo.

En 1891, il suit ses parents en Tunisie, son père y étant affecté. Ce sera d’abord Tunis, puis Sfax, Sousse, Gabès, puis l’Algérie. Des images, des rencontres qu’il garde en mémoire et qu’il ressortira plus tard pour les intégrer à ses romans.

Il n’est pas de mon intention de me substituer à Gérard de Cortanze et vous axelle.jpgrésumer en entier la vie de Pierre Benoit. Donc je me conterai de relever quelques faits significatifs, quelques épisodes de la carrière de l’auteur dont nous célébrons cette année le cinquantenaire de la disparition.

Passons rapidement sur ses années d’enfance, ses joies, ses études et arrêtons-nous sur son arrivée à Paris. Il est maitre d’internat à Montpellier et assiste aux conférences de Maurice Barrès et Charles Maurras, qui deviendront ses maîtres à penser. Il est licencié es-lettres mais a échoué à son agrégation en 1910. Il réussit toutefois à un concours du ministère du ministère de l’Instruction publique et des Beaux-arts. Il est employé comme agent dans le sous-secrétariat aux Beaux-arts, puis bibliothécaire au ministère de l’Instruction publique, publiant à la même époque ses premiers poèmes. Mais ce n’est pas encore la gloire. Son recueil Diadumène en 1914 ne se vendra qu’à cinq exemplaires et encore au même acheteur, un mécène. Il s’essaie à un autre exercice, qui est plus difficile qu’il y parait : celui du pastiche, car c’est un farceur dans l’âme. Sous l’impulsion d’un certain Guyot qui est le maître d’œuvre d’un ouvrage intitulé Comme dirait… publié chez Oudin et Cie, il écrit anonymement trois pastiches d’Anna de Noailles dont il deviendra l’ami, de Victor Hugo et d’Honorat du Bueil de Racan. Il se lie avec Francis Carco, Roland Dorgelès, Pierre Mac Orlan. Il est mobilisé au début de la Première Guerre Mondiale mais il tombe gravement malade à la bataille de Charleroi. Alors qu’au début des hostilités il pensait participer à une Guerre sainte, son opinion se transforme radicalement et il devient un pacifiste convaincu.

Si son premier roman, Kœnigsmark est publié en 1918, chez Emile-Paul frères, les autres le seront tous chez Albin Michel. Dès sa parution en volume qui fait suite à une publication en feuilleton au Mercure de France, ce roman trouve l’adhésion du public et manque de peu le Prix Goncourt. Pourtant Pierre Benoit avait auparavant essuyé de nombreux refus. C’est lisant cette revue que l’éditeur Albin Michel découvre cet auteur inconnu mais selon lui prometteur. Editeur scrupuleux, Albin Michel ne tente pas de débaucher Pierre Benoit, de lui offrir plus que son confrère, mais décide d’attendre le prochain roman de cet auteur promis à un bel avenir. Autre attention à souligner, et je sais que certains auteurs aimeraient que ce genre de proposition leur soit faite, Albin Michel offre une mensualité de quatre cents francs, alors même qu’il n’interroge pas le futur académicien sur le contenu de son prochain roman. Il a cette phrase qui fait chaud au cœur lorsqu’un romancier débute : un écrivain doit pouvoir vivre de sa plume. Et je connais certains auteurs qui aimeraient qu’un éditeur émette une offre semblable préférant devenir des ouvriers mensualisés de l’écriture au lieu d’être des artisans attendant le chaland.

Le suivant, L’Atlantide, sera un succès de librairie encore plus important, couronné par le Grand Prix de l’Académie Française en 1919. Ce sera le début d’une impressionnante série de réussites littéraires.

Les années s’écoulant entre 1920 et 1944 seront riches en événements, la-ferte.jpgavec en point de crêt son élection à l’académie française en 1931, alors qu’il a quarante-cinq ans. En 1937, il rédige des articles pour le quotidien Le Journal. Il se rend en Autriche et en Palestine afin de se renseigner sur les mouvements anti-juifs. Il est l’un des premiers à mettre en garde ses concitoyens sur l’éventualité d’une action allemande en Autriche : Il y a à Vienne, pour les promeneurs qui s’en vont flânant par les rues, une bien étrange distraction. Elle consiste à faire le compte des passants portant des bas blancs. C’est là, en effet, le signe de ralliement des nazis autrichiens. Ces messieurs, on peut s’en douter, sont les adversaires les plus farouches de la restauration monarchique. Suivent des interrogations concernant l’avenir et la puissance réelle du parti national-socialiste. En avril 1938, il est reçu par Goering, lequel se met à quatre pattes pour tenter d’ouvrir un coffre-fort qui contient les plans d’un nouvel avion qu’il veut montrer à son interlocuteur, lequel, médusé et inconscient, pense qu’il pourrait lancer un beau coup de pied dans l’imposant postérieur du dignitaire nazi, ce qui ne changerait pas la face du monde mais ferait sans doute son effet ! Rentré à Paris Pierre Benoit, au lieu de publier un article décide d’informer verbalement le ministre des Affaires étrangères de ce qu’il a observé, et lui envoie donc un courrier dans lequel il lui demande un rendez-vous. Il ne reçoit aucune réponse. Dépité notre écrivain-journaliste décide de ne plus s’occuper des événements politiques internationaux et ne se consacrer uniquement qu’à ses travaux littéraires.

Pierre Benoit a gardé son esprit farceur, et prenant au mot une boutade d’Henri Miller qui a déclaré : Il faudrait absolument faire rigoler Hitler, sinon nous sommes tous foutus, il envoie un télégramme cosigné Carco et Dorgelès, un télégramme ainsi rédigé : Trois écrivains français vous souhaitent un bon anniversaire à condition que ce soit le dernier. Tout le monde n’apprécie pas cette farce qui se retournera contre son auteur à la Libération. En effet, paradoxalement, en 1944, il est comme bon nombre d’écrivains ayant publié sous l’Occupation, arrêté et transféré à Fresnes le temps de l’instruction. Mais en 1945 il est libéré pour manque de preuves mais interdit de publier durant deux ans. Des preuves les juges qui instruisaient et jugeaient les faits auraient été en peine d’en trouver, à moins de les fabriquer. Ce qui n’était pas le cas pour des auteurs tels que Brasillach, Drieu La Rochelle ou Céline. Or ces magistrats étaient des anciens des Sections Spéciales près des Cours d'Appel pour condamner à mort ou à la déportation, les résistants durant l'occupation.

Sautons allégrement les années et arrêtons-nous en 1959. Pierre Benoit va jeter un pavé dans la mare en donnant sa démission de l’Académie française en signe de protestation contre le veto du général de Gaulle à l’élection de Paul Morand. Comme l’Académie ne reconnaît pas la démission de ses membres, le démissionnaire est dans ce cas autorisé à ne plus assister aux séances. Ce qui est une forme d’hypocrisie.

Pierre_Benoit_1932-copie-1.jpgLa carrière de Pierre Benoit ne s’est pourtant pas déroulée sans anicroches. Il s’est attiré l’ire de critiques célèbres et influents comme Paul Souday. Au-delà de la jalousie, ce que reproche Paul Souday à Pierre Benoit, ce sont ses sympathies droitières. Mais comme le souligne avec discernement Gérard De Cortanze, l’idéologie politique appliquée à la littérature est un des grands classiques de la critique : on attaque l’homme avant d’attaquer l’œuvre.

Ecrivain populaire Pierre Benoit l’était réellement. Par essence, par conviction. Paul Souday, toujours lui, décrétant dans les colonnes du Temps que Kœnigsmark fait partie de ces livres qu’on lit le temps d’un voyage en train, ce qu’on appelle « un roman de gare », Pierre Benoit rétorque dans L’Automobile et l’Ecrivain en novembre 1949 : J’ai déploré, dans l’avènement de l’automobile, le tort irrémédiable qu’elle fait à la lecture, surtout depuis que les femmes, nos principales clientes, à nous romanciers, se sont mises à conduire. Le livre s’est accommodé à merveille du chemin de fer, la preuve en est dans l’importance des bibliothèques de gares. On chercherait en vain des bibliothèques dans les garages.

Gérard de Cortanze a écrit une biographie que l’on pourrait presque considérer comme un roman, tant celle-ci est intéressante, prenante, ensorcelante, à laquelle le lecteur a du mal à se détacher, enthousiaste, claire, distrayante et qui donne envie de se replonger dans l’œuvre de Pierre Benoit et d’en découvrir toutes les subtilités, toutes les facettes, le tout étayé par une solide et impressionnante documentation et une très riche iconographie. Tout au plus pourra-t-on regretter un manque de repères chronologiques en fin d’ouvrage ainsi qu’une bibliographie exhaustive de Pierre Benoit.

Gérard de CORTANZE : Pierre BENOIT, le romancier paradoxal. Editions Albin Michel. 574 pages. 25 €.

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 13:19

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Il me semble que, en premier lieu, je dois vous préciser ce qu’est une luciole. Contrairement à ce que vous pourriez penser, la luciole n’est pas un insecte, de son nom latin Lampyridae. Ce n’est pas non plus une chanteuse française, un personnage de manga ou encore le nom du service de transport circulant uniquement de nuit dans l’agglomération nantaise.

La luciole est une tuée-tuée, une katangaise, en parler imagé local gabonais. En France, on dirait, si l’on veut faire montre de courtoisie, une respectueuse, une hétaïre, une courtisane, une fille de joie, une belle-de-nuit ou une belle-de-jour, une péripatéticienne, si on emprunte à la langue verte, une gagneuse, une tapineuse, une morue, une greluche, une pétasse, une horizontale, une catin, en un mot une prostituée. Le résultat est le même mais le prix diffère selon les appellations, c’est comme tout, le haut de gamme et le bas de gamme, le produit de marque, le produit distributeur et l’économique.

La découverte du corps d’une prostituée dans un motel de Libreville ne pourrait être qu’un incident mais la façon dont elle a été tuée pose de sérieux problèmes au capitaine Koumba et à son adjoint Owoula. La fille a été salement amochée et une bouteille sectionnée enfoncée dans son vagin. C’était, selon les informations recueillies auprès de ses consœurs, une free-lance, c’est-à-dire qu’elle n’avait aucun compte à rendre à un maquereau quelconque. Mais il est difficile de découvrir son identité car toutes se font appeler par des prénoms d’emprunt. Les deux hommes et les policiers affectés à l’enquête n’ont pas le bout d’un commencement de début de fragment d’embryon de petit peu de pas grand-chose de morceau de piste sur les motivations du tueur et par la même d’en définir le profil. D’autant que quelques jours plus tard, un deuxième meurtre est perpétré dans les mêmes conditions, dans un autre motel, puis un troisième. Ils établissent des recoupements et réussissent à mettre en évidence que toutes ces défuntes sont d’origine camerounaise. S’agirait-il d’une vengeance ethnique ? Ils ne sont pas loin d’envisager cette hypothèse. Toutefois cette avalanche de meurtres instille un début de panique, de psychose générale parmi la population locale.

Pendant ce temps, suite à la découverte d’un corps masculin sur la plage, la Direction Générale des Recherches est elle aussi confrontée à un autre problème. L’homme faisait partie de l’armée, il était en retraite, mais il trainait derrière lui une casserole, une affaire de vols d’armes dans laquelle il pourrait être impliqué. Un peu plus tard, un fourgon de transport de fonds est braqué, et une grosse somme d’argent est subtilisée. Boukinda et Envame, les enquêteurs, n’ont eux aussi guère de grain à moudre, sauf peut-être lorsque le corps d’un nommé Sisko est retrouvé quelques balles dans le corps, balles provenant d’une des armes volées. Il leur faut mettre quelques indics sur le coup, afin de retrouver les voleurs et surtout le butin.

Janis Otsiemi se plonge avec délices dans cette double enquête qui nous renvoie aux bons vieux polars français qui maniaient l’argot avec bonheur, mais également dans certains romans noirs américains écrits par les petits maîtres du genre. Mais il apporte sa touche personnelle en incluant maximes et aphorismes imagés en tête de chapitre ou dans le corps même du récit. Ainsi Si des chèvres lient amitié avec une panthère, tant pis pour elles. Mais Otsiemi ne se contente pas de narrer une histoire. Il montre du doigt des problèmes qui ne sont pas réservés au Gabon, mais à une grande partie des pays africains et que l’on pourrait étendre à l’Europe. Le Sida (Syndrome inventé pour décourager les amoureux) est présent. Autre thème encore plus réaliste qui suinte dans tous les esprits et se trouve à l’origine de bien des homicides : les rivalités ethniques. Le tribalisme doublé du népotisme, du clientélisme et de l’allégeance politique est ici un sport national, tout comme le football l’est au Brésil. Plus qu’une chasse aux sorcières, l’épuration ethnique est légion dans toute l’administration gabonaise. Certains ministères étaient même réputés être la propriété d’une certaine ethnie. Vive la république tribaliste !

Comment voulez-vous qu’un pays qui connait des divisions internes à cause de l’appartenance de certains à des peuplades différentes connaisse la paix intérieure et extérieure ? Et on pourrait étendre ces réflexions à des partis politiques qui placent leurs hommes liges aux postes clés indépendamment de leurs qualités. Sans oublier les dissensions religieuses qui pourrissent les relations entre les hommes.

A lire du même auteur : La vie est un sale boulot et La bouche qui mange ne parle pas chez le même éditeur.

Janis OTSIEMI : Le chasseur de lucioles. Collection Polar ; éditions Jigal. 208 pages. 16€.

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 10:39

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Maxime africaine, sentence de Lao-Tseu, aphorisme normand, bon sens populaire, le titre même du roman donne un aperçu du style littéraire de Janis Otsiemi, un style simple et fleuri, empruntant tout aussi bien aux expressions gabonaises qu’à une créativité et une jonglerie lexicales avec les mots et locutions qui lui sont propres.

Solo, qui vient de ponctionner les finances de l’état gabonais en passant trois ans à l’ombre même si c’est aux frais du contribuable, sort de prison en sachant pas trop quoi faire. D’autant qu’il ne peut s’acheter le manioc qu’à crédit et loger de même. Aussi lorsque Tito, son cousin et frère, tous deux ayant été élevés par le père de Solo, lui propose un petit boulot, il ne refuse pas, une enveloppe abondamment garnie lui ôtant le moindre scrupule. Et puis c’est Tito qui lui a mis les pieds à l’étrier, l’emmenant dans ses premiers petits braquages ou facilitant ses premiers émois charnels. Donc Solo est chargé de dégoter une voiture et de participer à une affaire dont Tito se charge bien de lui communiquer le moindre détail. Seulement lorsqu’il s’aperçoit qu’il collabore à l’enlèvement d’un enfant, il ne peut plus reculer. Youssef, le compère de Tito, les rétribue largement et puis il ne s’agit que d’un petit Malien, quantité négligeable pour eux Gabonais pure souche vivant à Libreville. Ce qui n’empêche pas Solo de ruminer ses remords, et lorsqu’il apprend par les journaux que le cadavre d’un gamin a été retrouvé énucléé et émasculé, il est complètement démoralisé. Ce n’est pas le premier de la liste, et le colonel Tchicot de la police judiciaire et ses adjoints Koumba et Owoula pensent qu’ils sont confrontés à un crime rituel. Un marabout qui investirait dans des attributs sexuels, afin de contenter un gros ponte local.

Alors que Solo remâche ces sombres pensées, un sien ami, Kenzo, lui propose de magouiller dans le blanchiment de faux billets. Un tripatouillage qui convient nettement mieux à Solo, et la victime désignée n’est autre que le directeur d’une banque, promis à un siège de ministre ou tout au moins à un strapontin particulièrement rembourré. Une scène particulièrement réjouissante.

Dans ce court roman, 150 pages, trois quatre embrouilles s’entrechoquent, avec pour protagonistes, outre Solo et Tito, quelques petits malfrats aux dents longues et des membres de la police judiciaire qui ne dédaignent pas se mouiller la gorge, c'est-à-dire toucher des pots de vin. Et lorsque les affaires doivent être étouffées, il s’en trouve toujours quelques-unes qui peuvent aliment les journaux, histoire de démontrer que la police est toujours à l’affût, vigilante et efficace. « Un os jeté au peuple pour préparer les élections législatives en perspective. Comme quoi, la politique est l’art de couper le sifflet aux grognons ». Cela se passe au Gabon, mais ce genre de réflexion pourrait tout aussi bien s’appliquer dans d’autres pays, comme la France. Ce n’est qu’un exemple. Un roman blanc-manioc, ou métissé selon le lexique local.

Vous pouvez également retrouver ma chronique du précédent roman de Janis Otsiemi chez Jigal : La vie est un sale boulot.

Janis OTSIEMI : La bouche qui mange ne parle pas. Collection Jigal Polar, éditions Jigal. 160 pages. 15€.

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