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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 13:17

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A mon tableau de lecture 2012 187 livres, des inédits, des rééditions, ou des exhumés de ma bibliothèque comme Méfiez-vous des blondes de Michel Audiard. J’ai essayé sélectionner ceux qui m’avaient le plus intéressé, et cela ne reflète pas ce que la majorité de mes confrères blogueurs, et néanmoins amis, ont choisi en établissant leur liste personnelle. Je ne me cantonne pas à un seul genre, essayant d’élargir ma palette, mais les romans de suspense ont la plupart du temps ma préférence par rapport aux romans noirs qui ne permettent pas à mon imaginaire de turbiner.

Mais à chacun ses goûts et ses couleurs, ses coups et ses douleurs, ses égouts et ses odeurs….

Voici donc mon TOP 12 de romans français ou francophone pour 2012, par ordre alphabétique :

 Barbara ABEL : Derrière la haine. Fleuve Noir.


Philippe BOUIN : Pars et ne dis rien. L’Archipel.


Michel BUSSI : Un avion sans elle. Presses de la Cité.


Hervé COMMERE : Le Deuxième homme. Fleuve Noir


Maurice GOUIRAN : Et l’été finira. Jigal


Hervé JAOUEN : Dans l'oeil du schizo. Presses de la Cité.


Marie NEUSER : Un petit jouet mécanique. L’Ecailler.


Jean-Paul NOZIERE : Le chat aux aguets. Editions Rivages


Patricia PARRY : Sur un lit de fleurs blanches. Le Masque.


Elena PIACENTINI : Carrières noires. Au-delà du Raisonnable.


Serge QUADRUPPANI : Madame Courage. Le Masque.


Hervé SARD : Le crépuscule des gueux. Krakoen.


Et comme pour les œufs ou les huitres (de saison) le petit treizième, qui est mon joker :

Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser, un privé sur le Nil. Critic.

Or tous ne figurent pas ici, mais pouvez en retrouver d’autres sur Les Lectures de L’Oncle Paul : Dulle Griet, Jan Thirion, Olivier Gay, Paul Halter, Philippe Georget, André Fortin, Janis Otsiemi, Hugo Buan, Gildas Girodeau, Karim Miské, Eric Fouassier, Véronique David-Martin, Caryl Ferey (non retenu pour trop d’invraisemblances dans les scènes de bagarre)…

 

Parmi la production étrangère (ouvrages traduits):

Peter ASPE : Le message du pendu. Albin Michel


Deborah CROMBIE : La loi du sang. Albin Michel.


Jeffery DEAVER : Des croix sur la route. Deux Terres.


Kike FERRARI : De loin on dirait des mouches. Moisson rouge


Sebastian FITZEK : Le briseur d’âmes. L'archipel


Lisa GARDNER : Les morsures du passé. Albin Michel


Graham HURLEY : Une si jolie mort. Le Masque


Peter LEONARD : Ne tremble pas ! L’Archipel.


Leonardo OYOLA : Chamané. Asphalte.


Robert POBI : L’invisible. Sonatine.


Bente PORR : La vallée des disparus. L'Archipel


Michael ROBOTHAM : Saigne pour moi. Jean-Claude Lattès.

Et comme pour les romans francophones, j’ajoute un petit treizième afin de faire bonne balance.

Chris Wormesley : Les affligés. Albin Michel

Enfin, ce recensement serait incomplet si ne figuraient pas des études, des biographies, des ouvrages de référence.

CHEFDEVILLE : Je me voyais déjà. Le Dilettante.


Philippe de COME : Arsène Lupin de A à Z. Pascal Galodé.


Marc LEMONNIER : Michel Audiard, l’intégrale tous ces films de A à Z. Hors collection.


Henri MITTERAND : Autodictionnaire Emile Zola. Omnibus.


Jean-Louis TOUCHANT : La véridique histoire de 813. Arsène.


Revue Rocambole N°58 : Pierre Nord, auteur et éditeur.


Revue Rocambole N° 61 : Maurice Leblanc sans Arsène Lupin.


Gilles Vidal : Histoires vraies à Paris. Le Papillon rouge.

Et pour le plaisir, même s’il s’agit d’une réédition :

John CURRAN : Les carnets secrets d’Agatha Christie. Le Livre de Poche.

 

Quelque soit notre choix, aux uns et autres, le principal est de lire ce qui nous fait plaisir…

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 16:24

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Cela faisait bien deux ans que Gemma, inspectrice de police à Notting hall, n’avait pas vu son amie Hazel. Alors évidemment ça papote, ça papote. Hazel était partie en Ecosse, suite à sa séparation avec Tim, thérapeute comme elle et qui a la garde de leur fille Holly. Pendant que les deux femmes discutent, Tim s’occupe de Holly, laquelle réclame sa maman, comme souvent. Mais il est inquiet. Son ami Naz Malik, avocat d’origine pakistanaise, devait venir avec sa fille Charlotte âgée d’à peine trois ans. Or Naz a une heure de retard, ce qui n’est pas dans son habitude. Tim téléphone d’abord au cabinet de l’avocat mais il tombe sur le répondeur. Il appelle à son domicile et la personne qui lui répond est inquiète. Il s’agit d’Alia, la garde de Charlotte, qui n’a pas de nouvelles du père de la gamine. Naz a disparu, or Sandra sa femme s’est elle-même évanouie dans la nature trois mois auparavant, laissant sa fille à un ami sur le marché qu’elles traversaient. Comme ça, sans rien dire. Sandra est (était ?) artiste peintre, spécialiste en collages, et commençait à se forger une gentille réputation.

En attendant que Naz réapparaisse, Gemma décide de s’occuper de Charlotte et l’emmène chez elle. Elle forme avec Duncan, lui-même policier à Scotland Yard, une famille recomposée. Duncan a deux fils, Toby et Kit, et Gemma est hantée par la perte deux ans auparavant d’une enfant. Et puis en ce moment elle est préoccupée par son prochain mariage avec Duncan. Sa famille souhaiterait qu’elle convole en justes noces et que soient organisées de grandes festivités. Gemma au contraire veut un mariage en toute simplicité. Elle ne sait plus ce qu’elle doit faire et est même prête à jeter l’éponge. De plus sa mère est malade, atteinte de leucémie, il faudrait trouver un donneur compatible. Alors elle doit aller voir sa mère le plus souvent possible à l’hôpital, mais ce n’est pas assez au goût de sa sœur.

En attendant un dénouement heureux, c'est-à-dire le retour de Naz, elle confie Charlotte à Betty qui s’occupe des deux garçons lorsque Duncan et elle travaillent. Gemma enquête de son côté mais elle n’est pas seule. Duncan l’aide, et ils tentent de remonter la filière en rencontrant les amis, les connaissances de Naz. Louise Phillips, l’associée de Naz et avocate elle-même. Elle doit défendre un restaurateur accusé d’esclavagisme moderne, dénoncé par son propre neveu en fuite. Ou encore un patron de boite de nuit, un cercle relativement fermé, qui avait acheté quelques toiles à Sandra. La mère de Sandra, et surtout ses deux frères, revendeurs notoires de drogue, des individus brutaux et vindicatifs. La galeriste de Sandra qui se plaint que celle-ci ne suivait pas ses conseils en matière de vente. Plus quelques autres que Gemma et Duncan interrogent tout en sachant que l’enquête qu’ils mènent n’est pas officielle. Jusqu’au jour où Naz est retrouvé mort dans un parc. Pour le médecin légiste, ce décès n’est pas naturel malgré la mise en scène. Les services sociaux veulent absolument placer Charlotte chez la mère de Sandra, et un nouveau bras de fer s’engage entre Gemma et Janice Silverman, l’assistante sociale, afin que la mère de Sandra ne soit pas chargée de l’éducation de la gamine.

 

crombie.pngTout se déroule en un endroit circonscrit au nord de Whitechapel. L’enquête sur le meurtre de Naz et la disparition de Sandra ne sont qu’un fil rouge, un alibi, un prétexte presque, pour écrire des chroniques familiales. Les affres de Gemma face au mariage, ses rapports avec Duncan et ses fils, la famille loin d’être formidable de Sandra, les difficultés entre Hazel et Tim, le rejet de Melody envers ses parents et les éventuels fiancés que son père, propriétaire d’un quotidien à sensations, veut lui imposer, et bien d’autres. Mais ces chroniques n’alourdissent pas le roman, au contraire, elles l’enrobent d’une chair humaniste. Ce n’est pas un squelette mais une femme en chair façon Rubens. L’enquête autour de la mort de Naz, de la disparition de Sandra, n’en prend que plus de consistance. Et le lecteur s’invite dans cette narration, avide de découvrir, pas tant le nom du ou des meurtriers, que comment vont se dénouer tous les petits imbroglios familiaux.


Deborah CROMBIE : La loi du sang (Necessary as blood – 2010. Traduit de l’américain par Nicole Hibert). Collection Spécial Suspense. Editions Albin Michel. 430 pages. 20€.

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 14:05

Pas de Lupin mais un roman coquin !

 

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Les deux jeunes femmes nues dansaient toujours, harmonieuses, gracieuses, impudiques. Les pointes de leurs gorges se frôlaient. Souples, elles se renversaient en arrière ; les bras à la taille, unissant leurs ventres, et sur leurs visages, il y avait le même sourire de volupté vague qui, entre les paupières à demi closes, laissaient à peine voir les prunelles noyées, entre les lèvres entr’ouvertes laissait à peine luire l’éclat blanc des dents…

Qui eut pu imaginer que celui qui a écrit ce paragraphe gentiment sensuel et vaguement érotique se nomme Maurice Leblanc, le créateur d’Arsène Lupin ? Et ce n’est pas son seul ouvrage où il aborde l’amour d’une façon concrète. Mais ces romans sont tombés dans l’oubli, ce qui est quelque peu dommage car c’est tout un pan de l’œuvre de Maurice Leblanc qui passe à la trappe. Mais espérons qu’en 2013 quelques éditeurs combleront cette lacune.

 

A trente-quatre ans, Patrice Martyl est le plus célèbre des jeunes avocats d’assisses de Paris. Il est marié depuis quatre ans avec Dominique qui appartient à une vieille famille de la noblesse bretonne. Elle n’avait que vingt ans lorsqu’ils se sont vus pour la première, et tout de suite ce fut le coup de foudre. Cette vierge de corps et d’âme est pieuse, se conforme à des princes sévères par goûts et par éducation. Afin de fêter leur quatrième anniversaire de mariage, Patrice et Dominique dinent au restaurant du Bois, en proche région parisienne. Patrice incite Dominique à boire un verre de Kummel, malgré les réticences de la jeune femme qui sait qu’elle ne supporte pas l’alcool. Le patron du restaurant leur offre, en tant que bons clients, une caisse d’un champagne prestigieux qui doit être mis peu après sur le marché. Ensuite ils retrouvent leurs amis Antoine et Richard, lequel est secrètement amoureux de Dominique, et se promènent en voiture dans la forêt de Saint-Germain en Laye. Ils s’enfoncent dans un petit chemin qui les conduit jusqu’à une clairière. Ils rencontrent un automobiliste en panne, puis dans la clairière illuminée de lumières bleues, assistent à un étrange spectacle. Deux jeunes femmes nues dansent entre elles bientôt rejointes par une troisième. Patrice sort quelques bouteilles de champagne et tout le monde déguste le breuvage. Bientôt tous sont plus ou moins pompettes cela se termine en caresses, baisers gloutons et plus. Les corps s’enchevêtrent. Dominique est caressée puis subit les assauts d’un homme, avec un plaisir certain aiguisé par l’alcool. Elle est persuadé qu’il s’agit de Patrice. Soudain un cri s’élève. Tout ce petit monde est rapidement dégrisé. La Pierreuse, la troisième femme qui avait rejoint les danseuses, gît étranglée.

Vite branle-bas de combat. Tout le monde récupère ses affaires dans le noir et Patrice accompagné de sa femme et ses deux amis s’enfuient sans demander leur reste. Direction Paris où Patrice dépose les deux amis qui prennent un taxi afin de rentrer chez eux. Seulement l’un d’entre eux a récupéré une bouteille de champagne qu’il laisse après dans le véhicule.

Rentrés dans leur luxueux appartement, Patrice se rend compte qu’il possède une écharpe jaune qui appartenait à la Pierreuse tandis que Dominique déplore la perte de son collier de perles. Patrice est en colère, accusant sa femme de l’avoir trompé, alors qu’elle se défend comme elle peut, assurant avoir copulé avec lui. Les doutes la rongent, mais il faut faire bonne figure vis-à-vis de leurs relations. A-t-elle réellement couché avec Patrice ou a-t-elle succombé aux assauts de Richard, d’Antoine ou encore de Julot, l’automobiliste qu’ils ont dépanné ? Le corps de la Pierreuse est retrouvé et le brigadier Delbot, un policier accrocheur, tenace, est chargé de l’enquête. Les indices relevés le conduisent rapidement chez l’avocat mais il manque de preuves et Patrice est trop habitué à défendre des clients ayant enfreint la loi pour se laisser démonter.

Entre Patrice et Dominique les relations sont tendues. Les soupçons tenaillent Patrice tandis que Dominique se persuade de n’avoir cédé qu’aux avances de son mari.

Ce roman s’apparente au genre policier puisqu’il y a meurtre, puis enquête. Mais c’est également une étude de mœurs, d’abord au sein d’un couple déchiré, en proie au doute, mais aussi sur les actes de l’amour au féminin. Maurice Leblanc magnifie les évolutions, les rapprochements, les embrassades des danseuses qui se produisent sur une autre scène fort prisée et en plein air. Les spectateurs, sur leurs sièges, suivaient avec une attention frémissante le spectacle gracieux d’un érotisme léger où ils puisaient une exaltation sensuelle, trouble et pourtant esthétique à cause de la beauté et du tact des danseuses.

Patrice jette l’opprobre sur Dominique, ne se posant pas de questions, ne se rendant pas compte que c’est lui qui a obligé sa femme à boire, celle-ci obéissant à son mari par amour. Il pratique une totale mauvaise foi, ne se demandant pas, si Dominique a couché avec l’un des participants males lors de cette concupiscente réunion des corps, avec qui lui-même forniquait. La jalousie, la colère, le dégoût revenaient, le torturaient, le poussaient à la méchanceté, à l’injustice, à l’insulte. Dominique, la plus sage des deux, qui femme amoureuse même si ses sens exacerbés lui ont joué un mauvais tour, reste plus calme, plus réfléchie que Patrice : L’évidence n’est pas toujours la vérité. Et puis, rien, quand même, ne te donne le droit de me faire souffrir ainsi.

Si les jours passent, si l’orage qui stagnait sur leurs têtes semble s’éloigner, la maladie du doute est au fond de nous, sournoise, épuisante, et ne peut pas guérir.

Le scandale du Gazon bleu est donc un roman à découvrir pour son charme rétro et qui s’inscrit dans la lignée de quelques auteurs qui publièrent dans la même collection ou non, à commencer par Pierre Louÿs, mais aussi de Henri de Régnier, d’Octave Mirbeau ou encore de Marcel Prévost. Un roman qui met en situation des scènes qui pour l’époque pouvaient être considérées comme scabreuses avec les ingrédients qui ont pour nom : échangisme, partouse, voyeurisme et lesbianisme.


A lire égalment mon article sur la revue Rocambole N° 61 consacrée à

Maurice Leblanc sans Lupin.

 


Maurice LEBLANC : Le scandale du Gazon bleu. Collection L’Amour. Editions Flammarion. Octobre 1936. 144 pages.

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 15:52

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Sans le personnage d’Arsène Lupin, le nom de Maurice Leblanc serait-il toujours à l’honneur chez les éditeurs et dans nos bibliothèques ? Il est probable que non. Pourtant Arsène Lupin n’est qu’une maigre partie de l’œuvre de Maurice Leblanc et grâce à ce dossier vous pourrez en savoir un peu plus. Mais auparavant, je vous invite à découvrir cette revue telle que je le pratique régulièrement avec toutes revues.

Je m’approprie la revue comme l’abonné d’un quotidien parcourt le matin sa gazette, d’une façon systématique, l’ouvrant à la page qui l’intéresse : les courses hippiques, les sports, les programmes télé, les petites annonces ou encore la rubrique nécrologique, avec le secret espoir dans ce dernier cas de ne jamais y voir figurer son nom. Trêve de tergiversation et entrons donc en passant par la case Sommaire :

D’abord Les chroniques avec Le Front populaire et Le courrier des lecteurs. Toujours intéressant le courrier des lecteurs puisque ceux-ci se manifestent afin d’apporter des compléments d’information sur des dossiers précédents. Dans le Front Populaire, recensement de quelques ouvrages dont la parution peut échapper au commun des lecteurs, la diffusion étant quasiment confidentielle. Ainsi deux ouvrages sont parus récemment, l’un concernant Michel Gourdon, le mythique illustrateur des éditions Fleuve Noir, l’autre sur Jef de Wulf qui fit les beaux jours notamment de l’Arabesque. Deux hommages sont rendus à Roland C. Wagner, romancier, et Jacques Goimard, spécialiste incontesté de science-fiction, critique et éditeur. Il est bien entendu question des rééditions, dont celles de Gaboriau, chez Omnibus et surtout chez Pascal Galodé qui a remis à son catalogue La clique dorée, roman qui n’avait pratiquement jamais été réédité. Sont également cité des ouvrages de Charles Monselet, La Franc-maçonnerie des femmes, ou Fortuné de Boisgobey, Rubis sur l’ongle , dans la collection Labyrinthes du Masque. J’en profite pour asséner un petit Pan sur le bec à l’encontre du scripteur de l’article sur ces rééditions. Il se plaint (à juste raison) que des coquilles soient disséminées ici et là dans le texte de ces romans. Hélas, son texte en comporte aussi : On vole de enfants à Paris de Louis Forest ou encore On avait repéré sa mis en ligne récemment.


Mais ne soyons point moqueur et intéressons-nous à ce qui constitue le plat principal de cette revue. Les Textes de Maurice Leblanc dans lesquels Arsène Lupin n’apparait pas ou artificiellement.

Dans son article Usurpations d’identités, Marc Georges revient sur quelques romans dans lesquels Arsène Lupin n’apparaissait pas originellement mais dont, pour des raisons probablement éditoriales, les aventures lui ont été attribuées. Le même Marc George nous invite à découvrir les Contes héroïques signés Maurice Leblanc parus dans diverses revues comme Gil Blas, Le Journal et l’Auto et dont certains sont publiés dans cette livraison et dont je vous entretiens plus bas.

Jacques Baudou nous signale quelques romans policiers dont Lupin n’est pas le héros tandis que Daniel Compère nous offre une facette de Maurice Leblanc méconnue, celle de son apport à la science-fiction, et que Hervé Lechat se penche sur une production sur laquelle j’aurai le plaisir de revenir : Maurice Leblanc saisi par la débauche. En lisant les contes héroïques de Maurice Leblanc peut-être partagerez vous le sentiment de Noëlle Benhamou qui écrit l’article Maurice Leblanc, conteur et romancier : disciple de Maupassant ? une interrogation à laquelle on peut répondre par l’affirmative.

Jean-Luc Buard, toujours aussi sobre et érudit a sorti de ses archives un texte peu connu dont le titre peut prêter à confusion mais se révèle édifiant : L’Aiguille creuse. En effet dans cet article qui se veut référence au roman éponyme, l’auteur expose l’envers du mécanisme des machinations littéraires qu’il [Maurice Leblanc] s’ingénie à combiner pour le plaisir du public, et qui n’ont pas attendu l’avènement d’Arsène Lupin pour fonctionner.


La revue ne serait pas ce qu’elle est si elle ne comportait pas des exemples concrets de la valeur intrinsèque de l’auteur auquel elle est vouée. Aussi quelques contes, préfigurant peut-être une réédition attendue et bienvenue, nous sont proposés, issus des journaux et magazines auxquels Maurice Leblanc collaborait avec assiduité, pour la plus grande joie des lecteurs.

Ce sont des contes émouvants, tragi-comiques, insolites, mettant en scène des personnages ordinaires, tellement ordinaires qu’ils se dévalorisent. Dans les Contes de guerre, par exemple, un Poilu ne se rend pas compte qu’il a fait acte d’héroïsme, d’altruisme et de courage (La lettre à Catherine), ou encore ces deux braves militaires fauchés pour qui le mot probité est inconnu mais qui se comportent comme peu de gens le feraient dans les mêmes conditions (Le portefeuille). L’ironie et le dérisoire se côtoient. Un cabotin enrôlé malgré son âge et son manque d’enthousiasme, va interpréter son meilleur rôle en créant une version inédite du théâtre aux armées (Grand premier rôle). Ou encore ce militaire confronté à un dilemme que ne pourrait trancher un juge selon les préceptes de Salomon (Le fils du capitaine).

Signant ses articles dans le journal L’Auto (grand quotidien sportif et littéraire créé par Henri Desgranges), comme bon nombre de ses confrères de l’époque, Maurice Leblanc aborde tout naturellement son sport favori : l’automobile. Il met en scène des situations originales pour l’époque, banales aujourd’hui, synonymes de liberté (Les évadés) ou de tragédies (Ce brave monsieur Martin, Et la mort passa…) allant même jusqu’à écrire une apologie de la panne (L’imprévu).


Mais ce numéro ne serait pas accompli si la bibliographie complète des contes et romans de Maurice Leblanc n’était pas déclinée. Aussi Daniel Compère, Jean-Luc Buard, Jacques Derouard, Marc Georges (omis dans le sommaire), Hervé Lechat, Philippe Radé & Claude Rebierre se sont mis en sept pour l’établir, recensant pas moins de 467 titres d’après leur ordre de parution et qui sont repris en index alphabétique.

Une revue indispensable à tout amateur curieux de Maurice Leblanc qui se rendra compte que Maurice Leblanc n’était pas que le scripteur des aventures d’Arsène Lupin. 

 

En vente dans toutes les bonnes librairies et sur le site du Rocambole.


Revue Rocambole N° 61 : Maurice LEBLANC sans Lupin. Editée par l’association Les Amis du Roman Populaire. 176 pages. 16€.

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 16:57

La part fine du parfum

 

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C’est par hasard que l’auteur retrouve lors de la fête de la rose de mai à Grasse une jeune femme qu’il a croisée lors d’un voyage en avion l’emmenant aux Etats-Unis. Il lui demande, comme un service, de lui narrer ce voyage qu’elle effectuait en compagnie de Tony Curtis en septembre 2009.

Sabrina, ainsi se nomme-t-elle, avait failli louper son vol à cause d’un surligneur baladeur épris de liberté sous un fauteuil dans le hall d’embarquement. Heureusement par un heureux concours de circonstance, elle parvient à embarquer mais elle n’a plus le choix de place. Elle est installée par l’hôtesse près d’un vieux monsieur octogénaire, portant sur le chef un chapeau de cow-boy et le cou ceint d’une écharpe de luxe. De lui se dégage un parfum féminin qui réconcilie le nez de Sabrina après les miasmes endurés dans l’aéroport et dans la carlingue. Mais l’homme semble souffrir. Elle sort de son sac de petites fioles de parfum, laisse tomber sur un carré de tissu quelques gouttes du précieux liquide et l’homme parait revivre. Il avoue être atteint d’aérodromophobie et d’acrophobie. Entre ces deux personnes s’engage une conversation à laquelle elle ne pouvait s’attendre. L’homme affable se propose de lui faire réviser son cours sur l’histoire du parfum à l’aide de l’encyclopédie dont elle s’est munie. De temps à autre ils sont dérangés par des passagers demandant des autographes à son voisin qui déclare en toute innocence s’appeler Tony Curtis. Elle ne connait pas, sa culture cinématographique s’arrêtant à Brad Pitt.

Dans cet ouvrage qui est tout autant roman, récit, biographie, document, le lecteur suit deux parcours tout en apprenant l’histoire et les subtilités des parfums.

C’est ainsi que la jeunesse de Tony Curtis, ses débuts dans le cinéma, ses aventures professionnelles et amoureuses sont déclinées. Comment gamin alors qu’il s’appelait encore Bernard, dit Bernie, Schwartz, il se faisait un peu d’argent comme cireur de chaussures, comment de petits nazillons new-yorkais s’en étaient pris à lui et l’avaient tabassé, puis ses débuts au théâtre et au cinéma, les premiers petits rôles qui lui ont été confiés, les efforts qu’il dut faire pour effacer son accent, son mariage avec Janet Leigh, sa rencontre avec Norma Jean Mortensen ou Baker qui deviendra Marylin Monroe, le rôle négatif joué par des journalistes de la presse à sensation qui détournèrent une de ses phrases, Qu’est-ce que tu crois, mec ? Que c’est comme embrasser Hitler ? devenant Embrasser Marylin, c’est pire que d’embrasser Hitler ? Ses succès dans Les Vikings, Spartacus ou le célèbre Certains l’aiment chaud.

Sabrina raconte comment, encore adolescente elle a quitté le giron familial biarrot. Elle travaillait au réassortiment des étalages ou comme caissière dans une supérette mais un jour elle en a eu marre. A l’âge de cinq ans après un orage qui avait décuplé les senteurs des tilleuls et des fleurs, elle s’était aperçue qu’elle possédait un nez capable de distinguer les fragrances dans l’air. Suite à la lecture d’un article sur les roses de Grasse, elle avait pris le train et la chance aidant elle s’était retrouvée dans la ville du parfum comme cueilleuse. Son don olfactif n’étant pas passé inaperçu, elle avait été embauchée et l’un des pontes locaux lui avait proposé de suivre les cours d’une prestigieuse école de parfumerie. Elle doit se rendre à Los Angeles, plus précisément à Neverland afin de tenter d’élaborer une gamme de parfums dédiée à Michael Jackson. Si elle n’a jamais vu un seul film avec Marylin Monroe, elle connait l’actrice surtout grâce à son visage affiché dans le monde entier. Elle incarne la femme-sandwich des parfums et dérivés, bougies parfumées, chandelles, bâtons de rouge à lèvres.

Roman donc, récit et biographie, Le roman du parfum est aussi un ouvrage didactique sans être pédant ou rébarbatif. Le lecteur plonge dans cet historique comme dans un conte des milles et une nuits, avec la partie consacrée à la mythologie égyptienne, le rapport entre la religion chrétienne et le parfum, les différentes marques et leurs composition avouées, leurs fragrances, la fabrication, utile mesdames, d’un parfum maison, et tous les petits à-côtés de la parfumerie et de la vente. Le prix de revient d’un flacon de parfum, par exemple, ou comment dans les grandes surfaces le nez du client potentiel est accroché par des artifices afin que du stade de chaland il passe à celui de consommateur.

Si Pascal Marmet, l’auteur, se met rapidement en scène, comme passager de l’avion, c’est pour mieux donner de la crédibilité à son roman. Tony Curtis et Sabrina tenant la vedette ou servant de fil rouge au propos premier, une histoire du parfum qui nous permet de l’être… au parfum. Et bien entendu une histoire d’amour se greffe dans le récit, mais comme il s’agit de la vie privée de Sabrina, je n’en dirai pas plus.

Relevé page 17, cette phrase que je pourrais faire mienne :

Lire fut ma câlinothérapie, mon espace de soin, la cathédrale où j’édifiais mon être, le palais de mots qui tapissait mon mur intérieur. Dans la poussière des bibliothèques, je me vautrais, et quand viendrait l’heure, on m’enterrerait dans cette poussière, telle était ma folle décision.

Alors Messieurs, si vous désirez faire plaisir à votre compagne ou à votre maman, ou toute autre personne qui vous est chère, je vous conseille ce livre que vous pourriez offrir par exemple pour les étrennes, la Saint-Valentin ou tout autre moment agréable. Ce qui vous permettra en outre de le lire sans ressentir ce petit sentiment de culpabilité qui parfois nous étreint comme si on était en possession d’un ouvrage qui est pas destiné aux hommes, aux vrais, aux machos, ceux qui se refusent à admettre un côté fleur bleue.

Cet ouvrage est complété par une bibliographie, la filmographie complète de Tony Curtis et une liste des parfums fabuleux, leur créateur et leur date de naissance.


A lire du même auteur : A la folie


Pascal MARMET : Le roman du parfum. Collection Le roman des lieux et destins magiques. Editions du Rocher/ Vladimir Fédorovski. 270 pages. 20,20€.

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 15:46

T’as le bonjour d’ailleurs !

 

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Ce n’est pas parce qu’il a passé une bonne partie de la nuit à manger, à boire et à discuter avec des amis habitant Le Bugue, entre Bergerac et Sarlat, que Pierre Laurin, pilote de ligne, est atteint de visions. Non, il est bien lucide et la soucoupe volante qu’il aperçoit n’est pas issue d’un brouillard éthylique. Intrigué, il prend note des coordonnées, examine les lieux mais il ne trouve aucune trace d’atterrissage. Comme si l’engin s’était enfoncé sous terre sans effort, sans bouleverser le paysage. Il se rend à la gendarmerie, effectue sa déposition, mais est obligé d’attendre car le commissaire ( ?) n’est pas encore arrivé. Alors suivant le conseil du planton, il va boire un café au bar du village où il est servi par une jeune femme avenante qui se moque quelque peu de lui. A la gendarmerie, ils ont autre chose à faire que d’enregistrer une plainte, et si elle est prise elle sera classée sans suite.

Pierre rencontre au camping où il passe ses vacances et discute avec son voisin, chauffeur de taxi, féru de science-fiction. Il appelle également son ami André, expert convaincu, et convaincant, en ufologie qui rapplique immédiatement. Seulement Pierre est étonné de voir que la jeune serveuse, Thérèse, installer sa tente non loin de la leur. Ils se rendent non loin du gouffre de Proumeyssac, là où Pierre a aperçu la soucoupe et discutent avec un paysan. Celui-ci affirme que de très nombreuses personnes ont été portées disparues mais parfois certaines d’entre elles réapparaissaient mais ne se souvenaient de rien.

D’un seul coup ils se trouvent entraînés par une force invisible et se réveillent sous terre. Deux personnages ainsi que Thérèse qui est une extra-terrestre, se présentent à eux. Ce sont des Onaphim qui les accueillent comme des amis et narrent leurs aventures et surtout leurs attentes. Leur planète n’est plus viable et ils ont besoin de s’installer sur Terre afin de survivre. Commencent alors l’explication des phénomènes étranges qui se produisent depuis des décennies ainsi que des éclaircissements concernant des lieux considérés comme stratégiques depuis l’antiquité.

Dans Les Ancêtres de l’humanité, l’histoire est un peu la même mais à rebours. Des objets volant dans la stratosphère sont détectés par les énormes lunettes astronomiques, des représentations d’objets tels que les statues de l’île de Pâques et autres. Quatre jeune gens, deux garçons et deux filles, issus d’ethnies différentes sont envoyés dans l’espace afin d’observer ces phénomènes étranges. Leur périple dure des années et ils abordent enfin un vaisseau spatial démesuré contenant des extra-terrestres contraints de quitter leur planète en déliquescence. Ils désirent s’installer sur Terre afin que leur communauté ne soit pas réduite à néant.

On retrouve dans ces deux romans toutes les préoccupations de Daniel Piret, édictées dans son portrait.

Ainsi page 33 : Il n’y a qu’une seule race, la race humaine, qu’elle soit noire, jaune, blanche ou rouge. Les différences ne sont que des questions d’éducation, de tradition. Ce dont une ethnie est capable, n’importe quelle autre doit l’être.

Il dénonce les affairistes, ceux qui plongent une partie de l’humanité dans la famine afin d’engranger des bénéfices. Page 34 : Il est absolument indispensable que nous répartissions équitablement TOUTES les richesses planétaires afin de supprimer les rancœurs, les envies, les guerres justes ou injustes… Il faut exploiter non détruire, donc changer la notion d’intérêt, ne pas confondre intérêt financier et INTERET tout court.

Page 72 : Il faut changer alors la mentalité humaine… Extirper la notion de profit et d’intérêts privés autant dire bouleverser l’ordre établi.

Ceci pourrait être un discours altermondialiste, et pourtant j’ai l’impression que ce roman, donc ces lignes, ont été écrites avant même que ce mouvement existe. En effet l’histoire se déroule à partir du 23 aout 2021 mais l’un des protagonistes effectue un parallèle entre l’homme de Cro-Magnon et l’homme de ce siècle que vous dénommez 20ème. Thérèse se déplace à bord d’une 2CV. Et page 16, dans la discussion entre Pierre et son voisin chauffeur de taxi, ce dernier avoue être un adepte de Rivière Blanche. Et il cite pêle-mêle, J. et D. Le May, Richard Bessière, Max-André Rayjean, Gabriel Jan. Or J. et D. Le May n’est pas (encore ?) au catalogue des éditions Rivière Blanche. Il faudrait donc lire qu’il est un adepte du Fleuve Noir, et conclure que ce roman a été écrit depuis quelques décennies mais que le manuscrit, pour une raison ou pour une autre n’avait pas été retenu.

Quoiqu’il en soit, c’est l’utopie qui prédomine. Dans Aliens en Périgord Betsabel, le maître des Onaphim, vit dans l’espérance que les Terriens et son peuple vivent en bonne intelligence. Hélas, déjà sur Terre, la discorde existe entre voisins proches, alors espérer que l’homme puisse accepter l’arrivée d’extra-terrestres et leur implantation sur notre planète relève du souhait, du leurre, qui jamais ne sera suivi d’une quelconque concrétisation. Mais on peut toujours rêver. De même les graines mises à disposition des Terriens pourraient soulager la population et réduire la famine, seulement cela va à l’encontre des intérêts financiers d’une poignée de spéculateurs.

L’épilogue d’Ancêtres de l’humanité est certes convenu et a été utilisé par maintes fois, mais il est logique, indubitable, l’histoire étant un éternel recommencement.


Daniel PIRET : Aliens en Périgord, suivi de Les Ancêtres de l’humanité. Collection Blanche N°2094, éditions Rivière Blanche. 228 pages. 17€.

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 17:09

 

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Né le 28 mars 1933 à Paris (XIIème) Daniel Piret effectue des études dites normales et se considère comme bon nombre d’auteurs dont la vocation première était peut-être l’écriture mais qui pour des raisons familiales et financières ont été obligés de se tourner vers une occupation plus rémunératrice. Ses études secondaires, il les effectue dans divers établissements de la banlieue parisienne, établissements qui “ le libèrent rapidement, ne l’appréciant sans doute pas à sa juste valeur ” (FNI 98 – 1973).

Déjà il possède un caractère épris d’indépendance, état d’esprit qu’il impute à son signe astrologique Le Bélier, et se considère comme un fonceur qui supporte mal l’autoritarisme hiérarchique, et par voie de conséquence se révèle comme un subordonné que l’on pourrait qualifier d’insubordonné. Cette indépendance, Daniel Piret l’a concrétisé à dix-neuf ans, en se mariant et en débutant dans la représentation. Quelques années plus tard, il se met à son compte, activité qu’il cesse en 1972 pour travailler comme vendeur dans un grand magasin. 1972, c’est également l’année de parution de son premier roman au Fleuve Noir.

piret2.jpgSi Daniel Piret a commencé très jeune à écrire, des contes de fées et de poèmes, c’est en 1968 qu’il s’est tourné vers l’anticipation puis à la rédaction d’un ouvrage traitant de philosophie et de religion. Ses violons d’Ingres étant le dessin, la sculpture sur bois et bien sûr la lecture, avec des préférences pour les ouvrages de religion, de philosophie, d’ésotérisme, bien entendu la science-fiction, la science tout court avec la biologie, l’astronomie, et tout ce qui est relatif à l’écologie et l’évolution. Sans oublier l’occultisme, la paléontologie et l’histoire de l’univers. Son livre de chevet est la Bible, (un des nombreux points communs qu’il partage avec Jimmy Guieu. Jimmy Guieu, qui est l’un de ses auteurs préférés en science-fiction, avec Robert Clauzel, Maurice Limat, Gabriel Jan, et en littérature générale Henri Troyat et Hélène Carrère d’Encausse), ce qui l’a amené à apprendre l’hébreu, suite peut-être aussi à un voyage en Terre Sainte, en 1969 et dont il est revenu enthousiasmé.

Atteint durant un temps de bougeotte, il a visité en caravane la Yougoslavie, la Suisse, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne, la Hollande puis il s’est calmé et depuis préfère le calme de la campagne périgourdine. Il avoue qu’il est très pessimiste en ce qui concerne l’avenir de l’espèce humaine, considérant que la science qui devrait le servir, l’opprime chaque jour davantage, et il rejette la société actuelle en ce qu’elle a d’inhumain. Il reste persuadé que si l’homme ne change pas il court à sa perte. Il s’élève contre toute forme d’oppression et de racisme, ne reconnaissant qu’une seule race : l’humaine.

En 1979 il dirige une collection chez un éditeur de province, les éditions Garry, où il publie des romans de ces confrères refusés par le Fleuve Noir. C’est ainsi que l’on retrouve sous pseudonyme Gabriel Jan, Robert Clauzel ou lui-même sous le nom de Red Ilan. Certains de ces ouvrages ont été traduits en Espagne et La mort des Dieux est même paru en feuilleton dans le journal d’Israël à Tel-Aviv.

  

Collection Anticipation du Fleuve Noir

490 : Année 500 000piret3.jpg

525 : Les Deux soleils de Canaé

554 : Les Egarés du temps

575 : Les Disques de Biem-Kara

595 : Le Maître de Phallaté

604 : Les Fils de l'Atlantide

621 : Naître ou ne pas naître

640 : Ahouvati le Kobek

649 : Le Grand passage

668 : Le Tell de la puissance

680 : Le Onzième satellite

687 : Les Egrégores

702 : Sakkara

711 : Les Survivants de Miderabi

721 : Vae victis!

727 : La Dernière mort

739 : Le Rescapé de Gaurisankar

754 : Le Manuscrit

761 : Sogol

781 : Xurantar

804 : La Mort des dieux

813 : L'Ile des Bahalim

825 : Les Dévoreurs d'âmesredilan

848 : L'Ancêtre d'Irskaa

861 : Interférence

878 : Le Navire-planète

947 : N'Ooma

983 : Strontium 90

1113 : Sloma de l'Abianta

1119 : Les Envoyés de Méga

1140 : Prométhée

1201 : La 666e planète

1233 : Le Fils de Prométhée

1278 : La Parole

 

Editions Gary

Cholom (1979) 

Diaspora cosmique (1979) 

Péril végétal (1979) 

La Sphère des templiers (1979) piret4.jpg

Univers Alpha (1980) 

 

Editions Rivière Blanche, collection Blanche :

2049 : Projet espoir suivi de Crépuscule des idoles (voir chronique)

2060 : Les enfants de la lumière (voir chronique)

2070 : Stase onirique

2080 : La saga des Ibars suivi de Le domaine

2094 : Aliens en Périgord suivi de Les ancêtres de l’humanité. (Voir chronique)

 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 06:55

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Chroniqueur et critique cinématographique spécialisé dans les films d’horreur, pigiste pour un petit magazine parisien, Boris Phécrier est aussi auteur de romans du même genre sous le nom de Julien Gras. Et ce n’est pas parce qu’il habite place du Panthéon qu’il roule sur l’or. Il vivote dans un petit studio de huit mètres carrés, est marié mais sa femme va voir ailleurs si c’est meilleur, et une gamine de douze ans nommée Cuivre. Il a Cuivre en garde de temps en temps, lorsque sa femme est en déplacement charnel, et l’amusement principal entre le père et la fille est de se faire de petits quizz sur des films d’horreur.

En compagnie de son ami Fuchiglia, qui est bouquiniste sur les quais mais également touche-à-tout puisqu’il cumule les emplois de photographe de jazz, d’agent musical, de directeur littéraire chez Dupneu, directeur de la collection qui a accueilli Le rivage des tripes de Julien Gras, Boris se rend à une soirée prétendument littéraire. En réalité il s’agit de fêter la sortie d’un livre géant, texte de Dhûle et dessins de Nick Mégalo, une nouvelle aventure imaginaire de Gary Pinson, le Sherlock Holmes belge. En effet beaucoup de monde se presse dans cette galerie d’art, sise dans une petite rue du XIVème arrondissement de la capitale, le gratin de la littérature populaire, auxquels se sont adjoints quelques pique-assiettes, sans lesquels les soirées parisiennes ne seraient pas ce qu’elles sont, et une jeune femme qui fait du charme à Boris.

Phécrier et Fuchi retrouvent parmi les convives le capitaine Duclos, fervent passionné de Gary Pinson, Le Mosque, ancien directeur de la défunte collection Saignant chez Talbin Michel et agent littéraire et scénariste, JBPP, intellectuel et inventeur de la série La Pieuvre et auteur à la Série Glauque, Faty romancier chez Talbin Michel et directeur de la Série Glauque, ainsi qu’Aldo Selma, le meilleur rital de polars français qui a signé Eviscéré comme une playmate dans le plumard d’un GI. Seul manque à l’appel, pour le moment car il est attendu avec impatience, Dhûle qui devait assister à une séance un peu spéciale avec quelques amis. Selma prend à part Phécrier et lui propose un travail qui devrait être juteux. Un scénario d’horreur déniché par Le Mosque, mais les quatre amis achoppent sur l’épilogue, incapables de terminer le texte sur une scène finale forte. Quatre pages à écrire et un gros paquet de billets à la clé.

Une rumeur circule concernant un film, Au château d’alcool, un film d’horreur dont la projection s’avérerait maléfique et mortelle. Lors d’une première séance privée, des spectateurs, une quarantaine environ, seraient décédés ou devenus fous. Et lors de la fameuse séance spéciale organisée par Dhûle, séance dont quelques uns se gaussaient laissant penser qu’il s’agissait d’une partie fine, quelques-uns des participants dont Dhûle lui-même, décèdent d’une crise cardiaque. L’écrivain s’était procuré une copie de ce film funeste. Duclos, le policier, a récupéré dans le lecteur de DVD l’enregistrement et invite Boris Phécrier et des spécialistes de l’analyse de vidéos à participer à un visionnage de l’objet du délit, en prenant toutefois quelques précautions.

Si la lecture du disque permet de solutionner quelques mystères, l’enquête n’en est pas pour autant close. Qui et pourquoi sont les questions qui restent en suspens, plus quelques autres qui en découlent.

 

Avec Au château d’alcool, François Darnaudet nous invite à lire un roman transgenre, qui marie polar, fantastique, gore et suspense, ce qui n’est pas forcément incompatible. La dose entre tous ces éléments est savamment mesurée, pondérée, et chacun pourra y trouver son content. Des passages savoureux où alternent humour, émotion (Ah la petite Cuivre !), petits coups de griffe pas méchants et réflexions pertinentes. Ainsi, Boris Phécrier déclare sans acrimonie aucune, une simple constatation de sa part que se partagent bon nombre de lecteurs de journaux : La critique cinématographique moderne répugne souvent à résumer un film. Il m’arrive parfois de lire des articles dans Libé ou Le Monde en me demandant de quoi parle le journaliste et quel est le thème du film chroniqué. Moi, à 7 jours sur Paris je commence toujours par donner un résumé avant de décortiquer la structure scénaristique et rappeler les principaux titres de gloire du réalisateur et des acteurs. Mais je suis sûrement un tocard puisque je ne suis pas à Libé ou au Monde. Cela sent le vécu…

De plus François Darnaudet, outre l’intrigue resserrée, invite le lecteur à s’amuser et pose des jalons, en incitation à découvrir quels auteurs réels se cachent sous les patronymes des personnages du roman. De même que pour les maisons d’éditions citées ou les titres des romans évoqués. Un des protagonistes qui apparait plus tard dans l’histoire se nomme Piter Surlot. Il compte à son actif plus de cent-quarante titres de romans, vit dans les Vosges et possède un chien qu’il a appelé Gallimard, parce que c’est la seule maison d’édition qui a refusé de le publier. Je suis persuadé qu’avec votre sagacité habituelle vous découvrirez tous ces private-joke, comme l’on dit en bon français, et que vous vous amuserez à la lecture. Je ne vous donne pas d’indice et si vous séchez, vous pouvez toujours me laisser un commentaire afin que j’éclaire votre lanterne.

Au château d’alcool, un livre comme je les aime : divertissant, plaisant, amusant, alerte, prenant, dénué de digressions vaseuses. Une véritable récréation. Une petite citation en passant :

-      C’est quoi un louseure ?

-      Un loser ! Le mot anglais… C’est un soixante-huitard qui a mal digéré l’avènement du socialisme libéral !

 


François DARNAUDET : Au château d’alcool. Collection Noire 34. Editions Rivière Blanche. 204 pages. 17€.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 15:19

Comme je sais qu’en ces heures de préparatifs intenses d’emballages, de mises au four et de décorations de dernière minute, de gamins à calmer, vous serez trop occupés à baguenauder de blog en blog je me contente modestement de vous souhaiter à toutes et à tous de joyeuses fêtes de Noël !

 

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 10:45

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Les qualificatifs ne manquent pas lorsqu’il s’agit d’évoquer Georges-Jean Arnaud : si certains le surnomment le Balzac du Polar. Lui conviendraient tout aussi bien les appellations de Simenon français ou encore celle de Dumas du XXème siècle. Se plonger dans l’un de ses romans est synonyme d’immersion totale, d’apnée à plus de deux cents pages, bref il est difficile de le lâcher avant la dernière ligne. Qu’Arnaud œuvre dans la littérature de science-fiction, de science-friction (entendez par là les érotiques !), dans le fantastique, le roman noir, l’espionnage, l’historique ou encore ses réminiscences enfantines et adolescentes, mettant en scène des personnages familiaux, il nous concocte à chaque fois un formidable et prenant roman d’aventures et d’actions, terme préféré à celui de roman populaire par certains auteurs.

G.-J. Arnaud n’a jamais été si à l’aise que dans la description psychologique des personnages ordinaires, du décorticage de ce qui les a amenés à se vautrer dans une déchéance morale et physique, à les faire évoluer dans un univers à consonance fantastique. Avec ce qui au départ devait se réduire à une trilogie consacrée aux frères Roquebère mais qui sous l’impulsion conjuguée de ses lecteurs (et peut-être de son éditeur) se transforme peu à peu en feuilleton, les aventures de Séraphine la saute-ruisseau et de ses employeurs prend une ampleur dont nul n’aurait pu en mesurer les conséquences (a fortiori le Fleuve Noir qui paraît-il aurait refusé les manuscrits de peur de ne pas enregistrer assez de ventes !). L’action se déroule entre la fin 1829 et le début des années 1830, période au cours de laquelle les prémices de la révolution de Juillet se font ressentir puis leurs séquelles politiques. Arnaud renoue avec le roman historique inspiré du feuilleton cher à nos romanciers du XIXème siècle.

roquebere3.jpgA quelques jours de Noël, Thierrois le pourvoyeur d’enfant de l’Institution des Enfants Assistés, trimbale sur son dos dans une caisse spécialement aménagée, un nouveau-né. L’homme qui lui a confié ce fardeau peu ordinaire lui a remis une somme d’argent cinq fois plus conséquente que celle remise à l’habitude. Thierrois est persuadé que le nourrisson qu’il doit livrer à l’Hospice est le fruit d’un terrible secret. Entre Hyacinthe et Narcisse, notaires de profession et frères jumeaux, existent autant de différence qu’entre le jour et la nuit. Si l’un est sérieux et distingué, l’autre est un gai-luron dont la principale occupation réside dans la démonstration de ses talents culinaires. Séraphine, qui rêve de devenir un jour clerc de notaire et est secrètement amoureuse de Hyacinthe, s’avère plus qu’un saute-ruisseau diligent. Son passé de petit ramoneur en compagnie d’un père virtuel mais amant concret l’a rendue, malgré ses quatorze printemps, une gamine délurée, entreprenante, mature et débrouillarde. En arrière plan de cette galerie de portraits directement inspirés de Balzac et de Sue, l’officier de paix Parturon, guidé par la cupidité, la sensuelle marquise de Listerac, un couple composé d’un oncle et de son neveu que les mauvaises langues cataloguent comme un vieux birbe et son godelureau, un cocher qui apprécie les boissons alcoolisées, une camériste fantôme, et surtout Vidocq, ex-bagnard, ex-patron de la police, reconverti comme patron d’une papeterie. L’homme au fiacre est le premier volet prometteur de cette trilogie qui grâce à l’Atalante voit le jour alors que ces romans étaient dans un tiroir, commandés par une maison d’édition qui n’avait pas honoré son contrat. Souvent nous sommes obligés, lorsque nous avons aimé le début d’une saga, d’attendre quelques mois avant de retrouver les personnages qui nous ont fait rêver. Heureusement le délai de parution est assez proche pour que nous n’oubliions point ces quelques protagonistes, tout en n’ayant pas non plus un phénomène de rejet par saturation.

Nous retrouvons donc ces deux personnages dans une nouvelleroquebere4.jpg aventure, Le rat de la Conciergerie, à laquelle Séraphine, leur dévouée saute-ruisseau, prendra une part active et grâce à qui ils devront la résolution de l’enquête. Car ils se sont pris au jeu, les braves avoués, et même s’ils ressentent parfois les affres de la peur, celle-ci justement les titille assez pour qu’ils embrayent sur de nouvelles aventures.

Lamercie, leur ancien clerc, refuse de signer un testament. Il ne reconnaît pas la mourante dont il a eu à traiter les affaires quelques années auparavant. Il prévient immédiatement ses anciens patrons. Il n’aurait pas dû refuser d’apposer son paraphe au bas du document car peu après son cadavre est retrouvé en bas des escaliers de son logement. Apparemment un banal accident. Mais pour l’officier de police Parturon, qui ne néglige aucun moyen pour arrondir son bas de laine, cet accident est pour le moins bizarre, pour ne pas dire plus. Et voilà les deux frérots sur le pied de guerre, encouragés par Séraphine qui n’a ni froid aux yeux ni sa langue dans sa poche mais l’esprit d’initiative aiguisé. Même si cela n’a pas l’heur de plaire à Hyacinthe, le principal intéressé dans l’affaire. Le procureur Cerneau, surnommé le Rat de la Conciergerie, est un atrabilaire qui ne connaît qu’une seule raison d’être : la sienne, et n’écoute que ses décisions. Les frères Roquebère seront bien contents d’utiliser pour une fois leur ressemblance, à l’instigation de Séraphine qui malgré tout sait reconnaître Hyacinthe de Narcisse, puisqu’elle est amoureuse de l’un des jumeaux. Ce qui ne manque pas de plonger dans l’embarras le prude homme.

Arnaud joue avec les nerfs de ses personnages, et du lecteur par la même occasion, et tisse une toile digne des plus grands feuilletonistes du XIXème siècle, Balzac, dont il se réclame, en tête, usant de toutes les ficelles du genre et un peu plus. Mais il ne faudrait pas croire qu’Arnaud se contente d’utiliser ces ficelles pour envelopper le paquet. Et sous la barde gauloise, et l’emballage, se nichent quelques à-propos dont il a le secret. Car Arnaud n’est pas seulement un conteur, c’est également un homme de cœur. L’injustice le révolte, même si celle-ci est dénoncée de façon sous-jacente dans certains de ses romans. Il n’y a pas que ça pour le mettre hors de lui et lorsqu’il dénonce, il faut savoir lire entre les lignes. Il ne distille pas de petites phrases assassines mais enrobe dans le contexte, dans l’atmosphère, dans la trame même de ses romans ses dénonciations, ses colères. Mais passons au troisième volet de la trilogie avec La Congrégation des assassins.

Cette foiroquebere5.jpgs Narcisse et Hyacinthe Roquebère tombent sous le charme d’une jeune fille dont le père a disparu. En fait il est mort, “ assassiné ” non loin de Sens par des policiers appartenant à une fraction secrète de la Congrégation, les Chevaliers de la Foi. De plus, le brave, qui partait à Toulon présenter de nouvelles toiles pour les militaires embarquant combattre le Dey d’Alger. Comme si cela ne suffisait pas à ses malheurs, Pauline hérite d’une dette contractée par son père et s’élevant à plus de 800 000 francs, ce qui pour l’époque est une véritable fortune. La Congrégation, c’est une société occulte dont tout le monde a peur, même les policiers officiels. Elle s’érige comme le seule représentante des valeurs fondamentales, de celles d’avant les évènements de 1789, composée d’ultra qui prônent le retour d’une mystique où la chrétienté et la royauté vont main dans la main, le rétablissement de l’Inquisition et autres foutaises. Seulement ces foutaises provoquent des victimes. Et le père de Pauline n’est pas le seul à avoir été grugé, spolié, et assassiné. Hyacinthe et Narcisse Roquebère ne pourront que se féliciter de leur gémellité et du corollaire de ressemblance. Grâce à Séraphine, à sa débrouillardise et à ses connaissances de l’envers du décor de la capitale, ils se sortiront une fois de plus d’un mauvais pas. En plaçant son roman en 1830, alors que commence à souffler le vent de l’insurrection de Juillet, G.-J. Arnaud fait œuvre d’historien mais le lecteur ne peut s’empêcher d’établir des comparaisons avec, non pas une secte, mais bien un parti politique qui se veut le bastion et le garant des valeurs morales dites chrétiennes ou tout du moins catholiques. Même si pour cela il faut commettre des exactions qui sont condamnées par l’Eglise.

Le Prince des Ténèbres s’inscrit daroquebere6.jpgns un tournant dans l’Histoire. Charles X et le gouvernement Polignac sont de plus en plus impopulaires. L’insurrection gronde en ce 27 juillet 1830, première journée agitée de ce qui deviendra dans les manuels d’histoire “ Les Trois Glorieuses ”. Le Prince des Ténèbres, figure légendaire, en profite pour refaire son apparition, exhortant le peuple qui construit barricades et autres obstacles pour mieux enquiquiner la maréchaussée (l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, rappelez-vous mai 68 !). Le Prince des Ténèbres sort de sa léthargie à chaque mouvement social pour encourager les débordements populaires légitimes (ils le sont toujours, selon le point de vue des revendicateurs, illégitimes du côté du gouvernement, mais cette pensée n’a rien à voir avec l’histoire, donc reprenons le cours habituel de cet exposé). Le Prince de Condé craint pour sa vie et désire quitter le navire c’est à dire la France. Mais pour cela il lui faut récupérer le nerf de la guerre, l’argent confié aux frères Roquebère, et surtout modifier son testament. Les deux sacs d’or qui représentent sa fortune placée chez les avoués sont volés au cours de leur transport entre l’étude et le domicile du prince. Quant au testament pas question de substituer ne serait-ce que la moindre virgule à ce qui est déjà consigné. Sa maîtresse, dans tous les sens du terme, anglaise, Sophie Dawes, perverse comme pas une, a décidé qu’il n’en changera pas un iota. Bon, d’accord, faut la comprendre, elle ne toucherait plus rien, la pauvre (je parle de l’argent, bien sûr !). N’empêche que les deux sacs d’or sont subtilisés , qu le convoyeur est assassiné, et que Séraphine est plongée dans une nouvelle aventure, entraînant avec elle ses deux patrons, maîtres pas encore mais cela ne la gênerait pas qu’ils le devinssent, tout au moins l’un d’eux, mais je m’égare. Dans un Paris révolutionnaire, déchiré, avec Louis-Philippe qui pointe le bout de sa tête, normal vu la forme qu’elle a, Arnaud évolue à son aise, et se pique au jeu puisque ce qui devait à l’origine n’être qu’une trilogie tourne gentiment à la saga.

Le voleur de roquebere7.jpgtête Il existe toutes sortes de jeux et de paris, mais aller narguer le bourreau et les forces de l’ordre afin de s’emparer de la tête d’un condamné à mort fraîchement guillotiné en place de Grève, s’agit-il vraiment d’un jeu ou d’un pari ? Un tour de force que vient de réaliser un adolescent. Casimir, jeune clerc employé dans l’étude des frères Roquebère croit reconnaître en ce voleur de butin pour le moins particulier, Séraphine, la saute-ruisseau. Séraphine se défend comme un beau diable, et Narcisse et Hyacinthe ont tendance à la croire.

Un coin du voile va enfin être levé sur la naissance de Séraphine, ce Gavroche avant la lettre, et non pas la traumatiser, mais au moins lui fournir quelques désillusions puisqu’elle saura enfin qui est sa mère. Un fort désappointement s’ensuit et elle aurait préféré peut-être ne jamais connaître ses origines qui lui pèsent désormais sur les épaules. La reconstitution historique est occultée, contrairement au précédent roman du cycle, mais ce sont la vie sociale et surtout le parler populaire de l’époque qui imprègnent la trame de ce volume. Une fois de plus Arnaud excelle à mettre en scène les personnages et à les insérer dans une histoire simple en apparence mais qui se révèle complexe, fouillée, travaillée, à l’image de ce qu’écrivaient ses maîtres en littérature.

La mort en guenilles n’est pas le prolongement du volume précédent mais Séraphine est de nouveau plongée dans son enfance, celle droquebere8.jpgont elle se souvient le mieux et dont elle n’a pas forcément honte, malgré certaines vicissitudes. La mère d’un petit ramoneur savoyard vient la trouver car son enfant ne lui a pas donné de nouvelles depuis de trop longues semaines. Séraphine accepte d’enquêter car non seulement elle même a exercé ce métier avant d’être recueillie par les frères Roquebère, mais cette mère éplorée quelque a connu lorsqu’elle vivait près de sa grand-mère dans cette province aux accès italiens et qui ne demande qu’à être rattachée à la France. Malgré les interdictions de leurs employeurs, des personnages le plus souvent sans scrupules, de petits ramoneurs travaillaient au noir. Ainsi Vincent Pergotti, le disparu, après son labeur, et malgré la fatigue physique ressentie, nettoyait les conduits de cheminées afin de pouvoir envoyer à sa mère quelques pièces d’argent qui il le savait étaient les bienvenues au foyer familial. Très rapidement Séraphine soupçonne une mendiante, la Joncaille, de ne pas être très claire dans cette affaire, d’autant que la mendigote ne se conduit pas comme la vieille femme dont elle voudrait endosser la défroque. Les frères Roquebère eux ont autre chose à faire que de s’occuper d’un petit Savoyard disparu, une jeune femme déplorant que son mari et d’autres membres de sa famille se soient évaporés dans la nature, partis aux Amériques à la conquête de l’or, via l’Angleterre. Mais les jumeaux ont bon cœur, et permettent à Séraphine d’enquêter sur son temps de travail et l’aident même à l’occasion. Or il semble bien que les deux affaires ont des points communs, par personnages interposés. Séraphine, curieuse dans le bon sens du terme, va faire la connaissance d’un vieux monsieur qui originaire de Châlons sur Saône ne se plaît guère à Paris, mais se trouve dans l’obligation matérielle de rester dans la capitale à cause de son invention et des subsides provenant de son associé, un certain Daguerre. Nicéphore Niepce, c’est le nom de cet inventeur, a mis au point une boîte noire qui permet de reproduire sur un support métallique des images. Le système est long à produire son effet mais il est persuadé, comme Séraphine, que cette invention devrait un jour devenir usage courant. D’autres aussi en sont convaincus puisqu’ils n’hésitent pas à utiliser cette technique pour obtenir des images obscènes vendues sous le manteau.

Avec La mort en guenilles, G.-J. Arnaud nous entraîne dans une nouvelle aventure dont Séraphine est l’héroïne incontestée. Elle prend une place de plus en plus importante dans l’étude des avoués, et dans le cœur des lecteurs, à défaut de celui de Hyacinthe qui batifole à son grand regret avec une cliente. Ce qui n’est guère déontologique. Ce roman mêle comme tout bon roman historique avec bonheur réalité et fiction, et dresse un portrait saisissant de l’inventeur de la photographie et en même temps de démontrer que toute invention destinée à œuvrer pour le Bien est aussitôt détournée pour alimenter son contraire. Il est également établi que les bases de données ont parfois leurs raisons d’être.

Ce qui ne devait être à l’origine qu’une trilogie, je me répète, devient sous la plume de maître Arnaud une formidable saga passionnante, tant par le point de vue historique que dans la mise en scène des personnages peu utilisés dans le domaine du roman noir ou qui évoluent parfois d’une manière subreptice, en second plan, mais qui deviendront plus tard des célébrités. Arnaud ne renoue pas avec le roman feuilleton, il le perpétue, le développe, lui assure une pérennité tout zen le préservant de débordements farfelus. Une série qui a sa place sur les rayons de votre bibliothèque en compagnie de Dumas, Féval, Zevacco ou encore Sue.

L’homme au fiacre, Le rat de la Conciergerie, La congrégation des assassins (tome 1. 480 pages, 21€). Le Prince des Ténèbres, Le voleur de tête et La mort en guenilles (tome 2. 576 pages, 23€) de Georges J. Arnaud aux éditions de l’Atalante. Collection Insomniaques & Ferroviaires.

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