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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 07:45

Moi je ne doute pas de mon âge. Quoique, parfois, j’ai l’impression d’avoir trente ou quarante ans de moins. Dans quelles circonstances, vous me permettrez de ne pas le préciser.

 

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La journée commence mal pour le commissaire Montalbano. D’abord il a rêvé qu’il était mort et qu’il assistait aux préparatifs de son enterrement. Ensuite, alors qu’il se rend à son bureau à Vigata, son véhicule est immobilisé, coincé entre deux autres voitures. Il tombe des trombes d’eau et se rendant aux renseignements il rend compte que la voie a cédé sous les caprices météorologiques. La chaussée est coupée par un mini précipice. Le véhicule de tête est sur le point de plonger dans le creux et il aide la conductrice à se dépatouiller.

Vanna Digiulio, la jeune personne en question, est âgée d’à peine trente ans. Ses lunettes en cul de bouteille lui donnent l’air d’un scaphandrier perdu dans un bathyscaphe. Pas vraiment jolie, mais comme elle semble en perdition, Montalbano la prend sous son aile tutélaire. Il l’emmène chez lui afin qu’elle puisse enfiler des vêtements secs, Livia, l’éternelle fiancée de Montalbano habitant sur le continent, disposant d’une garde-robe de rechange. Vanna, qui dit résider à Palerme, se rendait au port, ayant appris que sa tante qui voyage à longueur d’années à bord d’un bateau doit y faire escale.

 

Petit exercice de style afin que le lecteur entre dans l’univers linguistique de Montalbano par Camilleri interposé.

Il areçoit ‘n appel tiliphonique de l’acapitainerie annonçant que l’Havanna vient de signaler qu’il entre au port avec un naufragé à son bord. Enfin, pas lui pirsonnellement en pirsonne mais l’un de ses adjoints qui a une forte propension à déformer les noms propres. Le Vanna a donc arepêché un cadavre gisant dans ‘n canot.

 

Fin de la récréation, et reprenons notre présentation.

Madame Giovannini, propriétaire du yacht le Vanna, est tout étonnée lorsque Montalbano lui parle de sa nièce. Le commandant Sperli itou, mais ils prennent avec philosophie l’annonce. Le cadavre n’est pas mort noyé et l’assassin, ou les assassins, l’ont défiguré avant de le placer dans un canot. Un autre yacht entre dans le port, L’As de cœur, qui s’amarre bord à bord au Vanna. Intrigué par cette histoire de nièce, Montalbano téléphone au numéro indiqué sur l’annuaire et est tout étonné d’apprendre que la dame en question femme est décédée depuis des années.

Le cadavre devait bien demeurer sur l’île, pense-t-il, du moins depuis un certain moment. Et c’est ainsi que le propriétaire d’un hôtel luxueux lui apprend qu’en effet il y avait bien un pensionnaire qui n’a pas donné signe de vie depuis quelques jours. Une ébauche de piste surtout lorsqu’il met la main sur un passeport au nom de Lannec, passeport qui après un examen attentif semble un vrai faux papier d’identité.

Au-delà de l’intrigue, de facture somme toute classique et qui nous change un peu de la production policière actuelle, c’est le rôle dévolu à Salvo Montalbano dans cette histoire qui retient l’attention du lecteur. Osons l’écrire, ce sont les à-côtés qui donnent une dimension humaine à cette fiction, avec les bons moments, l’humour efficace, mais aussi les affaires de cœur dans lesquels il se trouve plongé ou encore la dramaturgie élaborée par l’auteur. Il est attiré par Laura, lieutenant à la capitainerie, un sentiment réciproque, mais combattu par l’un et l’autre.

Les petites tracasseries administratives auxquelles Montalbano est confronté et avec lesquelles il se dépatouille tant bien que mal tiennent aussi une place non négligeable. Sous l’impulsion de la pluie qui s’infiltre dans son bureau, ses dossiers sont trempés, bons à jeter à la corbeille. Et comme tout n’est pas mouillé, il en humidifie le reste afin d’en être débarrassé. Ce qui l’oblige à trouver des échappatoires lorsque le questeur lui demande de les reconstituer. Ou encore lorsque celui-ci, qui est persuadé à tort que Montalbano est marié et possède des enfants, lui demande des nouvelles de sa progéniture. Il joue avec cette méprise, quitte à inventer des imbroglios, des tragédies familiales.

Enfin Montalbano est un grand lecteur, surtout de Simenon, et c’est en se souvenant d’une de ses lectures, Les Pitards, qu’il met le doigt sur le défaut de la cuirasse.

Serge Quadruppani traduit depuis de longues années les romans de Camilleri, respectant autant qu’il peut l’écrit dans la forme et le fond. Certains lecteurs sont agacés par cette démarche, personnellement je trouve cette langue savoureuse. J’ai essayé d’en pasticher un petit paragraphe, mais cela ne reflète que grossièrement le texte du roman. La traduction de Serge Quadruppani est beaucoup plus subtile et aérée.

Dernière petite précision concernant le parler sicilien. Il ne faut pas oublier que les Normands se sont installés en Sicile au XIème siècle, principalement avec l’arrivée de Robert Guiscard, fils de Tancrède de Hauteville, petit seigneur de la région de Coutances. Et j’ai retrouvé certaines similitudes avec le parler normand, principalement celui de la Haute Normandie. En effet, mais peut-être n’est-ce guère plus employé aujourd’hui, les Hauts Normands avaient pour habitude d’ajouter des A au début de certains mots. D’ailleurs, il était courant de dire qu’on était d’Arouen, le pays des Aremorqueurs (on était de Rouen le pays des remorqueurs). Et donc il ne serait pas absurde de penser qu’il reste des traces linguistes de l’implantation normande en Sicile.


Andrea CAMILLERI : L’âge du doute. (L’éta del dubbio -  2008. Traduction de Serge Quadruppani) Editions Fleuve Noir. 256 pages. 20,20€.

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 13:36

 

la-sequestree-de-poitiers

Histoire quand tu nous tiens ! Les romanciers puisent parfois dans des faits-divers réels, adaptent à leur façon le déroulement d’événements atroces, d’après des témoignages, des comptes rendus d’audience, des déclarations de témoins ou encore d’articles de journaux parus à l’époque.

Ainsi Viviane Janouin-Bénanti nous retrace la sinistre affaire de La séquestrée de Poitiers, une affaire qui vit son aboutissement en 1901 mais débuta dans une indifférence presque générale vingt cinq ans auparavant. Une histoire d’amour qui dégénère en drame pour multiples causes.

Blanche Launier est la fille de Martin Launier, professeur de rhétorique au collège royal de Poitiers et d’Henriette de Marcillat, descendante d’une vieille famille de la noblesse poitevine et d’un général d’Empire. Des parents catholiques et royalistes convaincus, imbus de leur position dans la cité. Blanche tombe amoureuse de Gilles Lomet, avocat, républicain et protestant. Les Launier sont en conflit avec le père de Gilles et bien entendu ils ne veulent entendre parler d’une liaison entre leur fille et leur ennemi.

Seulement, malgré ses appuis auprès de nobles influents et après avoir été nommé doyen de la faculté de lettres de Poitiers, Martin Launier se verra destitué. La guerre de 1870, la Commune puis les débuts timides de la 3ème République ont contrarié ses projets et il décède. Henriette devient la maîtresse de la maison, riche mais ayant peur que le mariage entre Gilles et Blanche, s’il s’effectuait malgré ses réticences, lui entame sa richesse à cause de la dot. C’est ainsi que tout dégénère.

Henriette, par tous les moyens va contrarier les projets de sa fille, ne pensant qu’au devenir du fils promis à un bel avenir au service de l’état. Elle intercepte les lettres entre les deux amants, fait croire à sa fille qui ne peut plus sortir que Gilles s’est marié, à Gilles que sa fille ne l’aime plus, le tout avec la complicité de bonnes dévouées à la famille.

Pendant vingt cinq ans Blanche restera cloîtrée dans sa chambre ou dans l’appartement, devenant peu à peu sauvageonne, ayant parfois des éclairs de lucidité, essayant de se rebeller. Mais toutes ces tentatives avortent dans l’œuf. En 1901, elle sera secourue, grâce à une petite bonne qui osera dénoncer auprès des policiers cette séquestration impensable. Blanche est squelettique et à moitié folle, poussant des cris, cloîtrée dans une chambre aux volets clos depuis des années.

Cette histoire lamentable, narrée comme un roman, restitue les clivages qui gangrènent une société provinciale, coincée entre royalistes et républicains, entre catholiques et protestants. Avec comme moteur principal l’ambition effrénée d’une famille qui aspire à jouer les premiers rôles parmi les notables et se dresse en intégristes obtus, foulant aux pieds le bonheur de leur fille au nom de principes délétères. Une histoire vrai de séquestration qui donna des idées d’intrigues de romans à bon nombre d’auteurs par la suite.


Viviane JANOUIN-BENANTI : La Séquestrée de Poitiers. Editions L’Àpart. 272 pages + 16 pages d’illustrations en noir et blanc. 9,90€.

 

challenge régions

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 13:35

Noé est mal embarqué !

 

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Elle n’a pas perdu la vue et elle voit. Elle voit des événements qui vont se dérouler, et cela la perturbe profondément. Elle, c’est Justine, dont la mère s’est pendue alors qu’elle n’avait que quelques semaines. Faut dire que Valérie, la mère de Justine n’allait plus très bien depuis que Constantin, son fils, avait été enlevé dans la clinique où elle avait accouché.

Justine a de qui tenir. Sa grand-mère Cécile elle aussi disposait de ce don voyance, d’ailleurs son cœur ne l’a pas supporté. Justine est arrivée lors des derniers instants de Cécile à la clinique de Chambéry où elle était soignée. En même temps que son père Marc. Avec qui elle ne s’entend pas. A chaque fois qu’ils se retrouvent c’est pour s’invectiver. Heureusement Justine a un ami sur qui elle peut compter. Canut, un Gitan qui vit dans un camp non loin de chez elle, à Belley. Et que ne ferait pas Canut pour Justine ? Il l’emmène chez Cécile à bord de sa moto, et tandis qu’il farfouille au rez-de-chaussée, Justine investigue dans le grenier à la recherche de quelques chose, elle ne sait pas quoi. Et elle découvre en effet deux carnets, un blanc et un rouge, couverts de l’écriture de sa grand-mère. Elle va pour les lire, est habitée par une nouvelle vision,ou prémonition, et s’écroule, assommée. Pas par la vision mais par un objet contondant. Canut a eu droit au même cadeau. Pas de jaloux. Sauf que les carnets se sont volatilisés. Mais sa vision est toujours marquée, comme au fer rouge dans son esprit, avec un nom inscrit sur un bout de papier.

Nathan Malocène, détective privé de son état à Dijon, associé à Grégoire Fine, est interpelé par une jeune fille qui lui demande s’il a des enfants, ou à tout le moins son associé. Devant la réponse négative du détective, l’adolescente (le lecteur aura reconnu Justine) est déçue mais elle jette néanmoins un sachet contenant des pilules, dont Malocène se demande bien à quoi elles peuvent servir. Il saura plus tard que le gamin ne digère pas les protéines de lait, une allergie de plus en plus courante. Un incident auquel il ne ferait guère attention si, rentré chez lui, il retrouve avec plaisir ses neveux Inès et Noé.

Sa sœur veut les récupérer le soir même mais il tente de la dissuader et joue avec les deux bambins pour que ceux-ci, fatigués, dorment lorsque Claire et son mari, Jean, arriveront pour les trouver blottis dans les bras de morphée. Claire et Jean partis à l’enterrement de la grand-mère du mari. Seulement, cela ne se passe pas comme il avait prévu. Alors qu’il roucoule avec Aurore sa compagne, il est intrigué par le silence qui règne. Normal, Noé vient d’être enlevé à son nez et à sa barbe.

Aussitôt il prévient la police qui déclenche le plan alerte enlèvement. Le CSU, centre de supervision urbaine, est sur les dents. Les quelques employés qui y travaillent doivent visionner les caméras vidéos placées aux points stratégiques de la ville, et tenter de trouver la bande sur laquelle on peut apercevoir le ravisseur et son véhicule. Trop facile. Trois individus cagoulés investissent le local, tirent sur tout ce qui bouge et même sur ceux qui restent stoïques, et repartent en ayant dérobé les vidéos. Et en laissant quelques cadavres sur le terrain.

Un peu plus tard, c’est le campement des Gitans à Belley qui est la proie des flammes.

Malocène effectue un rapprochement entre Jean, son beau-frère et Justine. Ils sont tous deux de la même famille et à un peu plus de vingt ans de distance, un rapt d’enfant s’est produit.

 

Le passé prend une grande place dans ce roman. Passé de la grand-mère Cécile, d’origine italienne, mais également le passé militaire de Nathan Malocène. L’on pourrait croire que ceci ne va pas ensemble, et pourtant. Patricia Rappeneau a construit une intrigue que je qualifierai machiavélique. Le lecteur se posera, à juste titre, des questions sur la crédibilité de cette histoire qui lorgne aussi bien du côté de la mafia italienne que de l’Afghanistan. Mais il faut bien comprendre que parfois la réalité est plus complexe que la fiction. On a l’impression, tout comme un des personnages est persuadé d’avoir raté quelque chose, d’avoir laissé passer une information, un événement, omis un passage, oublié un personnage ou ce qui lui est arrivé précédemment. Une succession de mésaventures qui m’ont semblé elliptiques, comme si l’auteure était pressée d’en arriver au dénouement.

Il est vrai que les protagonistes se déplacent beaucoup, Nathan Malocène accompagnant le commissaire Depetit-Pogne dans leurs moindres expéditions, et vice versa, à la recherche des disparus et des coupables. Mais en réalité, c’est parce que pressé d’arriver à l’épilogue, afin de savoir si Noé va être retrouvé sain et sauf, ainsi que d’autres protagonistes, j’ai lu sans enregistrer. Cela arrive parfois, mais en effectuant de petits retours arrière, j’ai eu les explications qui me manquaient.

Si les dialogues sont parfois un peu trop travaillés, si les phrases sont un peu trop ciselées et traînent un peu trop en longueur ce qui nuit à une rapidité d’action, les situations elles ne manquent pas de piquant. Et l’ensemble est d’une lecture malgré tout agréable. Insensiblement j’ai oublié le personnage de Pennac qui au début s’était imposé à mon esprit, vous savez Benjamin Malaussène, pour que le détective devienne le personnage clé et s’affranchisse de son homonyme. Mais certains patronymes m’ont fait sourire, le plus flagrant étant peut-être le capitaine Flouse de la Brigade Financière.


Patricia RAPPENEAU : Mission Malona. Editions Le Hérisson. 226 pages. 14€.

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 14:15

Hommage à Jules Verne, né le 8 février 1828 à Nantes.

 

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La venue d’un célèbre prédicateur en la vieille et petite église de Saint-Nicolas a drainé la foule vers l’édifice religieux. Mais cette communion spirituelle tourne rapidement au drame. Sous le poids des sonneurs de cloche, celle-ci s’effondre de son support, et une jeune fille ne doit son salut qu’à la présence d’esprit de Jules Deguay, un étudiant en droit qui ramène la jeune Anna chez ses parents.

Cet accident, comme le constateront Jules et son ami Michel, n’est en réalité que l’acte de malveillance d’un trio composé d’Abraxa, la sorcière, de Mord’homme, bandit de grands chemins, et de Pierre, un prêtre défroqué. Le trio infernal veille et lorsque la police enquête sur le terrain, tout est remis en ordre, laissant croire que cet accident est dû à la vétusté de l’installation.

A cette histoire s’imbrique celle, plus sociale, de Pierre et de sa famille, et nous raconte dans quelle condition il a été amené à fréquenter le séminaire et ce qu’il en advint.

Ce roman, écrit et malheureusement inachevé, par Jules Verne alors qu’il n’avait que dix-neuf ans, s’inscrit dans la plus pure tradition du roman noir anglais, dit également roman gothique, et qui eut ses fervents défenseurs tels les feuilletonistes du 19è siècle, Paul Féval en tête. On sent déjà le souffle littéraire qui anime Jules Verne, même si certaines faiblesses apparaissent ici et là. On ne peut réussir un chef d’œuvre d’emblée et Jules Verne l’a pressenti, abandonnant son roman en cours de route.

Cependant la puissance de description, la fascination qu’elles engendrent sont déjà présentes. Et à dix-neuf ans, Jules Verne, lui-même étudiant en droit tel son héros, jette sur ses contemporains et la société un regard critique. Ainsi il brocarde avec une ironie grinçante l’instruction, ou plutôt les institutions dans lesquelles était dispensé le savoir aux jeunes étudiants. La bonne réputation du séminaire de Nantes n’étant que la résultante du constat de nullité des autres établissements.

Le père d’Anna, monsieur Dorbeuil, n’échappe pas à la virulence de Jules Verne. Monsieur Dorbeuil, petit rentier sans envergure qui aspire à côtoyer l’aristocratie, à voir son nom orné d’une véritable particule et qui tient ses concitoyens moins fortunés pour quantité négligeable. Même Jules, pourtant le sauveteur de sa fille, trouve difficilement grâce à ses yeux, à cause de son origine modeste.

Cette œuvre de jeunesse dont le style débridé est un peu un anachronisme en rapport aux livres « sérieux » et empreints d’anticipation scientifique de l’auteur. Mais c’est un livre qui se lit avec une certaine jubilation et peut-être pour certains un peu de nostalgie.

Les illustrations sont signées Tardi, avis aux amateurs.


Jules VERNE : Un prêtre en 1839. Roman inédit et inachevé. Le Cherche-Midi. 1992.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 10:51

Le manifeste des enfants sauvages, texte écrit par Cécile Coulon, dont je vous livre un extrait et que vous pouvez retrouver en entier  ici, a donné envie aux éditions Points de publier 7 romans qui donnent la parole aux jeunes dans une langue inventive et colorée.vous pouvez également découvrir la vidéo sur le site des éditions Points.

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Jamais personne ne pourra dire que nous sommes restés silencieux. 

Puisque la lumière peut frapper le pire, en faire jaillir le meilleur, puisque personne n’épuise les forces de ceux qui n’ont rien à prouver et tant à offrir, puisque le monde regorge de beautés sordides et d’humanités divines, nous ne voulons pas baisser les yeux comme de vieux chiens fatigués d’avoir longtemps couru, nous ne pouvons pas travestir nos principes, les déguiser quand la tendance nous l’ordonne. Nos vices sont simples, nos caresses aussi, nous savons qui nous sommes et nous saurons qui vous êtes. Quand la musique n’est plus, des voix hurlent, des cordes grincent, des vents soufflent en nous plus fort, toujours plus fort, encore plus fort, jusqu’à ce que les douleurs se taisent enfin, tranchées par des mains de fer, jetées à ceux qui ne se doutent pas que nos drapeaux se sont levés plus haut pour ne jamais redescendre. 

Il n’est jamais trop tard pour comprendre que des pièges ont été posés à l’intérieur même de nos cages. Aujourd’hui, nos ailes sont lisses et soyeuses et refusent de se battre. Nos estomacs n’ont pas connu la faim, au contraire. Lourds et pleins, voilà ce que nous sommes devenus. Pourtant, nous avons soif, nos gueules ouvertes ont séché, nos cerveaux comprimés respirent comme des enfants malades. Nos plumes, ce sont des pierres. Longtemps, nous avons cru qu’il existait une vérité suprême ; maintenant notre unique combat ressemble à l’animal qui se dévore lui-même.

 

Outre donc  Méfiez-vous des enfants sages, vous pouvez découvrir les six romans publiés le 7 février chez Points.

 

Precious.jpgSAPPHIRE : Precious. 224 pages. 6,10€.

Une adolescente d’Harlem prend la parole dans une langue pleine de rage et de poésie.

Precious, seize ans, claque la porte. Elle ne se laissera plus cogner par sa mère, ni violer et engrosser encore une fois par son père. Jamais. Virée de l'école, elle envisage une nouvelle vie, loin de Harlem et du ghetto afro-américain de son enfance. Elle veut apprendre à lire et à écrire, raconter son histoire à travers des poèmes et élever dignement son fils.

 

 

 

 

cheese-monkey.jpgCHIP KIDD : Cheese Monkeys. 288 pages. 7,20€.

Un roman satirique et tendre sur la jeunesse des années 1950.
Un auteur plébiscité par Bret Easton Ellis, James Ellroy et Jay McInerney.

À la fin des années 1950, un adolescent désabusé intègre une école d’art et choisit par accident un cours d’introduction au dessin. Le professeur, Winter Sorbeck, séducteur et fascinant, teste ses élèves avec une exigence sadique. En proie aux affres et émois de la jeunesse, l’étudiant, alter ego de papier de Chip Kidd, découvre grâce à son pygmalion un monde artistique jamais envisagé : le graphisme.


 

warner-etoiles.jpgALAN WARNER : Les Etoiles dans le ciel radieux. 528 pages. 8,10€. Sélectionné pour le Man Booker Prize 2010.

Voilà des semaines qu’elles attendaient ça ! Les Sopranos se retrouvent pour partir en vacances. Manda, Chell, Kylah, Finn et Kay ont quitté le lycée. Toutes ont suivi des chemins différents. Malgré les failles naissantes dans leur amitié, elles n’ont pas perdu le sens de la fête. Entre gueule de bois et perte de passeport, l’aventure commence dès l’aéroport… qu’elles ne sont pas prêtes de quitter !

 

 

 

 

sopranosALAN WARNER : Les Sopranos. 408. 7,70€.

Prix Saltire du meilleur livre écossais.

Le concours de chorale de leur école écossaise de bonnes sœurs ? Les Sopranos n’en ont rien à faire. Manda, Chell, Kylah, Finn et Orla veulent rendre cette virée en ville inoubliable. À 17 ans, tout ce qu’elles ont en tête, c’est l’alcool, les fringues, les mecs, perdre le concours pour rentrer à temps et enflammer le dancefloor. Et l’amitié. Parce que c’est tout ce qu’elles ont au monde, l’amitié.

 

 

 

 

trainspotting.jpgIRVINE WELSH : Trainspotting. 456 pages. 7,90€.

Un livre culte sur la jeunesse perdue d’Edimbourg, enfin réédité en poche dans une nouvelle traduction.

Dans la sombre Édimbourg des années 1990, Renton le malin, Sick Boy l’ambitieux, Franco le sociopathe, Spud l’égaré et Tommy l’innocent partagent tout : les petites combines, l’assurance-chômage et la drogue, sous toutes ses formes. Entre deux pintes, après un fix ou une baston, ils racontent la violence d’un quotidien misérable dominé par la rage. Une rage qui les anime tous. La rage de vivre.

 

 

 

pommes.jpgRICHARD MILWARD : Pommes. 264 pages. 6,70€.

Un livre rock et trash sur la jeunesse anglaise.

Adam aime Eve. Eve sait à peine qui est Adam. Adam tente de survivre aux raclées de son père en écoutant les Beatles. Eve s’oublie dans l’alcool, la drogue et le sexe sans plaisir. Dans les quartiers ouvriers de Middlesbrough, au nord de l’Angleterre, l’expérience de la vie est souvent très violente. A quinze ans, Adam et Eve ne le savent que trop bien. Ce ne sont pourtant encore que des enfants.

 

 

 

 

Des romans qui mettent en évidence les espoirs, la désespérance, les envies, les coups de gueule, l’existence même des adolescents, et qui nous plongent dans notre jeunesse, nous ravivant nos propres souvenirs et nos attentes.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 07:27

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« L’Amérique, l’Amérique, je la veux et je l’aurai ! » chantait Joe Dassin au début des années 70. Une adaptation du tube de Christie qui s’intitulait Yellow River, et qui d’ailleurs ne figure pas dans la longue liste de titres recensés en fin d’ouvrage et qui ponctuent cette histoire.

Et Cécile Coulon veut son Amérique à elle, qu’elle a construite de bric et de broc, dans un puzzle qui ressemble à celui des Etats-Unis. Un style déstructuré qui met en scène, dans la première partie, des personnages, des enfants, des adolescents, souvent sans nom, vivant dans une petite ville anonyme de l’Amérique profonde dans le Sud du pays. Cécile Coulon s’invente un pays à elle, s’appuyant sur toutes les images qui sont colportées, transformées, magnifiées, rénovées parfois pour les besoins d’une image idyllique ou au contraire diabolique, les métamorphosant et les intégrant dans son propre univers, dans un mélange d’imaginaire et de réalité. Ce pays, elle le rend crédible, car cette Amérique là est tellement complexe qu’on y croit.

Les Américains connaissent-ils vraiment toutes les subtilités, toute la panoplie sociale et géographique de leur pays, où mégapoles et bourgades fleurissent sur la carte comme autant de champignons quelques fois vénéneux. Où les communautés se côtoient sans se connaître, où les disparités sont énormes comme la distance qui sépare New-York de San Francisco. San Francisco, justement, situé à 1500 kilomètres de chez elle, destination pour laquelle une jeune fille s’embarque un jour à bord d’un autocar.

Petite fille intrépide elle s’amusait à voler les pommes de son voisin, s’agrippant aux branches de l’arbre, et un jour retomba sur une planche parsemée de clous disposée traitreusement par l’irascible propriétaire des fruits. Résultat un pied traversé de part en part et le dégoût des pommes. Elle embrasse un garçon pour la première fois et n’y trouve que le goût d’un vieux Malabar coincé entre les molaires. Quatre ans à Frisco puis le retour à la maison rappelée par son père pour cause de décès.

Il y a aussi le Suédois, dont la principalement occupation est de dormir, d’écouter un CD de Gene Vincent et occasionnellement d’écrire des lettres ou faire des rencontres à l’arrêt d’un car. Sans oublier Eddy qui vit avec une jeune fille qui parfois joue avec son œil de verre, au grand dam de sa voisine. Eddy aime bien Kristina, « parce qu’elle ne lui demandait jamais de lui dire je t’aime après le sacro-saint orgasme du vendredi soir ». Ou encore Freaks, jeune professeur appliquant un nouveau programme scolaire consistant en une heure de rédaction après les cours. Freak qui porte mal son nom, amputé d’un doigt, ce qui l’a obligé à refermer son piano, attisant sans rien dire le mystère du doigt coupé et dont les veines charrient la Dame Blanche. Freak dont le plaisir juvénile et rancunier est d’uriner sur les vélos de ses élèves. Quant à Lua, c’était une petite fille très sage jusqu’au jour où son père ramène du travail à la maison. Ce boulot était contenu dans une boîte pouvant entasser deux paires de chaussures mais qui n’est que le refuge d’une énorme araignée noire. Un arachnide qui va empoisonner son existence et s’infiltrer dans son esprit tissant sa toile insidieusement.

 

Des destins entremêlés, comme des maux croisés dans une distorsion du temps, constituent la trame de ce roman qui n’est pas un roman noir, encore moins un polar, mais en possède la substance, le suspense, la force, le sens de l’intrigue, l’atmosphère. Les personnages d’enfants modèles, ou modèles d’enfants, que l’attitude des adultes ne vont pas aider à jouir d’une vie sereine, sont décrits comme des handicapés de la vie, de la société, de l’affectif.

Si je n’avais pas découvert en quatrième de couverture que Cécile Coulon est née en 1990, j’aurais penché pour une auteure mature, ayant déjà connu les affres et les souffrances de la vie, ayant vécu moult expériences, blessée peut-être mais rebondissant toujours en s’appuyant sur les écueils pour sortir la tête de l’eau. La religion ne peut servir de bouée de sauvetage, au contraire, ce serait plutôt le plot de ciment accroché aux pieds, alors pour ne pas se noyer autant s’en détourner, selon l’une des narratrices.

Cerise sur le gâteux, histoire de rafraichir la mémoire des nostalgiques, Cécile Coulon nous propose en fin de volume 39 titres, 39 morceaux musicaux interprétés par des artistes et des groupes de légende tels que Sam the Sham and the Pharaohs à Pink Floyd en passant par The Beach Boys, The Kinks, Gene Vincent, Alice Cooper, Leonard Cohen, The Troggs, The Ramones, Carl Perkins, David Bowie, Graham Nash ou les Everly Brothers.


Cécile COULON : Méfiez-vous des enfants sages. (Réédition des Editions Viviane Hamy). Editions Points. 120 pages. 5,20€.

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 13:40

Et le vice et la vertu….

 

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Il est des premières pages qui incitent à continuer sa lecture sans vraiment savoir où l’on va.

Depuis que les flics sont passés aux trente-cinq heures, leurs performances ne se sont guère améliorées.

Intriguant, non ? Et ambigu aussi.

Lorsqu’il entend les sirènes de trois véhicules de police s’arrêter près de chez lui, Jon Ayaramandi, un tueur sexagénaire débonnaire et habité par le rock, n’est pas très rassuré. Il se demande si les flics ne seraient pas à sa recherche. Il est prêt à s’enfuir en passant par l’arrière de sa propriété, mais le Samu intervient sur les entrefaites. Alors, curieux comme une vieille chatte, il revient sur ses pas, en s’esquintant un pied au passage. Un de ses voisins est allongé sur le bitume, la tête éclatée. Une jeune femme noire, dont le corps est démantibulé lui est tombée dessus en provenance directe du ciel. En général on y monte, on n’en descend pas, du ciel. Le problème est que deux flics installés dans leur voiture surveillent les lieux.

De plus comme son amie Perle, sa charmante voisine, lui avait annoncé auparavant qu’elle allait déménager pour vivre avec Al, son compagnon, il enregistre un coup de massue supplémentaire au moral. Perle partir à une trentaine de kilomètres de Largos, c’était la première mauvaise nouvelle de la journée. Elle lui a tout de même mis du baume au cœur en lui promettant qu’il aurait la garde de Luna, la fille de Perle âgée de six ans, le mercredi.

Jon vogue dans ce double marasme lorsque Valentin, son ami Valentin qui lui servait de chauffeur lorsqu’il était appointé comme tueur à gages pour Marconi, lui téléphone afin de lui dire qu’un hélicoptère a lâché quelques heures auparavant une de ses musiciennes noires dans le parc de sa propriété éloignée de toute habitation. Roxane M’bow, la sœur jumelle d’Alison, celle qui s’est retrouvée à quelques mètres de chez Jon. Bon, d’accord, Roxane et sa jumelle était des scandaleuses qui jouaient torse nu dans le groupe de Valentin, les Fucking Puppets. Et ce groupe qui connait une certaine notoriété, enchainant les tubes les uns après les autres, ne plait pas à tout le monde. Aux intégristes catholiques en tête, mais il faut avouer qu’un rien les dérange ceux-là. Chrétiens mais pas tolérants.

Mais il se pourrait que quelqu’un d’autre leur en veuille. Car tous deux sont concernés par ces cadavres délivrés par la poste héliportée. Concernés et même peut-être impliqués. Tandis que Jon cherche une cache pour enterrer Roxane, celle choisie par Valentin au fond du parc ne lui convenant pas, trop facile à découvrir, Valentin répond aux questions des journalistes attirés comme des mouches par le cadavre d’Alison et qui connaissent à peu près l’endroit où se terre en général le chanteur rocker. Et s’ils savaient que celui de Roxane gît non loin d’eux… Les deux amis remuent leurs méninges. Et si le coup fourré provenant de leur ancien patron Marconi ? Pas impossible, même si Jon a prétendument assuré ses arrières. Tueur à gages pour Marconi, il a quand même une quarantaine d’homicidés à son actif, il ne touche pas de pension légale. Marconi lui verse trois mille euros par mois, et Jon lui a annoncé qu’il a écrit un livre témoignage qui sera publié à son décès. Donc Marconi a intérêt à ce que Jon vive le plus longtemps possible.

Jon et Valentin sont persuadés que quelqu’un de leur entourage a, à un moment ou autre, dévoilé leurs adresses. Mais ni Perle, ni Mylène, la coiffeuse délurée, ni Jean-Luc Taureau, le cafetier du coin et ami de Jon, ni les Sri Lankais qui servent de gardes du corps à la rock star, d’ailleurs ils sont en voyage, bref aucune de leurs connaissances n’a la langue trop longue. A moins que Burger, qui fut tueur employé de Marconi… Oui mais Burger n’existe plus ! Alors

Jon, le juke-box ambulant qui n’a pas besoin que quelqu’un le gave en pièces de monnaie pour que des airs issus des années jeunesse lui trottent dans la tête, décide de faire appel à Paco, le gitan et à ses cousins. Contre une modique rémunération, ils vont surveiller discrètement Perle, Luna et consorts.

Voici Jon et Valentin pérégrinant dans le Pays basque, Valentin à la recherche de ses musiciens qui ne lui donnent pas signe de vie, participant malgré eux à la fête de Bayonne, et autres aventures rocambolesques susceptibles de refroidir leurs ardeurs.

 

Dans une ambiance très musicale, quasi exclusivement rock, l’auteur s’amuse à griffer au passage tout ce qui bouge ou est sensé bouger. Le bio, le maire de Paul, et quelques autres idées qui ne sont pas forcément des élucubrations. Les personnages sont atypiques et l’on se demande vers qui se porte notre sympathie, Luna la gamine dont les réflexions nous incite à penser qu’elle est plus mature que l’on voudrait nous le faire croire, Mylène la provocante, Perle, la douce, Frida la pythie qui possède une Lamborghini Murcielago et se grise de vitesse, et encore je ne parle que des femmes. L’humour est toujours sous-jacent, mais parfois se développe pour devenir loufoque, ce qui n’empêche pas les scènes fortes en émotions et tragiques. Des décors naturels, grandioses, avec faune en liberté. Mais également des décors plus réfrigérants, ou plus orageux. Une fois de plus ce sont les intégristes, les fanatiques religieux qui sont montrés du doigt (Voir par exemple Délivrance) et font les frais de la gouaille de l’auteur.

Le titre, s’il peut sembler abscons de prime abord, prend toute sa signification dans le déroulement du récit, surtout vers la fin. On peut regretter que Frantz Delpanque n’ait pas listé les titres des airs évoqués et leurs interprètes.

 

A lire également l'avis de Claude sur Action Suspense.

 

Frantz DELPLANQUE : Elvis et la vertu. Roman Noir, éditions du Seuil. 368 pages. 19,50€.

 

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 09:06

Hommage à Sax ROHMER, né le 5 février 1883, créateur non point du saxophone mais de l'horrible docteur

Fu Manchu.

 

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Deux années se déroulées depuis que le machiavélique Docteur Fu Manchu a théoriquement disparu dans l’incendie de la maison de Dulwich. Théoriquement car les doutes subsistent.

Il aurait pu, par exemple, s’échapper par la cave. C’est ce qu’insinue le révérend Eltham auprès du docteur Petrie tout en lui demandant s’il aurait eu récemment des nouvelles de Nayland Smith, l’agent spécial résidant en Birmanie. Au cours de son entretien, Petrie est appelé au chevet d’une malade. Mais l’adresse qui lui a été indiquée n’existe pas. C’était pour mieux l’éloigner et pendant ce temps Eltham disparaît. Nayland Smith qui file Fu Manchu depuis Hong-Kong arrive à point nommé pour se lancer aux trousses des ravisseurs en réquisitionnant la voiture d’un particulier.

Les deux amis découvrent le révérend dans une position inconfortable, ligoté à une poutre, enfermé dans une camisole de fer. Eltham, qui n’avait jamais vu le mystérieux docteur mais connaissait fort bien les moindres recoins de la Chine, devait révéler le nom d’un traître à Fu Manchu qui s’exprime à l’aide d’un tuyau acoustique. Et comme si cela ne suffisait pas les deux compères sont mis en présence de Kâramanèh, la jeune orientale qui les avait aidés lors de leurs précédentes mésaventures. Kâramanèh qui est redevenue l’esclave physique et mentale de Fu Manchu.

Si Eltham est sauvé et soigné dans une clinique, les événements et les meurtres s’enchaînent tant la rancune, l’aversion, la haine de Fu Manchu envers les Britanniques est vigoureuse, infinie, tenace. Pour éliminer ses adversaires, il utilise tous les moyens possibles et inimaginables, requérant à la chimie et aux animaux particulièrement dangereux : serpents venimeux, singes agressifs, et autres monstres sympathiques en diable. S’il combat Nayland Smith et son ami Petrie, il ne professe envers eux aucun mépris, leur reconnaissant même certaines qualités. Il doit ainsi une fière chandelle à Petrie qui lui retrouve un animal fétiche, signant par ce geste une sorte d’armistice. La jeune Kâramanèh, malgré l’emprise hypnotique et sous l’influence de drogues, véritable jouet entre les mains de Fu Manchu, sort parfois de sa torpeur afin de faciliter l’évasion des deux compères lorsque ceux-ci sont englués dans les rets de l’insaisissable.

Cette nouvelle édition, dépoussiérée, plus complète que les précédentes, plus vivante, nous replonge dans l’atmosphère baroque des romans populaires du début du XXème siècle. Action, suspense, mystère, avec, cerise sur le gâteau, l’étrange attirance qui lie Kâramanèh à Petrie, de Londres, cité perdue dans un brouillard aussi sinistre que ses docks, à Port-Saïd et ses lumières. Tout concourt à dépayser le lecteur et à le transporter dans une frénésie de péripéties rocambolesques. La réédition de ces aventures sanglantes et terrifiantes orchestrées par Sax Rohmer est une excellente initiative et nous attendons avec impatience le troisième volet.


A lire aussi Les Mystères du Si Fan.


Sax ROHMER : Les créatures du docteur Fu Manchu. Nouvelle traduction de Anne-Sylvie Homassel. Editions Zulma. 15,30€.

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 12:47

Oh mon bateau o o o …

 

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Qu’il est beau sur les flots et quelle belle croisière en perspective. Surtout quand on a gagné le billet d’embarquement en participant à un concours. C’est ce que pense Jeanne, qui a quitté Nice pour les fjords norvégiens. Seul problème, Jeanne souffre d’obsessions phobiques.

Par exemple elle a peur de tomber à l’eau, de sombrer dans les eaux glaciales arctiques, de côtoyer également les autres passagers, bref une vie de solitaire, elle qui s’est mariée quatre fois, et quatre fois veuve. Thomas, un jeune célibataire, est atteint lui aussi de phobie : il ne peut se regarder dans les miroirs. Il est affilié à un site de recherches sur le web et correspond avec Mathias ou Charlène, qu’il n’a jamais vus. Site particulier puisqu’il s’agit de retrouver des personnages célèbres soi-disant morts mais qui se seraient fondus dans la nature.

Ainsi il est persuadé retrouver en Jeanne, une Marilyn vieillie certes, mais Marilyn quand même. Il ne lui dévoile pas tout de suite sa conviction intime et visuelle, mais parvient à sympathiser avec la vieille dame, ce qui n’est pas une mince affaire. Bientôt le duo grossit et devient petit groupe. Raymond et sa femme Suzanne, qui a peur des araignées, Joost et Rosa, les Néerlandais, lui signant des romans policiers à succès sous le nom de Scott Vernon, ou encore Sandra la jeune, pétulante et fofolle actrice mariée à l’octogénaire Lewis, producteur de cinéma. Lequel producteur est atteint de crise cardiaque lorsqu’il aperçoit Jeanne allongée dans un transat. Pour Thomas, cela ne fait aucun doute : Lewis a reconnu lui aussi Marilyn.

Un couple, qu’ils surnomment les Jumeaux, les intrigue fortement : l’homme et la femme passent leur temps à photographier, tout et n’importe quoi. Cerise sur le gâteau, un homme semble les épier, réplique en plus épais du docteur Hill qui soigne Jeanne et Thomas dans une clinique de Nice. Coïncidence ou manipulation. Un petit bonhomme vêtu d’une veste à carreaux, surnommé dans le temps Le Magicien, célèbre pour ses interventions chirurgicales esthétiques, passe par dessus bord et se noie. La croisière vogue sous de mauvais auspices ou hospices, comme on voudra.

 

Un navire effectuant une croisière voilà le lieu idéal, et la situation idoine du lieu clos, pour mettre en scène une série de meurtres ou d’accidents avec des personnages atypiques, telle est la trame choisie par Brigitte Aubert pour explorer le thème de la phobie. Phobie dont semblent atteints les passagers, une dizaine sélectionnés parmi les quelques quatre cent cinquante qui voyagent, qui se retrouvent manipulés comme des marionnettes sous la férule de l’auteur. Au départ on marche dans la combine de l’auteur, ensuite on pense être plongé dans une grosse farce, surtout lorsque l’histoire se dégrossit, que les meurtres s’accumulent, que les coïncidences abondent, jusqu’à la chute qui devient un vrai délire. Sauf qu’il s’agit d’une fausse chute et qu’un épilogue revient tout mettre à plat.

On se dit alors… Bon, je ne veux pas aller plus loin sous peine de par trop déflorer le sujet et surtout le dénouement qui s’avère plutôt machiavélique.

Brigitte Aubert joue sur le registre du roman à effets multiples, comme si elle s’ingéniait à déjouer les genres, à les bafouer et pourtant elle écrit un roman, une fois de plus complètement différent de sa production précédente, contrairement aux auteurs qui trouvant un filon, l’exploite de plusieurs manières et à fond.

Elle y assène quelques petites phrases assassines que je vous livre en vrac : La science n’est exacte que lorsqu’elle doute ou encore Les seuls êtres malfaisants que je connaissance sont les humains et il en existe bien d’autres. Enfin pour terminer j’ajouterai que le roman est une construction à deux voix, jubilatoire, le mot est à la mode mais non point usurpé.

Voir du même auteur :  Les quatre fils du docteur March et  La mort des bois.


Brigitte AUBERT : Eloge de la phobie. Editions Points. Collection Point Policiers. 320 pages. 6,50€.

 

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 10:18

Mon, petit doigt m’a dit…

 

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Un salon du livre se tient à Bricourt, petite ville de Lorraine, et Simon Bielik, journaliste romancier, est chargé par son rédacteur en chef d’un journal parisien, d’interviewer Roland De Campos, l’écrivain brésilien, normand par sa mère, coqueluche du moment. Tout le monde en a entendu parler mais personne ne le connait. Aussi l’occasion est trop belle pour l’approcher. De Campos a été invité par le maire qui a fait la connaissance de l’écrivain à Recife, sa femme étant d’origine brésilienne et c’est une première pour la ville qui se conforte dans sa léthargie.

Le lendemain, un dimanche, Bielik doit retrouver De Campos et en attendant il déambule entre les stands, accompagné de son amie Amélia, comédienne. Il retrouve avec plaisir un ancien condisciples et ami, André Derex, un artiste peintre local installé en Bretagne et qui expose au salon. Pour sceller leurs retrouvailles Derex invite Bielik et sa compagne à manger et le repas terminé l’artiste en apprend de belles à ses invités : Bourdeau, notaire et adjoint au maire a été agressé alors qu’il effectuait son jogging matinal et dominical.

D’après son témoignage recueilli par les policiers, un joggeur le suivait, l’a dépassé, lui a placé une manchette à la gorge. Il a été retrouvé attaché à un arbre par un autre sportif dans l’après-midi. Petits détails qui ne manquent pas de saveur : l’agresseur portait un masque de clown, il a découpé un doigt à Bourdeau, doigt retrouvé sur le siège du véhicule du notaire dans une enveloppe avec un dessin. Derex a appris tout ceci grâce à une amie d’une amie, les racontars circulent vite dans les petites villes de province. Chloé Bourdeau pourrait être affolée, il n’en est rien. Cela l’amuserait presque que son mari a subi la vindicte d’un inconnu. Vengeance d’un mari cocufié par le notaire ? Pourquoi pas, les frasques de l’adjoint au maire entretenant les conversations le soir au cours des veillées de chaumières. Et puis il y a cette affaire de délit d’initié dans laquelle il aurait été impliqué quelques années auparavant. Une histoire de terrain acheté à bas prix et dont la valeur a été multipliée par X lorsqu’un promoteur s’est intéressé à des parcelles en friches environnantes.

Le même dessin est déposé dans la boite aux lettres de très nombreux destinataires, des personnes en vue principalement. Derex fait partie de ces privilégiés. Aussi, en compagnie de Simon qui prend cette enquête au pied de la lettre, je pourrais même dire au doigt de la lettre, avec l’aval de son rédac-chef, Derex participe à une enquête de voisinage.

Un nouvel incident se produit. Cette fois c’est Hilaire qui est la victime de l’agresseur masqué dans son magasin de meubles alors qu’il venait d’embaucher une jeunette qui devait l’aider, une petite main comme on dit, par exemple à soulager sa libido. Il avait peut-être entendu quelque chose qu’il n’aurait pas dû puisque l’individu lui a coupé une oreille. Et déposé une petite image, un nouveau dessin, ce qui constitue le deuxième élément d’un puzzle semble-t-il.

Si Bourdeau était considéré comme un personnage arrogant, sûr de lui, macho et malsain, d’autres personnes ne valent guère mieux que lui. Par exemple Poiret, un garçon de ferme qui a su séduire la fille de son patron et qui aujourd’hui est le plus gros propriétaire de la région. Il joue régulièrement aux cartes avec Bourdeau et Hilaire et deux trois autres comparses et il ne mâche pas ses mots. Il a des idées tranchées. Tous ces trucs dégueulasses qui arrivent maintenant, ce n’est pas dû au hasard ! D’abord, il y a eu ce nouveau quartier, avec ses logements sociaux, c’est comme ça que ça s’appelle. Allez y faire un tour, rien que de la racaille de feignants et de camés et si on ajoute le campement de Roms, que la municipalité a laissé s’installer dans la ville, faut pas chercher plus loin.

Et que dire de l’ancien juge Dormieux qui aurait enterré une affaire dans laquelle un ancien ministre était impliqué. Pas vraiment l’enterrer mais laisser traîner en longueur, le temps que les preuves s’envolent et que les alibis se forgent. Il n’a fait qu’appliquer les consignes, raison d’état oblige, et sa carrière en a été facilitée.

Rien de bien nouveau sous le soleil provincial. Mais ces dessins qui circulent alimentent les rumeurs et les conversations. Simon, Derex et Amelia enquêtent, ensemble ou séparément, se retrouvent souvent, mais pour Simon, qui ne se laisse pas berner comme le premier échotier venu mais réfléchi, y’a comme un truc. Et cela ne lui plait pas.

Serge Radochévitch, qui possède un passé d’instituteur, écrit avec des phrases courtes, elliptiques parfois, passant aussi bien de la troisième personne à la première, afin que le lecteur s’immisce dans les pensées du locuteur occasionnel. Il retrace la vie cachée d’une petite ville de province, pointant les idées malsaines qui circulent alimentées par un contexte social souvent délabré. Il ne s’agit pas pour l’auteur d’écrire une diatribe virulente mais simplement de montrer du doigt, c’est de circonstance, ce qui ne va pas, de mettre en exergue les idées préconçues, les déclarations perverses de ceux qui se sentent intouchables et flattent l’égo de la masse populaire. Combien d’hommes politiques expriment avec le sourire, et parfois dans une forme onctueuse, des déclarations que le simple péquin, plus franc dans ses propos, ne pourrait pas énoncer sans être catalogué comme raciste, ségrégationniste, xénophobe, chauvin. L’homme politique est plus habitué à délivrer des coups bas sans être vu par l’arbitre. Des incendies dialectiques allumés par des pompiers qui s’érigent ensuite en sauveurs providentiels. Nous en avons des exemples tous les jours, mais je ne vous dirais pas qui, sinon je risquerai d’écoper.

La lâcheté des hommes est également mise à l’index. L’origine de cette affaire remonte à vingt ans en arrière. Un fait de société qui a tendance à se banaliser mais qui à l’époque avait fait grand bruit. Et c’est grâce à un localier qui connait un caricaturiste que l’énigme sera résolue. La vengeance est un plat qui se mange froid, pas besoin de vous faire un dessin.

Ce roman, dont le titre est particulièrement bien choisi, ne manque ni d’humour, ni de gravité et le suspense est garanti.


Du même auteur lire :  Une ville sous influence.


Serge RADOCHEVITCH : Mortels desseins. Collection Borderline. Editions Territoires Témoins. 160 pages. 16€.

 

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