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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 08:17

Depuis 1948 et sauf en 1961, le Grand Prix de littérature policière, créé par Maurice-Bernard Endèbe, est décerné à deux ouvrages. L’un écrit par un auteur français. L’autre à un auteur étranger. De grands romanciers ont été récompensés, souvent à l’aube de leur carrière. Parmi les derniers heureux récipiendaires français de ce prix qui reste une référence figurent :


2011 : L’Honorable société de Manotti & Doa 

2010 : Adieu Jérusalem par Alexandra Schwartzbrod
2009 : Les Cœurs déchiquetés par Hervé Le Corre
2008 : Zulu par Caryl Férey
2007 : Citoyens clandestins par DOA
2006 : La Colère des enfants déchus par Catherine Fradier
2005 : Le Dernier Testament par Philip Le Roy
2004 : Double Peine par Virginie Brac et Les Silences de Dieu par Gilbert Sinoué (ex æquo)
2003 : L'Ivresse des dieux par Laurent Martin
2002 : Les Brouillards de la butte par Patrick Pécherot
2001 : Chasseurs de têtes par Michel Crespy
2000 : Du bruit sous le silence par Pascal Dessaint.


On pourrait citer parmi les récipiendaires précédents : Léo Malet, Frédéric Dard, René Réouven, Jean-Patrick Manchette, Pierre Siniac, Jean-Paul Demure, Tonino Benacquista, Philippe Huet, Jean-Hugues Oppel…

 

Chez les étrangers :

2011 : Le poète de Gaza par Yishai SARID

2010 : La Mort au crépuscule (Twilight) par William Gay
2009 : La Main droite du diable (Priest) par Ken Bruen
2008 : La Princesse des glaces (Isprinsessan) par Camilla Läckberg
2007 : La Voix (Röddin) par Arnaldur Indriðason
2006 : Le Bibliothécaire (Librarian) par Larry Beinhart
2005 : La Mort dans l'âme (Dead Souls) par Ian Rankin
2004 : L'Analyste (The Analyst) par John Katzenbach
2003 : Les Soldats de l'aube (Dead Before Dying) par Deon Meyer
2002 : Retour chez les vivants (One Foot in the Grave) par Peter Dickinson
2001 : Saison sèche (In a Dry Season) par Peter Robinson
2000 : Un fleuve de ténèbres (River of Darkness) par Rennie Airth.


Sans oublier les années précédentes : Patrick Quentin, Cornell Woolrich (plus connu sous le pseudonyme de William Irish), Charles Williams, Patricia Highsmith, Chester Himes, John Dickson Carr, Ellery Queen, Mary Higgins Clark…

 

Cette année les lauréats sont

Domaine Français :

Arab jazz de Karim Miské, publié chez Viviane Hamy, collection Chemins nocturnese. 350 pages. 18€.

Présentation de l’éditeur :

arabjazz-copie-1.jpgDans le 19e arrondissement de Paris toutes les communautés, religieuses et ethniques, se côtoient au quotidien. Sushis casher, kebabs, restaurant turc – point de ralliement de tous les jeunes du coin –, la librairie d’occasion farcie de romans policiers jusqu’au plafond, coiffeur juif…

Seul Ahmed Taroudant – qui a l’horrible privilège de découvrir le corps sanguinolent de sa voisine et amie, Laura Vignola, suspendu au-dessus de son balcon – se tient à distance de cette population cosmopolite : prisonnier d’une histoire personnelle traumatisante, rêveur, lecteur fou de polars… Il constitue le coupable idéal de ce crime abominable.

Sa découverte l’oblige à sortir de sa torpeur et à collaborer avec le duo de la Crim’ désigné par le commissaire Mercator pour mener l’enquête sur le meurtre : le flamboyant lieutenant Rachel Kupferstein et le torturé lieutenant Jean Hamelot, fils d’un Breton communiste rationaliste, quelque peu égaré dans la capitale. Ensemble, ils ont toutes les cartes pour décrypter les signes et symboles de cette mort ignoble. S’agit-il d’un meurtre symbolique exécuté par un fou de Dieu issu des communautés loubavitch ou salafiste ? Qu’en est-il de l’étrange famille de Laura, originaire de Niort, qui étend son influence jusqu’à New York ? Et de l’apparition dans le quartier du « Godzwill » une nouvelle drogue redoutable ?

La collaboration des meilleures amies de la victime, Bintou et Aïcha (les sœurs des caïds du quartier), Rebecca – partie à Brooklyn dans l’intention d’épouser un Juif orthodoxe –, avec les lieutenants Kupferstein et Hamelot se révèlera indispensable pour reconstituer la toile d’araignée gigantesque qui, de Paris à New York, tire ses fils entre réseaux de trafics de drogue et communautés religieuses… Arab Jazz, foisonnant, pétri de sons, de musiques et de parfums, est le premier roman de l’auteur : il en a fait un coup de maître.

 

Domaine étranger :

Le diable, tout le temps de Donald Ray Pollock, chez Albin Michel, collection Terres d'Amérique. 384 pages. 22€.

Présentation de l’éditeur :

pollock.jpgDès les premières lignes, Donald Ray Pollock nous entraîne dans une odyssée inoubliable, dont on ne sort pas indemne.
De l'Ohio à la Virginie Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l'enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d'horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s'il ne doit rien épargner à son fils Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.
Toute d'ombre et de lumière, la prose somptueuse de Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages à la fois terrifiants et malgré tout attachants. Le diable tout le temps n'est pas sans rappeler l'univers d'écrivains tels que Flannery O'Connor, Jim Thompson ou Cormac Mc Carthy.
 

 

Bonnes lectures.

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Published by Oncle Paul - dans Infos
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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 12:51

Et quand t'es mort, tu disparais !


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Présentateur vedette d’une émission télévisée et grand reporter, Gabriel Rampart revient sur les lieux de son enfance, ce qui ne lui arrive guère sauf à certaines dates incontournables. Ayant reçu une lettre d’Angélique lui demandant son aide, il n’a pu résister et le voici de retour dans sa ville natale, Le Touquet.

Il avait quitté la cité balnéaire vingt six ans auparavant, alors qu’il aimait Angélique. Le père de celle-ci n’aspirait pour elle qu’un gendre de sa condition, riche et placé haut dans la hiérarchie sociale de la région. C’était Quentin Ayssèdre qui avait eu les faveurs de devenir le gendre du potentat Delaruc et Rampart n’avait plus eu qu’à plier bagages. Coup du sort, Ayssèdre était décédé peu après en mai 1981 d’un naufrage en mer, ce qui arrangeait bien les affaires de famille, sa société étant au bord de la faillite.

Et en ce mois de février 2007, une femme a été assassinée devant la demeure d’Angélique. La jeune femme, une touriste allemande de passage du nom d’Ingrid Ulmer, a reçu un coup violent sur la tête. Angélique, toute honte bue, a appelé à la rescousse son ex petit ami. Ce meurtre apparemment banal, dont le mobile reste à découvrir (justement son téléphone portable a disparu), va faire remonter à la surface des miasmes qui se révéleront nocifs, blessants, incommodants, délétères, car chacun des protagonistes est plus ou moins impliqué dans cette histoire.

Outre Angélique, et ses deux enfants, Stéphane et Priscillia, évoluent Amédée, le parrain de Gabriel, gendarme à la retraite, André un ex journaliste localier, Leleu jeune journaliste qui aimerait connaître un parcours similaire à son idole, Edith, ancienne employée d’Angélique, Gigurtu, l’homme à tout faire, Mantoussin le juge, Paul-Alain Levaillant l’ex-majordome de Delaruc, plus quelques autres dont le rôle s’avère prépondérant, à un degré ou un autre. Gabriel est surpris d’apprendre que le père d’Ingrid s’appelait Helmut Ulmer, membre de la Stasi du début des années 50 jusqu’à la chute du mur de Berlin. Or en 1944, il sévissait dans le Nord, en tant que gestapiste et il avait été surnommé le Tripier. Un surnom qui n’avait pas été usurpé.

Angélique reçoit des lettres, anonymes comme il se doit, et d’autres cadavres viennent ponctuer l’enquête de Gabriel. Lequel Gabriel depuis qu’il a été pris en otage au Moyen-Orient réagit parfois avec imprévisibilité. Sa détention n’a duré guère mais elle a laissé des ravages dans sa tête.


Philippe Bouin décrit une gent bourgeoise dont la seule préoccupation est de paraître, à tout prix, quelles qu’en soient les conséquences, sur la vie familiale, sociale, des notables qui font passer l’argent avant les sentiments. Entre mensonges, faux-fuyants, cachoteries, illusions, désillusions, compromis, écrans de fumée, Philippe Bouin nous entraîne dans une intrigue machiavélique dont le ressort tourne autour de trois époques. La seconde guerre mondiale et ses suites, 1981 et 2007, et pour ces deux dernières dates la période des élections présidentielles. Ce qui permet à l’auteur, par le biais des dialogues entre ses personnages, de revenir sur ces deux événements et les candidats.

Ce ne sont que des annexes qui n’interfèrent nullement dans le récit, mais ajoutent une pointe épicée pas du tout désagréable. Un roman qui dépeint une société en déliquescence, et qui est construit comme un roman policier de détection, d’énigme, de suspense, avec un épilogue à double détente.


A lire également du même auteur : Comptine en plomb.

 


Philippe BOUIN : Paraître à mort. Editions Archipoche N°186. (réédition des Editions de L’Archipel – 2010). 384 pages. 7,50 €

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 08:50

Un drôle de paroissien !


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Souvent, lorsque le mot fin écrit en noir, ou non, s’affiche sur la page blanche d’un roman, le lecteur qui a été subjugué reste sur sa faim, se posant de multiples questions, par exemple qu’est devenu untel ? Quel fut son parcours ?

C’est ce que le lecteur pouvait se demander légitimement, l’ouvrage Les Filles de Roz-Kelenn terminé. Il avait suivi les tribulations de Jabel et de sa jeune sœur, puis la chronique familiale s’était focalisée sur la seule Jabel. Qu’était donc devenue Maï-Yann, cette petite sœur dont elle avait été séparée ? Heureusement Hervé Jaouen revient sur cette partie occultée de l’histoire et nous retrouvons donc la gamine âgée de dix ans accompagnant une bonne sœur sur les quais de la gare de Quimper en partance pour un couvent de la Haute-Savoie.

Un peu simplette, n’ayant pas la capacité de lire, d’écrire, de coudre, elle passe ses premières années de postulante à effectuer des travaux d’entretien. C’est au potager qu’elle trouve une certaine sérénité, en compagnie du père Marius, un vieux bonhomme qui, les beaux jours venus, monte de la vallée jusqu’au couvent à dos de cheval.

Les saisons défilent, Maï-Yann grandit, le père Marius vieillit, jusqu’au jour où il décède. Il est remplacé par un jeune homme, Bénito, apparenté à la mère supérieure. Un jour, il profite de Maï-Yann, vaguement consentante, puis quémandeuse. Elle n’est qu’un jouet qui ne se rend pas compte qu’elle est devenue femme. Elle ne sait pas les conséquences que cela peut engendrer, mais la mère supérieure ne tarde pas à se rendre compte que la jeune fille est enceinte. Alors s’ourdit un projet que la gamine subit sans réaliser. Un rapatriement est effectué en Bretagne et un mariage est arrangé avec un homme chevaleresque qui accepte d’héberger la parturiente primipare et son futur enfant.

Seulement, Maï-Yann, que le besoin de satisfaire ses pulsions charnelles démange, ne trouve pas auprès de son mari l’extincteur capable de circonscrire son feu intérieur. C’est un handicapé du « pissou ». Pourtant c’est un brave qui exerce les fonctions de bedeau dans la petite église du village et de rebouteux, se conduisant en philosophe, en sage que la solitude n’effraie pas. Sa jeunesse avait connu bien des déboires, surtout lors du conseil de révision. Malgré son atrophie, aujourd’hui oubliée ou plutôt acceptée des paroissiens, c’est un homme considéré pour son courage et ses dons.

Alors partager sa couche avec une pécheresse ne l’ennuie pas plus que cela d’autant que son épouse apportait en dot, grâce à une donation des religieuses, un cheval, une charrette, une vache et son petit, un fourneau à bois. Lorsque naît le petit Martial, il l’adopte. Maï-Yann qui au début acceptait de partager les taches ménagères se consacre uniquement à l’allaitement de son « mabig», mais le printemps approchant les braises se réveillent et elle s’échappe afin de trouver un mâle susceptible de lui contenter le bas ventre. Le petit Martial devient un véritable petit sauvageon, n’ayant aucune relation affective avec sa mère et trouvant en son père adoptif le soutien nécessaire pour ne pas sombrer dans la folie comme sa génitrice.

Les bienfaits matériels et spirituels se télescopent dans ce roman rural dominé par la religion et ses représentants, religieuses et recteur, qui pour garder bonne conscience arrangent un mariage grâce à un marchandage, voire à un maquignonnage. Il faut que la religion soit sans reproche, balayant le scandale éventuel même si cela se concrétise au détriment d’êtres fragiles. Pourtant on ne peut nier que ces accommodements partent d’un bon sentiment, celui de ne pas laisser errer dans la nature des âmes faibles, des demeurés. D’ailleurs l’un des soucis premiers est d’apprendre à lire et à écrire à leurs « protégés », avec plus ou moins de réussite il est vrai.

Hervé Jaouen prévient le lecteur, mettant en exergue la phrase rituelle « Toute ressemblance avec des personnes existant ayant ou ayant existés serait pure coïncidence… ». Pourtant c’est avec réalisme qu’il met en scène personnages, lieux, atmosphère, reconstitution d’événements, comme s’il avait recueilli cette histoire un soir au coin du feu.

Ceux qui ont vécu en Bretagne profonde, ne serait-ce que le temps des vacances estivales, au début des années cinquante, ont peut-être le souvenir des maisons basses, les penntis, au sol en terre battue, dépourvues d’eau courante et d’électricité, et ces champs minuscules où le blé et le seigle, se coupaient à l’aide d’une faucille, de ces longues rangées de foin coupé puis entassé dans les charrettes, de tout ce qui aujourd’hui constitue un folklore mais était réalité avant-hier. Outre ce personnage pour le moins surprenant qu’est le père de substitution pour Martial, c’est tout un passé qui revit sous la plume humaniste d’Hervé Jaouen.


Hervé Jaouen : Ceux de Ker-Askol. Pocket terroir. (Réédition de Collection Terres de France, Presses de la Cité). 352 Pages. 6,70€.

 

challenge-breton-copie-1.jpgchallenge régions

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 15:04

La nuit des temps ou la nuit détend ?


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En mission dans l’Antarctique, le professeur Simon et ses collègues testent un nouvel appareil destiné à sonder les profondeurs, tout en sachant qu’ils ne vont trouver que de la glace, encore de la glace, toujours de la glace et peut-être des rochers enfouis tout en dessous. Un sondeur révolutionnaire qui prouve son efficacité lorsque l’un des scientifiques croit percevoir un bruit. Bientôt les glaciologues sont édifiés, un son régulier leur parvient. Et il ne s’agit pas d’une erreur car les autres appareils de sondage détectent les mêmes anomalies au même endroit. Les graphiques analysés détaillent une sorte d’escalier qui s’enfoncerait sous terre, ou plutôt sous glace. Et lors des premiers forages entrepris, l’existence d’un escalier est avérée.

De nombreux scientifiques de toutes les nationalités, américaines, russes, européennes, japonaises, rejoignent la petite équipe dirigée par le professeur Simon. Une traductrice informatique sophistiquée est mise à leur disposition afin que tous puissent se comprendre sans problème. Une traduction simultanée quasi parfaite. D’autres appareils à la pointe des progrès scientifiques relaient leurs travaux et leur avancée sous les glaces, dont des satellites qui diffusent en direct sur toutes les télévisions du monde. Le commun des mortels a accès à l’information.

Bientôt les glaciologues et leurs collègues arrivent dans des salles qui dénotent qu’une vie avant la vie a existé. Leur surprise, leur étonnement est porté au summum lorsqu’ils se retrouvent devant une sorte d’œuf immense, réalisé dans une matière qui est de l’or pur. A l’intérieur deux coffres, semblables à des cercueils, ce qu’ils sont d’ailleurs, contenant deux corps humains plongés dans une hibernation datant, les instruments sont formels, de 900 000 ans !

Je passe sur quelques détails techniques, qui par ailleurs ne sont en aucun cas rebutants mais un peu long à décrire, pour arriver à l’objet de cette découverte. Un homme et une femme. C’est alors que les scientifiques commentent une erreur.

Ils parviennent à réveiller la femme et apprennent qu’elle se nomme Eléa. Elle parle un langage inconnu mais la Traductrice parvient à décrypter des bribes puis à s’approprier le vocabulaire de cette représentante d’un pays nommé Gondawar. Et peu à peu ils vont apprendre l’histoire de ce pays et ce qui est arrivé.

 

Ce roman a été écrit en 1966 et il est amusant de voir que certains événements développés dans ce livre se déroulent peu après, comme la révolte des étudiants. Dans quelles circonstances, vous me permettrez d’être discret et de pas les dévoiler. Sans être un visionnaire, René Barjavel, tout comme Jules Verne en son temps, anticipe des progrès techniques qui aujourd’hui peuvent être assimilés à ce que nous connaissons aujourd’hui. Les satellites relais pour la diffusion de programmes télévisés, par exemple. Des clés magnétiques personnalisées permettant non seulement d’ouvrir des portes, mais de servir comme moyen de paiement et détenir des informations sur son propriétaire, ce qui équivaut à un combiné entre la clé USB et la carte-bleue. Plus quelques autres bricoles à découvrir dans ce roman.

Cinq ans avant la publication en 1973 de Quand la Chine s’éveillera d’Alain Peyrefitte, René Barjavel écrit : Les gouvernements des pays riches s’étaient mis d’accord, en dehors des Nations Unies, pour protéger malgré eux les savants et leur merveilleux et menaçant trésor, contre un raid possible du plus puissant des pays pauvres, dont la population venait de dépasser le milliard.

René Barjavel revisite quelques mythes comme ceux de Roméo et Juliette et l’Atlantide, mais l’on pourrait se demander si Edouard Molinaro ne s’est pas légèrement inspiré du début du roman pour son film Hibernatus mais celui-ci était une adaptation d’une pièce de théâtre écrite par Jean Bernard-Luc en 1957.

Ce roman dépasse le cadre strict de la science-fiction, ou plutôt de l’anticipation, pour mêler plusieurs thèmes qui se marient avec minutie : la chronique scientifique évidemment, mais également une double histoire d’amour et l’aventure exotique, dans le sens de l'insolite géographique, ethnologique et culturel, dans une partie du monde peu souvent visitée, le grand Sud glaciaire. Le seul point que René Barjavel n’avait pas imaginé à l’époque est la fonte des calottes glaciaires, or l’intrigue de ce roman se déroule à une période indéterminée que l’on pourrait situer au milieu du XXIème siècle, et l’on ne sait si cette histoire pourrait réellement se dérouler dans les mêmes conditions à cause de cette dégradation.

 

Du même auteur les éditions Pocket viennent de rééditer : Les chemins de Katmandou et Les dames à la licorne, roman co-écrit avec Olenka de Veer.


BARJAVEL : La nuit des temps. Editions Pocket N°812. 416 pages. 7,20€.

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 09:30

Comme les petits soldats du même nom...


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A trois mois de la retraite, le commissaire Gallois qui a été parachuté à Calais, est devenu un homme aigri. Nous sommes en 1965 et comme il est d’origine pied noir il n’accepte pas d’avoir été rapatrié en métropole. Dans le Nord de la France qui plus est. Il aurait été muté dans le Sud, ses sentiments auraient été les mêmes mais il ne veut pas se l’avouer.

C’est dans ce contexte qu’une enquête va l’accaparer et lui permettre de mettre en avant son esprit calculateur, manipulateur, jouant avec ses interlocuteurs comme s’il participait à un tournoi de jeu d’échecs mental, des joutes verbales qui déstabilisent tous ceux auprès desquels il est amené à converser.

Dans une cour retirée d’un café, un gallodrome, où se déroule un combat de coq, Pigeon, un habitué, est retrouvé poignardé ainsi que son gallinacé, et la main du cadavre humain tient une figurine en plomb, réplique d’un poilu fabriqué par Mignot, un spécialiste dont les œuvres sont cotées auprès des collectionneurs. L’arme, de valeur elle aussi, est un couteau pour découper le gigot en argent. Pour Gallois, l’assassin n’est pas un simple péquin, mais il est à chercher du côté des notables de la ville. Il le démontre brillamment auprès du chargé de mission du sous-préfet.

P’tit Bosco, qui doit son surnom à sa bosse, déclenche un charivari monstre dans le bar. Sa Marinette vient de le quitter et, complètement ivre, il accuse le défunt, dont il ignore la mort, de le cocufier. Sa certitude, il la tient d’un soit disant ami qui aurait colporté un ragot. Alors en colère il aurait tabassé Marinette avant qu’elle s’enfuie et qu’il noie sa rage dans l’alcool. Il est embarqué au poste de police mais Gallois pressent que le coupable est ailleurs.

Une deuxième victime est découverte, la sœur de Pigeon, abattue par une arme à feu. Sur les lieux du massacre une autre figurine en plomb est retrouvée de même que l’arme du crime : un fusil Granger, arme de collectionneur. Les crimes de sang s’enchainent, Gallois persiste dans son idée. Julie Pilowski, journaliste pleine d’avenir, mène sa propre enquête, et les papiers qu’elle écrit n’ont pas forcément l’heur de plaire dont notamment à sa direction. Faut que le journal se vende, alors elle est obligée de se plier aux désidératas de Gallois et de sa hiérarchie. Si P’tit Bosco est dans la ligne de mire de Gallois, un autre personnage l’est aussi, Dalquin, brocanteur, qui aurait pu détenir dans le temps les objets incriminés et à qui on les aurait volés dix ans auparavant. Les notables regrettent tout ce tapage qui pourrait nuire à l’implantation d’une entreprise britannique dirigée par Harold Wyatt, dont la femme, Marie d’origine française, est atteinte d’une étrange maladie consécutive à un accouchement difficile. Entre Marie et Julie s’établit une amitié sans arrière pensée.

Dans le Calais de 1965 jusqu’à celui d’aujourd’hui, passant par 1954 et 1945, Philippe Bouin nous entraine dans les arcanes d’une ville mais surtout d’une société divisée entre les notables et le petit peuple sur fond vengeance. Prenant pour échafaudage une histoire machiavélique, l’auteur nous propose en toile de fond un retour arrière sur les événements de l’époque : l’arrivée des Pieds-Noirs en métropole, forme de migration forcée et mal vécue aussi bien par les rapatriés que par les autochtones, la période électorale de la première présidentielle au suffrage universel, Sangatte qui ne connaissait pas encore les turbulences subies ces dernières années, les souvenirs toujours prégnants des affrontements meurtriers de la dernière guerre mondiale, sans oublier ces démonstrations indécentes qui peuvent marquer les souvenirs d’un enfant confronté au cynisme des adultes.

L’épilogue en deux paliers nous propose la double version des procédés utilisés pour endormir la bonne conscience de tout un chacun avec un diabolisme que l’on peut qualifier d’amoral. Mais compréhensible. Enfin l’emploi de ce patois du Nord, le Chti popularisé par Dany Boon, et de métaphores peut-être utilisées dans le Calaisis, donnent une touche particulièrement savoureuse à ce roman. Par exemple : Blond comme du beurre frais… ce qui nous change des sempiternels épis de blé depuis longtemps glanés.

 

Lire du même auteur : La gaga des traboules.


Philippe BOUIN : Comptine en plomb. Archipoche N°100. 7,65€.

 

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 11:10

En ce temps là…


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Jabel Gozh a réussi à force de volonté et de courage. Pourtant dans sa jeunesse elle a connu plus souvent qu’à son tour les privations. Des âmes charitables lui ont procuré, ainsi qu’à sa jeune sœur, la pitance nécessaire à leur survie. Puis elle a connu le labeur de la ferme, l’enseignement auprès des “ bonnes ” sœurs, s’est délivrée du joug d’une famille hospitalière mais pas souvent reconnaissante des efforts fournis et du travail effectué, s’est mariée avec un jeune homme du village, sérieux et travailleur, qui décèdera au bout de quelques années, des suites du gaz inhalé sur le front lors de la Première guerre mondiale, la laissant avec deux enfants en bas âge.

Quittant sa Cornouaille natale elle s’exile en Touraine pour revenir quelques années plus tard avec en poche un petit magot qui lui permet d’acheter une ferme. Fanch, son fils, sera, lui aussi, dur au travail et se comportera en despote envers ses ouvriers, ne supportant aucun manquement. Jeannette la fille épousera un gars de la ville, un fonctionnaire, ne supportant plus les remontrances d’un frère qui refuse de voir la réalité en face et le modernisme gagner les régions rurales françaises. Fanch se marie avec Adeline, une jeune femme simple, douce, effacée, et ont ensemble trois filles qui ne demandent, l’âge venant qu’à se débarrasser du carcan familial. Fanch est aveugle et ne se rend pas compte qu’il se conduit en despote, qu’il détruit la cellule familiale par son obstination, son entêtement. Le temps a passé et la famille, la jeunesse, les ouvriers, ne veulent plus être considérés comme des esclaves mais bien comme des personnes humaines à part entière.

Avec cette chronique et critique sociale, ce tableau d’une Bretagne de la fin du XIXème siècle ancrée dans les traditions séculaires et qui mute profondément et inexorablement, ce nouveau roman noir rural d’Hervé Jaouen nous ramène à une partie de notre jeunesse. Avec les profondes transformations que nous avons connues, (subies ?). De  1892 à nos jours, nous suivons le destin de trois générations avec pour chacune ses valeurs, ses aspirations, ses besoins d’indépendance, ses envies. Hervé Jaouen nous délivre un roman âpre, dur, réaliste, véritable reflet d’un passé pas si lointain. Avec en toile de fond l’emprise inéluctable, parfois impitoyable, du modernisme économique rejeté par certains, apprécié par d’autres.

A lire du même auteur : Flora des Embruns et Le fossé, ainsi qu'un entretien en deux parties avec Hervé Jaouen.


Hervé JAOUEN : Les filles de Roz-Kelenn. Editions Pocket Terroir. (Réédition de Collection Terres de France ; Production Janine Balland/Presses de la Cité). 384 pages. 6,70€.

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 13:19

Et faites la lumière !


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Il ne faut pas croire, malgré l’obstination des juges d’instruction, leur éthique, leur sens du devoir, des affaires parfois ne sont pas résolues, au grand dam d’ailleurs de ceux-ci. C’est ainsi que le juge Galtier qui a sous sa coupe deux juges auditrices de justice, c’est-à-dire des apprenties juges, les invite à déjeuner pour leur fin de stage. Les deux jeunes filles demandent à Galtier de leur raconter une affaire qui l’a marqué. Au lieu de narrer une histoire élucidée, il remémore une affaire dont l’épilogue reste aléatoire.

Tout commence par le meurtre d’un octogénaire un soir de novembre 2002. L’homme a été lardé d’une douzaine de coups de couteaux dont deux au moins ont été mortels. Son identité ne sera dévoilée que quelques temps plus tard, lorsqu’une femme rapporte un portefeuille qu’elle a trouvé posé sur un muret. Seulement il n’y a plus d’argent à l’intérieur. La question primordiale qui se pose est de savoir s’il s’agit d’un crime crapuleux ou si le larfeuille est vide parce que celle qui l’a découvert s’est servie au passage.

L’identité du mort est bientôt révélée, il s’agit d’une dénommé Théodore Fontsec, un riche personnage, modèle de discrétion. Son fils est à la tête d’un patrimoine immobilier conséquent dont l’origine est nébuleuse. C’est un homme agressif et sa femme n’est guère plus avenante. Alors Galtier décide de se renseigner plus avant en interrogeant la petite-fille Charlotte qui a été confiée à un internat suisse. Parallèlement il demande à Juston, son ami policier qui apparait dans les précédentes enquêtes de Galtier, de faire le point sur le mort.

Charlotte est une adolescente difficile, à problèmes, et d’ailleurs c’est à cause de l’un de ces problèmes que ses parents l’ont envoyée en Suisse dans un pensionnat dirigée par Marie-Hortense Rochefort-Beloiseau, originaire des Antilles. Elle n’a pas d’amie, sauf peut-être Julia qu’elle désigne comme une copine ou une cousine. Marie-Hortense, Marie-Ho pour les intimes, la prend sous sa coupe, lui offre son amitié, et peu à peu Charlotte perd de sa réserve, tout en gardant une partie de ses secrets.

Ce que ne sait pas Galtier, mais qu’il finira par apprendre, je ne dévoile rien puisque le lecteur s’immisce dans la jeunesse de Théodore dès le début du récit, fin 1940, c’est que Fontsec s’appelait à l’origine Da Fonseca. Son père, d’origine portugaise, est docker à Marseille. Contrairement à ses collègues, il ne fréquente pas les syndicats ni les partis politiques, surtout pas les communistes. Il traficote et l’argent ne manque pas à la maison. Théodore est fasciné par ce père intransigeant quand à son avenir. D’ailleurs c’est son paternel qui l’encourage à devenir policier, suite à la venue à Marseille du Maréchal et de la mobilisation de la plupart des policiers dans l’armée. Mobilisation à laquelle le jeune Théodore échappe grâce aux amis influents de son père qui le met ensuite en contact avec le commissaire Altieri, de la Mondaine. Il se met à emboiter les pas de son père dans les petits trafics, à mettre de l’argent malhonnêtement gagné de côté, avec l’aval de Palmiéri, un truand en cheville avec Altieri. Et ce malgré les soupçons d’un autre policier, Sarafian. Tout va bien jusqu’au jour où est organisée une rafle des Juifs. Il sauve de la déportation une gamine juive et la cache. Après guerre, il disparait dans la nature.

 

Le juge Galtier vit avec ses doutes et si l’affaire est résolue pour les lecteurs, ce ne l’est pas entièrement pour lui : Je voulais leur faire toucher du doigt que la fameuse vérité judiciaire à laquelle tout le monde aspire et que doit mettre à jour le juge d’instruction, est tout à fait aléatoire, qu’il arrive souvent qu’on n’y parvienne pas et que, lorsqu’on croit y être parvenu, on se leurre. Il y a avant tout la vraie histoire, inventée par le seul destin et qui, dans l’absolu, ne pourrait être racontée que par lui. Il y a celle plus ou moins bâtie par le juge avec ses ignorances, ses erreurs, ses approximations et ses partis pris. Et puis il y a l’histoire de chacun des protagonistes, une toute autre histoire que celle du juge, qui s’est déroulée avant, qui se déroule aussi souvent à côté ou ailleurs, y compris pendant ses recherches et qui lui échappe.

 

fortin.jpgRestez dans l’ombreest un roman tout en sobriété, qui rompt avec la drogue et autres délits qui alimentent actuellement les intrigues des romans noirs mais nous plonge une fois de plus dans les affaires glauques de l’Histoire. Le 22 janvier 1943 et les jours suivants ont été traités par Maurice Gouiran dans son roman Train bleu, train noir, aussi André Fortin ne s’y attarde guère. Il s’agit pour lui de décrire les premières années d’un policier véreux, collaborateur, mais également de réfléchir sur les doutes des juges dans les années 2000. Et de la façon dont la Justice est malmenée par des décisions parfois incompréhensibles venues d’en haut.

Ce sont les nouveaux procureurs, Juston, et les nouveaux présidents qui vont avec. La justice gérée comme une entreprise. Rentabilité, baisse des coûts, productivité et tout le toutim. Il faut croire que ma productivité est plutôt faible…

Il est des activités publiques, Education Nationale, Justice, Services de Santé, auxquelles sont exigées la rentabilité et la productivité au détriment de leur rôle sociétal. A quand leur introduction en Bourse ? Ceci est une affaire de bon sens que les économistes balaient d’un revers de main, rejetant les fonctionnaires comme des miettes de pain sur une table, oubliant qu’il n’y a pas que le profit dans la vie. Ceci, André Fortin ne le dit pas dans son roman, mais on sent une forme de désabusement de la part de son héros, le juge Galtier, même si celui-ci garde la foi parce qu’il croit en son métier, parce qu’il a la vocation. Et heureusement Billie, sa femme, pédopsychiatre, est là pour l’encourager ou lui montrer une voie à laquelle il n’avait pas pensé.

Une référence est faite à l’oncle Paul. Il ne s’agit pas de moi, mais de ce personnage de bande dessinée créé par Jean-Michel Charlier et Eddy Paape, d’autres scénaristes et dessinateurs prenant ensuite la relève, pour le magazine Spirou le 1er février 1951. Les belles histoires de l’oncle Paul abordaient tous les genres, le plus souvent historiques.


Du même auteur vous pouvez retrouver :  Requiem pour le juge; Pitié pour Constance; Un été grec. Et n'oubliez pas de visiter le site des  éditions Jigal !

 

André FORTIN : Restez dans l’ombre. Jigal Polar, éditions Jigal. 264 pages. 18€.

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 05:41

Quand l'Histoire déraille !


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Marseille, 23 janvier 1943 : Le quartier du vieux port de Marseille est investi par les policiers français fidèles collaborateurs officiels de l’armée allemande, une opération surveillée par les SS. Théoriquement cette intervention musclée et nocturne était destinée à procéder à l’arrestation des truands locaux, caïds de la pègre notoirement connus, mais les membres du Service d’Ordre Légionnaire, qui deviendra la Milice, et les GMR encadrés par les SS, forcent une à une les portes des maisons, des immeubles et arrêtent tout le monde, Juifs principalement, mais ne s’embarrassant pas de détails, et embarquent leurs proies sans distinction, sans ménagement. Les malheureuses victimes de la rafle seront dirigées à la gare d’Arenc, puis vers Compiègne, ou vers Fréjus, en attendant mieux, ou pire. Parmi les milliers de personnes arrêtées, Robert qui n’a plus de nouvelles de sa femme et de sa fille et Michel accompagné de sa mère. Georges lui a réussi à échapper à la nasse tendu par les policiers français en se cachant dans un placard. Fourrant une valise quelques affaires et l’argent économisé par son père. Mais il est pris lors d’un coup de filet et évite d’être embarqué dans le train maudit en soudoyant un policier. Son nom est biffé et ce seront deux autres personnes qui seront emmenées en captivité. Si Robert est dans la fleur de l’âge, à peine la trentaine, Michel et Georges ne sont encore que des gamins. Robert et Michel et une centaine d’autres sont parqués dans un wagon, l’un des nombreux wagons qui constituent le train noir. Au cours du voyage, Michel et un autre enfant, aidés par Robert, parviennent à s’échapper en se faufilant par un orifice et rentrent à Marseille à pied. Robert lui sera consigné, anonyme parmi les anonymes, à Royallieu près de Compiègne puis direction le camp de Sobibor. Un camp qui n’était pas de concentration mais d’extermination.

50 ans plus tard, le 25 mai 1993, Robert, Michel et Georges prennent le train bleu en compagnie de milliers de supporters de l’O.M., direction Munich, afin d’assister à la finale de la Coupe de football contre le Milan AC. L’atmosphère n’est plus la même. Ça crie, ça hurle, ça chante, c’est la liesse générale, c’est la fête. Les conditions du voyage non plus. Ils ont droit à une couchette et à des provisions. Celles-ci sont cachées dans les toilettes, derrière une plaque de tôle qu’il suffit de dévisser pour les récupérer. Trois P38 qu’ils pourront récupérer, sans inquiétude, à la fin de leur voyage. Car leur but, ce n’est pas la finale, mais la rencontre avec un personnage du nom de Horst, un nom et un visage gravés à jamais dans leurs souvenirs.

Les dérives de la Seconde Guerre Mondiale, ces faits passés sous silence ou évoqués avec parcimonie parce que honteux, alimentent depuis quelques décennies les romans noirs car ils est juste, légitime, obligatoire de démontrer les travers d’une frange de la société, affiliée aux idéologies nazies. Mais Maurice Gouiran, en humaniste lucide, ne s’en tient pas à ce simple bilan, à ce regard porté en arrière, à constater. Il nous propose de mettre en parallèle, comme les protagonistes de sa fiction, deux époques distantes d’un demi-siècle et plus. Un parallèle édifiant. Tout un quartier du vieux port fut démoli, rasé, sous prétexte de purification, d’un nettoyage visant le grand banditisme, un leurre. Comme il se plait à le noter, aujourd’hui on parle de « karchérisation ». Mais derrière ces démolitions à la dynamite, se profilaient les profiteurs immobiliers, français. Des actes qu’il était de bonne guerre d’imputer aux Nazis, cela arrangeait tout le monde, surtout à la Libération. Mais Maurice Gouiran décrit également les affres des prisonniers dans leur périple, l’angoisse, la fatigue, la faim, l’horreur, ressenties par ces hommes et ces femmes parqués pis que des animaux. A noter ces quelques réflexions pleines de bon sens : “ Les vaincus n’ont pas besoin d’avoir une histoire, les vainqueurs leur impose toujours la leur ”. Ou encore “ Quand on voit le fanatisme et la haine que peut déclencher un simple match de foot, on ne s’étonne plus de la stupidité et de la cruauté des guerres ” Un roman fort, un roman juste, qui devrait être étudié dans les écoles, et servir de base à des sujets de philo. Et qui devrait être lu aussi par les hommes politiques, lesquels réfléchiraient peut-être (mais est-ce trop demander ?) avant de faire des déclarations fracassantes, malvenues, démagogiques, ou énoncer un bon mot pour amuser la galerie, juste pour gagner des électeurs.


Du même auteur :  Et l'été finira;  Sur nos cadavres ils dansent le tango;  Franco est mort jeudi; Les vrais durs meurent aussi. A lire aussi mon entretien avec Maurice Gouiran.


Maurice GOUIRAN: Train Bleu, train Noir. Collection Polar Poche; Editions Jigal. 256 pages. 9,13€.

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 13:17

Lorsque la Grèce bouillonne !

 

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Cela aurait pu n’être qu’un banal accident, la noyade d’un jeune homme dans les calanques de Marseille. Du moins rien qui puisse empêcher le Juge de partir avec femme, enfants et bagages vers la Grèce pour des vacances organisées par Billie, son épouse. Pas de quoi l’enchanter le juge ces longs déplacements, mais il faut bien faire plaisir. Ce noyé le turlupine et le Juge a comme l’intuition qu’il pourrait bien s’agir d’un meurtre déguisé, mais ce n’est qu’un sentiment diffus, comme le flair inhérent de quelqu’un qui a l’habitude d’instruire des affaires pas catholiques. Avant sa virée hellène, il a toutefois le temps de recevoir les parents dans son cabinet, séparément, afin de pouvoir mieux analyser les réactions. Le père est conseiller juridique, n’ayant qu’un seul client, l’entreprise de son beau-père, armateur international. La mère est effondrée, on le conçoit aisément. Elle est accompagnée de son père, un Argentin nommé Chaquiri. Le petit doigt du juge lui conseille de ne rien négliger et surtout de ne pas classer le dossier sans suite. Alors il requiert les services d’un commissaire de police compétent mis au placard car considéré comme électron libre, donc dangereux pour certaines personnalités. Ne pouvant lui-même superviser l’enquête le policer délègue un de ses adjoints, Juston, qui ne manquera pas de s’atteler à la tâche avec conscience, et fournira ses rapports téléphoniques au Juge, durant le séjour de celui-ci près de la mer Egée.

Quarante ans auparavant, dans un petit village grec, le jeune Apostolos parfait son éducation auprès d’un vieil instituteur déchu considéré comme gauchiste, pis comme communiste. D’où cette disgrâce. Car Spiros, son mentor, lui révèle les agissements tenus souvent secrets sur les déportations d’enfants en camps ou dans des pays comme la Roumanie, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Des faits tus par le pouvoir en place. Il encourage toutefois Apostolos à continuer ses études dans la capitale. Un peu perdu dans cette grande ville et avec la paperasserie à fournir pour l’inscription à l’université, Apostolos trouve un soutien en la personne de la belle Marina, issue d’une famille bourgeoise, mais qui ne se reconnaît pas dans les opinions politiques familiales. Elle l’entraîne dans des réunions de lambrakistes, du nom d’un ministre prônant des idées démocratiques, ou gauchistes, et peu à peu ils se sentent attirés l’un par l’autre. Jusqu’à ce terrible jour du 21 avril 1967, jour où l’armée prend le pouvoir sous la férule de colonels soutenus par les Etats-Unis, et principalement la CIA.

Ce qui rejoint ces deux fragments d’histoires, le lecteur le découvrira peu à peu, dans ce roman construit comme un mille-feuilles. Un roman qui dépasse le cadre strict du polar dans lequel il est confiné par le nom de la collection dans laquelle il est édité. Il s’agit plus d’un roman noir historique, à l’instar de ceux écrits par Didier Daeninckx comme Meurtres pour mémoire et tous ceux qui se sont engouffrés dans ces brèches de l’Histoire dédaignées par les médias. Souvent le rôle joué par les Etats-Unis, et plus précisément par la CIA, dans l’ingérence des affaires politiques de pays étrangers, européens, africains et autres, a été dénoncé, principalement dans des romans d’espionnage (de même que celui de l’URSS, mais décrit par des auteurs de sensibilité politique différente), mais il est bon de continuer à dénoncer ses agissements, même si l’influence de cet organisme tend à s’estomper. Du moins on aimerait le croire. A cela s’ajoute une histoire d’amour entre deux jeunes gens épris de liberté, de justice, et la vision d’un juge d’instruction français sur ces événements. Car il faut savoir qu’André Fortin, tout comme son narrateur, est lui-même juge d’instruction, et juge pour enfant. Il sait ce dont il parle, ou plutôt écrit. Et outre cette plongée dans le temps, on ne peut s’empêcher de lorgner du côté de la justice française et des tentatives qui sont effectuées pour la bâillonner, ou du moins l’assujettir. Ce qui n’est pas bon dans un pays qui se dit le chantre des droits de l’homme. Mais peut-être n’ai-je pas tout compris de l’actualité.

A lire du même auteur : Requiem pour le juge et Pitié pour Constance.

André FORTIN : Un été grec. Polar Jigal poche, éditions Jigal. Mai 2011. 288 pages. 9,13€.

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 15:56

Ecrit au crayon rouge ou à l’encre sympathique ?


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S’il existe bon nombre de site et de petits villages attrayants en France, d’autres sont délaissés par les touristes, soit parce qu’ils n’offrent rien de particulier, soit parce qu’un endroit n’incite pas à s’y reposer. Ainsi Saint Ambrose, non loin d’Aix en Provence, fait partie de ces lieux qui ne possèdent aucun attrait. Pis, qui rebute à cause de son lac aux eaux noires. Pourtant Eric Ducros un jeune photographe semi professionnel, un enfant du pays, décide de s’y intéresser, pour la petite ile qui est placée comme une praline sur une mousse au chocolat. Une île sur laquelle se dresse un arbre remarquable, torturé, aux racines émergentes, entrelacées.

En vérifiant quelques heures plus tard ses prises de vue, il découvre une anomalie. Il se précipite aussitôt à la mairie afin de partager sa découverte avec Loubeyrac, le maire de la commune qui est aussi le pharmacien. Celui-ci n’est installé dans le village que depuis une quinzaine d’années mais il a déjà entendu des rumeurs colportées par les anciens. Entre les racines du chêne s’érige une caisse sur laquelle est peinte une croix nazie.

Cette trouvaille conforte les racontars transmis par les vieux habitants, l’or des nazis existerait bel et bien. Une réunion du conseil municipal est envisagée et la gendarmerie avisée. Le premier à être informé de la situation est Chemin, le premier adjoint, un homme acariâtre, connu pour sa mauvaise foi puis le major Dulat arrive afin de constater sur place. Dulat, Loubeyrac, Chemin et Ducros se décarcassent, traversent le lac à bord d’une barcasse et ramènent la caisse entourée de chaines en la trainant jusque sur la place du village. Aussitôt un attroupement se forme, les villageois sont intrigués par le contenu, sauf César Andréani qui demande simplement comment l’idée leur est venue de creuser près de l’arbre.

En attendant les experts, il est décidé que la caisse sera mise à l’abri des curieux et des opportunistes dans une cave de la mairie, placée sous bonne garde. Et des curieux, il en afflue de partout. Les touristes arrivent, en voitures, caravanes, camping-cars, ou tout autre moyen de locomotion, et investissent le village, créant une effervescence à laquelle les autochtones ne sont pas habitués. Un début de panique est même enregistré et la maréchaussée a bien du mal à canaliser tous ces voyeurs. Seul Andréani est indisposé par la réapparition de cette caisse. Il est l’un des rares survivants de cette époque à vivre encore dans la commune. Il téléphone à quelques connaissances et leur propose un rendez-vous. Le lendemain, il est retrouvé mort, assassiné, un couteau dans le dos. Dans la main il tient un petit rouleau de papier sur lequel est inscrit Kobolsian.


Le mystère de la caisse nazie est étoffé par ce meurtre, d’autant que Kobolsian n’est autre qu’un policier d’Aix en Provence dont la femme est entre la vie et la mort, à cause d’un accident de la circulation provoqué par un octogénaire, atteint de la maladie d’Alzheimer, échappé de la maison de retraite où il soigné. Alors Kobolsian, accompagné d’une jeune policière est dépêché par son supérieur sur place. Et entre le gendarme et le policier, le courant ne passe guère. Dulat considérant Kobolsian comme un éventuel suspect. Parmi tous les protagonistes de cette histoire, le personnage de Judith de Synth, journaliste localier est particulièrement haut en couleurs avec sa propension à vouloir tout régenter, s’accaparant un bureau de la mairie pour en faire son quartier général, bousculant tout sur son passage, édictant ses volontés quelque soit son interlocuteur. Une petite touche d’humour qui n’est pas forcée d’autant que l’on rencontre souvent dans la vie courante ce genre de personnage peu sympathique.


pelissier.jpgLe thème du trésor nazi, perdu ou volé, confié à des soldats en déroute, est inépuisable, mais à chaque fois les romanciers imaginent des situations différentes. Patrice Pélissier ne déroge pas à la règle mais introduit une autre donnée dans son intrigue. Celle d’une passion, durant ces années troubles, enflammant les rêves et le corps d’une jeune fille, considérée par sa famille comme une attardée, envers un jeune homme qui lui ne songe qu’à participer, même modestement à la Résistance se mettant doucement en place. Soixante-sept ans plus tard, ce sont les fantômes de cette époque qui reviennent comme les nuages noirs dans un ciel d’orage. En incrustation à ces deux faits qui se croisent, se mêlent, le journal de bord d’une gamine déboussolée qui se confie au papier, n’ayant personne d’autre à qui crier son désarroi. Une histoire simple en apparence mais riche d’émotions, de sentiments, de justesse.

Kobolsian n’était pas un surhomme, juste un être da sang et de chair avec des terminaisons nerveuses sensibles. Loin des héros de papier qui faisaient des flics des être à part, il avait du mal à se reconnaitre dans ces caricatures de policiers venus du Nord ou d’outre-Atlantique. Trop d’alcool, trop de drogue, trop de dépression, trop d’excès.


A lire également du même auteur :  L'homme qui en voulait trop.


.Vous pouvez retrouver l'auteur sur son site

 

 Patrice PELISSIER : Le Testament noir. Terres de France. Editions Presses de la Cité. 300 pages. 19€.


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