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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 13:34

Des Petits Noirs bio et équitables, non décaféinés.

 

krakoen.jpg

Difficile de déterminer dans cette livraison quel en est le meilleur texte alors que l’inspiration diffère selon les goûts et les aspirations des auteurs.

 

Le premier à ouvrir le service est dû à la plume de Jean-Marc Demetz et s’intitule Boarding.

noir1.jpgCathy, dont le narrateur se souvient avec émotion surtout de son « petit castor fendu », Cathy est morte, assassinée avec acharnement. L’identité de l’assassin, le narrateur la connait, un certain Philippe Dupont, né en 1960. Alors il recense les Dupont qui vivent dans l’île et s’y rend régulièrement tous les ans, à la même date. La vengeance est chevillée au corps et dans sa mémoire. Seulement s’attaque-t-il au bon « candidat » ?

Jean-Marc Demetz interpelle le lecteur dès la première ligne : Tu es un futur ex-serial killer. Lequel lecteur se laisse prendre par la main en toute confiance, sauf que Jean-Marc Demetz l’emmène vers un dénouement à double détente.

 

Hervé Sard, dont on a pu apprécier dernièrement le magnifique Crépuscule des Gueux chez le même éditeur, revient avec une nouvelle que l’on pourrait le saluer en disant Chapeau, qui d’ailleurs est le titre de ce petit opuscule.

Il avait été surnommé Chapeau car il gardait toujours son galure sur la tête noir2.jpglorsqu’il venait déguster son ballon de blanc au café le P’tit tonneau. Midi et soir sauf le dimanche, jour de fermeture. C’était pas un causant Chapeau, presqu’un mutique, hors le vendredi soir où il restait plus tard, se laissant aller, racontant des histoires aux autres clients qui s’en amusaient bien. Surtout l’histoire de Mistinguett ! Tout le monde connait Chapeau, mais personne le connait vraiment, Ce qu’il fait, d’où il vient, où il va. D’ailleurs Chapeau est parti un jour, sans crier gare…

Hervé Sard aime narrer les histoires des petites gens, de ceux qui sont plombés par l’infortune, mais surtout il sait nous les faire aimer, ces déshérités que l’on rencontre dans la rue et qu’on regarde d’un œil différent lorsqu’on en voit sur le trottoir, ou accroché au comptoir. Car derrière ces « épaves », il y a surtout des êtres humains qui ont souffert, et les braves gens qui pontifient en disant c’est pas pour ça qu’il faut boire, je me demande bien comment ils feraient s’il leur arrivait la même chose.

 

Si je vous dis Lucille, comme le titre de la nouvelle de Franck Membribe, cela vous fera penser à une célèbre chanson de la fin des années cinquante interprétée par Little Richard, à moins que ce soit un blues de Michel Jonasz, c’est selon l’âge.

noir3.jpgLucille c’est aussi le prénom de la nouvelle déléguée à la culture chargée de coordonner un grand concours de photos organisé par la mairie de Perpignan. Le narrateur, médecin conseil de l’Assurance Maladie, détaché auprès de la caisse primaire des Pyrénées Orientales pour lutter contre la fraude, partage ses passions entre le violoncelle (vieux phantasme de mélomane car l’instrument rappelle le corps d’une femme ?), les voyages et la photo. Comme il a obtenu quelques prix et publié un album, le début de la notoriété, on l’a contacté pour présider le jury. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Lucille, qu’il tombe sous son charme et selon son œil de photographe exercé, il déduit que lui non plus ne lui est pas indifférent. Seulement le jour de l’inauguration, Lucille lui bat froid. Et comme il ne comprend pas pourquoi, notre amoureux se permet une indélicatesse : surveiller son domicile. Et ce n’est pas un jeu !

 

Ligne 13, d’Antoine Blocier, les Parisiens habitués à utiliser le métro connaissent. La ligne Nord Sud, dans un sens, et inversement dans l’autre. Ligne 13, treize commenoir4.jpg ce vendredi 13 qui, selon les augures de la publicité vantent la somme astronomique que les gogos peuvent éventuellement gagner en jouant à l’Euromillion. Alors Céline, trente et un ans, a décidé de mettre tous les atouts de son côté pour gagner la somme fabuleuse de treize fois treize millions. A l’autre bout de la ligne, Toussaint, un Antillais qui déteste son prénom, prend le métro après une nuit de labeur. Il est tout le contraire de Cécile. Pour lui, un vendredi 13, c’est signe de malheur. Alors, quel sort sera réservé à nos deux protagonistes ?

Antoine Blocier nous délivre la solution avec ironie, et nous rappelle que les horoscopes aux phrases sibyllines publiés dans les magazines peuvent être interprétés de façon différente selon l’humeur de celui qui croit. Antoine Blocier est aussi l’auteur, entre autres, de Désordre du Temple chez le même éditeur.

 

Encubé de Frédéric Prilleux, par ailleurs bibliothécaire, grand amateur de Bandes Dessinées, passion qu’il fait partager sur son blog  Bédépolar, et écrivain à ses heures avec Michel Pelé (Voir La parabole de la soucoupe) nous offre une nouvelle au titre énigmatique.

noir5.jpgLomax est un collectionneur avisé, mais surtout il est numéro trois du cartonnage industriel, numéro deux mondial de la lame de rasoir, plus quelques autres titres qui gonflent sa carte de visite sur laquelle n’est pas inscrite, mais qui pourrait l’être, toutefois la mention truand. Un coursier lui livre un imposant colis avec une petite carte signée Marcel-André Saint Hubert ainsi qu’un petit mot de l’auteur, mot qui attise la colère de Lomax. Le carton contient un cube de plastique transparent reposant sur un socle doté d’un petit bouton de mise en marche. Comme dans les boites à musique, les objets contenus dans ce cube se mettent à s’animer.

Parallèlement, à Lamballe, une exposition doit être consacrée à MasH, un artiste enfant du pays spécialiste du cube, au grand dam d’un président d’association d’artistes car les tableaux de Mathurin Méheux ont pour l’occasion été relégués au placard.

Fred Prilleux s’inspire probablement de l’arroseur arrosé, je n’en dis pas plus, mais sa nouvelle est un petit chef d’œuvre d’humour noir en condensé.

 

Maintenant il ne vous reste plus qu’à déguster ces cinq petits noirs, au goût plus ou moins corsé, mais revigorants.

Vous pouvez également visionner la présentation chez Monsieur Krakoen.

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 15:15

En attendant le prochain Antoine Blocier, à paraître incessamment sous peu...

desordredutemple11.jpg


Le mystère des Templiers, et surtout de leur trésor amassé au cours des décennies et des croisades et perdu quelque part, nourrit l’imaginaire de biens des romanciers et fascinent les lecteurs. A intervalles irréguliers, des magazines et des revues historiques s’intéressent à ce qui pourrait être apparenté à un marronnier médiatique ou, le plus souvent, à de nouvelles révélations dues à des chercheurs opiniâtres, et nous replongent dans cette aventure qui s’acheva avec la mort sur le bûcher du Grand Maître Jacques de Molay. Des jeux-vidéos s’intéressent à ces personnages de moines-soldats (Assassin creed par exemple) mais également des jeux de rôle.

Ainsi Gilles, jeune DJ, effectue un remplacement au pied levé lors d’une soirée organisée près des ruines d’un château médiéval. Il doit ce petit travail de machiniste grâce à un ami, Dominique de Saint-Claude, rencontré par hasard quelques semaines auparavant. Leurs atomes crochus les ont transportés dans le même lit. Bref, tic langagier de Gilles, Gilles, tout en étant aux commandes des décors, découvre ce spectacle haut en couleurs et apprécie la mise en scène particulièrement réussie, parfois un peu violente, mais faut ce qu’il faut afin de satisfaire les goûts des participants et justifier leurs dépenses. Jusqu’à la décollation de la tête d’un jeune figurant sur le billot. Effet garanti !

Le lendemain matin Chloé, sa charmante voisine, vient le réveiller afin de partager le café et non le lit ce qu’elle déplore un peu. Il lui narre sa soirée encore extasié par ce qu’il a vu mais elle refroidi rapidement son enthousiasme. Elle a appris aux informations que Jehan, le figurant, a bien été décapité et que ce qu’il avait vu n’était pas un trucage. Jehan de son vrai nom Jean Horvath, d’origine hongroise, était un militant de l’église fondamentaliste Saint-Nicolas du Chardonnet et le webmestre du site Ordre-du-temple.com. De plus une enveloppe kraft a été retrouvée chez lui, un papier sur lequel ont été rédigés ces mots : 417 : La principale pénalité est de perdre la maison pour toujours. L’on peut et l’on doit l’infliger à tout frère pour neuf choses. La première est la simonie…

Ils n’ont pas le temps de gloser sur cette information macabre car Chloe doit se rendre en province en compagnie de Gérard, archiviste à la Bibliothèque Nationale, afin de recueillir le témoignage d’un survivant de l’Occupation car elle rédige une thèse sur cette période. En chemin, aller et retour, Gérard lui fait réviser ses connaissances historiques sur l’Ordre du Temple, ce qui permet au lecteur d’approfondir les siennes par la même occasion. Lorsqu’ils reviennent au bercail c’est pour retrouver Gilles allongé de tout son long chez lui. Il a été estourbi mais par bonheur il est vivant, récoltant au passage une énorme bosse, souvenir de son visiteur impromptu. Près de lui une enveloppe kraft et un papier sur lequel est rédigé : 417 : La principale pénalité est de perdre la maison pour toujours. L’on peut et l’on doit l’infliger à tout frère pour neuf choses. La seconde est quand un homme dévoile le secret d’un chapitre à un homme…

Afin de meubler son temps et désireux de s’informer, il avait tenté de joindre Dominique de Saint-Claude. Inconnu au bataillon. Puis il s’était rendu sur des sites consacrés aux Templiers dont un assez suggestif : Gay Templier. Et c’est ainsi qu’il a correspondu, chatter, avec un nommé Dinan qu’il soupçonne d’être l’auteur de son agression. Mais la série continu, et un nouveau cadavre est découvert aux Archives. Un ancien collègue de Gérard, un médiéviste, s’est pendu. Suicide à première vue, sauf que près du corps une enveloppe a été déposée, avec le même texte à la différence près que cette fois, la cause en serait un larcin. Effectivement et après vérification il manquerait le volume des Centuries de Nostradamus. Selon des historiens, dont un Belge, ces Centuries ne seraient qu’un plagiat éhonté de Nostradamus. Un ancien parchemin écrit par un érudit et qu’il aurait arrangé à sa sauce.

Au départ Gérard et Chloé voulaient tout confier aux policiers, mais cette énigme les intéresse trop et ils décident d’enquêter pour leur propre compte. Et c’est ainsi que Gilles et Gérard se rendent dans un boite gay ce qui va permettre au vieil archiviste d’approfondir ses connaissances, de loin, sur les mœurs des homosexuels, lui qui est plutôt adepte du sado maso.

Les lecteurs qui ont lu avec plaisir les quelques livres de la collection pol’archives dirigée par Gérard Streiff aux éditions du Passage, dont celui-ci, retrouverons avec plaisir Chloé qui écrit des piges pour la revue historique Prométhée. Une plongée intéressante dans l’histoire et ses soubresauts, ses mystères et ses énigmes. Fallait-il établir une version corrigée et actualisée de ce roman ? A première vue non, car il existe de petites anomalies qui risquent d’induire en erreur les historiens qui se plongeront dans cet ouvrage dans quelques décennies.

En effet, l’histoire se déroule alors que sévit sur la France la canicule et que les intermittents du spectacle manifestent contre des propositions gouvernementales et que Nicolas Sarkosy est président. Chacun sait que les deux premiers événements se sont déroulés en 2003. A moins que, subtilement, l’auteur ait voulu nous proposer deux paraboles. La première, concernant la canicule : à force de souffler sur les braises notre président pourrait déclencher une canicule politique et à alors gare à l’incendie populaire. Ensuite, la seconde, relative aux intermittents du spectacle : aujourd’hui nous serions plus enclin à évoquer les intermittents du travail, qu’il s’agisse des ouvriers ou des retraités appelés souvent en renfort alors que les chômeurs font florès.


Antoine BLOCIER : Désordre du Temple. Collection Forcément Noir. Editions Krakoen 2011. (Version revue, corrigée et actualisée de Templier.com paru aux éditions Le Passage en 2004). 220 pages. 10€.

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 12:44

Un libraire enquêteur qui n'aura connu, malheureusement que dix aventures !

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Pierre de Gondol, le libraire érudit, est plongé dans une caisse de bouquins qu’il vient de recevoir et retrouve avec plaisir de vieux Bob Morane, Jean Ray et autres prestigieux romans populaires des anciennes éditions Marabout.

Un individu qui ressemble plus à un rocker qu’un à lecteur (quoique ce ne soit point incompatible) nommé Albert Petitjean demande à Gondol d’effectuer une petite enquête sur une étrange disparition. Entre l’épisode publié dans Métal Hurlant et celui qui a fait l’objet d’un album, La comète de Carthage a subi de petites transformations. Toutes petites mais qui intriguent cet amateur éclairé de B.D. et par conséquent Pierre de Gondol toujours à l’affût d’énigmes littéraires.

Par exemple découvrir pourquoi entre la parution en magazine et la réédition en album, dans une case, les images ont été légèrement modifiées. L’homme, un soldat, représenté sur une photographie n’apparaît plus ensuite. Et d’après une lettre de Chaland à son admirateur, l’homme aurait été un mathématicien russe, poète et dont un obscur éditeur lyonnais aurait publié le journal, entrecoupé d’un impressionnant dossier issu des services secrets soviétiques.

Pourquoi les dessins ont ils été modifiés ? Pierre de Gondol peut-il se procurer un exemplaire de cet ouvrage qui lèverait peut-être le voile sur une affaire plus importante ? Tels sont les missions confiées à Pierre de Gondol qui se met immédiatement en chasse.

Yves Chaland fut un dessinateur météore marquant des années 1980 créant des personnages comme le Jeune Albert, Freddy Lombard ou reprenant pour un temps les aventures de Spirou. Et c’est autour de ce personnage que s’articule le roman de Pelé et Prilleux, le meilleur à mon sens de la série Pierre de Gondol, truffé de clins d’œil mais qui à partir d’un petit rien va très loin dans l’exploration de l’œuvre du dessinateur, frisant la S.F. et l’espionnage. Un ouvrage remarquable qui fera découvrir un univers de la Bande Dessinée avec un œil nouveau.

Michel PELE & Frédéric PRILLEUX : La parabole de la soucoupe. Collection Pierre de Gondol N°10. Editions Baleine (2002). 272 pages. 15€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 05:04

Il est libre Max !

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Cinéaste confidentiel dont les quatre films n’ont pas dépassé chacun les cinq cent mille spectateurs, plutôt spécialisé dans les documentaires, Peter Waltman est chargé de réaliser un documentaire pour une chaine de télévision sur la célèbre et jeune violoniste Frederika Murray. Français, né à Berne d’une mère française et d’un père allemand, il a voyagé un peu partout dans le monde mais jamais aux Etats-Unis. Une lacune qui bientôt n’en sera plus une. De plus il doit présenter en ce mois de juillet 2001 son dernier film, qui a obtenu un succès d’estime en Europe, La Cage.

Première étape de ce périple qui en comportera sept, New-York, puis se sera Philadelphie, Washington, San Francisco, Los Angeles, Chicago pour finir à Boston. Il a rendez-vous avec Ron Löwe, un producteur qui doit lui faciliter ses démarches américaines et l’aider à promouvoir son film. La première approche avec Frederika s’effectue au Carnegie Hall où elle donne un concert qui, comme à l’habitude, est ovationné. Quelques sifflets dans la salle fusent bien de ci de là, mais ce n’est pas à cause de sa prestation. Non, simplement une photo la représentant nue, tenant son violon dans ses bras, a fait la une d’un magazine, ce que les puritains n’apprécient pas. Quoiqu’on ne puisse pas dire qu’ils ne se sont pas délectés à regarder le cliché.

La rencontre entre Frederika et Peter est très chaleureuse, pas tant à cause du projet de documentaire, mais parce qu’un courant électrique s’établit entre eux. Peter n’a connu que des déboires avec sa femme Sophie, dont il est séparé, et ne lui reste que sa fille Delphine avec il correspond régulièrement.

Son coéquipier Willy, avec lequel il a réalisé de nombreux tournages, vient d’être assassiné en Bavière. La police allemande, et plus particulièrement le commissaire Straub et sa collègue la commissaire principale aux Services spéciaux à l’Intérieur, Lisa Eckmann, le contactent car cette affaire est plutôt embrouillée et soulève de nombreux points d’interrogation. Willy a été abattu, par un tueur professionnel semble-t-il, alors qu’il était dans son chalet sis en pleine nature, en compagnie de sa maîtresse. Mais le tueur n’a pas essayé de rattraper la jeune femme qui s’est enfuie. Peter se souvient alors d’un autre incident dont il a été victime, quelque temps auparavant. Un homme a tenté de s’introduire dans sa chambre d’hôtel, et les témoignages recueillis suggèrent que ce pourrait être le même individu. Ce pourrait-il que ceci prenne son origine dans les différents tournages réalisés, particulièrement au Moyen-Orient, lorsque Peter et Willy ont interviewé des personnages tels que le Prince Turki, le Commandant Massoud, ou encore Oussama Ben Laden, alors qu’il n’était encore recherché par la CIA ? Des reportages qui ont provoqué des polémiques.

Alors que les policiers allemands effectuent le déplacement afin de le rencontrer, Peter fait la connaissance de Myriam, la sœur aînée de Frederika, qui a connu des soucis dans sa vie familiale. Son enfant est mort en bas âge et son mari a préféré la quitter en se rendant au Mexique. Or dans un bar, il aperçoit un homme photographiant la jeune femme, puis celle-ci remettant une enveloppe contenant apparemment de l’argent à un autre individu. Tout cela n’empêche pas Peter et Frederika de filer le parfait amour entre deux concerts et deux hôtels.

 

Virtuoses, ce sont bien évidemment Frederika Murray, la violoniste douée et exigeante et Peter, le cinéaste qui n’a pas vendu son âme au dieu de la pellicule, mais aussi l’auteur qui par petites touches nous transmet ses sentiments, ses visions, son regard sur l’Amérique et nous entraîne à partager goûts, couleurs, senteurs, sensations. Il décrit le parcours initiatique d’un Européen à la découverte des Etats-Unis, préférant visiter à pied les vieux quartiers des villes où il est amené à se rendre, roman doublé d’une intrigue policière. Et ses réflexions, celles qu’il attribue à Peter, un Européen à la découverte des Etats-Unis ne manquent pas de piquant. La grandeur de l’Amérique, le cinéma, la politique sont traités avec dérision.

Je n’ai vu jusqu’à présent que vos villes. L’Amérique est un beau et grand pays. Grand, je veux dire vaste. Ce qui m’intrigue, c’est que ces millions de kilomètres carrés, votre première richesse, aient si peu d’effet sur les mentalités. Ici, comme ailleurs, c’est le petit qui domine dans les têtes.

 

Un Américain sur trois est trop gros, rappelait-il. C’est pire au cinéma : deux films sur trois sont obèses.

 

On parla cinéma, littérature, politique. Le critique était démocrate dans l’âme, mais votait toujours républicain, non par esprit de contradiction, mais parce que confier les rênes des affaires politiques aux pires individus était une garantie contre la déception ou le découragement.

 

Max Genève se montre un esthète en peinture et musique classique, surtout en musique classique, un goût prononcé, affiché sans forfanterie, sans snobisme que l’on retrouve dans la plupart de ses romans.

Enfin, petit détail qui associe l’auteur au lecteur. L’emploi du On à la place du il dans quelques phrases, ou paragraphes, offre la possibilité au lecteur de participer à certaines scènes, d’être spectateur responsable et de ressentir pleinement les émotions, les sentiments transmis par le héros par auteur interposé. Et sous la sobriété de la couverture se cache un roman d’une force tranquille et foisonnant dont le dénouement est apocalyptique, sans vouloir de ma part jouer dans la démesure.

Voir également ma chronique de Noir Goncourt ainsi qu'un entretien avec Max Genève.

Max GENEVE : Virtuoses. Serge Safran éditeur. 398 pages. 19,50€.

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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 07:06

Le 38ème festival du film américain a lieu du 31 aout au 9 septembre 2012. Pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer mais désirent connaître cette ville surnommée le XXIème arrondissement parisien je vous propose en lecture :

DeauvillePlanche_couv.jpg

Robert Mitchum est mort ! Drôle (façon de parler !) de nouvelle pour Eddie Maxens, lieutenant de police qui a été mis sur la touche après un accident du travail dont le résultat s’est soldé par une balafre sur la joue gauche. Robert Mitchum est mort ! Sandra, la femme d’Eddie a mal compris l’information. En réalité, il s’agit du corps d’un homme qui a été retrouvé près d’une des barrières délimitant les cabines de plage de Deauville, barrière sur laquelle est inscrit le nom de Robert Mitchum. Si Eddie Maxens est devenu policier, c’est par vocation, et lorsqu’il a été renvoyé dans ses foyers, il a tenté de monter son propre bureau d’agence de recherches. Une occupation qui a avorté. Alors, même s’il travaillait à l’Urbaine et non à la Criminelle, il se sent investi d’une mission. Découvrir qui a été agressé et par qui. Il a gardé quelques contacts à la boîte, notamment avec le lieutenant Natacha Brami, le docteur et médecin légiste Funérès et surtout des papiers factices pouvant servir de leurres et de laissez-passer. Alors quittant sa petite maison de Villerville, il se rend à Deauville et sa fameuse promenade des planches.

A Deauville, l’effervescence règne. Dans quelques jours le Festival du Cinéma américain va débuter et les forces de l’ordre sont sur les dents. Les touristes et quelques stars commencent à investir la ville. Parmi ceux-ci quelques branquignols dirigés par Bordas qui a décidé de réaliser un grand coup. La fine équipe est composée de Manuel Bordas, dont les parents sont les propriétaires d’une chaumière située non loin de la cité balnéaire. Il n’a pas réussi à percer comme acteur sous le nom de Jerry Lamas. Avec lui Raphaël Kyste, projectionniste sur la touche à cause d’un mélange de bobines ; Bernard Darus, un ex-perchman ayant œuvré principalement dans des films classés X ; et Mina Breaks, l’ex-reine du porno, dont la ressemblance avec Angie Vienna, une starlette américaine qui s’est surtout illustrée dans des films fantastiques et qui est invitée à Deauville à cause de sa prestation aux côtés de Nicole Kidman pour un film grand public. Bordas organise le rapt d’Angie et Mina doit remplacer la jeune vedette américaine.

Eddie entame ses recherches sur les lieux du crime, car à l’évidence c’est est un. L’homme retrouvé dans le coma n’a pas survécu à ses blessures. Eddie découvre coincé dans la rainure entre deux planches une épinglette, un pin’s porté par des supporters du PFO, Paris Football Olympique. Une piste intéressante d’autant que ce club de supporters ne compte qu’une cinquantaine de membres. Grâce à Mulot, un SDF qui traîne toujours dans le quartier afin de glaner quelque argent pouvant l’approvisionner en liquide, Eddie peut reconstituer les événements. Un homme conduisant une fourgonnette blanche a déposé le corps puis est reparti comme si de rien n’était. Il parvient à dresser une description relativement précise du conducteur et Natacha obtient auprès de collègues des photos des membres du club de supporters et leur identité.

Célébrité naissante oblige, Angie Vienna, incarnée par Mina, doit satisfaire aux obligations médiatiques. Angie Vienna connait parfaitement le français, ce qui n’est pas le cas inverse de Mina. Seulement cette ex-star du porno n’a pas sa langue dans sa poche et parfois elle tient des propos qui ne devraient pas être énoncés par la future star d’Outre-Atlantique. Cela étonne bien quelques personnes, dont Eddie, mais bon, les frasques des vedettes de cinéma, leurs déclarations sont tellement diverses que souvent elles sont rapidement oubliées.

Eddie va bientôt se retrouver sur les basques de nos Pieds-Nickelés. Un second meurtre est perpétré et le capitaine Moscovicchi n’apprécie pas du tout l’immixtion de Maxens dans son enquête.

Mais il ne s’agit pas simplement d’une banale histoire d’enlèvement comme le lecteur pourrait le croire au départ de l’intrigue. Roland Sadaune ruse et se montre assez pervers pour dérouter et construire habilement des épisodes qui s’enchaînent comme autant de scènes cinématographiques. Car Roland Sadaune est un cinéphile, peut-être nostalgique de l’âge d’or hollywoodien, et il ne faut donc pas s’étonner que le décor de son nouveau roman soit implanté à Deauville et ses environs. Eddie Maxens est un personnage sympathique, malgré ses problèmes de couple. Il est vrai qu’il délaisse trop souvent sa femme et ses enfants pour aller vaquer à des occupations jugées puériles. Mais pour lui cette charge d’enquêteur qu’il s’est octroyé sans demander l’avis de qui que ce soit, lui permet de se reconstruire. La balafre qui le picote en permanence se révèle comme un fardeau indélébile, et certains ne manquent pas de lui faire remarquer cette cicatrice comme une infamie. Mais un ex-policier qui aime le jazz et le blues ne peut être franchement mauvais. D’ailleurs il est dommage que ce petit plaisir évoqué au début du récit soit abandonné en cours de route. Et, artiste-peintre de talent, Roland Sadaune ne pouvait pas s’empêcher de faire un petit clin d’œil à cet art pictural. Mais je n’en dis pas plus.

Roland SADAUNE : Deauville entre les planches. Collection Polars en région, éditions Ravet-Anceau. 240 pages. 10,14€.

challenge régions

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 07:51

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Réaliser un entretien par mail interposé n’a pas la spontanéité de la présentation d’un auteur sur une estrade face à un public, et le modérateur n’est pas sûr de poser les bonnes questions, dans un cas comme dans l’autre. Devant une assemblée au moins a-t-il la possibilité d’interrompre son invité (comme les journalistes qui ne s’en privent pas, se moquant totalement des réponses de leurs invités, ne pensant qu’à se hausser du col et devenir la vedette à la place de celui qu’ils questionnent), de rendre vivants les échanges, de rebondir en attrapant la balle au bond comme au ping-pong. Ici tout est soupesé, ou presque, moins les questions que les. Celui qui est sur la sellette a la possibilité de peser ses mots, et l’intervieweur est confiné dans son rôle, laisser la parole à celui qui est en face de lui par écran et claviers interposés.

 

Pourriez-vous nous donner une biographie (la solution de facilité serait de piocher dans le Dilipo de Claude Mesplède, mais je préférerais une approche personnelle)

La meilleure bio figure dans le « Dictionnaire des écrivains français par eux-mPrise-geneve.JPGêmes » de Jérôme Garcin (Fayard), mais elle s'arrête en 2004.

Je suis né à Mulhouse en 1945, sous le nom de Jean-Marie Geng. Après mes études universitaires (maîtrise de philo, doctorat de socio), j'ai enseigné la sociologie à Strasbourg pendant une dizaine d'années et publié à cette époque 4 essais, tous polémiques, dont le plus connu est « Mauvaises pensées d'un travailleur social » (Seuil, coll. Points). Barthes, Bourdieu et Derrida ont salué ces essais. En 1980, suite à une grave crise personnelle, j'ai démissionné, quitté Strasbourg et pris la décision de me consacrer à la littérature. J'ai choisi comme nom d'auteur Max Genève et m'en suis expliqué dans un court récit, « La Prise de Genève » (Zulma), publié en même temps qu'un recueil de nouvelles fantastiques « Notre peur de chaque jour » chez Bourgois. Mon premier roman est paru l'année suivante, en 1981, chez Stock. Suivront neuf autres romans, chez Stock, Barrault, Flammarion et Zulma.

J'avais donc publié dix romans, de la littérature « blanche » donc, quand est sorti, en 1995, le premier Simon Rose, « Autopsie d'un biographe », chez Zulma. Par la suite, jusqu'en 2001, j'ai alterné les Simon Rose et d'autres romans, dont « Ramon » en 1998 que certains critiques tiennent pour mon meilleur livre. Cela a quelque peu désarçonné mes commentateurs, mais voyez un auteur comme Manuel Vasquez Montalban : son Pepe Carvalho est un peu mon Simon Rose.

 

Pour moi votre véritable entrée comme romancier est liée à la création de Simon Rose, détective. N’est-ce pas un peu réducteur ?

tigresses.jpgC'est en effet très réducteur. Après vingt-deux romans publiés, dont seulement six Simon Rose (qui sont plus des romans de détective que des polars proprement dit), je me considère d'abord comme un romancier tout court, passionné par toutes les formes du roman, y compris les populaires. Il est vrai que « Le Salon » (1986), bien avant les Simon Rose, était déjà une sorte de polar métaphysique. Il est donc plus juste de distinguer dans mon travail plusieurs veines : fantastique (comme « Ordo », « Le Défunt libertin », « Ramon », « L'Ingénieur du silence »), musicale (« Le compositeur », « Le Château de Béla Bartok », « Le Violoniste », « Mozart, c'est moi »), érotique (« La Nuit sera chienne », « Chair ») et policière.

 

Comment est né Simon Rose ?

teaAu début des années quatre-vingt dix, alors que j'avais écrit pour la télévision (France 2), à la demande de René Belletto et Françoise Verny, deux scénarios pour la série Le Lyonnais (« Le massacre de la Saint-Thomas » et « Sanguine »), qui ont été tournés, notamment par Paul Vecchiali, et diffusés plusieurs fois, j'ai été pris d'une furieuse envie d'égorger mes éditeurs, Laure Leroy et Serge Safran qui venaient de fonder Zulma, maison qui a publié onze de mes livres, avec des succès. Ils m'ont conseillé, pas fous, de transformer cette pulsion en polars.

Simon Rose m'a d'abord longtemps occupé l'esprit avant de prendre forme. Je le voulais malin, enquêteur à ses heures (pas trop n'en faut), assez désinvolte, joli garçon aimant séduire, et pas en odeur de sainteté chez les flics.

 

Ce personnage vous a suivi quelles que soient les maisons d’éditions que vous avez fréquentées. Gallimard, Zulma, La Nuée bleue et maintenant Anabet. Ces différents déménagements l’ont-ils perturbé ?noir goncourt

Pas le moins du monde. Simon Rose a poursuivi dans ma tête une carrière totalement indépendante de ses aléas éditoriaux. Trois de ses enquêtes ont paru chez Zulma, deux autres sont des commandes, l'une de Patrick Raynal pour la Série Noire, l'autre de Bernard Reumaux, patron de la Nuée bleue. Enfin, la plus récente, « Noir Goncourt » est une ultime tentative de montrer ce qu'est devenue la littérature aujourd'hui : une assez innommable porcherie.

 

Avez-vous été obligé de vous soumettre à lui et s'est-il imposé partout où il passait ?

Naturellement, un vrai romancier se soumet toujours à son personnage, s'il veut lui donner vie. Simon Rose n'a pas toujours été bien compris. On l'a trouvé paresseux, obsédé sexuel (il ne l'est guère plus que tout homme en bonne santé et dans la force de l'âge) et j'en passe. On lui a cherché des ancêtres, comme l'excellent Nestor Burma. C'est un parrainage que j'accepte volontiers.

 

Parallèlement vous publiez chez J.P. Bayol un recueil de nouvelles, un genre que vous avez abordé avec parcimonie (je ne connais qu’une nouvelle qui a fait partie du recueil collectif « Les treize morts d’Albert Ayler » dans la Série noire, et que vous reprenez dans « La Cathédrale disparue »).

ayler13.jpgJ'ai écrit au moins soixante nouvelles, la plupart parues en revue ou dans des journaux (comme Le Monde ou les NDA). C'est vrai, « La Cathédrale disparue » n'est que mon troisième recueil. Le premier livre signé Genève était déjà un recueil de nouvelles (chez Bourgois, en 1980). Zulma a édité en 2003 « Mes vies américaines », six nouvelles écrites à la suite de plusieurs voyages aux Etats-Unis. Les « Treize morts d'Albert Ayler » était, en effet, une commande de Patrick Raynal, que j'avais rencontré par le biais de mon ami, le poète et romancier Jean-Claude Charles, récemment disparu.

 

Votre rapport avec le jazz ?

J'aime toutes sortes de jazz, surtout Miles Davis et Coltrane, avec une préférence pour le free. Mais mes goûts en matière de musique se portent avant tout sur la musique classique, de Monteverdi à Bartok, de Guillaume Dufay à Dutilleux.

 

Après les questions « bateaux » passons au vif du sujet.

Vous êtes un homme discret, calme, pondéré, du moins c’est ce que j’ai ressenti lors de nos brèves rencontres. L'écriture vous permet-elle de pousser vos coups de gueule, de vous défouler ?

Si l'écriture n'était qu'une occasion de libérer des rages refoulées, elle ne prêterait pas à conséquence. Pris dans le fil d'une narration serrée, on peut épouser la colère de tel ou tel personnage, et dans le monde où nous vivons, chacun connaît des moments où la pression sociale est si forte qu'une explosion est possible. Bref, je ne crois pas que l'écriture doive servir à exhaler ses humeurs, mais qu'une sainte rage peut aider à bien écrire.

 

Les éditeurs détestent se faire avoir, prérogative dont ils entendent conserver le privilège exclusif, écriviez-vous dans Autopsie d’un biographe. Dans Noir Goncourt, vous allez beaucoup plus loin dans cette diatribe enrobée d’ironie grinçante. Avez-vous du ressentiment envers certaines maisons d’éditions ?

J'ai une oautopsieriginalité absolue parmi mes confrères écrivains : j'ai participé au lancement de plusieurs maisons d'édition. En 1984, l'un de mes amis, alors en cheville avec Grasset et qui voulait m'y introduire, a fait lire à François Nourissier le manuscrit du « Dernier misogyne ». Nourissier s'est dit enthousiaste, prêt à soutenir mon roman au-delà de sa parution (on sait ce que cela signifiait : à l'époque Nourissier était LE prescripteur par excellence, tant par son audience comme critique que par son influence au Goncourt). La porte m'était grande ouverte, j'ai préféré suivre mes éditeurs Bernard Barrault et Betty Mialet qui, quittant Stock, créaient les éditions Barrault. Tout s'est bien passé avec eux jusqu'au moment où j'ai commis le crime de signer avec un agent littéraire, François Samuelson.

(J'ai toujours pensé, je le pense encore, que les auteurs français, je parle des professionnels, souffrent de ne pas avoir d'agent, l'édition française mène un combat d'arrière-garde contre cette utile corporation. L'une des conséquences de l'absence de ces agents est la faiblesse notoire de la littérature française à l'étranger).

Donc brouille avec Barrault, qui d'ailleurs ferma sa maison quand à son tour Philippe Djian signa avec le même Samuelson pour passer à l'ennemi (Gallimard).

Qu'à cela ne tienne, après un bref, mais fructueux passage chez Flammarion (à l'invitation de Françoise Verny), j'ai contribué à lancer les éditions Zulma dirigées par Laure Leroy et Serge Safran. Je leur ai confié un petit érotique (« La nuit sera chienne », 1992) qui eut du succès, surtout en poche (Pocket) où il a été réédité plusieurs fois et continue de se vendre. Parti de rien, Zulma s'est imposé comme un éditeur qui compte. Nous avons fait équipe de longues années et pour onze livres (notamment trois Simon Rose) avec des fortunes diverses jusqu'à ce que Laure Leroy eut la curieuse idée de restreindre l'essentiel de sa production française à un seul auteur, lequel se trouve être celui qui partage sa vie. Ce dernier, apparemment, supporte mal la présence de confrères qui pourraient lui faire de l'ombre. En tout cas, exit Genève. La chose est assez drôle, mais je me suis senti floué.

Cela étant, j'aime m'associer à des gens audacieux prêts à tenter l'aventure éditoricathedrale.jpgale - le charme des commencements sans doute. Vous verrez, Jean-Paul Bayol (avec sa collection « L'esprit de l'escalier » animée par Félicie Dubois) comme les éditions Anabet de Nathalie Guiot et David d'Equainville sont des noms qui vont s'imposer. De toute façon, pour « le franc-tireur des lettres françaises » que je suis - je cite un critique -, les grandes maisons me sont aujourd'hui fermées. Un lecteur de Gallimard me disait : tu pourrais leur apporter une « Lolita » et un « Au-dessous du volcan » réunis dans un même manuscrit, Antoine refuserait même de l'ouvrir.

 

C’était une envie, un besoin viscéral d’écrire Noir Goncourt, ou un amusement visant à dénoncer les agissements de deux ou trois maisons d’éditions tenant le haut du pavé germanopratin ?

D'abord l'envie de revenir à Simon Rose, je me sens en pleine confiance avec lui, je le connais si bien. Surtout une volonté réitérée de placer les maîtres du champ littéraire devant leurs contradictions. Il n'est pas acceptable que des écrivains qui gagnent leur vie chez des éditeurs en refusant les manuscrits de leurs confrères se fassent éditer par ces mêmes éditeurs. Je ne suis pas le premier à dénoncer ce système : Gracq, Debray et quelques autres l'ont fait avant moi, sans jamais parvenir à l'amender.

 

Croyez vous que le monde littéraire est une pomme creuse, vidée par les vers ?

C'est vous qui le dites, cher Paul Maugendre. Je ne vous donnerai pas tort.

 

Croyez-vous en vos chances d’être nominé pour un prix littéraire ?

M'en fous. Quand parut mon premier roman (« Ma nuit avec Miss Monde », Stock, 1981), j'ai exigé de Betty Mialet qu'elle n'envoie aucun service de presse aux gens des prix. C'était naïf, mais sans équivoque. Par la suite je n'ai jamais rien écrit, durant ma déjà longue carrière, dans l'intention de séduire quelque jury que ce soit. J'ai eu des prix, quelques-uns gentiment dotés, j'ai dit merci, improvisé le petit discours d'usage, pris le chèque et basta.

 

Avez-vous reçu de la part de vos confrères des critiques laudatives ou acerbes ?

On me félicite, on admire mon culot tout en pensant : « Qu'est-ce qu'il va se prendre comme raclée, le pauvre ! » Non, même pas. Le milieu préfère exécuter par le silence ou la censure. Je figure dans les listes noires de plusieurs quotidiens. A propos du Monde, j'ai pourtant été l'un des premiers à m'indigner que ce journal ait eu pendant des années un chien de garde de l'idéologie libérale à la tête du conseil de surveillance.

 

Et de la part de chroniqueurs littéraires professionnels ou amateurs ?

Jeune auteur, Barthes, Bourdieu, Derrida (devenu par la suite un ami proche) m'ont vivement encouragé. Aujourd'hui comme hier, de nombreux critiques ont salué mon travail. Je pense à Jérôme Garcin, André Clavel, Antoine Wicker, Jacques Lindecker, Dominique Bona, André Rollin, Claire Paulhan, François Cérésa, Laure Adler, Danièle Brison, Claude le Nocher, Antoine Spire, le regretté Jean-Pierre Enard, Bernard Quiriny et quelques autres, dont Bernard Pivot n'est pas le moindre.

 

Simon Rose est un détective qui sort des sentiers battus. Il est loin de l’image que l’on se fait de ce genre de personnage, souvent décrit comme un dur-à-cuire. Envie de vous démarquer d’un système américain qui a fait ses preuves ?

Que certains auteurs français de romans noirs fassent en moins bien ce que les Américains ont si bien fait pendant des décennies me laisse perplexe. Simon Rose, lui, est certes un Européen convaincu, mieux, un citoyen du monde. Très Parisien aussi, même s'il se déplace beaucoup pour mener ses enquêtes.

 

Vous êtes un écrivain éclectique (ça sonne mieux que touche à tout) et parmi votre production littéraire, le roman policier ne représente qu’une part infime. D’où vient ce besoin de toucher à tous les genres ? Et pour vous le roman policier est-il plus exigeant ou travaillez-vous de la même façon quelle que soit la rédaction de l’ouvrage entrepris ?

autopsie.jpgPas infime, non : mon Simon Rose, existe aussi en nouvelles (parues ici et là, en revue ou recueil collectif, elles n'ont pas encore été réunies en un seul ouvrage, cela viendra). Au total, cela représente un bon quart de ce que j'ai écrit.

J'aime la littérature la plus haute, de Rilke à Musil et Blanchot, par ex., mais aussi la populaire. Comme lecteur, j'aime lire en dehors des clous. Les best-sellers me séduisent rarement, mais je sais qu'un livre qui obtient un grand succès peut, parfois, être aussi un grand livre. Simenon, Highsmith, Le Carré sont des maîtres, ils ont pourtant vendu beaucoup de livres.

Le plaisir que je prends à pratiquer tous les genres, ou presque, est peut-être une conséquence de ma boulimie de lectures. Pour tout dire, je crois être plus électrique qu'éclectique. Il y a dans tout ce que je fais une nécessité qui n'apparaît peut-être pas au premier coup d'œil, messieurs-dames, mais qui existe bel et bien.

Bref, j'ai la même exigence pour tout ce que j'écris. Le polar, comme genre, est plus contraignant, donc un peu plus facile. Quand je me lance dans un livre, c'est toujours sans réserve, à la vie à la mort. J'ai mis trente ans pour comprendre que pour écrire une bonne histoire et se laisser porter par elle, il faut savoir renouer avec la bêtise et ce n'est pas simple.

 

Vous pouvez éventuellement, mais c'est fortement conseillé de lire ma chronique sur Noir Goncourt 

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 07:08

Bientôt la saison des prix va démarrer. Et le gagnant est ...

noir-goncourt.jpg

Le syndrome de la page blanche est une réalité, un cauchemar, et Joseph Melkian, romancier discret, dont les œuvres mériteraient d’être plus connues, serait-il atteint de ce mal ? Il expédie à une dizaine de personnes de son entourage des enveloppes qu’il a contresignées au dos mais ne contenant qu’une feuille vierge. Parmi ces destinataires Adam Melkian, son frère, riche homme d’affaires qui s’est fait à la force du poignet, Olivier Nérac, jeune poète en devenir, Marc Teulier, lecteur dans une grande maison d’éditions, romancier lui-même et qui avait refusé le manuscrit d’un protégé de Melkian, Virginie Gilot, guichetière à la Poste, Paul Prévy, concertiste, Gabrielle, sa maîtresse, Mathilde, sa fille, Jean-Louis Baladin, directeur des programmes de fiction à la télévision et qui s’était servi des trois scénarios proposés par Melkian pour une nouvelle série sans compenser celui-ci, et Simon Rose, détective privé auquel l’homme de l’art avait eu recours quelques jours auparavant afin de lui demander conseil sur les détails d’une intrigue policière.

Tous sont pour le moins intrigués, certains trouvant la farce bonne, d’autres y décelant une forme de menace. Mais l’écrivain a disparu, ne donnant aucun signe de vie. Inquiet, Adam Melkian demande conseil à Simon. Ce n’est pas hasard s’il requiert les services du détective car au domicile de son frère, il a trouvé posée en évidence sur une feuille blanche la carte de visite de Simon. Parallèlement une autre affaire se présente à Simon Rose par le biais du capitaine de police Augustin Nomé. L’académicien François Moricet, est harcelé depuis plusieurs mois par un individu qui, après l’avoir contacté au téléphone, lui envoie des missives anonymes de menaces. Très exactement le sept de chaque mois et ceci depuis six mois. L’une des premières lettres reçues contenait une photo noir et blanc, sans explication, représentant un homme nu cloué sur une planche à l’aide de sept clous. La deuxième missive se référait à un article sur une branche de la Camora qui punit de cette façon les traitres. Or comme le sept du septième mois approche il a demandé aide et protection de la police. Le jour dit, les invités se pressent dans le salon de l’académicien, et tout se passerait bien sauf que le petit ami de Moricet brille par son absence. Il est retrouvé chez lui cloué comme sur l’article de presse. Moricet est soupçonné mais l’affaire se tasse. Joseph Melkian est retrouvé en charmante compagnie à Capri et un an plus tard…

Si l’intrigue est le ressort du roman, l’intérêt du livre, du pamphlet oserais-je écrire, repose sur les pratiques du monde éditorial en général. Et les coups de griffes distribués ça et là ne manquent pas. D’abord sur les raisons financières qui priment. « Melkian est un écrivain attachant et doué, mais il ne vend pas. Et, nous le savons tous deux, chez les grands éditeurs, ce sont les commerciaux qui font désormais la loi. En dessous d’un certain chiffre, même un écrivain chevronné est mis sur la touche », plus loin « Chez nous, les commerciaux ont fixé à quatre mille le seuil minimum de rentabilité ».

Et voilà, le décor est planté mais ce n’est pas tout. Les exemples ne manquent pas. Le milieu littéraire en général est considéré comme un univers très particulier : « Il est vrai, dit Simon, qu’on n’a pas encore inventé le gilet pare-balles qui va avec. Les prédateurs qu’on y rencontre sont du genre pervers polymorphe ». Ainsi un auteur peut faire refuser par le comité de lecture le manuscrit d’un jeune concurrent qui pourrait lui faire de l’ombre, leurs deux ouvrages jouant sur le même registre. L’Académie Française et le Goncourt ne sont pas épargnés. « Triste époque où la seule évocation d’une institution vieille de trois siècles provoque rires et sarcasme. Il est vrai qu’aujourd’hui les brevets de médiocrité qu’il faut produire pour y être admis découragent plus d’un candidat ».

Et je pourrais continuer ainsi en extrayant d’autres citations, mais il ne faut pas non plus diluer la saveur de la lecture. Un roman qui éclaire sur des pratiques éditoriales, même si pour certains lecteurs, il peut sembler que l’auteur ait chargé la mule comme on dit. Mais l’on peut se référer à quelques affaires qui alimentent chaque automne, lors de la remise des prix, les propos de journalistes et critiques littéraires qui argumentent sur diverses magouilles pour l’attribution des précieux sésames synonymes de ventes faramineuses. Ou encore de plagiats dénoncés par d’obscurs écrivains dont les manuscrits se seraient perdus dans les couloirs de maisons d’éditions. Enfin, pour terminer sur une note ironique cette réflexion : « Son exposé, clair et concis, laissait espérer des facultés mentales plutôt développées pour un flic ».

Un livre hautement recommandable qui pourrait être étudié dans les lycées. Mais il serait étonnant que ce roman soit sélectionné pour un prix, Goncourt ou autre, à moins que les jurés fassent preuve d’intelligence, acceptant la dérision, l’ironie grinçante et les vérités qui sont toujours bonnes à écrire. Et parmi les personnages qui gravitent dans ce roman, on peut toujours essayer de mettre un nom sur tel et tel protagoniste. Et en François Moricet, faudrait-il reconnaître un certain François N… ?


Max GENEVE : Noir Goncourt. Editions Anabet. (2010). 14€.

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 16:35

Si de nos jours Henri IV est une figure sympathique de la royauté, cela n’était pas forcément vrai de son vivant.

roi-henri.jpg

Une amitié se forge parfois alors que tout concourt pour justement attiser la haine. Ainsi, lorsque Guillaume Filzar, dit Ventripote, tente de s’approprier deux superbes poules que Bernard Gougemaille, dit Long-Crin, avait lui-même dérobé à un fermier, s’ensuit un combat épique entre les deux hommes. Comme ni l’un ni l’autre sort vainqueur de cet affrontement qui dure de longues minutes, cela se termine dans un grand éclat de rire et les voilà devenu copains comme cochons. Et cela dure depuis dix ans.

En ce petit matin glacial de janvier 1608, ils sont en train de s’adonner à leu jeu habituel, tout en sachant que l’issue sera inévitablement un match nul. Alors qu’un connin (lapin en vieux françois), qu’ils ont attrapé dans un piège, est en train de cuire, ils entendent des cris de femme. Ni une ni deux, les deux hommes s’élancent mais arrivent trop tard. Trois spadassins viennent de tuer un homme et une femme et sont sur le point de s’en prendre à un enfant attaché à un arbre. Nos deux compères mettent rapidement les assassins en fuite et ont le temps de remarquer qu’à la main de l’un d’eux, le chef probablement, il manque deux doigts. Ils délivrent le gamin qui n’est juste qu’étourdi mais profondément choqué. Pour les deux amis, la décision est difficile à prendre. Ventripote veut s’occuper du marmouset, tandis que Long-Crin opte pour la solution de facilité, la fuite. Mais c’est Ventripote qui a le dernier mot, et comme il est quelque peu médicastre, il s’évertue à sortir de sa léthargie le gamin grâce à quelques herbes dont il connait les vertus médicinales et ses bons soins se révèlent efficients.

Selon François, l’enfant, les sicaires se réclamaient de la « quisition » (il veut parler de l’Inquisition) et ont torturé et tué ses parents afin qu’ils avouent où ils ont caché un moine, Frère Théodore. Il n’hésite pas à emmener ses nouveaux amis dans une espèce de cave où gîte le moine. Après avoir fait connaissance, la petite troupe abandonne le Bourbonnais où vient de se dérouler cette scène pour se rendre à Paris. En chemin ils rencontrent un homme à cheval, portant beau. Il s’agit d’Ambrosio Vhermont, maître d’armes, qui lui aussi désire aller à la capitale afin d’ouvrir une salle d’armes. Heureux concours de circonstances car cet habile bretteur leur sera d’un grand avantage lors des confrontations et batailles qu’ils auront à subir de la part de Quentin Deretz, l’homme aux doigts manquants, et ses sbires. La petite troupe, composée de Ventripote, Long-Crin et leurs compagnons emprunte de petites routes, en passant par Bourges, Orléans, Rambouillet, et les embuscades, les guets-apens, ne manquent pas. Toutefois, le personnage de Théodore intrigue quelque peu Ventripote et Long-Crin. Il est anormal qu’un moine ne récite pas de prières lors des moments cruciaux, et se montre fin bretteur.

Quentin Deretz, qui a failli a sa tâche, rend compte de son échec à la belle madame de Mirail (supposition gratuite mais non dénuée de fondement car cette noble dame cache son visage sous une voilette qui lui sert de masque), Madame de Mirail qui n’est pas satisfaite de ce revers. Elle est la maîtresse du Narval, qui lui-même doit fournir des résultats à d’éminents membres de la noblesse. Alors tout doit être fait pour supprimer frère Théodore et ses compagnons.

Gabriel Jan n’est pas qu’un auteur d’anticipation ou de fantastique et il le démontre avec brio dans ce roman clin d’œil à Paul Féval, père et fils, Michel Zevaco ou encore Alexandre Dumas, pour ne citer que les plus célèbres. Mais il se montre plus sobre dans ses descriptions de combats n’empruntant pas à ses prédécesseurs des situations parfois extravagantes, hautes en couleurs certes mais parfois guère vraisemblables. Pourtant la fougue est là, l’intrigue est crédible, d’ailleurs nous savons tous comment finit Henri IV, mais les manuels d’histoire ne se focalisent que sur un nom. Gabriel Jan affectionne particulièrement cette époque et il nous la restitue avec cette faconde, cet humour qui parfois manque aux historiens. Un roman qui mériterait une plus grande visibilité sur les étals des libraires et je suggère que les éditions 10/18 ou Le Masque, par le biais de leur collection Labyrinthes, lui ouvre les pages de leur catalogue. Il ne démériterait pas sa place si elle lui était offerte. Petit bonus, les différents personnages sont recensés en début d’ouvrage, un principe qui n’est plus de mise aujourd’hui et c’est dommage.

A lire du même auteur : Le réveil des menhirs.

Voir également le portrait que je lui ai consacré.

Gabriel JAN : Qui veut tuer le Roi Henri ? Editions Edilivre.com. 312 pages. 20€.

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 06:48

Promenade en Bretagne et dans le temps.

reveil-menhirs.jpg

Pour sortir des sentiers battus, Jean a décidé de partir non pas à la neige mais en Bretagne, à la découverte du Morbihan en compagnie de trois amis. Alors qu’ils déambulent paisiblement sous la pluie en cette veille de Noël, surgit un éclair bleuté. Jean se réveille quelques minutes plus tard, seul, au même endroit qu’il reconnaît grâce aux trois menhirs qui se dressent fièrement. Il se souvient seulement d’avoir eu un drôle de rêve, auquel il ne comprend rien.

Déboussolé, il part à la recherche de ses compagnons. Mais il est épuisé et recouvre ses esprits dans une cabane, trois jours plus tard. Jean n’est pas au bout de ses surprises. Ce n’est pas tant le fait que l’ermite lui parle en breton, mais que lui Jean comprenne cette langue et qu’il a été recueilli dans la forêt de Brocéliande, à cent kilomètres à vol d’oiseau de l’endroit où l’incident s’est déroulé. Puis il se rend compte qu’il n’est plus au 20ème siècle, mais en 1146, sous le règne de Conan III, duc de Bretagne.

Jean n’a qu’une idée en tête, rejoindre à tout prix ses amis. S’entame alors une longue pérégrination au cours de laquelle il devra affronter moult dangers. Les hommes du Duc sont à sa poursuite et il fera la connaissance d’Eon de l’Estoile, un moine réfractaire aux lois édictées par le prince et par l’église.

 

Impalpable-venus2Le Réveil des menhirs est tout autant un roman de chevalerie médiéval qu’un roman d’anticipation, l’épilogue nous le prouvera, avec une fracture temporelle qui nous plonge au cœur de la Bretagne profonde. Une agréable histoire pleine de rebondissements, comme dans les romans de cape et d’épée, empreinte d’aventures mystérieuses et d’un final époustouflant. Une réussite qui valait amplement une réédition, et en espérant que d’autres ouvrages de Gabriel Jan connaîtront le même sort. Je pense notamment à Ballet des ombres paru lui aussi au Fleuve Noir dans la collection Super Luxe, également en 1979.

 

 

A lire aussi mon  portrait de Gabriel Jan, ainsi que son dernier roman paru :  Par le rêve et par la ronce, chez Rivière Blanche.


Gabriel JAN : Le réveil des menhirs. Liv’Poche n°50, Liv’éditions.(Réédition d’Impalpable Vénus paru au Fleuve Noir dans la collection Anticipation N°906 en 1979). 9€.

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 13:02

Le canard au sang à la rouennaise !


nuit-d-encre.jpg

Très malade, d’ailleurs ses proches et ses ennemis pensent qu’il n’a plus que quelques mois à vivre, Paul-Henry Sternis revit lorsqu’il se rend dans son fief : le quotidien régional Normandie, qu’il dirige depuis plus de vingt-cinq ans avec opiniâtreté. Rien ne l’arrête, pas même un ascenseur en panne. Dans ce cas, Oscar son chauffeur, le prend dans ses bras et le monte jusqu’à son bureau où il rédige l’éditorial du jour.

Sans qu’il le sache, l’avenir s’assombrit, et pas seulement à cause de son cancer qui lui ronge les os. A la fin de la guerre, ce fils d’imprimeur avait repris les locaux d’un journal d’avant-guerre, disparu avec la Libération, avait créé Normandie avec ses fonds et ceux de quelques comparses, et avait réussi à force de pugnacité, à l’imposer comme le quotidien régional de référence.

Seulement les frères Gosselin, mandaté par Fondelais qui réside en Suisse, tentent de circonvenir quelques-uns des actionnaires en leur offrant une somme pharamineuse. Ainsi ils contactent des éléments faibles d’une partie des actionnaires, tels que Franck Grainville, surnommé Bayard lorsqu’il était chef du réseau Libération-Nord de la Normandie et un des premiers décorés nationaux de la médaille de la Résistance et qui après ses heures de gloire est devenu une épave, ou des boutiquiers comme Pétrel, le grainetier pétri de dettes ou Trimblot le boucher qui rêve d’ouvrir une seconde boutique. Comme refuser cent-cinquante mille francs de 1971 par action alors qu’en 1945 ils n’avaient déboursé que trois cents francs par part. La garde plus ou moins rapprochée de Sternis, mis au courant de ces démarches déloyales veulent faire front. Raoul Clairot, d’abord, qui n’est plus qu’un mort en sursis, lui aussi, ou Max Fortin, ou encore Madeleine Cahour, surnommée Castor lorsqu’elle aussi faisait partie de la Résistance.

Un bras de fer s’engage d’autant que Sternis a toujours déclaré qu’il ne tomberait jamais dans les travers d’un capitalisme à dividendes.

Ce roman, dont l’action se déroule à l’orée des années 1970, ne relate pas le travail de journalisme, mais de cette guerre de tranchées financière, alors que des personnages sulfureux tentaient, et réussissaient, une main mise sur les journaux de province, afin d’agrandi un empire au mépris de l’éthique. Les différents protagonistes sont issus soit des rangs de la Résistance, soit d’anciens collaborateurs plus ou moins blanchis. Et sous couvert de fiction, Philippe Huet met en scène Robert Hersant, sans jamais le nommer, et ses méthodes pour le moins douteuses.

Les conflits larvés, les rivalités et les rancœurs, les jalousies, remontent à la surface. Certains n’ont jamais accepté que Sternis soit le patron du journal, le considérant comme un usurpateur, alors que d’autres pensaient, espéraient pouvoir tenir en main cet organe médiatique. D’autant qu’entre Résistants et collaborateurs, rien n’a jamais été vraiment effacé. Une rétrospective sur un monde à part, le quatrième pouvoir, alors que les quotidiens se vendaient encore bien, n’enregistrant qu’un début de déclin qui ira en croissant. Depuis, bon nombre de titres ont disparu des kiosques, soit par les rachats, les fusions, soit par manque de lecteurs et donc de financement. Un roman, qui se veut également document, vu par l’œil exercé et impitoyable d’un ancien journaliste qui a connu ces bouleversements, ces manœuvres déloyales et délictueuses, qui sonnaient le glas des années bonheur.

La tranquillité provinciale n'est qu'un leurre.

A lire également l'avis de Claude Le Nocher sur son blog : Action-Suspense.

Voir mon portrait de Philippe Huet   et lire également Les démons du Comte ainsi que Le monde selon Hersant.

 

Philippe HUET : Nuit d’encre. Albin Michel. 240 pages. 16,50€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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