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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 07:40

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Sur les hauteurs de Nice, le feu s’en donne à cœur joie. C’est l’été, la canicule. Dans ces conditions, retrouver le corps calciné de Sophie serait presque un événement banal. Mais dans le petit immeuble de Lisianne, cet incident va jouer un rôle prépondérant. Au rez-de-chaussée, vit donc Lisianne, la propriétaire, une femme qui s’habitue mal à sa solitude et ne possède comme dérivatif que son piano, et l’observation de ses voisins. Pourtant elle est mariée avec Baudoin, un dermatologue qui prend de temps à autre des plages de remise en forme dans des cures thermales, et deux fils qui se sont éloignés d’elle après leurs études. Au premier étage, végète Magali, une obsessionnelle de la propreté. Elle traque la poussière comme si sa vie en dépendait. Une fée du logis déguisée en souris, une esclave de la serpillière, et que je te frotte, et que je t’astique, une idée fixe,. Au dessus, Jean-Robert et sa femme Angèle vivotent. Il était garagiste avec son frère Etienne mais son destin a basculé lorsqu’il s’est passionné pour la peinture. Mais qu’est-ce qui l’a poussé, alors qu’il se rendait à une exposition à Paris, à brûler ses toiles dans un champ ? D’autant que le retour de flammes lui a été préjudiciable physiquement. Une partie du visage grillée et depuis il s’empâte, grossit, mangeant comme un goinfre, buvant à longueur de jours de la bière, sortant le soir sans prévenir, laissant le chien pisser sur le paillasson du rez-de-chaussée. Une catastrophe. Il peint toujours, avec pour thème immuable le feu.
Comme d’un écran de fumée surgissent les figures de personnages morts ou vivants, marchant sur les épines de pin et dont le bruit est assourdi par le crissement des cigales. Françoise Laurent les sort de son stylo comme un prestidigitateur dévoile le lapin caché dans le chapeau. Un tour de passe-passe mais ces protagonistes s’imposent peu à peu dans l’esprit du lecteur jusqu’à en devenir une obsession. Pas de grands effets de manche, Françoise Laurent avance à pas feutrés dans son histoire avec la grâce et la légèreté d’une ballerine ou d’un fildefériste au dessus d’un foyer attisé par le mistral et dont les flammèches voltigent sans pour autant atteindre leur proie. Françoise Laurent possède l’art de l’ellipse entraînant son lecteur dans des chemins tortueux avant de le remettre dans la bonne voie, sur des pistes noires, rouges.
Françoise LAURENT : L’hiver continue au fond du magasin. Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. 232 pages. 10€.

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 14:00

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Errant dans la forêt, Guinéa espère retrouver leur père Kantor, Martin se pose de multiples questions quant à l’implication de celui-ci dans ses mésaventures alors qu’à l’origine tous trois étaient venus en Afrique sous le couvert de vacances. Quant à Lina, le jeune Mbuti, elle s’est attachée à Martin, le suivant partout. Martin est en possession de l’os d’Ishango. Cet os renferme des pouvoirs magiques qui tirent Martin de bien des embarras. Comme celui de le protéger lors d’attaques inopinées en formant une barrière invisible. Ils rencontrent la vieille Florilège qui leur propose de se rendre chez Ngoni afin de se restaurer. Mais l’homme ne donne rien sans rien, et Lina lui offre un des cailloux qu’elle garde précieusement dans une petite bourse. Ce caillou est un des bijoux du Kandjaro et lorsque l’homme le frotte il resplendit au soleil.
Pendant ce temps, Constance Hamilton, qui prospecte à la recherche de plantes, accompagne le docteur Cognac, ainsi nommé pour sa propension à ingurgiter quelle que soit l’heure ce breuvage, à la recherche de Khristian. Ils découvrent le corps mal en point de Boris Kantor, le père de Martin. Malgré les réticences du docteur qui considère Kantor comme le directeur de la Continental Corp, la société qui exploite la région riche en or au détriment des Mbutis, une tribu de pygmées, ils l’emmènent à bord de leur véhicule. Constance aperçoit une plante, la Ballentrea Spirofolia, qui peut éventuellement sauver de nombreuses vies et guérir de la maladie d’Alzheimer mais qui procure lorsque l’on respire son feuillage des effets anesthésiants et hypnotiques.
Non loin de là Soro le sorcier tente d’extirper de sa gaine de coton qui ressemble à une immense toile d’araignée, le policier Bassari, le chef des gardiens de la Continental Corp.
Martin, qui a pris le nom de Mbaatakili Kantor en hommage à un roi des Mbutis, est persuadé avoir pour mission de délivrer les pygmées de leurs oppresseurs, les Molosses en l’occurrence les Blancs, et de leur rendre la terre de leurs ancêtres. Car les mineurs mettent au jour non seulement de l’or, creusant des galeries risquant de s’effondrer, mais les os des défunts, violant la terre sacrée des cimetières Mubtis.
Mais une autre mission attend Martin. Un besoin de réparer des torts envers toutes les personnes qui sont mortes, homicidées par sa faute. Et pour cela il doit se rendre en haut du mont de la Lune, à la recherche des Ombres Blanches, les spectres des défunts.
Au-delà des péripéties endurées par Martin, sa sœur Guinéa et la jeune Lina, Delperdange nous démontre les ravages des exploiteurs qui n’hésitent pas à ruiner une région pour arriver à leurs fins. La destruction systématique de la flore, même si elle est rare, le pillage au préjudice de la population existante, au détriment de la culture ancestrale et du respect dû aux morts. Les gardes n’hésitent pas à tirer sur les autochtones lorsque ceux-ci veulent les empêcher de continuer leurs dégâts, tentent de récupérer le territoire dont ils sont spoliés. Il ne s’agit plus d’un banal roman fantastique mais d’un réquisitoire contre les malversations d’une société, d’une multinationale, décidée à s’enrichir quel que soient les moyens employés. Et Constance est confrontée à un dilemme, choisir entre éradiquer une plante afin de permettre de fabriquer un médicament, ou taire la découverte de ce végétal au risque de voir la cohorte de malades s’allonger sans pouvoir espérer une thérapie.
Ce troisième volet des aventures de Martin Kantor peut se lire indépendamment des deux tomes précédents : La nuit des métamorphoses et La voix du marabout, mais il aurait été plus judicieux de proposer un résumé des épisodes précédents car le lecteur qui n’est pas au fait de ce qui c’est déroulé précédemment risque d’être un peu perdu.
Patrick DELPERDANGE : L’armée des ombres blanches. Ishango tome 3. Nathan poche fantastique N°225. Editions Nathan. 224 pages. 6,90€.

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 13:22

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Ce deuxième volume d’Ishango constitue la suite de La Nuit des métamorphoses, paru l’an dernier chez le même éditeur.
Le jeune Martin Kantor peut grâce à un os magique se transformer en guépard le soir venu. Cet os lui a été fournit par un chien, Dalak, et il lui permet de pouvoir s’échapper à ceux qui convoitent ce morceau de squelette d’origine inconnue. Martin a échappé à la vigilance de son père et de ses ennemis en se métamorphosant, en s’enfuyant dans la forêt proche de l’hôtel où il est en résidence, et il recherche son amie Lina, qui est aux mains du sergent Bassari. Bassari émarge à la ContinentalCorps, un organisme qui exploite les ressources naturelles du pays des Mbutis, plus connus sous le nom de Pygmées. Alors qu’il est traqué par Bassari, Martin trouve sur son chemin un oiseau immense, un marabout, qui lui signifie qu’il doit subir trois épreuves. Et s’il réussit Martin pourra chasser les Molosses, les Blancs, du territoire des Mbutis. L’archéologue Constance Hamilton est chargée par le fils de l’un des pontes de l’organisme pour lequel elle travaille, la Fondation Ballmer, de récupérer des plantes qui selon l’envoyé seraient susceptibles de provoquer des avancées significatives dans la recherche sur les neurosciences. S’ensuivent moult aventures et mésaventures qui ponctuent les jours et les nuits de Martin, car les cicatrices sur l’os diminuent très rapidement ce qui est synonyme d’une mort prochaine de l’adolescent. Or il doit mener à bien ses missions. Celle de retrouver Lina, de la sortir des griffes de Bassari, et éventuellement réussir les trois épreuves imposées. Il sera en butte à bien des vicissitudes, trouvera sur son chemin des embûches, rencontrera une bande de morts-vivants, manquera se noyer, retrouvera son père pour le perdre aussitôt, sa sœur, parviendra à échapper à des pièges multiples, mais trouvera en Lina l’amour qui pourrait l’aider dans sa quête. Et toujours en ange gardien qui arrive à point nommé, son ami le chien Dalak et accessoirement le marabout. La jungle est traitresse mais pas autant que les hommes qui y vivent, soit autochtones qui désirent garder leur bout de territoire, soit ceux qui souhaitent s’emparer des richesses contenues dans le sol.
Dans cet univers fantastique imaginé par Patrick Delperdange, chaque chapitre recèle un événement tragique, un retournement de situation, un espoir qui peut être annihilé dans le chapitre suivant, ce qui procure une intensité de lecture à laquelle même un adulte ne peut échapper. Et sous l’intrigue se cachent quelques idées écologiques, issues d’un bon sens que tout un chacun devrait respecter mais que les financiers, les profiteurs bafouent sans vergogne. Ainsi la Ballentrea Spirofolia, cette plante rare utilisée depuis des siècles par les Pygmées pour soigner certaines maladies, convoitée par des laboratoires pharmaceutiques uniquement dans le but de retombées financières importantes représente l’exemple de l’agriculture intensive et de l’exploitation des végétaux, quel que soit leur origine, cultivés à base d’engrais fournis à outrance dans un climat et des sols qui ne sont pas adaptés pour leur culture. Et c’est ainsi que l’on arrive à une uniformisation de l’agronomie, le maïs, le tournesol, et autres denrées étant exploitées partout en dépit du bon sens et dont le rendement est provoqué par des produits chimiques et des transformations génétiques. Ce n’est pas le seul exemple car la population autochtone elle aussi est en danger. « Mais les Pygmées, qui donc s’en préoccupait ? Ils auraient dû disparaitre depuis des siècles. Ils étaient inutiles, ils refusaient de travailler dans les mines, ils n’acceptaient pas de s’en aller gentiment pour aller habiter dans les camps qu’on leur avait construits ». C’est ce que pense l’un des protagonistes de cette histoire, mais dans la vie réelle, cette pratique est mise en œuvre, insidieusement, toujours dans le cadre d’un mercantilisme forcené. Le profit au service d’une poignée d’individus au détriment d’une majorité de pauvres hères sans défense.
Patrick DELPERDANGE : La voix du marabout (Ishango 2). Nathan Poche Fantastique n° 216. Editions Nathan.

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 13:18

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Quelque part dans un pays indéterminé de l’Afrique Noire. Martin, qui est resté seul en l’hôtel des Savanes, est inquiet. Sa sœur Guinéa, âgée d’une dizaine d’années, est partie en début de matinée en exploration en compagnie du géant Sangou. Puis son père, Boris Kantor, a quitté l’hôtel trois heures plus tôt afin de la retrouver. Mais le temps passe et Martin s’impatiente. D’autant que trois hommes qui se prétendent des policiers veulent parler à son père. Martin évite de se faire remarquer tandis qu’une archéologue, Constance Hamilton, leur signale l’absence de Boris Kantor. Dépités les policiers repartent en trombe à bord de leur véhicule, et Martin suit la jeune femme qui lui recommande de rester à l’hôtel. En effet il est interdit de se promener hors des zones protégées. Martin n’en a cure et part sur les traces de Constance, ignorant le danger qui pourtant rôde. D’ailleurs il se sent comme épié mais n’arrive pas distinguer quoi que ce soit parmi les épais fourrés. Il s’enfonce dans la forêt suivant imperturbablement Constance et l’aventure commence, ponctuée d’étranges événements.

Un chien surgi de nulle part lui remet un os sur lequel sont gravées d’étranges signes. Les policiers sont à ses trousses et grâce à cet os doté de pouvoirs magiques Martin se transforme en léopard, ce qui lui permet d’échapper à ses poursuivants. Ce n’est que le début de ses aventures auxquelles il est confronté et dont il échappe par miracle, ou par magie grâce à cette relique nommée l’Os d’Ishango et à une adolescente nommée Lina, une autochtone et Dalk le chien qui survient toujours au moment propice. Il sera entraîné dans la nuit des spectres, rencontrera des pygmées, alors que théoriquement plus aucun être humain ne vit dans la région et connaîtra bien des avatars. Ces pygmées qui ont surnommé les occupants les Molosses sont des survivants ou des réfractaires qui vivent tant bien que mal, malgré les hommes de la ContinentalCorp qui traquent tous ceux qui pourraient empêcher cette société de mener à bien ses recherches.
Au-delà de cette histoire fantastique, et magique, Patrick Delperdange dénonce les agissements néfastes de sociétés qui ne pensent qu’à engranger les profits financiers au détriment des populations locales et de la faune et la flore d’un pays qu’elles investissent aidées d’une force armée. Des hommes et des femmes se trouvent embringuées dans ces procédés en toute innocence, couverts par de soi-disant organisations humanitaires ou scientifiques qui emploient des personnes qui ne voient pas le mal déployé sous leurs yeux, telle l’archéologue Constance qui déclare : Je m’en fous du fric, je suis une scientifique. Une naïve sans aucun doute, mais combien sont dans son cas, et se laissent berner par de grandes déclarations théoriques alors que la réalité est tout autre.
Premier volet d’une série, La nuit des métamorphoses, joue dans le fantastique et la magie, et s’il est conseillé aux jeunes lecteurs à partir de douze ans, rien n’indique que les adultes ne peuvent pas prendre plaisir à le lire.

Patrick DELPERDANGE : La nuit des métamorphoses (Ishango 1). Collection Nathan Poche N°198. Editions Nathan.

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 10:42

sorgues

Cette manifestation est la plus ancienne concernant la littérature policière en France

Vous pouvez retrouver les chroniques de deux ouvrages de Rober MARTIN : Les ombres du souvenir et Jusqu'à ce que mort s'ensuive.

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Published by Oncle Paul - dans Infos
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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 10:36

mort-s-ensuive.JPGCeux qui connaissent l’œuvre de Roger Martin retrouveront ses préoccupations dans la lutte contre la discrimination, la ségrégation, le fascisme d’hier et d’aujourd’hui, démontrant, même si on le sait déjà, que sous une soit disant démocratie, des pans entiers de l’Histoire sont soigneusement enfouis dans des archives classées secret défense et que les exhumer serait porter atteinte à une image trop belle, trop idyllique. Ceux qui ne l’ont pas encore lu découvriront un humaniste qui s’emploie à révéler des événements pas toujours reluisants de l’histoire des Etats-Unis. Et pourtant comme aime à le marteler un des protagonistes de ce roman les Etats-Unis sont le « pays le plus démocratique au monde ». Un autre balaie d’un revers de manche la question de la ségrégation et du racisme actuellement, arguant que « l’époque des troupes séparées, où les Noirs ne pouvaient être incorporés qu’au sein d’unités non combattantes, où le racisme régnait dans les camps et sur les bases militaires, est définitivement révolu. Aujourd’hui, l’armée américaine est considérée comme le corps d’Etat où l’intégration est la plus réussie. Colin Powell, t’as entendu parler ? ». C’est avouer implicitement que cela existait auparavant ? Implicitement oui, mais du bout des lèvres et ce genre de déclaration n’est pas destiné à tous, sauf pour se glorifier et user de démagogie qui ne convainc pas grand monde.


Douglas Bradley a été élevé dans un cocon entre un père strict et une mère effacée entièrement dévouée aux décisions de son mari. William Bradley est directeur des ventes chez Coca Cola à Atlanta, le site historique de la marque, une sacrée promotion pour un homme d’origine noire. Douglas pourrait creuser son trou s’il le souhaite. D’ailleurs l’été il sert de guide auprès des visiteurs, un pied dans l’entreprise en quelque sorte. Mais il a une autre idée en tête : s’engager dans l’armée de l’air. Il a établi un dossier en béton, études universitaires brillantes et diplômes à l’appui. Seulement ses espérances sont balayées d’un trait de plume lorsqu’il reçoit un courrier annonçant un refus catégorique de la part des instances militaires. Il ne peut intégrer l’élite car son grand-père Robert Bradley a été pendu en terre normande, le 14 août 1944, pour une affaire de viol. Il tombe de haut. Son père l’avait emmené sur une tombe en Floride alors qu’il n’était qu’un gamin, et il se sent trompé, trahi. Un de ses professeurs lui conseille d’effectuer des recherches via un détective. Il tombe des nues. Non seulement son grand-père a bien été pendu, mais sa grand-mère vit toujours près de Tallahassee, et il a une tante, la sœur de son père, une cousine, une belle-sœur dont le mari, Jason son cousin, est décédé dans un engament de l’armée en Irak. Il décide alors de rencontrer cette famille qu’il se découvre et dont son père lui a toujours tu l’existence. Son père, bien installé socialement, est raciste, ne considérant ses frères de couleur que comme des êtres inférieurs. Aussi lorsque Douglas arrive à Havana près de Tallahassee, en Floride, il regarde d’un air supérieur les Noirs, lui qui appartient à une caste supérieure. Mais il va devoir réviser ses jugements. Sa grand-mère est mourante à l’hôpital. Il est reçu à bras ouverts par cette famille pauvre et accueillante. Rosa lui confie des documents importants concernant son grand-père. Des documents qui l’amènent à se poser de nombreuses questions et à effectuer des recherches. Personne ne croit à la thèse officielle du viol. Ses recherches l’entraînent à Pittsburg où il rencontre un ancien aumônier qui lui donne un carnet écrit son grand-père peu avant sa mort par pendaison. Regrettant de ne pas avoir enregistré leur conversation, il retourne le lendemain sur place, mais le vieux curé est décédé. Muni de quelques renseignements, Douglas décide de couper les ponts avec son père, provisoirement pense-t-il, et possédant quelques fonds provenant de ses travaux estivaux, il s’envole pour la France. Le Havre et ses environs, le cimetière américain de Fère en Tardenois dans l’Aisne, puis jusque dans les Ardennes belges. Mais cette remontée du temps est contrôlée par deux hommes attachés à la D.I.A., la Defense Intelligence Agency. Et afin de déterrer la vérité, il lui faudra faire preuve de courage, d’initiatives, d’une certaine dose aussi de naïveté pour contrer les attaques dont il est l’objet et déjouer les poursuites.


Ce roman est aussi une sorte de document sur la déségrégation amorcée, sur la campagne d’Espagne avec les deux divisions américaines non officielles qui comportaient aussi bien Blancs et Noirs côte à côte, sur les agissements de la Croix Rouge refusant les dons du sang des Noirs. C’est un réquisitoire envers l’armée américaine qui justifie le surnom donné en France à l’armée de Grande Muette, dénonçant le combat récurrent contre les communistes ou supposés tels, l’ostracisme permanent qui sévit toujours car malgré les interdictions le K.K.K. est toujours bien vivant. On notera au passage le clin d’œil de Roger Martin à des auteurs français comme Noël Simsolo, écrivain, cinéaste et critique, Gilles Morris connu également sous le nom de Gilles Maurice Dumoulin, romancier qui fut tout jeune télégraphiste au camp Phillip Morris au Havre, ou encore Patrick Giovine, membre éminent de l’association Les Amis de San Antonio et qui a écrit quelques romans. Les figures de John Berry, l’acteur et le réalisateur, de Myriam Boyer, l’actrice et comédienne française qui fut durant vingt cinq ans sa compagne, Robert Finnegan et quelques autres parsèment ce roman. Un ouvrage à lire afin de mieux comprendre les dessous pas vraiment glorieux d’une institution militaire qui se targue d’être le défenseur de la démocratie et de la liberté dans le monde.
Roger MARTIN : Jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le Cherche-midi éditeur. 18€

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 10:17

Près de vingt ans passés dans une geôle de la prison pour femme de Rennes, et pour un crime qu’elle n’a pas commis, n’ont pas entamé la soif de justice d’Héléna Rénal, ni sa combativité. Elle est meurtrie bien sûr, mais elle n’abdique pas. Au contraire, elle crée une agenceombres-souvenir.GIF destinée à aider ceux qui sont victimes, condamnées mais innocentes. L’Agence du dernier recours a pour but de pallier les défaillances policières, cherchant et apportant les preuves d’erreurs judiciaires. Et en cinq ans, elle a réussi à huit reprises à soulager la peine de familles éplorées au grand dam et à l’exaspération du commissaire Benoiste qui n’apprécie guère ses intrusions. Elle s’est installée à Avignon et c’est là qu’une ancienne codétenue, Jessica, qui l’avait aidée durant ses années de détention lui rend visite afin qu’elle enquête sur le décès suspect d’une prisonnière qu’elles ont toutes deux côtoyée durant leur séjour en tôle. Brigitte Schmitt serait morte étouffée durant la nuit mais personne ne s’est vraiment alarmé, rien de suspect n’ayant été décelé dans cette mort, et Brigitte étant sujette à des crises d’angoisse. Jessica ne se serait pas inquiétée outre mesure sachant que Brigitte était légèrement mythomane, mais deux de ses frères, purgeant eux aussi une peine de prison, sont décédés dans des conditions pas très catholiques.

Trois membres de la même famille décédant dans des conditions étranges en moins de quatre ans, cela seul suffit à Héléna pour se pencher sur ce dossier qui va vite sentir le souffre. Grâce à Serge Guérin journaliste en retraite mais qui a su garder de bons contacts, le père Schmitt est rapidement localisé. Il vit en caravane non loin d’Avignon, boit outre mesure, violente et terrorise sa compagne, n’osant pas toucher la jeune fille qui vit avec eux. Héléna arrive à apprivoiser les deux souffre-douleur et grâce à leur complicité peut avoir accès à un album photo qu’elle s’empresse de numériser. Elle tâtonne, mais elle tique devant une des photos représentant l’homme avec en arrière plan un château probablement restauré. Ses recherches aboutissent à Clergeac en Lozère et elle décide d’entrer nuitamment dans le parc en passant par une brèche. Sa retraite est plutôt mouvementée, un comité d’accueil lui réservant une désagréable surprise. Des chiens et des hommes l’attendent et elle ne sait ce qu’elle serait devenue sans le renfort providentiel d’un homme qui prend les assaillants à revers.
Le lieutenant de gendarmerie David El Khaïdi est lui-même sur place car le cadavre d’un jeune homme a été découvert dans une réserve où vivent des loups. Or les premières constatations révèlent des traces indiquant que le mort n’est pas parvenu de son plein gré dans l’enclos mais y a été bousculé. Héléna et le gendarme vont unir leurs forces, leurs compétences, leur relations, leur énergie afin de non seulement démontrer le meurtre mais que celui-ci est lié au château. Cette propriété bien connue dans la région et qui abrite un centre de réinsertion pour adolescents en difficulté, principalement des drogués, et avec des résultats probants selon le Colonel qui dirige ce centre, bénéficie de protections haut placées. Ce qui n’a pas empêché trois anciens pensionnaires de décéder et leurs proches ont tenté d’intenter une action en justice. Les dossiers ont rapidement été mis sous l’éteignoir. Mais ce qu’ils vont découvrir, à force de pugnacité, sent le souffre.
Ce roman, qui parfois frise la biographie, est comme un devoir de mémoire, empruntant à des événements qui se sont déroulés quelques décennies auparavant, mais ancré dans un contexte actuel. La résurgence et la présence, de plus en plus flagrantes, de l’extrême-droite, d’éléments fascistes, par actes et par paroles, grâce à des encouragements démagogiques déguisés, sont minimisées, pourtant les faits parlent d’eux-mêmes. Certains pourront penser qu’il s’agit d’une fiction grossière, d’affabulation, mais Roger Martin n’écrit rien à la légère. Fortement documenté, il mélange allègrement personnages réels et fictifs dans une histoire charpentée et pas écrite dans le sens du poil. Fidèle à ses engagements, il ne peut feindre, comme certains hommes politiques, et laisse éclater son courroux parfois avec virulence mais toujours avec justesse. Fidèle à ses amitiés, il sait placer au bon moment des noms comme Joseph Kubasiak, ou des auteurs ou artistes engagés comme Jack London, Jean Ferrat, et bien d’autres. Un excellent roman qui devrait faire réfléchir.
Roger MARTIN : Les ombres du souvenir. Le Cherche Midi éditeur. 17€.

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 16:40

bayard.jpgPierre de Terrail, chevalier Bayard, est l’un des héros de l’Histoire de France qui a fait rêver les jeunes têtes blondes et les autres. Souvenez-vous, le célèbre chevalier Sans peur et sans reproche surnommé ainsi pour ses exploits en Italie notamment au pont du Garigliano. Des faits d’arme qui avaient le don de réveiller des élèves somnolents après un déjeuner pas forcément copieux mais souvent indigeste pris en commun à la cantine scolaire. Mais avant cela, en 1494, le roi Charles VIII est encerclé à Fornoue par une coalition d’Italiens et d’Espagnols, et il ne doit la vie sauve qu’à une poignée de chevaliers emmenés par Bayard lequel n’a que dix-huit ans. Et si Bayard est à Amboise c’est sur l’impulsion du Chambellan Philippes de Commynes, grand diplomate, parfois en disgrâce mais qui sait rebondir sur ses pieds.


Ce jour du début d’avril 1498, se déroule en la cour du château d’Amboise, un grand tournoi de jeu de paume. Le comte de Lusignan, l’un des favoris, vient de se faire battre par un jeune chevalier inconnu, Pierre de Terrail dit Chevalier Bayard, devant les yeux ébaubis de damoiselle Héloïse Sanglar, la fille de l’apothicaire. Une belle jeunesse affligée d’un pied bot. Bayard hérite d’un trophée qui l’embarrasse, fort peu habitué aux honneurs. Il fait don de la cocarde qui lui échoit à cette fort mignonne personne qui n’a d’yeux que pour lui. Le lendemain, il va se confronter à Giacommo Nutti, vainqueur du duc de Nemours, donné pourtant comme favori. Giacommo Nutti est envoyé spécial du duc de Sforza, lequel aimerait s’allier au roi de France pour combattre ses ennemis. Mais ceci est une autre histoire que l’on peut découvrir au travers du roman de Mario Puzo : le sang des Borgia.
La confrontation opposant Lusignan à Bayard a eu pour spectateurs Charles VIII ainsi que son épouse Anne de Bretagne et son conseiller Commynes qui conversent en le cabinet de travail du monarque. Anne de Bretagne et Commynes quittent le roi, empruntant pour se faire, un goulet menant aux escaliers descendants. Or ce couloir est plongé dans une pénombre qui va s’avérer funeste. A un moment Commynes trébuche et afin de garder l’équilibre s’accroche à la croix pectorale de la reine, croix qui choit à terre. Il se baisse afin de récupérer en tâtonnant le bijou et enfin ils peuvent joindre l’escalier. A ce moment ils entendent un grand cri. Stupeur les gagne et ils retournent sur leurs pas après un moment d’indécision. Le roi gît là où ils se tenaient peu avant à la recherche de la croix. Nul doute que le front d’icelui a percuté violemment une poutre provoquant sa chute et son évanouissement. Anne appelle les gardes et de retour sur le lieu de l’accident elle apprend qu’elle est devenue veuve.


Un conseil est prévu afin de désigner le nouveau roi, car Charles VIII n’avait pas de descendant et Anne ne peut prétendre à régner. Le seul successeur de la proche parentèle ne peut être que le duc d’Orléans, mais pour cela, il faut qu’il obtienne l’aval du conseil, ce qui n’est pas encore acquis. A la sortie du conseil, Commynes est abordé par Bayard lequel lui révèle en catimini que le roi a été assassiné. Le conseiller ne peut que se rendre à l’avis du chevalier, lequel démontre que la petitesse du roi, petitesse physique s’entend, était incompatible avec la hauteur du couloir et de la poutre. Une réflexion qui sera confortée peu après lorsque le médecin requis constate que dans la plaie qui a peu saigné une écharde est fichée. Or nul morceau de bois est présent dans les parages.


En aucun cas cet accident ou meurtre ne peut être divulgué et annonce est faite que le roi est malade. Plus tard le décès sera déclaré consécutif à maladie foudroyante. La finale du tournoi de tenetz, autre nom du jeu de paume et ancêtre du tennis actuel, doit se dérouler dans des conditions normales. Nutti et Bayard s’affrontent dans la lice et première balle est lancée par l’envoyé milanais. Bayard reçoit en plein front l’esteuf mais sa solide constitution lui permet de se remettre rapidement sur pieds. En observant cet esteuf il constate que celui-ci n’est pas réglementaire mais contient des pierres et de la ferraille, ce qui formellement prohibé. Bayard gagne ce tournoi, ce qui augure de bons auspices sous les yeux énamourés de la belle Héloïse. Toutefois le décès du roi est problème qui trottine dans son cerveau meurtri. Il scrute avec attention le couloir fatal, cherchant à découvrir un passage secret, en vain. Sur les conseils de Commynes il se rend dans la bibliothèque du manoir du Clos Lucé, la résidence d’été de la reine nommé aussi manoir du Cloux, situé à quelques cinq cents verges (ou trois cents toises si l’appellation verge ne vous agrée pas) de la demeure royale.


Bayard se fiant à la sapience du conseiller se rend donc nuitamment en la bibliothèque royale afin de compulser les archives consacrées à la construction et aux aménagements du castel et plus particulièrement à l’étage où s’est déroulé le drame. Il ne trouve rien de spécial mais, alors qu’il a terminé son inspection, un inconnu lui cherche noise. Bayard est un valeureux bretteur et il parvient à échapper à son agresseur tout en remarquant que celui-ci est affligé d’une marque au cou, un angiome disgracieux. Il s’agit du Defeurreur, assassin appointé dont l’identité de l’employeur reste à découvrir.


C’est le début des ennuis pour Bayard et pour sa belle ainsi que pour le père d’icelle. Traquenards, tortures, envoûtements et autres guet-apens ponctuent cette aventure qui n’est bien évidemment qu’une fiction, issue d’une supposition, d’une hypothèse qui se veut imaginaire mais somme toute plausible, comme le signifie Eric Fouassier dans sa note historique. La reconstitution de l’époque est plaisante et l’emploi de mots désuets, obsolètes, fort bien venu. Il ne s’agit pas d’un récit didactique sur cette période qui s’inscrit entre la fin languissante du Moyen-âge et les débuts timides de la Renaissance. Le lecteur assiste en spectateur à un tournant de l’histoire, un incident de parcours qui comme bien d’autres possède son mystère et que les chroniqueurs de l’époque ne pouvaient relater, soit parce qu’ils n’étaient pas témoins, soit parce que ceux qui étaient présents ne pouvaient narrer la vérité par diplomatie ou confrontés au devoir de réserve. Ce roman est le quatrième d’Eric Fouassier publié aux éditions Pascal Galodé et à chaque fois l’auteur nous présente une nouvelle facette de son talent.
A lire également Rien qu’une belle perdue.
Eric FOUASSIER : Bayard et le crime d’Amboise. Pascal Galodé éditeurs. 320 pages. 23,90€.

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 13:15

L’effet papillon ou comment un banal vol de scooter dégénère et amène desbelle-perdue.jpg pompiers à découvrir un corps à moitié putréfié dans le coffre d’une voiture. Deux adolescents qui chipent un scooter sont poursuivis par des policiers. L’accident est inévitable et les deux gamins décèdent dans la chute de leur engin. Issus d’un quartier défavorisé de Strasbourg, ils deviennent des icones de la cité du Neuhof, une marche silencieuse est immédiatement organisée, et le soir les dégradations commencent et des voitures sont incendiées. Des immeubles délabrés sont également incendiés dans le quartier de la Croix-Fleurie pourtant situé à trois kilomètres du cœur de l’échauffourée. Les pompiers arrivés rapidement sur place découvrent dans les sous-sols, au milieu de carcasses abandonnées, le corps d’un homme dans le coffre d’une voiture et dont la mort n’est pas la conséquence de l’incendie.
Le commandant Gaspard Cloux, dont le lecteur a pu faire la connaissance dans Morts thématiques, a préféré demander sa mutation de Paris à Strasbourg, sa ville d’origine. Son supérieur, le commissaire Bersateguy, et ses collègues n’ont pas vu d’un bon œil cette arrivée précédée d’une auréole suite à la résolution en fanfare de son enquête parisienne. Pourquoi partir de Paris, et de la prestigieuse police criminelle de la capitale pour venir s’enterrer en province ? Seule la jolie métisse Alizée, qui est aussi un peu la risée de la compagnie, l’a accepté sans arrière-pensée de jalousie. Gaspard Cloux est donc en charge de l’affaire, et Bersateguy lui enjoint de prendre pour équipiers Alizée et Kowalske, un policier chevronné. Plus tard un autre lieutenant lui est adjoint, Stüdinger, un jeunot. Mais avec la consigne stricte de ne pas jouer les redresseurs de tort genre Lucky Luke et surtout ne pas interférer dans la vie politique.
L’homme est identifié car il était fiché à cause d’une affaire de drogue, mais apparemment depuis il s’était racheté une conduite, selon sa femme déboussolée. Elle avait signalée sa disparition à son commissariat de quartier, car tout en étant un habitué des fugues conjugales, il était toujours revenu au foyer au bout de quelques jours. L’homme, Chris Fargette, était un pianiste de bar, et les bonnes fortunes ne manquaient pas. Un second cadavre est découvert, celui d’une jeune femme dont les articulations ont été broyées. Elle avait connu son heure de gloire sous le nom de Kim Darling, en étant la vedette de films pornos, mais depuis un certain temps son aura avait pali, ne tournant plus que dans de petits films réalisés à la va vite. Or, depuis six mois, Chris et Kim Darling vivaient une liaison amoureuse. Et ces deux morts semblaient plus ou moins liés, tant pis pour les conseils et mises en garde de Bersateguy, avec Walberg, un conseiller municipal dont la carrière politique devrait, si l’on en croit les médias, trouver un aboutissement avec un fauteuil de député et peut-être plus.
La cause du retour de Gaspard Cloux à Strasbourg réside en son amour pour sa fille Estelle qui reste son seul lien familial depuis que sa femme Clara est décédée cinq ans auparavant dans un accident de la circulation, accident dont il se sent responsable. Estelle a été en partie élevée par ses beaux-parents, mais Gaspard Cloux a décidé de prendre en charge sa fille, d’être le plus souvent auprès d’elle. Seulement son travail même à Strasbourg lui prend énormément de temps et souvent il requiert les services de la gardienne de son immeuble pour le suppléer. Estelle tombe malade au moment où justement lui échoit cette enquête délicate et grâce à sa concierge il recrute une garde d’enfant. Quelle n’est pas sa surprise de voir se présenter pour ce poste une ancienne condisciple qu’il a fréquentée durant quatre ans jusqu’à la fin de leurs études. Florence, la belle Florence, qui était partie aux Etats-Unis. Entre les deux étudiants une réelle complicité existait, qui aurait pu aller plus loin si lui avait osé, si elle l’avait encouragé.
Rien qu’une belle perdue est une histoire policière intimiste, à double détente. Une enquête, que l’on pourrait qualifier de banale, toutes proportions gardées, dont les prolongements politiques comme souvent sont plus prégnants qu’il y parait de prime abord, quoique l’incendie des immeubles délabrés du quartier de la Croix-Fleurie semble opportune, une enquête donc qui nous ramène aux fondements mêmes du roman noir, tel qu’il a été exploité par des maîtres comme Dashiell Hammett et Raymond Chandler. Mais le côté intime de la vie Gaspard Cloux dont le portrait de sa femme décédée est placé en évidence, un père qui doit apprivoiser sa fille Estelle, les retrouvailles avec un ancien amour non avoué de jeunesse, composent la chair du roman, tandis que l’enquête policière en forme le squelette. Et la chair et les os sont bien évidement indissociables. Un troisième opus d’Eric Fouassier aux éditions Pascal Galodé, le deuxième possédant pour personnage central Gaspard Cloux, mais à chaque fois un univers et une sensibilité différents.
Paul Maugendre.
Citations :
Pas vraiment attiré par la lecture, j’ai tenté, dans les premiers temps, de me distraire pas écran interposé, mais j’ai fini par renoncer. J’avais l’impression de m’abrutir à force de regarder des émissions de télé-réalité plus affligeantes les unes que les autres et des séries américaines où l’on cherche à vous persuader qu’une enquête policière se résout uniquement à grands renforts d’expertises, comme un problème scientifique.
Sa blondeur et ses traits juvéniles contribuaient à donner l’illusion qu’on aurait pu lui tirer du lait rien qu’en lui pressant le nez. Seule sa propension à être affligé en permanence d’un méchant rhume empêchait de vérifier le bien-fondé de cette première impression.
Ma chère mère disait qu’une bague au doigt est une baguette de fée qui fonctionne à rebours. Vous vous endormez le soir dans les bras du prince charmant et vous vous réveillez au côté d’un vilain crapaud.

Eric FOUASSIER : Rien qu’une belle perdue. Pascal Galodé éditeurs. 369 pages. 20€.

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 17:29

empoisonneurs.jpgDe tout temps, le poison fut l’arme criminelle la plus usitée dans toutes les couches de la société. Et les motifs pour l’employer ne manquent pas. La jalousie, la haine, l’orgueil, la cupidité, la luxure, la passion, la vengeance, l’envie, la concupiscence… Si le plus souvent cette arme fatale est considérée comme un argument féminin, les hommes n’ont pas eu de scrupules à s’en servir. Et puis avouons-le, le poison, contrairement à l’arme à feu, l’arme blanche et l’objet contondant, dont l’emploi ne se traduit que par violence, brutalité, immédiateté, le poison relève de « l’art scénique ! ».
Le trio magique et tragicomique du vaudeville, cher à nos boulevardiers, est la composante principale des histoires que nous narre Serge Janouin-Benanti, lequel s’appuie sur des faits réels qui se sont déroulés au cours du XIXème et début XXème siècle dans ce que l’on pourrait appeler la France profonde, et même en Belgique. Trio du mari, de la femme et de la maitresse ou de l’amant. La femme délaissée par son mari et qui espère trouver auprès d’une âme masculine charitable la jouissance charnelle dont elle est dépourvue est un personnage plus fréquent que l’on pourrait croire. Malgré les idées reçues selon lesquelles les femmes sont fidèles, n’attachent aucune envie à l’amour physique, et que les hommes sont volages, butinant plus facilement comme les abeilles à gauche, à droite, sans que cela soit répréhensible. Prenons un exemple significatif qui pourrait être amusant si la mort n’en était pas la résultante tragique.
Dans Mais je n’ai rien fait, moi ! le protagoniste principal est un prêtre de province. Son prédécesseur, possédant la réputation de chaud lapin, a été muté dans une autre paroisse, et le docteur du village le met en garde. Le médicastre avait reçu des lettres anonymes mettant en cause sa femme et deux de ses amies, l’informant qu’il était cocu. Il ne veut pas croire en son infortune, d’ailleurs pour réfréner les ardeurs supposées de son épouse, il l’honore deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche. Il est bien conscient que la femme de trente ans qui s’ennuie est bien la pire des tentations que peut croiser un homme dans sa vie de pécheur. Un peu naïf le brave docteur qui court par monts et par vaux, sa sacoche à la main, soignant ses malades. Quant au curé il subit les assauts de l’épouse en manque et n’y résiste guère. Mais sa bonne, que rien ne gratouille, que rien ne chatouille, est une fouineuse, une bavarde, et ne trouve rien mieux que s’adonner au chantage lorsque son employeur de curé veut la renvoyer dans ses foyers. Evidemment, où serait le charme sinon, homicide est perpétré, mais ce n’est pas forcément le coupable qui est arrêté.
Dans Les gâteaux empoisonnés de Tarbes, le défunt n’était pas la cible désignée. Auguste Borromée est employé à la Poste de Tarbes, il travaille de nuit et sa besogne, qu’il partage avec deux autres collègues, lui laisse un peu de temps libre. Il est curieux et gourmand. Aussi en déballant un paquet qui l’intrigue il découvre de petits gâteaux tarbais fabriqués par la pâtisserie la plus cotée de la ville. Malgré le nombre restreint de douceurs, il ne peut s’empêcher d’en dérober une qu’il partage avec ses compagnons, en s’octroyant le plus gros morceau et la cerise qui orne le dessus. Une désillusion pour les trois hommes pour qui la réputation de la pâtisserie est surfaite. Les gâteaux sont amers et ils ressentent peu après des douleurs.
Mon bon droit met en scène un jeune homme qui désire ardemment devenir pharmacien. Il est employé dans une officine, mais le potard n’apprécie pas son travail. Il ne manque pas de le rabaisser devant les autres apprentis, et de plus il lui reproche un manque dans la caisse de 75 centimes. Il ne l’accuse pas ouvertement de vol, mais de négligence surtout. Pourtantempoisonneurs Fernand Leborre est persuadé que s’il apprenait le métier d’apothicaire chez un autre patron, son avenir serait tout tracé. Il ne se rend pas compte qu’en réalité il n’est qu’un mégalomane, un peu niais, maladroit, ayant de grosses difficultés pour étudier. Pourtant il est persuadé qu’il est un chimiste de renom en devenir.
Au travers de ces trois histoires, vous pouvez vous faire une opinion de la richesse des chroniques que nous délivre Serge Janouin-Benanti dont il s’est fait spécialité. Des histoires qui nous entraînent dans un univers peut-être désuet, car aujourd’hui la violence et les meurtres sont plus l’apanage de truands ou de personnes qui utilisent volontiers des méthodes plus radicales et rapides même si parfois l’empoisonnement défraie la chronique. L’auteur explore la psychologie des personnages et privilégie les descriptions des mœurs dans une époque qui ne bénéficiait pas des avancées technologiques et scientifiques que nous possédons actuellement. De plus ce genre d’ouvrage est un puits sans fond duquel les auteurs de romans policiers peuvent haler à satiété des idées à développer.

Serge JANOUIN-BENANTI : Les empoisonneurs. 13 affaires criminelles. Editions du bout de la rue. 302 pages. 20€.

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