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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 14:46

requiem.gifLa Seconde Guerre Mondiale fourmille d’épisodes sanglants, largement narrés dans les manuels d’histoire, les récits dus à des historiens consciencieux ou dans les revues consacrées à cette période, les témoignages et les biographies d’auteurs célèbres ou non. Des romanciers aussi se sont attelés à faire revivre ces péripéties violentes, parfois dans des collections populaires dédiées aux faits de guerre imaginaires mais empruntant à la réalité. Les collections Feu du Fleuve Noir, Baroud de l’Arabesque, et Gerfaut Guerre par exemple. Mais souvent c’étaient les batailles, les combats, les engagements entre deux fractions, les mêlées furieuses entre combattants, qui primaient, le spectaculaire prévalant sur les petites touches d’humanisme qui parfois pouvaient étreindre des blessés gisant entre deux camps.


Renée Bonneau a choisi une autre démarche pour construire son roman-récit. Comme un huis-clos dans l’abbaye cistercienne de Casamari, située non loin de Monte Cassino où s’affrontèrent durant quelques mois, de janvier à mai 1944 exactement, l’armée allemande et la coalition anglo-américaine, puis les armées françaises et polonaises. Le monastère de Monte Cassino fut une cible privilégiée des assaillants visant à déloger les soldats allemands qui étaient supposés s’être réfugiés dans l’abbaye. Ce qui était une erreur de tactique et des suppositions non fondées et lorsqu’il ne resta plus que des ruines, les décombres servirent de positions privilégiées aux tireurs allemands pour contrer l’offensive alliée. Les morts et les blessés des deux camps furent légion.


C’est dans l’abbaye cistercienne de Casamari, proche des lieux des combats meurtriers que des soldats allemands furent soignés, durant quelques semaines, attendant une improbable ambulance, des médicaments, le rapatriement.


Le père Mattéo prend sous son aile un jeune soldat autrichien sérieusement blessé à l’épaule et au ventre, parmi la quinzaine de patients qui attendent d’être rétablis. Certains se guérissent plus ou moins bien, d’autres s’arrangent avec leur handicap, s’adaptent avec leurs infirmités, perte de la vue ou de la mobilité. Les moines prélèvent dans leur jardin des simples afin d’atténuer les souffrances, la morphine dont ils disposent étant restreinte. Le père Mattéo est un interlocuteur privilégié, son père ayant été employé auprès de riches Allemands installés en Italie et auprès desquel il a appris la langue. Il peut communiquer avec les patients et particulièrement avec Franz son jeune protégé. Il s’aperçoit que dans son sommeil celui-ci tapote des doigts, comme s’il scandait la mesure. Franz a étudié la musique, pratiquant le violoncelle, et pour lui faire oublier la douleur qui le ronge, un des moines qui fut dans une autre vie concertiste, interprète à l’orgue des œuvres de Schubert ou Bach. Ils échangent leurs souvenirs, évoquent un possible retour à la vie civile, leurs espérances, tandis qu’en dehors du couvent les affrontements continuent. Les soldats de la Wehrmacht se replient, suivis par les SS aidés par les fascistes italiens, ne laissant derrière eux que désolations et représailles. Les Partigiani, les résistants italiens les talonnent malgré les carnages effectués auprès des civils.


Ponctuées par les cris des blessés dont la souffrance ne peut être jugulée, les journées défilent entre compassion, fraternité, dignité et mensonges pieux. La guerre semble s’être arrêtée aux portes du couvent, mais ce n’est qu’un leurre et les soldats ainsi que les civils continuent à être décimés. Pourtant c’est bien l’humanisme qui prévaut dans cette petite communauté et Renée Bonneau décrit ces longues journées sans prosélytisme, sans effets spéciaux, sans voyeurisme, mais avec émotion. Un récit-roman qui dévoile un épisode douloureux de la guerre, un épisode qui se dresse comme un perce-neige dans la froidure de l’hiver, fragile mais annonciateur de beaux jours.

Renée BONNEAU : Requiem pour un jeune soldat. Editions Nouveau Monde. 176 pages. 15,90€.

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 13:08

Le titre à lui seul est énigmatique. La solution nous est révélée dans lebistanclaques.jpg prologue. Il s’agit du surnom donné par les canuts à une machine à tisser au XIXème siècle, à cause des sons, bis – tan – clac, émis par la machine lors des trois étapes consistant à former la trame du tissu. Et c’est dans un atelier de la Croix-Rousse, en cette année 1920 à Lyon, qu’une vieille ouvrière, qui préfère travailler de nuit ou de bon matin étant quasi aveugle, est retrouvée assassinée, violentée, ayant subi une agression anale, emberlificotée dans son métier à tisser. Si l’identité de la victime est rapidement établie, ce n’est pas le cas pour le cadavre défiguré, putréfié, retrouvé enfermé dans un sac de jute, dans un ruisseau au lieu dit le Pré aux moines. Pourtant quelques similitudes existent entre ces deux meurtres et elles sont relevées par le professeur Hugo Salacan et ses adjoints, du laboratoire de recherches scientifiques, division policière nouvellement créée sous l’impulsion du Professeur Edmond Locard et dirigée par le commissaire Victor Kolvair. Par exemple les victimes sont septuagénaires et un fil a été passé dans leur larynx à l’aide d’une force, un outil utilisé par les canuts.

 

Même si ce n’est pas encore la guerre des polices, la Brigade du Tigre lyonnaise est chargée de l’enquête en la personne de l’inspecteur Legone, un personnage plutôt antipathique qui raisonne à l’ancienne, tandis que la police scientifique, comme son nom l’indique, prélève des indices afin de démasquer le coupable. Un troisième meurtre est annoncé, la femme d’un tisseur, mais s’il existe des ressemblances entre tous ces assassinats, il semble bien qu’il ne s’agit dans le dernier cas que d’un duplicata grossier perpétré selon la méthode dévoilée par le journal Le Progrès. Bianca, une aliéniste, est chargée d’étudier le comportement de supposés coupables, et de ceux qui se dénoncent alors que preuve est faite qu’ils ne pouvaient être à l’origine de ces meurtres.


Une enquête complexe et qui pose de nombreux problèmes à Kolvair et Salacan. D’autant que Kolvair est handicapé et est affublé d’une prothèse suite à un feu nourri de la part des Allemands durant la première guerre mondiale, occasionnant l’amputation d’une jambe. D’ailleurs il profite d’un creux de sa jambe artificielle pour y cacher quelques grammes de cocaïne, poudre qu’il mélange à son tabac lorsqu’il se roule une cigarette. Legone n’est pas mieux loti, complètement défiguré durant le conflit dont la France se relève péniblement et possédant un passé qu’il cache soigneusement. Dans un contexte historique tous ces personnages évoluent dans un milieu huppé, celui des soyeux. La guerre a laissé des traces morales et physiques, et outre ce nouveau service de police scientifique, d’autres institutions sont en pleine mutation. Les Prud’hommes, les revendications des ouvriers, les méthodes de travail, leur durée légale. Seuls la morale bourgeoise, les cachotteries familiales perdurent, au détriment des rejetons. A noter qu’il était de bon ton que les personnages importants de la cité fréquentassent le lupanar « Chez Lili », afin de déjouer les suppositions malveillantes concernant leur possible homosexualité.


Odile Bouhier délivre ses révélations, dévoile ses indices, impose ses personnages par petits touches, et la complexité psychologique des personnages, qui semblent arriver comme un cheveu dans la soupe, est dévoilée peu à peu. Et lorsque le lecteur est en présence de tous les éléments, il lui semble que l’intrigue était cousue de fil blanc. Toutefois tout n’est pas écrit sur l’avenir de certains des protagonistes, et il me parait évident qu’Odile Bouhier doit se remettre à l’ouvrage, tisser une nouvelle intrigue, afin de mieux développer les caractères, et donner une suite aux aventures de Kolvair, Salacan, Bianca et surtout Legone qui ne peut être abandonné comme ça. Enfin, on ne m’ôtera pas de l’idée que les procureurs en général sont des personnages profondément antipathiques, et celui incarné par Rocher le démontre. Et comme tout n’est pas fictif dans ce roman, un hommage est rendu au juge Puzin, personnage du roman et grand-père maternel de l’auteure. Un autre hommage est rendu aux frères Lumières et leur invention du cinéma qui à l’époque, grâce ou à cause d’opportunistes, n’était déjà pas forcément destiné à tout public. Toute petite fausse note, en 1920 la société Velux n’existait pas encore et donc on ne peut pas nommer une fenêtre de toit par cette appellation (page 89). Il eut mieux valu écrire tabatière.

Voir également l'avis de Joyeux Drille sur  Appuyez sur la touche lecture.

Odile BOUHIER : Le sang des bistanclaques. Collection Terre de France ; Presses de la Cité. 288 pages. 19€

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:44

Tout commence en 1999, lorsque le père, malade, du journaliste Jean Pandolfi-Crozier, confie à son fils quelques objets contenus dans une vieille malle. Un étui à violon, deux curieuses pierres et quelques livres. Dans l’étui de l’instrument à cordes, une clé à laquelle estvendetta.jpg accrochée une étiquette portant comme suscription Serra. Parmi les volumes poussiéreux, quelques aventures du détective britannique Sherlock Holmes datant de la fin du XIXème siècle, quelques exemplaires de la nouvelle de Maupassant Le Horla, ainsi qu’un guide, Richesses géologiques et minières de l’île de Corse, écrit par l’ingénieur et géologue Ugo Pandolfi, un arrière grand-oncle paternel. Quelques mois plus tard, Jean Pandolfi-Crozier hérite d’une maison de village en Corse du Sud. Et en réhabilitant cette bâtisse, l’entrepreneur à qui les travaux ont été confiés découvre un coffre. A l’intérieur quatre carnets ayant été écrits par Ugo Pandolfi, quatre manuscrits dont la teneur est pour le moins surprenante et qu’il nous délivre ici :


En novembre 1893, Ugo Pandolfi se trouve à Montpellier suite à une convocation signée Sigerson. Il est intrigué par cette missive qui fait référence à Guy de Maupassant, l’écrivain décédé quelques mois auparavant et ami du géologue. Sous l’alias de Sigerson, se cache le célèbre détective Sherlock Holmes, qui n’est pas décédé lors d’une chute à Reichenbach en Suisse mais depuis se déplace sous un autre pseudonyme. Or si Sherlock Holmes demande l’aide de Pandolfi, c’est bien à cause, ou grâce, à l’amitié commune qui les liait à l’auteur du Horla. Et pour une affaire qui requiert les connaissances insulaires de l’île de Beauté de Pandolfi. Lors d’une réunion à laquelle assistent quelques membres éminents de la criminologie française, Bertillon, Lacassagne et autres, réunion placée sous la houlette du commissaire Le Villard, Pandolfi apprend que Sherlock et les services de police sont sur les traces des frères Moriartini qui sont activement recherchés. Et que l’un d’eux ne serait autre que le célèbre et malfaisant professeur James Moriarty.


C’est ainsi que Pandolfi se trouve embringué dans une aventure épique au cours de laquelle il apprend à mieux connaître le détective écossais et à tisser des liens amicaux avec lui. Lors du voyage maritime qui l’emmène du continent vers Ajaccio, Pandolfi a bien du mal à reconnaître Sherlock qui use à nouveau de déguisements sophistiqués. Moriarty a été repéré par des policiers français et britanniques, et il semblerait qu’il soit au cœur d’une entreprise d’escroquerie immobilière. Des notaires se rendent très souvent dans l’une ou l’autre de ses résidences, l’une située au nord de l’île, l’autre au sud. Or Moriarty semble posséder un moyen de locomotion extrêmement rapide, car il se déplace d’un point à un autre sans que les forces de police puissent le suivre. Il apparait puis disparait sans laisser de traces, ce qui est pour le moins étonnant.


Sherlock et Pandolfi s’installent, en compagnie de policiers dont Ors’Anto et O’Near chargés de les épauler et les ravitailler, à Cauria où réside l’un des Moriartini. Cachés sous un dolmen préhistorique ils peuvent à loisir surveiller le domaine qui s’apparente à une ferme. Un trafic de moutons semble organisé sous la responsabilité notamment d’un Annamite. Le point culminant, et non point d’orgue comme disent si volontiers quelques journalistes, puisqu’un point d’orgue est une note prolongée, le point culminant de cette affaire se déroulera les 24 et 25 décembre 1893.

De nombreux personnages évoluent dans ce roman qui crée un lien entre la disparition de Sherlock Holmes puis sa réapparition officielle, apportant une saveur particulière. Outre les parties de pêche et les balades maritimes de Pandolfi en compagnie de Maupassant, sont évoquées les figures de Zola et de Réouven, tandis que miss Bell, la fille du professeur Bell qui servi à Conan Doyle de référence pour camper son personnage, subjugue Pandolfi. On découvre un Sherlock Holmes gourmet et même gourmand, s’intéressant particulièrement à la gastronomie locale ainsi qu’au travail des apiculteurs. Un homme curieux, désireux de développer ses connaissances mais pas d’un abord aussi froid qu’on pourrait le croire.


Les nombreuses notes en bas de pages imbriquant des épisodes concrets qui se sont déroulés, des références littéraires, géographiques ou historiques, avec des explications fournies par le petit-neveu concernant les écrits d’Ugo Pandolfi, et astucieusement délivrées font que ce roman n’est ni une parodie, ni un pastiche, ni un roman apocryphe, mais comme le testament d’une aventure réellement vécue écrite sous forme de journal. Et le lecteur habitué à retrouver les dessins de Jean-Pierre Cagnat dans le Monde, L’Express, VSD et autres magazines, se délectera à ces respirations en noir et blanc.

Ugo PANDOLFI : La vendetta de Sherlock Holmes. Dessins de Jean-Pierre Cagnat. Editions Albiana. 256 pages. 14,50€.

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 10:31

On trouve de tout dans les caves d’immeubles. De la poussière, des toiles d’araignées, de vieux objets dont on ne se débarrasse pas par sentimentalisme, des rats crevés, despetit-papa-noel-def_206.jpg ramas entreposés à la va-vite, des bouteilles, le plus souvent vides, et parfois même il arrive que l’on débusque un squatteur. Pour une vague histoire de passage de câbles, Jacques Villeneuve descend à la cave, mais l’employé asthmatique ne veut pas continuer, une grosse pierre fichée dans le sol l’empêchant de travailler. Plus tard Jacques arrive à desceller ce qu’il croit être un gros caillou, et quelle n’est pas sa surprise de découvrir qu’en réalité il s’agit d’un coffre contenant dix petits sacs, une fortune en pièces d’or. Sa voisine Ludivine le surprend et après une petite gâterie qui fait du bien aux deux protagonistes, il ne peut s’empêcher de vendre la mèche. Du coup il lui faut bien faire part de sa trouvaille aux autres copropriétaires de l’immeuble. Mais présentons ce microcosme : Jacques Villeneuve, qui oscille entre la cinquantaine et la soixantaine, sans travail, amoureux de Mozart auquel il a consacré une étude qui a connu un succès inespéré et continue dans l’écriture. Il absorbe régulièrement ses verres d’huile afin de se graisser les neurones. Ondine, sa compagne, sa cadette de vingt ans, est quelque peu folâtre, et sans aucun complexe, surtout lorsqu’il s’agit de dépenser l’argent de Jacques. Ludivine, rousse flamboyante, très portée sur la fellation, ce qui est peut-être la cause de sa propension à employer un mot pour un autre, et mère de Greg, un gamin qui veut à tout prix se fourrer la tête dans une bonbonnière et dont la conversation se limite à des aga, aga. Aurore possède un chien, un chowchow nommé Mao, un chat qui répond au nom de Tsé Toung, un perroquet, et n’est pas franchement affriolante avec sa tête de gargouille. Ensuite, Gérard, qui habite la loge de concierge, ancien typographe à la retraite et s’amuse à tirer sur les pigeons se nichant dans le marronnier du jardinet. Cédric, prof de lettres, ancien maoïste, pince-sans-rire, citant à tout propos Baudelaire, appréciant les boissons fortes et les films d’horreur. Le docteur Schlick est un cas lui aussi : affligé d’une coquetterie oculaire, les cheveux gominés, le stéthoscope en bandoulière, affublé d’une blouse blanche, débordant de vitriol avec une tête pleine de clochettes, il a une bonne (à tout faire ?) nommée Mélia. Enfin le seul couple officiel de l’immeuble, les Benabid, surnommés avec ironie Benaventre par Schlick. Ils ont recueilli leur petite fille Nébia à la mort de ses parents dans un accident, Nébia qui aime grimper dans le marronnier au grand dam de Gérard qui a peur de toucher la gamine de dix ans en tirant sur les pigeons.


Maintenant que tous les personnages principaux vous ont été présentés, introduisons-nous subrepticement dans l’appartement du docteur Schlick qui organise un repas afin de réunir tous ces copropriétaires face à cette manne tombée de la cave. Seulement le cochon de lait et le lapin prévus au programme des réjouissances gustatives ne sont pas exactement les animaux servis dans les assiettes des convives. C’est ce que Mélia découvre en tournant de l’œil en ouvrant sa cuisinière. Figurez-vous son étonnement, et son horreur, en se retrouvant nez à nez avec les têtes de Mao (le chien) et de Tsé Toung (le chat) les animaux d’Aurore qui n’avaient aucunement besoin de se réchauffer mais se retrouvent refroidis par la malice d’un petit malin qui se joue des nouveaux millionnaires en herbe (de Provence). Un coup de froid pour Aurore qui perd la raison et est hospitalisée. Quand la bague de Gérard, qui n’a pas donné de ses nouvelles depuis quelque temps, est retrouvée dans le ventre d’un poisson acheté sur le marché, l’inquiétude grandit. Ce n’est pas encore l’affolement mais tout le monde se pose des questions. D’autant plus que les décès, accidentels apparemment, se succèdent. Les optimistes se consolent en se disant que moins de monde il y aura à se partager la galette, plus les parts seront conséquentes.


250 petit papa noel def 206 Petit papa Noël, dont le titre trouve sa justification dans le déroulement du récit, nous emmène un peu sur les traces d’Agatha Christie et à son célèbre roman Les dix petits nègres. Un hommage mais en même temps une œuvre personnelle, avec une trame humoristique, comprenant de très nombreuses références cinématographiques et littéraires. Ce qui n’empêche pas l’auteur, au contraire, de placer des coups de griffes qui trouvent leur justification dans un contexte actuel. Ainsi Cédric, prof de lettres je le remémore, se positionne en se posant des questions fondamentales : « S’il ne pouvait pas donner ses cours sans risquer des insultes et même des coups, il se sentait en droit de demander des comptes à la République. Tous ces politiques, syndicalistes et intellectuels qui s’exprimaient à la place des profs, des gens de terrain, il les maudissait ». Mais restons philosophes, quelles que soient les circonstances. Et si comme Jacques Villeneuve, le héros de ce roman et non l’ancien champion automobile de formule 1, vous demandez à votre compagne lorsqu’elle se rend à un rendez-vous : « Et tu vas y aller comme ça, en mini et en string ? », ne vous étonnez pas si elle vous rétorque : « Le string, personne ne le voit. La mini, c’est la mode », il est évident que vous aurez posé la mauvaise question, au mauvais moment.

François CERESA : Petit papa Noël. Pascal Galodé éditeurs. 184 pages. 17 €.

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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 17:19

Pierre Faverolle de Black Novel proposant une lecture commune ayant pour objet de s'intéresser à un titre de pascal Garnier, Lune captive dans je vous un oeil mort, je ne résiste pas au plaisir de ressortir ma chronique.

 Depuis quelques semaines, une publicité télévisée nous vante lunecaptive les charmes et les bienfaits des résidences dédiées aux seniors, que je qualifierai plus volontiers de vétérans, en qu’en langage courant sont ainsi appelés les retraités. Activités physiques et cérébrales, et la possibilité de se faire des amis afin de ne pas se sentir isolés. Le paradis grâce à des programmes immobiliers. Idylliques penseront certains alléchés par cette réclame, autre nom de la publicité et qui veut bien dire ce qui se cache dessous. Réclame qui m’a fait immédiatement penser à ce roman de Pascal Garnier.


Le prospectus était alléchant : un nouveau concept de vie pour retraités désirant ne pas s’enfermer dans le train - train quotidien mais demeurés actif, situé au soleil, dans un cadre agréable et sécurisé. Une résidence spécialement aménagée pour seniors encore verts. Martial et Odette ont craqué pour ce petit paradis du sud de la France, abandonnant leur banlieue sans charme. Depuis un mois qu’ils sont installés, ils déchantent. Pluie à longueur de journée et comme ils sont les premiers à s’être installés dans leur bungalow de rêve, ils s’ennuient. La seule personne avec laquelle ils peuvent discuter, et et encore, c’est le gardien, un ancien militaire qui fait office de surveillant, de jardinier, d’homme à tout faire. Le concierge idéal, enfin presque.


lune-captive.gifHeureusement un couple joue les renforts quelques semaines après leur aménagement. Lui, Maxime, svelte, vieux beau, sourire éclatant, le sportif accompli. Elle, Marlène, la poupée Barbie, en un peu plus vieux et plus défraîchie, surtout lorsqu’on la regarde de face. De toute façon il faut bien s’accommoder de ses voisins, et quant on s’ennuie…Enfin le beau temps se met de la partie et Léa, une troisième résidente débarque. La petite communauté s’étoffe mais les activités promises ne sont pas au rendez-vous. Alors Flesh, le gardien, engage Nadine. Elle est gentille, Nadine. Elle fait visiter l’arrière pays, propose des jeux de salon, des occupations récréatives. Et puis il y a la piscine. Ce serait dommage de ne pas en profiter avec la chaleur qui amollit les corps et les esprits. Seulement il y a des hiatus dans cette harmonie de façade. Par exemple lorsque Flesh tue un malheureux chat qui s’était égaré dans la résidence. Ou quand la grille électrique télécommandée ne veut plus fonctionner. Ou encore quand un camp de gitans s'établit non loin. Flesh met en garde, ses pensionnaires, on ne sait jamais. Il vaut mieux éviter de sortir. Martial qui ne buvait jamais se convertit au rosé, Maxime se blesse en jouant au golf, Odette est toujours en train de chasser d’imaginaires mouches, Léa se trouve confrontée à des absences mentales. Tout se dégrade lorsque Martial se rend compte que Maxime qui ne quittait plus son fauteuil roulant depuis son accident et trimbale un revolver n’est pas véritablement handicapé.


L’OPA Garnier (option paradisiaque apocalyptique) fonctionne une fois de plus dans cet univers clos peuplé d’un minimum de personnages qui semblent être communs mais se révèlent plus complexes qu’il y paraissait de prime abord. L’atmosphère sereine du départ, dans un cadre présenté comme idyllique par les promoteurs, se délite sournoisement. La résidence de rêve n’est qu’un enclos où sont parqués des retraités qui veulent accéder à un bonheur factice, oublier les aléas d’une vie routinière ou peuplée de cauchemars. Pascal Garnier instille progressivement un climat poisseux, lourd, étouffant et pas seulement à cause du soleil qui darde ses rayons caniculaires, comme s’il annonçait que les portes de l’enfer n’étaient pas loin. Court roman mais efficace et l’on aimerait retrouver l’auteur plus souvent. Mais pas forcément ce genre de résidence attrape nigauds.

Pascal GARNIER : Lune captive dans un œil mort. Editions Zulma. Réédition Points Seuil

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 16:44

Lorsqu’une mère et sa fille unissent leurs petits doigts de fée pour écrire à quatre 3joursNoel.jpgmains un roman policier, il peut en résulter un ouvrage charmant, même si le prix n’est pas forcément en rapport avec la qualité. Je m’explique : il existe des chefs-d’œuvre dans des collection de poche, dont le prix est plus qu’abordable et de bons petits romans qui se vendent dans des grands ou moyens formats à des sommes qui dépassent allègrement le billet de cent francs. Comme il existe de petits restaurants sympathiques qui proposent des plats du terroir pour deux fois un menu vite fait dans un fast-food (en français dans le texte, et puis je ne suis pas obligé de citer le nom de ces usines à malbouffe qui pullulent sur les abords des grands axes routiers au milieu de la poussière et des gaz d’échappement). Mais évidemment les droits de traduction étant élevés, la popularité haut de gamme se paie, et la vente de livres étant quasiment assurée aux box-offices, l’éditeur a raison de choisir la formule du bouquin cher puisque ça se vendra quand même, et peut-être mieux que dans des collections à prix abordable. Pour ceux qui ne peuvent se le payer immédiatement ils peuvent toujours attendre la réédition en livre format poche. Pour les autres qui croient qu’en payant plus cher ils sont assurés d’acquérir la qualité, ils se mettent le doigt dans l’œil jusqu’à la clavicule. C’était mon quart d’heure de rouspétance, offert généreusement par le rédac’chef, mais passons aux choses sérieuses et ne nous roulons pas dans la farine animale, que nous confondons souvent comme de la poudre aux yeux, comme celle utilisée par le marchand de sable pour mieux endormir notre méfiance.

3joursNoel2.jpgDonc quand Mary et Carol Higgins Clark décident d’unir leurs efforts et de confronter leurs détectives en jupon, cela nous ouvre des perspectives attrayantes et quoi que certains puissent en penser, même si la réputation peut sembler usurpée par rapport à d’autres bons romanciers, leur production n’est pas si mauvaise que ça comparée à d’autres faiseurs d’histoires. Il faut toujours relativiser.

Alors que Nora Reilly, la talentueuse romancière d’énigme est admise à l’hôpital pour une malencontreuse chute, son père Luke, propriétaire de funérariums, est enlevé par C.B. (Cuthber Boniface) le neveu d’un défunt, ainsi que Rosita, l’assistante du morticole. C.B. reproche tout simplement à son oncle d’avoir légué sa fortune à une association qui prône la plantation de petites graines et le retour à la nature. Il est aidé dans son entreprise par un peintre en bâtiment qui a saboté un travail pour Luke. Alvirah, dont le mari a quelques problèmes de santé rencontre fait la connaissance à l’hosto de Reagan. Les deux femmes sympathisent, c’est le moins, et bientôt les voilà à la recherche des kidnappeurs. Dans quelques jours ce sera Noël, mais ce n’est pas l’échéance la plus importante. 3joursNoel3.jpgLes ravisseurs demandent un million de dollars afin de libérer les otages, ce qui a priori ne gêne guère Nora, auteur à succès donc riche. Le problème, mais les deux femmes ne le savent pas encore, est que les kidnappées sont ligotés dans une embarcation qui risque de couler à tout moment. L’intrigue dure ainsi durant plus de 300 pages, bien ficelée, avec un happy end de circonstance. Du bon travail de professionnelles de l’écriture qui savent mener le lecteur sur des sentiers battus, balisés, sans véritables embûches, juste ce qu’il faut de frissons afin de pouvoir en parler le soir au chaud sous la couette. Toutefois l’humour est présent avec des scènes dignes Craig Rice, un auteur féminin des années cinquante qui savait allier humour noir et énigme tirée au cordeau, ou Donald Westlake, que l’on ne présente plus. Un roman qui se lit avec plaisir et qui s’inscrit dans une bonne moyenne, mais consolidera l’avis des intellectuels étroits que le roman policier n’est qu’une littérature de délassement sans grande profondeur. On regrettera et de loin La Nuit du Renard qui de loin est pour moi l’œuvre la plus aboutie de Mary Higgins Clark, la première traduite en France, suivie de quelques réussites d’honorable qualité, et aujourd’hui de hamburgers préparés à la va vite.

Mary Higgins CLARK et Carol Higgins CLARK : Trois jours avant Noël. Albin Michel. Réédition Le Livre de Poche.

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 08:38

Jeanne avait pourtant compris la consigne de sa mère : ne pas ouvrirDinde.jpg la porte à un étranger tandis qu’elle effectuait ses dernières courses à la veille de Noël. Mais comment résister lorsque le Père Noël en personne se présente, appelant Jeanne et ses frères et sœur par leurs prénoms, qu’il se recommande de maman et que surtout il ne faut pas déranger papa qui travaille à l’étage, tout ceci étant une surprise. Une surprise assurément pour Patricia, la mère rentrant des emplettes, et pour Pierre, le père. Le père Noël, alias Gérard Soulier, un emprunt à la chanson immortalisée par Tino Rossi, veut s’emparer du contenu du coffre de la banque dont Pierre est directeur, car il sait que les recettes des hypermarchés de la région vont être transférées dans l’établissement. Le lendemain, il n’aura plus qu’à se servir. En attendant il faut accueillir les invités, un boucher, sa femme et son fils, un libraire, sa femme et son employée, puis le docteur Boussarin. La fête programmée tourne rapidement au cauchemar pour ces invités qui découvrent en ce Père Noël d’opérette un dangereux convive. Ancien directeur d’une société de sécurité, il a mis au point quelques logiciels et autres gadgets pour les surveiller nuit et jour. Dans sa hotte il a amené en guise de cadeaux des objets qu’il dépose sur la table, les invités devant reconnaître celui qui lui convient. Par exemple la clé d’une chambre d’un hôtel, lieu de rendez-vous réputé pour accueillir des couples échangistes. Une plume de corbeau, allusion directe à un personnage rédigeant des lettres anonymes. Un livre, crime en col blanc, écrit par un juge célèbre pour avoir instruit des affaires financières véreuses. Un journal enquêtant sur des “ tournantes ”, une pratique pas seulement l’apanage des jeunes des banlieues. Etc. J’allais oublier, autres petits cadeaux : des ceintures explosives que Soulier peut à tout moment déclencher, si l’affaire tourne mal. Et pour entretenir la tension parmi tous ces participants pris en otages, il dispose de deux armes à feu, l’une factice, l’autre bien réelle. La nuit risque d’être chaude, d’autant que les cadeaux incongrus sèment la zizanie parmi les convives.

Un suspense en huis clos entretenu savamment par Serge Quadruppani qui ne lésine pas sur les effets spéciaux. La distribution des cadeaux par exemple s’effectue en plusieurs étapes, mais chaque erreur d’appropriation non seulement peut être préjudiciable à la santé de celui qui se reconnaît à tort, mais de plus permet de dévoiler plusieurs facettes de ces invités qui pensaient passer une agréable soirée. Les enfants, surtout Jeanne, jouent un rôle prépondérant dans cette pièce de théâtre qui garde jusqu’à l’épilogue une forte tension. Un bon roman qui se lit avec plaisir et pourrait être adapté au théâtre sans pratiquement effectuer de retouches.

Serge QUADRUPPANI : La nuit de la dinde. Collection Suites N° 74, éditions Métailié, 2003. 168 pages. 9,50€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 16:51

Lorsqu’on évoque Noël, la première image qui vient à l’esprit, outre les cadeaux Noels-rouges.jpget le sapin, c’est la dinde croustillante, dorée, sortant du four, entourée de marrons ou de châtaignes fumant et nageant dans un jus odoriférant. Vision qui certes réjouit l’estomac. Faut-il pour autant oublier les nourritures spirituelles, celles qui égaient les soirées hivernales alors que calés dans un fauteuil profond et accueillant, près d’un feu pétillant, vous rêvez à autre chose que la sempiternelle télévision et que dehors souffle la bise glaciale ?


Sortez de votre cocon douillet et plongez-vous dans un recueil sur lequel plane l’ombre de Dickens, ce grand romancier britannique qui su démontrer que Noël n’est pas forcément le jour de fêtes, prélude à la trêve des confiseurs. Non, durant la nuit de Noël et la journée qui suit, alors que les enfants s’extasient devant leurs cadeaux, ou ronchonnent parce qu’ils n’ont pas tout ceux qu’ils avaient commandés, les forces du mal ne cessent pas leurs activités néfastes. Les drames existent et sont peut-être plus insoutenables ce jour là. Drames de la solitude, de la jalousie, de la vengeance…


Noël c’est le temps des réjouissances et de la fête, mais pas pour tout le monde. Dans les coulisses le démon veille, aspirant à transformer les cris de joie en cris d’agonie. Mais à l’instar de Dickens qui avec le personnage de Scrooge démontrait que la bonté existe en chacun de nous et qu’un petit fait peut métamorphoser un individu au fond particulièrement mauvais, à l’instar de Dickens donc, les auteurs de ces nouvelles ont essayé d’apporter une note relativement optimiste pour ne pas dire franchement humoristique en conclusion de leurs histoires.


Noëls rougesA part deux ou trois, même les contes les plus noirs, les plus pathétiques recèlent une note d’espoir, parfois d’une manière fugace, fugitive, secrète.

Dommage que Noël ne soit pas un 31, nous aurions eu droit à 31 histoires. Dommage également que les auteurs français soient si peu représentés. Il est vrai que la nouvelle n’a jamais eu grande presse en France, malgré quelques grands maîtres comme Maupassant ou Marcel Aymé. Un dernier mot : j’aimerais souligner l’excellente et érudite présentation des textes de ce recueil et de leurs auteurs par Jean-Pierre Croquet, le concepteur de cette remarquable anthologie que l’on peut trouver chez quelques bouquinistes et sur des sites de vente en ligne.


Au sommaire de cette anthologie :

De retour avant Noël (John Collier)
Colin-maillard de mort (John Dickson Carr)
Vœux de Noël (Cyril Hare)
Morte la veille de Noël (Stanley Ellin)
L'escarboucle bleue (Arthur Conan Doyle)
Un horrible petit chapeau vert(Alain Demouzon)
Markheim (Robert Louis Stevenson)
Le buste de Beethoven (Boileau-Narcejac)
Le club des Pères Noël (Julian Symons)
Le Noël du petit Vincent-Vincent(Gaston Leroux)
Le collier de perles (Dorothy L. Sayers)
Joyeux Noël pour la police (Edward D. Hoch)
Le sang innocent (Léo Malet)
Par un matin de Noël (Margery Allingham)
Une vengeance impitoyable (Guy Boothby)
Un drôle de Père Noël (Charlotte & Dan Ross)
La poupée du dauphin (Ellery Queen)
Un très joyeux Noël (Ed McBain)
La légende de la cloche (Barry Perowne)
Meurtre à l'étalage (Peter Lovesey)
Les étoiles filantes(Gilbert K. Chesterton)
Un cadeau de Noël (Robert Arthur)
Plus de place à l'auberge (Bill Pronzini)
La nuit avant Noël(Robert Bloch)
Le meurtre du Père Noël (Tage La Cour)


25 Noëls rouges, 25 histoires mystérieuses pour le temps de la fête. Anthologie de Jean-Pierre CROQUET. Editions Julliard. Collection Bibliothèque criminelle N°1. 1989. 495 pages.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 14:27

Peut-être, comme moi, gardez-vous de mauvais souvenirs de la poésie, rebelle.jpgcelle qu’obligatoirement il fallait apprendre par cœur à l’école, puis déclamer ou ânonner devant ses condisciples. Les fables de La Fontaine, les tirades du Cid de Corneille, La mort du loup d’Alfred de Vigny, et quelques autres qui s’apparentaient à des punitions. Et comme si cela ne suffisait pas il fallait illustrer ces poèmes ! Seuls quelques-uns ont échappé à mon esprit réfractaire à ce genre littéraire. Des œuvres comme Le dormeur du val d’Arthur Rimbaud, à cause de la chute qui suggère une nouvelle, ou encore Pour faire le portrait d’un oiseau, Le cancre, L’Oiseau Lyre de Jacques Prévert qui pour certaines nous collaient à la peau et en lesquelles nous pouvions nous identifier.

Et pourtant, aujourd’hui c’est bien un recueil de poèmes que je vous présente, et si contraintes il existe, c’est l’auteur qui se les est imposées et non le lecteur qui, lui, savoure son plaisir. Allitérations, métaphores et autres figures de style en tout genre, puisées dans un encrier à réservoirs multiples et de couleurs différentes, parsèment ces petits textes qui jouent avec les mots, les disposent comme des moellons en une construction savante, baroque, légère, aérienne, anarchique, contestataire, rebelle et amicale.

L’auteur se brocarde joyeusement dans Nelly et, établit, tisse avec le lecteur qui veut distinguer les scories de la vie, une relation d’amitié bourrue, se dévoilant spirituellement dans Rebelle attitude, titre éponyme du recueil.

Le mieux, peut-être, afin de vous faire partager une partie de l’intimité de l’auteur et de vous en dévoiler un pan, je vous propose deux ou trois extraits, sans vouloir toutefois déflorer l’ensemble.


Spèces de cons !

Les combattants confondus
nous faussent compagnie,
Les conséquences
de leur constipation
nous comblent.


T.S. : Mode d’emploi
(Tentative de Slam)

Tentative de Sociabilité ?
Trop plein, de Suie acide ?
Tuerie … et Sanglots tardifs
Tu ris ? Soit !
Tu pleures ? Soit un homme mon fils…
T’amer des Sarcasmes


Je représente

C’est vrai, je suis blonde,
Mais chez moi aussi, la rime abonde…
Je représente les filles qui aiment le rap,
Qui apprécient ceux qui dérapent.


Voilà le genre de poésie que j’aurais aimé réciter, mais à la réflexion, je pense qu’ils sont un peu trop ardus phonétiquement pour de jeunes enfants. Alors, contentons-nous de les lire, de les apprécier, de les faire découvrir.

Nelly Bridenne est également l’auteur de deux recueils de nouvelles : Sur un petit air de requiem et Le monde est plein de polissons. Elle vient aussi de publier Kit de survie dans le monde (confus) de l’édition que je vous présenterai dans quelques jours. Visitez son site Confessions d’un polisson. Voir également les chroniques de Claude sur Action-Suspense.

Nelly BRIDENNE : Rebelle attitude. Poésie libre et urbaine. Editions Confessions d’un polisson. 110 pages. 8€.

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 17:10

Cette revue, destinée plus spécifiquement aux amoureux de la littérature rocambole57.jpgpopulaire, aux curieux, aux collectionneurs, à ceux que la nostalgie des romans et fascicules titille, à ceux qui veulent parfaire leurs connaissances, à ceux qui recherchent désespérément les noms d’écrivains se cachant sous tel et tel pseudonyme, cette revue leur est spécialement destinée.


En premier lieu Le Rocambole rend hommage à Claude Herbulot qui nous a quitté alors qu’il avait encore tant de travaux à accomplir dans le recensement des pseudonymes, des collections, des petites maisons d’éditions disparues depuis belle lurette et qu’il avait dénichés ou sortis de l’oubli. Des pseudonymes surtout, qui seraient restés confinés dans des malles et des oubliettes, apposés sur des romans négligés par beaucoup de lecteurs et qui cachaient des écrivains de talent ou en devenir. Qui se serait intéressé, par exemple à Frank Harding, Léo Latimer, Lionel Doucet, Jean de Selneuves, Noël Letam, Omer Refreger, Louis Refreger si ces noms n’avaient pas été associés par la suite à Léo Malet ? Grâce à son implication sans faille dans le domaine de la recherche, ainsi qu’à ses associés et amis Jean-Paul Gomel et Paul J. Hauswald, les révélations du Rocambole constituent ma lecture favorite dès réception de la revue dans ma boite aux lettres. Je me jette dessus avec gourmandise, que dis-je, avec gloutonnerie, mais je sais que les deux compères continueront l’œuvre entreprise avec la même détermination. Mais ses amis en parlent mieux que je saurais le faire.


Par exemple dans ce dernier numéro, une grande partie des révélations est consacrée à Viviane Pernet, née Syrmen, qui accumula plus de quarante-quatre pseudonymes dont le plus connu est Liane Méry, mais que l’on retrouve sous les noms de Peter Vanett, Peter Viane, Francis D’Artois, Jehan de Villedieu, chez des éditeurs comme le Fleuve Noir, Gerfaut, Ferenczi, Eurédif… Mais d’autres révélations raviront les chasseurs de pseudos.


Le dossier de cette livraison s’intitule La plume au fusil, et est consacré aux écrivains, collections et romans dits de guerre et plus exactement aux romans patriotiques. Albert Robida, chroniqueur de la guerre du futur (article de Jean-Claude Viche), le Colonel Driant, de l’armée à la littérature, le Jules Verne militaire (signé Daniel David), La première guerre mondiale vue par les romanciers populaires dans la collection Patrie des éditions Rouff, collection dans laquelle s’illustrèrent Léon Groc et Georges Spitzmuller (par Catherine Renaux). Une liste complète des ouvrages parus n’eut pas été inutile. Enfin Daniel Compère s’attarde sur la pentalogie titrée La guerre ! La guerre ! Roman de demain, série comprenant cinq romans du commandant Cazal qui n’est autre que Jean de la Hire. Cette série est un peu comme une uchronie à l’envers, une anticipation et une vision prémonitoire de la guerre opposant l’Allemagne puis l’Italie à la France et ses alliés. L’intérêt historique de cette série réside dans le fait qu’elle a été écrite entre le 1er février et le 10 août 1939. Tous ces articles sont complétés par une iconographie permettant de mieux appréhender les romans ou collections présentés.


rocambole57Dans ce dossier également une étude de Claude Schopp sur le roman d’Alexandre Dumas La Tulipe Noire dans lequel l’auteur de l’article met en avant la propension de l’auteur à situer bon nombre de ses romans sur des épisodes guerriers de la France. Des épisodes vécus en interne, des révolutions, des révoltes, des guerres de religion. Nul n’aura oublié les péripéties de nos trois mousquetaires en compagnie de d’Artagnan, qui n’est que garde au moment où l’action se déroule, lors du siège de La Rochelle dans une confrontation entre Catholiques et Huguenots et un pique-nique improvisé. Le thème de La Tulipe Noire, entre autres, concerne la prépondérance contestée entre pouvoir civil et pouvoir militaire en Hollande et qui constitue une révolution ou un coup d’état fomenté par Guillaume d’Orange. Or c’est bien cette mise en avant par Claude Schopp de la mise en avant des guerres intestines françaises qui m’ont incité à chroniquer René Besson, un témoin de la Révolution, texte que vous pouvez découvrir ici.

D’autres sujets sont abordés : Victor Ducange et le philhellénisme par Angeliki Giannouli. Victor Ducange (1783 – 1833) est un auteur dramatique aujourd’hui oublié et son roman Thélène ou l’amour de la guerre est un roman historique d’inspiration libérale qui retrace des épisodes de la lutte de l’indépendance grecque et dont l’histoire romanesque débute en France sous la Restauration.

Un autre article, signé Jean-Pierre Bacot, nous présente à travers les années 1860 – 1880 le phénomène de la presse illustrée devenant populaire.


Un numéro intéressant, comme d’habitude, fort documenté, qui offre de nouvelles pistes de lectures populaires à ne pas négliger.

Vous pouvez commander directement ce numéro auprès de l’AARP ou dans toute bonne librairie. Vous pouvez également vous abonner.

Revue LE ROCAMBOLE n° 57 : La plume au fusil. Editée par l’association Les Amis du Roman Populaire. 176 pages. 16€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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