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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 16:38

echodesmorts.jpg 

Sur l’île de Öland, située au sud-est de la Suède dans la mer Baltique, se dressent à Alluden deux phares, dont un hors service depuis des décennies, et un long corps de logis qui n’auraient rien de particulier si les phares n’avaient été construits avec des pierres provenant d’une antique chapelle, et le bâtiment avec le bois d’un navire naufragé. Pour les superstitieux, une pratique qui porte malheur. Katrine et Joakim n’étaient sûrement pas au courant de cette légende qui courait sur la lande balayée par le vent et les rafales de pluie. Ils avaient acheté cette bâtisse afin de quitter Stockholm et sa banlieue et se ressourcer.

Tous deux enseignants, Katrine à mi-temps en dessin, ils s’étaient spécialisés dans la rénovation d’appartements puis de maisons, revendant à chaque fois avec un profit estimable. Leur installation à Alluden n’était pas forcément due au hasard, car la mère de Katrine, elle-même peintre tout comme sa propre mère, et qu’ils fréquentent peu, y a vécu pendant sa jeunesse avec sa propre mère elle-même artiste peintre. Tandis que Joakim était resté dans leur ancienne maison régler les derniers détails du déménagement et de sa vie professionnelle, Katrine a vécu à Alluden avec leurs deux enfants, Livia et Gabriel, entreprenant les travaux de rénovation. Joakin revient puis repart pour un dernier chargement. Alors qu’il est sur le trajet du retour, il reçoit un appel téléphonique de la police de proximité de l’ile de Öland. Le corps de Livia aurait été découvert noyé près des phares. Paniqué il l’est encore plus lorsque venu reconnaître le corps il s’aperçoit qu’il ne s’agit pas de Livia mais de sa femme. Une boulette de la part de Tilda la jeune policière de proximité.

Celle-ci est fort marrie de son erreur, d’autant qu’elle pressent que cette noyade n’est pas naturelle. Parallèlement elle se rend souvent auprès de son grand-oncle afin de recueillir au magnétophone les témoignages du vieil homme sur l’histoire de Öland. Pendant ce temps trois malfrats écument les résidences secondaires vides de tout occupant hors période estivale. Joakim s’occupe de ses deux enfants, continue les travaux entrepris par se femme, mais il est en proie à la dépression. Katrine lui manque, il ne veut pas l’oublier. En même temps, que ce soit dans l’habitation principale ou dans la grange située en face, il entend des bruits suspects. Il ressent également comme des présences, des ombres inquiétantes. Celle de Katrine, évidemment, mais aussi celle d’Ethel disparue un an auparavant. Et peut-être des cadavres dont les noms sont gravés sur des planches de bois. Il découvre aussi dans le grenier qui servait de fenil des objets et un carnet.

Dans ce roman dont la trame est résolument policière, plane une aura de fantastique et d’angoisse qui tient en haleine. D’autant que les deux mois que va vivre Joakim entre la mort de sa femme et la résolution de l’enquête, prennent une intensité de plus en plus étouffante, alimentée par des tourmentes de neige et que les rafales de vent vont balayer le paysage désolé. Le tout est ponctué d’interludes relatant des événements qui se sont déroulés plus de cent ans auparavant jusqu’à la fin des années 1960, avec des pincées de légendes inquiétantes issues du fond des âges comme celles qui planent sur les tourbières. Le rythme n’est pas toujours soutenu, malheureusement, mais la construction est implacable et l’épilogue digne de scènes de cinéma de terreur. Le lecteur devient fantôme, suivant pas à pas les démêlés de tous les protagonistes.


Johan THEORIN : L’écho des morts. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne. Le Livre de Poche. 552 pages. 7,60€. (Réédition des Editions Albin Michel - 2010).

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 10:31

Une pensée émue pour David Goodis, né le 2 mars 1917 à Philadelphie. Et pour lui rendre hommage, place à l’un de ses romans les plus connus par son adaptation cinématographique.

Tirez-pianiste.gif

Poursuivi par des truands, Turley se réfugie dans un bar dans lequel son frère Eddie, qu’il n’a pas vu depuis sept ans, joue du piano. Grâce à la complicité de celui-ci, il arrive à fausser compagnie à ses poursuivants. A la fin de la soirée, Eddie, complètement fauché paye avec ses derniers cents un repas à Léna la serveuse. Rentré dans sa chambre glacée, il reçoit la visite amicale de Clarisse, une prostituée au grand cœur qui vit dans le même immeuble que lui. Le lendemain il repère la voiture des truands toujours à la recherche de son frère. Deux hommes l’abordent dans la rue et l’obligent à monter dans le véhicule ainsi que Léna qui passait par hasard. A un carrefour, Léna et Eddie parviennent à fausser compagnie à leurs ravisseurs. La serveuse aimerait connaître les raisons de cet enlèvement et devant les réticences de son compagnon l’appelle par son nom : Edward Webster Lynn. Le pianiste qui croyait avoir su préserver son identité revoit en pensée son enfance et tout ce qui l’a conduit à sa déchéance actuelle.

tirez-pianiste-1.jpg« Tirez sur le pianiste » est le roman type de l’univers goodisien : la déchéance physique et morale d’un homme qui grâce à une femme essaiera de sortir du cloaque dans lequel il s’enfonce, mais retombe dans la fange à cause de son passé. Le désespoir est toujours au bout du voyage, même si certaines lueurs laissent supposer un épilogue optimiste.

Ce roman a été adapté au cinéma par François Truffaut en 1960 avec pour interprètes principaux l’étonnant Charles Aznavour, Marie Dubois et Michèle Mercier. David Goodis, écrivain mythique longtemps méconnu a obtenu une certaine notoriété en France non pas grâce à son talent mais par le biais des adaptations de ses œuvres au cinéma comme La lune dans le caniveau, Rue Barbare (adapté de son roman Epaves), Descente aux enfers.

David GOODIS : Tirez sur le pianiste. Folio Policier 224.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 16:47

Bon anniversaire à Brigitte Aubert née le 1er mars 1956

souffle-ogre.jpg

Il existe les romanciers qui écrivent toujours la même histoire, en changeant quelque peu les personnages, les lieux, l’intrigue. Et puis ceux qui se renouvellent, dans l’atmosphère, dans l’intrigue, dans le genre même. Ainsi Brigitte Aubert qui a par le passé rédigé des romans de suspense, d’énigme, d’aventures, des parodies humoristiques, des romans noirs, des polars historiques, et bien d’autres, nous invite avec ce nouvel opus de revisiter les contes qui ont bercé notre enfance. Et comme les bons contes font les bons amis… Mais commençons par le préliminaire originel, genre Il était une fois…

Sept, le dernier de la portée assiste à l’abattage de cinq de ses frères dans la forêt profonde, par leur père bucheron. L’excuse de cette hécatombe, le manque de nourriture, la famine. Mais Sept, malgré son jeune âge - il n’a que sept ans - échappe à la cognée paternelle et parvient à rejoindre la chaumière familiale. Dans la cour son frère aveugle et muet, dénommé Un, est attaché à un piquet. Il le délivre et pense pouvoir trouver consolation auprès de sa mère. Hélas ses espérances sont vite déçues et il n’a d’autre solution que de partir à l’aventure, avec son frère qui communique par gestes, pianotant avec ses petits doigts. La plupart du temps Sept porte Un car depuis le temps que l’aîné se traine au bout de sa chaîne, il a les jambes recroquevillées et se déplace à quatre pattes comme les canidés. Pauvres Sept et Un, un compte à dormir debout, qui croient trouver refuge chez Ernst et sa femme. Seulement Ernst est un ogre qui se délecte de la chair de jeunes enfants, et nos deux gamins sont enfermés dans une cage en attendant d’être dégustés. L’esprit vif de Sept leur permet de s’échapper. Il enferme les deux belles gamines de l’Ogre dans l’espèce de clapier qui leur était dévolu, et endosse, ainsi que son frère, leurs vêtements. Et ce qui devait arriver arriva, l’Ogre se trompe d’encas et les deux frérots se carapatent, conscients qu’Ernst ne va pas en rester là. Commencent alors les tribulations de Sept et Un, dans un pays hostile. Ils passent la frontière du Pays d’Avant pour se retrouver dans le Pays d’Après, ce qui n’est guère mieux, car les deux Princes qui règnent sur ces deux contrées sont en guerre l’un contre l’autre. Ce qui ne surprendra personne, ce genre d’action étant courant, quelle que soit la période, quels que soient les protagonistes.

L’idée fixe de Sept est de partir le plus loin possible, loin des atteintes d’Ernst, et en cours de route, il rencontrera et se liera plus ou moins avec quelques personnages que l’on pourrait croire issus de contes. Felippe dit le Chat, surnommé ainsi à cause de sa chevelure ressemblant à une crinière tigrée, jeune homme discoureur et rimailleur, dont les doigts sont ornés de bagues hérissées de pointes qui lui permettent le cas échéant de lacérer le visage de ses ennemis, de Belle qui vit dans un château dont la valetaille et la soldatesque sont pétrifiés dans les communs, de Lorette qui vomit selon son humeur des insectes, arachnides et autres bestioles plus ou moins aimables d’aspect, ou des pierres précieuses, des perles et bijoux de grande valeur. Ou encore Blanche, qui vivait en compagnie de nains, est recherchée pas sa marâtre laquelle s’ingénie à l’empoisonner à l’aide de pommes, de L’Infante qui fuyait son père, lequel l’avait mise de force dans sa couche afin de remplacer son épouse défunte, et au hasard de leurs rencontres deux gamins vivant dans une chaumine construite de farine de seigle additionnée d’épices, de Umbold et Paolo qui de reîtres deviennent compagnons plus ou moins agréables, de Henriquet, un gentil homme freluquet à la dégaine bossue et frêle et dont la houppe de cheveux éclaire un visage peu avenant, une dame Giseliande, qui attend sa sœur Anne et dont l’époux, Barbazur, est parti par monts et par vaux et cache dans un cabinet fermé à clef ses précédentes femmes pendues et quelques autres qui n’attendent qu’à être découverts.

On ne pourra que s’esbaudir à cette histoire qui prend sa source chez Grimm, Perrault, à la sauce Aubert, et qui relève du tour de force littéraire. Car si Brigitte Aubert s’inspire, non point de personnages réels mais fictifs, elle les met dans des situations grand-guignolesques, loin des gentilles histoires revisitées par Walt Disney, revisitées et appropriées devrais-je écrire car bien des gamins d’aujourd’hui pensent que Grimm et Perrault ne sont que pâles copieurs, pour ne pas dire plagiaires, de l’habile cinéaste qui sut donner de la couleur et de l’animation à des personnages de papiers. Et comme le mot fin n’est pas signifié à la fin de l’ouvrage, gageons que les aventures et mésaventures de cette petite tribu ne sont point terminées.

A lire également la chronique de la Librairie Soleil Vert ICI

Brigitte AUBERT : Le souffle de l’Ogre. Collection Fayard Noir, Editions Fayard.2010.

Brigitte Aubert

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 13:20

cyclemars.GIF

Pour beaucoup, le nom d’Edgar Rice Burroughs est indissolublement lié à celui du Seigneur de la Jungle, j’ai nommé Tarzan. Et ces romans, au fil des traductions, des adaptations, des condensés, des scénarii de bandes dessinées ou cinématographiques avec l’inoubliable Johnny Weissmuller dans le rôle titre, sont devenues un peu synonymes de juvénilité et de puérilité alors qu’à l’origine ils étaient destinés au adultes. Les exemples ne manquent pas, de Jules Verne à Paul Féval en passant par Alexandre Dumas et combien d’autres. Mais Tarzan est un peu l’arbre qui cache la forêt, la production littéraire de Burroughs dont la nombreuse progéniture eut bien du mal à traverser en totalité l’Atlantique.

En effet si Tarzan est le plus célèbre des héros imaginés par Edgar R. Burroughs, d’autres personnages forts intéressants dont celui de John Carter demandent à être mieux connus. Les aventures de John Carter, héros créé en 1911, firent d’abord l’objet de publications en épisodes en 1912 avant de l’être en volume en 1917 aux Etats-Unis. Et la onzième et dernière aventure parut en janvier 1941 mais en volume qu’en 1964 soit quatorze ans après la mort de l’auteur. Si le thème principal du cycle de Mars, nommée également Barsoom, relève de la science-fiction, on y retrouve les principes chers aux romans d’aventures et toutes les composantes de la littérature populaire, péripéties merveilleuses, fantastiques, alliant la science-fiction à l’épopée héroïque. Les fabuleuses aventures sur Mars vont inspirer bon nombre d’auteurs par la suite comme Michael MoorcoPrincess_of_Mars_large.jpgck pour son Cycle du guerrier de Mars (disponible chez Omnibus) mais forgèrent la vocation de Ray Bradbury avec ses Chroniques martiennes ou Leigh Brackett pour Le livre de Mars qui comprend quatre titres.

Selon le principe du manuscrit confié, trouvé, ou de la narration par une tierce personne à un auteur, Edgar Rice Burroughs dans sa préface s’adresse au lecteur (et non aux lecteurs, ce qui induit en cela une sorte de complicité entre l’auteur et celui qui s’apprête à lire l’histoire proposée) et nous présente le capitaine John Carter qu’il a personnellement connu en Virginie peu avant le début de la guerre de Sécession. Les années passent puis John Carter réapparait, quasiment inchangé, déclarant avoir prospecté et travailler dans les mines de l’Arizona. Alors qu’il se sent sur le point de mourir Carter envoie un télégramme à l’auteur qui arrive trop tard. Mais Burroughs, selon les recommandations du défunt, ouvre le coffre-fort sis dans le bureau et suit à la lettre les instructions qui y sont déposées. C’est ainsi qu’il se trouve en possession d’un manuscrit qu’il doit tenir secret durant vingt-cinq ans après la mort du testateur.

Alors que Carter prospecte dans le désert de l’Arizona (et non en Virginie comme précisé dans la préface de Frédéric Jaccaud), en compagnie du capitaine Powell ancien militaire confédéré comme lui, les deux hommes mettent à jour un filon de quartz aurifère. Powell doit retourner vers la civilisation, afin de se munir du matériel nécessaire pour continuer leur entreprise. Seulement Carter est inquiet et il s’élance à la suite de son ami. Ce qu’il redoutait arrive, une bande d’Apaches le poursuit, mais il parvient à se réfugier dans une grotte. C’est dans cet endroit que les premières manifestations étranges se produisent et Carter se trouve transporté Warlord_of_Mars-1919.jpgd’une façon mystérieuse sur la planète Mars. Il se trouve confronté à de curieux êtres humains mâtinés de monstres : les fameux Hommes verts. Ceux-ci ne sont pas les seuls à vivre sur cette planète. Cohabitent aussi les Hommes rouges, qui ont l’apparence de Terriens. Et John Carter va tomber amoureux d’une belle captive, Dejah Thoris, et il n’aura de cesse de la délivrer des griffes des hommes verts et par là même recouvrer lui aussi la liberté.

Ces aventures martiennes ne manquent pas de charme et à la lecture des premiers épisodes, nous nous rendons compte que si Edgar Rice Burroughs a été souvent imité, et même pastiché, il demeure l’un des maitres incontestés de la littérature d’évasion. Guerriers farouches, créatures monstrueuses, dangers permanents guettant notre héros, combats homériques, évasions mouvementées, amours contrariées, rien ne manque pour captiver le lecteur assuré de passer quelques heures d’enchantement. La trame est plus dense d’épisodes en épisodes et le héros entraîne le lecteur de rebondissements en rebondissements.

burroughs.jpgLes deux premiers volumes ont été traduits en France en 1937, dans le magazine Robinson puis chez Hachette puis il fallu attendre 1971 pour découvrir les trois suivants chez Edition Spéciale. Puis les éditions Antarès en proposèrent deux autres, mais dans des tirages confidentiels, et la fin du cycle fut enfin traduite chez Lefrancq en 1995. Ce volume qui nous offre les cinq premiers romans écrit par Edgar Rice Burroughs coïncide presque avec la sortie du film d’Andrew Stanton pour les studios Disney, John Carter of Mars. Souhaitons que les éditions Omnibus proposent rapidement un second volume comprenant les six derniers épisodes afin de pouvoir lire les aventures complètes de John Carter.

Edgar Rice BURROUGHS : Le cycle de Mars. Préface de Frédéric Jaccaud. Editions Omnibus. 960 Pages. 28€.

Comprend : La Princesse de Mars ; Les Dieux de Mars ; Le Guerrier de Mars ; Thuvia, vierge de Mars ; Echecs sur Mars.

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 08:47

Prix des Lecteurs Sélection 2012.fitzek.jpg

Avocat berlinois de renom, Robert Stern est depuis dix ans plongé dans un traumatisme dont il ne peut, ne veut, s’échapper. Son fils Felix est décédé vingt huit heures après sa naissance, et sa femme a préféré le quitter et fonder une nouvelle famille avec un nouveau mari et des jumelles à la clé. Si sa réputation n’en a pas eu à pâtir, il mène en dehors de sa profession une vie spartiate. Et c’est dans ce contexte déprimant qu’une de ses anciennes maîtresses, Carina, lui donne rendez-vous dans une friche industrielle. Infirmière de profession, elle arrive accompagnée de Simon, un gamin de dix ans atteint d’une tumeur au cerveau et qu’elle soigne dans un service de neurologie. L’enfant déclare avoir tué quinze ans auparavant un homme à coups de hache. Malgré cette impossibilité matérielle, se fiant à une sorte de réincarnation, Stern et compagnie visitent les caves de l’entreprise en décrépitude et trouvent effectivement le cadavre d’un homme dont le crâne a été défoncé avec une hache. Mais leur surprise ne s’arrête pas là car Simon affirme avoir d’autres meurtres à son actif. Sept au total, échelonnés sur plusieurs années. Le commissaire Engler, auquel les autorités ont adjoint une sorte de profileur du nom de Brandmann, est chargé de cette enquête qui va bientôt révéler que le défunt n’est autre qu’un repris de justice recherché depuis des années.

Stern, qui vit en spartiate, se contente de regarder des DVD loués, principalement des documentaires animaliers, car il ne veut visionner aucun film parlant d’amour, d’enfant, et autres sujets traumatisants lui rappelant une période pénible de sa vie. Or ce soir là, la vidéo glissée dans sa boîte aux lettres n‘est pas celle escomptée. Il s’en rend compte dès les premières images. Malgré sa répulsion, il est fasciné et horrifié par ce petit film d’amateur qui montre Felix dans un petit lit d’hôpital, juste après sa naissance, avec cette marque reconnaissable, une tache sur le haut de l’épaule représentant une botte. Il assiste à la mort de l’enfant, puis une nouvelle séquence montre le bébé vivant, deux mains procédant à un échange d’enfant. Dernière séquence, un enfant d’une dizaine d’années jouant et possédant cette même tache de naissance, qui pourrait être Felix. Stern pense devenir fou tout autant par cette vision que par la voix désincarnée qui s’adresse à lui. L’homme veut qu’il retrouve celui qui a assassiné par plusieurs fois, sinon les jumelles de son ex-femme pourraient subir un sort funeste. En compagnie de Carina, de Simon et de Borchert, un ancien client producteur réalisateur de films pour adultes accusé de viol et devenu un ami, Stern va enquêter, souvent à ses risques et périls. Il n’a que quatre jours pour mener cette mission à bien, avec toujours cette menace qui plane sur lui, comme si ces faits et gestes étaient surveillés.

« Quand, quelques heures plus tôt, Robert Stern avait accepté cette rencontre insolite, il ignorait qu’il avait pris rendez-vous avec la mort ». Dès les premières phrases le lecteur est averti. Il va se trouver englué dans une histoire étouffante, énervante, crispante, captivante, envoutante, obsessionnelle, oscillant entre horreur, terreur, machiavélisme, et où toutes les indications, même les plus elliptiques, ne sont pas placées pour rien. La présence quasi permanente de Simon, atteint d’une tumeur cérébrale, n’est pas étrangère à cette impression de fascination presque morbide ressentie en lisant cette histoire. Le lecteur pourra s’étonner que des coïncidences se greffent trop bien dans l’intrigue, mais tout sera expliqué en épilogue, ou presque. La marque de fabrique Fitzek imprègne ce roman qui ressemble à ces deux précédents romans traduits en France (Ne les crois pas et Thérapie), et qui pourtant est totalement différente. Le fantastique pourrait prendre le pas, mais il est occulté même si le lecteur croit voyager dans l’invraisemblable.

Sebastian FITZEK : Tu ne te souviendras pas. (Das Kind – 2009) traduit de l’allemand par Jean-Marie Argelès. Le Livre de Poche Thriller N° 32546. 406 pages. Réédition des Editions de l’Archipel – 2010).

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 07:23

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Noircitude : déclinaison ségolènesque royale de Noiceur, à comparer avec Bravitude. La Noircitude est à la noirceur ce que la Bravitude est à la bravoure. L’étendard d’une qualité innée.

La Noircitude, c’est démontrer, mine de rien, la noirceur d’une ville, d’un instant, d’une nuit, d’un personnage, d’une recherche, d’une servitude par le truchement d’un texte accompagné de photos en noir et blanc floutées, soumises à l’étude minutieuse de la solitude.

Afin d’éviter aux lecteurs une certaine lassitude, ne pas le clouer dans des habitudes qui peuvent se révéler à la longue qu’une attitude blasée, les auteurs, le photographe et le littérateur, étirent la longitude et la latitude d’une phrase jusqu’à la placer en un point X qui la transperce.

Un texte d’où la béatitude est absente, des images qui forent l’exactitude des mots, un ensemble qui déboulonne la rectitude d’un poème sans ponctuation, un rêve dans lequel la similitude d’un cauchemar vous envahit, des photos qui frôlent l’incertitude, et déjà le livret se clôt dans une infinitude de souvenirs.

Résumer cette espèce de plaquage entre mots et clichés ne confine pas à la certitude mais à la dissimilitude, à la recherche de la mansuétude et du vertige de l’altitude dans la rêverie. Loin de la servitude le lecteur ressent de l’inquiétude face à la multitude exploratoire.

Une complétude à apprécier sans promptitude, à déguster sans turpitude, car la plénitude vous amène à réfléchir à la quiétude d’une nuit sans désuétude.

Ne prenez pas ces quelques mots pour une étude, mais la gratitude d’un lecteur face à une entreprise sans platitude.

Vous pouvez pointer le curseur de votre souris sur les sites de Hugo Miserey et de Max Obione, sans vous offusquer de ma sollicitude.

Hugo MISEREY & Max OBIONE : Mine de rien. Collection Noircitudes. Editions Krakoen. 48 pages. 7€.

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 09:02

 toncoeur


Vous vous êtes sûrement tous un jour amusés à relever les petites divergences entre deux dessins, alors que vous attendez votre tour dans une salle d’attente, avec le fameux jeu dit des 7 erreurs. Il faut retrouver sept divergences, parfois minimes, entre deux dessins. Changements de couleur ou de forme, déplacement, ajout ou suppression. Sur Terre, c’est tout le contraire qui est proposé à l’observation d’un être humain. La différence prévaut, d’abord dans le sexe, masculin féminin, puis dans la couleur de peau, de cheveux, des yeux, dans l’aspect physique, mental, moral. Seuls échappent à la différence les sosies et les jumeaux, et encore pas tous. Ce son les premiers différents de la planète. Après il faut regarder autour de soi, et on se rend compte que certaines divergences « choquent » plus que d’autres, attirent plus l’œil que d’autres. Le regard de la majorité qui n’est plus différente sur la minorité qui arbore involontairement des divergences, des handicaps physiques ou mentaux. Un regard souvent teinté de gêne, de mépris, de honte, de curiosité malsaine, de condescendance, d’apitoiement, posé sur des handicapés qui eux-mêmes nous dévisagent avec des points d’interrogation. Nous aussi sommes différents d’eux, et ils ont droit de posséder un avis de défiance.

Dans ce recueil, quinze auteurs, tous différents les uns des autres par la sensibilité, le style narratif, les préoccupations, se sont investis suite à un défi lancé lors des Quais du Polar à Lyon en mars 2011. Une initiative prise au sérieux et organisée par Fabien Hérisson du site Livresque du Noir. Et à l’unanimité, il a été décidé que les droits d’auteurs iraient au bénéfice d’une association ou d’une œuvre humanitaire. Le choix s’est porté sur l’association dunkerquoise Ecoute ton Cœur, créée en 2008, dont le but est de sensibiliser le grand public à la question sur l’autisme, mais aussi et surtout de proposer aux enfants des activités sportives dispensées par des éducateurs spécialisés.

Les quinze auteurs qui ont relevé ce défi se nomment, par ordre alphabétique : Laurence Biberfeld, Valéry Le Bonnec, Thierry Brun, Paul Colize, Patrick de Friberg, Bob García, Sébastien Gendron, Maxime Gillio, Fabien Hérisson, Sophie Loubière, Gaëlle Perrin, Elena Piacentini, Hervé Sard, Nicolas Sker, Michel Vigneron. Certains noms ne vous sont pas inconnus, au contraire, vous avez pu lire et apprécier leurs ouvrages. D’autres, pour moi du moins, sont des inconnus, et le seul reproche que je puisse effectuer, c’est le manque de présentation, en quelques lignes, de ces participants.

Etant donné qu’il serait fastidieux, autant pour vous que pour moi, de vous résumer toutes ces nouvelles, je me contenterai donc de vous en proposer quelques-unes, représentatives des regards portés sur une frange de la société, qui méritent que l’on s’intéresse à elle sans pour autant que l’on ait l’impression de traîner dans une foire aux monstres comme cela se faisait dans le temps dans les fêtes foraines pour l’édification des badauds.

Alors voici, dans un mélange totalement improvisé, quelques histoires significatives des différents ostracismes qui polluent notre société.

Dans On a déconné de Sébastien Gendron, trois jeunes Roms enlèvent, à la faveur d’un hasard facétieux le ministre de l’Intérieur. Il lit les pages saumon d’un quotidien national, près d’un kiosque à journaux. La place Beauvau est déserte, la tentation est trop grande pour ne pas y succomber. Rien n’avait été prémédité et pourtant voici ce représentant de la République qui porte de petites lunettes sans monture et une impeccable coupe de cheveux entrainé dans la camionnette des trois kidnappeurs. Ils ne lui reprochent rien, sauf qu’il a dans les yeux toute la haine que leur peuple lui inspire. Toute la haine qu’il a toujours inspirée tout au long de l’histoire. « Ce qu’il y a de terrible dans le regard de cet homme, c’est qu’il est ministre et qu’à travers lui, cette haine entre dans l’institution de votre pays ».

La ségrégation ethnique et raciale se trouve partout, comme le souligne Valéry Le Bonnec dans La petite mécanique de l’horreur. L’histoire qui s’inspire de faits réels, se déroule dans la province de Muramvya au Burundi. De jeunes albinos sont traqués puis sacrifiés selon des coutumes plus ou moins ancestrales par des chasseurs qui empocheront une prime leur permettant de manger, de s’acheter des habits, de réparer leur maison. Une histoire dont les phrases partent en lambeaux ou en tronçons.

Dans Asperger, mon amour, l’auteur, Maxime Gillio, se coule dans la peau de la narratrice, Pauline, onze ans, et raconte son histoire à la première personne. Selon sa mère, Pauline a de la chance car elle va entrer au collège, intégrer une classe dite ULIS. Et tout le monde n’a pas la chance de pouvoir en bénéficier. Mais Pauline, lorsqu’elle est contente, aime tirer les cheveux de ses petites camarades, de les serrer fort pour les embrasser, de leur toucher les oreilles, de dire des gros mots. Les copines sont flattées, elles rigolent, sauf lorsque Pauline est un peu trop violente dans ses démonstrations. Et cela dégénère souvent. Pauline va voir une pédopsychiatre, il y a des mots qu’elle ne comprend pas toujours, alors elle recherche leur signification dans le dictionnaire. Mais Pauline parfois en a marre d’être autiste, c’est trop nul.

Dans un autre registre Bob Garcia nous entraine, avec Sonic World, dans l’univers d’un petit garçon rançonné par d’autres enfants. Il en a peur, surtout de Jimmy qui a une voix de crécelle. Avec quelques copains, Jimmy et sa bande attendent Tom à la sortie de l’école et en profitent alors qu’il traverse un terrain vague pour le battre jusqu’à ce qu’il leur donne vingt euros. Tom prélève l’argent dans le porte-monnaie de sa mère, sans qu’elle s’en rende compte, crois-t-il, mais cela ne peut plus durer. Rentrer tous les soirs, griffé, les vêtements en lambeaux, le cartable et les affaires qu’il contient détériorés, cela n’aura qu’un temps. La rédemption passera peut-être par la musique.

La bête noire, d’Elena Piacentini, est un clin d’œil à la Bête et le Belle dans les montagnes corses. Un homme né laid, une jeune femme belle à croquer qui dès son enfance a été habituée à figurer dans les pages modes des magazines féminins, une rencontre, puis la mort. Evidemment les mauvaises langues se déchainent lors de la découverte d’un cadavre et seul un être qui ne ressemble pas à tout le monde, même s’il est essentiel dans le village, devient le premier suspect.

Patrick de Friberg jour sur une corde sensible, celle de la science. Une simple sortie de famille se déroule le 11 mars 2012, un an après le tsunami de Sendai sur les côtes japonaises. Guy Gagnon, un entrepreneur canadien qui ne pense qu’à son travail, a été obligé de se plier aux conseils de son psy qui lui a ordonné, presque, de prendre une journée de repos à la pêche en mer avec son fils et quelques marins. Il enrage mais il faut faire avec. S’il avait su qu’un autre tsunami se préparait sous une autre forme, il aurait sûrement différé sa balade en mer.

Le titre Être une femme de Nicolas Sker, résume presque à lui seul la teneur de cette nouvelle. Presque. Et il serait dommage de déflorer l’intrigue et lui en faire perdre toute sa saveur, même si la violence est au rendez-vous. La voix des autres d’Hervé Sard est à découvrir elle aussi comme on enlève peu à peu les voiles qui sont posés définitivement sur les yeux. Disons que Gabrielle se meurt d’un cancer, elle n’en a plus que pour quelques jours, alors autant franchir rapidement la frontière. Elle organise son suicide elle-même. De rire et de couleurs de Michel Vigneron se déroule dans un IME, Institut médico éducatif. Les parents de Sam ne pouvaient plus garder ce bébé âgé de douze ans qui ne peut être déplacé que dans un fauteuil roulant. Les soignantes et les éducatrices sont aux petits soins pour Sam. Elles changent régulièrement ses couches, elles le bichonnent, elles lui parlent gentiment, n’attendant aucune réponse de sa part. Mais dans l’IME court le bruit qu’un des patient est décédé bêtement, oubliant de respirer. Enfin, dans Dignité perdue, Fabien Hérisson met en scène un chirurgien qui tout en écoutant une patiente qui jacasse, piaille, cancane et parle d’elle comme si elle était la plus intéressante personne au monde. Lui il revoit sa jeunesse, son amour du scalpel et la première fois qu’il a pratiqué une opération à plastique ouvert sur une poupée appartenant à sa sœur. Les coups que son père lui assénait à coups de ceinture ou son odorat développé lui permettant de renifler du sang à plusieurs mètres de distance. Fabien Hérisson ne se contente pas de relater ce qui va suivre entre ces deux personnages centraux mais aime à digresser sur de petits faits de société, comme la téléréalité par exemple.

Un recueil qui nous plonge dans l’enfer des victimes de nos regards, de nos pensées, de nos appréhensions, de la discrimination inconsciente parfois de notre part, du rejet de la société par effet de contamination, et qui se traduisent par des moqueries, des violences verbales ou physiques.

Vous pouvez retrouver l'article de Bruno sur son blog : Passion Polar.

Les auteurs du noir face à la différence. Editions Jigal. 208 pages.16,50€.

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 10:27

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Préalablement à la mise en lignes de mes chroniques sur les nouveautés (et pourquoi pas quelques anciennes parutions) des éditions Jigal, il m’a semblé intéressant de réaliser un petit entretien avec le créateur de cette maison d’éditions.


Avant Polar Jigal, les éditions Jigal existaient déjà. Quel était leur cheval de bataille et depuis quand existent-elles ?

- En effet, nous avons eu une autre vie avant le Polar. Les Éditions Jigal ont été créées en 1989 par Véronique Gisz et moi-même. Et nous nous occupions alors tout particulièrement de musique, tout d’abord avec l’édition (pendant vingt ans) du Guide de la Musique, la bible du showbiz, puis avec la création de delamusic.com — un site internet pour tout savoir et tout trouver facilement sur la musique. J’ai également été attaché de presse et me suis alors occupé de la promotion de nombreux artistes, chanteurs et groupes.

 

Comment est venue cette idée de créer une collection spécifique ?congre

- A la fin des années 90, j’avais envie de changer d’air, de voir autre chose, de construire une autre histoire… Lecteur boulimique depuis toujours, et conforté par notre première expérience de l’édition, l’envie d’éditer des romans faisait son chemin depuis déjà un moment, il me fallait juste trouver le bon moment, le bon déclic… Ce qui fut fait en 98 quand nous est arrivé un manuscrit sur lequel nous avons eu envie de foncer avec beaucoup d’enthousiasme et de naïveté… C’était « Le Baiser du Congre » et le début de la collection polar.

 

Quelle est votre production annuelle ?

- Comme vous le savez, nous sommes un éditeur indépendant et ne souhaitons ni ne pouvons lutter avec les mastodontes du secteur en terme de quantité de bouquins édités. Nous apportons plutôt notre pierre à l’édifice… avec notre particularisme, notre manière de faire et nos envies… Pour cela nous essayons d’optimiser… nos choix éditoriaux, nos auteurs, nos relations — avec la presse, avec les libraires —, bref tout ce qui à terme et a posteriori va construire une ligne éditoriale cohérente. Actuellement nous publions environ une dizaine de formats « nouveauté » et 3 ou 4 poches par an. C’est suffisant pour occuper pleinement nos journées et même un peu plus !

 

paradoxe.jpgQuestion indiscrète : quel est le tirage moyen d’un roman ?

- Suivant les titres et les auteurs, nous imprimons en général et pour un premier tirage environ 1500 ou 2000 exemplaires… Ensuite…  et ben tout dépend… de l’actualité, des réactions de la presse, de l’emballement parfois des prix littéraires et des libraires… Il faut être réactif. Nous l’avons récemment vécu avec le Prix SNCF du Polar 2011 que nous venons de recevoir avec le roman de Philippe Georget. Heureusement la technologie a aujourd’hui du bon et permet une grande souplesse et une grande réactivité si nécessaire. Comme vous le savez, nous avons comme (autre) particularité de nous distribuer nous-mêmes. Ce qui est à la fois une force et un challenge, mais nous demande en permanence d’être au four et au moulin. Ainsi va la vie de l’éditeur…

 

Vous possédez un fond d’auteurs fidèles, comme Gilles Del Pappas, Serge Scotto, Maurice Gouiran, André Fortin, qui possèdent leur propre sensibilité et leur univers. Comment arrivez-vous à les gérer malgré leur succès ?

- Tout d’abord, on ne peut pas être éditeur sans auteurs… Ensuite une boîte comme la nôtre, indépendante donc, doit savoir optimiser et concentrer ses forces. Et pallier également à nos faiblesses — le manque de moyen bien sûr. Donc nous avons eu envie depuis le début de ne publier que les romans pour lesquels on avait vraiment envie de se défoncer… Il suffit de rentrer dans une grande surface spécialisée livres, une Fnac par exemple — pour ne pas la nommer — qui représente une sorte de cauchemar d’éditeur vu le nombre hallucinant de romans présentés… Comment faire pour que nos romans non seulement y soient représentés, mais surtout vus et achetés… Bref, un long et long combat mélange de travail de titan, de moine et de fourmi… un vrai boulot d’éditeur en quelque sorte… ! Bref tout ça pour dire, qu’une des forces potentielles d’un éditeur indépendant, c’est les auteurs. Nous ne sommes sûrement pas parfaits — quoique ;-) —, mais mon équipe et moi-même avons à cœur de « mettre le paquet » sur chacun des titres que nous éditons. Cela se sent et se voit, je pense ! Ça ne fonctionne évidemment pas à 100% ni pour tous les titres malheureusement, mais ça nous a permis malgré tout d’avoir quelques belles réussites et de nombreuses récompenses… D’autre part, n’oublions pas que le livre est un produit lent. Lent dans sa création, lent dans sa promotion, lent dans sa durée… Et comme nous ne publions que des auteurs inconnus au départ (ou presque pour la plupart), il nous faut du temps. Pour peaufiner le manuscrit, le publier, pour faire connaître l’auteur, pour l’inscrire dans la durée, pour le faire participer à quelques salons, etc. etc. … Plusieurs romans sont parfois nécessaires… Même s’il n’y a pas de règle. Et que parfois certains titres décollent plus vite que d’autres… !

 

Quoique basée à Marseille, votre production déborde souvent du cadre.priere.jpg Vous n’êtes donc pas un éditeur régionaliste ?

- Avant d’être basées à Marseille, les Éditions Jigal ont été basées à Paris XIV pendant plus de 15 ans… Et nous éditions déjà (et entre autres) des polars ayant des saveurs du sud… Tout cela pour dire, que non, nous n’avons pas vocation à publier des romans et des auteurs régionalistes. Même si plusieurs de nos auteurs — et non des moindres — sont originaires du sud, nous avons également publié des auteurs en provenance d’Algérie (avec Adlène Meddi), du Maroc (Pierre Boussel) et même du Gabon (avec bien sûr Janis Otsiemi). Plus que le sud au sens strict, nous sommes à l’évidence davantage attiré par LES suds. Et j’en profite pour lancer un appel à tous les auteurs de polar du pourtour méditerranéen, la Grèce, la Lybie, la Syrie, toutes ces régions… Qu’ils n’hésitent pas à me contacter… Mais ceci dit, tout cela ne nous empêchera pas de déroger à cette règle si un auteur venu d’ailleurs nous envoie un gros coup de cœur…

 

Parmi vos auteurs, vous publiez un auteur Gabonais, Janis Otsiémi. Qu’est-ce qui vous a plu dans son écriture ? Comment l’avez-vous connu ?

sale-boulot.jpg- Janis Otsiémi, nous nous sommes « rencontrés » par Internet… J’étais tombé lors de mes multiples recherches concernant les auteurs des « suds » sur un article vantant ses premiers écrits. Et j’ai immédiatement craqué à la lecture du premier manuscrit qu’il m’a proposé. C’était « La vie est un sale boulot ». Déjà le titre… ! Depuis ce roman a reçu le Prix du Roman Gabonais, pas mal pour un début. Bien qu’un peu éloigné des rives méditerranéennes, j’ai eu la sensation que ce titre était très proche de notre ligne éditoriale. Et puis… quelle écriture, quelle verve, quelle langue… ! J’adore. Nous venons cette semaine de sortir son troisième polar, « Le Chasseur de lucioles » Et je suis très heureux de voir que pas mal de monde commence à s’intéresser à lui et à ses romans… Il a, l’année dernière, été invité au Festival Étonnants Voyageurs de Bamako puis à celui de Saint Malo… Et je pense que ce n’est que le début et que Janis Otsiémi est un des talents les plus prometteurs du polar africain actuel.

 

Vous recevez comment de manuscrits par mois ?

- 50, 60, 80… Je ne sais plus, je ne compte plus… — quand on aime… — Ce que je sais c’est que cela représente pas mal d’heures de lecture…  et de nuits blanches ! Mais quel plaisir quand (parfois) on « tombe » sur quelques lignes superbes… sur une histoire qui accroche, sur un bouquin qu’on n’arrive pas à lâcher… et qu’on se dit : « wao, super, j’adore… pourvu que cela dure tout au long du récit… ». Ce qui est (parfois) le cas… et qui se traduit (parfois) et beaucoup plus tard par la parution d’un roman, et d’un nouvel auteur jusqu’alors inconnu… E la nave va… !

 

Comment s’effectue votre choix ?

- Au coup de cœur, à l’intuition et au plaisir, uniquement ! C’est probablement partial ou injuste, mais le seul choix qui nous permette — à mes collaborateurs et à moi-même — de mettre la gomme sur un nouveau titre ou un nouvel auteur… ! Et puis comme je le disais plus haut, quel plaisir d’essayer de faire partager nos coups de cœur, de faire exister de nouveaux auteurs, et de constater quelque temps plus tard que l’on est pas tout seul à apprécier… !

 

Faites-vous retravailler les manuscrits en profondeur par les auteurs, ou leur faites-vous confiance ?

- Là encore, pas de règles pré établies… Certains romans ne demandent qu’un œil averti et une correction classique de base. Une vraie chance. Mais parfois, c’est plus complexe et tous les cas de figure peuvent se poser… Parfois une grosse réécriture s’avère nécessaire — c’est arrivé —, parfois il faut couper une centaine de pages — c’est également arrivé — et ce n’est ni simple ni évident. Mais ça fait partie des choix d’édition, des paris, des risques, des intuitions, des « trucs » que l’on sent et que l’on a envie de mener à bien et au mieux… !  L’écriture n’est pas innée… et ce n’est pas non plus une science exacte. Il nous faut là-dedans, nous auteur et éditeur associés, trouver la bonne formule, le bon tempo, la bonne histoire… La concurrence est rude comme vous pouvez le constater… il est donc indispensable de proposer le meilleur pour avoir une chance d’être présent sur les étals de toutes les bonnes librairies… et d’y rester !

 

Basées en province, les éditions Jigal peuvent-elles concurrencer les maisons dites parisiennes ?

- Euh… qui ça… ? ;-) Plus sérieusement, Jigal ne concurrence personne… Jigal suit sa voie et essaie d’apporter quelques bons bouquins à la pyramide. Nous avons eu le plaisir, ces dernières années, de découvrir et de faire apprécier quelques auteurs de talent qui font aujourd’hui partie du sérail… et nous espérons bien continuer à faire quelques belles découvertes et surtout à les faire partager. N’oublions pas la finalité dans tout cela — et c’est un lecteur qui vous parle — le plaisir des lectures… ! Le reste, ici ou ailleurs, cela n’a finalement pas vraiment d’importance. D’autant qu’encore une fois la technologie nous permet bien des audaces… un imprimeur quelque part en Europe, une graphiste en région parisienne, un photographe ailleurs, un stock à la campagne, un bureau près du Vieux Port, des journalistes et des libraires aux 4 coins de la planète … Et une bonne connexion Internet qui permet de faire le lien !

 

Le succès d’un livre ou d’un auteur passe aussi par la traduction à l’étranger. Qu’en est-il pour Jigal ?

- Nous travaillons depuis quelques années avec Pierre Astier de l’Agence Pierre Astier & Associés, un des agents les plus pointus sur la place de Paris. Et qui fait un boulot exceptionnel vers l’étranger. Nous avons déjà vendu grâce à lui plusieurs titres en Allemagne, en Italie, en Grèce et venons tout récemment de vendre les droits des romans de Philippe Georget non seulement en Italie (d’autres pays sont en cours de négociation), mais également dans une prestigieuse collection « poche » en France. Et il y a fort à parier qu’il y aura d’autres cessions de droits cette année… Mais là encore, il est nécessaire d’être patient.

 

Vos projets ?

- L’édition, c’est un métier de fous et de passionnés… Mais comme disait Audiard « Heureux soient les fêlés car ils laissent passer la lumière… ». Alors nos projets… ? Continuer… chercher… lire… trouver encore quelques perles… et le moyen de les partager avec davantage de lecteurs… Avec passion et détermination !

  Et pour prolonger votre plaisir, pourquoi ne pas visiter le site des éditions Jigal et découvrir leur catalogue !JIMMYGALLIER2.jpg

 

Jimmy Gallier / Marseille le 16 février 2012.

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 14:42

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Tout le monde, ou presque, a entendu parler des Editions du Scorpion, ne serait-ce que grâce, ou à cause, des romans sulfureux de Boris Vian sous pseudonyme : J’irai cracher sur vos tombes, Les morts ont tous la même peau, Et on tuera tous les affreux ou encore Elles se rendent pas compte. Mais limiter la production des éditions du Scorpion au seul Boris Vian, et ce malgré toute son aura et son talent, serait réducteur car le catalogue ne se contente pas à la publication de ces quelques ouvrages.

En effet on découvre que le catalogue des éditions du Scorpion était éclectique, proposant aussi bien des classiques comme Ferragus de Balzac, un livre extrêmement rare à dénicher mais dont la publication ne semble pas mise en doute, ou encore Miss Henriette Stralson du Marquis de Sade publié à 1200 exemplaires selon une publicité parue dans le numéro 42/43 de Bibliographie de la France, l’ancêtre de Livres Hebdo, en octobre 1946. Si ces deux titres inauguraient le catalogue, avec Rongetout-Trapue et Trotinette-Moustachue, texte d’Alexis Remizov, illustrations de Jean Cagnard, un petit ouvrage de 16 pages qui semble être un essai avant le plongeon dans le grand bain, de nombreux auteurs deviendront célèbres aussi bien dans le domaine policier que généraliste.

Dans la catégorie romans policiers on trouve Raymond Marshall, plus connu sous le nom de James Hadley Chase, ou Pierre Salva qui livra de nombreux romans par la suite aux éditions du Masque, qui à l’époque étaient connues sous le nom de Librairie des Champs Elysées, de Maurice Raphaël qui se fera connaître par la suite sous le nom d’Ange Bastiani, de Thomas Narcejac et Terry Stewart dans un titre évocateur, Faut que ça saigne, Terry Stewart n’étant autre que Serge Arcouët alias Serge Laforest qui fit les grandes heures du Fleuve Noir, et Thomas Narcejac, avant son association avec Pierre Boileau qui était l’auteur d’un essai La fin d’un bluff un peu en contradiction avec ce roman et dans lequel il fustigeait le roman noir. Dans la catégorie plus ou moins généraliste, deux romans signés Sally Mara traduction de Michel Presle, les deux noms cachant le futur Raymond Queneau. Je pourrais ajouter à ces quelques auteurs James Cain pour Coups de tête suivi dans le catalogue par Appel des sexes signé par… Marthe Richard, célèbre pour avoir fermé les maisons closes en France. Mais bien d’autres auteurs figurent au tableau de chasse de Jean D’Halluin, le créateur des éditions du Scorpion. Je me contenterai de citer Dominique Rocher, qui publia par la suite de nombreux romans dans la collection Angoisse du Fleuve Noir et de Jacques Sadoul, qui devint directeur littéraire chez Frédéric Ditis, grand promoteur de la SF en France et auteur de nombreux ouvrages et dictionnaires sur la littérature populaire, ainsi que le grand pourvoyeur de romans d’aventures Maurice Dekobra qui s’imposa avec une douzaine de titres, devançant Vian/Sullivan qui eut l’heur de voir sept titres publiés chez cet éditeur.

S’entourant de spécialistes comme Franck Evrard, bibliophile émérite, Dominique Rocher qui fut auteur au Scorpion, et quelques autres qui apportent leurs connaissances et leurs témoignages, François Darnaudet et Etienne Borgès ne se contentent pas de recenser les ouvrages parus, mais proposent un historique des éditions du Scorpion de 1946 à 1969 et qui se divise en quatre périodes. Un historique complété d’anecdotes ainsi que des illustrations de couvertures.

Dans la seconde partie de cet ouvrage Etienne Borges nous invite à nous pencher sur un roman anglais publié en 1951 signé Griff : I spit on your grave, qui est quasiment le titre de J’irai cracher sur vos tombes faussement traduit par Boris Vian de I shall spit on your graves signé Vernon Sullivan et publié en 1948. Quasiment le titre mais quasiment aussi l’intrigue. Un plagiat en quelque sorte mais à l’époque qui s’en est ému et a brandi l’étendard Hadopi ?

Etant génération livre concret et non virtuel (ce qui est un peu contradictoire avec la tenue d’un blog qui lui est bien virtuel !), je regrette que cet essai sur les éditions du Scorpion ne soient pas proposé en version papier mais je comprends fort bien la démarche de François Darnaudet et d’Etienne Borgers du site Polar Noir. Qui oserait éditer un tel essai, un opuscule consacré à une maison d’éditions qui connut des hauts et des bas, au catalogue impressionnant, éclectique, parfois confidentiel, mais qui n’a vraiment marqué son époque que par la publication des romans de Vian/Sullivan, malgré de très bons auteurs. Mais les lecteurs modernes, qui sont à la pointe du progrès, ne se refuseront certainement ce petit ouvrage littéraire intéressant.

Un très gros travail de recherche historique et de référencement du catalogue de la part des auteurs, sur une maison d’éditions qui n’a pas livré tous ses secrets.

François DARNAUDET et Etienne BORGERS : Les éditions du Scorpion, de Boris Vian à Maurice Dekobra. Suivi de Boris Vian, le pasticheur plagié : un plagiat britannique de Vernon Sullivan par Etienne Borgres. Kindle Amazon : 3,58€.

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 16:57

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Le Placard, c’est un petit immeuble de deux étages coincé entre un marchand de journaux, épicier et marchand de vin et un restaurant chinois, dans un quartier déshérité de Londres. C’est un endroit où sont relégués des agents du MI5 ayant failli au cours d’une mission qui leur a été confié, ou pour une raison liée à un défaut incompatible avec leur travail d’agent secret.

Ainsi River Cartwright, qui était promis à un bel avenir et comptait bien grimper les échelons plus rapidement qu’un singe à un cocotier, a lamentablement échoué lors d’un exercice antiterroriste dans le métro londonien. Une histoire de couleurs vestimentaires, une erreur qu’il attribue à son ami James Webb, alias Spider, lequel aurait interverti lors de la présentation de sa mission le bleu et le blanc d’une chemise et d’un tee-shirt. Une méprise qui se solde par quelques morts, une centaine de blessés, trente millions de livres de dégâts et surtout deux milliards et demi de livres perdus pour le tourisme. Et il semblerait bien que ce soit cette dernière donnée qui transforma une bourde en un fiasco. Tout est fictif, mais quand même. Donc James Webb était son ami huit mois auparavant, depuis il ne l’a pas revu, River est au rancard et Spider toujours à Regent’s Street. Et encore il paraitrait que River ait eu de la chance en possédant un grand-père influent, sinon, c’était la porte, descente des escaliers sur les fesses sans tapis rouge.

Le patron des Tocards, Jackson Lamb, n’a rien d’un agneau mais serait plutôt un lion rugissant dans sa tanière. Théoriquement les Tocards ne sont là que pour brasser des papiers, relever des indices, fouiller sur Internet les messages émanant, ou susceptibles d’émaner, de groupuscules terroristes. C’est ainsi que River est chargé de récupérer la poubelle d’un journaliste grenouillant dans les milieux fascistes, et que sa collègue Sid doit procéder à un échange de clé USB. En effet Robert Hobden, la cible, possède ses habitudes. Tous les matins il se rend dans le même café et afin de pouvoir s’adonner à la lecture de sa pile de journaux, auxquels il a collaboré dans le temps, il dépose sur la table ses affaires personnelles, dont la clé USB qui est attachée à un porte-clefs. Tandis que River se bat avec les détritus à la recherche d’il ne sait quoi, Sid opère la substitution avec brio. Il ne reste plus à River qu’à convoyer dans une mallette sécurisée la fameuse clé, mais comme c’est un petit fouineur, il ouvre l’attaché-case, ce qui lui endommage la main gauche. Et tout ça pour des fichiers qui sont des déclinaisons de chiffres à l’infini. Il remet toutefois la mallette à James Webb, dans l’antre du MI5, qui est dirigée par Diana Taverner, alias Lady Di, en remplacement de sa chef partie en déplacement aux Etats-Unis.

Entre Lamb et Taverner, c’est un peu la guerre froide des services, les rebuts et le gratin. Un matin tout les reclus ou presque de la maison des Tocards, tous sont agglutinés devant l’écran d’un ordinateur sur lequel passe en boucle une vidéo montrant un jeune homme cagoulé tenant dans les mains le journal du jour. De quoi alimenter les conversations, et aviver un peu plus les rancunes entre Lamb et Taverner. Il faut délivrer cet homme et pour Lamb et ses sous-fifres, y arriver avant les officiels du MI5.

Oui, mais voilà, comme dans tous bons services organisés, les fuites se produisent, et les coups bas pleuvent. Comme si dans la nuit les supposés alliés se battaient entre eux en se trompant d’ennemis.

mick-herron.jpgDébutant un peu comme une histoire dans laquelle Max la menace aurait le beau rôle (Je rappelle pour les non-initiés que cette série américaine créée par Mel Brooks et Buck Henry et composée de 138 épisodes diffusés en France sur la deuxième chaîne de l’ORTF à partir de 1968, est régulièrement rediffusée sur les nouvelles chaînes et dernièrement sur Arte, ce qui démontre la haute teneur de ces petits films humoristiques et déjantés), ce roman pourrait aussi s’inspirer des œuvres de Peter Cheney lorsqu’il s’adonna au genre de l’espionnage (Héros de l’ombre, Sombre interlude, Duel dans l’ombre) les boissons alcoolisées en moins. Voire Graham Greene qui flirta avec le genre dans Le Ministère de la peur, L’Agent secret, et quelques autres ou encore Somerset Maugham avec Mr Ashenden, agent secret. En effet un léger humour se dégage, surtout dans les dialogues, subtilement, sans vraiment être poussé, afin de laisser une chance aux Tocards de se réhabiliter et ne pas tomber dans la parodie, mais suffisamment noir et machiavélique pour entretenir le suspense de façon prégnante. Pas vraiment roman d’espionnage, d’ailleurs il n’est pas annoncé comme tel, il s’inscrit plus dans un roman noir, mettant en scène une sorte de guerre des services, et le côté policier réside dans l’enlèvement d’un jeune Pakistanais vivant en Grande Bretagne, dont les jours sont comptés selon les ravisseurs, jouant sur les multiples facettes de la manipulation et pointant d’un doigt mollement tendu la résurgence (mais y-a-t-il eu véritablement un début de disparition) de l’extrême-droite et du racisme.

De l’échec considéré comme un des beaux-arts, aurait pu être le sous-titre de ce roman, qui parfois m’a semblé toutefois un peu longuet par moments.

 

Vous pouvez également lire la chronique de Bruno sur Passion Polar


 

Mick HERRON : La Maison des tocards. (Slow horses – 2010. Trad. de Samuel Sfez). Collection Sang d’encre. Editions Presses da la Cité. 382 pages. 21€.

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