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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 14:46

Le Poulpe n'aime pas les sectes et il les combat : doit-on l'appeler Un Secticide ?

 

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Ancien papetier, célibataire, libertaire, réfractaire aux innovations, noctambule dérivant dans les rues de son quartier de Ménilmontant, préférant la compagnie des chats à celle des hommes, Jean Dussert en entendant une sorte de miaulement en provenance d'une ruelle pense qu'un félidé est en mauvaise posture. Il s'agit d'une jeune femme salement amochée et pour une fois il ne peut que se féliciter qu'une voiture patrouille de la police passe non loin.

Evidemment ce fait-divers n'échappe pas aux journalistes et Gérard, le patron du restaurant Au Pied de Porc à la Sainte-Scolasse s'empresse, malgré ses soucis (Vlad son serveur l'a quitté sans préavis), de montrer l'entrefilet à son meilleur client et ami, Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe dénommé ainsi à cause de la longueur démesurée de ses bras. Petites précisions utiles pour qui ne connait pas encore le héros de cette série initiée par Jean-Bernard Pouy. Mais revenons à notre Poulpe qui ressent d'un seul coup le besoin de repartir en chasse.

Selon le journaliste, la jeune fille, qui aurait été violée et charcutée entre les jambes, aurait fait partie d'une secte dont les agissements sont bien connus, viols, abus, détournement d'argent de ceux qui y adhèrent, anti-avortement, relations très proches avec des partis d'extrême-droite, et qui prévoit la fin du monde pour 2008 (je précise que ce roman, toujours disponible, a été écrit et publié en 1997). Bref le genre de groupuscule que Lecouvreur abhorre.

Avant de débuter son enquête sur Ambre Solaire, tel est l'intitulé de cette secte, Gabriel Lecouvreur prévient Chéryl, sa chérie, qu'il est obligé de s'absenter, ce qui la défrise (elle est coiffeuse), et mande à son ami Pedro, le vieil anar, quelques vrais faux papiers et des munitions ainsi que des renseignements susceptibles (comme le Poulpe) de l'aider. La victime se nommait Bettina Viral et avait une sœur comédienne, Laure Moureau (ce qui fait mieux sur une affiche que Viral) tandis que le siège officiel de la secte tient ses assises dans un village des Yvelines, non loin de Versailles, du nom de Garpeau, village cher aux magasins ED.

Le Poulpe, qui a pris l'identité de Gilbert Lecoeur, se présente comme journaliste indépendant auprès de Laure d'abord par téléphone puis en son domicile versaillais. Le Poule est subjugué à la vue de la petite Viral qui d'ailleurs n'est pas si petite mais rousse et fort bien garnie du buste mais non poitrinaire, ce qui ne l'empêche pas d'apprendre que Bettina était devenue complètement barjot au contact de la secte. Il fait la connaissance par la même occasion de Serge Froissard, ce qui ne le froisse pas, chirurgien dentiste de profession, qui fait partie d'une association qui combat les sectes en général et Ambre Lunaire en particulier. Son fils est entre les griffes de cette secte depuis deux ans et il en a pris ombrage aussi il a constitué un imposant dossier et informe notre héros qu'une cérémonie doit avoir lieu le dimanche soir. Alors il ne reste plus qu'à passer à l'action.

 

Si l'histoire et l'intrigue qui la compose sont relativement simples, le récit vaut surtout pour l'humour qui l'imprègne. Entre jeux de mots, calembours, à-peu-près, le lecteur a le choix, même si parfois il faut relire par deux fois la phrase afin de l'apprécier à leur juste valeur. D'ailleurs une citation signée de K. Lang-Bourg figure en avant-propos : Quand les troncs pètent sous les vents d'anges, fais gaffe aux verts missels de la Saint Taxe. Ou encore plus loin dans le texte : Et puis c'est bien d'avoir sa piscine à soi. Comme dit K. L.-B., ça évite de faire l'aqueux à l'entrée d'une piscine publique trop polluée pour être eau nette. Les têtes de chapitres n'échappent pas à ces envolées spirituelle. Ainsi : Où six verres sales me sont contés. Peut-être abstrus aujourd'hui mais ceux qui connaissent les films de Sacha Guitry reconnaîtront sans peine Si Versailles m'était conté, ce qui est fort bien vu puisqu'une grande partie de l'histoire se déroule justement à Versailles.

Enfin les amateurs de citations se régaleront à ce duel verbal, cet échange oral entre Froissard et Le Poulpe qui se battent à coups de petites phrases dont les auteurs se nomment entre autres, Hôlderlin, Dickens, Tolstoï, Juvénal...

On se croirait dans une aventure de San-Antonio, mais plus en forme de à la manière de que d'une parodie ou d'un pastiche. Car il ne faut pas se leurrer, jouer ainsi avec les mots n'est pas donné à tous et cela requiert plus de travail de recherches lexicales de la part de l'auteur que de dérouler un roman sans grande imagination, sans verve, sans panache.


Gilles VIDAL : Les deniers du colt. Le Poulpe N°97. Editions Baleine. Parution 15 novembre 1997. 140 pages. 8,00€.

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