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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 13:32

Un plat indigeste mais un roman roboratif !

Gérard DELTEIL : Chili Incarné.

Un avocat accuse des militaires chiliens d'avoir monté un trafic de fausses momies fabriquées avec les cadavres des victimes de la police secrète et vendues à des archéologues.

Ce petit entrefilet paru dans le Monde éveille la curiosité de Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe.

Mais ce sont les 100 000 francs promis par un importateur de denrées et objets d'art sud-américains, dont les fameuses momies pour le compte de musées européens, qui le font fléchir.

Il se rend donc tout d'abord à Santiago, où il rencontre le journaliste qui a relaté l'affaire et l'avocat représentant l'homme qui a soulevé le lièvre. Mais celui-ci, un petit truand sans envergure émargeant à la CNI, police secrète de Pinochet, vient d'être retrouvé un poignard dans le dos, à La Paz, en Bolivie.

Tête de liste d'une série d'assassinats sur laquelle le Poulpe aura bien du mal à ne pas figurer. Il sera même recherché comme étant l'instigateur de quelques-uns de ces meurtres. Des militaires chiliens nostalgiques du régime de Pinochet et la CIA seront à ses trousses, mais il est trop futé pour s'en laisser conter au cours de ses pérégrinations qui le mèneront jusqu'au Mexique.

 

Cette histoire pourrait sembler rocambolesque mais l'on sait que la réalité rejoint, dépasse parfois, la fiction.

D'ailleurs Georges Jean Arnaud avait déjà abordé ce genre de faits divers dans l'une des missions confiées au Commandeur dans Les momies de Mexico parue au Fleuve Noir en 1980, ce que rappelle fort justement Gérard Delteil.

Cette aventure un peu inhabituelle pour le Poulpe est narrée d'une façon très journalistique et laisse peu de place à la fantaisie, celle dont font preuve d'ordinaire les auteurs participant à la saga poulpienne.

Delteil connaît bien l'Amérique du Sud, pour y avoir effectué de nombreux voyages-reportages, hors des sentiers touristiques, et cela donne un livre fouillé, carré, où le réalisme l'emporte sur l'imaginaire.

Version grecque

Version grecque

Version allemande

Version allemande

Gérard DELTEIL : Chili Incarné. Le Poulpe n° 16, Editions Baleine. Parution 15 mai 1996. 160 pages. 8,00€.

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 14:27

Moralité en forme de prolégomènes :

ne soyez pas candidat politique en région PACA...

Serge QUADRUPPANI : Saigne sur mer.

Une nouvelle mission attend notre ami Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe.

C'est en épluchant le journal au comptoir du café où il prend son petit déjeuner et malgré les sarcasmes amicaux des autres habitués ou du patron, que le Poulpe sent se réveiller en lui le justicier qui sommeille en lui.

Un candidat aux élections municipales de la Seyne sur mer décède d'une indigestion de pruneaux, fruits d'un calibre de 11.43.

Un épisode de plus dans la course au pouvoir qui n'aurait aucun intérêt si le candidat en question n'avait décidé de divulguer les dessous de certaines affaires qui traînaient au fond du marigot politique.

Endossant son habit de chevalier servant, le Poulpe prend sous sa coupe protectrice Camille la frêle jeune fille dont le père flic municipal est décédé parce qu'il savait trop de choses sur les événements et les hommes qui les avaient provoqués. Une enquête tortueuse, pleine de rebondissements, au cours de laquelle il frôlera à plusieurs reprises la mort, ce qui ne l'empêche pas d'avancer contre vents et marées.

 

Cette nouvelle aventure du Poulpe, plus tordue, plus axée dans le quotidien et la réalité, est moins convaincante que la précédente, imaginée et écrite par Jean-Bernard Pouy.

L'attrait du nouveau est passé par là, mais il faut toutefois saluer la performance, et bon vent au Poulpe.

 

Serge QUADRUPPANI : Saigne sur mer. Le Poulpe N°2. Editions Baleine. Parution 15 février 1996. 154 pages.

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 16:25

Un train peut en gâcher un autre...

Jean Bernard POUY : La petite écuyère a cafté.

Surnommé Le Poulpe à cause de la longueur démesurée de ses bras, Gabriel Lecouvreur, est une sorte de justicier des temps modernes, quoiqu'il s'en défende.

Il ne se "considère pas comme le vengeur masqué mais comme quelqu'un qui contrebalance la vacherie du monde en tatanant quelques indélicats, en remettant des salauds sur le chemin de la rédemption, en expérimentant une technique toute personnelle de reprise individuelle".

C'est en lisant les quotidiens dans un café proche de son domicile parisien que Gabriel dit Le Poulpe relève les anomalies d'un système auquel il ne collabore pas.

Ainsi lorsque deux adolescents sont retrouvés près de Dieppe, enchainés à des rails, écrasés par un train régional, une lettre de suicide écrite à l'intention de leurs proches laissée près du ballast, il subodore une supercherie et un meurtre déguisé.

Il ne se sentira satisfait et l'esprit en repos que lorsque cette affaire sera résolue. Dans la discrétion, et pour son plus grand profit parce qu'il faut bien vivre.

Pour cela et à l'instar de ses prédécesseurs mythiques et auxquels on pourrait le comparer, de Robin des Bois à Arsène Lupin, en passant par le Saint et quelques autres, il change d'identité et devient tour à tour journaliste, chercheur au CNRS, ou tout autre quidam dont la présence sur les lieux de l'évènement litigieux requiert un incognito en béton.

Il enquête en marge de la police, mais force reste à la justice. Profondément humain, il se positionne politiquement à gauche, combattant l'extrême-droite, un état d'esprit qui reflète celui de ses auteurs. Malheureusement il confond Maurice Leblanc et Gaston Leroux, attribuant la paternité d'Arsène Lupin au second.

 

Un nouveau personnage somme toute sympathique dont les aventures nous seront narrées à visage découvert.

En effet Jean-Bernard Pouy, s'il est l'instigateur de cette série n'est pas seul pour relater les prochains épisodes du Poulpe. Serge Quadruppani, Patrick Raynal et d'autres, se sont attelés à l'écriture de cette saga, chacun dans son style. Tout en respectant une ligne de conduite, une bible, ils apportent leur sensibilité, leur vision, leur humour, sans trop modifier les traits physiques et moraux du héros. A suivre ...

Réédition collection Librio. 1998.

Réédition collection Librio. 1998.

Adapté en BD avec Nikola Witko. Editions 6 pieds sous terre. 58 pages.

Adapté en BD avec Nikola Witko. Editions 6 pieds sous terre. 58 pages.

Jean Bernard POUY : La petite écuyère a cafté. Collection Le Poulpe N°1, éditions Baleine. Parution septembre 1995. 158 pages. 5,95€.

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 12:59

Bon anniversaire à Jean-Jacques Reboux, né le 29 octobre 1958.

Jean Jacques REBOUX : La cerise sur le gâteux.

Dans une allée située à l'écart des flonflons de la foire du Trône, des skinheads abattent froidement, pour le plaisir, Alvaro Peirera qui s'amusait en compagnie de Yanissa, sa sœur, et de quelques copains, beurs ou fils d'émigrés comme lui.

De l'autre côté du périphérique, à Charençon le Plomb, dans le quartier rupin des Bartavelles, des coups de feu ont été tirés afin de faire diversion. Yanissa s'enfuit dans la nuit.

Le Poulpe, alias Gabriel Lecouvreur, fidèle à ses convictions, se sent investi du devoir de retrouver les coupables. Il se lie avec un clochard, Joël, qui connaît fort bien les lieux et ses habitants. Cendrine, la meilleure amie de Yanissa, lui narre un épisode survenu un an auparavant : deux flics leur ont fait subir des brimades et Yanissa en est restée traumatisée.

Un mystérieux hôtel particulier, situé aux Bartavelles et surveillé par des policiers municipaux, retient l'attention du Poulpe. Il s'agit de Rosciolli, artiste peintre et surtout ami de Cerisay, le maire de Charençon.

Dans un café, refuge des opposants au premier édile de la cité, Gabriel tient une conférence avec des journalistes underground qui dénoncent la gestion du maire et ses prises de position politiques pour le moins contestables.

Le Poulpe a du pain sur la planche, et cela ne lui déplaît pas, lorsqu'il faut courir au devant de la veuve et de l'orphelin, ou châtier les vers qui rongent la société.

 

Sa virulence, sa hargne envers les comportements racistes, sectaires, anti sociaux placés sous le signe de l'intégrisme, Jean Jacques Reboux réussit à la canaliser dans l'écriture.

Il n'accepte pas les débordements de certains démagogues qui brossent dans le sens du poil. Mais comme il n'a pas la faculté de s'exprimer à la télévision, il le fait par romans interposés, se défoulant allègrement, pour la plus grande joie de ses lecteurs.

On ne trouvera surement pas ses livres dans certaines bibliothèques, quelques municipalité se sentant visées, à tort ou à raison, et surement plus à raison qu'à tort, mais tant qu'on peut se les procurer en librairie, ne boudons pas notre plaisir.

Jean Jacques REBOUX : La cerise sur le gâteux. Le Poulpe N°12, Editions Baleine. Parution septembre 1998. 196 pages. 8,00€.

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 16:30

En raccourci, l'Antikons...

Georges-Jean ARNAUD : L'antizyklon des atroces.

Le personnage du Poulpe ne pouvait laisser Georges-Jean Arnaud indifférent et dans L’antizyklon des atroces nous replongeons dans l’univers politique actuel, miroir d’une époque où l’extrême-droite fasciste était au pouvoir, avec ses nostalgiques du passé rigoriste et sectaire, ses nouveaux prêtres et ses nouveaux officiants, les hommes de l’ombre du gouvernement n’étant pas épargnés.

Alors que des journaux comme Libération ou Le Monde remettent au goût du jour un monstre du Loch Ness par le biais d’articles consacrés à une fuite de gaz en 1944, fuite entre la France et l’Allemagne et évaluée à une tonne de Zyklon B produit par des firmes françaises, un vieux monsieur juif demande au à Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe d’enquêter sur ce qui pourrait bien être plus qu’une rumeur.

Le Poulpe va traîner sa longue carcasse dans l’Oise, plus particulièrement à Bresle patrie de Doriot, et aux alentours.

Des chiens de chasse qui disparaissent, des colombophiles non répertoriés, des pigeons voyageurs lestés de plomb et un vieillard qui a fricoté avec les nazis alors que pour tous il était décédé depuis des décennies, tels sont les ingrédients-personnages de ce roman dans lequel Georges-Jean Arnaud renoue avec le roman dit populaire, se glissant, une fois n’est pas coutume, dans la peau  d’un personnage qu’il n’a pas créé.

Et si on le sent parfois gêné aux entournures, évoluant dans un cadre trop strict, on ressent que le thème abordé par l’auteur lui tenait à cœur et que le Poulpe s’avérait un excellent vecteur pour le développer.

 

Georges-Jean ARNAUD : L'antizyklon des atroces. Le Poulpe N°113. Editions Baleine. Parution février 1998. 140 pages. 9,00€.

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 14:22

Une dame qui a du chien...

Olivier THIEBAUT : Les pieds de la dame aux clebs.

Quoi de plus facile que d'accuser un clodo de la mort d'un enfant ?

C'est ce que font les policiers lorsqu'un ado est retrouvé mort dans la cour d'un immeuble à la porte duquel ronfle un clochard imbibé et inconscient. Mais pour Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, le présumé coupable ne peut avoir commis ce crime, d'abord parce que le SDF cuvait l'alcool qu'il s'était enfilé, ensuite, parce que s'il avait véritablement tué le môme, il ne serait pas resté sur les lieux du crime, et, dernière raison, il n'avait aucune raison valable pour se conduire ainsi.

Le Poulpe, lui aussi orphelin - ses parents sont morts dans un accident de voiture alors qu'il n'avait que cinq ans, et qu'il a eut la chance d'avoir été élevé par son oncle et sa tante qui tenaient une quincaillerie - Le Poulpe considère qu'il est de son devoir de retrouver le véritable meurtrier.

Le gamin vivait dans un foyer de la DASS, lieu dans lequel Lecouvreur se rend, rencontrant le directeur et une jeune fille, qui fut l'amie du défunt. Selon elle, l'adolescent aurait eu une conversation peu avant sa mort avec un journaliste. Au bout de quelques recherches, le Poulpe retrouve la trace du reporter, mais celui-ci est mort lui aussi. Etrange coïncidence. Un suicide pas très catholique.

 

L'enfance est le thème de prédilection d'Olivier Thiébaut qui dans ses romans impose à chaque fois un gamin comme le héros malheureux de ses livres.

Pourtant il réussit le tour de force de se renouveler à chacun de ses romans.

Dans cette aventure, malgré le sujet grave qu'il traite, Olivier Thiébaut insère un humour, noir évidemment, sans pour autant traiter l'histoire à la légère.

 

Olivier THIEBAUT : Les pieds de la dame aux clebs. Le Poulpe N°15. Editions Baleine. Parution le 15 octobre 1996. 156 pages. 8,00€.

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 13:42

On ira tous au Paradis...

François DARNAUDET : Boris au pays Vermeil.

Descendu du car afin d'acheter une boisson à son fils Boris, Francis Darnet voit avec stupéfaction filer devant lui le véhicule, alors qu'il avait demandé au chauffeur de l'attendre trente secondes, le temps de son achat et que trois voyageurs prennent leur billet.

Forcément Darnet est inquiet, son fils n'a que deux ans, et de plus que va dire sa compagne Cathy avec laquelle il partage la garde du gamin.

Darnet est peintre-portraitiste à Montmartre et il tire le diable par la queue, comme pratiquement tous les rapins. Il a connu Cathy à Collioure, alors qu'il avait été invité par Alain un ami peintre comme lui, ils se sont plus et aimés, ont rejoint la capitale, ont eu Boris, mais au bout de deux ou trois ans, Cathy en a eu marre et elle est repartie chez elle à Banyuls comme enseignante de philo dans un établissement privé.

Mais voilà à Argelès, le car est parti sans lui en emportant Boris. Affolé il court derrière le car et un individu le prend en stop. Darnet demande à rejoindre le plus vite possible la prochaine étape, mais lorsqu'ils arrivent point de car. Celui-ci a pris un chemin de traverse. Outre Boris, une dizaine de voyageurs sont dans ce véhicule dont un adolescent prolongé au cerveau enfantin et qui fier de ses dessins les montrait à tout le monde.

Darnet repart à pieds par le chemin qu'a dû emprunter le car et arrivé à proximité il entend des détonations et une Audi partir à toute vitesse. Plus qu'inquiet, il monte dans le car et ne peut que constater le carnage. Une dizaine de corps gisent dans leur sang. Il retrouve Boris sain et sauf émergeant de dessous un siège où il a récupéré un gâteau que sa voisine, une vieille dame charmante qui ne lui en donnera plus, lui avait offert. Aussitôt il prévient anonymement la gendarmerie et s'empresse de redescendre vers le village chez son ami Alain auquel il confie ses soucis Lequel Alain en informe un ami journaliste.

Le lendemain les journaux locaux font étalage du carnage mais la situation de Francis Darnet est précaire. En effet les forces de l'ordre recherchent un individu qui avait acquis un billet Perpignan Collioure et ne figure pas parmi les voyageurs occis.

Darnet est abordé par l'individu qui la veille l'avait pris en stop. L'homme est attablé devant une bière et lit un ouvrage intitulé Les quatrains d'Omar Khayyâm. Il se nomme Gérard Touzot et se présente en tant que journaliste au Muséart, devant rédiger un papier sur les jeunes peintres de Collioure.

Charles Cortal, le journaliste du Punt, hebdomadaire local satyrique dans l'esprit du Canard enchaîné, est surchargé de travail. Il doit couvrir l'affaire Sainte-Croix, l'arrestation du notaire Marioton, des affaires qui sentent bon les scandales politiques, financiers et immobiliers. Des trucs qui en général sont liés comme les doigts de la main. Dans cette ambiance délétère Darnet se rend bientôt compte qu'il va être la cible de dangereux personnages, des gardes du corps du maire d'un bled qui veut transformer le Côte Vermeille en jeu de construction.

 

Ce Poulpe détone un peu par rapport aux précédents de la série car ce n'est pas Gabriel Lecouvreur qui tient la vedette mais Francis Darnet, clone de l'auteur.

Cette histoire est narrée à la première personne, par Francis Darnet lui-même et Gabriel, s'il tient un rôle non négligeable, est relégué au second plan. Tout tourne autour de Darnet et de Boris, son gamin, et François Darnaudet s'amuse comme dans ses précédents romans à mettre en scène des personnages réels, sous leur propre identité ou sous un alias légèrement déformé. Ainsi le peintre catalan Bernadi fait ce que l'on peut appeler de la figuration intelligente, tandis que Gérart Touzot ne peut qu'être Gérard Touzeau, historien, auteur de l'ouvrage Benoit XIII, le trésor du pape catalan.

La peinture, l'un des dadas de François Darnaudet, tient une grande place dans cette histoire. Outre les peintres qui y gravitent, Claire la galeriste est l'un des personnages attachant de cette fiction par son côté déluré et femme libérée. Elle démontre la condition précaire de ces artistes, en déclarant cyniquement :

 

Je faisais de la sculpture aux Beaux-arts de Paris. J'ai très vite compris qu'en m'installant ici qu'il valait mieux être galeriste qu'artiste... Je choisis les peintres ! Je n'ai pas à me prostituer pour me vendre.

Une profession de foi qui évidemment n'est pas forcément partagée par tout le monde.

Au delà de l'intrigue, qui se déroule entre Argelès et Cerbère, une région que François Darnaudet connait bien pour y habiter, ce qui marque c'est la fusion qui existe entre le père et le gamin. Francis Darnet passe tout à son fils et lui promet une voiture en chaque circonstance, au grand dam de Cathy, appelée Kaky par Boris, qui aimerait que son ex-compagnon ne soit pas aussi laxiste concernant l'éducation de leur fils.

Et cette fusion ne demande pas d'explications complémentaires, de longs développements, ce passage suffit à tout exprimer et tout expliquer :

Le contact de mon fils me rassérénait une fois de plus. Un type sous morphine ou LSD n'aurait pas été mieux que moi. Les gosses sont un formidable sujet d'angoisses et, en même temps, le seul véritable moteur d'une existence. Vivre avec son enfant, c'était comme prendre un ticket pour un grand huit géant : une série ininterrompue de hauts et de bas à toute vitesse, sensations fortes garanties. Et les années filaient dix fois plus vite que pour un célibataire.

François DARNAUDET : Boris au pays Vermeil. Le Poulpe N°231. Editions Baleine. Parution janvier 2002. 168 pages. 8,00€.

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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 10:39

Et elle l'a bien fait... !

Franz BARTELT : La bonne a tout fait.

Un fait-divers caché parmi tant d'autres dans le journal, et Gérard, le bistrotier du restaurant Au Pied de Porc de la Sainte-Scolasse tente par tous les miens d'attirer l'attention de son ami Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, connaissant son appétence pour les histoires délicates, et même indélicates.

Et tout ça à cause d'une petite phrase dans son horoscope du jour. On a beau ne pas y croire, des phrases ambigües comme celle qu'il vient de lire, cela attise la curiosité : Attention, sans le savoir, vous avez mis le doigt sur une affaire qui pourrait avoir des répercussions tragiques sur la vie d'un certain nombre de personnes. Or en tournant la page, au même endroit où il avait posé son doigt, il peut lire l'article suivant : Nouvelles disparitions dans un village de l'Ardenne. Suit un descriptif de ces étranges disparitions qui englobent veaux, vache, mouton, un barbecue, un anorak (neuf), six pantalons, trois paires de bottes en caoutchouc, des ballots de paille et de foin. Plus une femme, le tout dans le petit village de Painrupt.

Gabriel balaie d'un revers de main cet article, arguant qu'après tout si mystère il y a, ce n'est pas à lui de se pencher dessus. Les mois passent, un deuxième enlèvement, ou disparition, est signalé, mais quelques temps plus tard, troisième signalisation d'évanouissement dans la nature. Plus quelques animaux qui ont préféré aller brouter ailleurs. Comme depuis plus d'un an un certain Versus Bellum l'inonde de lettres dénonçant le meurtre de l'épouse d'un nommé Alfred Bermont, riche forestier de la région de Painrupt, lequel serait l'assassin avec la complicité de sa bonne entrée à son service vingt ans auparavant à l'âge de seize ans, il n'en faut guère plus pour convaincre Gabriel à visiter l'Ardenne.

Comme Versus Bellum se réclame de son ami Pedro, et se présente comme un anar pur et dur, Le Poulpe se rend sur place, persuadé qu'il ne tirera pas grand chose de cette affaire, mais qui au moins aura l'avantage de l'occuper.

Le cadavre de Madame Bermont, plus âgée que son mari de quelques décennies, avait été retrouvé sur une décharge, non loin du Grand Duché du Luxembourg. C'est ce que Le Poulpe apprend par Versus Bellum, une espèce de lutin, qui l'accueille à sa descente de car par un Salut et fraternité, écrasons l'infâme, à bas la calotte, vive l'anarchie, j'en passe et des plus raides. En chemin puis chez lui, Versus Bellum raconte à Gabriel tout ce qu'il sait et même plus lui demandant de rencontrer Bermont et sa bonne, et si possible de les faire parler. Pour cela il a une idée : Gabriel va prendre l'identité d'Amadeo Pozzi, devant négocier l'achat de l'exploitation forestière dont Bermont cherche à se débarrasser.

Et c'est ainsi que, vêtu en truand de la belle époque, au volant d'un véhicule rose, au poignet une montre énorme que si tu la possèdes pas à cinquante ans t'as pas réussi, Gabriel devenu Amadeo Pozzi arrive à midi pile devant chez Bermont dans le petit village de Bollerval. Les premiers échanges entre les deux hommes est plutôt vindicatif et acrimonieux, Amadeo Pozzi jouant son rôle comme s'il était sociétaire de la Comédie Française, mais après avoir englouti quelques bouteilles le ton devient plus amène. Comme il n'aime pas le vin, Gabriel Amadeo avance une incompatibilité religieuse : il est Mormon, et seule la bière ne lui est pas interdite. La bonne prénommée Zabe, diminutif d'Elisabeth, n'est pas franchement jolie, ni aimable, d'ailleurs elle est toujours célibataire. Mais ceci ne nous regarde pas... Sauf que Gabriel Amadeo, suspicieux, se demande si des relations ancillaires n'uniraient pas Bermont et Zabe. De toute façon il aura le temps d'affiner ses recherches car Bermont lui propose de coucher sur place, le temps de régler les détails de la transaction.

 

Franz Bartelt pratique un humour à froid, pince sans rire, caustique parfois, et ce roman poulpesque nous change des inévitables aventures contre des fascistes que Gabriel Lecouvreur est amené à vivre. Au fin fond des Ardennes, dans une ambiance bucolique, Gabriel Lecouvreur est investi par son nouveau personnage. Et il se rend compte qu'Amadeo prend le pas sur Gabriel, devenant une sorte de Docteur Jekill et Mister Hyde, dans sa façon de penser et de réagir.

Et Franz Bartelt n'applique pas à la lettre la Bible du Poulpe telle qu'elle avait été édictée afin de donner une cohérence à l'ensemble. Pas de Polikarpov, pas de Cheryl, un tout petit peu de Pedro, un tout petit peu de Gérard, et beaucoup de bières. De toute façon il est encouragé par Versus Bellum :

Il faut respecter le rituel mis au point par nos anciens. On ne cause jamais avant d'avoir bu la deuxième bouteille. Jamais. Il faut le temps de s'humecter les papilles, de se décrasser les chicots, de se délier la langue. Les fondamentalistes soutiennent même qu'on ne commence à bien causer qu'en décapsulant la quatrième.

Ceux qui ont déjà goûté aux ouvrages de Franz Bartelt ne seront pas désarçonnés. Un univers légèrement décalé, et surtout une écriture, un langage savoureux, recherché, sans pour autant tomber dans le burlesque. Plutôt dans un genre baroque mais qui possède un fond social, et l'épilogue est là pour nous le prouver.

 

Franz BARTELT : La bonne a tout fait. Le Poulpe N°282. Editions Baleine. Parution Octobre 2013. 172 pages. 9,50€.

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 13:23

Sur les traces de Simenon...

Dominique DELAHAYE : L'année des fers chauds.

Franchement, Gabriel Lecouvreur, plus connu sous le surnom du Poulpe, traverse une période en dents de scie avec sa copine Cheryl, coiffeuse de son état. Elle est une fois de plus signalée aux abonnés absents, afin de parfaire son éducation capillaire.

Elle est à Liège sur l'invitation d'un vague cousin qui lui a indiqué l'adresse d'un confrère qui dispose d'un stock de produits rétro (certains journalistes surtout dans les magazines féminins préfèrent employer des anglicismes oubliant qu'il existe l'équivalent en français de vintage). Cela dure un peu trop longtemps pense le Poulpe qui se dit qu'il ne faudrait pas pousser le bouchon trop loin.

Gabriel reçoit une enveloppe contenant une carte postale ainsi qu'une coupure de journal, attention tout à fait honorable de la part de sa maîtresse. Et outre les mots doux de rigueur, elle lui signale qu'un meurtre a été perpétré dans la cité wallonne et qu'éventuellement cela pourrait l'intéresser, connaissant son faible pour la bière.

Christian Fischer, l'homicidé, était un gars tranquille, marié, père de deux enfants, travaillant dans la sidérurgie. Mais son emploi précaire, débouchant sur un licenciement possible, l'avait amené à trouver d'autres occupations. Il faut bien rembourser les traites de la maison, et son entreprise métallurgique, Arcelor Mittal pour ne pas la nommer, préfère engranger les subventions et mettre les ouvriers à la porte. Donc, il s'était associé avec Lounès, un copain qui lui travaille dans les travaux publics et possède une camionnette, et les deux hommes ramassaient les encombrants, vidaient les greniers, revendaient, du gagne-petit. C'est ce que lui apprend Cheryl lorsqu'ils dînent ensemble avant qu'elle reparte pour Paris.

Gabriel assiste à l'enterrement de Fischer, une mise en bière au cours de laquelle il lie connaissance avec le fameux Lounès, mais il remarque un personnage qui assiste de loin aux funérailles. L'homme ne se cache pas mais ne cherche pas non plus à se faire remarquer, malgré ses cheveux longs et son keffieh.

En compagnie de Julien, un jeune dont il a fait la connaissance dans le train, lui payant son billet afin de ne pas mettre le contrôleur en rogne; de Christelle qu'il a rencontrée dans la rue et avec qui il a sympathisé parce qu'elle promenait son chien Buck, référence à Jack London, en toute décontraction étant spécialiste en art martial, ce qui refroidit les ardeurs des dragueurs; et après avoir rendu visite à la veuve de Fisher, notre Poulpe entame son enquête. Seul problème Lounès est devenu invisible. Une disparition inexplicable.

Les questions concernant le meurtrier fusent dans le crâne du Poulpe malgré les différentes bières qu'il ingurgite. Soit c'est son engagement syndical, cette fibre familiale que l'avait conduit à travailler dans les hauts fourneaux, comme son père et son grand-père auparavant, soit ce sont des brocanteurs qui n'appréciaient pas cette concurrence déloyale. Ou d'autres raisons qu'il lui faut découvrir. Muni d'une liste qu'avait établie Fischer, qui n'allait pas à la pêche pour rien, Lecouvreur sillonne Liège et surtout ses environs non sans se faire repérer.

Dans ce roman, sur lequel plane l'ombre de Simenon, le titre en lui-même est déjà une référence, Dominique Delahaye ne se contente pas de raconter une histoire belge. Simenon est toujours présent, ne serait-ce que par les romans évoqués, par les lieux dont la célèbre église de Saint-Pholien et surtout de son pendu, quelques anecdotes ou les bières enfilées avec plaisir. Le Poulpe parcourt la région avec en tête le Charretier de la Providence. De même l'eau est omniprésente, la pluie, la Meuse, les bateaux, un thème cher à Dominique Delahaye.

Mais les événements politiques et sociaux prennent une grande place dans ce récit. Par exemple la dialectique employée par des tribuns engagés dans des groupuscules dont la fonction première est la déstabilisation de l'opinion publique et des revendications ouvrières.

Cette semaine, on met le paquet sur les syndicats. L'idée, c'est de montrer aux jeunes que les syndicats sont surtout des officines politiques et qu'avec leurs revendications complètement irréalistes, ils contribuent à décourager la création d'entreprises et donc d'emploi en Belgique. Finalement, ce qu'il faut faire comprendre c'est leur responsabilité directe dans le développement du chômage. Il faut prendre l'exemple de la Grèce et montrer où mène cette dictature des syndicats !

Comme quoi un épisode du Poulpe n'est jamais futile et peut faire réfléchir, si l'on lit entre les lignes !

Dominique DELAHAYE : L'année des fers chauds. Le Poulpe N° 285. Editions Baleine. Parution Avril 2014. 184 pages. 9,50€.

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 10:51

Le psy analyse les bas-fonds.

Pierre MAGNE : A Freud ! Sales et Méchant.

La Seconde Guerre Mondiale, tout comme la guerre d’Algérie, est pour les Français un sujet inépuisable et parfois tabou.

Il ne faut pas déterrer les cadavres qui égratignent encore les cœurs et les esprits, le feu qui couve sous la cendre ne demandant souvent qu’à s’embraser. Pourtant comme une dent qui agace, on ne peut que chatouiller la mémoire et l’exacerber.

D’ailleurs de récents incidents sur Internet le prouvent, la vente d’objets nazis ou la prolifération de livres négationnistes interdits à la vente publique et qui sont proposés sur le Web. Ce n’est pas forcément déflorer le sujet du roman de Pierre Magne A Freud ! Sales et méchants.

Gabriel noie sa tristesse d’une dispute avec Chéryl dans un bar du 17eme arrondissement. Un bar dans lequel officie un serveur, Marcel, objet des railleries de clients matinaux, des déménageurs dont les bras sont ornés de tatouages marins. Comme dit Gérard, le patron du Pied de porc à la Sainte Scolasse, “ Toi, la merde, tu la renifles toujours où y’en a pas ” et d’ajouter “  en plus tu la trouves ”.

C’est comme ça que bêtement, Gabriel se trouve embringué dans une histoire de déménageurs soi-disant suicidés, puis franchement assassinés, de jeune fille qui lui fait du rentre dedans et auquel il répond présent, de naufrage de cargo remontant à 1982 et autres vilenies.

C’est comme soulever le coin du tapis et découvrir toute la poussière accumulées depuis des années par une femme de ménage peu consciencieuse ou pressée de cacher les balayures. Sauf que, une fois de plus, les détritus s’accompagnent de morts d’hommes.

Le Poulpe possède toujours son aura, malgré près de cent cinquante aventures qui lui tombent sur les épaules souvent au risque de sa vie. Ecrites par des romanciers confirmés ou en devenir. Et parfois à l’instar de ce roman comme un placage, comme une histoire déjà écrite et réactualisée avec le Poulpe pour personnage principal afin d’être éditée. Non pas que la trame ou l’écriture soient insignifiantes, ou décalées, au contraire, mais avec cette impression de réajustement, d’insertion, de placage de personnage à la place d’un autre.

Un bon Poulpe qui se laisse déguster avec plaisir et qui s’inscrit dans la bonne moyenne.

 

Pierre MAGNE : A Freud ! Sales et Méchant. Le Poulpe N° 205. Editions Baleine. Parution novembre 2000. 154 pages. 8,00€.

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