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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 16:12

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La crise ne touche pas uniquement les équipementiers automobiles, la métallurgie ou le textile. Même La Sarkophage, usine spécialisée dans la fabrication de composants pour armes lourdes va devoir délocaliser, mettant à la rue trois cents ouvriers. C’est la colère et depuis deux mois les bleus de chauffe sont en grève. Pas les cols blancs car ceux-ci ne se sentent pas concernés. Ce qui attise l’animosité entre ces deux charnières ouvrières d’une fabrique dont l’avenir semblait toutefois assuré, tant de pays dans le monde ayant besoin d’armes pour se défendre ou attaquer leur voisin, se référant à des idéologies parfois vaseuses ou à des invectives religieuses. Dans ce contexte de rancœur un syndicaliste est accusé d’avoir pillé le coffre-fort de l’entreprise et d’avoir égorgé un vigile chargé de la protection rapprochée des patrons et cadres de la fabrique et d’empêcher les dégradations bien compréhensibles suite à des mouvements de colère justifiés. Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe découvre cette histoire dans un entrefilet dans le Monde Libertaire, fournit sous le manteau par Vlad, le serveur du restaurant Au pied de porc de la Sainte-Scolasse. Le Poulpe ne peut que s’émouvoir à la lecture de l’article, d’autant qu’un ancien camarade, Bartolomeo Vanzetti est inculpé d’homicide sur vigile dans l’exercice de ses fonctions. Grâce à Pedro, vieil anarchiste imprimeur, il obtient des papiers d’identité sous le nom de Georges Marché, journaliste à Liberté Hebdo et prend illico la direction d’Isbergues, haut-lieu du drame qui est en train de se jouer. Si Vanzetti est emprisonné à Béthune, c’est à cause du témoignage de Félix Lache, le directeur de l’usine. Lui seul l’aurait vaguement vu et Vanzetti ne peut et surtout ne veut pas donner d’alibi car au moment ou il était sensé trucider le vigile, il galopait sur le dos d’une jeune pouliche sans que sa femme soit au courant. Il suffit de peu de choses, l’honneur, pour qu’un présumé coupable soit innocenté. Mais devant les grille de Sarko, ça chauffe, les ouvriers promis au chômage réclament une prime de départ de 30 000 €, indemnité fortement contestée par le patronat, et Félix Lache qui est également le porte-parole du PMU, Parti des Minables Unifiés. Gabriel Lecouvreur va être aidé dans sa recherche de la vérité par un Kabyle laïc, Redouane, au comportement parfois à double sens, et la jolie serveuse qui a batifolé avec Vanzetti, non sans goûter également aux joies de la bastonnade octroyée par des sbires à la solde de Lache.

Dans un contexte de crise sociale, et Serguei Dounovetz n’a pas besoin de puiser beaucoup dans son imagination pour décrire ce genre d’événement, nous retrouvons avec plaisir Le Poulpe en redresseur de torts, en Robin des Bois, en défenseur du pauvre face aux nantis. Sans pour autant perdre sa gouaille provocatrice. N’affirme-t-il pas devant les grévistes médusés que la délocalisation en Chine communiste est peut-être moins pire que vers la Tunisie. Mais fait également la morale à Redouane qui se justifie des petits braquages dont ils rendent coupables lui et ses copains d’HLM par un mal être inhérent à la société actuelle. « Tu es né ici, dans l’hexagone, dans une jolie maternité, tout comme moi, avec les mêmes droits, la Sécu, les avantages sociaux gagnés par nos aînés. Des avantages obtenus pour certains au prix de leur vie, et qu’un petit homme armé de sa seule suffisance, talonnettes comprises sinon nous tomberions encore plus bas, est en train de nous torpiller le temps de son misérable quinquennat. Parce que bien sûr, il ne repassera pas deux fois, c’est impossible, ce serait tragique ». Pétri de bon sens, le Poulpe !

Serguei Dounovetz nous réserve de bonnes surprises finales tout en respectant scrupuleusement la Bible du Poulpe. Outre ses démêlés avec Chéryl qui va goûter ailleurs si l’herbe est meilleure, Gabriel Lecouvreur s’adonne à sa passion en ingurgitant moult bières nordistes, en lisant dans le train des ouvrages comme Haine comme Normal d’Alain Dubrieu, trouve sur ses brisées le reptile Vergeat des RG, et s’inquiète de son Polikarpov, se posant la question cruciale s’il pourra décoller un jour. Un bon cru pour un Poulpe pas encore emberlificoté dans les tentacules de la dépression.

A lire du même auteur : Je me voyais déjà...

Serguei DOUNOVETZ : Sarko et Vanzetti. Le Poulpe N° 267, éditions Baleine. 2010. 176 pages. 7€.

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commentaires

gridou 12/03/2012 11:14

J'avoue que les quelques poulpes que j'ai goûtés m'ont laissé l'envie d'y revenir...

Oncle Paul 12/03/2012 11:54



NE te prive pas Gridou, l'essayer (le Poulpe) c'est l'adopter.


A bientôt



gridou 12/03/2012 11:12

ouhh la la!! tu vas encore t’attirer des ennuis toi...;))

Oncle Paul 12/03/2012 11:53



Bonjour Gridou


Et pourquoi donc ? Aurais-je fauté, et me serais-je montré mal séant ? J'adore quand tu me rends visite et que tu me laisses un petit mot doux.


Amitiés



La petite souris 11/03/2012 19:04

haha tu vas me dire que je ne suis pas objectif mon cher Paul, que je laisse mes convictions citoyennes prendre le dessus sur mon esprit critique , mais celui là je vais le lire, rien que pour le
titre !!!!! ;))

Oncle Paul 12/03/2012 11:50



Bonjour Bruno


Je pense que si l'on s'intéresse tant soit peu à la politique, il faut lire ce livre quelque soit les convictions. Mais lorsque ce qui est écrit corrobore ce que l'on pense, on est conforté.
Ai-je bien répondu ?


Amitiés



Lystig 11/03/2012 17:25

j'ai la chanson de Joan Baez en tête !

Oncle Paul 12/03/2012 11:47



Nous avons les mêmes références musicales et je crois que Serguei pensait pareil avec ce titre jeu de mots. Amitiés



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