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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 13:42

On ira tous au Paradis...

François DARNAUDET : Boris au pays Vermeil.

Descendu du car afin d'acheter une boisson à son fils Boris, Francis Darnet voit avec stupéfaction filer devant lui le véhicule, alors qu'il avait demandé au chauffeur de l'attendre trente secondes, le temps de son achat et que trois voyageurs prennent leur billet.

Forcément Darnet est inquiet, son fils n'a que deux ans, et de plus que va dire sa compagne Cathy avec laquelle il partage la garde du gamin.

Darnet est peintre-portraitiste à Montmartre et il tire le diable par la queue, comme pratiquement tous les rapins. Il a connu Cathy à Collioure, alors qu'il avait été invité par Alain un ami peintre comme lui, ils se sont plus et aimés, ont rejoint la capitale, ont eu Boris, mais au bout de deux ou trois ans, Cathy en a eu marre et elle est repartie chez elle à Banyuls comme enseignante de philo dans un établissement privé.

Mais voilà à Argelès, le car est parti sans lui en emportant Boris. Affolé il court derrière le car et un individu le prend en stop. Darnet demande à rejoindre le plus vite possible la prochaine étape, mais lorsqu'ils arrivent point de car. Celui-ci a pris un chemin de traverse. Outre Boris, une dizaine de voyageurs sont dans ce véhicule dont un adolescent prolongé au cerveau enfantin et qui fier de ses dessins les montrait à tout le monde.

Darnet repart à pieds par le chemin qu'a dû emprunter le car et arrivé à proximité il entend des détonations et une Audi partir à toute vitesse. Plus qu'inquiet, il monte dans le car et ne peut que constater le carnage. Une dizaine de corps gisent dans leur sang. Il retrouve Boris sain et sauf émergeant de dessous un siège où il a récupéré un gâteau que sa voisine, une vieille dame charmante qui ne lui en donnera plus, lui avait offert. Aussitôt il prévient anonymement la gendarmerie et s'empresse de redescendre vers le village chez son ami Alain auquel il confie ses soucis Lequel Alain en informe un ami journaliste.

Le lendemain les journaux locaux font étalage du carnage mais la situation de Francis Darnet est précaire. En effet les forces de l'ordre recherchent un individu qui avait acquis un billet Perpignan Collioure et ne figure pas parmi les voyageurs occis.

Darnet est abordé par l'individu qui la veille l'avait pris en stop. L'homme est attablé devant une bière et lit un ouvrage intitulé Les quatrains d'Omar Khayyâm. Il se nomme Gérard Touzot et se présente en tant que journaliste au Muséart, devant rédiger un papier sur les jeunes peintres de Collioure.

Charles Cortal, le journaliste du Punt, hebdomadaire local satyrique dans l'esprit du Canard enchaîné, est surchargé de travail. Il doit couvrir l'affaire Sainte-Croix, l'arrestation du notaire Marioton, des affaires qui sentent bon les scandales politiques, financiers et immobiliers. Des trucs qui en général sont liés comme les doigts de la main. Dans cette ambiance délétère Darnet se rend bientôt compte qu'il va être la cible de dangereux personnages, des gardes du corps du maire d'un bled qui veut transformer le Côte Vermeille en jeu de construction.

 

Ce Poulpe détone un peu par rapport aux précédents de la série car ce n'est pas Gabriel Lecouvreur qui tient la vedette mais Francis Darnet, clone de l'auteur.

Cette histoire est narrée à la première personne, par Francis Darnet lui-même et Gabriel, s'il tient un rôle non négligeable, est relégué au second plan. Tout tourne autour de Darnet et de Boris, son gamin, et François Darnaudet s'amuse comme dans ses précédents romans à mettre en scène des personnages réels, sous leur propre identité ou sous un alias légèrement déformé. Ainsi le peintre catalan Bernadi fait ce que l'on peut appeler de la figuration intelligente, tandis que Gérart Touzot ne peut qu'être Gérard Touzeau, historien, auteur de l'ouvrage Benoit XIII, le trésor du pape catalan.

La peinture, l'un des dadas de François Darnaudet, tient une grande place dans cette histoire. Outre les peintres qui y gravitent, Claire la galeriste est l'un des personnages attachant de cette fiction par son côté déluré et femme libérée. Elle démontre la condition précaire de ces artistes, en déclarant cyniquement :

 

Je faisais de la sculpture aux Beaux-arts de Paris. J'ai très vite compris qu'en m'installant ici qu'il valait mieux être galeriste qu'artiste... Je choisis les peintres ! Je n'ai pas à me prostituer pour me vendre.

Une profession de foi qui évidemment n'est pas forcément partagée par tout le monde.

Au delà de l'intrigue, qui se déroule entre Argelès et Cerbère, une région que François Darnaudet connait bien pour y habiter, ce qui marque c'est la fusion qui existe entre le père et le gamin. Francis Darnet passe tout à son fils et lui promet une voiture en chaque circonstance, au grand dam de Cathy, appelée Kaky par Boris, qui aimerait que son ex-compagnon ne soit pas aussi laxiste concernant l'éducation de leur fils.

Et cette fusion ne demande pas d'explications complémentaires, de longs développements, ce passage suffit à tout exprimer et tout expliquer :

Le contact de mon fils me rassérénait une fois de plus. Un type sous morphine ou LSD n'aurait pas été mieux que moi. Les gosses sont un formidable sujet d'angoisses et, en même temps, le seul véritable moteur d'une existence. Vivre avec son enfant, c'était comme prendre un ticket pour un grand huit géant : une série ininterrompue de hauts et de bas à toute vitesse, sensations fortes garanties. Et les années filaient dix fois plus vite que pour un célibataire.

François DARNAUDET : Boris au pays Vermeil. Le Poulpe N°231. Editions Baleine. Parution janvier 2002. 168 pages. 8,00€.

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Published by Oncle Paul - dans Hommage Le Poulpe
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