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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 15:08

Une adresse à retenir ?

Hervé SARD : La catin habite au 21.

A l'origine, traiter une représentante du sexe féminin de catin était éminemment sympathique et adressé affectueusement à l'adresse d'une fille de la campagne. Encore de nos jours dans certaines de nos régions et au Canada, cela signifie également une poupée. Et je vous laisse imaginer la tête des parents, d'origine urbaine mais pas forcément polis, qui entendent quelques commères attribuer ce substantif à leurs gamines, pensant immédiatement à la terminologie triviale qui entoure ce mot. C'est comme cela que naissent les conflits. Un détournement de la langue française, et une guerre peut se déclencher.

Ce point lexical précisé, entrons maintenant dans le vif du sujet et suivons notre ami Gabriel Lecouvreur dans sa nouvelle aventure.

 

Une nouvelle fois Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, a du vague à l'âme. Sa copine Cheryl, coiffeuse de son état, est partie se ressourcer en Bretagne, avec au programme flagellation aux algues dans une centre de thalassothérapie haut de gamme. Cela n'empêche pas notre céphalopode de lire le journal, et d'être intrigué par un fait divers relaté dans le Parisien, son canard favori lorsqu'il stationne au café-restaurant du Pied de Porc à la Sainte-Scolasse. Ce n'est pas tant l'implantation d'un aéroport moderne à Sainte-Mère-des-Joncs qui le chagrine, quoiqu'il suit avec attention ce projet, mais parce qu'une femme a disparu du village où doit être aménagé ce terrain d'envol pas franchement indispensable. Et deux points d'interrogation se superposent dans ses rétines. D'abord la police n'a pas lancé d'enquête officielle. Ensuite parce que c'est un professeur à classer dans la catégorie des voyants extra-lucides qui a débusqué l'affaire en la signalant aux médias.

Francis l'amnésique, qui n'oublie pas de vider ses bocks de bière, connait bien le professeur Morillons, qu'il range dans la catégorie des fous intelligents. Et son truc à Morillons, outre d'avoir à l'origine créé un cabinet avec un confrère du nom de Rud, donnant ainsi l'appellation Rud & Morillons (jeu de mot avec Rue des Morillons, où se trouve le dépôt parisien des objets trouvés), son truc n'est pas pour déplaire au Poulpe. Le devin lit l'avenir dans la mousse de bière. Ce qui ne le fait pas mousser plus que ça. Dans la conversation, l'idée d'un tueur en série est lancée et une tournée de dix bières est en jeu. Pas pire qu'autre chose comme pari, faut faire marcher les petits commerces.

Effectivement le professeur Morillons se pose en farfelu. Il avoue être spécialiste en perte sans profit, d'ailleurs il est cul-de-jatte et aveugle, mais il n'a pas perdu tous ses esprits, d'ailleurs il connait le Poulpe sans que quiconque lui ai présenté son interlocuteur. Annie Jérômette Blanchon, la fille de joie disparue, alias Roxane pour les intimes payants, dépendrait de l'agence Ahhhhh! des sœurs Broutë, assistantes paternelles. Cette Roxane ne fait pas partie de leur cheptel, qui d'ailleurs officie via Internet, mais elle continue d'exercer tout en étant disparue. Gabriel est près d'y perdre son latin, son grec et son sanskrit. Une dernière petite visite s'impose avant de débarquer à Sainte-Mère-des-Joncs, celle à son ami Pedro qui lui fournit un attirail de journaliste sous le doux nom de Tristan Yzeux.

Débarqué à Sainte-Mère-des-Joncs, après un long et fastidieux voyage, notre ami céphalopode va débuter son enquête en s'installant dans une auberge dont la patronne zozote, puis il va faire la tournée des boutiques, commerces, officines des lieux, se rendant de l'un chez l'autre comme un homme qui veut traverser un torrent en sautant allègrement d'une pierre affleurant l'eau bouillante, à une autre pierre glissante, le tout en équilibriste assez confiant en ses possibilités malgré les pièges cachés. Et des pièges, il ne manque pas d'en trouver lors de sa traversée. Un mari jaloux qui le suspecte de le cocufier et lui démontre en voulant le tabasser qu'il ne doit pas s'amuser à se prendre pour un coucou. Ce que Le Poulpe n'avait nullement l'intention de faire, même s'il ne refuse pas les bonnes fortunes. Un autre personnage s'incruste dans le décor, digne émule de Jerry Lewis.

Si tous les habitants de la commune semblent d'accord pour l'implantation de l'aéroport, c'est qu'il y a de l'argent à gagner à la clé avec tous les touristes qui vont affluer, du cabaretier au notaire en passant par l'édile et quelques autres, seul un écologiste convaincu qui vit dans les bois, Sergent Pepper de son surnom, n'apprécie pas vraiment. Il serait bien le seul. Et ceux qui manifestent, ce sont des gens d'ailleurs, une petite balade dominicale soi-disant. D'abord il y a même au 21 de la Grand-rue une maison close qui abriterait l'acte d'amour tarifé. Sauf que les deux femmes qui vivent là, une jeunette à peine pubère et une dame à laquelle on ne voudrait guère confier son anatomie, ne connaissent pas cette Roxane. Il y a bien une photo, mais c'est tout. Et lorsque le Poulpe se renseigne auprès de tout ce brave monde, personne ne connait vraiment Roxane. Certains l'auraient juste aperçue, mais c'est tout.

S'appeler Roxane, ne pas être recherchée pas la police, malgré le battage médiatique, voilà de quoi faire réfléchir Gabriel Lecouvreur qui se demande où il a pu fourrer ses guêtres, lorsque la solution finale lui apparait dans toute sa limpidité.

 

Le Poulpe peut être assaisonné à toutes les sauces, cela dépend du talent et de l'inspiration du cuisinier qui le prépare et lui concocte de nouvelles aventures. Hervé Sard nous l'a préparé aux petits oignons et au Muscadet ou au Gros Plant, et non pas à l'huile car malgré ce que certains affirment (Hervé Sard dîne à l'huile) il est contre ce qui poisse mais au contraire pour tout ce qui est gouleyant, littérairement parlant.

Certains pensaient Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe en perte de vitesse, mais ce n'est pas vrai, même si parfois à cause de ses bras trop long il semble ramer. Au contraire il s'est trouvé depuis quelques aventures de nouveaux supporters de talent, et j'avoue, Hervé Sard fait partie de ces défenseurs de céphalopodes qui lui offrent des aventures dignes de sa notoriété. Les grincheux, il y en a toujours, objecteront que ce petit roman est facile, d'accord, mais l'épilogue est sublime, et je soupçonne Hervé Sard de pratiquer la pêche au leurre.  

Hervé SARD : La catin habite au 21. Le Poulpe N° 287. Editions Baleine. Parution le 9 octobre 2014. 184 pages. 9,50€.

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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 10:26

Le Poulpe se mouille...

Gilbert GALLERNE : Les salauds du lac.

En voulant récupérer le corps d'un touriste tombé dans le lac d'Annecy, désarçonné de son pédalo, les sapeurs-pompiers gagnent le jackpot. Au lieu d'un cadavre ils remontent à la surface trois noyés. Mais aucun n'est le bon. Et il faudrait une grosse dose de mauvaise foi de la part des sauveteurs retardataires pour affirmer qu'il s'agit de banales noyades. Les trois cadavres sont troués comme des passoires, des blessures fatales provoquées par une arme de gros calibre, genre fusil de chasse pour abattre le sanglier.

Ce qui remet en question les disparitions non résolues et encore moins expliquées de quelques personnes de la région. Mais au moins l'identité du cadavre le plus récent peut être établie, il s'agit d'un certain Lucien de Samossat, authentique truand et descendant d'une lignée d'aristocrates. Et ancien militaire ayant servi dans un bataillon disciplinaire à la demande de son père afin de lui forger le caractère. Opération réussie, car Lucien avait tourné le dos à la famille et à la loi.

C'est avec un certain trouble que Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe, apprend cette triste nouvelle conjointement par Gérard, le patron du café-restaurant Au pied de Porc à la Sainte-Scolasse, et par le Parisien, journal qui traîne toujours sur le comptoir pour l'édification des clients. Lucien de Samossat et lui s'étaient connus et devenus copains au bataillon disciplinaire. Le Poulpe avait atterri là après avoir attaqué une librairie d'extrême-droite dont le père de Lucien était un fidèle client. Un haut fait qui avait rapproché les deux hommes. Ils s'étaient perdus de vue à la fin de leur séjour sous les drapeaux, tout en correspondant parfois.

Une bonne occasion pour Gabriel d'aller faire un petit tour du côté d'Annecy où Cheryl est partie en stage depuis quelques jours afin de se perfectionner dans la coiffure haut de gamme auprès d'un professionnel. Lui qui préfère ne pas avoir de relations avec les forces de l'ordre, il demande quelques renseignements à Sapienza, un commissaire de la DCRI qui tout comme lui à maille à partir avec Vergeat, un homme des RG avec qui ils entretiennent des incompatibilités d'humeur.

Avant de se rendre à Annecy, muni des renseignements fournis par Sapienza, Gabriel flâne dans le quartier huppé où résidait Samossat. La maison ne possède plus la splendeur de son passé. Décrépite, elle mériterait un bon ravalement. Seul signe détonnant, un voiture de sport allemande rouge, rutilante même, est garée dans la cour. Alors Gabriel sonne et il est reçu par une jeune femme, enceinte, à moins qu'elle soit la proie de flatulences excessives. Cécile n'est autre que la femme, enfin la veuve, de Samossat, de moitié son âge. Mais, et Gabriel est forcé d'en convenir, elle l'aimait et c'est bien un enfant qu'elle attend du noyé. Eplorée certes, Cécile est aussi une femme de combat et elle exige d'accompagner Gabriel à Annecy, afin de connaître les tenants et aboutissants, si possible.

Arrivés sur place, Gabriel commence à enquêter tandis que Cécile se repose quelque peu. Il essaie de voir Chéryl à la sortie de son stage, mais la coiffeuse a fait faux bond à ses camarades. Elle a disparu, son portable ne daigne pas répondre, Gabriel est inquiet et mortifié. Il a donné par le passé des coups de canif dans un contrat qui n'a pas été signé et ratifié devant monsieur le maire, et Cheryl n'est pas en reste d'aventures non plus, mais quand même, il attendait autre chose de son séjour alpin. La devanture d'un bouquiniste l'interpelle doucement : un exemplaire du Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes y est exposé, ouvrage que lisait Samossat et qui traînait dans son salon. Alors Gabriel entre dans la boutique et il est obligé de malmener quelque peu le bouquiniste et son aide pour que les renseignement tombent comme les fruits d'un pommier dûment secoué.

 

Gilbert Gallerne prend pour ressort de son intrigue un thème connu, mais peu souvent utilisé plus souvent au cinéma qu'en littérature, le dernier roman que j'ai lu traitant de ce sujet étant L'Ogre des Landes de Pascal Martin, et qui s'apparente à La chasse du comte Zaroff. De très nombreuses péripéties émaillent ce nouvel opus des aventures du Poulpe et le lecteur est tenu en haleine constamment. D'aucuns diront qu'il s'agit d'une lecture facile. Une lecture facile certes, entraînante, qui demande peu d'effort, et c'est justement ce que l'on attend d'un roman de détente. Reposant et en même temps passionnant, captivant. Préférable à certains pavés truffés de considérations intempestives, pseudo-philosophiques ou psychologiques.

Et j'ajouterai que cette histoire pourrait offrir une explication, plausible, aux nombreuses disparitions qui sont enregistrées tous les ans en France et dont les enquêtes n'aboutissent jamais.

 

Gilbert GALLERNE : Les salauds du lac. Le Poulpe N° 278. Editions Baleine. Parution le  170 pages. 8,00€.

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 08:31

Bon anniversaire à Jean-Jacques Reboux, né le 29 octobre 1958.

Gabriel LECOUVREUR : Parkinson le glas.

On l’attendait depuis des années et enfin il paraît, comme l’enfant attendu dans un foyer : un volume du Poulpe signé Gabriel Lecouvreur himself (en français dans le texte) !

Gabriel qui commence en avoir marre des bastons, de la castagne, des retours de bâton, qui aspire enfin à quelques jours de vacances. La preuve, c’est qu’il se fait enlever par des malotrus alors qu’il dégustait un délicieux sandwich près de la pyramide du Louvre. Un incident qui ne passe pas inaperçu, un Japonais amoureux de sa femme et de son caméscope filmant ce kidnapping réalisé en plein jour.

Un séjour à Belle-Île avec Chéryl, accompagnée d’Odile, grande prêtresse de la télévision, catégorie reality show, c’est synonyme de farniente, de repos, de douceurs, de gastronomie locale, le tout arrosé de bière comme il se doit. Avec dans ses bagages un roman d’Hemingway. Sauf que quelques individus déplacés dans le paysage s’acharnent à lui pourrir la vie, que Vergeat des R.G., son ennemi intime, s’attache à ses basques, et qu’il va se découvrir père d’un adolescent à peine majeur. Antoine, c’est le prénom du rejeton.

Et voilà notre Poulpe embringué dans une vilaine histoire salée, embrumée, sur une île enchanteresse qui se transforme en endroit cauchemardesque. Heureusement Bruno Masure est là pour détendre l’atmosphère, avec ses jeux de mots, ses calembours, et ses relations télévisuelles.

L’intérêt d’un tel ouvrage, c’est théoriquement de démêler l’intrigue, de se laisser porter dans une nouvelle aventure d’un Robin des bois moderne. Oui, sauf que pour une fois, une autre intrigue s’attache au récit : qui a écrit sous le pseudo de Gabriel Lecouvreur. Un nom a été avancé : Thierry Jonquet. Cela a été démenti, officiellement ou officieusement. Alors reste à rechercher qui aurait pu écrire cette histoire fort bien menée. Des noms me viennent à l’esprit, tels que Tonino Benacquista, dont dans ses romans un héros s’appelle toujours Antoine, ou Tonio ; Bruno Masure lui-même, se mettant en scène avec cette dérision qui le caractérise ; Hervé Claude, lui aussi ancien journaliste à la télévision, ou pourquoi pas Jean-Hughes Oppel. Ou d’autres. Toutes les supputations sont acceptées. Quoiqu’il en soit, ce roman vaut d’être lu pour la façon dont l’intrigue, l’histoire est développée, et pas uniquement pour l’écrivain qui se cache derrière le pseudo de Gabriel Lecouvreur.

Ça, c'était ce que j'avais écrit dans la revue L'Annonce-bouquins 191 lors de la sortie du roman. Depuis, l'identité de l'auteur a été révélée : il s'agissait ni plus ni moins de Jean-Jacques Reboux, grand amateur de poules mais pas de poulets.

Si ce roman existe en version numérique, il serait bon de le rééditer en version papier. Mais, ça, c'est à l'éditeur d'y penser.

 

Gabriel LECOUVREUR : Parkinson le glas. Le Poulpe 234, éditions Baleine. Paru le 1er février 2002. 266 pages.

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 14:50

Il a cru s'y fier...

Dominique CHAPPEY : J'avais la croix.

A quoi peuvent bien servir les séminaires ? Une question sans réponse pour Gabriel Lecouvreur qui ronge son frein attablé à sa place habituelle au café-restaurant du Pied de Porc à la Sainte-Scollasse. Car le Poulpe, ainsi a-t-il été surnommé à cause de la dimension inhabituellement longue de ses bras, se fait du souci pour sa Cheryl de coiffeuse. Et ce n'est pas son ami Gérard, le tenancier qui va lui remonter le moral déclarant que participer à un séminaire c'est écouter des trucs idiots, t'entendre dire comment faire pour mieux gruger le client, te taper sur le ventre en chœur et finir la soirée bourré dans un bar à poules. Mais les vaticinations de Gérard ont un autre but, celui de détourner Gabriel de ses pensées moroses et de lui indiquer un palliatif à son humeur maussade et grincheuse. En effet un article d'un canard parisien l'a interpellé et il veut absolument soumettre sa lecture à Gabriel. Le titre en lui-même est assez aguicheur : La guerre des croix aura-t-elle lieu ?

Les projecteurs sont braqués sur la petite commune de Saint-Pierre d'Entremont, en Isère, à cause d'un événement qui a connu quelques années auparavant son heure de gloire, avait été oublié puis à nouveau mis en lumière. Mais cette fois, la mise en scène est macabre. D'habitude, des individus se contentaient de scier, tronçonner, découper, quelque soit le matériau employé et l'outil utilisé, le mât des croix dressées sur le Grand Som et monts environnants. Aucun vandale n'avait été appréhendé. Or en ce mois d'hiver où la neige folâtre transforme les crêts en monts chenus, un jeune marginal, qui probablement voulait imiter ses aînés, a été retrouvé mort, attaché à la croix s'érigeant fièrement au dessus de la vallée. Des tracts, depuis quelques temps certains snobinards appellent cela des flyers, ont été découverts non loin du cadavre portant l'inscription Stat Crux, ainsi qu'une meuleuse.

Une énigme intéressante à étudier et Gabriel se rend sur place en empruntant grâce à Pedro, le vrai spécialiste du faux, la couverture, indispensable en hiver, d'un journaliste écrivain. Puis il entame un chemin de croix dans la neige à la recherche de la vérité. Au début il est fort bien accueilli dans le village de Saint-Pierre d'Entremont, notamment par madame Boule qui tient un hôtel-restaurant de fort bon aloi placé juste en face du Bachat, un bar qui propose des bières artisanales locales dont la Chardon. Il fait la connaissance de joyeux drilles dont Prêcheur, l'indispensable intempérant propre à chaque petite commune, de Petit qui s'exprime comme un ministre lisant le discours écrit par un nègre, de Neuneu qui s'enthousiasme pour le football, surtout l'O.L., de l'adjudant Prévot pire qu'une teigne, c'est pas peu dire, depuis que sa femme est partie et quelques autres hurluberlus, en apparence, dont ceux qui sont aux commandes d'une radio dite associative programmant des chansons rétro, cela fait toujours plaisir, et parfois des documentaires ou des entretiens avec des personnalités du cru.

Mais surtout il y a Poupée, la jeune et jolie Poupée, qui habite au-dessus de la pharmacie. Elle ne lui casse pas les pieds lorsqu'elle l'interpelle du haut de fenêtre, au contraire, elle les lui soigne, car Gabriel, en véritable montagnard d'opérette, pour grimper jusqu'à son Golgotha où s'est déroulé la macabre mise en scène, a bien suivi les indications, s'est arrêté aux stations, a parcouru en rangers les kilomètres de montée, ici on parle en minutes ou en heures extensibles. Et bien évidemment il a les arpions en capilotade qu'il faut soigner, bichonner, encapuchonner, et le voilà muni d'une paire de croquenots de course, couleur fluo, qui se repèrent dans la neige comme des gyrophares.

Gabriel va apprendre à ses dépens qu'il ne faut pas sauter un repas lorsqu'il s'agit de crapahuter en montagne. Il est victime d'hypoglycémie et il a des mirages de moines défilant, ceux du monastère de la Chartreuse sis non loin. Et puis il dérange, on ne vient pas fouiller ainsi à déterrer des histoires anciennes, comme avait voulu le faire Nath, l'apprenti élagueur de croix.

Dominique CHAPPEY : J'avais la croix.

dialogues qui retiennent l'attention du lecteur conquis par les descriptions et l'écriture fluide et déliée. Une fois de plus notre ami Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, est embringué dans une histoire qui vire au drame tout en se cantonnant dans un sujet farfelu. Pas de prosélytisme dans ce roman, mais un exercice de style ébouriffant, une poésie en plein air, une idée de promenade, un hymne à la nature et aux produits locaux, une réussite qui évite le thème de l'Extrême-droite et du fascisme, trop souvent exploité et de fait banalisé.

Le nom de Dominique Chappey n'est pas inconnu de tous ceux qui suivent régulièrement les parutions de nouvelles dans les recueils édités lors de concours organisés par des festivals du Polar. Par exemple sa nouvelle Terminal Atlantique figure dans le recueil Blonde(S), nouvelle sélectionnée pour le festival La Fureur du Noir de Lamballe de 2012, et qui augurait du talent de l'auteur.

 

Dominique CHAPPEY : J'avais la croix. Collection le Poulpe N° 286. Editions Baleine. Parution le 28 août 2014. 192 pages. 9,50€.

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 14:29

En cette fin décembre 2003, Gabriel Lecouvreur prend le train pour Grenoble content de retrouver deux anciens amis, mais lorsqu'il arrive sur place, c'est une grande désillusion qui l'attend.

 

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Tout commence ou presque, comme à l'habitude, au café restaurant du Pied de Porc à la Sainte-Scolasse. Gérard le patron lui trouve une mine de papier mâché. Une fatigue due à une nuit passée avec quelques SDF à récupérer dans des containers des supermarchés des denrées périssables la plupart du temps javellisées par des responsable pour qui Humanisme est inconnu de leur vocabulaire.

ledun1.jpgUn appel téléphonique détourne l'attention du Poulpe alors qu'il entame sa lecture du Parisien que Gérard lui tendu négligemment. Alain, un vieux copain, lui propose de venir les rejoindre lui et un autre ancien condisciple à Grenoble où ils vont participer le lendemain 20 décembre à une petite opération dans les rues de Grenoble. Or l'article du quotidien est justement dédié à une protestation de trois éco-citoyens qui depuis début novembre se sont installés dans des arbres centenaires du parc Paul-Mistral. Ils manifestent contre l'implantation d'un stade dont la construction se révèle onéreuse mais de plus défigure ce parc, dont bon nombre d'arbres dits remarquables seront abattus, uniquement au profit... Au profit de qui justement ? Sûrement pas celui des riverains qui grognent contre les nuisances sonores et autres, qui ne manqueront pas lors des soirs de match, des mères et des nourrices dont le parc constitue une agréable promenade digestive et apaisante pour les bambins, des amoureux de la nature qui revendiquent un peu d'air pur dans le centre ville. Peut-être au profit d'une municipalité en quête d'action électorale, d'entrepreneurs publics qui voient là une façon d'augmenter leurs profits, et autres indifférents qui se moquent aussi bien du foot que de politique, du moment que cela n'empiète pas sur leur jardinet de banlieue.

Le Poulpe qui digère encore les libations de la veille est réveillé par leledun2.jpg contrôleur qui lui annonce que son voyage est terminé depuis dix minutes. Et à la sortie de la gare pas d'Alain pour l'attendre. Un rendez-vous manqué, pense-t-il à tort. Mais non, Michel est là seulement les retrouvailles sont assombries car le fils d'Alain, José, vient d'être appréhendé pour meurtre. Une jeune femme qui squattait un coin retiré sous des buissons non loin des travaux, déjà entamés, du futur stade, a été retrouvée morte, assassinée. José, selon la rumeur, était amoureux d'elle, et des affaires lui appartenant ont été découvertes dans son appartement. Mais s'il fallait n'en écouter que la rumeur, il y a bien longtemps que toute la population serait soupçonnée d'un crime. Il en faut plus pour Gabriel Lecouvreur qui va plonger ses grands bras dans la boue du chantier pour rechercher la vérité alors qu'il est si facile pour les policiers à s'en tenir à des appâts rances. Or d'après des SDF du quartier, Judith, c'est le nom de la défunte, partageait une cabane construite de bric et de broc avec Mathilde, avec qui elle s'entendait très très bien et qui a disparu elle aussi depuis quelques jours.

ledun3.JPGGabriel n'aime pas du tout le tour que prend cette affaire et tout en participant à une manifestation de protestation, va remonter la filière, rencontrant quelques personnages clé, et comme il faut s'y attendre se voir octroyer quelques coups bas qui l'obligeront à compter ses abattis afin de vérifier si la déconstruction opérée à son physique ne lui a pas occasionné quelques fractures.


Publié en 2010 ce roman s'inspire d'un événement réel qui a connu des hauts et des bas et quelques articles dans les quotidiens. En effet la construction du complexe sportif et du stade grenoblois a non seulement fait couler beaucoup de mortier, de ciment, mais aussi d'argent, d'encre et de déclarations politiques. Des jugements ont été rendus en faveur des opposants à son édification, mais ils ont été soit cassés, soit détournés. Une fois de plus, cette série du Poulpe met le doigt où ça démange. Mais Marin Ledun évite l'écueil trop souvent mis en avant, celui des fascistes, quoique leurs exactions méritent d'être dénoncés, mais qui ici n'aurait eu aucun sens. Un Poulpe qui nous remet l'eau à la bouche qui donne envie d'en lire d'autres.


Marin LEDUN : Un singe en Isère. Collection Le Poulpe N° 264. Editions Baleine. Parution 11 février 2010. 162 pages. 8,00€.

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 14:46

Le Poulpe n'aime pas les sectes et il les combat : doit-on l'appeler Un Secticide ?

 

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Ancien papetier, célibataire, libertaire, réfractaire aux innovations, noctambule dérivant dans les rues de son quartier de Ménilmontant, préférant la compagnie des chats à celle des hommes, Jean Dussert en entendant une sorte de miaulement en provenance d'une ruelle pense qu'un félidé est en mauvaise posture. Il s'agit d'une jeune femme salement amochée et pour une fois il ne peut que se féliciter qu'une voiture patrouille de la police passe non loin.

Evidemment ce fait-divers n'échappe pas aux journalistes et Gérard, le patron du restaurant Au Pied de Porc à la Sainte-Scolasse s'empresse, malgré ses soucis (Vlad son serveur l'a quitté sans préavis), de montrer l'entrefilet à son meilleur client et ami, Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe dénommé ainsi à cause de la longueur démesurée de ses bras. Petites précisions utiles pour qui ne connait pas encore le héros de cette série initiée par Jean-Bernard Pouy. Mais revenons à notre Poulpe qui ressent d'un seul coup le besoin de repartir en chasse.

Selon le journaliste, la jeune fille, qui aurait été violée et charcutée entre les jambes, aurait fait partie d'une secte dont les agissements sont bien connus, viols, abus, détournement d'argent de ceux qui y adhèrent, anti-avortement, relations très proches avec des partis d'extrême-droite, et qui prévoit la fin du monde pour 2008 (je précise que ce roman, toujours disponible, a été écrit et publié en 1997). Bref le genre de groupuscule que Lecouvreur abhorre.

Avant de débuter son enquête sur Ambre Solaire, tel est l'intitulé de cette secte, Gabriel Lecouvreur prévient Chéryl, sa chérie, qu'il est obligé de s'absenter, ce qui la défrise (elle est coiffeuse), et mande à son ami Pedro, le vieil anar, quelques vrais faux papiers et des munitions ainsi que des renseignements susceptibles (comme le Poulpe) de l'aider. La victime se nommait Bettina Viral et avait une sœur comédienne, Laure Moureau (ce qui fait mieux sur une affiche que Viral) tandis que le siège officiel de la secte tient ses assises dans un village des Yvelines, non loin de Versailles, du nom de Garpeau, village cher aux magasins ED.

Le Poulpe, qui a pris l'identité de Gilbert Lecoeur, se présente comme journaliste indépendant auprès de Laure d'abord par téléphone puis en son domicile versaillais. Le Poule est subjugué à la vue de la petite Viral qui d'ailleurs n'est pas si petite mais rousse et fort bien garnie du buste mais non poitrinaire, ce qui ne l'empêche pas d'apprendre que Bettina était devenue complètement barjot au contact de la secte. Il fait la connaissance par la même occasion de Serge Froissard, ce qui ne le froisse pas, chirurgien dentiste de profession, qui fait partie d'une association qui combat les sectes en général et Ambre Lunaire en particulier. Son fils est entre les griffes de cette secte depuis deux ans et il en a pris ombrage aussi il a constitué un imposant dossier et informe notre héros qu'une cérémonie doit avoir lieu le dimanche soir. Alors il ne reste plus qu'à passer à l'action.

 

Si l'histoire et l'intrigue qui la compose sont relativement simples, le récit vaut surtout pour l'humour qui l'imprègne. Entre jeux de mots, calembours, à-peu-près, le lecteur a le choix, même si parfois il faut relire par deux fois la phrase afin de l'apprécier à leur juste valeur. D'ailleurs une citation signée de K. Lang-Bourg figure en avant-propos : Quand les troncs pètent sous les vents d'anges, fais gaffe aux verts missels de la Saint Taxe. Ou encore plus loin dans le texte : Et puis c'est bien d'avoir sa piscine à soi. Comme dit K. L.-B., ça évite de faire l'aqueux à l'entrée d'une piscine publique trop polluée pour être eau nette. Les têtes de chapitres n'échappent pas à ces envolées spirituelle. Ainsi : Où six verres sales me sont contés. Peut-être abstrus aujourd'hui mais ceux qui connaissent les films de Sacha Guitry reconnaîtront sans peine Si Versailles m'était conté, ce qui est fort bien vu puisqu'une grande partie de l'histoire se déroule justement à Versailles.

Enfin les amateurs de citations se régaleront à ce duel verbal, cet échange oral entre Froissard et Le Poulpe qui se battent à coups de petites phrases dont les auteurs se nomment entre autres, Hôlderlin, Dickens, Tolstoï, Juvénal...

On se croirait dans une aventure de San-Antonio, mais plus en forme de à la manière de que d'une parodie ou d'un pastiche. Car il ne faut pas se leurrer, jouer ainsi avec les mots n'est pas donné à tous et cela requiert plus de travail de recherches lexicales de la part de l'auteur que de dérouler un roman sans grande imagination, sans verve, sans panache.


Gilles VIDAL : Les deniers du colt. Le Poulpe N°97. Editions Baleine. Parution 15 novembre 1997. 140 pages. 8,00€.

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 08:57

Bon anniversaire à Jean-Jacques Reboux né le 29 octobre 1958 !

 

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Tout a commencé lorsque Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, s’est vu abandonné par Chéryl, et qu’il s’est fâché avec Gérard, le patron de son troquet habituel qui lui remet toutefois une enveloppe, que Pedro est décédé et que Léon le brave chien de Gérard est parti au cimetière des canidés.

Bref tout va mal et ce n’est pas parce qu’il a trouvé une remplaçante à Chéryl que Le Poulpe nage dans l’euphorie. La missive contient, outre un billet d’avion aller et retour pour la Havane, une réservation pour un hôtel, une carte de tourisme et le summum, un véritable passeport établi à son nom. Pas de coups bas à Cuba pense Gabriel qui embarque donc sans arrière pensée. Hélas, son arrivée déclenche l’hilarité parmi les douaniers.

Erreur fatale, Le Poulpe s’est mélangé dans les papiers et a présenté un autre, plus vrai que nature établi par Pedro, avant son décès je le rappelle, établi au nom de Walker Bush. La honte !

D’autant que les policiers qui ont découvert son autre passeport, le vrai celui-là, se demandent pourquoi ce touriste se trimbale avec un appareil photo qui ne lui appartient pas, du moins il le jure, mais les alguazils ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ont des preuves. Pourtant cet appareil était la propriété de son voisin, un homme qui ressemblait à Trotsky. Et pourquoi a-t-il ânonné pendant son sommeil libérez Batista ? Là encore Gabriel se défend : il a été obnubilé par un graffiti qui énonçait “ Libérez Battisti, enfermez Dantec ”. Allez faire comprendre ça à des personnages butés.

Et puis cette rengaine, il n’en sait que la musique car il ne connaît ni de Battisti ni de Dantec. Nouvelle surprise, presque une épreuve éprouvante pour notre héros, tout le monde dans la rue l’appelle Gabriel. Sa renommée aurait-elle dépassé les frontières ?

Jean-Jacques Reboux a écrit avec cette aventure du Poulpe un roman jubilatoire, ironique et iconoclaste, pour ne pas dire irrévérencieux.

On y retrouve des personnages chers à J.-J. Reboux ainsi Simone Dubois la postière, mais également des clins d’œil à des auteurs comme Francis Mizio. Sans oublier Battisti, dont Gabriel Lecouvreur ignore l’existence, Maurice G. Dantec, tout aussi inconnu mais qu’il rencontrera sur l’île de Cuba et avec lequel il établira de nombreux dialogues savoureux. Exit les personnages récurrents qui composaient l’entourage du Poulpe. Mais le protagoniste phare de ce roman, c’est bien évidemment Fidel Castro, pour des raisons que je ne me permettrai pas de dévoiler ici. Certains n’ont pas aimé ce nouvel opus, moi j’y vois une blague de potache désabusé qui veut tourner une page.

J.-J. Reboux force parfois le trait mais y démontre aussi son talent de conteur, et il est urgent qu’un éditeur sérieux se penche enfin sur lui et l’encourage à continuer d’écrire non plus en dilettante mais en véritable professionnel qu’il peut devenir. Hélas les années passent, il est obligé de devenir éditeur mais il engrange les problèmes avec ses poulains...


 Du même auteur, lire :  Pour l'amour de Pénélope ainsi que  Pain perdu chez les Vilains.


Jean-Jacques REBOUX : Castro, c’est trop ! Collection Le Poulpe N°249, Editions Baleine. Mai 2004. 350 pages. 8,00€.

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 08:47

Un Poulpe médusé et médusant !

 

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Mais que peut bien faire Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe, un Poulpe complètement vaseux, à Cairns, sur la côte est de l’Australie, un endroit infesté de méduses ? Sans oublier les crocodiles qui se délectent de membres inférieurs placés à leur proximité.

Le départ de cette aventure se situe au Pied de porc de la Sainte Scollasse, le bar attitré du Poulpe. Gérard le patron lui fait lire un entrefilet dans le journal relatant les malheurs de Me Pinard, un habitué du lieu, avocat de profession, spécialiste des affaires internationales, et dont le corps est retrouvé en partie à Cairns, alors qu’il devait exercer ses fonctions à Perth, sur la côte ouest australienne, soit à 4 000 kilomètres de son lieu occasionnel de résidence. Ne subsistaient que quelques reliques appartenant à ses membres inférieurs sur la plage et un couvre-chef.

Pinard, qui soit dit en passant ne buvait jamais de vin en dégustant ses pieds de porc amoureusement mitonnés par la femme du bistrotier, passait volontiers ses vacances en Australie et avait accepté de s’occuper d’une affaire d’héritage assez compliquée et spécieuse, selon certains membres de la famille qui réfutent les droits de l’héritière présumée. Comme Gabriel est en mode pause avec Chéryl, et que rien de spécial ne le retient à Paris, il décide de se rendre aux antipodes.

De Perth à Cairns en passant par Sidney il mène son enquête sur la mort de Pinard, interrogeant les membres de la famille de Bingo Cockburn, aujourd’hui décédé et qui avait construit sa fortune dans l’exploitation de gisements de minerai. Il avait eu de nombreux enfants hors mariage, dont Zelda qui aujourd’hui réclame une part du gâteau afin de construire des établissements pour enfants déshérités. Mais la seconde épouse de Cockburn, et sa descendance officielle ne veulent pas en entendre parler.

Grâce à Chéryl avec qui il correspond par mail et un apprenti de la coiffeuse, Anthony, qui a bien connu Pinard, Gabriel possède des renseignements qu’il exploite. D’abord auprès d’une drag-queen, Dolly, et d’autres personnages dont Cattrioni, un officier de police avec lequel il sympathise. Et oui tout arrive ! Mais cela ne va pas sans coups durs et Gabriel manque de laisser sa peau dans cette affaire. Heureusement il trouve aussi quelques compensations, notamment dans la dégustation, parfois immodérée, de bières locales aussi surprenantes les unes que les autres. Et pour mener à bien sa mission, il proposera même à un gérant de club de jouer pour une soirée au transformiste, enfilant pour cette occasion la dégaine de Lady Gaga.

 

Cet épisode du Poulpe vaut surtout par le côté exotique et par la description sans complaisance des mœurs australiennes, la ségrégation entre aborigènes et descendants de pionniers. Par certains moments je n’ai pu m’empêcher de penser à Chat sauvage en chute libre de Mudrooroo. Et si Gabriel enquête dans les communautés gays, et sympathise avec quelques-uns d’entre eux, ou établit une relation constructive avec un évêque de Geraldton, ville située non loin de Perth et dans laquelle vivent de nombreux défavorisés, le trait n’est pas appuyé, ni dans un sens ni dans l’autre. Un roman plaisant à lire, dépaysant et qui nous montre un Poulpe dans un cadre inhabituel.


Hervé CLAUDE : Mort d’un papy voyageur. Le Poulpe 271. Editions Baleine. Novembre 2010. 9€.

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 09:53

« C’est Malvy, c’est Malvy, je n’y peux rien, c’est elle qui m’a choisi… »

 

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chantait approximativement Salvatore Adamo, dans les années 75.

C’est ce que pourrait fredonner Gabriel Lecouvreur en décachetant l’enveloppe que vient de lui remettre Gérard, le patron du bar-restaurant Au pied de porc de la Sainte-Scolasse. Il était arrivé dans le rade avec à la main un bouquin qu’il venait d’acquérir chez un bouquiniste et dont la couverture ainsi que le titre l’avaient attiré. Une vive discussion s’ensuit sur ce roman qui fut adapté au cinéma. Gérard le bistrotier est furieux et l’un des consommateurs, Milton Edouard, prof de lettres, s’interpose afin de fournir des indications historiques sur cet ouvrage et son auteur. Il s’agit du Juif Süss de Lion Feuchtwanger, un écrivain allemand issu de la bourgeoisie juive et dont le livre était une condamnation de l’antisémitisme mais dont le propos fut détourné lors d’une adaptation cinématographique.

En mémoire de soirées passées ensemble à Collioure mais aussi et surtout parce qu’il est dans une mauvaise passe Gaston Galois--Malvy demande à Gabriel de venir l’aider. En réalité il est franchement dans la panade. Fabrice Doucrier, jeune journaliste récemment diplômé a été retrouvé mort sur les berges de la Garonne et Gaston est fortement soupçonné de l’avoir assommé puis jeté à la baille.

Gaston avait entrepris d’effectuer des recherches généalogiques sur sa famille et son nom de Malvy. Et il avait constaté que pratiquement tous ces ancêtres avait été enseignants, originaires du Quercy ou de Gascogne. Or le nom de Malvy est attaché à celui de Dreyfus, car un Louis-Jean Malvy, ténor du Parti Radical avait été ministre de l’Intérieur durant la première guerre mondiale (et grand-père de Martin Malvy, adhérent PS et auteur d’un score fleuve lors des régionales de 2010). Pacifiste convaincu il s’était attiré les foudres de Clémenceau, d’un côté, et de l’extrême-droite royaliste menée par Léon Daudet, de l’autre. En 1917 Louis-Jean Malvy passa en Haute Cour de Justice et fut condamné à cinq ans de bannissement du territoire français. Cinq ans plus tard il était réélu député en terre quercynoise.

Gaston Galois--Malvy et Louis-Jean Malvy ont-ils en commun un lointain cousinage ? Des recherches généalogiques le détermineront peut-être. Doucrier signait des articles dans différentes petites revues dont Rock33 et surtout la Dernière Action Française, journal des dissidents royalistes géré en sous-main par Charles de Villeneuvette et dont les bureaux se situent à Bordeaux. Comme Gaston est un ami, perdu de vue il est vrai, et que Chéryl s’est entichée de Jean-Pascal un jeune stagiaire même pas majeur, Le Poulpe décide d’aller dans le Bordelais et d’enquêter.

Avec Olympe la sœur de Gaston il va se retrouver au cœur d’une affaire mi-politique mi-crapuleuse, dans laquelle les RG s’ingénient à vouloir s’immiscer. Gabriel fera la connaissance entre autre de Nadine, dernière petite amie officielle de Doucrier, lequel signait dans la DAF D’Oucrier, patronyme qui lui conférait un petit air de noblesse. Nadine est ostréicultrice et je ne peux m’empêcher d’établir un parallèle entre les huitres et les journaux : dans les deux on trouve des perles, plus souvent dans les journaux, je le concède, que dans les mollusques du bassin d’Arcachon.

 

Ce qui prévaut dans ce roman de François Darnaudet, ce n’est pas tant l’intrigue que la partie documentation sur l’origine des Malvy et sur l’Action Française de Léon Daudet, Charles Maurras et quelques autres. Mais également ce constat qu’Internet n’a pas que du bon. Ainsi lorsque Gaston effectue des recherches sur l’origine du nom Malvy il tombe sur des sites pronazis insinuant que Malvy serait un dérivé de Malca-Lévy. Des affirmations gratuites qui évidemment sentent l’antisémitisme et ne sont que des prolongements des allégations édictées par Maurras, Daudet et consorts. Par ironie Gabriel se présente comme journaliste à Généalogie, revue dont le nom se passe de commentaires, sous le pseudo de Gabriel Dreyfus.

Ce livre est hautement recommandable, ne serait-ce que pour démontrer que l’hydre antisémite n’a pas fini de nous pourrir l’existence. Et comme à mon habitude, je n’ai pu m’empêcher de relever certaines petites phrases explicites : « De toute manière, les flics avaient de moins en moins de prétexte crédible pour mettre qui leur plaisait en garde à vue ». Ceci pour la partie bon sens populaire et que ne désapprouveront pas la plus grande majorité de nos concitoyens qui se retrouvent en geôle pour des peccadilles. Pour la partie humour, je vous propose celle-ci : « Un chauve de deux cents kilos traversa la pièce, les poings fermés, et le visage dur comme une réforme de l’UMP ». Et pour confirmer le proverbe qui dit « jamais deux sans trois », la petite dernière : « Personne ne veut de moi… Je finirai seule et abandonnée, comme Bayrou ». Etonnant non ?


Une version numérique est disponible sur AmazonKindle pour 2,99€.


François DARNAUDET-MALVY : Les Ignobles du Bordelais. Le Poulpe N°272. Editions Baleine. 8,00€

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 07:51

Un Poulpe envasé...

 

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Gérard, le patron du bar-restaurant Au pied de porc de la sainte-Scolasse, est inquiet par le comportement affiché de son client favori, Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe. Celui-ci est atteint de ce qu’il appelle le grand blanc et que d’autres désignent sous les noms de stress, blues, cafard ou encore spleen. Pour le réactiver il tente de lui parler, en pure perte.

Il suffit d’un entrefilet dans Le Parisien, même pas daté du jour, pour éveiller la curiosité de Gabriel. Une certaine Brigid Waterford a découvert, à Toulon, une jeune femme morte tenant entre ses cuisses un sac contenant un vase dit Au phare d’Alexandrie, une antiquité inestimable en provenance d’Afghanistan. Brigid Waterford, Gabriel s’en souvient bien malgré les neuf ans passés depuis leur première et dernière rencontre. Une belle rousse aux yeux verts. Enfin, un rayon de soleil se profile dans la grisaille qui embrume les idées du Poulpe.

N’écoutant que son instinct, il se dirige vers le musée Guimet, et bingo, Brigid est effectivement là, devant l’entrée. Pourquoi le musée Guimet ? Parce que tout simplement c’est là où théoriquement doit se trouver le fameux vase. Alors, celui que détenait la jeune femme ne serait qu’un faux, une habile reproduction ? Brigid, qui avait aperçu la morte quelques mois auparavant lors d’une soirée huppée, a eu le temps de s’emparer, avant de prévenir la police, de son argent, de ses papiers et de remarquer quelques tatouages sur les bras et le haut du corps de la défunte.

Gabriel accepte de suivre Brigid en Espagne, Barcelone et Cadaques, puis Séville, à la recherche du tatoueur lequel pourrait la conduire jusqu’au domicile de la morte et éventuellement à un magot. Une petite fortune qui permettrait à Brigid de se remettre à flots, et de partir à Malte, en Colombie, ou ailleurs, loin.

 

Ce nouvel épisode du Poulpe, qui chronologiquement se situe avant Certains l’aiment clos de Laurent Martin, nous emmène sur les traces d’un trafic d’antiquités, trésors retrouvés à Begram, site archéologique situé au nord de Kaboul qui fut surnommé l’Alexandrie du Caucase et dont certaines pièces sont répertoriées au musée Guimet. Ceci pour alimenter la trame de l’enquête menée par Brigid et Gabriel.

Mais se greffe en toile de fond, l’attirance entre Brigid et Le Poulpe, ainsi que les problèmes de conscience de celui-ci concernant ses relations avec Chéryl. Leur couple a-t-il un avenir, aime-t-il vraiment Chéryl, quels sont les sentiments de Chéryl à son égard, doit-il effectuer une alliance charnelle avec Brigid et plus si affinités au détriment de longues années de vie plus ou moins communes avec Chéryl ?

Ce roman est aussi un hommage implicite au Faucon Maltais car Brigid est l’arrière arrière petite fille de Brigid O’Shaunessy, celle qui inspira Dashiell Hammett, mais aussi à Humphrey Bogart et John Huston, et bien sûr Marcus Malte qui le premier a mis en scène Brigid Waterford dans Le Vrai Con maltais. J’allais oublier de signaler que Brigid lit Alice au Pays des Merveilles, parce qu’elle a aperçu le cadavre grâce à un petit lapin blanc. Alors, De l’Autre côté du miroir, la suite, n’est-il pas une préfiguration des hésitations sentimentales du Poulpe ?


Maïté BERNARD : Même pas Malte. Le Poulpe n° 263. Editions Baleine. Janvier 2010. 7€.

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