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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 07:28

A déguster sans modération...

Jean RAY : Les contes du whisky.

Si le nom de Jean Ray est indissolublement lié au personnage d'Harry Dickson, il ne faut pas oublier la partie majeure de ses contes et romans que les éditions Alma rééditent aujourd'hui.

En effet le sieur de Gand, grand fantastiqueur belge, possède à son actif des classiques comme Malpertuis, La cité de l'indicible peur, Les derniers contes de Canterbury, Les contes noirs du golf, sans oublier bien d'autres ouvrages signés John Flanders, qui défient le temps.

Plongeons nous donc dans ces Contes du whisky, avec délectation, et peut-être pour certains de nous, ce côté nostalgique des découvertes enregistrées il y maintenant près de cinquante ans et qui se sont dissolues au fil des ans.

Trente huit textes réunis sous ce titre générique, publiés dans divers supports comme L'Ami du livre et Le Journal de Gand, entre 1921 et 1925 puis réunies dans son premier volume de nouvelles en 1925.

Chaque histoire est narrée à la première personne, comme si les aventures, les espoirs, les déceptions, les envies, les peurs, les regrets, c'était Jean Ray qui les avaient subis. Il existe dans ces textes un accent de vérité, comme de confession, d'épanchement. Ainsi dans A minuit, le lecteur peut se croire vraiment le confident du narrateur :

Alors je parlai très bas, et le whisky au fond de mon verre, reçut avec horreur dans sa mobile chair d'or, la douloureuse semence de mes larmes.

Un "héros" qui subit le plus souvent qu'il ne provoque. Et dans les brumes de Londres, ce sont les brumes éthyliques du cerveau qui régissent son esprit.

L'univers de Jean Ray est sombre, très sombre, le cauchemar obsédant, comme ces peurs craintives de l'enfant enfermé dans une pièce plongée dans le noir. Les ombres de la nuit rôdent, tenaces, alimentées des décors de docks, de ruelles mal éclairées, de bouges enfumés. Pas de monstres à proprement parler comme chez Lovecraft, car tout se dissout dans l'indicible, le ressenti, les fantômes intérieurs. Des situations qui provoquent peur, frissons, horreur, répulsion, frayeur, épouvante.

Et l'ombre derrière moi pesait sur ma chair frissonnante comme la détresse sur mon cœur.

C'est la tristesse qui prédomine, qui alimente les peurs. Quand on est joyeux, tout est rose. Dans ces textes tout est noir. Et c'est bien pour refouler la peur, la nuit, les ombres, que le narrateur boit.

On ne refuse pas une gorgée de vieux whisky par un jour brumeux pesant sur le marécage comme un manteau mouillé (Dans les marais de Fenn).

Le whisky est bien le liquide le plus absorbé dans ces nouvelles parfois morbides, et comme pour l'œuf et la poule, est-ce le whisky qui provoque cet état, ce sentiment de peur, ou au contraire parce que le narrateur est envahi par l'anxiété, la crainte, l'appréhension, qu'il boit ?

Jean Ray sait se montrer caustique, et si de nombreuses références sont glissées dans ses contes, Maupassant, Sir Arthur Conan Doyle, entre autres, il griffe au passage d'autres auteurs. Dans La Maison hantée, chronique fantaisiste, le whisky n'est pas le seul compagnon à glisser dans l'estomac du narrateur. Il s'enfile allègrement Cointreau, Armagnac, Bénédictine, Vieille Chartreuse, discutant avec un aimable fantôme. Il conclut, mais ceci n'enlève en rien le charme de cette histoire :

Il bâilla, mais personne ne saura dire si c'est sur la bêtise humaine ou sur le dernier volume de M. Paul Bourget qu'il avait ouvert, qu'il bâillait son profond ennui.

Il est vrai que Paul Bourget séduit le public mondain, mais qu'il n'est pas renommé pour ses romans populaires. Au contraire, ses études de mœurs et de caractères sont soporifiques, est-ce pour cela qu'il fut encensé par des intellectuels au début du XXe siècle. Ceci n'est qu'un aparté.

Le lecteur, qui a déjà lu Jean Ray, retrouve une seconde jeunesse, et il s'imbibe de ces nouvelles, s'en délecte, et s'il ressent un certain effroi, il ne peut s'empêcher de continuer sa lecture, comme on titille une dent qui fait mal pour en prolonger la souffrance.

Cette édition qui se veut originale et intégrale reprend les textes publiés dans la version Marabout, mais est complétée par onze autres nouvelles qui ne figuraient pas dans le volume précité. Seulement le volume Marabout possédait trois nouvelles réunies sous le titre La croisière des ombres, qui ne sont pas reprises ici. Peut-être le seront-elles dans La croisière des ombres, volume pour paraître prochainement.

Ce volume est complété par le recensement du parcours éditorial des Contes du whisky, mais surtout, et cela intéressera les amateurs pointilleux, de la date et le nom du magazine dans lesquelles elles furent publiées pour la première fois. Ainsi qu'une élégante et érudite postface d'Arnaud Huftier.

 

Réédition collection Le Masque Fantastique. Librairie des Champs Elysées. 1980.

Réédition collection Le Masque Fantastique. Librairie des Champs Elysées. 1980.

Collection Marabout fantastique N°237. Editions Gérard. 320 pages. Parution en 1965.

Collection Marabout fantastique N°237. Editions Gérard. 320 pages. Parution en 1965.

Jean RAY : Les contes du whisky. Alma éditeur. Parution 12 mai 2016. 288 pages. 18,00€.

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 14:10

Le roi des détectives, le Sherlock Holmes américain, le détective de l'impossible,

l'immortel Harry Dickson est de retour !

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Tout comme le Sherlock Holmes de Conan Doyle, Harry Dickson possède ses admirateurs qui en véritables passionnés perpétuent ses aventures dans des ouvrages apocryphes, des pastiches qui ne sont pas parodiques mais entretiennent la légende.

Robert Darvel est de ceux qui perpétuent sa mémoire, tout comme l'ont fait ou le font encore Gérard Dôle et Brice Tarvel.

Mais reste l'examen de passage. Et à la lecture de ces cinq histoires, dont quatre avaient été précédemment publiées sous de très belles couvertures, aux éditions du Carnoplaste, on peut dire que Robert Darvel respecte le fond et la forme tout en imaginant de nouveaux épisodes tout aussi prenants, surprenants, plongeant le lecteur dans une atmosphère digne de ceux écrits par Jean Ray.

Le fond avec cette ambiance fuligineuse qui entoure chacune de ces enquêtes, souvent enrobée de fantastique, et dans la forme avec des phrases élégantes sublimées par l'adjonction recherchée de mots désuets, sans pour cela tomber dans la facilité de la vulgarité. Ce qui nous change d'une grande production actuelle et nous ramène au bon vieux temps où les écrivains avaient du style, et surtout n'utilisaient pas, pour masquer leur méconnaissance de la langue française, des mots issus du vocabulaire anglo-saxon, sans que cela soit justifié. Mais ceci est un autre débat.

Mais explorons un peu cet ouvrage :

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Le dieu inhabité. Harry Dickson N°185.

C'est Goodfield qui l'affirme, il s'agit d'un crime banal. Mais pour Harry Dickson, qui habite non loin du lieu où s'est déroulé le meurtre, aucun crime ne saurait être qualifié de banal. Une femme aux mœurs légères a été retrouvée égorgée et son corps a été placé dans un broyeur. Pas beau le corps, sauf pour le médecin légiste. Un policier a aperçu le meurtrier mais n'a pas réussi à le rattraper. C'est lui qui a prévenu Goodfield lequel s'est rendu séance tenante chez Harry Dickson. Un autre assassinat est perpétré dans les mêmes conditions, à la différence près qu'il semblerait que le second tueur soit un gamin ayant copié le maître. Les événements se précipitent, Ted Manley est retrouvé décapité, un gamin ayant Auntie Daphné dans la tête est alpagué mais échappe aux policiers dont un qui possède une oreille factice, et des plumes blanches sont retrouvées voletant de-ci de-là. Le gamin s'est défilé mais il a laissé derrière lui une chaussure contenant son pied. Un pied factice lui aussi. Pour Harry Dickson, il faut interroger le fabricant, un artisan ébéniste-prothésiste. Seulement Goodfield a lui aussi été égorgé...

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

Le secret de la pyramide invisible. Harry Dickson N°183.

Quatre hommes ont rendez-vous à Haggerdale Manor, un château en ruine dans la lande Whitestone Heath, propriété de Augustus Haggerdale qui n'a pas donné signe de vie depuis des années. Le mystère plane et la mort rôde. Deux ingrédients qui ne peuvent qu'inciter Harry Dickson et son sympathique élève Tom Wills à enquêter sur place. Une affaire qui ne va pas les laisser de glace, à laquelle on ajoute des singes, une pyramide incongrue, une tempête fantastique et autres éléments propices à nous plonger dans une aventure dont les stigmates peuvent se lire sur des visages.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

La treizième face du crime. Harry Dickson N°202

De retour d'Equateur où il a accompli avec succès un accord portant sur l'importation de satin, George Beetham est importuné sur les quais par un barbier qui veut à tout prix lui faire la barbe. Beetham l'éconduit, il n'a pas besoin de ses services, et il s'éloigne rapidement. John Symond, un collègue de notre voyageur devait lui proposer de l'emmener en cab. Tant pis pour George et comme Symond n'a pu se tenir au courant des derniers événements, il achète au crieur qui passe le journal du jour. La manchette annonce un nouveau crime horrible. Le Barbier Gloussant a encore sévi. Et ce n'est pas fini car George est suivi et même précédé par ce fameux barbier, qui n'est pas de Séville. Alors que le figaro s'apprête à trancher la gorge de George, deux piliers encadrant un porche et représentant deux colosses s'emparent de l'individu et le portent dans une niche où se terre la reine Elisabeth, Première je précise, et le broient. Une affaire qui ne peut laisser indifférent Harry Dickson, toujours accompagné de Tom Wills, et entraînera les deux hommes dans les dédales d'un Londres particulièrement sanglant.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 1.

La rivière sans visage. Harry Dickson N°181.

Tom Wills est sous le choc de l'émotion. Son ami Jack Crofton avec qui il a couru de multiples dangers et fait les quatre-cents coups a disparu. Jack Crofton est surnommé Fascicule Jack à cause d'une particularité indélébile : il a le visage tatoué. Mais pas n'importe quels tatouages. Un fatras de lettres et de mots scarifiés par des marins qui ne lui avaient pas pardonné son intrusion dans un schooner. Tom Wills faisait partie de l'équipée mais agile comme une anguille il avait pu échapper aux griffes des matelots vindicatifs. Bref Fascicule-Jack a disparu et c'est inquiétant. Harry Dickson promet de tout faire pour le retrouver et leur enquête sera jalonnée de personnages tous plus inquiétants les uns que les autres.

L’Homme qui n’avait pas tué sa femme, le détrousseur à l’étalingure et des Six Couples Sanglants, un spirite ambulant et sa charrette à ectoplasmes et bien d'autres phénomènes.

 

Harry Dickson s'amuse. Inédit.

Nouvelle inédite qui clôt avec bonheur cet ouvrage et est suivie d'une postface mêlant fiction et réalité, vécu et imaginaire.

Le modeste jardin botanique de Bridgenorth est clos au public le soir. Les deux gardiens veillent consciencieusement à fermer à double tour les entrées qui sont dans l'autre sens les sorties. Toutefois, dans les bâtiments toute vie n'est pas exclue. En effet des chercheurs travaillent sur des plantes médicinales rares dont Lafolley qui reste tard dans la serre qui leur est attribuée. Redhead et deMars attendent tranquillement dans leur logement que le souper leur soit servi. Les deux hommes aperçoivent une silhouette de femme qui s'approche de la serre où se tient Laffoley et il leur semble qu'il s'agit de leur collègue miss Lafertoe en train de marmonner. Un cri retentit et peu après Lafolley est retrouvé mort.

 

Un ouvrage à conseiller pour tous les nostalgiques d'Harry Dickson et aussi à ceux qui veulent découvrir de nouveaux auteurs qui sortent du lot et reprennent l'héritage des grands anciens avec bonheur.

On y retrouve l'ambiance, l'atmosphère fantastique, fantasmatique même, qui prédominent dans les nouvelles du sieur de Gand, un mélange d'enquêtes policières et de surnaturel, effarantes, surprenantes, ahurissantes, inventives.

Un registre dans lequel Robert Darvel excelle et qu'il est bon de découvrir dans une collection moins confidentielle que les fascicules qu'il édite, même si ceux-ci sont proposés en ligne sur un site cavalier.

 

Pour retrouver toutes les publications du Carnoplaste, rendez-vous ci-dessous :

Robert DARVEL : Harry Dickson 1. Collection Hélios noir N°49. Editions Les Moutons électriques. Parution le 3 mars 2016. 322 pages. 9,90€.

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 09:20

Bon anniversaire à Serge Brussolo, né le 31 mai 1951

Serge BRUSSOLO : L’Enfer, c’est à quel étage ?

L’univers de Serge Brussolo est étrange, fascinant, captivant, démoniaque, angoissant et autres qualificatifs que vous voudrez bien lui attribuer. Son nouvel opus ne déroge pas à la règle. Enfin, quand je dis nouvel opus, je me comprends et vous saurez pourquoi à la fin de cette notice.

Jeanne, qui a effectué pas mal de petits boulots et a même connu le succès avec un roman, le second n’ayant pas répondu à ses espérances et enregistré un bide monumental, n’a d’autre solution pour subsister que de répondre à une petite annonce. Elle se présente donc comme modèle nu auprès d’un sculpteur habitant une drôle de maison dans une impasse.

Un hôtel particulier qui ressemble vu de l’extérieur à un soufflet au fromage ou à un chou-fleur, à la surcharge décorative baroque. A l’intérieur, ce n’est guère mieux, avec toutes ces statues qui trônent dans un hall qui ressemble à un tunnel creusé dans une congère. L’individu qui officie en tant que concierge n’est guère avenant mais après tout ce qui lui importe est de trouver un job et de pouvoir manger à sa faim.

La première séance de pose se passe bien et elle est engagée, et même logée, dans une chambre de bonne au sixième étage, chez ce sculpteur qui ressemble plus à un boucher qu’à un artiste. Mais il ne faut pas se fier aux apparences (appâts rances ?) et surtout oublier que dans cette demeure s’est déroulé cinquante ans auparavant un drame qui pèse encore dans tous les esprits.

La fameuse maison Karkersh, dont le corps du propriétaire a été retrouvé déchiqueté dans le zoo adjacent. Trois sœurs se seraient suicidées, de manière différente, dans trois des chambres de bonne contiguës à celle de Jeanne et les avis divergent sur la mort de Karkersh : suicide en se jetant de la fenêtre de son balcon, ou dépeçage organisé par sa parentèle ?

Jeanne rêve qu’elle aussi est la proie de ces apprentis bouchers, et des marques de stigmates apparaissent durant son sommeil. Sans oublier cette étrange bâtisse qui recèle bien d’autres secrets, ces statues dans le hall qui ne seraient que moulages de plâtre sur des ossements humains, et une étrange machine dans la cave qui mène aux catacombes.

 

Catacombes est d’ailleurs le titre de la version abrégée de ce roman paru en 1986 dans la collection Anticipation du Fleuve Noir, sous le numéro 1491, un roman qui aurait dû paraître dans la collection Angoisse si celle-ci n’avait été supprimée depuis des années.

L’Enfer c’est à quel étage ? titre sous lequel est réédité ce roman n’a pas vieilli, au contraire, même si le lecteur doit effectuer quelques réajustements de dates afin de comprendre la genèse de l’histoire, et contient tous les phantasmes et obsessions qui parsèmeront l’œuvre de Serge Brussolo depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui.

La maison, lieu idéal d’une mise en scène angoissante et étouffante par idéal, mais également par touches subtiles le froid, la glace, la mer. Même pour ceux qui ont lu Catacombes, je conseille cette lecture, ne serait-ce que pour en apprécier la teneur et se rendre compte des aménagements qui avaient été jugés nécessaires à l’origine, pour la simple et bonne raison d’une politique éditoriale basée sur une pagination uniforme. Coût de rentabilité oblige, présumé-je.

 

Première édition : Collection Moyen Format, éditions du Masque, 2003. 252 pages.

Première édition : Collection Moyen Format, éditions du Masque, 2003. 252 pages.

Collection Anticipation du Fleuve Noir, sous le numéro 1491, en 1986.

Collection Anticipation du Fleuve Noir, sous le numéro 1491, en 1986.

Serge BRUSSOLO : L’Enfer, c’est à quel étage ? Réédition Le Livre de Poche. Parution 1er septembre 2004. 220 pages. 5,10€.

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 13:49

Que deviennent les héros de nos lectures juvéniles ?

Michel PAGEL : Le Club.

Comme nous ils vieillissent, et subissent les tracasseries inhérentes aux adultes. Finis les moments d'insouciance, finies les aventures et les découvertes, la joie de se retrouver lors des vacances.

Trente ou quarante ans après avoir vécu des épisodes palpitants, surtout pour les lecteurs, François revient à Kernach, deux jours avant Noël. Il pensait que sa cousine Claude serait à l'attendre à la gare, mais ayant eu un empêchement elle a délégué comme chauffeur Dominique. François ne va pas tarder à l'apprendre, Dominique est l'amie de cœur et de lit de Claude, qu'elle appelle Claudine. Les temps changent. Cécile la mère de Claude est toujours vivante, mais ne quitte pas son fauteuil roulant. L'âge est passé par là. Et la tête n'est plus ce qu'elle était.

Ils doivent tous se retrouver dans la villa des Mouettes, cette bâtisse où ils ont passé leurs vacances. Tous ? Non, Dagobert est mort, bien évidemment. Il a terminé sa vie de chien, le fidèle canin qui a participé à leurs aventures.

François est devenu commissaire de police, est resté célibataire, et peut-être même qu'il n'a jamais connu de femmes. Sous des dehors d'homme sûr de lui, il a gardé des appréhensions enfantines envers les personnes du sexe, de l'autre sexe. Pas pour autant qu'il s'est tourné vers les hommes. Ce serait plutôt un misanthrope.

Débarquent Pilou et sa jeune compagne Mélodie. Pilou, Pierre-Louis pour l'état-civil, qui est une pièce rapportée n'étant pas de la famille mais a partagé quelques-unes des aventures des quatre cousins. Pilou dont les conquêtes sont de plus en plus jeunes.

Annie et sa fille Marie arrivent elles aussi dans un véhicule déglingué en provenance du Cantal où elles vivent depuis une dizaine d'années. Le parcours d'Annie est chaotique. Marie est le fruit du troisième mari d'Annie, qu'elle n'a pratiquement pas connu. Comme les deux précédents, il a quitté Annie et depuis celle-ci vivote d'expédients, d'alcool et de cachets contre la déprime permanente qu'elle traîne comme un boulet. D'ailleurs Annie aussi elle traîne Marie comme un boulet et la gamine se ramasse les torgnoles comme grêlons lors d'un orage.

Seuls Mick et Jo arriveront un peu plus tard. Ils vivent au Canada, mais promis ils seront là pour Noël. Mick, le quatrième de la bande, le frère de François et d'Annie. Jo, la Gitane, une rapportée elle aussi et que François n'apprécie pas du tout. Son côté misogyne.

Faut dire que depuis le cataclysme, du moins cet événement considéré comme un immense et brutal bouleversement dans leur vie, les relations ne sont plus les mêmes entre les quatre anciens gamins devenus adultes. Chacun a fait sa vie, comme il a pu, pourtant restent les souvenirs.

Claude a parfois des absences, ou plutôt elle se sent projetée ailleurs, sur une plage du Dorset, se trouvant en présence d'un chien et d'enfants qui rappellent étrangement les gamins qu'ils furent il y a fort longtemps.

La neige commence à tomber et le lendemain les cousins et amis ne peuvent sortir de la villa. La neige bloque tout. Cécile, la mère, est retrouvée morte. Elle porte d'étranges traces qui laissent à penser qu'elle a été assassinée. Pourtant aucune trace de pas n'est visible dans cet épais manteau blanc.

Un véritable huis-clos étouffant, malgré la froideur de la température extérieure, englue les habitants de la demeure. D'autres morts ponctueront cette journée et Mick n'est toujours pas présent, accompagné qu'il devrait être de Jo.

 

Lorsque les personnages de papier prennent vie, cela donne une nouvelle dimension à leurs aventures passées, mais également un éclairage sur leur nouvelle vie.

Mélodie met les pieds dans le plat au cours du repas qui suit les retrouvailles :

Quand Pierre-Louis m'a dit qui vous étiez, je ne l'ai pas cru. C'était vraiment vous, les héros de ces bouquins ? Il vous est vraiment arrivé tout ça ?

Complétant ces questions innocentes, Mélodie affirme les avoir tous lus, dans les versions cartonnées et même les suites. A quoi Annie s'insurge, niant ces derniers ouvrages qui ne furent que pures fictions. Mais les membres du Club n'aiment pas parler du passé. Claude temporise. Mélodie se demande comment ces romans ont été écrits, si ce sont eux qui ont raconté leurs aventures ou bien si leurs parents s'en sont chargés. Elle ne songe pas à s'étonner que l'auteur est un nom anglo-saxon - mais peut-être croit-elle à un pseudonyme.

Et Michel Pagel pointe du doigt l'un des aspects qu'enfants nous n'avions pas forcément soulevé, pourquoi ces traductions, publiées dans le désordre, mettaient en scène des enfants au nom français évoluant dans une région française.

Il ne s'agit pas vraiment d'une histoire de mondes parallèles, ni d'une interconnexion de deux périodes qui se rejoignent, mais d'une fiction dans la fiction, d'une fantasmagorie juvénile qui prend corps sous nos yeux, avec ce que Claude et François appellent un cataclysme survenu lors de leur jeune adolescence. Et ce cataclysme va influer sur leur adolescence et leur passage à l'âge adulte.

Et Michel Pagel, au lieu de détruire un mythe, le perpétue, offrant ce que l'on pourrait une suite à une œuvre déjà conséquente et ouvrant de nouveaux horizons.

Un ouvrage prenant qui nous ramène quelques décennies en arrière tout en le plaçant dans notre époque. Une véritable réussite écrite avec brio et maîtrise, tout en conservant la part de mystère qui plane dans l'existence de ces adultes encore gamins, perturbés par ce bouleversement, cette révolution qui nous a tous marqué.

 

Michel PAGEL : Le Club. Collection Bibliothèque voltaïque. Les Moutons Electriques éditions. Inédit. Parution 4 mars 2016. 160 pages. 15,00 €. Existe en version numérique : 5,99 €

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 12:34

Comme les quatre cavaliers de l'Apocalypse ?

Michel PAGEL : Le diable à quatre.

Lorsqu’on fait un pacte avec le Diable, ou un de ses acolytes, même pour jouer, cela peut s’avérer dangereux.

Corinne, Julien, Robert, Alphonse le clochard en feront la cruelle expérience. Pourtant au départ seul l’argent de Guy, et un attrait du nouveau, de l’insolite, de l'inédit, ont poussé nos quatre compères à sceller ce pacte, comme s'il ne s'agissait que d’un jeu, d'une franche rigolade, une farce. Une farce assortie d'un meurtre, tout de même.

Quand on est jeune on ne lésine pas sur les moyens. Guy fera les frais de cette expérience, tandis que ses quatre soi-disants amis récolteront les fruits de ce qui à l’origine n’aurait dû être qu’une mascarade.

Au bout de sept ans, Guy le zombie reviendra se venger et comme l’on ne peut demander à un cadavre ambulant de faire dans la dentelle, d’ailleurs il n’en a pas envie, cette histoire va se terminer en mini apocalypse.

 

Michel Pagel, que j’ai découvert avec son roman Pour une poignée d’Hélix Pomatias, un roman farfelu, baroque, délirant, nous livre ici un roman plus sombre, associant les thèmes de la démonologie et de la vengeance.

Un roman plus austère, plus sérieux, mais aussi tout aussi prenant et dont les chapitres s’intercalent entre deux périodes : fin octobre 1980 et fin octobre 1987, relançant l’action, le suspense, ce qui évite les temps morts.

Un roman qui s’inscrit dans l’angoisse, le fantastique, l’épouvante, purs et durs.

 

Cette nouvelle édition de luxe propose les huit titres qui composent la Comédie Inhumaine mais pour l'acquérir il vous faudra acheter les les huit volumes.

Présentation de l'éditeur :

Harcelé par ses vieux démons, Michel Pagel a entièrement révisé ses manuscrits, nuits et jours, poursuivi par une idée fixe, comme un envoûtement : faire de cette somme un sommet, l’édition ultime et définitive de ce chef-d’œuvre du fantastique français. Dans un dernier effort, il y a ajouté une préface et une nouvelle, avant de s’écrouler d’épuisement. Deux textes sur lesquels aucun mortel n’a encore jamais posé les yeux.

On murmure que l’auteur vit maintenant en ermite, reclus dans un village anonyme du sud, refusant toute société…

Il s’agira de huit volumes de 15x23 cm, reliés sous jaquette (la peau humaine étant trop onéreuse, nous avons dû nous rabattre sur des matériaux plus classiques). 2038 pages en tout ! Les superbes couvertures ont été tirées de l’esprit tourmenté du graphiste Melchior Ascaride, et réalisées par ses doigts aiguisés dans une cave sombre illuminée à la bougie rouge. Évidemment, il a été privé de nourriture pour toute la durée du travail, comme le préconise tous les manuel de fabrication de livre maudits (Nécronomicon, Livre de sang…).

Michel Pagel fit ses premiers pas, déjà volubiles, dans le cadre de la mythique collection « Anticipation » du Fleuve Noir. Depuis, il s’est largement émancipé de ce cadre. Connu en particulier pour sa vaste fresque fantastique de la Comédie inhumaine, il est aussi l’auteur des Flammes de la nuit, de L’Équilibre des paradoxes et du Roi d’août, par exemple, ou du recueil de nouvelles La Vie a ses rêves.

Les huit volumes : - Sylvana (148 pp.) - Nuées ardentes (306 pp.) - Le Diable à quatre (158 pp.) - Désirs cruels (218 pp.) - Les Antipodes (248 pp.) - L’Ogresse (318 pp.) - L’Esprit du vin (200 pp.) - L’Œuvre du Diable (442 pp.)

Huit volumes « hardcover » (reliés, toilés, sous jaquette), textes définitifs révisés par l’auteur, tirage limité à 299 exemplaires - pas de vente en volumes séparés.

 

Dernière précision d'importance, le prix : 220,00€. Réservé aux bibliophiles.

 

Première édition : Collection Anticipation N°1657. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1988. 192 pages.

Première édition : Collection Anticipation N°1657. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1988. 192 pages.

Réédition J'ai Lu collection Fantastique. Le Diable à quatre et autres récits. Mars 2003.

Réédition J'ai Lu collection Fantastique. Le Diable à quatre et autres récits. Mars 2003.

Michel PAGEL : Le diable à quatre. Collection Voltaïque. Editions Les Moutons Electriques.

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 09:06

N'est pas la cabane au fond du jardin...

Céline MALTERE : Le cabinet du Diable.

Les petites villes de province recèlent souvent un patrimoine historique important auquel les habitants, voire les touristes lorsqu'ils ne sont pas renseignés, ne s'intéressent pas, pour diverses raisons.

Ainsi à Moulins, dans l'Allier, une demeure du XIXe siècle est longtemps restée abandonnée, près du musée Anne-de-Beaujeu, figée dans le temps, n'attendant que le bon vouloir des hommes et la réalisation d'un dispositif testamentaire voulu et consigné par son propriétaire et unique occupant.

Louis Mantin, décédé en 1905 à l'âge de 54 ans, avait signifié quelques exigences en léguant cette demeure, les biens et les collections qui y étaient renfermés et une coquette somme d'argent à la ville de Moulins. Depuis l'inauguration le 29 octobre 2010, inauguration magnifique selon les témoins, cette maison est accessible au public.

Mais auparavant elle avait attiré des curieux dont les quatre personnages qui évoluent dans ce roman.

D'abord Lisebeth Restamen, une jeune fille qui à dix-sept ans a pris le voile, même si ses convictions religieuses n'étaient pas fortement ancrées, afin d'échapper au mariage que voulaient lui imposer ses parents. Malgré son handicap de naissance, il lui manque un bras qui a été remplacé par une prothèse en bois, elle vaque normalement et a même réussi à devenir tourière, ce qui lui permet de garder les clefs par devers elle à sortir du couvent quand bon lui semble, ou presque.

Durant ses déambulations elle stationne souvent devant la maison Mantin, une demeure qui la fait rêver et rencontre trois individus dissemblables mais qui semblent s'entendre comme larrons en foire. D'abord l'ancien marin Hubert Lantier qui a jeté l'ancre pour mieux s'adonner à l'une de ses passions, les livres. Surnommé le Pirate, il est lui aussi attiré par cette mystérieuse villa. Et puis il y a Suarès, le lucide poète extralucide et son compagnon Kariron-san, un Japonais dont la jeunesse fut gâchée par un cancer des os et qui soigné par un médecin genre savant fou, marche en crabe, ses membres ayant été progressivement remplacé par une ossature en ferraille.

Ils se demandent comment pouvoir s'infiltrer dans le parc puis dans la demeure, imaginant de nombreuses solutions, tentant de grimper aux grilles.

 

Le titre prend sa véritable signification dans le deuxième chapitre du roman, lorsque Louis Mantin, ou plutôt son ectoplasme, nous fait visiter sa demeure, ses trésors accumulés durant son existence. Ses pensées sont tournées vers Louise, son seul amour, un amour caché. Ses déambulations dans les pièces, le salon et le cabinet aux trésors, la bibliothèque, s'effectuent en compagnie d'un homme qu'il appelle Sire Edax dans une ambiance de château de la Belle au bois dormant mâtiné de bal de Cendrillon.

 

Ce court roman fantastique, sobre, charmant, développé comme un conte, de facture classique dans le sens noble du mot, est placé sous le patronage de Lamartine et plus particulièrement de l'avant-dernière phrase du poème Milly ou la terre natale, extrait du recueil Harmonies poétiques et religieuses :

Objets inanimé, avez vous donc une âme...

 

En annexe un intéressant dossier est consacré à la Maison Mantin, rédigé par Maud Leyoudec plus quelques annexes fort utiles.

Afin d'en savoir plus sur cette maison Mantin, je vous conseille de diriger le pointeur de votre souris sur les deux liens suivants :

Pour commander l'ouvrage et feuilleter le catalogue des éditions Clef d'Argent :

Céline MALTERE : Le cabinet du Diable. Collection LoKhaLe N°3. Editions La Clef d'Argent. Parution le 15 mars 2016. 112 pages. 6,00€.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 12:40

Aime les diptères, surtout en vol...

Patrick ERIS : Le seigneur des mouches.

Il... Ne... Se... Souvient... De... Rien.

Comme un mantra ces six mots défilent en boucle dans son esprit encore engourdi.

Il ne reconnait pas la chambre d'où il émerge péniblement. Une chambre d'enfant avec les accessoires et les gravures adéquates, vieillies. Il est habillé d'un pantalon de sport qu'il n'a jamais possédé, à sa connaissance. Il est égratigné, amoché, badigeonné de mercurochrome sur tout le corps, plaies contrastant avec ses bleus.

Que fait-il-là dans cette tenue, dans cette chambre ?

Il... Ne... Se... Souvient... De... Rien.

Un accident qui l'aurait rendu amnésique ? Une amnésie passagère ou, pis encore, définitive ? La terreur, l'angoisse montent en lui comme un mascaret impossible d'endiguer.

Et il fait si chaud.

Il se lève, marche péniblement. Les dalles froides qu'il foule hors de la chambre lui rafraîchissent les pieds. Et ce bruit continuel de mouche, non de mouches, qui se fait entendre, un bourdonnement incessant.

Il est dans une ferme, mais personne à l'horizon, juste un chien allongé à l'ombre. Une vieille camionnette. Un vieil homme qui court poursuivi par un essaim qui grésille. C'est alors que le voile qui enserrait ses souvenirs se déchire.

Tout commence alors qu'il est recruté par des Chercheurs de Têtes pour une entreprise en plein développement et son bureau se trouve dans une tour de la Défense. Un bel avenir lui est promis, mais auparavant il doit sacrifier à une forme d'intronisation.

 

Parabole ou fable des temps modernes, Le Seigneur des mouches montre l'envers du décor dans la course au succès des jeunes loups, des cadres qui veulent à tout prix réussir dans une entreprise propre sur elle, en apparence. Une course mortelle pour parvenir au sommet, quel que soit le prix à payer, et s'il le faut être prêt à marcher sur les autres, à les écraser, à tuer même, afin de démontrer ses possibilités et son engagement. Et signer un pacte avec le diable si besoin est.

Cette nouvelle résolument noire et frayant avec le fantastique, genre que Patrick Eris maîtrise parfaitement, est ancrée dans cet arrivisme à tout crin, où tout est bon pour parvenir à supplanter les autres, à être considéré comme la crème de la crème, le cadre productif dont on ne peut se passer. Mais tout est vain, et il ne faut pas oublier que Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés d'après Georges Clemenceau.

Présentation de la collection Noir de suiTe

Patrick ERIS : Le seigneur des mouches. Collection Noire de SuiTe. Editions SKA. Nouvelle numérique. Parution mars 2016. 109 pages. 2,99€.

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 14:17

Ne sont pas forcément des chercheurs d'or !

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre.

Pour obtenir un emploi, que faut-il ? Un curriculum vitae en béton ? De l'expérience ? De la hardiesse ? De la chance ?

Surtout de la chance, car pour Karin Frémont, ce n'était pas gagné d'avance. Depuis deux ans qu'elle est demandeuse d'emploi, à vingt-quatre ans, elle commençait à désespérer. Et puis voilà, la secrétaire du riche et énigmatique Harald Schöringen, auteur à succès, lui confirme qu'elle va bientôt lui céder sa place, aspirant à une nouvelle vie, voire un mariage, ou quelque chose comme ça, tout au moins retrouver sa terre natale, la Grande Bretagne. Le fait que Karin porte un prénom à consonance germanique a peut-être été décisif.

Quoi qu'il en soit, la voici apte à devenir la secrétaire de Schöringen, spécialiste du surnaturel, ou encore à l'instar des critiques qui aiment les superlatifs : le Sherlock Holmes du fantastique, le Sulitzer du sensationnel, le Pourfendeur de spectres, en un mot un énigmologue. Il est un véritable phénomène de librairie et pourtant ses œuvres ne sont pas des romans, mais des essais, des études, des documents... Et comme elle possède une licence d'histoire, ce qui l'a amplement servie pour postuler chez Paul Emploi, Karin est plongée dans un domaine qu'elle connait bien, la recherche dans les vieux papiers et les articles journalistiques.

A priori, le travail que va effectuer Karin n'est guère contraignant. Du classement d'articles selon un processus bien défini, plus d'autres bricoles qui sont dans ses cordes. Par exemple aller acheter une pizza chez le restaurateur du coin, lorsque Farida, la femme de ménage est absente et ne peut faire la cuisine. C'est donc sans regret qu'elle quitte Paul Emploi.

Seulement, tout comme Barbe-Bleue, Schöringer interdit à Karin d'entrer dans son antre, son inner sanctum, une pièce dans laquelle il se calfeutre, un appartement dans le vaste appartement situé tout près de la basilique meringuée de Montmartre. Pour correspondre avec son employeur, elle se sert de l'interphone placé à l'entrée de l'inner sanctum, ou par messages via le système intranet de l'appartement. Rarement elle est admise à franchir l'huis de cet antre. Elle est alors face à un homme se déplaçant en fauteuil roulant, aux larges épaules.

Karin est toute contente de pouvoir enfin approvisionner son compte en banque. Elle ne possède comme amis que Josiane, connue lors de son adolescence, et Julien qui sillonne la France en tant que représentant, qu'elle rencontre de temps à autre.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la nuit, ses rêves n'étaient peuplés de visions macabres. Un homme noir, des murs de ténèbres, et autres cauchemars macabres. D'ailleurs cet homme noir il lui semble bien l'avoir entraperçu un jour en montant l'escalier pour rejoindre l'appartement.

Ce qu'elle ignore, elle aurait dû lire le roman car le lecteur lui est au courant, c'est que la bignole est en proie à ce genre de cauchemars, et qu'elle entend la nuit, quand elle est éveillée, des scriiitch... scriiitch... propices à engendrer des cauchemars.

Un beau matin, qui n'est pas si beau que ça d'ailleurs, Karin se réveille après avoir subi une fois de plus les assauts des murs de ténèbres et de l'homme noir. Près d'elle git un cadavre, un sexagénaire qui habite l'immeuble. Or un an plus tôt un homme avait disparu sans laisser de traces...

 

Nimbé d'une aura fantastique, ce roman emprunte à certaines légendes dont celle de l'homme noir. Pour autant il s'agit d'une œuvre bien personnelle que nous offre Patrick Eris, car bien avant le fantastique, c'est l'angoisse latente, qui prend peu à peu des dimensions tragiques, qui imprègne cette histoire.

Une intrigue qui se divise en deux parties, la première parisienne, qui mène Karin de son embauche jusqu'à ce matin de terreur, puis la seconde qui se déroule en province, Schrödinger ayant décidé de s'installer dans une demeure propice à continuer ses recherches et l'écriture de ses manuscrits loin de l'agitation parisienne. Mais pour cela Karin doit découvrir l'habitation adéquate dans laquelle il pourra recréer à l'identique son inner sanctum, lieu auquel il tient tant.

Un ouvrage à placer entre des romans de Georges-Jean Arnaud et ceux de Serge Brussolo, en phase avec ces thèmes de l'homme noir et de la maison-piège, non loin de romans signés Marcel Aymé, comme Le Passe-Muraille et Alexandre Dumas, pour leur côté fantastique diffus, Les Mille et uns fantômes ou Le château d'Eppstein, par exemple.

Lentement l'angoisse monte, progressivement l'épouvante étreint l'héroïne principale, tout doucement l'univers dans lequel elle est plongée se délite. Patrick Eris sait évoquer les frayeurs cachées, les mettre en scène, sans jouer sur le grandiloquent, le sensationnel.

Ce qui n'empêche pas Patrick Eris de jouer avec l'actualité et certains personnages réels. Schöringen a l'habitude de réunir un petit comité d'amis choisis, d'écrivains et de chroniqueurs, afin de dîner ensemble et passer la soirée. Mais :

Tu sais, si tu t'attendais à voir du people, tu vas être déçue ! Même ces deux frangins bizarres dont on parle à la télé, eh bien, ils ne sont jamais venus ! Schöringen les déteste.

Lorsque les fous sont plus nombreux que les gens sains d'esprit, n'est-ce pas ces derniers que l'on fait enfermer ?

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre. Collection Sentiers obscurs. Editions du Riez. Parution 9 février 2016. 308 pages. 16,90€.

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 15:37

Et je dirais même plus : sur la côte d'eau pâle !

Jean-Christophe MACQUET : Un Américain sur la Côte d'Opale.

Tout ça parce qu'un ingénieur hydrographe s'est trompé dans ses calculs !

En effet Boivin, l'ingénieur en question, a ordonné le second forage afin de découvrir la source des eaux du bois de Rombly, propriété de la société d'exploitation de l'eau de source Valroy, mais en vain. Ce n'était pas au bon endroit. Et bien évidemment le directeur n'est pas satisfait de son travail. L'augmentation espérée, Boivin gagne bien sa vie mais sa femme dépense plus vite qu'il engrange, ne lui est plus accordée.

Les ouvriers sont arrivés à des bandes de sable, mais surtout, dessous, ils ont mis à jour des ossements. Humains les ossements, et celui qui prétend que l'os ment, il se trompe. Plus étonnant, ils ont remonté à la surface une espèce de plastron, un pectoral forgé dans une matière qui, nettoyée, pourrait être de l'or. Boivin décide de s'accaparer cette relique afin de la vendre, associé à un historien local qui pense en connaître ou au moins en déterminer la provenance.

Dans le milieu du XVIIe siècle, un cataclysme a ravagé les Côtes d'Opale, l'ancien village de Rombly se trouvant enfoui sous les sables amenés par un énorme mascaret.

Boivin, malgré son statut d'ingénieur, n'est guère futé. il aurait dû se douter que son geste ne passerait pas inaperçu. Il suppose qu'en monnayant son trophée, il va se remettre en fonds. Une illusion. D'autant que d'autres personnes sont à la recherche de ce pectoral, dont une ressortissante colombienne, adepte de cette religion vaudou qui s'est disséminée insidieusement de par le monde.

Une légende, venue d'ailleurs, affirmerait que ce pectoral, sur lequel sont gravées des inscriptions à la signification inconnue des profanes représente un masque bizarre, qui pourrait être, ceci sous toutes réserves, la représentation d'une sorte de pieuvre géante à visage humain dénommée Cthulhu.

 

 

Placé sous l'ombre tutélaire de Howard Philip Lovecraft, ce roman lorgne vers un côté fantastique maritime mais sans pour cela que cette ambiance soit trop appuyée.

Jean-Christophe Macquet débute cette histoire par une partie historique située le 21 février 1636. Le Saint-Michel, un superbe trois-mâts corsaire, entre en baie de Canche avec à son bord des prisonniers espagnols et un moine mutique. Parmi la cargaison que contenait le galion espagnol arraisonné par les corsaires, un drôle d'objet en or, un pectoral. Le moine daigne parler, un peu, se déclarant ennemi des hispaniques, et réclame son bien qu'il juge inestimable. Dans la nuit se déclenche la fameuse tempête qui balaiera tout sur son passage, enfouissant l'ancien village de Rombly.

Quelques siècles plus tard, débarquent à Insmouth, dans le Massachussetts, l'inspecteur Matingout et l'agent spécial Walter Smith. Ils sont à la recherche d'un couple, dont Henri Delafontaine, en provenance de la Louisiane, identifié comme un grand prêtre d'un culte mystérieux, le vaudou. Il serait accompagné d'une certaine Ursula Morales, veuve d'un anarchiste français, Emile Dubois, condamné à mort et fusillé à Valparaiso peu de temps auparavant.

 

Dans ce récit, qui suit un ordre chronologique, évoluent par la suite, au moment de la découverte du pectoral et sa soustraction par Boivin, le policier français Louis Delamer, qui est sur la trace d'une Colombienne, Ursula Morales, plus quelques autres personnages dont un énigmatique peintre américain qui réserve la vue de sa production à des amis choisis.

 

Entre policier et fantastique, ce roman qui inaugure la nouvelle collection Belle Epoque, se lit avec un plaisir trouble, dont certains personnages ont réellement existé, par exemple l'anarchiste Emile Dubois, un enfant du pays. Il n'est pas nécessaire de connaître l'œuvre de Lovecraft pour en apprécier l'hommage au maître de Providence.

Cette plongée dans une époque considérée comme belle, nous ramène à des points plus terre-à-terre. Le racisme latent, ordinaire, quotidien, qui ne s'avoue pas comme tel. Ainsi l'un des protagonistes parlant d'un couple évoluant sur la plage de Wimereux, s'exprime ainsi : Je les ai croisés sur le boulevard de la Plage, et puis le mari... c'est un négro !

C'est également une page d'histoire, souvent méconnue, que met en scène l'auteur, lorsque par exemple il évoque un certain Charles-Joseph Bonaparte, petit-neveu de Napoléon 1er, né à Baltimore en 1851 et créateur du BOI : Bureau Of Investigation, l'ancêtre de l'actuel FBI.

Jean-Christophe MACQUET : Un Américain sur la Côte d'Opale. Collection Belle Epoque. Pôle Nord éditions. Parution le 9 novembre 2015. 218 pages. 10,00€.

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 15:34

Je rêvais d'un autre monde...

Ces émules de Masterton l'ont réalisé !

Les Mondes de MASTERTON : Anthologie Hommage à Graham Masterton présentée par Marc BAILLY.

Etant quelque peu fainéant par nature, et estimant que Marc Bailly a mieux présenté cet ouvrage que je ne saurais le faire, voici donc un petit extrait de sa préface afin de vous mettre en appétit.

S'approprier l'univers d'un auteur n'est jamais chose facile. Entrer dans son monde, continuer une de ses histoires, faire vivre des personnages que cet auteur a eu du mal à faire naître est très délicat. Et pourtant, c'est le but de ces Mondes de Masterton.

Chaque auteur qui a collaboré ici l'a fait pour rendre hommage au grand raconteur d'histoires qu'est Graham Masterton. Et chacun a écrit avec sincérité, avec ses propres émotions, sa propre sensibilité, sont style évidemment. Et pourtant, tous ont su garder cette petite touche, ce petit quelque chose qui fait que l'on se retrouve immédiatement dans du Masterton pur jus.

Et lorsque l'on lit ces treize nouvelles, on s'aperçoit qu'il ne s'agit pas de la part des auteurs de parodier, de pasticher, mais bien d'œuvrer dans la continuité, tout en respectant leur propre façon d'écrire et en l'incorporant à l'univers multiple de Masterton. Et s'il s'agit bien de nouvelles fantastiques, les thèmes peuvent être totalement différents dans leur inspiration, et traités non pas à la manière de... mais de façon personnelle.

 

Ainsi Boris et François Darnaudet dans La voie des Yamabushi développent un épisode à peine évoqué dans Tengu. Un choix personnel expliqué en présentation de la nouvelle. Pour François, c'est par l'intégrale Néo dans les années 80 qu'il découvre Masterton, et peut-être ce qui lui donne envie d'écrire. Pour Boris, c'est l'attrait du Japon, des arts martiaux et de la mythologie japonaise qui a dicté le choix d'écriture. Je dois avouer que cette nouvelle ne m'a guère passionné, n'étant pas un amateur des histoires japonisantes avec ninjas, samouraïs et autres guerriers. Ce n'est pas ma tasse de thé (japonais). Seuls les cerisiers en fleurs et les geishas, pour des raisons différentes, m'attirent. Mais cela ne remet pas en cause la qualité des auteurs et de leur texte. Et heureusement tous les lecteurs ne partagent pas mon avis ou mes goûts.

 

Jean-Christophe Chaumette : Emet (Vérité). Le professeur Serge Delacour n'est pas le bienvenu à Montréal. Il s'en rend compte dès son arrivée, réceptionné à l'aéroport par un géant, vert de rage, bourru et contrarié. Faut dire que la venue du professeur Delacour est fort peu prisée. Il veut analyser certains objets détenus dans le musée de l'Holocauste canadien, et prouver en effectuant des recherches d'ADN si ces sortes de trophées ont été fabriqués par les nazis à partir de déportés censés avoir été exterminés dans des camps. Mais surtout, à partir de ses recherches déterminer qu'il ne s'agit pas de cadavres de Juifs qui auraient servi pour des détournements mobiliers et autres. Car Delacour est un négationniste et il veut prouver que ce ne sont que légendes qui circulent au sujet des camps nazis et de l'extermination des Juifs. Un sujet sensible traité avec justesse et humanisme.

 

Avec Chute d'une damnée, Jess Kaan propose une préquelle du Portrait du mal, c'est à dire une analepse, ou, pour ceux qui manquent de vocabulaire français et préfèrent les anglicismes, un flashback. Printemps 1916. Le caporal-estafette allemand a pris ses habitudes dans un bistrot, dégustant son petit verre rituel de genièvre. Un jour son regard d'artiste est attiré par un tableau accroché au fond de la salle. Et ce tableau lui fait de l'œil. Une église de pierre dans une campagne arborée, tout ce qu'il y a de plus banal et pourtant il s'en dégage une solennité qui ne laisse pas indifférent le soldat. La peinture est l'œuvre d'un artiste local, un Flamand. Il lui faut absolument rencontrer ce peintre retiré et vivant en ermite.

Jess Kaan nous réserve une jolie surprise en forme d'épilogue dans un contexte historique qui ne manque pas de sel.

 

Les chiens noirs de Brice Tarvel nous raconte une histoire qui pourrait être banale, ancrée dans le quotidien.

Une Chevrolet Impala sur une route canadienne, bravant la pluie, avec à bord Lester, qui conduit, et Rachel, sa femme, et Melinda, sa gamine, à l'arrière. Une phare vient de déclarer forfait. De toute façon il n'a pas d'ampoule de rechange. Lester s'est adonné à la boisson, il a perdu son travail, et ils se rendent chez tante Rosanna qui vit dans un trou perdu au milieu d'un élevage de poules. Et pour être perdu, Lester l'est. Soudain un chien noir au milieu de la route. Lester perd le contrôle de sa voiture comme celui de ses nerfs. Rachel est durement secouée, Melinda dite Choupette se retrouve coincée entre les sièges quant à Lester il est mort, ou dans les pommes. Non, il n'a rien, juste la tête qui a cogné contre le volant. Et pas de téléphone pour prévenir qui que ce soit. Va falloir se résoudre à reprendre la route mais à pieds. Heureusement un tacot, un pick-up, arrive avec un vieil homme à bord et trois chiens noirs debout sur le plateau.

Une histoire simple, narrée simplement, mais avec force et subtilité.

 

Outre les nouvelles présentées ci-dessus, également au sommaire de ce recueil :

Estelle Valls de Gomis : Gimme Shelter.

Annette Luciani : La maison amoureuse.

Franck Ferric : Le serpent à collerette.

Freddy François : Le mangeur de rêves.

Christophe Collins : L'ombre du Titanic.

Lucie Chenu : La cité des rebelles.

Michel Rozenberg : Metaplasia.

Patrick Raveau : Le puits.

Daniel Walther : Moisson de chair.

 

Tout présenter serait peut-être fastidieux pour le visiteur (et pour le scripteur) et je pense que ces quelques exemples démontrent toute la palette des thèmes abordés.

Des auteurs qui n'ont plus à prouver leur valeur et leur talent et des petits nouveaux qui n'ont pas fini de faire parler d'eux, ayant déjà à leur actif nombre de nouvelles ou roman publiés dans différentes maisons, dont la Clef d'Argent, Terre de Brume ou encore éditions du Riez, et bien entendu chez Rivière Blanche.

 

Les Mondes de MASTERTON : Anthologie Hommage à Graham Masterton présentée par Marc BAILLY. Préface de Graham Masterton. Collection Fusée N°23. Editions Rivière Blanche. Parution juillet 2012. 340 pages. 20,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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