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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 13:49

Que deviennent les héros de nos lectures juvéniles ?

Michel PAGEL : Le Club.

Comme nous ils vieillissent, et subissent les tracasseries inhérentes aux adultes. Finis les moments d'insouciance, finies les aventures et les découvertes, la joie de se retrouver lors des vacances.

Trente ou quarante ans après avoir vécu des épisodes palpitants, surtout pour les lecteurs, François revient à Kernach, deux jours avant Noël. Il pensait que sa cousine Claude serait à l'attendre à la gare, mais ayant eu un empêchement elle a délégué comme chauffeur Dominique. François ne va pas tarder à l'apprendre, Dominique est l'amie de cœur et de lit de Claude, qu'elle appelle Claudine. Les temps changent. Cécile la mère de Claude est toujours vivante, mais ne quitte pas son fauteuil roulant. L'âge est passé par là. Et la tête n'est plus ce qu'elle était.

Ils doivent tous se retrouver dans la villa des Mouettes, cette bâtisse où ils ont passé leurs vacances. Tous ? Non, Dagobert est mort, bien évidemment. Il a terminé sa vie de chien, le fidèle canin qui a participé à leurs aventures.

François est devenu commissaire de police, est resté célibataire, et peut-être même qu'il n'a jamais connu de femmes. Sous des dehors d'homme sûr de lui, il a gardé des appréhensions enfantines envers les personnes du sexe, de l'autre sexe. Pas pour autant qu'il s'est tourné vers les hommes. Ce serait plutôt un misanthrope.

Débarquent Pilou et sa jeune compagne Mélodie. Pilou, Pierre-Louis pour l'état-civil, qui est une pièce rapportée n'étant pas de la famille mais a partagé quelques-unes des aventures des quatre cousins. Pilou dont les conquêtes sont de plus en plus jeunes.

Annie et sa fille Marie arrivent elles aussi dans un véhicule déglingué en provenance du Cantal où elles vivent depuis une dizaine d'années. Le parcours d'Annie est chaotique. Marie est le fruit du troisième mari d'Annie, qu'elle n'a pratiquement pas connu. Comme les deux précédents, il a quitté Annie et depuis celle-ci vivote d'expédients, d'alcool et de cachets contre la déprime permanente qu'elle traîne comme un boulet. D'ailleurs Annie aussi elle traîne Marie comme un boulet et la gamine se ramasse les torgnoles comme grêlons lors d'un orage.

Seuls Mick et Jo arriveront un peu plus tard. Ils vivent au Canada, mais promis ils seront là pour Noël. Mick, le quatrième de la bande, le frère de François et d'Annie. Jo, la Gitane, une rapportée elle aussi et que François n'apprécie pas du tout. Son côté misogyne.

Faut dire que depuis le cataclysme, du moins cet événement considéré comme un immense et brutal bouleversement dans leur vie, les relations ne sont plus les mêmes entre les quatre anciens gamins devenus adultes. Chacun a fait sa vie, comme il a pu, pourtant restent les souvenirs.

Claude a parfois des absences, ou plutôt elle se sent projetée ailleurs, sur une plage du Dorset, se trouvant en présence d'un chien et d'enfants qui rappellent étrangement les gamins qu'ils furent il y a fort longtemps.

La neige commence à tomber et le lendemain les cousins et amis ne peuvent sortir de la villa. La neige bloque tout. Cécile, la mère, est retrouvée morte. Elle porte d'étranges traces qui laissent à penser qu'elle a été assassinée. Pourtant aucune trace de pas n'est visible dans cet épais manteau blanc.

Un véritable huis-clos étouffant, malgré la froideur de la température extérieure, englue les habitants de la demeure. D'autres morts ponctueront cette journée et Mick n'est toujours pas présent, accompagné qu'il devrait être de Jo.

 

Lorsque les personnages de papier prennent vie, cela donne une nouvelle dimension à leurs aventures passées, mais également un éclairage sur leur nouvelle vie.

Mélodie met les pieds dans le plat au cours du repas qui suit les retrouvailles :

Quand Pierre-Louis m'a dit qui vous étiez, je ne l'ai pas cru. C'était vraiment vous, les héros de ces bouquins ? Il vous est vraiment arrivé tout ça ?

Complétant ces questions innocentes, Mélodie affirme les avoir tous lus, dans les versions cartonnées et même les suites. A quoi Annie s'insurge, niant ces derniers ouvrages qui ne furent que pures fictions. Mais les membres du Club n'aiment pas parler du passé. Claude temporise. Mélodie se demande comment ces romans ont été écrits, si ce sont eux qui ont raconté leurs aventures ou bien si leurs parents s'en sont chargés. Elle ne songe pas à s'étonner que l'auteur est un nom anglo-saxon - mais peut-être croit-elle à un pseudonyme.

Et Michel Pagel pointe du doigt l'un des aspects qu'enfants nous n'avions pas forcément soulevé, pourquoi ces traductions, publiées dans le désordre, mettaient en scène des enfants au nom français évoluant dans une région française.

Il ne s'agit pas vraiment d'une histoire de mondes parallèles, ni d'une interconnexion de deux périodes qui se rejoignent, mais d'une fiction dans la fiction, d'une fantasmagorie juvénile qui prend corps sous nos yeux, avec ce que Claude et François appellent un cataclysme survenu lors de leur jeune adolescence. Et ce cataclysme va influer sur leur adolescence et leur passage à l'âge adulte.

Et Michel Pagel, au lieu de détruire un mythe, le perpétue, offrant ce que l'on pourrait une suite à une œuvre déjà conséquente et ouvrant de nouveaux horizons.

Un ouvrage prenant qui nous ramène quelques décennies en arrière tout en le plaçant dans notre époque. Une véritable réussite écrite avec brio et maîtrise, tout en conservant la part de mystère qui plane dans l'existence de ces adultes encore gamins, perturbés par ce bouleversement, cette révolution qui nous a tous marqué.

 

Michel PAGEL : Le Club. Collection Bibliothèque voltaïque. Les Moutons Electriques éditions. Inédit. Parution 4 mars 2016. 160 pages. 15,00 €. Existe en version numérique : 5,99 €

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 12:34

Comme les quatre cavaliers de l'Apocalypse ?

Michel PAGEL : Le diable à quatre.

Lorsqu’on fait un pacte avec le Diable, ou un de ses acolytes, même pour jouer, cela peut s’avérer dangereux.

Corinne, Julien, Robert, Alphonse le clochard en feront la cruelle expérience. Pourtant au départ seul l’argent de Guy, et un attrait du nouveau, de l’insolite, de l'inédit, ont poussé nos quatre compères à sceller ce pacte, comme s'il ne s'agissait que d’un jeu, d'une franche rigolade, une farce. Une farce assortie d'un meurtre, tout de même.

Quand on est jeune on ne lésine pas sur les moyens. Guy fera les frais de cette expérience, tandis que ses quatre soi-disants amis récolteront les fruits de ce qui à l’origine n’aurait dû être qu’une mascarade.

Au bout de sept ans, Guy le zombie reviendra se venger et comme l’on ne peut demander à un cadavre ambulant de faire dans la dentelle, d’ailleurs il n’en a pas envie, cette histoire va se terminer en mini apocalypse.

 

Michel Pagel, que j’ai découvert avec son roman Pour une poignée d’Hélix Pomatias, un roman farfelu, baroque, délirant, nous livre ici un roman plus sombre, associant les thèmes de la démonologie et de la vengeance.

Un roman plus austère, plus sérieux, mais aussi tout aussi prenant et dont les chapitres s’intercalent entre deux périodes : fin octobre 1980 et fin octobre 1987, relançant l’action, le suspense, ce qui évite les temps morts.

Un roman qui s’inscrit dans l’angoisse, le fantastique, l’épouvante, purs et durs.

 

Cette nouvelle édition de luxe propose les huit titres qui composent la Comédie Inhumaine mais pour l'acquérir il vous faudra acheter les les huit volumes.

Présentation de l'éditeur :

Harcelé par ses vieux démons, Michel Pagel a entièrement révisé ses manuscrits, nuits et jours, poursuivi par une idée fixe, comme un envoûtement : faire de cette somme un sommet, l’édition ultime et définitive de ce chef-d’œuvre du fantastique français. Dans un dernier effort, il y a ajouté une préface et une nouvelle, avant de s’écrouler d’épuisement. Deux textes sur lesquels aucun mortel n’a encore jamais posé les yeux.

On murmure que l’auteur vit maintenant en ermite, reclus dans un village anonyme du sud, refusant toute société…

Il s’agira de huit volumes de 15x23 cm, reliés sous jaquette (la peau humaine étant trop onéreuse, nous avons dû nous rabattre sur des matériaux plus classiques). 2038 pages en tout ! Les superbes couvertures ont été tirées de l’esprit tourmenté du graphiste Melchior Ascaride, et réalisées par ses doigts aiguisés dans une cave sombre illuminée à la bougie rouge. Évidemment, il a été privé de nourriture pour toute la durée du travail, comme le préconise tous les manuel de fabrication de livre maudits (Nécronomicon, Livre de sang…).

Michel Pagel fit ses premiers pas, déjà volubiles, dans le cadre de la mythique collection « Anticipation » du Fleuve Noir. Depuis, il s’est largement émancipé de ce cadre. Connu en particulier pour sa vaste fresque fantastique de la Comédie inhumaine, il est aussi l’auteur des Flammes de la nuit, de L’Équilibre des paradoxes et du Roi d’août, par exemple, ou du recueil de nouvelles La Vie a ses rêves.

Les huit volumes : - Sylvana (148 pp.) - Nuées ardentes (306 pp.) - Le Diable à quatre (158 pp.) - Désirs cruels (218 pp.) - Les Antipodes (248 pp.) - L’Ogresse (318 pp.) - L’Esprit du vin (200 pp.) - L’Œuvre du Diable (442 pp.)

Huit volumes « hardcover » (reliés, toilés, sous jaquette), textes définitifs révisés par l’auteur, tirage limité à 299 exemplaires - pas de vente en volumes séparés.

 

Dernière précision d'importance, le prix : 220,00€. Réservé aux bibliophiles.

 

Première édition : Collection Anticipation N°1657. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1988. 192 pages.

Première édition : Collection Anticipation N°1657. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1988. 192 pages.

Réédition J'ai Lu collection Fantastique. Le Diable à quatre et autres récits. Mars 2003.

Réédition J'ai Lu collection Fantastique. Le Diable à quatre et autres récits. Mars 2003.

Michel PAGEL : Le diable à quatre. Collection Voltaïque. Editions Les Moutons Electriques.

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 09:06

N'est pas la cabane au fond du jardin...

Céline MALTERE : Le cabinet du Diable.

Les petites villes de province recèlent souvent un patrimoine historique important auquel les habitants, voire les touristes lorsqu'ils ne sont pas renseignés, ne s'intéressent pas, pour diverses raisons.

Ainsi à Moulins, dans l'Allier, une demeure du XIXe siècle est longtemps restée abandonnée, près du musée Anne-de-Beaujeu, figée dans le temps, n'attendant que le bon vouloir des hommes et la réalisation d'un dispositif testamentaire voulu et consigné par son propriétaire et unique occupant.

Louis Mantin, décédé en 1905 à l'âge de 54 ans, avait signifié quelques exigences en léguant cette demeure, les biens et les collections qui y étaient renfermés et une coquette somme d'argent à la ville de Moulins. Depuis l'inauguration le 29 octobre 2010, inauguration magnifique selon les témoins, cette maison est accessible au public.

Mais auparavant elle avait attiré des curieux dont les quatre personnages qui évoluent dans ce roman.

D'abord Lisebeth Restamen, une jeune fille qui à dix-sept ans a pris le voile, même si ses convictions religieuses n'étaient pas fortement ancrées, afin d'échapper au mariage que voulaient lui imposer ses parents. Malgré son handicap de naissance, il lui manque un bras qui a été remplacé par une prothèse en bois, elle vaque normalement et a même réussi à devenir tourière, ce qui lui permet de garder les clefs par devers elle à sortir du couvent quand bon lui semble, ou presque.

Durant ses déambulations elle stationne souvent devant la maison Mantin, une demeure qui la fait rêver et rencontre trois individus dissemblables mais qui semblent s'entendre comme larrons en foire. D'abord l'ancien marin Hubert Lantier qui a jeté l'ancre pour mieux s'adonner à l'une de ses passions, les livres. Surnommé le Pirate, il est lui aussi attiré par cette mystérieuse villa. Et puis il y a Suarès, le lucide poète extralucide et son compagnon Kariron-san, un Japonais dont la jeunesse fut gâchée par un cancer des os et qui soigné par un médecin genre savant fou, marche en crabe, ses membres ayant été progressivement remplacé par une ossature en ferraille.

Ils se demandent comment pouvoir s'infiltrer dans le parc puis dans la demeure, imaginant de nombreuses solutions, tentant de grimper aux grilles.

 

Le titre prend sa véritable signification dans le deuxième chapitre du roman, lorsque Louis Mantin, ou plutôt son ectoplasme, nous fait visiter sa demeure, ses trésors accumulés durant son existence. Ses pensées sont tournées vers Louise, son seul amour, un amour caché. Ses déambulations dans les pièces, le salon et le cabinet aux trésors, la bibliothèque, s'effectuent en compagnie d'un homme qu'il appelle Sire Edax dans une ambiance de château de la Belle au bois dormant mâtiné de bal de Cendrillon.

 

Ce court roman fantastique, sobre, charmant, développé comme un conte, de facture classique dans le sens noble du mot, est placé sous le patronage de Lamartine et plus particulièrement de l'avant-dernière phrase du poème Milly ou la terre natale, extrait du recueil Harmonies poétiques et religieuses :

Objets inanimé, avez vous donc une âme...

 

En annexe un intéressant dossier est consacré à la Maison Mantin, rédigé par Maud Leyoudec plus quelques annexes fort utiles.

Afin d'en savoir plus sur cette maison Mantin, je vous conseille de diriger le pointeur de votre souris sur les deux liens suivants :

Pour commander l'ouvrage et feuilleter le catalogue des éditions Clef d'Argent :

Céline MALTERE : Le cabinet du Diable. Collection LoKhaLe N°3. Editions La Clef d'Argent. Parution le 15 mars 2016. 112 pages. 6,00€.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 12:40

Aime les diptères, surtout en vol...

Patrick ERIS : Le seigneur des mouches.

Il... Ne... Se... Souvient... De... Rien.

Comme un mantra ces six mots défilent en boucle dans son esprit encore engourdi.

Il ne reconnait pas la chambre d'où il émerge péniblement. Une chambre d'enfant avec les accessoires et les gravures adéquates, vieillies. Il est habillé d'un pantalon de sport qu'il n'a jamais possédé, à sa connaissance. Il est égratigné, amoché, badigeonné de mercurochrome sur tout le corps, plaies contrastant avec ses bleus.

Que fait-il-là dans cette tenue, dans cette chambre ?

Il... Ne... Se... Souvient... De... Rien.

Un accident qui l'aurait rendu amnésique ? Une amnésie passagère ou, pis encore, définitive ? La terreur, l'angoisse montent en lui comme un mascaret impossible d'endiguer.

Et il fait si chaud.

Il se lève, marche péniblement. Les dalles froides qu'il foule hors de la chambre lui rafraîchissent les pieds. Et ce bruit continuel de mouche, non de mouches, qui se fait entendre, un bourdonnement incessant.

Il est dans une ferme, mais personne à l'horizon, juste un chien allongé à l'ombre. Une vieille camionnette. Un vieil homme qui court poursuivi par un essaim qui grésille. C'est alors que le voile qui enserrait ses souvenirs se déchire.

Tout commence alors qu'il est recruté par des Chercheurs de Têtes pour une entreprise en plein développement et son bureau se trouve dans une tour de la Défense. Un bel avenir lui est promis, mais auparavant il doit sacrifier à une forme d'intronisation.

 

Parabole ou fable des temps modernes, Le Seigneur des mouches montre l'envers du décor dans la course au succès des jeunes loups, des cadres qui veulent à tout prix réussir dans une entreprise propre sur elle, en apparence. Une course mortelle pour parvenir au sommet, quel que soit le prix à payer, et s'il le faut être prêt à marcher sur les autres, à les écraser, à tuer même, afin de démontrer ses possibilités et son engagement. Et signer un pacte avec le diable si besoin est.

Cette nouvelle résolument noire et frayant avec le fantastique, genre que Patrick Eris maîtrise parfaitement, est ancrée dans cet arrivisme à tout crin, où tout est bon pour parvenir à supplanter les autres, à être considéré comme la crème de la crème, le cadre productif dont on ne peut se passer. Mais tout est vain, et il ne faut pas oublier que Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés d'après Georges Clemenceau.

Présentation de la collection Noir de suiTe

Patrick ERIS : Le seigneur des mouches. Collection Noire de SuiTe. Editions SKA. Nouvelle numérique. Parution mars 2016. 109 pages. 2,99€.

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 14:17

Ne sont pas forcément des chercheurs d'or !

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre.

Pour obtenir un emploi, que faut-il ? Un curriculum vitae en béton ? De l'expérience ? De la hardiesse ? De la chance ?

Surtout de la chance, car pour Karin Frémont, ce n'était pas gagné d'avance. Depuis deux ans qu'elle est demandeuse d'emploi, à vingt-quatre ans, elle commençait à désespérer. Et puis voilà, la secrétaire du riche et énigmatique Harald Schöringen, auteur à succès, lui confirme qu'elle va bientôt lui céder sa place, aspirant à une nouvelle vie, voire un mariage, ou quelque chose comme ça, tout au moins retrouver sa terre natale, la Grande Bretagne. Le fait que Karin porte un prénom à consonance germanique a peut-être été décisif.

Quoi qu'il en soit, la voici apte à devenir la secrétaire de Schöringen, spécialiste du surnaturel, ou encore à l'instar des critiques qui aiment les superlatifs : le Sherlock Holmes du fantastique, le Sulitzer du sensationnel, le Pourfendeur de spectres, en un mot un énigmologue. Il est un véritable phénomène de librairie et pourtant ses œuvres ne sont pas des romans, mais des essais, des études, des documents... Et comme elle possède une licence d'histoire, ce qui l'a amplement servie pour postuler chez Paul Emploi, Karin est plongée dans un domaine qu'elle connait bien, la recherche dans les vieux papiers et les articles journalistiques.

A priori, le travail que va effectuer Karin n'est guère contraignant. Du classement d'articles selon un processus bien défini, plus d'autres bricoles qui sont dans ses cordes. Par exemple aller acheter une pizza chez le restaurateur du coin, lorsque Farida, la femme de ménage est absente et ne peut faire la cuisine. C'est donc sans regret qu'elle quitte Paul Emploi.

Seulement, tout comme Barbe-Bleue, Schöringer interdit à Karin d'entrer dans son antre, son inner sanctum, une pièce dans laquelle il se calfeutre, un appartement dans le vaste appartement situé tout près de la basilique meringuée de Montmartre. Pour correspondre avec son employeur, elle se sert de l'interphone placé à l'entrée de l'inner sanctum, ou par messages via le système intranet de l'appartement. Rarement elle est admise à franchir l'huis de cet antre. Elle est alors face à un homme se déplaçant en fauteuil roulant, aux larges épaules.

Karin est toute contente de pouvoir enfin approvisionner son compte en banque. Elle ne possède comme amis que Josiane, connue lors de son adolescence, et Julien qui sillonne la France en tant que représentant, qu'elle rencontre de temps à autre.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la nuit, ses rêves n'étaient peuplés de visions macabres. Un homme noir, des murs de ténèbres, et autres cauchemars macabres. D'ailleurs cet homme noir il lui semble bien l'avoir entraperçu un jour en montant l'escalier pour rejoindre l'appartement.

Ce qu'elle ignore, elle aurait dû lire le roman car le lecteur lui est au courant, c'est que la bignole est en proie à ce genre de cauchemars, et qu'elle entend la nuit, quand elle est éveillée, des scriiitch... scriiitch... propices à engendrer des cauchemars.

Un beau matin, qui n'est pas si beau que ça d'ailleurs, Karin se réveille après avoir subi une fois de plus les assauts des murs de ténèbres et de l'homme noir. Près d'elle git un cadavre, un sexagénaire qui habite l'immeuble. Or un an plus tôt un homme avait disparu sans laisser de traces...

 

Nimbé d'une aura fantastique, ce roman emprunte à certaines légendes dont celle de l'homme noir. Pour autant il s'agit d'une œuvre bien personnelle que nous offre Patrick Eris, car bien avant le fantastique, c'est l'angoisse latente, qui prend peu à peu des dimensions tragiques, qui imprègne cette histoire.

Une intrigue qui se divise en deux parties, la première parisienne, qui mène Karin de son embauche jusqu'à ce matin de terreur, puis la seconde qui se déroule en province, Schrödinger ayant décidé de s'installer dans une demeure propice à continuer ses recherches et l'écriture de ses manuscrits loin de l'agitation parisienne. Mais pour cela Karin doit découvrir l'habitation adéquate dans laquelle il pourra recréer à l'identique son inner sanctum, lieu auquel il tient tant.

Un ouvrage à placer entre des romans de Georges-Jean Arnaud et ceux de Serge Brussolo, en phase avec ces thèmes de l'homme noir et de la maison-piège, non loin de romans signés Marcel Aymé, comme Le Passe-Muraille et Alexandre Dumas, pour leur côté fantastique diffus, Les Mille et uns fantômes ou Le château d'Eppstein, par exemple.

Lentement l'angoisse monte, progressivement l'épouvante étreint l'héroïne principale, tout doucement l'univers dans lequel elle est plongée se délite. Patrick Eris sait évoquer les frayeurs cachées, les mettre en scène, sans jouer sur le grandiloquent, le sensationnel.

Ce qui n'empêche pas Patrick Eris de jouer avec l'actualité et certains personnages réels. Schöringen a l'habitude de réunir un petit comité d'amis choisis, d'écrivains et de chroniqueurs, afin de dîner ensemble et passer la soirée. Mais :

Tu sais, si tu t'attendais à voir du people, tu vas être déçue ! Même ces deux frangins bizarres dont on parle à la télé, eh bien, ils ne sont jamais venus ! Schöringen les déteste.

Lorsque les fous sont plus nombreux que les gens sains d'esprit, n'est-ce pas ces derniers que l'on fait enfermer ?

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre. Collection Sentiers obscurs. Editions du Riez. Parution 9 février 2016. 308 pages. 16,90€.

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 15:37

Et je dirais même plus : sur la côte d'eau pâle !

Jean-Christophe MACQUET : Un Américain sur la Côte d'Opale.

Tout ça parce qu'un ingénieur hydrographe s'est trompé dans ses calculs !

En effet Boivin, l'ingénieur en question, a ordonné le second forage afin de découvrir la source des eaux du bois de Rombly, propriété de la société d'exploitation de l'eau de source Valroy, mais en vain. Ce n'était pas au bon endroit. Et bien évidemment le directeur n'est pas satisfait de son travail. L'augmentation espérée, Boivin gagne bien sa vie mais sa femme dépense plus vite qu'il engrange, ne lui est plus accordée.

Les ouvriers sont arrivés à des bandes de sable, mais surtout, dessous, ils ont mis à jour des ossements. Humains les ossements, et celui qui prétend que l'os ment, il se trompe. Plus étonnant, ils ont remonté à la surface une espèce de plastron, un pectoral forgé dans une matière qui, nettoyée, pourrait être de l'or. Boivin décide de s'accaparer cette relique afin de la vendre, associé à un historien local qui pense en connaître ou au moins en déterminer la provenance.

Dans le milieu du XVIIe siècle, un cataclysme a ravagé les Côtes d'Opale, l'ancien village de Rombly se trouvant enfoui sous les sables amenés par un énorme mascaret.

Boivin, malgré son statut d'ingénieur, n'est guère futé. il aurait dû se douter que son geste ne passerait pas inaperçu. Il suppose qu'en monnayant son trophée, il va se remettre en fonds. Une illusion. D'autant que d'autres personnes sont à la recherche de ce pectoral, dont une ressortissante colombienne, adepte de cette religion vaudou qui s'est disséminée insidieusement de par le monde.

Une légende, venue d'ailleurs, affirmerait que ce pectoral, sur lequel sont gravées des inscriptions à la signification inconnue des profanes représente un masque bizarre, qui pourrait être, ceci sous toutes réserves, la représentation d'une sorte de pieuvre géante à visage humain dénommée Cthulhu.

 

 

Placé sous l'ombre tutélaire de Howard Philip Lovecraft, ce roman lorgne vers un côté fantastique maritime mais sans pour cela que cette ambiance soit trop appuyée.

Jean-Christophe Macquet débute cette histoire par une partie historique située le 21 février 1636. Le Saint-Michel, un superbe trois-mâts corsaire, entre en baie de Canche avec à son bord des prisonniers espagnols et un moine mutique. Parmi la cargaison que contenait le galion espagnol arraisonné par les corsaires, un drôle d'objet en or, un pectoral. Le moine daigne parler, un peu, se déclarant ennemi des hispaniques, et réclame son bien qu'il juge inestimable. Dans la nuit se déclenche la fameuse tempête qui balaiera tout sur son passage, enfouissant l'ancien village de Rombly.

Quelques siècles plus tard, débarquent à Insmouth, dans le Massachussetts, l'inspecteur Matingout et l'agent spécial Walter Smith. Ils sont à la recherche d'un couple, dont Henri Delafontaine, en provenance de la Louisiane, identifié comme un grand prêtre d'un culte mystérieux, le vaudou. Il serait accompagné d'une certaine Ursula Morales, veuve d'un anarchiste français, Emile Dubois, condamné à mort et fusillé à Valparaiso peu de temps auparavant.

 

Dans ce récit, qui suit un ordre chronologique, évoluent par la suite, au moment de la découverte du pectoral et sa soustraction par Boivin, le policier français Louis Delamer, qui est sur la trace d'une Colombienne, Ursula Morales, plus quelques autres personnages dont un énigmatique peintre américain qui réserve la vue de sa production à des amis choisis.

 

Entre policier et fantastique, ce roman qui inaugure la nouvelle collection Belle Epoque, se lit avec un plaisir trouble, dont certains personnages ont réellement existé, par exemple l'anarchiste Emile Dubois, un enfant du pays. Il n'est pas nécessaire de connaître l'œuvre de Lovecraft pour en apprécier l'hommage au maître de Providence.

Cette plongée dans une époque considérée comme belle, nous ramène à des points plus terre-à-terre. Le racisme latent, ordinaire, quotidien, qui ne s'avoue pas comme tel. Ainsi l'un des protagonistes parlant d'un couple évoluant sur la plage de Wimereux, s'exprime ainsi : Je les ai croisés sur le boulevard de la Plage, et puis le mari... c'est un négro !

C'est également une page d'histoire, souvent méconnue, que met en scène l'auteur, lorsque par exemple il évoque un certain Charles-Joseph Bonaparte, petit-neveu de Napoléon 1er, né à Baltimore en 1851 et créateur du BOI : Bureau Of Investigation, l'ancêtre de l'actuel FBI.

Jean-Christophe MACQUET : Un Américain sur la Côte d'Opale. Collection Belle Epoque. Pôle Nord éditions. Parution le 9 novembre 2015. 218 pages. 10,00€.

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 15:34

Je rêvais d'un autre monde...

Ces émules de Masterton l'ont réalisé !

Les Mondes de MASTERTON : Anthologie Hommage à Graham Masterton présentée par Marc BAILLY.

Etant quelque peu fainéant par nature, et estimant que Marc Bailly a mieux présenté cet ouvrage que je ne saurais le faire, voici donc un petit extrait de sa préface afin de vous mettre en appétit.

S'approprier l'univers d'un auteur n'est jamais chose facile. Entrer dans son monde, continuer une de ses histoires, faire vivre des personnages que cet auteur a eu du mal à faire naître est très délicat. Et pourtant, c'est le but de ces Mondes de Masterton.

Chaque auteur qui a collaboré ici l'a fait pour rendre hommage au grand raconteur d'histoires qu'est Graham Masterton. Et chacun a écrit avec sincérité, avec ses propres émotions, sa propre sensibilité, sont style évidemment. Et pourtant, tous ont su garder cette petite touche, ce petit quelque chose qui fait que l'on se retrouve immédiatement dans du Masterton pur jus.

Et lorsque l'on lit ces treize nouvelles, on s'aperçoit qu'il ne s'agit pas de la part des auteurs de parodier, de pasticher, mais bien d'œuvrer dans la continuité, tout en respectant leur propre façon d'écrire et en l'incorporant à l'univers multiple de Masterton. Et s'il s'agit bien de nouvelles fantastiques, les thèmes peuvent être totalement différents dans leur inspiration, et traités non pas à la manière de... mais de façon personnelle.

 

Ainsi Boris et François Darnaudet dans La voie des Yamabushi développent un épisode à peine évoqué dans Tengu. Un choix personnel expliqué en présentation de la nouvelle. Pour François, c'est par l'intégrale Néo dans les années 80 qu'il découvre Masterton, et peut-être ce qui lui donne envie d'écrire. Pour Boris, c'est l'attrait du Japon, des arts martiaux et de la mythologie japonaise qui a dicté le choix d'écriture. Je dois avouer que cette nouvelle ne m'a guère passionné, n'étant pas un amateur des histoires japonisantes avec ninjas, samouraïs et autres guerriers. Ce n'est pas ma tasse de thé (japonais). Seuls les cerisiers en fleurs et les geishas, pour des raisons différentes, m'attirent. Mais cela ne remet pas en cause la qualité des auteurs et de leur texte. Et heureusement tous les lecteurs ne partagent pas mon avis ou mes goûts.

 

Jean-Christophe Chaumette : Emet (Vérité). Le professeur Serge Delacour n'est pas le bienvenu à Montréal. Il s'en rend compte dès son arrivée, réceptionné à l'aéroport par un géant, vert de rage, bourru et contrarié. Faut dire que la venue du professeur Delacour est fort peu prisée. Il veut analyser certains objets détenus dans le musée de l'Holocauste canadien, et prouver en effectuant des recherches d'ADN si ces sortes de trophées ont été fabriqués par les nazis à partir de déportés censés avoir été exterminés dans des camps. Mais surtout, à partir de ses recherches déterminer qu'il ne s'agit pas de cadavres de Juifs qui auraient servi pour des détournements mobiliers et autres. Car Delacour est un négationniste et il veut prouver que ce ne sont que légendes qui circulent au sujet des camps nazis et de l'extermination des Juifs. Un sujet sensible traité avec justesse et humanisme.

 

Avec Chute d'une damnée, Jess Kaan propose une préquelle du Portrait du mal, c'est à dire une analepse, ou, pour ceux qui manquent de vocabulaire français et préfèrent les anglicismes, un flashback. Printemps 1916. Le caporal-estafette allemand a pris ses habitudes dans un bistrot, dégustant son petit verre rituel de genièvre. Un jour son regard d'artiste est attiré par un tableau accroché au fond de la salle. Et ce tableau lui fait de l'œil. Une église de pierre dans une campagne arborée, tout ce qu'il y a de plus banal et pourtant il s'en dégage une solennité qui ne laisse pas indifférent le soldat. La peinture est l'œuvre d'un artiste local, un Flamand. Il lui faut absolument rencontrer ce peintre retiré et vivant en ermite.

Jess Kaan nous réserve une jolie surprise en forme d'épilogue dans un contexte historique qui ne manque pas de sel.

 

Les chiens noirs de Brice Tarvel nous raconte une histoire qui pourrait être banale, ancrée dans le quotidien.

Une Chevrolet Impala sur une route canadienne, bravant la pluie, avec à bord Lester, qui conduit, et Rachel, sa femme, et Melinda, sa gamine, à l'arrière. Une phare vient de déclarer forfait. De toute façon il n'a pas d'ampoule de rechange. Lester s'est adonné à la boisson, il a perdu son travail, et ils se rendent chez tante Rosanna qui vit dans un trou perdu au milieu d'un élevage de poules. Et pour être perdu, Lester l'est. Soudain un chien noir au milieu de la route. Lester perd le contrôle de sa voiture comme celui de ses nerfs. Rachel est durement secouée, Melinda dite Choupette se retrouve coincée entre les sièges quant à Lester il est mort, ou dans les pommes. Non, il n'a rien, juste la tête qui a cogné contre le volant. Et pas de téléphone pour prévenir qui que ce soit. Va falloir se résoudre à reprendre la route mais à pieds. Heureusement un tacot, un pick-up, arrive avec un vieil homme à bord et trois chiens noirs debout sur le plateau.

Une histoire simple, narrée simplement, mais avec force et subtilité.

 

Outre les nouvelles présentées ci-dessus, également au sommaire de ce recueil :

Estelle Valls de Gomis : Gimme Shelter.

Annette Luciani : La maison amoureuse.

Franck Ferric : Le serpent à collerette.

Freddy François : Le mangeur de rêves.

Christophe Collins : L'ombre du Titanic.

Lucie Chenu : La cité des rebelles.

Michel Rozenberg : Metaplasia.

Patrick Raveau : Le puits.

Daniel Walther : Moisson de chair.

 

Tout présenter serait peut-être fastidieux pour le visiteur (et pour le scripteur) et je pense que ces quelques exemples démontrent toute la palette des thèmes abordés.

Des auteurs qui n'ont plus à prouver leur valeur et leur talent et des petits nouveaux qui n'ont pas fini de faire parler d'eux, ayant déjà à leur actif nombre de nouvelles ou roman publiés dans différentes maisons, dont la Clef d'Argent, Terre de Brume ou encore éditions du Riez, et bien entendu chez Rivière Blanche.

 

Les Mondes de MASTERTON : Anthologie Hommage à Graham Masterton présentée par Marc BAILLY. Préface de Graham Masterton. Collection Fusée N°23. Editions Rivière Blanche. Parution juillet 2012. 340 pages. 20,00€.

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 10:32

Fantastique fantastique !

Malpertuis VI, anthologie dirigée par Thomas BAUDURET.

La littérature fantastique possède ses sous-genres et donc ne se réduit pas à une forme définie mais englobe plusieurs composantes comme le fantastique animalier, le fantastique d'horreur, d'irrationnel, de rêves, d'événements maléfiques, d'apparitions spectrales ou tout simplement se décliner au quotidien comme la superstition et l'imputation de phénomènes non expliqués à des sorciers qui peuplent en général les campagnes. Elle peut se révéler diffuse, étrange, violente, mettre en scène une faune issue de l'imaginaire, ou se traduire par l'apparition de démons, d'objets devenant animés par la volonté d'un être aux pouvoirs étranges et souvent malveillant.

Tout ceci, et plus, est abordé et amplifié dans ce volume, et les précédents, par la volonté d'auteurs dont l'imaginaire fécond ne connait pas de limites. Un mélange d'horreur, de merveilleux, d'humour noir, d'impertinence, de psychologie (il en faut parfois), de causticité...

Le mieux, peut-être, est de vous présenter rapidement quelques-uns des textes figurant dans cette anthologie qui n'est pas axée sur un thème unique, mais pas tous car la découverte est encore plus intense lorsque l'on ne sait pas quel est le sujet traité.

 

Sylas : 3 kilogrammes.

Elle a fait un bébé toute seule. A trente-huit ans, il était temps. Trop grosse, elle n'avait trouvé personne à sa taille. Pourtant elle a fait un bébé toute seule (sur les conseils de Goldman peut-être). Une aimable variation sur le principe des vases communicants.

 

Béatrice Coudière : Le Voleur d'Ange.

Venise. La pluie. Tout est prêt pour la cérémonie d'ouverture du Carnaval. Laura devait incarner Marie en effectuant du haut du Campanile le Vol de l'Ange. Julia est perdue, hagarde dans la foule, à moitié folle, recherchant sa sœur dans les ombres, sous les masques, dans les flaques d'eau.

 

Elisa M. Poggio : L'imbricorioniste.

Le monde a changé, n'est plus comme avant. Tout est soumis aux appréciations et les bulletins d'imbricorion sont des rapports émanant d'un ministère, détaillant tout ce qui compose la vie des individus. La narratrice vient de recevoir le sien. Dans le même temps elle observe le manège de son voisin, vérificateur, qui récupère toutes sortes d'objets, de détritus dans les poubelles pour reconfectionner des robots ménagers ou autres. Lui aussi a reçu son rapport, dans l'inévitable enveloppe jaune poussin.

 

Xavier-Marc Fleury : Les rescapés du Gigantik.

Au début du siècle dernier au sud de la pointe africaine. Un navire attaqué par une pieuvre géante a dérivé durant trois semaines et est sur le point de sombrer. Seuls vingt-cinq passagers peuvent être récupérés, dont des enfants et une femme qui affirme être l'épouse du consul chargé de représenter les Indes en Afrique du Sud. Le commandant Prétorius, responsable de la base invite la jeune personne à sa table puis se permet quelques privautés à son encontre. Un texte qui lorgne du côté de Lovecraft et de ses monstres.

 

Véronique Pingault : Bessie et Jessie.

Deux femmes, Bessie et Jessie sont à bord d'un véhicule qui emprunte le tunnel sous la Manche puis traverse l'Angleterre et se dirigent vers un loch écossais en effectuant quelques détours. Bessie est plus âgée que sa passagère, et c'est elle qui tient le crachoir. Car Jessie ne parle jamais même si Bessie répond à ses questions, ses doléances ou ses avis.

 

Eric Vial-Bonacci : Lloupa rouge.

Une sympathique et astucieuse variation sur Le Petit Chaperon Rouge.

 

Thierry Jandrok : Dette de sang.

Hiver 1943. Hôpital de Bucarest. Marcus Radu est infirmier, tout comme son collègue Dragomir. Ils travaillent dans un pavillon spécial dirigé par le professeur Ionescu et sa femme Andreaa, neuroanatomiste de renom. Des cadavre étêtés traversent les couloirs sombres des souterrains qui communiquent avec le centre hospitalier tandis que des bocaux, disposés sur des étagères et emplis de formol, accueillent les têtes des défunts.

La science a ses exigences que les citoyens ordinaires ne peuvent comprendre.

 

Barbara Cordier : Scène de chasse ordinaire.

Disparu depuis plus d'un an et demi, le cadavre de monsieur de Cherval vient de réapparaître sous la forme d'abord d'une main découverte par un chien puis de reliquats d'os. Le narrateur assiste à l'inhumation. La famille lui précise bien que même étant proche de monsieur de Cherval, il n'aura rien ou presque. Tout gamin le narrateur aimait se rendre chez son vieil ami qui lui racontait des histoires et l'avait pris sous son aile tutélaire. Rien, il n'hérite de rien, sauf d'une tapisserie murale représentant une scène de chasse.

 

Suivent

 

Milora : Alice.

Pascal Malosse : La fuite.

NokomisM : Le collectionneur de plumes.

Kevin Kiffer : Mais quand vient le mot Fin ?

Olivier Jarrige : La dame du lac.

Anthony Boulanger : Sans terminus ?

Emilie Querbalec: Lisse, le cordon.

Alain Doré : Le chevrier.

Sarah Dunkel : Anguille.

Marie Latour : Le chat de Schrödinger.

Guillaume Suzanne : Cherchez l'Intrus.

Yves-Daniel Crouzet : Le chant de la harpie, le soir au fond des bois.

Dominique Lémuri : Externalisé.

 

En tout vingt-deux textes dont certains sont de véritables petites perles, à mon goût qui n'est pas forcément celui de tout le onde, chacun appréciant selon sa propre sensibilité. Des textes ardus, parfois un peu abscons pour ma pauvre petite cervelle de presque septuagénaire qui préfère l'action aux méandres psychologiques.

Nonobstant ce petit aparté, tous ces auteurs possèdent une plume, d'ailleurs nombreux ceux qui ne sont pas à leur coup d'essai, alliée à une imagination foisonnante, et je ne serai pas étonné de les retrouver dans quelques temps dans un programme plus ambitieux, un recueil de nouvelles à leur actif quoique ce soit un genre souvent délaissé par les lecteurs, ou un roman chez un éditeur exigeant, ce qui ne veut pas pour autant dire un éditeur parisien. Je pense à, outre Malpertuis bien évidemment, aux éditions Rivière Blanche ou encore Critic.

Malpertuis VI, anthologie dirigée par Thomas BAUDURET. Collection Brouillard. Editions Malpertuis. Parution 24 mai 2015. 260 pages. 16,00€.

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 15:14

Vous pouvez y entrer sans crainte,

il a été dépoussiéré !

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges.

Après avoir publié de nombreuses anthologies dans le domaine du roman policier, découvrant quelques auteurs qui ont eu les honneurs d'être édités dans de grandes collections par la suite, après avoir rédigé, seul ou en collaboration des essais et des études, dont Le vrai Visage du Masque et Les Métamorphoses de la Chouette, après avoir été chroniqueur au journal Le Monde dans la rubrique Science-fiction et Fantastique, rédigé de nombreuses préfaces ou présentations pour des volumes Omnibus, créé une revue Enigmatika, dans laquelle il signait des articles sous le pseudonyme d'Anne Matiquat, tout en étant animateur culturel à Reims créant le Festival du Roman et du Film Policiers puis Les Rencontres européennes puis internationales de la Télévision... et j'en oublie, il fallait bien que Maître Jacques Baudou s'attèle à l'écriture d'un roman, même s'il avait déjà tâté de l'écriture publiant par-ci par-là des nouvelles policières et de science-fiction.

Voilà qui est fait de charmante et pétillante façon, et nous ne le regretterons pas, de nombreuses références littéraires, qui vont de Victor Hugo à Paul Gilson, de Charles Nodier à Jean-Louis Foncine, de Lawrence Sterne à Joseph Peyré, d'Alfred Jarry à Yves Gibeau parsèment le roman et l'enquête de Jonathan, le héros encore une référence à Jonathan Carroll, auteur du Pays du fou rire...

 

Intéressons-nous maintenant à l'intrigue de ce roman qui prend pour décor la bonne cité royale de Reims, ville adoptive de Jacques Baudou.

Jonathan, enquêteur à la Société d'études et de recherches ésotériques et métapsychiques, est convoqué par son directeur pour résoudre deux affaires délicates dont le point d'ancrage se trouve à Reims et dans ses environs.

Tout d'abord, Aristide Forcier, correspondant de la Serem en Champagne, a envoyé un télégramme dont le contenu est pour le moins laconique et intriguant : Événements sidérants à Reims. Envoyez votre meilleur enquêteur. Forcier est connu pour sa fiabilité et n'adresserait pas de demande d'aide sur de simples rumeurs farfelues. Entre autres activités multiples, il édite un fanzine fortéen (de Charles Fort, écrivain américain dont le fond de commerce littéraire étaient les phénomènes paranormaux), l'Intermédiariste.

Et puisqu'il part pour Reims, Jonathan doit en profiter pour se renseigner sur la collection du docteur Octave Guelliot, un médecin puis chirurgien ayant vécu à Reims à partir de 1882, et éventuellement savoir ce qu'elle est devenue. Histoire de faire coup double, cela rentabilise.

Une chambre est réservée dans un établissement rémois et Jonathan après un voyage ferroviaire au cours duquel il a pu découvrir la campagne champenoise, rejoint à pied son hôtel. Cela lui permet de prendre le pouls de la cité et d'assister, en passant devant le Manège, à un phénomène étrange dont il est le seul témoin. Une représentation du Wild West Show, le cirque créé par William Cody, alias Buffalo Bill, lors de sa tournée européenne. Bizarre.

Puis il contacte Forcier qui lui donne rendez-vous pour le lendemain. N'ayant rien de spécial à faire de sa soirée, il décide de dîner en ville mais auparavant il s'enquiert auprès du réceptionniste de lui indiquer quelle rue serait propice pour lui offrir la meilleure idée de Reims. Et c'est ainsi qu'il déambule (je vous épargne le trajet qui est indiqué dans l'ouvrage) et entend une voix rocailleuse vociférant La sphère est la forme des anges... Cette fois encore il est le seul témoin auditif de ces paroles sibyllines.

Le mieux est encore de se restaurer, et il entre dans un restaurant attiré par l'enseigne, El Diablo, restaurant mexicain. Le repas est excellent mais la serveuse est sublime avec sa mèche blanche. Et il se promet d'y retourner, aussi bien pour les plats que pour la jeune femme.

L'entretien qu'il a le lendemain avec Forcier est riche d'enseignements. De nombreuses personnes ont été les témoins d'un phénomène étrange, dont s'est fait l'écho le journal local : un Spring-heeled Jack aurait agressé quelques individus qui ne demandaient rien à personne, et dont l'origine est ancrée dans l'imaginaire victorien. Jack Talons-à-Ressort, en français, et dont vous pouvez vous faire une opinion visuelle ci-dessous.

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges.

 

La seconde apparition collective s'est déroulée près de la bibliothèque Carnegie. Une photo prouve que cette apparition fut réelle et non imaginaire. Un château, un burg romantique était imprimé dans le ciel, mais positionné à l'envers. Jonathan va être confronté à d'autres manifestations, auditives ou visuelles, et son enquête va le mener, en compagnie de Forcier jusqu'en forêt de Verzy, au milieu des faux, ou hêtres tortillards, des arbres difformes.

Le hêtre tortillard (Fagus sylvatica f. tortuosa) est notamment connu par les Faux de Verzy près de Reims.

Le hêtre tortillard (Fagus sylvatica f. tortuosa) est notamment connu par les Faux de Verzy près de Reims.

Cette enquête-aventure de Jonathan est prétexte à déambulations dans Reims et son voisinage, sorte de guide touristique à usage des curieux d'un héritage culturel, immobilier et littéraire.

C'est ainsi que l'œil (et même les deux) de Jonathan est attiré par la devanture d'une boutique qui expose, entre autres objets, des disques vinyles, des Vautours, des Lionceaux, des Pingouins, des groupes rocks français des années 1960.

Et ceux qui comme moi se rendaient tous les ans au Festival du roman et du film policiers se souviendront avec une nostalgie certaine de certains sites. D'ailleurs cette histoire est ancrée dans les années 1980, car le téléphone portable n'existait pas encore. Une époque où l'homme n'était pas encore asservi aux technologies nouvelles de la communication.

Roman fantastique à l'ancienne, dans lequel la violence est exclue, et c'est reposant, l'intrigue reposant sur des images et des manifestations auditives, avec cependant un thème qui est toujours d'actualité malgré les nombreuses déclinaisons qui en ont été faites.

Le crédo de Jonathan se résume ainsi :

Je suis enquêteur pour la Société d'études ésotériques et métapsychiques, une organisation plus sérieuse que sa dénomination pourrait le laisser supposer qui a pour but de démêler le vrai du faux, de trier les événements étranges ou d'apparence fantastique pour se concentrer sur ceux qui résistent aux explications rationnelles.

Je gage que nous retrouverons Jonathan dans d'autres aventures, du moins c'est ce que j'espère.

Pour tout savoir sur Jacques Baudou :

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges. Collection Noire N°80. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2015. 184 pages. 17,00€.

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 13:58

Bon anniversaire à Graham Masterton

né le 16 janvier 1946.

Graham MASTERTON : Le portrait du mal

Des cadavres, la police est amenée à en découvrir chaque jour.

Qu'il s'agisse de morts naturelles, de suicides, d'assassinés pour des raisons diverses.

Mais des cadavres dépourvus de leur épiderme, dépiautés littéralement comme des lapins, c'est tout de même plus rare, et, oserai-je dire, incongru.

Un tableau représentant douze personnages, dû à un peintre préraphaélite obscur et médiocre, conservé jalousement par un directeur de galerie de peintures et qui peu à peu se détériore (le tableau, pas le directeur !) est convoité par une femme mystérieuse. Quel peut-être le rapport entre ce tableau et ces cadavres dépiautés ?

 

Le portrait du mal de Masterton est une habile variation du fameux Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, en reprenant les thèmes principaux mais inversés.

Un roman ambitieux écrit de main de maître par un Graham Masterton au mieux de sa forme, dans lequel l'humour y est moins présent que dans certaines de ses productions, mais où, je cite François Truchaud son traducteur, mais où l'horreur y est beaucoup plus sérieuse, plus abominable.

Un tournant dans la carrière de Masterton qui n'est plus considéré par certains critiques comme le successeur de Stephen King, mais bien comme le rival en passe devenir le numéro Un de l'horreur fantastique.

Il faut avouer que dès les premières pages, le lecteur est happé par l'intrigue, englué dans une histoire haletante où les temps morts sont rares.

Chronique écrite en 1989 pour une émission radio.

Editions Pocket, collection Terreur. Parution septembre 1989. 478 pages.

Editions Pocket, collection Terreur. Parution septembre 1989. 478 pages.

Graham MASTERTON : Le portrait du mal (Family Portrait - 1985. Traduction de François Truchaud). Réédition Milady. Parution avril 2010. 475 pages. 7,00€. Version Kindle 5,99€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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