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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 06:37

Plongez dans l'univers de l'Héroïc-Fantasy et oubliez le quotidien. Cela vous fera du bien !

Robert E. HOWARD : Solomon Kane.

Robert E. Howard, c'est avant tout Conan dit le Barbare, interprété au cinéma par Monsieur Muscle, alias M. Propre, c'est à dire Arnold Schwarzenegger, Terminator en personne.

Mais Conan, c'est l'arbre qui cache la forêt. C'est oublier un peu rapidement toute la production littéraire de ce grand écrivain d'Héroïc-Fantasy qui a influencé bon nombre d'auteurs depuis 1930.

Parmi les personnages créés par Howard, Solomon Kane est peut-être le plus maléfique mais également le plus pur.

L'Héroïc-Fantasy reflète le perpétuel combat entre le Bien et le Mal, dans une ambiance fantastique et surnaturelle.

Solomon Kane se sent investi d'une mission quasi mystique ou divine.

Il ne cherchait jamais à analyser ses motivations et n'hésitait à aucun moment, un fois que sa décision était prise. Il agissait toujours sur une impulsion; pourtant il était convaincu que toutes ses actions étaient gouvernées par des raisonnements froids et logiques... Son âme jamais en repos, le poussait toujours plus loin. Un besoin irrépressible de réparer les injustices, de protéger les faibles, de punir les crimes et de défendre le droit et la justice....Traduction François Truchaud.

Kane parcourt le monde, de l'Angleterre en Afrique, en passant par la Forêt Noire. Toujours habillé d'une grande cape, d'un immense chapeau noir, la rapière au côté, ce Puritain évolue en plein seizième siècle et souvent est guidé par le sauvetage d'une jeune femme, d'une jeune fille, en péril.

Au fil des nouvelles qui composent ce recueil, Kane prend de l'ampleur, mais en même temps, l'aura de fantastique et surtout de surnaturel qui planent dans ces histoires s'estompent. La fantasmagorie maléfique laisse place à l'aventure pure, puisée aux sources des grands mythes.

C'est ainsi que Robert Howard développe une version personnalisée de l'Atlantide et de son prolongement, et qu'il nous fait côtoyer la piraterie sans vraiment mettre la mer à contribution.

Cependant la sensation d'étouffement qui étreint le lecteur se propage à travers tous les récits dont l'action décisive a pour cadre la nuit.

On ne peut s'empêcher d'évoquer Jean Ray, mais Howard possède son propre style et ses fantasmes. Possédait devrais-je écrire, car il s'est suicidé en 1936 à l'âge de trente ans, en apprenant la mort prochaine de sa mère, laissant bon nombre d'inédits et une création littéraire époustouflante.

Serge Brussolo et Michel Honaker, avec son personnage du Commandeur, sont en France les dignes successeurs de Robert E. Howard.

 

Sommaire :

Des crânes dans les étoiles (Skulls in the Stars), pages 15 à 28.

La Main droite du destin (The Right Hand of Doom), pages 29 à 34.

Ombres rouges (Red Shadows), pages 35 à 69.

Bruit d'ossements (Rattle of Bones), pages 71 à 79.

Le Château du diable (The Castle of the Devil), pages 81 à 99. Texte inachevé complété par Ramsay Campbell.

La Lune des crânes (The Moon of Skulls), pages 101 à 162.

La Tache sombre (The One Black Stain), pages 163 à 176, Poésie. Version originale et version française.

Les Épées de la fraternité (Blades of the Brotherhood), pages 177 à 205.

 

Cette édition comporte également les nouvelles qui composent Le Retour de Solomon Kane ainsi que des premières versions et des versions dites de travail.

Voir la description complète de ce recueil ici :

 

Première édition NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO). Collection Fantastique/SF/Aventure n°26. Parution 1er trimestre 1981. 206 pages.

Première édition NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO). Collection Fantastique/SF/Aventure n°26. Parution 1er trimestre 1981. 206 pages.

Réédition Collection Howard N°1. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1991. 222 pages.

Réédition Collection Howard N°1. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1991. 222 pages.

Autre personnage créé par Robert E. Howard : Almuric

Robert E. HOWARD : Solomon Kane. Collection Les Intégrales N°15. Editions Bragelonne. Parution décembre 2013. 432 pages. 25,00€.

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 06:45

Ou d'un vendeur de cauchemars ?

Anthelme HAUCHECORNE : Journal d'un marchand de rêves.

La frontière entre rêve et réalité est perméable, entre sommeil et réveil une passoire, et le lecteur ne sait plus exactement où il se trouve, même s'il est toujours en compagnie du narrateur, Walter Krowley.

Fils délaissé d'une famille dont le quotidien est voué au cinéma, Walter vit à Hollywood. Ayant perdu sa mère tout jeune, il cohabite avec son père, sa belle-mère et ses deux filles, qui par un effet extraordinaire sont les demi-sœurs de Walter, et les premiers mots qu'il a balbutié étaient bien évidemment des références cinématographiques. Non, pas des titres de films, mais ce qui se trame autour de la réalisation d'un film.

Mais à dix-huit ans, Walter a été enfermé au Camarilla Mental Hospital d'Hollywood, un asile psychiatrique pour soigner les dépendants, à la drogue et autres substances. Son dossier médical n'est guère épais, normal puisqu'il ne mentionne qu'une anorexie bénigne. Sans compter les scarifications et autres automutilations. Que voulez-vous, à cet âge-là, il faut bien s'occuper.

Son problème majeur était peut-être du nom de Trevor Trump, dont le père est le premier fabricant américain d'engrais potassiques et phosphatés. Des produits qui n'ont aucun effet bénéfique sur le cerveau apparemment. Bref en compagnie de Trevor, Walter se mesure à la mort en voulant vivre sa vie, et un beau (?) jour, les deux amis, lancés à bord de leur Humer, percutent un véhicule, avec au compteur deux morts et demi. Un couple, dont une femme enceinte, qui se trouvait sur leur trajectoire, laquelle trajectoire indiquait sans contestation possible que Trevor était en tort.

Et c'est comme ça que tout a commencé, ou continué.

Walter veut devenir scénariste, quant à faire on ne change pas une équipe qui gagne son argent dans le cinéma, et ce sont ses rêves qui vont alimenter son imagination qui parfois se trouve défaillante sur le papier.

Walter est dans sa chambre, sur son lit, important de préciser, a-t-il dormi ou non, mais d'un seul coup il se rend compte qu'il n'est pas chez lui, ou alors tout est chamboulé. La pièce s'est transformée en boudoir bleu, une espèce d'olibrius est sous son sommier, c'est son Ça auquel il est attaché par une chaînette, et lorsqu'il ouvre la porte de son armoire qui n'est pas son meuble mais celui de Trevor, il se retrouve au dehors, ce qui est illogique puisqu'il habite à l'étage.

Pourtant il est bien au dehors, à Doowylloh, le Gouverneur fait passer ses messages, il les a entendu à la télévision, et la vie d'un Rêveur n'est pas simple.

Au cours de ses déambulations il fait la connaissance de Spleen, il se confronte à d'horribles personnages, il divague dans une région nommée Brumaire, il dérobe la carte perforée de Wild Bill, fonctionnaire cartographe en réinsertion, s'oppose à Davis, un drone, puis il rencontre Banshee qui ne jure que par les Oniromanciens, puis tous deux sont confrontés à Butch "Son of a Gun" Smoke et ses Outlaws, vont travailler dans des carrières de sable, et bien d'autres aventures qui défilent en un rythme rapide, trépidant, parfois saccadé, comme ces vieux films qui défilaient et sautaient parfois hors de leur crans d'entraînement.

Comme dans les bons romans d'aventures d'antan, le mystère rôde, l'amour n'est pas loin, et par un effet boule de neige, la vengeance sinue jusqu'à son point de paroxysme. Et l'on ne peut s'empêcher de songer à l'armoire magique du Monde de Narnia ou aux aventures d'Alice au Pays des Merveilles. Comme ça en passant.

 

Rêves ? Plutôt des cauchemars subis par Walter, des songes oniriques qui le laissent pantelant, ne sachant plus, le lecteur non plus, s'il est éveillé, s'il dort, s'il est sur la corde raide entre Eveil et Ever.

Un roman troublant, presque démoniaque dans sa construction et dans lequel on voyage comme dans une succession de tunnels débouchant sur des paysages de fiction, ou plutôt à bord d'un train fantôme interminable qui vous secoue, vous offre de multiples mésaventures, dont on sait qu'il s'agit de mises en scènes mais auxquelles on donne le crédit de la réalité tout en sachant qu'on effectue un voyage virtuel.

Un roman décalé, déjanté, et pourtant on se dit que ces aventures, décrites avec pertinence, pourraient très bien être réelles, en y mettant un peu de bonne volonté et beaucoup d'imagination. Ne vous est-il jamais arrivé de rêver des épisodes extraordinaires et de continuer à les vivre en étant à semi-éveillé, ne désirant pas ou ne pouvant pas sortir d'une sorte d'emprise.

Il s'agit presque d'un exercice de style auquel on adhère, certes, mais pas à renouveler trop souvent, l'addiction pouvant s'installer.

 

Dans le Temps du rêve, il n'y a ni passé, ni présent, ni avenir, m'a-t-elle appris. Les songes ne respectent aucune chronologie, toutes les potentialités s'y mêlent.

Anthelme HAUCHECORNE : Journal d'un marchand de rêves. Collection Pepper. Editions Atelier Mosesu. Parution le 11 octobre 2016. 560 pages. 19,00€. Version numérique : 6,99€.

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 06:53

Corps et liens oui mais pas Cornéliens, quoi que...

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2.

Ce second opus consacré à Pascal Marignac, plus connu sous les alias de Kââ, de Corsélien et un peu moins de Béhémoth, comporte trois romans qui n'avaient pas été réédités jusqu'à ce jour et qui pourtant méritaient de l'être.

En effet l'univers trouble et angoissant mâtiné d'horreur de Kââ, pseudonyme sous lequel Pascal Marignac qui n'a jamais publié sous son véritable patronyme, était le plus connu, tranchait, sans jeux de mots, avec celui de ses confrères angoisseurs.

Deux de ses pseudonymes ont été empruntés à des personnages mythiques de la Bible ou de la littérature populaire.

Ainsi Béhémoth est une créature mentionnée dans Le Livre de Job, et désigne métaphoriquement toute bête de grande taille et puissante.

Kââ est bien entendu le nom du serpent figurant dans Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling. Seulement alors que dans ce roman, le python est un ami de Mowgli, aidant Baloo et Bagheera lorsque le Petit d'homme est enlevé par les Bandar-Log, dans le film produit par les studios Walt Disney il incarne l'un des prédateurs de Mowgli. Une double face ange et démon dont Pascal Marignac s'est peut-être inspiré dans le choix de ce pseudonyme.

 

BEHEMOTH : Voyage au bout du jour.

 

Depuis la mort de sa femme, Philippe, expert-comptable dans une grosse société, est complètement désemparé. Au point que son patron lui enjoint d'aller se reposer quelques jours aux frais de la princesse.

Alors il vadrouille, mais ne prend aucun plaisir à son périple breton qui le mène jusqu'à Brest. Là, dans un café crasseux, minable, il fait la connaissance de Liane, la serveuse, une jeune fille désabusée, genre souillon attendant le Prince Charmant.

C'est l'escapade sur l'île d'Ouessant où ils recherchent leur second souffle et l'oubli. Et ce qui aurait pu être une lune de miel agréable se transforme en cauchemar. Des pieuvres géantes sèment l'horreur, l'angoisse; l'épouvante.

Mais d'où viennent ces monstres marins ?

Et ce yacht noir qui croise au large, n'est-il pas une émanation de l'enfer ?

Des questions angoissantes, certes, mais des réponses encore plus terrifiantes.

Sous le pseudonyme de Béhémoth, l'auteur n'en est pas à son coup de maître. En effet il s'est fait connaître au Fleuve Noir sous les pseudos de Kââ et de Corsélien, mais son passage dans une jeune maison d'édition concurrente l'a obligé de changer d'alias.

C'est un auteur déroutant, irritant, à l'écriture et aux narrations en dents de scie. On ressort de ce livre un peu frustré en ayant l'impression d'être passé à côté d'un chef-d'œuvre de la littérature d'épouvante.

Il joue avec les nerfs, selon le principe de la douche écossaise, mais cela est peut-être dû à sa condition d'enseignant puisqu'il est (était) professeur de philosophie.

Peut-être a-t-il rédigé rapidement cet opus, pressé par Patrick Siry qui montait sa maison d'édition après avoir quitté , ou s'être fait débarqué, le Fleuve Noir, rameutant autour de lui quelques pointures de cette emblématique éditeur populaire. Ainsi que Gourdon, le fabuleux dessinateur qui a tant œuvré pour le Fleuve Noir, lui apportant ses lettres de noblesse.

Première édition : Collection Maniac N°3. Editions Patrick Siry. Parution septembre 1988. 160 pages.

Première édition : Collection Maniac N°3. Editions Patrick Siry. Parution septembre 1988. 160 pages.

CORSELIN : Lésion irréparables.

Quatrième de couverture de l'édition originale.

Le moment le plus étonnant avait été celui où le pieu de fer, ayant traversé tout au long le corps nu de Gunther Schodan, était apparu, pointe brillante au fond de la bouche ouverte sur un effroyable cri muet.

Première édition Collection Gore N°106. Editions Vaugirard. Parution janvier 1990. 160 pages.

Première édition Collection Gore N°106. Editions Vaugirard. Parution janvier 1990. 160 pages.

KÂÂ : Dîners de têtes.

Parfois il faut trancher dans le vif, comme l'on dit.

Toutefois, il y a des limites à respecter, et s'amuser à jouer de la guillotine, en décolletant des têtes comme au bon vieux temps de la Révolution, voilà qui dépasse les bornes.

Le juge Renaud, qui fait connaissance de la petite ville de province où il exerce, est invité chez des bourgeois dont il apprécie moyennement la promiscuité, lorgne plus sur sa greffière que sur les dossiers qui s'accumulent, et s'amuse à provoquer les représentants de la maréchaussée locale.

Seulement rentrer chez soi le soir et découvrir sur une table basse, dans un antique carton à chapeaux, une paire de têtes fraîchement découpées, alors qu'il se promettait du bon temps avec sa greffière, cela refroidit les ardeurs. D'autant que ce trophée n'est pas le premier, et il est en droit de se demander jusqu'où cela va continuer.

Le maniaque de la guillotine lui ne se pose pas de questions. Mais attention, son engin bicentenaire, il ne l'utilise pas sur un coup de tête. Enfin c'est ce qu'il pense. Il a ses raisons que la raison ignore.

 

A mi chemin entre le Sérial Killer et le roman de terreur, Dîner de têtes ne verse pas dans le gore, genre dans lequel Kaa s'est illustré dans la défunte collection du même nom sous le pseudonyme de Corsélien. Cela tourne souvent à la farce macabre, et si l'on est accroché par l'intrigue, on ne rentre pas tout à fait dans cette histoire à laquelle il manque cette angoisse profonde que nous distillait sa grande sœur, la collection Angoisse sans S du Fleuve Noir. Il y manque l'aura d'épouvante mâtinée de fantastique qui sied si bien à ce genre de littérature. Kaa possède trop de métier pour nous laisser sur notre faim, et il nous doit un roman plus élaboré, plus imprégné de cette réelle angoisse qui prend aux tripes, sans que l'on perde la tête.

 

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2.

Ce n'est pas parce que j'ai émis quelques réserves concernant ces romans qu'il vous faut les occulter. S'ils m'ont légèrement déçus, c'est bien parce que Pascal Marignac avait fait mieux dans le genre, et on est plus sévère avec ceux que l'on aime qu'avec les autres. Mais ils restent néanmoins très intéressants, plus que ceux pondus par des auteurs poussifs. A mon avis.

À sa mort en 2002, l'écrivain Serge Brussolo le considérait comme le meilleur auteur de roman noir des vingt dernières années, du moins c'est ce qu'il écrivait dans Petit renard (Le Masque n°2471. 2002). Et il ne faut pas oublier non plus, que les auteurs étaient assujettis à un nombre imposé de pages, et évidemment certains pouvaient se sentir brimés et les lecteurs frustrés.

Ce recueil est complété par une préface et une présentation des trois romans par David Didelot, une nouvelle de Corsélien et une autre de Schweinhund.

Pour commander cet ouvrage et d'autres, car il existe une promotion à na pas rater sur Rivière blanche, cliquez sur le lien ci-dessous.

Autres romans de Kââ  présentés sur ce blog :

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2. Collection Noire N°93. Editions Rivière Blanche. Parution décembre 2016. 380 pages. 25,00€.

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 10:17

Un château de cartes ?

Illustration : Mathieu Coudray

Illustration : Mathieu Coudray

A bord de son vieux fourgon Volkswagen, Mamie Edwige, accompagnée des deux inséparables Morgane, sa petite-fille, et Valentin, le petit ami de celle-ci, arrive dans les Vosges.

Elle a été contactée par une admiratrice, madame Bujon qui vit à Mesnil, seule avec sa fille Camille, âgée de dix ans. C'est que Mamie Edwige est renommée comme chasseuse de fantômes mais elle réfute l'appellation de sorcière ou de magicienne. C'est une scientifique qui possède à son actif de nombreuses inventions dont les bulles de savon qui n'éclatent pas.

Des événements étranges se produisent dans cette fourgonnette brinquebalante. La chaleur qui y règne est anormale, et le pot d'échappement se prend pour un cor de chasse.

Enfin l'équipée se termine, sans avoir recours à un quelconque navigateur électronique mais avant d'arriver sur place, un homme se dresse devant le véhicule au risque de se faire écraser. Il s'agit d'André Glu, surnommé Dédé pour les intimes, c'est-à-dire tout le monde, un homme un peu bizarre qui possède l'habitude énervante de tourner le dos à ses interlocuteurs.

Trêve de tergiversations, Mamie Edwige arrive enfin devant chez madame Bujon. Nos voyageurs sont étonnés de s'apercevoir que Camille, la gamine, se trimbale en fauteuil roulant. La faute à son père absent. En effet monsieur Bujon travaille dans le pétrole, normal quand on n'a pas d'idées, et il est très rarement à la maison. Car s'il avait été présent, il aurait pu rattraper sa fille lorsque celle-ci était tombée de l'arbre dans lequel elle était montée.

Madame Bujon a requis les talents de Mamie Edwige car de nombreux habitants de la commune et des touristes sont portés disparus. Ils seraient enfermés, selon la rumeur, dans le château des Mauvents, un édifice médiéval situé en haut du mont. Sauf que celui-ci n'existe pas.

Suivent quelques épisodes intéressants et particulièrement significatifs concernant le don de télékinésie de Camille, développés par l'auteur auquel je me garderai bien de me substituer, pour nous trouver devant ce château qui est invisible. Grâce à une invention de Mamie Edwige, Valentin parvient à le rendre perceptible et tous trois entrent dans le bâtiment, véritable prison des personnes qui ont disparu.

Des somnambules, les disparus, errent dans une immense pièce, transformés en figurines de carton, Carnicroque, un ours en peluche gigantesque déboule, et devant les yeux éberlués de nos trois héros, non en réalité quatre puisque Dédé Glu, un homme à qui l'on ne peut pas reprocher de ne pas avoir de plomb dans la tête, s'est joint à eux, vont constituer le plat de résistance sans oublier un square aux crapauds hideux qui ne dédaignent pas s'attaquer aux mollets. Ceux de Valentin.

 

Le lecteur ne peut s'empêcher de penser à Lewis Carroll et à son conte mettant en scène Alice au pays des Merveilles, les figures ressemblant à du carton extra-plat pouvant être assimilées aux jeux de cartes dans l'histoire de l'écrivain britannique, mais pas que.

En effet Brice Tarvel nous emmène dans un monde merveilleux mais terrible et chaque page révèle des dangers auxquels sont confrontés mamie Edwige et consorts. Une fois de plus nous vibrons aux aventures et mésaventures subies par Morgane, et son copain Valentin dont elle est secrètement amoureuse. Parfois il l'exaspère, mais ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Il y en aura tellement d'autres qui se révéleront bénéfiques. Mais non, je n'extrapole pas.

Mais revenons à Brice Tarvel qui sait entretenir une atmosphère (oui, je sais, atmosphère, atmosphère...) d'angoisse et de magie en renouvelant le genre tout en restant dans le registre du bien parler et du non violent, sauf lorsque cela est nécessaire. Une bouffée de fraîcheur que les vieux (pardon, monsieur Tarvel, nous sommes du même âge) lecteurs aiment ressentir de temps à autre, frissonnant à des aventures épiques, magiques, et pourtant si simples.

Juste une dernière petite remarque avant de vous laisser acheter cet ouvrage indispensable que vous lirez en cachette de vos chères têtes blondes, brunes, rousses, un des personnages se nomme Germaine Petitmange. Et comme l'action se déroule dans les Vosges, cela m'a fait penser à Pierre Pelot, ineffable conteur lui aussi, dont le véritable patronyme est Pierre Grosdemange. Un clin d'œil ? Pourquoi pas.

Première édition : Editions les Lucioles. Parution mai 2012.

Première édition : Editions les Lucioles. Parution mai 2012.

Retrouvez les aventures de Morgane et compagnie en cliquant sur les liens ci-dessous :

Brice TARVEL : Le château des somnambules. Série Morgane. Collection Brouillards N°41. Editions Malpertuis. Parution le 22 novembre 2016. 130 pages. 10,00€.

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 07:48

Il voyage en solitaire...

Jean RAY : La croisière des ombres.

En chercheur passionné et opiniâtre, Arnaud Huftier a déniché quelques nouvelles qui manquaient dans la précédente édition Marabout, textes qui d'ailleurs étaient englobés dans le recueil Les contes du Whisky.

Des textes qui à l'origine parurent dans des journaux belges comme La Flandre libérale, Les Débats ou encore La Revue belge, entre 1929 et 1935. Des nouvelles et des chroniques qui permirent à Jean Ray de retrouver un lectorat plus ou moins perdu lors d'un séjour en prison de trois ans pour une sombre affaire de détournements de fonds ou, selon une légende, un trafic d'alcools. Toutefois durant ce temps, il continua à écrire, publiant de temps à autre sous le pseudonyme de John Flanders.

Est-ce un effet de son séjour à l'ombre que ses textes, recueillis justement sous le titre de La croisière des ombres, parlent surtout de solitude ? Il se peut.

Ainsi des personnages se retrouvent à boire et à manger dans des tavernes. Mais écoutent-ils vraiment ce que leurs compagnons de table débitent en paroles parfois vaines ? Non, pas vraiment. Dans La Présence horrifiante, nouvelle qui entame ce recueil, quatre hommes, dont le narrateur, sont attablés, écoutant le vent qui cingle au dehors. Soudain surgit un inconnu qui déclare qu'il fuyait. Puis il précise, la tempête. Pour autant, ce n'est pas cette arrivée impromptue qui peut perturber l'un des compères, lequel tient absolument à narrer une histoire de perroquet. Histoire à laquelle lui seul se marre, les autres n'écoutant pas ses digressions. Lorsque cinq coups retentissent.

 

Dans Le bout de la rue, nous suivons dans ses déambulations maritimes le narrateur. Cela commence dans le port de New-York, alors qu'il entend s'entretenir deux marins qui ne débarquent jamais. L'un d'eux affirme Et puis il me restera Jarvis et l'autre bout de la rue. L'autre bout de la rue répond le second comme en écho, et ce qui deviendra un mantra accolé au nom de Jarvis. Les escales se suivent, Paramaribo, Marseille, les Sargasses, à bord de l'Endymion, des forçats qui murmurent, les Açores, Copenhague, et Jarvis. Des spectres et le whisky sont le quotidien des marins et du narrateur. Et au bout... Vous êtes allé à l'autre bout de la rue !

Dans Dürer, l'idiot, Jean Ray règle-t-il quelques comptes ? On peut se le demander en lisant les premières lignes.

Dürer, le journaliste. Dürer, l'idiot. Et un peu plus loin le narrateur enfonce le clou : Un journaliste, Dürer, n'est pas nécessairement un imbécile, c'est un primaire qui a une heureuse mémoire, et un don spécial pour consulter rapidement une encyclopédie, un atlas de géographie ou un planisphère céleste.

Dürer donc est journaliste, mais également un menteur, et le narrateur qui l'écoute narrer pompeusement des aventures fantastiques, au cours de repas qu'ils prennent ensemble, sait très bien que ce ne sont que des affabulations piochées dans des revues ou des romans. Ce qui n'est pas le cas de la jeune étudiante qui dîne tout près d'eux et boit ses paroles plus facilement que du petit lait (entre nous avez-vous déjà essayé de boire du petit lait, ce liquide jaune verdâtre aigre qui reste lorsque la crème a été retirée ?). Il suffit que Dürer dérape dans ses allégations, pour que l'étudiante lui lance un défi. Dürer s'enfuit, il se volatilise dans la nature, et le narrateur pense le retrouver dans une maison qui bientôt est mise en vente. Il l'acquiert mais n'est-ce pas le début de visions spectrales ?

 

Le ralenti de 05h17, qui fait partie des autres textes, ressemble à un conte pour enfant, à la façon des frères Grimm ou d'Andersen. Un prince héritier aime se mélanger à la populace sur le port et sa femme n'est pas bégueule non plus. Un assassin signe une série de crimes crapuleux, fort heureusement il est arrêté et condamné. Le prince aurait pu commuer la peine de mort en grâce en suppliant son père, mais en voyant son regard, il a préféré s'abstenir. Une chute qui aurait pu donner comme titre à cette nouvelle Le Regard qui tue, ou à tout le moins le Mauvais œil.

 

Jean Ray est quelque peu oublié aujourd'hui des jeunes générations qui préfèrent les romans d'épouvante, de fantastique et de frayeur d'auteurs comme Stephen King, Serge Brussolo, James Herbert, Clive Barker, J.K. Rowling dont le personnage de Harry Potter a amené de nombreux enfants et adolescents, et leurs parents, à ouvrir un livre, qui plus est conséquent, Maxime Chattam, Stéphanie Meyers, et bien d'autres.

Leurs ouvrages sont souvent plus violents et sanglants, ou à tendance nettement plus fantastique que ceux de Jean Ray, lequel souvent se contente de jouer sur le frisson, sur l'épouvante, parfois de manière diffuse. L'ambiance des ports, de la fumée des pipes et des cigares, des vapeurs d'alcool sont plus décrites que les scènes de violence. Tout est dans la suggestion et le lecteur se fabrique ses propres images, se les visualise en surimpression, et ne se contente pas d'être un spectateur passif. Il vibre et va au-delà de ce que Jean Ray décrit. C'est le propre de l'écrivain de suggérer de façon diffuse des images que le lecteur se réapproprie.

Des nouvelles feutrées, parfois embrumées comme le ciel de sa Belgique natale, insidieusement perverses, jouant avec les nerfs, distillant l'effroi avec une science incomparable et inégalée.

Pour beaucoup Jean Ray sera un découverte, pour d'autres une redécouverte.

 

Voici le sommaire :

La croisière des ombre (histoires hantées de terre et de mer)

La présence horrifiante

Le bout de la rue

Le dernier voyageur

Dürer, l'idiot

Mondscheim-Dampfer

La ruelle ténébreuse

Le psautier de Mayence

 

... et autres textes :

Le torrent de boue

Le ralenti de 5h17

L'effroyable histoire de Machrood

Ombre d'escale

Poste de police, R-2

L'idylle de monsieur Honigley

La trouvaille de mr Sweetpipe

Au nom de la loi ; Le vent de la hache

Au nom de la loi. Si Scotland Yard

Présentation La croisière des ombre

 

Postface

Bibliographie

Jean RAY : La croisière des ombres. Postface d'Arnaud Huftier. Editions Alma. Parution le 10 novembre 2016. 320 pages. 18,00€.

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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 09:31

L'épée et l'esprit...

Jean-Luc BIZIEN : Vent rouge. Katana 1.

Figés tels des statues, simples soldats, samouraïs et ninjas attendent l’ordre de fondre sur la forteresse qui se dresse fièrement dans la vallée. Le daimyo, le roi dragon, envoie un cavalier porter un message à Dame Kachiko, la femme de Thoshiro le maître des lieux et vassal du daimyo. La réponse, négative, ne se fait pas tarder alors l’attaque est lancée et s’ensuit un véritable massacre.

Quinze ans plus tard, Hatanaka, un ancien samouraï devenu un yamabushi (guerrier de la montagne) et le jeune Ichirô rodent dans la montagne. Ichirô est âgé de quinze ans et un élève assidu du vieil Hatanaka qui lui apprend le maniement du Katana, une arme blanche redoutable, ainsi que la sagesse. Il lui fait également quelques révélations sur sa naissance.

Lors de l’attaque de la forteresse par le daimyo, les parents d’Ichirô qui étaient les seigneurs du lieu, sont décédés et Hatanaka, l’un des rares survivants, s’est occupé du nouveau-né. Depuis ils voyagent dans les montagnes. Ichirô est effondré par cette nouvelle et il est décidé à se venger. Ils recueillent un jeune paysan, qui erre dans la nature, rejeté de son village à cause de sa couardise. Mais Buta (porc en japonais), s’il est pleutre, est une force de la nature et il porte à lui seul les ballots contenant les affaires des voyageurs. Lorsqu’ils arrivent devant la forteresse du daimyo, un recrutement de samouraïs est organisé. Ichirô, malgré les avis contraires d’Hatanaka, s’inscrit dans ce jeu du quitte ou double. Heureusement les premières passes d’arme s’effectuent à l’aide d’un Bokken, un sabre en bois, réplique du katana. Ôno, le jeune samouraï recruteur, un individu imbu de son pouvoir, qui affiche sa morgue et son mépris avec ostentation, décide de changer les règles du jeu. Dorénavant ce sera avec le katana que les combattants se départageront, le perdant restant définitivement sur le carreau. Les candidats se pressent moins, mais que ne ferait-on pas lorsqu’on est un rônin, un samouraï sans emploi ? Et pour faire bonne mesure Ôno défie Ichirô. Malgré sa science des armes Ichirô encaisse les coups, son adversaire jouant au chat et à la souris avec lui. Et bientôt l’issue fatale se profile…

Lorsqu’il sort de son étourdissement, Ichirô, affaibli par de nombreuses blessures se rend compte qu’il a été déposé sur le charnier composé des corps des combattants défunts. Hatanaka et Buta confectionnent une civière de fortune et sortent de l’enceinte malgré les soldats qui gardent la porte. L’étrange convoi se replie sur la montagne enneigée et se terre dans une grotte, jusqu’au jour où Ôno rejoint les trois membres. Il est en fuite car il a enfreint la loi en laissant la vie sauve à Ichirô et que des gardes en charge de l’entrée, et donc par la même occasion de la sortie, ont péri sous la colère de Hatanaka. Il craint le courroux du daimyo, ce qui n’est pas une idée en l’air mais une réalité. Le Shogun a fait appel à un ninja pour retrouver, et pourfendre, les fuyards.

Les pérégrinations de la petite troupe se poursuivent, et ils seront bientôt rejoints par un voleur et un ninja.

 

Ce roman semi-fantastique, truffé de combats acharnés, de retournements de situation, réserve bien des surprises dont l’épilogue qui appelle une suite et offre déjà une résolution de certains mystères. Situé dans un Japon médiéval, il est destiné à ceux que l’on pourrait appeler de jeunes adultes mais il ne leur est pas uniquement réservé.

Les lecteurs avides de sensations fortes, de fantastique pas trop appuyé, d’effets spéciaux dignes des films ou séries télévisées (genre Power rangers) aux arts martiaux japonais avec cascades réalisées par des ninjas n’ayant pas de problèmes de sciatiques et autres maladies articulaires, seront enthousiasmés par les prouesses des combattants et les nombreuses péripéties qui foisonnent dans ce roman. L’auteur habilement a préféré jouer sur les scènes d’action, reléguant une quelconque philosophie ennuyeuse au fond du placard.

Katana s’apparente donc à un roman d’aventures qui se lit avec une certaine jubilation. Si l’aspect nippon n’est pas appuyé, et les décors pouvant tout aussi bien être transposés au Tibet ou toute autre chaîne montagneuse, ce sont bien entendu les techniques de combat et les armes blanches utilisées ainsi que la présence de geishas qui situent le roman dans cette partie énigmatique du monde. Un divertissement qui ne s’encombre pas d’explications oiseuses. Cela fait du bien de temps à autres.

On n’apprend à dompter que les sentiments que l’on a éprouvés.

Première édition : Le pré aux clercs. Collection Pandore. Parution mai 2013. 336 pages.

Première édition : Le pré aux clercs. Collection Pandore. Parution mai 2013. 336 pages.

Jean-Luc BIZIEN : Vent rouge. Katana 1. Réédition Folio SF. Parution le 4 novembre 2016. 304 pages. 7,70€. Version numérique 7,49€.

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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 11:36

Hommage à André Ruellan, alias Kurt Steiner, décédé le 10 novembre 2016, à l'âge de 94 ans. L'une des figures marquantes des collection Angoisse et Anticipation du Fleuve Noir.

Kurt STEINER : Le seuil du vide.

Jeune artiste peintre, Wanda Leibowitz tire le diable par la queue, ou plutôt par les poils du pinceau.

Elle se retrouve sans logement, son ami étudiant américain Franck qui l'hébergeait étant reparti chez lui à Philadelphie. Il lui faut trouver un nouveau point d'ancrage ou d'encrage, pour dormir et entreposer ses toiles, un endroit qui puisse lui servir également d'atelier.

Alors qu'elle réfléchit à son avenir dans son repaire habituel, le Dôme, Alain, une de ses connaissances, l'aborde. Elle lui annonce son expulsion mais elle refuse d'être dépannée par lui. Dépité le jeune homme tourne les talons. Une vieille dame installée à une table derrière elle a entendu la conversation et lui propose un petit logement, pour un prix dérisoire. Une chambre vide depuis plusieurs mois, rue Saint-Séverin dans le cinquième arrondissement.

Wanda ne règlera le loyer que dans trois mois et Léonie Gallois, la vieille dame, lui laisse un jeu de clefs avant de s'éclipser. Encombrée de ses bagages, elle ira chercher ses toiles dans son ancien atelier le lendemain, Wanda est tout heureuse d'ouvrir la porte de son modeste et bizarre logement.

La pièce est triangulaire. Modestement meublée, mais cela lui suffira. Wanda se pose des questions sur la santé mentale de l'architecte lorsqu'elle se rend compte qu'il existe une porte au pied de son lit. Une porte fermée à clé avec une étiquette collée dessus et portant la mention manuscrite : Prière de ne pas ouvrir.

Wanda est intriguée mais se promet de ne pas déroger à la consigne, par respect pour sa logeuse. Hélas, la curiosité est plus forte que sa volonté et elle utilise l'une des clés qui lui ont été remises. Elle entre alors dans une pièce sombre, obscure, noire, et elle ne distingue rien. Lorsque de l'intérieur elle regarde vers sa chambre, elle n'aperçoit pas l'ouverture. Un phénomène incompréhensible. Pas même lorsqu'elle pénètre à nouveau avec une torche. La lumière ne se diffuse pas. Pourtant la lampe fonctionne normalement puisqu'elle est éblouie lorsqu'elle la tourne vers ses yeux.

Elle tente une expérience qui transforme totalement son appréhension de la peinture. Elle importe une de ses toiles dans cette pièce sans éclairage, et allume sa torche. Elle est stupéfaire par ce qu'elle découvre. Sa peinture est devenue une œuvre aux couleurs harmonisées. Alors elle prend une toile blanche et dessine, peint, et le résultat, selon elle, est surprenant et confine au chef d'œuvre. Alors elle réalise plusieurs tableaux qu'elle propose à son galeriste. Mais ce qu'elle trouve sublime n'est au yeux de celui-ci qu'un immonde crachotis de pinceaux sur une toile.

Toutefois de la pièce émerge peu à peu une lumière et elle distingue de plus en plus nettement des scènes dans lesquelles évoluent des personnages dans des lieux connus ou inconnus. Elle se voit même lors d'une réunion. Or certaines de ces scènes vont se réaliser.

Ainsi elle est invitée à une soirée dans une riche demeure chez le baron Eram Knabenian à Maisons-Laffitte. Elle n'a jamais entendu parler de cet homme et décide toutefois de se rendre à cette soirée qui se révélera spéciale. Elle retrouve un des galeristes qui fait la pluie et le beau temps mais c'est l'apparition du baron qui la surprend. Elle en tombe de saisissement et lorsqu'elle sort de son évanouissement elle est nez à nez avec sa logeuse.

 

Peut-on modifier son avenir lorsque son esprit est confronté à certaines scènes ? Est-il bon justement de vouloir changer ou tenter de changer le cours d'événements programmés ?

Ce sont bien à ces deux questions que répond implicitement l'auteur, tout en jouant sur un autre thème récurrent de la littérature fantastique. La vie éternelle ou plutôt la recherche de la vie éternelle par des personnes qui ne veulent pas mourir et s'emploient par tous les moyens à prolonger leur séjour sur terre.

Kurt Steiner aurait pu intituler son roman Ombre et lumière, même si ce titre avait déjà été plus ou moins utilisé avec De flamme et d'ombre (Angoisse N°23). Mais Le seuil du vide convient bien également car c'est une longue descente que va connaître Wanda et arrivée au précipice de sa vie, va-t-elle tomber ou en échapper, c'est bien ce que le lecteur se pose comme question jusqu'à l'épilogue naturel et logique dans un sens, mais que Kurt Steiner affine avec machiavélisme.

 

Cet roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1971 par Jean-François Davy, avec dans les rôles principaux : Dominique Erlanger, Odette Duc, Catherine Rich. Scénario d'Alain Gerber, André Ruellan et Jean-François Davy.

 

Kurt STEINER : Le seuil du vide.
Première édition Collection Angoisse N°25. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1956. 224 pages.

Première édition Collection Angoisse N°25. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1956. 224 pages.

Kurt STEINER : Le seuil du vide. Réédition dans Angoisses 1, Collection Noire N°16. Editions Rivière Blanche. Parution octobre 2009 .

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 13:31

Une histoire mi-ange mi-démon...

Michel PAGEL : Les Antipodes. La Comédie inhumaine N°5.

La comédie inhumaine de Michel Pagel est un vaste cycle de 8 volumes proposé par les Moutons électriques en version papier, reliés, toilés, sous jaquette, mais dont l'ensemble est indissociable au prix de 220€ et dont le tirage est limité à 299 exemplaires. Mais comme tout le monde ne peut acquérir cette version de luxe, les Moutons électriques proposent également ces textes en version numérique en attendant une version papier (?) moins onéreuse pour le lecteur qui ne possède pas l'âme d'un collectionneur mais celle d'un affamé de lecture.

Les deux romans qui composent ce volume 5 ont été publiés pour la première fois aux éditions Fleuve Noir dans la collection Anticipation et s'intègrent dans une vaste saga qui se lit indépendamment mais possède des points de convergence comme souligné en fin d'article.

 

L'antre du serpent :

L'histoire est un éternel recommencement, dit-on. Et c'est d'après cet aphorisme que Michel Pagel a imaginé cette histoire d'inspiration biblique. Jennifer qui a survécu à un naufrage près de l'Ile d'Yeu, naufrage raconté dans la nouvelle L'Ile des Révélations dans le recueil Désirs Cruels paru dans la même collection (Anticipation N°1725), Jennifer a décidé de renoncer à sa vie de nomade et de retourner à la vie civile.

Elle a vingt et un ans et vit avec Arthur de trois ans son cadet. Si elle ne croit plus en sa vocation de religieuse, elle possède néanmoins la foi.

Un matin alors qu'elle se recueille dans une église, assistant à une messe basse, un jeune homme l'interpelle. Il s'agit de l'ange Gabriel qui lui confie qu'elle a été choisie pour enfanter le Fils de Dieu. Le monde a besoin d'un nouveau Sauveur.

Enfermé depuis près de deux mille ans aux Enfers, Satan a réussi à s'échapper de sa prison et pis, à prodiguer lui aussi sa semence. Une libération et un acte qui risquent de remettre en cause l'équilibre du monde, des forces du Bien et du Mal.

Investie de cette mission, Jennifer, ex Sœur Marie-Ange, malgré les contraceptifs, tombe enceinte. Pendant ce temps à l’hôpital, Anne Doleau vient de subir une IVG, c'est à dire en langage décrypté, une interruption volontaire de grossesse. A l'étonnement du médecin et à la grande fureur de la jeune femme, l'intervention s'est révélée inefficace. Anne est toujours enceinte des œuvres de Lucifer qui a pris les traits d'un industriel, Julien Nomade.

De retour chez elle Anne tente de se suicider mais elle est sauvée par Jo Vannier un ancien catcheur garde du corps de l'industriel. Nomade décide alors de la conduire en Vendée et de la faire surveiller afin qu'elle ne renouvelle pas son acte suicidaire. C'est qu'il y tient à son petit Diable. Mais un nouveau problème se présente à lui lorsqu'il apprend que Dieu lui a joué un mauvais tour en le contrant de la même manière.

Une parturiente primipare attend un sauveur qui sera prénommé Emmanuel.

Dans un style sobre et onirique, Michel Pagel a écrit un roman savoureux, mais en aucun cas choquant, irrespectueux ou risquant de blesser les lecteurs chrétiens. Il a simplement extrapolé sur un fait qui pourrait après tout, rien n'empêche de le croire, arriver un jour. A moins que cela ne soit déjà arrivé.

Michel PAGEL : L'antre du serpent. Les Antipodes, N°1. Collection Anticipation N°1794. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1990. 192 pages.

Michel PAGEL : L'antre du serpent. Les Antipodes, N°1. Collection Anticipation N°1794. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1990. 192 pages.

 

Le refuge de l'Agneau.

Anne Doleau qui n'acceptait pas l'idée de donner naissance au fils de Lucifer, à un petit Diable dont rien ne pouvait laisser supposer qu'il fut bon un jour, Anne Doleau s'est défenestrée dans la propriété de Vendée où pourtant elle était surveillée. Mais on a beau s'appeler Lucifer, on ne peut pas tout prévoir semble-t-il.

Heureusement pour lui, et pour l'histoire, Lucifer avait sous la main une femme de rechange, Diane, la propriétaire de cette grande maison bourgeoise à l'abandon.

Marilith, la succube un peu à l'origine de la disparition prématurée d'Anne Doleau, est prévenue. A la première faute de sa part, elle retourne en Enfer. Dassin, un tueur professionnel recruté par Julien Nomade, alias Lucifer, est chargé de supprimer Jennifer, qui je vous le rappelle attend un petit Emmanuel, réincarnation de Jésus Christ Bis. Mais Dassin qui connaît la jeune femme et l'estime, refuse le contrat et au contraire aide Jennifer et son ami Arthur à échapper aux griffes du Diable. Il va même jusqu’à obtenir l'aide d'un exorciste occultiste.

Au début celui-ci est réticent mais bien vite se prend au jeu. Lucifer voudrait bien contrer Dassin voyant que celui-ci va à l'encontre de ses projets, mais le tueur est athée, agnostique, ce qui fait que rien n'a prise sur lui. Ni les séances d'hypnose, ni les manipulations diaboliques de toute sorte.

Le final, de toute beauté, est apocalyptique ou presque. Sachez simplement qu'il a pour cadre le couvent où Jennifer devait rester cloîtrée jusqu'à la fin de ses jours et que le destin, malin et peut-être prévoyant, lui avait permis de quitter.

 

La plupart des personnages de ce roman en deux volumes ne sont pas des inconnus pour les lecteurs fidèles de la collection Fleuve Noir Anticipation et de Michel Pagel. En effet on a pu faire leur connaissance dans la nouvelle L'Ile des Révélations dans le recueil Désirs Cruels (Anticipation n°1725) et dans le roman Le Diable à quatre (Anticipation N°1657). Après la Science-fiction, l'anticipation, le fantastique et l'héroïcfantasy, voici un nouveau genre : La Fantasy Biblique. D'ailleurs tous ceux qui connaissent bien la Bible seront d'accord avec moi : certains passages de l'Ancien et du Nouveau Testament relèvent du fantastique le plus débridé.

Michel PAGEL : Le refuge de l'Agneau, Les Antipodes N°2. Collection Anticipation N°1801. Editions Fleuve Noir. Parution février 1991. 194 pages.

Michel PAGEL : Le refuge de l'Agneau, Les Antipodes N°2. Collection Anticipation N°1801. Editions Fleuve Noir. Parution février 1991. 194 pages.

Pour tous renseignements sur cette édition, un éditeur, un lien :

Quelques ouvrages de Michel Pagel chroniqués sur ce blog :

Michel PAGEL : Les Antipodes. La Comédie inhumaine N°5. Collection Bibliothèque Voltaïque. Les Moutons électriques éditeur. Parution Octobre 2016. Version numérique. 7,99€.

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 09:05

Je n'ai jamais connu un homme de cette intelligence qui fut aussi incapable de s'intégrer à une civilisation faite pour la machine.

Citation extraite de l'Avant-propos de l'auteur.

Robert E. HOWARD : Almuric.

Avant de nous intéresser à Esau Cairn, le héros-narrateur de cette aventure, une petite précision me parait indispensable d'être signalée.

Le 27 octobre paraitra Bifrost N°84, un numéro spécial consacré à Robert E. Howard. Il contiendra des nouvelles de Christian Léourier, Romain Lucazeau et Howard himself en plus d'un exhaustif dossier mené de main de maître par le spécialiste mondial de l'auteur, Patrice Louinet. Ce dossier s'emploie à dissiper les idées reçues sur le père de Conan, et ce n'est pas du luxe. Un numéro indispensable pour les amateurs de Fantasy, mais pas que !

Voir le sommaire ici :

Maintenant revenons à Esau Cairn.

Esau Cairn était bâti pour combattre les forces naturelles et c'est pour cela qu'un jour il se retrouve sur Almuric, une planète étrange, sauvage, à sa dimension, et sur laquelle il peut exprimer ses possibilités musculaires.

Comment Esau Cairn parvient sur Almuric ? Quels sont ses antécédents ? Howard reste dans le flou le plus absolu. Ce n'est pas son propos.

Ce qui importe, ce sont les aventures d'Esau Cairn sur Almuric et l'on peut dire qu'il est servi.

Dès son arrivée il est agressé par un être mi-homme mi-singe dont il ne se défait autant pas sa force que par son intelligence. Puis il est confronté à une bande de hyènes sauvages. Et ainsi de suite.

Il affronte les pires dangers tout comme l'homme préhistorique était en butte aux animaux de son époque et aux éléments déchainés. Ce qui lui permet de surveiller la croissance de ses petits muscles sans recourir aux artifices de la gonflette.

Ecologiste avant la mode, précurseur de Sylvester Stallone et de Arnold Schwarzenegger, Esau Cairn s'intègre en solitaire dans ce monde hostile, devenant une force de la nature.

Après quelques mois vécus en ermite, Cairn quitte la montagne et entreprend une visite non guidée de la plaine. Là aussi les dangers pullulent mais il saura se sortir indemne de tous les pièges, de tous les combats, de toutes les guerres, grâce à une force de caractère peu commune.

 

 

 

Tous ceux qui ne connaissent pas Howard et vont le découvrir en lisant ce roman, seront frappés par la similitude, par le souffle épique entre ce roman et certains textes dont le Cycle de Mars d'Edgar Rice Burroughs avec le personnage de John Carter, dont il semble qu'Almuric soit une sorte d'hommage ou la série des Dragons de Pern d'Ann McCaffrey entamée en 1968.

Mais Howard est véritablement le précurseur de la Fantasy intégrant le merveilleux et l'interplanétaire, genre que d'autres romanciers affinèrent, Michael Moorcock par exemple.

Robert E. Howard s'est suicidé le 11 juin 1936, à l'âge de trente ans.

 

 

Ce recueil propose des nouvelles et des compléments, qui ne figuraient pas dans les éditions précédentes) dus à Patrice Louinet, le traducteur.

En voici le sommaire.

Patrice LOUINET, Introduction, pages 7 à 8, Introduction

(Almuric), pages 9 à 144, Roman.Almuric2 -

3 - Le Jardin de la Peur (The Garden of Fear), pages 145 à 162.

4 - La Voix d'El-Lil (The Voice of El-Lil), pages 163 à 192.

5 - La Hyène (The Hyena), pages 193 à 208.

6 - Une sonnerie de trompettes (A Thunder of Trumpets), pages 209 à 232.

7 - Le Cobra du rêve (The Cobra in the Dream), pages 233 à 240.

8 - Le Fantôme sur le seuil (The Ghost in the Doorway), pages 241 à 245.

9 - Delenda Est (Delenda Est), pages 247 à 256.

10 - Le Fléau de Dermod (Dermod's Bane), pages 257 à 263.

11 - La Vallée Perdue (The Valley of the Lost), pages 265 à 290.

12 - Le Roi du Peuple Oublié (King of the Forgotten People), pages 291 à 295.

13 - James Allison - Fragments, pages 319 à 353.

14 - Le Cavalier-Tonnerre (The Thunder-Rider), pages 355 à 381, trad. Patrice LOUINET

 

15 - Nekht Semerkeht (Nekht Semerkeht), pages 383 à 401.

16 - Le Tentateur (The Tempter), pages 402 à 405, Poésie.

17 - Patrice LOUINET, « To live is to die », pages 407 à 422, Postface.

18 - Patrice LOUINET, Note sur les textes, pages 423 à 424, Bibliographie.

 

 

 

Collection Robert E. Howard N°8. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1991. 224 pages.

Collection Robert E. Howard N°8. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1991. 224 pages.

Première parution : Nouvelles Éditions Oswald (Néo). Collection Fantastique/SF/Aventure n° 174. Parution Juin 1986. 160 pages.

Première parution : Nouvelles Éditions Oswald (Néo). Collection Fantastique/SF/Aventure n° 174. Parution Juin 1986. 160 pages.

Robert E. HOWARD : Almuric. Collection Les Intégrales N°52 éditions Bragelonne. Parution 16 septembre 2015. 432 pages. 25,00€.

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 08:16

Les héros de la littérature d'évasion

ne meurent jamais !

Robert DARVEL : Harry Dickson 2.

Ainsi, Harry Dickson, le Roi des détectives ou le Sherlock Holmes américain cher à Jean Ray, qui à ses débuts a traduit des aventures rédigées par d'obscurs tâcherons allemands puis les a réécrites ou en a imaginé de nouvelles car il les trouvait mauvaises, s'est vu immortalisé grâce à Gérard Dôle, puis Brice Tarvel et Robert Darvel.

Vous remarquerez au passage l'étrange quasi homonymie patronymique de ces deux romanciers et nouvellistes qui perpétuent le mythe dicksonnien.

Sans vouloir copier son illustre prédécesseur, Robert Darvel, tout comme son aimable confrère Brice Tarvel, emploie des vocables dont la connaissance lexicologique, la lexicographique, la sémantique laisseraient pantois, voire faire écumer d'envie nos romanciers goncourables.

Tom les suivit, comme s'il pistait un acide lithophage. Ici et là, une étroite fenêtre éclairée d'une falote bougie perlait d'amphiboles la surface du granit.

 

Au sommaire de ce second recueil, pour l'instant, quatre nouvelles précédemment publiées sous forme de fascicules aux éditions du Carnoplaste, plus un bonus, non pas comme une cerise sur le gâteau puisque ce incarnat fruit délicat est immédiatement visible à l'œil du gourmand et du gourmet, mais enfoui telle une fève à dénicher.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 2.

Le Baal des Psychonautes :

Alors que Londres est en proie à des événements tragiques, des enfants disparaissent, Harry Dickson envoie son élève Tom Wills d'office sur la côte afin de se reposer d'une précédente aventure. Le jeune assistant du détective lui poste le lendemain, après s'être installé dans une pension de famille, une carte postale sur laquelle figurent ses quelques lignes :

Mon cher Maître, Bien las du Morne Repos & du Grand Air...  quand du Sang, du Crime & du Mystère ? Votre dévoué Tom.

Mais pour autant, Tom s'entiche de Mary Ann, la fille de la logeuse, une bien belle adolescente.

Toutefois, Harry Dickson, lorsqu'il reçoit cette missive, est frappé par le côté recto de cette carte et tombe en légère catalepsie, ce qui affole naturellement Mrs Crown, sa gouvernante-cuisinière. Elle prévient immédiatement un docteur et le superintendant Goodfield.

Tom Wills prend du bon temps à Tildesley-the-Sea, et apprend à Mary Ann des jeux de cartes qui sont plutôt du ressort des marlous qui fréquentent le tripot du village. Seulement Mary Ann le soir sort sans prévenir sa mère et rejoint un vaurien qui l'emmène jusqu'à un bouge. Tom la suit dans ce tripot, mais il perd les deux noctambules de vue en descendant dans la cave. Lorsqu'il remonte les douze gaillards qui buvaient et jouaient dans le tripot ont disparu ainsi que la table de jeu. C'est fort marri qu'il rentre dans sa chambre et se couche. Le lendemain, il est fort étonné de constater que le sémaphore lui envoie des signaux. Tout interloqué il se trouve face à Harry Dickson qui l'attend.

Débute alors, après que Tom lui eut narré sa nuit, l'enquête qui les mène au tripot et chez la logeuse de Tom. Seulement la brave femme s'évanouit en voyant le détective. Puis s'ensuit une course poursuite contre les Psychonautes, ceux qui ont enlevé les gamins. Course poursuite qui les conduira jusqu'en Normandie, dans la reconstitution du village de Tildesley-the-Sea.

Dans ce court roman, deux thèmes sont proposés, le double ou sosie, et le décor planté pour alimenter l'illusion, les artifices, les trucages, dans une ambiance fantastique. Tout repose sur la manipulation, les tours de passe-passe, les apparences trompeuses.

Ces perceptions se retrouvent dans les autres histoires mais avec des traitements différents, et l'on n'y ferait guère attention à ces répétitions, si les histoires n'étaient pas lues l'une derrière l'autre dans la foulée.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 2.

Le ministère du Grand nocturne :

Légèrement éméché, l'acteur Richard Crosgove est victime d'un accident de la circulation. Il s'en sort sans trop de mal, sa passagère, rencontre d'une nuit, de même, mais il n'en va pas pour autant au malheureux bonhomme qu'il a percuté avec son véhicule.

Quelques mois plus tard, la notoriété de Cosgrove a atteint son apogée. Mais intérieurement il cultive une forme de neurasthénie qu'il cache sous un faciès de contentement.

Un soir, alors qu'il se rend au Greeeat Club en taxi, il aperçoit dans le véhicule qui roule près de celui dans lequel il est installé, son sosie. Arrivé à destination il se rend compte que son double accapare l'attention de la foule. Cosgrove-bis est fauché par un taxi couleur sang-de-boeuf. Cri d'horreur émanant des témoins de l'accident, une ambulance survient avec à bord trois infirmières, l'homme est transporté sur une civière, ne reste plus sur le bitume qu'une flaque de sang. Et deux reliques négligées par les brancardières, deux répliques de jambe en osier.

Harry Dickson reçoit dans un paquet un double poinçon, outil utilisé pour manier l'osier, puis surgit Richard Cosgrove qui lui narre sa mésaventure survenue dans le Suffolk quelques mois auparavant. Tout le temps que l'acteur raconte son accident, Harry Dickson remarque que dans la maison qui fait face à sa pièce, se tient une silhouette. Or le locataire est en voyage et ne peut donc pas les espionner. En compagnie de Tom Wills il traverse la rue et lorsqu'il revient au 92b Baker Street, une jambe en osier accompagnée d'un petit mot a été déposée sur son tapis. Une référence au Ministère du Grand Nocturne laisse supposer que le Roi des détectives juge cette affaire comme une représentation théâtrale.

Il ne reste plus à Harry Dickson et à son élève à se rendre dans le Suffolk, là où tout a commencé et à rencontrer l'accidenté qui a survécu à son ablation des membres inférieurs.

Comme dans la nouvelle précédente, tout repose sur l'illusion et la présence de sosies. Ce sont les seuls rapports qui existent entre ces deux histoires avec des adversaires narguant Harry Dickson avec diabolisme.

Robert DARVEL : Harry Dickson 2.

Le réveil du Chronomaître et Le fil à couper le cœur.

Ce n'est guère son habitude, mais Tom Wills abuse du toddy (grog) dans le pub, tandis que Harry Dickson attend un revenant. Car il s'agit bien d'un mort ressuscité, Francis K., ayant vécu trois décennies et mort depuis douze ans. Et pourtant il s'agit bien ce riche aventurier qui met les pieds dans le pub. Assassiné douze ans auparavant, ses surineurs Blygg et Kip qui arrêtés ont rendu leur dernier souffle accrochés à une potence.

C'est le début de multiples péripéties tellement nombreuses qu'il faudra deux fascicules pour en connaître le fin mot. Cadavres avérés revenant sur le lieu de leurs exploits, sosies de vrais personnages, et morts en trompe-l'œil, descentes dans des souterrains avec des décors dignes du cinéma, enlèvements, et enquête réalisée, dans la seconde partie par Goodfield, Harry Dickson étant étrangement absent, Tom Wills blessé et séquestré, autant d'aventures subies ou provoquées dont le lecteur ne saura le résultat qu'à l'épilogue. Les faux-semblants sont accentués par la neige qui tombe, recouvre tout et gêne la circulation.

Comme le déclare à un certain moment Harry Dickson :

Aussi brillante que soit la fantasmagorie, n'oublions pas que toute illusion a une base de fonctionnement rationnelle.

Robert DARVEL : Harry Dickson 2.

Enfin, la fève promise, une histoire écrite à quatre mains par Robert Darvel et Brice Tarvel dont l'entame pourrait laisser supposer que le lecteur est en face d'une aventure réelle mais qui n'est en réalité, là encore, qu'une interférence avec le réel et la fiction et une plongée dans le temps. Il s'agit de La machine à explorer Baker Street, histoire dans laquelle les deux auteurs se mettent en scène alors qu'ils sont en panne dans la forêt de Balleroy, revenant de participer à un salon.

Et c'est ainsi qu'ils vont se trouver transportés dans le temps grâce à un canapé quantique réalisé par un taxidermiste et mécanicien quantique de Cerisy-la-Forêt (à ne pas confondre avec Cerisy-la-Salle, lieu d'échanges littéraires et grand pourvoyeur de colloques situé dans le même département de la Manche), Cerisy-la-Forêt donc, paisible village dont le rythme est ponctué par son abbatiale, placé à la limite du Calvados et de la Manche et à une quinzaine de kilomètres de la résidence du rédacteur de cet article.

Le but de nos deux amis étant de résoudre un différent, à savoir si Harry Dickson habite au 92b Baker Street, comme l'affirme l'un, ou au 221b selon les assertions de l'autre.

 

La lecture de ce recueil provoque une addiction non anxiogène, non illégale et non mortifère, à découvrir d'autres aventures du Roi des détective, tout au contraire. Le lecteur ébaubi en redemande afin de prolonger son plaisir non feint, aussi je me permets de vous signaler quelques pistes utiles à suivre, la lecture n'étant pas encore prohibée. Heureusement !

Je vous incite vivement à visiter les sites du Carnoplaste et des Moutons électriques :

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 2. Collection Hélio Noir 64. Edition Les Moutons électriques. Parution le 6 octobre 2016. 288 pages. 7,90€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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