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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 14:06

37.5 le matin : Lasser bat Djian !

Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser dans les arènes du temps. Lasser, Détective des Dieux 4.

Le statut de Détective des Dieux commence à peser sur les épaules et dans la tête de Lasser.

Il ne veut plus être mêlé aux bisbilles générées par les rivalités entre divinités, il a assez engrangé d'argent, et il voudrait jouir en toute tranquillité de son whisky hors d'âge dégusté dans un fauteuil de l'hôtel Sheramon qu'il fréquente depuis son séjour en Egypte.

Seulement Fazimel, la réceptionniste de l'hôtel, et son assistante préférée, lui montre dans un journal, Papyrus News, un article dans lequel il est cité. La statue en or d'Isis, haute comme deux humains juchés l'un sur l'autre, va être inaugurée dans le temple dédié à la déesse à Pompéi. Le rédacteur de la notule est quelque peu ironique sur l'activité et les compétences de Lasser, mais c'est bien la question qu'il pose qui inquiète le détective. L'incursion des Dieux égyptiens aura-t-elle l'heur de plaire à Jupiter, et qu'elle sera sa réaction ?

L'incursion d'Isis trouble la douce quiétude qui enrobe Lasser. Elle est furieuse. Sa statue a été enlevée, et Lasser est prié d'aller enquêter sur place. Et Fazimel pourra l'accompagner car elle parle le latin et l'italien. Lasser refuse, mais Isis contrairement à son habitude ne tempête pas, elle supplie. Et Lasser se sent obligé d'obtempérer.

Fazimel et Lasser sont accueillis à Pompéi comme deux chiens dans un jeu de quilles par le Generale di brigata Totti, et ils le retrouveront à moult reprises sur leur chemin, pour leur plus grand déplaisir. Le début des embêtements qui vont jalonner leur enquête.

Du temple d'Isis, où ils dérangent en pleine répétition des théâtreux, jusqu'à celui de Vénus, leur parcours sera loin de tout repos. Ils rencontrent notamment l'architecte qui a construit les deux temples, car ils se sont aperçus qu'il existait des passages secrets. Ils vont également faire la connaissance d'autres personnages hauts en couleurs. Par exemple Fazimel retrouve son amie Francesca, réceptionniste comme elle dans un hôtel et nièce d'un responsable local de la Mafia. Leurs pistes les conduisent un peu à gauche et à droite, et même jusqu'au bord du cratère du Vésuve. Un moment épique qui voit Fazimel et Vénus se combattre nues, sous le courroux de Jupiter. Entre temps Lasser aura été enlevé et Fazimel aura assisté à une séance de relaxation charnelle entre vestales et hommes de tous âges.

 

Après toutes ces tribulations, Fazimel et Lasser rentrent au Caire ayant rempli une partie de leur mission. Les relations entre les Dieux égyptiens et les Dieux romains sont au beau fixe tendance orageuse, mais ce n'est plus le problème du Détective des Dieux. Croyait-il car...

 

Trois mois plus tard, alors qu'il déguste béatement un pur malt seize ans d'âge à l'hôtel Sheramon, c'est une habitude chez lui, l'intrusion de Don Provenzano surprend Lasser. Le Parrain de Pompéi est chargé de recruter pour le compte de Jupiter son amie Fazimel. Le vol d'un objet important irrite Jupiter, mais ce n'est pas Lasser qui doit être embauché. Il est trop proche d'Isis, et il est le détective officiel des divinités égyptiennes. Lasser sera officiellement le garde du corps de Fazimel, mais Lasser comprend qu'il s'agit d'un subterfuge, afin de déjouer les susceptibilités des uns et des autres. Lasser n'est vraiment pas chaud pour accepter cette initiative, il refuse même catégoriquement, mais Isis sait se montrer convaincante et nos deux amis se rendent donc à Rome, dans les rôles qui leur ont été attribués.

Jupiter leur confie la chaude mission de retrouver le Feu de Vesta qui a été remplacé par une flamme ordinaire. Mars et ses alliés tentent d'infléchir la volonté de Jupiter en vain, et Lasser sent qu'ils ont devant eux un ennemi qui va tout faire pour contrarier leur enquête.

Mais qui a pu voler cette flamme éternelle qui peut déboussoler et mettre à feu et à sang toute la contrée ? Les soupçons se portent sur des dieux mineurs, comme Mithra ou encore un nouveau venu qui veut tout s'accaparer, l'Unique. Une piste mène Fazimel, Lasser et Provenzano à Ostie, chez le Brocanteur. Tandis que Fazimel discute, Lasser se rend dans la réserve et découvre un objet bizarre. Il appuie sur deux boutons de couleur et il se retrouve propulsé dans le temps.

Des péripéties au cours desquelles Fazimel va rechercher son compagnon et va être confrontée à deux personnages inquiétants, les Patrouilleurs du Temps. Lasser, quant à lui, va tenter de leur échapper, jouant le rôle du Fugitif.

 

Un roman en deux parties, écrit à quatre mains et décliné à deux voix. En effet chacun leur tour, Fazimel et Lasser narrent leurs pérégrinations et tribulations, leurs mésaventures homériques, frôlant le danger à tout instant.

Dans les précédents épisodes de cette série échevelée, Lasser tenait le beau rôle, Fazimel lui servant d'assistante, l'aidant et le sauvant dans des situations périlleuses à l'occasion. Dans ce nouvel opus, Fazimel tient une place prépondérante, indispensable, et le lecteur la découvre sous un nouveau jour. Elle est la protégée d'Isis et devient la collaboratrice de Lasser. On en apprend un peu, voire beaucoup plus sur son origine, son enfance, et surtout qu'elle possède des dons, dont une mémoire eidétique, des pouvoirs, ce qui va considérablement l'aider dans certaines circonstances.

 

Ce roman nous ramène aux bons vieux feuilletons qui étaient signés Zevaco, Féval, Xavier de Montépin, H.G. Wells et autres maîtres de la littérature populaire. Lasser dans les arènes du temps possède la fougue, l'imagination, le délire, le souffle, l'impertinence, la débauche d'énergie, la grandiloquence des mises en scène cocasses, houleuses, tendres, démoniaques et divines à la fois. Bagarres épiques, complots, tentatives de meurtres et d'empoisonnement, enlèvements et séquestrations, trahisons, mensonges, poursuites débridées, fornications caligulesques, rivalités divines familiales, jeux léonins du cirque parsèment cette intrigue, et j'en oublie, volontairement ou non

 

Sylvie Miller et Philippe Ward sont les Boileau-Narcejac du roman policier fantastique, les Roux et Combaluzier de l'ascenseur temporel.

 

Retrouvez Lasser dans ses précédentes aventures :

Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser dans les arènes du temps. Lasser, Détective des Dieux 4. Editions Critic. Parution 6 novembre 2015. 494 pages. 22,00€.

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 13:57

Les Lutins noirs sont comme les Lutins blancs :

toujours aussi facétieux !

Renaud MARHIC : Les Lutins noirs.

Si vous souhaitez que votre enfant s'adonne à la lecture offrez-lui des livres ! Mais pas des ouvrages ennuyeux, non, des romans dont la lecture lui permettra d'éveiller son imaginaire, de le développer, de le cultiver.

Avec ce troisième volume de la saga des Lutins Urbains, Renaud Marhic laisse sa verve s'éclater comme une grosse bulle pétillante emplie de confettis de toutes les couleurs, une explosion arc-en-ciel façon farces et attrapes.

 

Un vieux coucou à hélices atterrit sans que l'attention des deux hommes qui sont installés dans la tour de contrôle de l'aéroport d'Okaz Air® soit pour autant perturbée. Pourtant la venue de l'avion n'avait pas été signalée sur les écrans radar. C'est pas grave, juste une erreur de pilotage. Le pilote l'affirme au bagagiste, il devait livrer du courrier d'Antanarivo à destination d'Antsiranana. Pendant ce temps, subrepticement, un puis deux puis trois petites créatures noires, aux longs cheveux, s'extirpent de l'appareil et fuient vers la Grande Cité.

Sur la route qui relie la capitale, les automobilistes sont affolés, lorsque trois sangliers traversent la chaussée sans prévenir.

Dans le commissariat du quartier Adinike®, le jeune policier Gustave dont on a suivi les précédentes aventures avec délectation, assiste à une réunion habituelle concernant les faits entachant leur quartier, le secteur 15. Bien évidemment est évoquée l'arrivée intempestive du bimoteur, mais d'autres événements sont mis en avant. Ainsi, des étrangers inscrits au Fichier des Individus Potentiellement Pas Nets, ont été vus paradant en smoking dans des voitures de luxe alors que la veille encore ils étaient sans papiers ni contrats de travail. Selon des renseignements issus de sources non officielles, ces joyeux déambulateurs malgaches en décapotables auraient gagné au Tir' ou Grat'. Et bien sûr la randonnée autoroutière des trois sangliers.

Et comme le déclare le commissaire Velu, La situation est pire qu'hier et bien moins grave que demain !

La réunion est à peine terminée que Gustave est alpagué par le commissaire, lequel lui demande ce qu'il a fait du rhinocéros. Le rhinocéros ? Ah oui, encore une mini bavure de Gustave qui devait convoyer à l'abattoir le mammifère herbivore à quatre pattes et à deux cornes, comme les bovins sauf que c'en n'est pas un, et qu'il a malencontreusement égaré. Chelou ! C'est le nom de l'animal vagabondeur.

 

Mais que fait donc Chelou dans un entrepôt de porcelaine certifiée française made in China ? Pourquoi Gustave reçoit-il par l'intermédiaire d'un caillou lancé par le facétieux Nain Jaune un message du professeur B. qui justement lui demande de retrouver immédiatement et même avant Chelou ? Et qui est ce mystérieux personnage surnommé le Bambou Masqué, chef d'une triade non moins mystérieuse, qui s'interfère dans cette histoire ?

 

On retrouve dans ce troisième volet des aventures de Gustave Flicman, une partie des personnages évoluant dans les épisodes précédents, L'attaque du Pizz' Raptor et Le dossier Bug le Gnome, avec de nouveaux protagonistes qui ne déparent pas l'ambiance de ce roman malicieux et fantastique.

L'imagination débridée de Renaud Marhic, et cette logique totalement décalée qui imprègne ces romans, nous fait penser, dans le traitement et non dans l'intrigue, à un roman de Lewis Caroll.

Si tu favorises à présent l'introduction d'un imaginaire étranger au sein de la Grosse Cité, tu porteras une grosse responsabilité... Que cherches-tu à provoquer ? Une épidémie ?

Le lecteur ne se pose pas ce genre de questions, lui qui justement est friand de ce genre de roman au fantastique déboussolant, et qui pourtant ne manque pas de références à notre monde actuel. Une juxtaposition, une mise en parallèle qu'il vaut mieux prendre à la rigolade. Seuls les rabat-joie peuvent se sentir offusqués :

Le Chef de la Brigade de Répression de l'Onirisme n'en avait pas terminé de ses sombres prophéties.

Une lecture roborative destinée aux jeunes et aux adolescents qui recherchent un coin de ciel bleu dans la grisaille quotidienne. Et que les anciens apprécieront en réminiscence de certaines lectures de leur enfance.

 

Renaud MARHIC : Les Lutins noirs. Tome 3 de la série des Lutins Urbains. Illustrations de Godo. Collection Romans Jeunesse. Editions P'tit Louis. Parution 1er octobre 2015. 160 pages. 8,50€.

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 13:36

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville

Brice TARVEL : Dépression.

C'est ce que pourrait réciter Sarg, le pêcheur de rats qui vient d'apprendre un peu abruptement son infortune.

Sans prendre de gants, et avec une certaine jouissance dans la voix, la grosse Yaya, la loueuse de bouées, vient de lui apprendre que Jarine, qu'il aime, s'est amusée à batifoler près de l'Etang avec trois Batraks.

Il est de notoriété publique que Jarine vend son corps à qui veut en profiter, mais Sarg a des œillères, alors il noie son chagrin dans l'alcool d'algue et fume du varech.

Il pleut en permanence sur Duracor, ville située sur la mer ou près d'un lac immense. Les habitants, les Emergents, ne savent pas trop. Dans la basse ville, vivent les pauvres, pataugeant dans une boue qui imprègne tout. Les maisons sont de misérables huttes, ou des cabanes montées sur pilotis. Dans la haute ville se sont installés les riches. La pluie y est présente, comme partout, mais ils sont moins incommodés par les boues. Seulement s'ils ont bénéficié d'une certaine forme de protection, cela s'est retourné contre eux, et ils sont quasiment tous atteints de la rouille, cette maladie qui ronge implacablement.

Cette pluie a transformé morphologiquement certains organismes. Près de l'Etang vivent les Batraks, appelés aussi les dégénérés, le corps parsemé de pustules. Et Zam, par exemple, est affublé d'un pied palmé qui lui occasionne une claudication. La surveillance de la cité est assurée par les Squameux, des vigiles à l'affût de tout.

Jarine est amie avec Vavette, une adolescente qui pratique le même métier qu'elle. Seulement la maladie ronge la gamine. Elle a attrapé la rouille, juste une petite plaque qui ne demande qu'à s'élargir sur son bras, et Jarine est inquiète. Elles se rendent chez le docteur Tanagor, lequel pense pouvoir lui proposer une médication de sa composition.

Pendant ce temps, Sarg et Zam, chacun de leur côté, recherchent Jarine. Car Zam est devenu amoureux de celle qu'il a eu le plaisir d'honorer en compagnie de deux Batraks comme lui. Mais Jarine est introuvable, rongée et stimulée par un secret qu'elle garde jalousement.

De leur côté, inlassablement, les Compagnons de l'Arche construisent dans le Grand Marais, un bâtiment susceptible de pouvoir les emmener loin, au delà de l'horizon, vers des terres plus accueillantes. Ils sont guidés par une utopie qui pourrait un jour se transformer en réalité.

 

Un roman pluvieux, suintant d'humidité, dans lequel tout le talent de Brice Tarvel, qui signait lors de la première parution de ce roman François Sarkel, dégouline avec fraîcheur tout au long des pages. Figure de proue, Jarine, qui encore jeune, et peut-être est-ce pour cela, rêve de partir de ce cloaque, éprise de liberté.

On pourrait y voir une parabole, celle d'un pays en décomposition politique, cette pluie incessante se mesurant aux déclarations des hommes politiques qui entretiennent plus la morosité ambiante qu'un véritable espoir de changement, un déluge de décisions catastrophiques. Et Jarine, en désirant acquérir une liberté par la fuite peut se comparer à tous ces jeunes qui aspirent à un avenir meilleur, ensoleillé dans leurs têtes.

Mais est-ce vraiment ce qu'a voulu écrire l'auteur. Je n'en suis pas persuadé. En véritable romancier populaire, il a écrit une histoire dans laquelle les péripéties et les entrelacs entre le parcours des divers protagonistes foisonnent et ne laissent pas de temps aux lecteurs pour s'ennuyer.

Les jeunes auteurs français devraient lire ce roman et en prendre de la graine. Au lieu de puiser à outrance dans le vocabulaire anglo-saxon, il serait plus intelligent de leur part de s'inspirer de Brice Tarvel et de se pencher dans un dictionnaire des synonymes. Le plaisir de retrouver des mots peut-être obsolètes mais au combien jouissif à la lecture comme rubigineux, éburnéen, phosphène, palustre, stertoreuse, spumescente, smaragdin... Mais tout le monde ne peut se prévaloir d'une telle classe.

Un roman que Jean Ray ne pourrait renier.

Autre édition : Editions Lokomodo. Parution 17 mars 2012. 212 pages.

Autre édition : Editions Lokomodo. Parution 17 mars 2012. 212 pages.

Première édition sous le nom de François Sarkel. Editions Fleuve Noir. Collection Anticipation N° 1745. Parution mars 1990. 192 pages.

Première édition sous le nom de François Sarkel. Editions Fleuve Noir. Collection Anticipation N° 1745. Parution mars 1990. 192 pages.

Brice TARVEL : Dépression. Editions Lune écarlate. Parution 27 septembre 2015. 198 pages. 16,99€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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