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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 14:17

Ne sont pas forcément des chercheurs d'or !

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre.

Pour obtenir un emploi, que faut-il ? Un curriculum vitae en béton ? De l'expérience ? De la hardiesse ? De la chance ?

Surtout de la chance, car pour Karin Frémont, ce n'était pas gagné d'avance. Depuis deux ans qu'elle est demandeuse d'emploi, à vingt-quatre ans, elle commençait à désespérer. Et puis voilà, la secrétaire du riche et énigmatique Harald Schöringen, auteur à succès, lui confirme qu'elle va bientôt lui céder sa place, aspirant à une nouvelle vie, voire un mariage, ou quelque chose comme ça, tout au moins retrouver sa terre natale, la Grande Bretagne. Le fait que Karin porte un prénom à consonance germanique a peut-être été décisif.

Quoi qu'il en soit, la voici apte à devenir la secrétaire de Schöringen, spécialiste du surnaturel, ou encore à l'instar des critiques qui aiment les superlatifs : le Sherlock Holmes du fantastique, le Sulitzer du sensationnel, le Pourfendeur de spectres, en un mot un énigmologue. Il est un véritable phénomène de librairie et pourtant ses œuvres ne sont pas des romans, mais des essais, des études, des documents... Et comme elle possède une licence d'histoire, ce qui l'a amplement servie pour postuler chez Paul Emploi, Karin est plongée dans un domaine qu'elle connait bien, la recherche dans les vieux papiers et les articles journalistiques.

A priori, le travail que va effectuer Karin n'est guère contraignant. Du classement d'articles selon un processus bien défini, plus d'autres bricoles qui sont dans ses cordes. Par exemple aller acheter une pizza chez le restaurateur du coin, lorsque Farida, la femme de ménage est absente et ne peut faire la cuisine. C'est donc sans regret qu'elle quitte Paul Emploi.

Seulement, tout comme Barbe-Bleue, Schöringer interdit à Karin d'entrer dans son antre, son inner sanctum, une pièce dans laquelle il se calfeutre, un appartement dans le vaste appartement situé tout près de la basilique meringuée de Montmartre. Pour correspondre avec son employeur, elle se sert de l'interphone placé à l'entrée de l'inner sanctum, ou par messages via le système intranet de l'appartement. Rarement elle est admise à franchir l'huis de cet antre. Elle est alors face à un homme se déplaçant en fauteuil roulant, aux larges épaules.

Karin est toute contente de pouvoir enfin approvisionner son compte en banque. Elle ne possède comme amis que Josiane, connue lors de son adolescence, et Julien qui sillonne la France en tant que représentant, qu'elle rencontre de temps à autre.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la nuit, ses rêves n'étaient peuplés de visions macabres. Un homme noir, des murs de ténèbres, et autres cauchemars macabres. D'ailleurs cet homme noir il lui semble bien l'avoir entraperçu un jour en montant l'escalier pour rejoindre l'appartement.

Ce qu'elle ignore, elle aurait dû lire le roman car le lecteur lui est au courant, c'est que la bignole est en proie à ce genre de cauchemars, et qu'elle entend la nuit, quand elle est éveillée, des scriiitch... scriiitch... propices à engendrer des cauchemars.

Un beau matin, qui n'est pas si beau que ça d'ailleurs, Karin se réveille après avoir subi une fois de plus les assauts des murs de ténèbres et de l'homme noir. Près d'elle git un cadavre, un sexagénaire qui habite l'immeuble. Or un an plus tôt un homme avait disparu sans laisser de traces...

 

Nimbé d'une aura fantastique, ce roman emprunte à certaines légendes dont celle de l'homme noir. Pour autant il s'agit d'une œuvre bien personnelle que nous offre Patrick Eris, car bien avant le fantastique, c'est l'angoisse latente, qui prend peu à peu des dimensions tragiques, qui imprègne cette histoire.

Une intrigue qui se divise en deux parties, la première parisienne, qui mène Karin de son embauche jusqu'à ce matin de terreur, puis la seconde qui se déroule en province, Schrödinger ayant décidé de s'installer dans une demeure propice à continuer ses recherches et l'écriture de ses manuscrits loin de l'agitation parisienne. Mais pour cela Karin doit découvrir l'habitation adéquate dans laquelle il pourra recréer à l'identique son inner sanctum, lieu auquel il tient tant.

Un ouvrage à placer entre des romans de Georges-Jean Arnaud et ceux de Serge Brussolo, en phase avec ces thèmes de l'homme noir et de la maison-piège, non loin de romans signés Marcel Aymé, comme Le Passe-Muraille et Alexandre Dumas, pour leur côté fantastique diffus, Les Mille et uns fantômes ou Le château d'Eppstein, par exemple.

Lentement l'angoisse monte, progressivement l'épouvante étreint l'héroïne principale, tout doucement l'univers dans lequel elle est plongée se délite. Patrick Eris sait évoquer les frayeurs cachées, les mettre en scène, sans jouer sur le grandiloquent, le sensationnel.

Ce qui n'empêche pas Patrick Eris de jouer avec l'actualité et certains personnages réels. Schöringen a l'habitude de réunir un petit comité d'amis choisis, d'écrivains et de chroniqueurs, afin de dîner ensemble et passer la soirée. Mais :

Tu sais, si tu t'attendais à voir du people, tu vas être déçue ! Même ces deux frangins bizarres dont on parle à la télé, eh bien, ils ne sont jamais venus ! Schöringen les déteste.

Lorsque les fous sont plus nombreux que les gens sains d'esprit, n'est-ce pas ces derniers que l'on fait enfermer ?

Patrick ERIS : Ceux qui grattent la terre. Collection Sentiers obscurs. Editions du Riez. Parution 9 février 2016. 308 pages. 16,90€.

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 15:37

Et je dirais même plus : sur la côte d'eau pâle !

Jean-Christophe MACQUET : Un Américain sur la Côte d'Opale.

Tout ça parce qu'un ingénieur hydrographe s'est trompé dans ses calculs !

En effet Boivin, l'ingénieur en question, a ordonné le second forage afin de découvrir la source des eaux du bois de Rombly, propriété de la société d'exploitation de l'eau de source Valroy, mais en vain. Ce n'était pas au bon endroit. Et bien évidemment le directeur n'est pas satisfait de son travail. L'augmentation espérée, Boivin gagne bien sa vie mais sa femme dépense plus vite qu'il engrange, ne lui est plus accordée.

Les ouvriers sont arrivés à des bandes de sable, mais surtout, dessous, ils ont mis à jour des ossements. Humains les ossements, et celui qui prétend que l'os ment, il se trompe. Plus étonnant, ils ont remonté à la surface une espèce de plastron, un pectoral forgé dans une matière qui, nettoyée, pourrait être de l'or. Boivin décide de s'accaparer cette relique afin de la vendre, associé à un historien local qui pense en connaître ou au moins en déterminer la provenance.

Dans le milieu du XVIIe siècle, un cataclysme a ravagé les Côtes d'Opale, l'ancien village de Rombly se trouvant enfoui sous les sables amenés par un énorme mascaret.

Boivin, malgré son statut d'ingénieur, n'est guère futé. il aurait dû se douter que son geste ne passerait pas inaperçu. Il suppose qu'en monnayant son trophée, il va se remettre en fonds. Une illusion. D'autant que d'autres personnes sont à la recherche de ce pectoral, dont une ressortissante colombienne, adepte de cette religion vaudou qui s'est disséminée insidieusement de par le monde.

Une légende, venue d'ailleurs, affirmerait que ce pectoral, sur lequel sont gravées des inscriptions à la signification inconnue des profanes représente un masque bizarre, qui pourrait être, ceci sous toutes réserves, la représentation d'une sorte de pieuvre géante à visage humain dénommée Cthulhu.

 

 

Placé sous l'ombre tutélaire de Howard Philip Lovecraft, ce roman lorgne vers un côté fantastique maritime mais sans pour cela que cette ambiance soit trop appuyée.

Jean-Christophe Macquet débute cette histoire par une partie historique située le 21 février 1636. Le Saint-Michel, un superbe trois-mâts corsaire, entre en baie de Canche avec à son bord des prisonniers espagnols et un moine mutique. Parmi la cargaison que contenait le galion espagnol arraisonné par les corsaires, un drôle d'objet en or, un pectoral. Le moine daigne parler, un peu, se déclarant ennemi des hispaniques, et réclame son bien qu'il juge inestimable. Dans la nuit se déclenche la fameuse tempête qui balaiera tout sur son passage, enfouissant l'ancien village de Rombly.

Quelques siècles plus tard, débarquent à Insmouth, dans le Massachussetts, l'inspecteur Matingout et l'agent spécial Walter Smith. Ils sont à la recherche d'un couple, dont Henri Delafontaine, en provenance de la Louisiane, identifié comme un grand prêtre d'un culte mystérieux, le vaudou. Il serait accompagné d'une certaine Ursula Morales, veuve d'un anarchiste français, Emile Dubois, condamné à mort et fusillé à Valparaiso peu de temps auparavant.

 

Dans ce récit, qui suit un ordre chronologique, évoluent par la suite, au moment de la découverte du pectoral et sa soustraction par Boivin, le policier français Louis Delamer, qui est sur la trace d'une Colombienne, Ursula Morales, plus quelques autres personnages dont un énigmatique peintre américain qui réserve la vue de sa production à des amis choisis.

 

Entre policier et fantastique, ce roman qui inaugure la nouvelle collection Belle Epoque, se lit avec un plaisir trouble, dont certains personnages ont réellement existé, par exemple l'anarchiste Emile Dubois, un enfant du pays. Il n'est pas nécessaire de connaître l'œuvre de Lovecraft pour en apprécier l'hommage au maître de Providence.

Cette plongée dans une époque considérée comme belle, nous ramène à des points plus terre-à-terre. Le racisme latent, ordinaire, quotidien, qui ne s'avoue pas comme tel. Ainsi l'un des protagonistes parlant d'un couple évoluant sur la plage de Wimereux, s'exprime ainsi : Je les ai croisés sur le boulevard de la Plage, et puis le mari... c'est un négro !

C'est également une page d'histoire, souvent méconnue, que met en scène l'auteur, lorsque par exemple il évoque un certain Charles-Joseph Bonaparte, petit-neveu de Napoléon 1er, né à Baltimore en 1851 et créateur du BOI : Bureau Of Investigation, l'ancêtre de l'actuel FBI.

Jean-Christophe MACQUET : Un Américain sur la Côte d'Opale. Collection Belle Epoque. Pôle Nord éditions. Parution le 9 novembre 2015. 218 pages. 10,00€.

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 15:34

Je rêvais d'un autre monde...

Ces émules de Masterton l'ont réalisé !

Les Mondes de MASTERTON : Anthologie Hommage à Graham Masterton présentée par Marc BAILLY.

Etant quelque peu fainéant par nature, et estimant que Marc Bailly a mieux présenté cet ouvrage que je ne saurais le faire, voici donc un petit extrait de sa préface afin de vous mettre en appétit.

S'approprier l'univers d'un auteur n'est jamais chose facile. Entrer dans son monde, continuer une de ses histoires, faire vivre des personnages que cet auteur a eu du mal à faire naître est très délicat. Et pourtant, c'est le but de ces Mondes de Masterton.

Chaque auteur qui a collaboré ici l'a fait pour rendre hommage au grand raconteur d'histoires qu'est Graham Masterton. Et chacun a écrit avec sincérité, avec ses propres émotions, sa propre sensibilité, sont style évidemment. Et pourtant, tous ont su garder cette petite touche, ce petit quelque chose qui fait que l'on se retrouve immédiatement dans du Masterton pur jus.

Et lorsque l'on lit ces treize nouvelles, on s'aperçoit qu'il ne s'agit pas de la part des auteurs de parodier, de pasticher, mais bien d'œuvrer dans la continuité, tout en respectant leur propre façon d'écrire et en l'incorporant à l'univers multiple de Masterton. Et s'il s'agit bien de nouvelles fantastiques, les thèmes peuvent être totalement différents dans leur inspiration, et traités non pas à la manière de... mais de façon personnelle.

 

Ainsi Boris et François Darnaudet dans La voie des Yamabushi développent un épisode à peine évoqué dans Tengu. Un choix personnel expliqué en présentation de la nouvelle. Pour François, c'est par l'intégrale Néo dans les années 80 qu'il découvre Masterton, et peut-être ce qui lui donne envie d'écrire. Pour Boris, c'est l'attrait du Japon, des arts martiaux et de la mythologie japonaise qui a dicté le choix d'écriture. Je dois avouer que cette nouvelle ne m'a guère passionné, n'étant pas un amateur des histoires japonisantes avec ninjas, samouraïs et autres guerriers. Ce n'est pas ma tasse de thé (japonais). Seuls les cerisiers en fleurs et les geishas, pour des raisons différentes, m'attirent. Mais cela ne remet pas en cause la qualité des auteurs et de leur texte. Et heureusement tous les lecteurs ne partagent pas mon avis ou mes goûts.

 

Jean-Christophe Chaumette : Emet (Vérité). Le professeur Serge Delacour n'est pas le bienvenu à Montréal. Il s'en rend compte dès son arrivée, réceptionné à l'aéroport par un géant, vert de rage, bourru et contrarié. Faut dire que la venue du professeur Delacour est fort peu prisée. Il veut analyser certains objets détenus dans le musée de l'Holocauste canadien, et prouver en effectuant des recherches d'ADN si ces sortes de trophées ont été fabriqués par les nazis à partir de déportés censés avoir été exterminés dans des camps. Mais surtout, à partir de ses recherches déterminer qu'il ne s'agit pas de cadavres de Juifs qui auraient servi pour des détournements mobiliers et autres. Car Delacour est un négationniste et il veut prouver que ce ne sont que légendes qui circulent au sujet des camps nazis et de l'extermination des Juifs. Un sujet sensible traité avec justesse et humanisme.

 

Avec Chute d'une damnée, Jess Kaan propose une préquelle du Portrait du mal, c'est à dire une analepse, ou, pour ceux qui manquent de vocabulaire français et préfèrent les anglicismes, un flashback. Printemps 1916. Le caporal-estafette allemand a pris ses habitudes dans un bistrot, dégustant son petit verre rituel de genièvre. Un jour son regard d'artiste est attiré par un tableau accroché au fond de la salle. Et ce tableau lui fait de l'œil. Une église de pierre dans une campagne arborée, tout ce qu'il y a de plus banal et pourtant il s'en dégage une solennité qui ne laisse pas indifférent le soldat. La peinture est l'œuvre d'un artiste local, un Flamand. Il lui faut absolument rencontrer ce peintre retiré et vivant en ermite.

Jess Kaan nous réserve une jolie surprise en forme d'épilogue dans un contexte historique qui ne manque pas de sel.

 

Les chiens noirs de Brice Tarvel nous raconte une histoire qui pourrait être banale, ancrée dans le quotidien.

Une Chevrolet Impala sur une route canadienne, bravant la pluie, avec à bord Lester, qui conduit, et Rachel, sa femme, et Melinda, sa gamine, à l'arrière. Une phare vient de déclarer forfait. De toute façon il n'a pas d'ampoule de rechange. Lester s'est adonné à la boisson, il a perdu son travail, et ils se rendent chez tante Rosanna qui vit dans un trou perdu au milieu d'un élevage de poules. Et pour être perdu, Lester l'est. Soudain un chien noir au milieu de la route. Lester perd le contrôle de sa voiture comme celui de ses nerfs. Rachel est durement secouée, Melinda dite Choupette se retrouve coincée entre les sièges quant à Lester il est mort, ou dans les pommes. Non, il n'a rien, juste la tête qui a cogné contre le volant. Et pas de téléphone pour prévenir qui que ce soit. Va falloir se résoudre à reprendre la route mais à pieds. Heureusement un tacot, un pick-up, arrive avec un vieil homme à bord et trois chiens noirs debout sur le plateau.

Une histoire simple, narrée simplement, mais avec force et subtilité.

 

Outre les nouvelles présentées ci-dessus, également au sommaire de ce recueil :

Estelle Valls de Gomis : Gimme Shelter.

Annette Luciani : La maison amoureuse.

Franck Ferric : Le serpent à collerette.

Freddy François : Le mangeur de rêves.

Christophe Collins : L'ombre du Titanic.

Lucie Chenu : La cité des rebelles.

Michel Rozenberg : Metaplasia.

Patrick Raveau : Le puits.

Daniel Walther : Moisson de chair.

 

Tout présenter serait peut-être fastidieux pour le visiteur (et pour le scripteur) et je pense que ces quelques exemples démontrent toute la palette des thèmes abordés.

Des auteurs qui n'ont plus à prouver leur valeur et leur talent et des petits nouveaux qui n'ont pas fini de faire parler d'eux, ayant déjà à leur actif nombre de nouvelles ou roman publiés dans différentes maisons, dont la Clef d'Argent, Terre de Brume ou encore éditions du Riez, et bien entendu chez Rivière Blanche.

 

Les Mondes de MASTERTON : Anthologie Hommage à Graham Masterton présentée par Marc BAILLY. Préface de Graham Masterton. Collection Fusée N°23. Editions Rivière Blanche. Parution juillet 2012. 340 pages. 20,00€.

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 10:32

Fantastique fantastique !

Malpertuis VI, anthologie dirigée par Thomas BAUDURET.

La littérature fantastique possède ses sous-genres et donc ne se réduit pas à une forme définie mais englobe plusieurs composantes comme le fantastique animalier, le fantastique d'horreur, d'irrationnel, de rêves, d'événements maléfiques, d'apparitions spectrales ou tout simplement se décliner au quotidien comme la superstition et l'imputation de phénomènes non expliqués à des sorciers qui peuplent en général les campagnes. Elle peut se révéler diffuse, étrange, violente, mettre en scène une faune issue de l'imaginaire, ou se traduire par l'apparition de démons, d'objets devenant animés par la volonté d'un être aux pouvoirs étranges et souvent malveillant.

Tout ceci, et plus, est abordé et amplifié dans ce volume, et les précédents, par la volonté d'auteurs dont l'imaginaire fécond ne connait pas de limites. Un mélange d'horreur, de merveilleux, d'humour noir, d'impertinence, de psychologie (il en faut parfois), de causticité...

Le mieux, peut-être, est de vous présenter rapidement quelques-uns des textes figurant dans cette anthologie qui n'est pas axée sur un thème unique, mais pas tous car la découverte est encore plus intense lorsque l'on ne sait pas quel est le sujet traité.

 

Sylas : 3 kilogrammes.

Elle a fait un bébé toute seule. A trente-huit ans, il était temps. Trop grosse, elle n'avait trouvé personne à sa taille. Pourtant elle a fait un bébé toute seule (sur les conseils de Goldman peut-être). Une aimable variation sur le principe des vases communicants.

 

Béatrice Coudière : Le Voleur d'Ange.

Venise. La pluie. Tout est prêt pour la cérémonie d'ouverture du Carnaval. Laura devait incarner Marie en effectuant du haut du Campanile le Vol de l'Ange. Julia est perdue, hagarde dans la foule, à moitié folle, recherchant sa sœur dans les ombres, sous les masques, dans les flaques d'eau.

 

Elisa M. Poggio : L'imbricorioniste.

Le monde a changé, n'est plus comme avant. Tout est soumis aux appréciations et les bulletins d'imbricorion sont des rapports émanant d'un ministère, détaillant tout ce qui compose la vie des individus. La narratrice vient de recevoir le sien. Dans le même temps elle observe le manège de son voisin, vérificateur, qui récupère toutes sortes d'objets, de détritus dans les poubelles pour reconfectionner des robots ménagers ou autres. Lui aussi a reçu son rapport, dans l'inévitable enveloppe jaune poussin.

 

Xavier-Marc Fleury : Les rescapés du Gigantik.

Au début du siècle dernier au sud de la pointe africaine. Un navire attaqué par une pieuvre géante a dérivé durant trois semaines et est sur le point de sombrer. Seuls vingt-cinq passagers peuvent être récupérés, dont des enfants et une femme qui affirme être l'épouse du consul chargé de représenter les Indes en Afrique du Sud. Le commandant Prétorius, responsable de la base invite la jeune personne à sa table puis se permet quelques privautés à son encontre. Un texte qui lorgne du côté de Lovecraft et de ses monstres.

 

Véronique Pingault : Bessie et Jessie.

Deux femmes, Bessie et Jessie sont à bord d'un véhicule qui emprunte le tunnel sous la Manche puis traverse l'Angleterre et se dirigent vers un loch écossais en effectuant quelques détours. Bessie est plus âgée que sa passagère, et c'est elle qui tient le crachoir. Car Jessie ne parle jamais même si Bessie répond à ses questions, ses doléances ou ses avis.

 

Eric Vial-Bonacci : Lloupa rouge.

Une sympathique et astucieuse variation sur Le Petit Chaperon Rouge.

 

Thierry Jandrok : Dette de sang.

Hiver 1943. Hôpital de Bucarest. Marcus Radu est infirmier, tout comme son collègue Dragomir. Ils travaillent dans un pavillon spécial dirigé par le professeur Ionescu et sa femme Andreaa, neuroanatomiste de renom. Des cadavre étêtés traversent les couloirs sombres des souterrains qui communiquent avec le centre hospitalier tandis que des bocaux, disposés sur des étagères et emplis de formol, accueillent les têtes des défunts.

La science a ses exigences que les citoyens ordinaires ne peuvent comprendre.

 

Barbara Cordier : Scène de chasse ordinaire.

Disparu depuis plus d'un an et demi, le cadavre de monsieur de Cherval vient de réapparaître sous la forme d'abord d'une main découverte par un chien puis de reliquats d'os. Le narrateur assiste à l'inhumation. La famille lui précise bien que même étant proche de monsieur de Cherval, il n'aura rien ou presque. Tout gamin le narrateur aimait se rendre chez son vieil ami qui lui racontait des histoires et l'avait pris sous son aile tutélaire. Rien, il n'hérite de rien, sauf d'une tapisserie murale représentant une scène de chasse.

 

Suivent

 

Milora : Alice.

Pascal Malosse : La fuite.

NokomisM : Le collectionneur de plumes.

Kevin Kiffer : Mais quand vient le mot Fin ?

Olivier Jarrige : La dame du lac.

Anthony Boulanger : Sans terminus ?

Emilie Querbalec: Lisse, le cordon.

Alain Doré : Le chevrier.

Sarah Dunkel : Anguille.

Marie Latour : Le chat de Schrödinger.

Guillaume Suzanne : Cherchez l'Intrus.

Yves-Daniel Crouzet : Le chant de la harpie, le soir au fond des bois.

Dominique Lémuri : Externalisé.

 

En tout vingt-deux textes dont certains sont de véritables petites perles, à mon goût qui n'est pas forcément celui de tout le onde, chacun appréciant selon sa propre sensibilité. Des textes ardus, parfois un peu abscons pour ma pauvre petite cervelle de presque septuagénaire qui préfère l'action aux méandres psychologiques.

Nonobstant ce petit aparté, tous ces auteurs possèdent une plume, d'ailleurs nombreux ceux qui ne sont pas à leur coup d'essai, alliée à une imagination foisonnante, et je ne serai pas étonné de les retrouver dans quelques temps dans un programme plus ambitieux, un recueil de nouvelles à leur actif quoique ce soit un genre souvent délaissé par les lecteurs, ou un roman chez un éditeur exigeant, ce qui ne veut pas pour autant dire un éditeur parisien. Je pense à, outre Malpertuis bien évidemment, aux éditions Rivière Blanche ou encore Critic.

Malpertuis VI, anthologie dirigée par Thomas BAUDURET. Collection Brouillard. Editions Malpertuis. Parution 24 mai 2015. 260 pages. 16,00€.

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 15:14

Vous pouvez y entrer sans crainte,

il a été dépoussiéré !

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges.

Après avoir publié de nombreuses anthologies dans le domaine du roman policier, découvrant quelques auteurs qui ont eu les honneurs d'être édités dans de grandes collections par la suite, après avoir rédigé, seul ou en collaboration des essais et des études, dont Le vrai Visage du Masque et Les Métamorphoses de la Chouette, après avoir été chroniqueur au journal Le Monde dans la rubrique Science-fiction et Fantastique, rédigé de nombreuses préfaces ou présentations pour des volumes Omnibus, créé une revue Enigmatika, dans laquelle il signait des articles sous le pseudonyme d'Anne Matiquat, tout en étant animateur culturel à Reims créant le Festival du Roman et du Film Policiers puis Les Rencontres européennes puis internationales de la Télévision... et j'en oublie, il fallait bien que Maître Jacques Baudou s'attèle à l'écriture d'un roman, même s'il avait déjà tâté de l'écriture publiant par-ci par-là des nouvelles policières et de science-fiction.

Voilà qui est fait de charmante et pétillante façon, et nous ne le regretterons pas, de nombreuses références littéraires, qui vont de Victor Hugo à Paul Gilson, de Charles Nodier à Jean-Louis Foncine, de Lawrence Sterne à Joseph Peyré, d'Alfred Jarry à Yves Gibeau parsèment le roman et l'enquête de Jonathan, le héros encore une référence à Jonathan Carroll, auteur du Pays du fou rire...

 

Intéressons-nous maintenant à l'intrigue de ce roman qui prend pour décor la bonne cité royale de Reims, ville adoptive de Jacques Baudou.

Jonathan, enquêteur à la Société d'études et de recherches ésotériques et métapsychiques, est convoqué par son directeur pour résoudre deux affaires délicates dont le point d'ancrage se trouve à Reims et dans ses environs.

Tout d'abord, Aristide Forcier, correspondant de la Serem en Champagne, a envoyé un télégramme dont le contenu est pour le moins laconique et intriguant : Événements sidérants à Reims. Envoyez votre meilleur enquêteur. Forcier est connu pour sa fiabilité et n'adresserait pas de demande d'aide sur de simples rumeurs farfelues. Entre autres activités multiples, il édite un fanzine fortéen (de Charles Fort, écrivain américain dont le fond de commerce littéraire étaient les phénomènes paranormaux), l'Intermédiariste.

Et puisqu'il part pour Reims, Jonathan doit en profiter pour se renseigner sur la collection du docteur Octave Guelliot, un médecin puis chirurgien ayant vécu à Reims à partir de 1882, et éventuellement savoir ce qu'elle est devenue. Histoire de faire coup double, cela rentabilise.

Une chambre est réservée dans un établissement rémois et Jonathan après un voyage ferroviaire au cours duquel il a pu découvrir la campagne champenoise, rejoint à pied son hôtel. Cela lui permet de prendre le pouls de la cité et d'assister, en passant devant le Manège, à un phénomène étrange dont il est le seul témoin. Une représentation du Wild West Show, le cirque créé par William Cody, alias Buffalo Bill, lors de sa tournée européenne. Bizarre.

Puis il contacte Forcier qui lui donne rendez-vous pour le lendemain. N'ayant rien de spécial à faire de sa soirée, il décide de dîner en ville mais auparavant il s'enquiert auprès du réceptionniste de lui indiquer quelle rue serait propice pour lui offrir la meilleure idée de Reims. Et c'est ainsi qu'il déambule (je vous épargne le trajet qui est indiqué dans l'ouvrage) et entend une voix rocailleuse vociférant La sphère est la forme des anges... Cette fois encore il est le seul témoin auditif de ces paroles sibyllines.

Le mieux est encore de se restaurer, et il entre dans un restaurant attiré par l'enseigne, El Diablo, restaurant mexicain. Le repas est excellent mais la serveuse est sublime avec sa mèche blanche. Et il se promet d'y retourner, aussi bien pour les plats que pour la jeune femme.

L'entretien qu'il a le lendemain avec Forcier est riche d'enseignements. De nombreuses personnes ont été les témoins d'un phénomène étrange, dont s'est fait l'écho le journal local : un Spring-heeled Jack aurait agressé quelques individus qui ne demandaient rien à personne, et dont l'origine est ancrée dans l'imaginaire victorien. Jack Talons-à-Ressort, en français, et dont vous pouvez vous faire une opinion visuelle ci-dessous.

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges.

 

La seconde apparition collective s'est déroulée près de la bibliothèque Carnegie. Une photo prouve que cette apparition fut réelle et non imaginaire. Un château, un burg romantique était imprimé dans le ciel, mais positionné à l'envers. Jonathan va être confronté à d'autres manifestations, auditives ou visuelles, et son enquête va le mener, en compagnie de Forcier jusqu'en forêt de Verzy, au milieu des faux, ou hêtres tortillards, des arbres difformes.

Le hêtre tortillard (Fagus sylvatica f. tortuosa) est notamment connu par les Faux de Verzy près de Reims.

Le hêtre tortillard (Fagus sylvatica f. tortuosa) est notamment connu par les Faux de Verzy près de Reims.

Cette enquête-aventure de Jonathan est prétexte à déambulations dans Reims et son voisinage, sorte de guide touristique à usage des curieux d'un héritage culturel, immobilier et littéraire.

C'est ainsi que l'œil (et même les deux) de Jonathan est attiré par la devanture d'une boutique qui expose, entre autres objets, des disques vinyles, des Vautours, des Lionceaux, des Pingouins, des groupes rocks français des années 1960.

Et ceux qui comme moi se rendaient tous les ans au Festival du roman et du film policiers se souviendront avec une nostalgie certaine de certains sites. D'ailleurs cette histoire est ancrée dans les années 1980, car le téléphone portable n'existait pas encore. Une époque où l'homme n'était pas encore asservi aux technologies nouvelles de la communication.

Roman fantastique à l'ancienne, dans lequel la violence est exclue, et c'est reposant, l'intrigue reposant sur des images et des manifestations auditives, avec cependant un thème qui est toujours d'actualité malgré les nombreuses déclinaisons qui en ont été faites.

Le crédo de Jonathan se résume ainsi :

Je suis enquêteur pour la Société d'études ésotériques et métapsychiques, une organisation plus sérieuse que sa dénomination pourrait le laisser supposer qui a pour but de démêler le vrai du faux, de trier les événements étranges ou d'apparence fantastique pour se concentrer sur ceux qui résistent aux explications rationnelles.

Je gage que nous retrouverons Jonathan dans d'autres aventures, du moins c'est ce que j'espère.

Pour tout savoir sur Jacques Baudou :

Jacques BAUDOU : Au grenier des sortilèges. Collection Noire N°80. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2015. 184 pages. 17,00€.

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 13:58

Bon anniversaire à Graham Masterton

né le 16 janvier 1946.

Graham MASTERTON : Le portrait du mal

Des cadavres, la police est amenée à en découvrir chaque jour.

Qu'il s'agisse de morts naturelles, de suicides, d'assassinés pour des raisons diverses.

Mais des cadavres dépourvus de leur épiderme, dépiautés littéralement comme des lapins, c'est tout de même plus rare, et, oserai-je dire, incongru.

Un tableau représentant douze personnages, dû à un peintre préraphaélite obscur et médiocre, conservé jalousement par un directeur de galerie de peintures et qui peu à peu se détériore (le tableau, pas le directeur !) est convoité par une femme mystérieuse. Quel peut-être le rapport entre ce tableau et ces cadavres dépiautés ?

 

Le portrait du mal de Masterton est une habile variation du fameux Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, en reprenant les thèmes principaux mais inversés.

Un roman ambitieux écrit de main de maître par un Graham Masterton au mieux de sa forme, dans lequel l'humour y est moins présent que dans certaines de ses productions, mais où, je cite François Truchaud son traducteur, mais où l'horreur y est beaucoup plus sérieuse, plus abominable.

Un tournant dans la carrière de Masterton qui n'est plus considéré par certains critiques comme le successeur de Stephen King, mais bien comme le rival en passe devenir le numéro Un de l'horreur fantastique.

Il faut avouer que dès les premières pages, le lecteur est happé par l'intrigue, englué dans une histoire haletante où les temps morts sont rares.

Chronique écrite en 1989 pour une émission radio.

Editions Pocket, collection Terreur. Parution septembre 1989. 478 pages.

Editions Pocket, collection Terreur. Parution septembre 1989. 478 pages.

Graham MASTERTON : Le portrait du mal (Family Portrait - 1985. Traduction de François Truchaud). Réédition Milady. Parution avril 2010. 475 pages. 7,00€. Version Kindle 5,99€.

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 13:54

Et ceux qui soupirent, râlent ?

Brice TARVEL : Ceux du soupirail.

Les précédentes aventures de Morgane et de Mamie Edwige, sans oublier Valentin qui serait jaloux si on l'oubliait, ont été relatées dans certains magazines et même sur des réseaux sociaux, ce qui est flatteur mais également perturbateur.

Ce qui oblige Morgane, mais elle s'y adonne volontiers, à lire de nombreux messages via son ordinateur, et y répondre, car elle est une jeune fille polie. Toutefois, alors que les vacances de Pâques se profilent, elle reçoit un appel au secours de la part de Noémie, une gamine habitant au Tréport. Enfin, ce n'est pas Noémie qui a écrit le message, mais une copine un peu plus âgée, petite précision qui ne nuit en rien à la compréhension de cette notule, au contraire.

Aussitôt mamie Edwige prépare le voyage qui va s'effectuer en train et en car, son véhicule ayant déclaré forfait pour cause de vieillesse. Ils s'installent à l'hôtel puis partent à l'assaut de la falaise, afin de rejoindre la demeure de Noémie. Trois cent soixante cinq marches, environ, à se coltiner, c'est bon pour l'équilibre pondéral, pour la circulation sanguine, surtout lorsque l'on peut emprunter le funiculaire.

Mais avant de continuer cette histoire et suivre dans leurs déambulations mamie Edwige et les deux adolescents, intéressons-nous quelque peu au texte en raccourci du message, afin de nous plonger dans l'atmosphère de ce roman.

Noémie a dix ans, elle a lu un magazine qui présentait mamie Edwige, a tout de suite été intéressée, ses parents ont disparu depuis quelques semaines et elle a été adopté par son oncle et sa tante, depuis elle vit dans une baraque baroque en haut de la falaise, laquelle falaise est creuse en partie et grouille de monstres. Elle n'invente rien, d'ailleurs elle en a aperçu quelques-uns par le soupirail placé au pied de la maison.

 

Il n'en fallait pas plus pour attiser la curiosité de mamie Edwige, et alors que nos trois héros s'approchent de la demeure, ils sont abordés par une gamine sortant d'une hutte et qui les attendait. Noémie, vous avez deviné n'est-ce pas. Ils entendent une voix accompagnée par un piano s'élever dans les airs. La tante Madeleine, épigone de la Castafiore, et l'oncle Jean qui s'adonnent à leur passion, et ce durant des heures tous les jours.

Munie d'un cylindre métallique, Noémie s'approche du soupirail et les trois compagnons médusés distinguent une espèce de tentacule nantie de ventouses s'infiltrer entre les barreaux. Leur conviction est faite. Ils quittent Noémie et lui promettent de revenir le lendemain afin de s'entretenir avec ses parents adoptifs.

Après une nuit réparatrice à l'hôtel du Homard capricieux, mamie Edwige, accompagnée de Morgane et de Valentin, frappe à la porte du couple d'artistes amateurs. Elle se présente comme recruteuse pour la télévision et affirme que leur prestation, dont elle a pu entendre un extrait, l'a tellement éblouie qu'elle veut leur proposer de participer à une émission. Des louanges qui ne laissent pas indifférents et Tante Madeleine les invite à entrer. Hélas. Installés dans un canapé, mamie Edwige, Morgane et Valentin, assistent à une scène étonnante puis au moment où ils ne s'y attendent pas se trouvent basculés dans une sorte de trappe, plongent dans un gouffre et se retrouvent dans une grotte. Ce qui leur permet de constater que Noémie avait raison. Cohabitent dans cette caverne une méduse géante, un Léviathan, des crabes immenses et autres gentilles bestioles qui ne demandent qu'à accueillir les trois spéléologues malgré eux. Le genre d'accueil que peut effectuer un ogre en apercevant des gamins perdus dans la forêt.

Heureusement une aimable sirène du nom de Fahil va les aider à se dépêtrer d'un piège mortel.

 

Evidement, le lecteur adulte ne peut s'empêcher en lisant cette histoire d'évoquer deux grands noms du domaine littéraire fantastique : Jean Ray bien sûr, mais ce n'est pas la première fois que Brice Tarvel s'inspire du maître et narrateur des aventures de Harry Dickson. L'autre nom n'est autre que Howard Phillips Lovecraft, lui aussi grand fantastiqueur amateur d'animaux issus d'une imagination débordante et torturée.

Ce bestiaire, qui n'est pas composé de monstres inconnus mais d'êtres hypertrophiés, permet à Brice Tarvel de laisser sa fantaisie créatrice s'exprimer librement, et de jouer avec les codes de la littérature soi-disant juvénile mais que les adultes aiment lire, en cachette ou non, afin de retrouver cette innocence et ce débordement dans la démesure qui peuplaient les romans de notre enfance, succédanés d'Alice au pays des Merveilles, de Prince Caspian, de Bilbo le Hobbit, avec un petit air du Club des cinq, pour ne citer que les classiques.

Mais si mamie Edwige est toujours égale à elle-même, on assiste à une mue de Valentin et surtout de Morgane. En effet l'adolescente est jalouse parce que Valentin, son ami de cœur et d'aventures, rencontre un peu trop souvent à son goût Aglaé, la fille du gérant de la supérette de Florac. Aglaé, qui malgré son prénom, n'est pas si belle que ça, possédant un nez plus long qu'un salsifis et qu'une de ses prunelles ne parait pas bien axée. Evidemment, lorsqu'on veut trouver des défauts à quelqu'un il n'est pas difficile d'en repérer quelques-uns. Pourtant Morgane sait qu'elle ne doit pas céder à la jalousie. Ce qui ne l'empêche nullement de lancer quelques piques à son ami qui n'est pas désossé.

 

Brice TARVEL : Ceux du soupirail. Série Morgane. Collection Brouillards. Editions Malpertuis. Parution novembre 2015. 120 pages. 10,00€.

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 16:14

Tu sais ma môme que j'suis morgane de toi...

Brice TARVEL : Le démon du grenier.

Parce que ses parents, qui travaillent à Paris pour une nouvelle chaîne de télévision, dont l'audience laisse à désirer, n'ont guère de temps à lui consacrer, Morgane a été confiée à sa grand-mère qui vit dans un coin reculé de la Lozère, près de Florac.

Mamie Edwige possède une réputation de sorcière, et il est vrai qu'une pièce de sa maison a été transformée en laboratoire, dans lequel éprouvettes, cornues, cristallisoirs et autres bibelots de chimiste avéré cohabitent en bonne intelligence, même si le nez de Morgane est parfois agressé par les émanations qui s'en dégagent. Mais il faut toutefois avouer que mamie Edwige possède un don, celui de chasser les fantômes, spectres, revenants, ectoplasmes et conjurer les sortilèges et qu'elle est très demandée. Seulement tout est scientifique affirme mamie Edwige, ne pratiquant la magie d'aucune sorte.

Parmi les élèves du collège de Mende où elle étudie, Morgane n'a guère d'amies. Evidemment avec un prénom pareil, il est bon de soupçonner qu'elle aussi s'adonne quelque peu à la sorcellerie et à la magie. Seul trouve grâce à ses yeux, Valentin, qu'elle aide à résoudre ses exercices de maths, ce qui leur permet de rester ensemble un peu plus longtemps. Au plus grand plaisir des deux adolescents qui ressentent l'un pour l'autre un sentiment plus fort que de l'amitié ou de l'affection.

Maintenant que les présentations sont faites, intéressons-nous à ce soir de fin novembre. Neuf heure vient de sonner au clocher de Florac, et aucune bonne odeur de soupe aux légumes chatouille les narines de Morgane qui commence sérieusement à avoir faim. Mamie Edwige a laissé passer l'heure du repas, absorbée par la préparation de sa nouvelle recette chimique : le goudron bleu.

C'est à ce moment que retentit la sonnette de la porte. Elles découvrent un petit bonhomme ventripotent, un gnome que Morgane catalogue tout de suite comme une incarnation de Quasimodo ou de Grincheux. Il s'agit du père Chassagnac, ferronnier d'art de son métier, fabricant de girouettes. Le bonhomme est tout tourneboulé. Alors qu'il travaillait à la pose d'une nouvelle girouette, il a aperçu sur le toit d'une vieille bâtisse voisine un oiseau énorme qui ressemble tout à la fois à un corbeau et à un toucan mais aux dimensions multipliées au moins par dix.

Décision est prise rapidement et sans tergiverser : Chassagnac est chargé de construire une énorme cage tandis que mamie Edwige, Morgane, bientôt rejointes par Valentin, se dirigent vers la chaumière et son impressionnant volatile. Seulement il leur faut prendre des précautions car des pierres de lune ont été utilisées pour l'édification de cette bâtisse. D'abord se méfier de l'oiseau, le Corcan comme le définit par contraction mamie Edwige, et dont les réactions peuvent être imprévisibles et peut-être mortifères. Ensuite cette maison qui recèle bien des dangers, mamie Edwige et ses petits accompagnateurs vont bientôt en subir les conséquences. Ils commencent à léviter, comme Mary Poppins, mais en vrai. Et Morgane aperçoit de grosses lucioles au travers des fourrés environnants. De même elle pense distinguer dans le grenier derrière un tas de vieilles bricoles, comme un fantôme dont le visage serait revêtu d'une cagoule de cuir.

 

Ce roman et les autres de la série Morgane, que j'espère pouvoir vous présenter bientôt, sont destinés à un lectorat allant de dix à cent-dix ans, des jeunes adolescents et aux plus vieux, ceux qui ont gardé leur âme d'enfant. Tout comme l'auteur d'ailleurs.

Conte de fée moderne, Le démon du grenier emprunte aux récits qui ont enchanté notre enfance, dans lesquels le surnaturel bon enfant prime, mais s'adapte au goût du jour. Les nouvelles technologies sont passées par là, et s'immisçant dans un scientifique merveilleux, ce sont les soi-disant progrès élaborés par le genre humain, celui qui est toujours à la recherche de transformations génétiques, qui sont mis en scène dans ce roman.

L'angoisse et l'humour malicieux sont les deux mamelles de cette histoire dont le propos est plus profond qu'il y parait. Ne serait-ce que, sans vouloir déflorer par trop l'intrigue, de respecter Dame Nature et éviter de mettre dans des structures spécialisées des personnes atteintes de différences physiques, de les rejeter.

 

Première édition : Atelier de Presse. Parution janvier 2008.

Première édition : Atelier de Presse. Parution janvier 2008.

Réédition : Editions des Lucioles : avril 2011.

Réédition : Editions des Lucioles : avril 2011.

Brice TARVEL : Le démon du grenier. Série Morgane. Editions Malpertuis. Collection Brouillards. Parution 28 novembre 2015. 118 pages. 10,00€.

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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 14:03

Comme tatouage, il y a mieux...

Florent MAROTTA : Le Visage de Satan.

Grâce aux cachets qu'il doit prendre régulièrement, Gino Paradio, qui avait sombré dans l'éthylisme, remonte tout doucement la pente.

Il rouvre son officine de détective privé, mais dans sa tête les événements vécus quelques mois auparavant tournent en boucle. La disparition de ses parents, de sa sœur. Il est installé dans son bureau, son esprit travaille à plein temps, lorsqu'il est dérangé par l'intrusion d'une femme.

Malgré l'injonction que l'officine n'est pas encore ouverte, elle se présente par cette phrase lapidaire :

Je m'appelle Sybille Pech et je pense que mon mari a été assassiné.

Pour une entrée en matière, c'en est une, surtout lorsqu'elle apporte d'autres précisions non négligeables.

Gino n'est pas intéressé par une enquête sur un homme, riche, ayant vendu l'entreprise familiale de produits chimiques et dont rien ne laisse supposé qu'il a succombé à un meurtre. Mais Sybille Pech est tenace et le lendemain, alors qu'il veut signifier par téléphone son désengagement dans une affaire pour laquelle il n'a pas encore signé, Sybille Pech l'informe qu'elle sait ce qui est arrivé à ses parents et où se terre Camarone. Plus la modique somme, pour Sybille, de cinquante mille euros, pour les frais.

Coup de massue pour Gino qui pensait pouvoir tout oublier et que le destin nommé Sybille remet sur le devant de la scène.

Ancien policier, Gino a gardé quelques accointances aussi il demande au légiste qui a procédé à l'examen du corps de Pech de lui fournir quelques renseignements. Le macchabée n'était pas gâté par la nature côté gonades et pénis (pour faire savant il avait un syndrome de dysgénésie testiculaire et un hypospadias) et a été victime d'un accident cardiaque.

Le détective se rend chez Sybille à Fontainebleau et demande à voir le défunt, prénommé Walter, auprès duquel deux personnes se recueillent. Deux jeunes de la région dont une gothique.

Tout comme Gino, Walter a été victime d'un carnage familial, une sœur et des parents morts et un frère disparu. Etrange ressemblance avec son propre parcours familial.

En visionnant la télé chez lui, il est captivé par un reportage macabre. Deux cadavres ont été découverts dans la nuit, l'un empalé sur les grilles devant une église, et une silhouette au sol les bras en croix. Une vidéo montre quatre jeunes surpris dans un local et la caméra, portée par le tueur, filme leur exécution sommaire. Puis c'est l'accrochage sur la grille du corps empalé, et enfin le dessin sur le trottoir d'un pentagramme à l'aide de ce qu'il semble être du sang. Une étoile, pointe en bas avec à l'intérieur un dessin, esquisse d'un visage.

Ce reportage n'est pas anodin pour Gino qui se souvient tout à coup que le bras droit de Walter porte le même tatouage, la représentation d'une étoile, pointe en bas, et cette figure qui pourrait être une tête de bouc.

Gino décide de se renseigner auprès d'Arthur, qui fut un ami et surtout son collègue au 36 Quai des Orfèvres. Mais les deux hommes sont en froid depuis la résolution d'une affaire à laquelle Gino a participé activement mais dont Arthur a glané tous les fruits.

 

Autant l'avouer tout de suite, l'ésotérisme et le satanisme ne m'attirent guère, aussi j'ai lu cette histoire sans vraiment vibrer, sans vraiment y participer. Par contre (et non en revanche comme disent les journalistes qui voient des batailles partout) les personnages, pas tous, sont émouvants.

J'ai surtout été conquis par l'écriture tout en finesse de Florent Marotta, et c'est l'un des rares romanciers à écrire il est vingt heure, sans S à heure. En effet, on dit il est vingt heure (la vingtième heure de la journée) et au bout de vingt heures (attente par exemple). Ce n'est pas grand chose mais cela démontre que Florent Marotta est respectueux de la langue française.

Le prénom de madame devenue veuve Pech n'a pas été choisi au hasard. En effet une Sybille, dans la mythologie grecque, était une prêtresse d'Apollon, douée du don de divination et de prophétie.

Un roman qui oscille entre roman noir (dans l'ancienne acception du terme et qu'on appelle aujourd'hui gothique) et thriller fantastique, qui ravira sans aucun doute les amoureux du genre.

Florent MAROTTA : Le Visage de Satan. Collection Le Tourbillon des mots. Taurnada éditions. Parution 7 décembre 2015. 384 pages. 11,99€.

Existe en version format Kindle 5,90€.

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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 14:10

Lorsque l'élève dépasse le maître !

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4.

Ni parodiste, ni pasticheur, ni imitateur, ni copieur, Brice Tarvel est avant tout un continuateur créateur de rêves.

Et son quatrième volume, composé de deux romans, consacré aux dossiers secrets du Sherlock Holmes américain, nous démontre que non seulement Harry Dickson n'est pas un héros démodé mais que de plus Tarvel possède un imaginaire digne de Jean Ray.

D'ailleurs Brice Tarvel ne peut en aucun cas être considéré comme un pasticheur de Jean Ray puisque le grand auteur de fantastique belge lui-même avait écrit les aventures de Harry Dickson en traduisant à l'origine des fascicules hollandais dus à la plume d'auteurs allemands anonymes, et les trouvant fort médiocres les avaient retravaillées ou réécrites en se fiant aux couvertures d'origine.

 

Au sommaire de cet ouvrage deux nouvelles aventures :

 

Le Polichinelle d'argile.

En galopin turbulent et indiscipliné, Victor prend plaisir à exterminer les insectes et à martyriser les chats et les chiens. Kitty, la jeune bonne d'enfant, a eu beau le mettre en garde, lui prédisant :

Un jour, un troll, un géant, te donnera un coup de talon comme tu le fais à la gent trotte-menu.

Un soir Kitty est agressée par un gnome à la face de terre cuite, un nez crochu, coiffé d'un bicorne rouge, une fraise entourant son cou et un pourpoint chamarré ne cachant ni son ventre proéminent ni sa gibbosité. Si elle parvient à se débarrasser du gnome, Victor, lui, est enlevé. Elle a juste le temps d'entendre un homme signifier à son acolyte, c'est bon, Punch, regagnons l'auto en vitesse, et d'apercevoir le véhicule s'enfonçant dans la nuit. Tucky, le fils du pharmacien et trop timide amoureux de Kitty, alerté, découvre sur la route une main d'argile.

D'autres gamins sont portés disparus, et la police nage dans la panade. Le superintendant Goodfield se confie à Harry Dickson qui est fort intéressé par cette affaire fort étrange dont il a entendu parler par des rumeurs. Un polichinelle serait en cause. Muni de la main d'argile il se rend chez un célèbre et éminent minérographe qui après analyse donne son verdict. La terre qui a servi à mouler cette main provient d'Australie, et plus précisément de Pinjarra. Dickson va d'autant plus s'impliquer dans cette enquête qu'un de ses informateurs en culotte courte est lui aussi kidnappé.

Cette recherche va le conduire dans un moulin, en compagnie de Tom Wills, son fidèle assistant, dont une légende dit qu'il abrite un trésor viking. Et Harry Dickson va passer de sales moments par la faute d'un homme en noir borgne passionné de pratiques magiques aborigènes.

Une histoire qui ne laisse pas de pierre.

 

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4.

La chambre effroyable.

Tout le monde aimerait vivre le plus longtemps possible, en bonne santé bien évidemment, mais quelles pourraient être les conséquences de cette immortalité ?

Un petit groupe de commerçants et de banquier ont imaginé annihiler la mort. Ils se sont regroupés et ont fondé le Cercle sombre, ou Dark Circle. Pour cela ils ont demandé à Asuman, un fakir hindou, de la capturer grâce à des manipulations dont seul il a le secret.

La consternation règne à Londres et plus particulièrement au 221b Baker Street. Mrs Crown, sa logeuse, Tom Wills, son fidèle assistant, le superintendant Goodfield, déplorent le décès accidentel de Harry Dickson, le célèbre détective.

Harry Dickson, alors qu'il poursuivait deux malfrats, a été percuté par un train. Voici pourquoi depuis deux jours il est allongé sur son lit mortuaire. Seulement à la grande stupeur des visiteurs venus à son chevet, il se réveille frais, prêt à repartir au combat.

Ce que n'avaient pas prévus les ravisseurs de la Camarde, c'est que s'ils détiennent Atropos, cela supposent quelques conséquences. Les humains ne meurent plus, de même que la faune dont les principaux représentants se trouvent être les rats qui commencent à pulluler.

Une histoire qui ne devrait pas vous faire mourir d'ennui.

 

En apocryphe talentueux, Brice Tarvel possède une double qualité. Outre un imaginaire que Jean Ray n'aurait pas renié, il puise dans le dictionnaire des mots obsolètes afin d'en truffer ses textes, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs.

Des vocables qui le plus souvent collent au plus près de ce qu'il décrit. Ainsi des joues rubescentes. Aujourd'hui, on ne se sert plus que de rutilant, lorsque l'on veut préciser l'état d'une voiture par exemple. Ne lit-on pas : Une voiture noire rutilante. Or l'adjectif rutilant veut dire d'un rouge éclatant. Le français se perd, ma bonne dame.

Bien d'autres mots sont ainsi remis au goût inimitable du français de bon aloi, et au lieu d'aller piocher comme les bobos (bourgeois bohêmes), ou les bonobos (bourgeois non bohêmes), dans la culture anglo-saxonne, nos romanciers devraient suivre la ligne éditoriale de Brice Tarvel, quitte à eux de s'instruire, et utiliser des mots qui ont été créés depuis des siècles pour en faire bon usage, tout en dégustant une tasse de thé dans laquelle gisent quelques effondrilles.

 

Et si vous souhaitez faire un peu plus ample connaissance avec Brice Tarvel et sa production, jetez-un petit coup d'œil sur les liens ci-dessous :

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 4. Collection Absinthes, éthers, opium. Editions Malpertuis. Parution décembre 2014. 130 pages. 11,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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