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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 09:31

L'épée et l'esprit...

Jean-Luc BIZIEN : Vent rouge. Katana 1.

Figés tels des statues, simples soldats, samouraïs et ninjas attendent l’ordre de fondre sur la forteresse qui se dresse fièrement dans la vallée. Le daimyo, le roi dragon, envoie un cavalier porter un message à Dame Kachiko, la femme de Thoshiro le maître des lieux et vassal du daimyo. La réponse, négative, ne se fait pas tarder alors l’attaque est lancée et s’ensuit un véritable massacre.

Quinze ans plus tard, Hatanaka, un ancien samouraï devenu un yamabushi (guerrier de la montagne) et le jeune Ichirô rodent dans la montagne. Ichirô est âgé de quinze ans et un élève assidu du vieil Hatanaka qui lui apprend le maniement du Katana, une arme blanche redoutable, ainsi que la sagesse. Il lui fait également quelques révélations sur sa naissance.

Lors de l’attaque de la forteresse par le daimyo, les parents d’Ichirô qui étaient les seigneurs du lieu, sont décédés et Hatanaka, l’un des rares survivants, s’est occupé du nouveau-né. Depuis ils voyagent dans les montagnes. Ichirô est effondré par cette nouvelle et il est décidé à se venger. Ils recueillent un jeune paysan, qui erre dans la nature, rejeté de son village à cause de sa couardise. Mais Buta (porc en japonais), s’il est pleutre, est une force de la nature et il porte à lui seul les ballots contenant les affaires des voyageurs. Lorsqu’ils arrivent devant la forteresse du daimyo, un recrutement de samouraïs est organisé. Ichirô, malgré les avis contraires d’Hatanaka, s’inscrit dans ce jeu du quitte ou double. Heureusement les premières passes d’arme s’effectuent à l’aide d’un Bokken, un sabre en bois, réplique du katana. Ôno, le jeune samouraï recruteur, un individu imbu de son pouvoir, qui affiche sa morgue et son mépris avec ostentation, décide de changer les règles du jeu. Dorénavant ce sera avec le katana que les combattants se départageront, le perdant restant définitivement sur le carreau. Les candidats se pressent moins, mais que ne ferait-on pas lorsqu’on est un rônin, un samouraï sans emploi ? Et pour faire bonne mesure Ôno défie Ichirô. Malgré sa science des armes Ichirô encaisse les coups, son adversaire jouant au chat et à la souris avec lui. Et bientôt l’issue fatale se profile…

Lorsqu’il sort de son étourdissement, Ichirô, affaibli par de nombreuses blessures se rend compte qu’il a été déposé sur le charnier composé des corps des combattants défunts. Hatanaka et Buta confectionnent une civière de fortune et sortent de l’enceinte malgré les soldats qui gardent la porte. L’étrange convoi se replie sur la montagne enneigée et se terre dans une grotte, jusqu’au jour où Ôno rejoint les trois membres. Il est en fuite car il a enfreint la loi en laissant la vie sauve à Ichirô et que des gardes en charge de l’entrée, et donc par la même occasion de la sortie, ont péri sous la colère de Hatanaka. Il craint le courroux du daimyo, ce qui n’est pas une idée en l’air mais une réalité. Le Shogun a fait appel à un ninja pour retrouver, et pourfendre, les fuyards.

Les pérégrinations de la petite troupe se poursuivent, et ils seront bientôt rejoints par un voleur et un ninja.

 

Ce roman semi-fantastique, truffé de combats acharnés, de retournements de situation, réserve bien des surprises dont l’épilogue qui appelle une suite et offre déjà une résolution de certains mystères. Situé dans un Japon médiéval, il est destiné à ceux que l’on pourrait appeler de jeunes adultes mais il ne leur est pas uniquement réservé.

Les lecteurs avides de sensations fortes, de fantastique pas trop appuyé, d’effets spéciaux dignes des films ou séries télévisées (genre Power rangers) aux arts martiaux japonais avec cascades réalisées par des ninjas n’ayant pas de problèmes de sciatiques et autres maladies articulaires, seront enthousiasmés par les prouesses des combattants et les nombreuses péripéties qui foisonnent dans ce roman. L’auteur habilement a préféré jouer sur les scènes d’action, reléguant une quelconque philosophie ennuyeuse au fond du placard.

Katana s’apparente donc à un roman d’aventures qui se lit avec une certaine jubilation. Si l’aspect nippon n’est pas appuyé, et les décors pouvant tout aussi bien être transposés au Tibet ou toute autre chaîne montagneuse, ce sont bien entendu les techniques de combat et les armes blanches utilisées ainsi que la présence de geishas qui situent le roman dans cette partie énigmatique du monde. Un divertissement qui ne s’encombre pas d’explications oiseuses. Cela fait du bien de temps à autres.

On n’apprend à dompter que les sentiments que l’on a éprouvés.

Première édition : Le pré aux clercs. Collection Pandore. Parution mai 2013. 336 pages.

Première édition : Le pré aux clercs. Collection Pandore. Parution mai 2013. 336 pages.

Jean-Luc BIZIEN : Vent rouge. Katana 1. Réédition Folio SF. Parution le 4 novembre 2016. 304 pages. 7,70€. Version numérique 7,49€.

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 10:34

Oui, c'est nous les fameux corsaires

Les rois redoutés de la mer

Jean-Marie PALACH : Sabre d'or. Les aventures de Loïc le corsaire.

Qui de nous n'a jamais vibré, lors de son enfance ou adolescence, aux exploits littéraires ou cinématographiques des corsaires et des pirates ?

Ce roman nous permet de retrouver les frissons qui n'étaient pas dus au froid durant les longues soirées journées d'hiver passées à lire. Le temps n'existait plus, nous recevions cachés sous la couette les embruns de plein fouet, nous nous lancions conquérants à l'abordage, nous vibrions au cliquetis des armes blanches, au tonnerre des canons, aux cris des combattants, aux plaintes de douleur des blessés...

Longtemps j'ai confondu corsaires, pirates, boucaniers et flibustiers. Les corsaires avaient un ordre de mission du roi et devaient combattre l'ennemi, et apporter au royaume or et denrées rares. Les pirates étaient les brigands des mers et travaillaient pour leur propre compte. Ceci précisé, intéressons-nous maintenant à Loïc, le jeune héros de cette histoire qui, je l'espère, en vivra d'autres.

En l'an de grâce 1711, deux navires de l'escadre de René Duguay-Trouin, le célèbre corsaire du roi Louis XIV, s'apprêtent à mouiller dans le port de Saint-Malo de l'Isle. Loïc, quinze ans, beau, blond comme les blés avant la moisson, et déjà bien charpenté, sert les marins dans la taverne tenue par son oncle. Il n'a pas de père, tout au moins déclaré, et sa mère, après avoir vécu de belles années à la cour versaillaise, a connu la déchéance. Elle s'est prostituée et maintenant c'est une vieille femme qui végète dans un débarras attenant au café.

Avec ses camarades, dont il est devenu le chef naturel, malgré l'opposition des parents qui n'apprécient pas du tout que leurs gosses fréquentent un fils de putain, il veut s'approcher au plus des navires mais ils en sont empêchés par la soldatesque. Qu'importe, ils se dirigent dans les dunes malgré l'interdiction.

Un marin apparait, mal en point et s'effondre. Les adolescents s'enfuient sauf Loïc qui s'approche et soigne le malheureux qui lui souffle les consignes pour le requinquer. Seulement, le lendemain, alors qu'il vaque dans la taverne, le prévôt accompagné de gens d'arme, pénètre dans l'établissement et veut procéder à son arrestation pour avoir désobéi aux ordres. La belle marquise, ainsi fut surnommée la mère de Loïc, tente bien de s'interposer mais en vain et il leur est signifié par le prévôt qu'ils sont bannis de la cité et qu'ils doivent déguerpir au plus vite. Heureusement Duguay-Trouin, au même moment, s'introduit dans l'auberge, accompagné de quelques marins et de son second, Jean Doublet, qui n'est autre que l'homme rescapé par Loïc.

Les affaires s'arrangent et Loïc est embauché comme mousse sur L'Invincible. Son tuteur, Grand Timon, ne peut que se réjouir d'une telle recrue qui apprend vite, se montre même parfois trop entreprenant, brave, courageux, apprécié des autres marins.

L'escouade se dirige vers Rio de Janeiro, où les corsaires ont quelques comptes à régler avec les Portugais mais une tempête se profile à l'horizon. Pris dans la tourmente, les navires se trouvent éparpillés. Grâce à Loïc et à son initiative, malgré les objurgations de Grand Timon et du capitaine, L'invincible ne sombre pas.

Mais d'autres dangers guettent le navire. D'abord avec une frégate anglaise, puis une portugaise. Loïc, par sa bravoure et sa gentillesse est estimé. Il se fait un ami de Clément l'indiscret, mousse de son âge, toujours à l'affût de ragots qu'il colporte avec un malin plaisir. Seul le médecin-chirurgien du bord, Simon le barbier, un homme renfrogné, solitaire, reste pour lui une énigme. Et Loïc rencontrera sur sa route la jeune et belle Lisboète Amalia mais n'est-ce pas un danger de plus ?

Quoi qu'il soit, l'île de la Tortue est en vue mais elle semble déserte. 

 

Ce roman destiné aux jeunes de 9 à 99 ans, voire plus si affinités, me fait penser à ceux écrits à l'origine pour des adultes mais qui sont tombés dans le domaine juvénile justement de par leurs qualités.

L'île au trésor de Robert-Louis Stevenson, L'ancre de miséricorde de Pierre Mac Orlan, Les révoltés de la Bounty de James Norman Halle et Charles Nordhoff, même titre mais en nouvelle par Jules Verne, Le Mousse d'Hector Malot, voire Romain Kalbris du même auteur, Le galion d'or de Franck Crisp, et combien d'autres dont Capitaines courageux de Rudyard Kipling, Pêcheurs d'Islande de Pierre Loti, qui possèdent une parenté avec la mer et ses dangers, les corsaires, les voyages au long cours.

Naturellement ce roman possède ce qu'un jeune septuagénaire, lecteur compulsif, ce que d'aucun pourrait appeler des clichés. L'enfant orphelin de père, dont la mère fut une ancienne prostituée, le côté hasard heureux avec la rencontre inopinée d'un marin malade et que Loïc va soigner, le courage, la témérité même du mousse qui sabre en main se défend comme un beau diable et dont les prouesses magnifiées par les rayons du soleil se reflétent sur son arme, une action qui lui fournit son surnom, la touche romantique avec Amalia, et d'autres ingrédients dont le secret de Simon le barbier.

Mais tout ceci s'agence avec un entrain communicatif, une fougue liée à la jeunesse, un plaisir évident de la part de l'auteur de retrouver quelques belles pages engrangées issues de son enfance et de faire partager les émois et les émotions ressentis lors de ses lectures de jeunesse aux plus jeunes, et pourquoi pas aux plus anciens.

Jean-Marie PALACH : Sabre d'or. Les aventures de Loïc le corsaire. Editions du Volcan. Parution 14 novembre 2016. 176 pages. 12,00€.

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 08:59

C'était la bande aux Bonnot !

Pascal GARNIER : Laissez-nous nos Bonnot !

Ils ne sont pas méchants, les Bonnot, mais ils dérangent. Surtout le directeur du supermarché qui veut agrandir son parking, afin d'accueillir encore plus de chalands, et par voie de conséquence, engranger plus d'argent. Naturellement, cette dernière assertion, c'est moi qui l'affirme, mais ce n'est pas innocent, avouez-le.

Les Bonnot sont arrivés un beau jour, venant d'on ne sait d'où, dans une vieille fourgonnette déglinguée, et se sont installés sur le terrain vague à côté du supermarché. Il y a le père et la mère, et une tripotée d'enfants qui ont perdu leurs prénoms et ont été surnommés à cause de leurs particularités physiques évidentes. Ainsi la fratrie est composée de Bonnot-la-Morve, Bonnot-deux-fois (parce qu'il bégaie), Bonnot-Bossu, Bonnot-Boiteuse, Bonnot-Bigleuse...

Thomas, le narrateur, est copain avec Bonnot-Beau, le moins moche des frères et sœurs. Et ils se retrouvent souvent à pêcher ensemble dans un cours d'eau, qu'ils trouvent beau à cause des reflets irisés produits par l'essence qui y stagne. La pêche est souvent fructueuse en boites de conserves, un guidon de vélo, une botte caoutchouc et autres frivolités dispersées par des individus qui n'en avaient plus besoin. De toute façon, les Bonnot sont habitués à récolter ce genre de détritus car pour survivre ils récupèrent des objets en ferraille, en plastique, en carton, et il les revendent à des brocanteurs pour une poignée de dollars, je veux dire d'euros.

Tom, il préfère qu'on l'appelle ainsi car ça fait plus héros, est également copain avec quelques élèves de son école. Et lorsque Bonnot-Beau lui apprend que lui et sa famille vont déménager, le directeur du supermarché venant d'acquérir le terrain vague, il décide de les engager dans la défense des pauvres démunis. Ce sont encore des enfants qui ne pensent pas et ne réagissent pas comme des adultes. Aussi les propositions émanant de Carlos, Maxime, Nadège, Lucas fusent mais ne sont pas toujours adaptées, même s'ils empruntent les idées des grands. Ils s'enchainent aux chariots, brandissent des pancartes "Laisser nous nos Bonnot" (oui, je sais il y a une faute d'orthographe, mais ce n'est pas moi qui ai rédigé l'inscription), ce qui rend le directeur furieux, les chalands embêtés, et la police débouler. Un coup d'épée dans l'eau.

 

Ainsi lorsque Carlos émet l'idée de faire sauter le supermarché avec de la dynamite, Maxime lui rétorque que cela coûtait très cher et qu'on n'en vendait pas aux enfants qui n'étaient pas Corses !

Alors, Tom, qui est plein de ressources, déclare :

Faut faire une manif, comme celles qu'on voit à la télé, on s'enchaine au caddies et on refuse de bouger tant qu'il n'y aura pas eu d'accord avec le patronat.

Seulement il ne sait pas trop quoi répondre à la question qui lui est posée : C'est quoi le patronat ?

Il ne peut que répliquer : C'est des méchants.

Bon d'accord, c'est un peu abrupt comme répartie, mais pas tout à fait inexact. On ne le dira jamais assez la vérité sort de la bouche des enfants.

Amusant, ce roman, certes, mais donnant à réfléchir, et pas seulement qu'aux gamins, même s'il est destiné à une tranche d'âge de dix à douze ans.

 

Le thème du rejet d'une famille, voire plus, par des adultes pour des raisons diverses, incompatibilité d'humeur, racisme, sectarisme, ou ici pour des raisons strictement financières, a toujours été plus ou moins traité par Pascal Garnier dans ses romans pour adultes et adolescents.

Mais il ne le fait pas ici brutalement, en énonçant des faits, mais par la bande, avec humour, corrosif parfois. Il faudra un petit coup de pouce malicieux du destin pour que tout se débloque. Car il faut bien une morale positive dans un roman pour juvéniles. Dans la réalité, ce n'est pas toujours ce genre de morale qui prévaut.

Pascal Garnier, que ce soit pour les adultes ou les enfants, ne s'est jamais trompé de cible, et ses propos ont toujours été empreints de cet humanisme qui souvent fait défaut aux adultes, et principalement aux politiques, aux économistes, et aux financiers dont l'esprit obtus se limite au nombre de voix qu'ils peuvent récolter par leurs déclarations qui vont dans le sens du poil du plus grand nombre, ou qui privilégient le portefeuille de ceux qui en ont déjà assez.

 

Première édition Collection Pleine Lune. Editions Nathan Jeunesse. Parution 17 avril 2001. 88 pages.

Première édition Collection Pleine Lune. Editions Nathan Jeunesse. Parution 17 avril 2001. 88 pages.

Ce roman est disponible chez l'éditeur au prix de 0,80€ ! Voir ci-dessous :

Une sélection de romans de Pascal Garnier :

Pascal GARNIER : Laissez-nous nos Bonnot ! Réédition Editions Lire c'est Partir. Parution 2010. 96 pages. 0,80€.

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 14:23

Ne s'use que si l'on s'en sert ?

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons et la pile atomique.

Tout comme le monde en général change, grâce ou à cause des nouvelles technologies par exemple, les romans jeunesse d'aujourd'hui ne possèdent plus la même tonalité que ceux que nous pouvions lire il y a cinquante ans.

Le style et la façon de raconter, le sujet et le contenu diffèrent parfois profondément. Pour s'en rendre compte il suffit de lire deux ouvrages parus ou réédités récemment : Tu ne sais rien de l'amour de Mikaël Ollivier ou Luz de Marin Ledun, dont vous trouverez les liens en fin d'article, et qui s'adressent plus à des adultes qu'à des préadolescents et celui dont je vous propose la lecture aujourd'hui.

Il eut été impensable dans les années cinquante ou soixante de mettre en scène des adolescents, des deux sexes, de quatorze ans coucher dans la même chambre, le même lit et s'adonner au simulacre de la reproduction, ou s'adonner aux boissons alcoolisées.

Les héros de notre enfance étaient plus sages tout en vivant des aventures exaltantes. Mais surtout ils proposaient ce goût de l'aventure et de l'identification au(x) héros, sentiments que l'on ne ressent plus forcément avec les romans pour adolescents qui nous sont présentés de nos jours.

 

Ainsi dans Les six compagnons et la pile atomique, roman écrit par Paul-Jacques Bonzon, un instituteur né en 1908 dans la Manche, plus exactement à Sainte-Marie-du-Mont, village où s'est installé depuis quelques décennies Gilles Perrault. Après ses études à l'Ecole Normale de Saint-Lô et enseigné dans son département natal, Bonzon est muté dans la Drôme, ayant épousé une native de ce département, elle-même enseignante. Il termine sa carrière en 1961 se consacrant alors à son métier d'écrivain pour enfants.

Et c'est tout naturellement que Paul-Jacques Bonzon va prendre pour héros des gamins de douze et treize ans issus du quartier de La Croix-Rousse, ou comme Tidou, le personnage principal et narrateur, de la Drôme et plus exactement de Reillanette ou Reilhanette. Son père ayant trouvé un emploi dans la capitale des Gaules, Tidou a débarqué à Lyon et son premier contact avec cette ville est plutôt décevant. Mais il se fera des copains en la personne de Corget, chef incontesté de la bande, et de Mady, une jeune handicapée. Suivront un peu plus tard Gnafron, la Guille, Bistèque, le Tondu, des surnoms en référence à leur physique ou à la profession du père. Sans oublier Kafi, le chien de Tidou.

Au moment où débute cette histoire, le maître (on ne parlait pas encore de professeur des écoles, un barbarisme) donne le clap de fin. Les vacances vont pouvoir commencer et Tidou se réjouit d'aller à Reillanette, son village, et retrouver Mady, sa copine d'enfance. Mais pour Corget et les autres compagnons de la Croix-Rousse, comme ils ont été surnommés, commence une période d'ennui. Que faire durant ces semaines estivales de vacances scolaires ?

L'idée est simple. Et si tout le monde partait ensemble, sans oublier Kafi le chien, à Reillanette ? Aussitôt envisagée, l'idée est aussitôt approuvée. Les parents ayant accordé leur aval, il ne reste plus qu'à se préparer pour ce voyage long de deux-cent-cinquante kilomètres environ. La bande descendra le Rhône à bicyclette en trois étapes, et afin de ne pas fatiguer Kafi, il voyagera dans une carriole attachée à l'un des vélo. Seulement un imprévu se dresse devant eux. Trouver des vélos ne pose aucun problème, ceux des parents ou grands-parents seront réquisitionnés. Le problème, c'est La Guille. Il ne sait pas faire de vélo. Quelques exercices pourvoiront à son apprentissage et enfin le grand jour est arrivé.

Les deux premières journées se passent sans incident où presque. La Guille se retrouve parfois à terre, mais ce n'est pas grave. Et puis il faut compter avec les crevaisons également. La petite troupe repart, et les voici arrivés près de Marcoule, la nouvelle structure nucléaire. Ils couchent à la belle étoile mais au petit matin, Kafi a disparu. Ils attendent la levée du jour pour le rechercher. Ils battent les bois et ne le découvrent que quelques longues minutes plus tard. Il est blessé, mais ils ne parviennent pas à déterminer ce qui a pu provoquer cette blessure. Ils repartent et arrivent enfin à Reillanette où Mady les attend allongée dans sa chaise longue. Sa maladie l'oblige à rester le plus souvent couchée, mais elle profite du soleil, ce qui ne peut que lui faire du bien.

Tidou retrouve avec plaisir un copain d'enfance, Frigoulet. Ils vont dormir dans un vieux moulin délabré sur des meules de foin. Ils ne possèdent pas beaucoup d'argent et cela n'obèrera pas leur pécule. Et comme un vétérinaire coûte cher, Frigoulet leur enseigne l'adresse d'un rebouteux, un vieil homme amoureux des animaux qui découvre dans la plaie de Kafi une balle provenant d'un revolver.

Des campeurs, deux hommes et un enfant, se sont installés non loin du moulin, mais leurs déplacements intriguent Tidou et ses amis. D'autant que s'ils se déplacent souvent en voiture, c'est de nuit.

Les six compagnons vont faire un lien entre ces hommes, qui cachent des armes dans leur tente et un coffre énigmatique d'où s'échappe un tic-tac pouvant être celui d'une petite bombe à retardement, et la blessure de Kafi. Ils en parlent aux gendarmes qui ne croient pas à leurs assertions, et visiblement se moquent d'eux.

 

Première édition 1963.

Première édition 1963.

Un roman bien dans l'esprit de l'époque. Les préadolescents pouvaient en toute confiance de leurs parents, partir en vacances, sans que planent sur leurs têtes des menaces actuelles, disparitions, enlèvements, accidents de la circulation. D'ailleurs la circulation automobile était moindre. Les six compagnons prennent de petites routes pour atteindre leur but. Et cela fournit des indications sur l'état d'esprit, la mentalité, les mœurs d'une époque qui n'est pas si éloignée de nous.

Les gendarmes ! s'écrie Gnafron, ils ne nous écouteraient pas. Parce que nous portons des culottes courtes, personne ne nous croirait.

Il n'existe pas de leur part une peur du gendarme, mais une méfiance, et ils ont raison car effectivement les gendarmes dont ils sollicitent l'aide les prennent pour des affabulateurs.

 

Mais il est bon de savoir qu'à l'époque où est paru ce roman, 1963, la menace nucléaire n'était pas aussi prégnante qu'aujourd'hui. De nos jours il existe les pro-nucléaires pour des raisons principalement économiques et financières, et les antinucléaires qui songent aux conséquences désastreuses éventuelles.

Tout en cassant la croûte, nous parlons de Marcoule. Le mot "atomique" nous impressionne terriblement. Mais nous sommes trop fatigués, bientôt nous ne pensons plus qu'à dormir.

Cette mystérieuse usine est un peu au cœur de l'intrigue, et des agrandissements, des aménagements sont réalisés. Mais le danger qu'elle représente est vaguement évoqué, tandis que de nos jours elle en serait presque le personnage principal.

 

Alors même si certains peuvent qualifier cette histoire de simplette, elle offre ce plaisir lié à l'enfance, où le plaisir de la lecture primait sur la télévision, les jeux vidéos. Evidemment il paraît que la lecture est un plaisir solitaire mais il est amusant de constater que dans la plupart de ces romans, les enfants connaissent des aventures épiques en bande. Bien sûr une certaine moralité se dégageait de ces romans prônant l'amitié et la solidarité, des valeurs qui devraient toujours exister.

De nos jours ce sont des faits de société qui nous sont imposés la plupart du temps, chômage, drogue, agressions sexuelles. Didier Daeninckx avait ouvert la brèche dans les années 1980 dans ses romans publiés chez Syros, entraînant de la part de certains chroniqueurs une réflexion de démagogie et de rejet, et depuis la plupart des romanciers pour juvéniles se sont emparés de ces thèmes. Il est bon d'en parler et de dénoncer certaines pratiques, mais il est bon également de laisser une part de rêve dans les romans pour enfants.

 

Réédition de 1990.

Réédition de 1990.

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons et la pile atomique. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. 190 pages. Réédition mars 1979.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 09:13

Je ne demande qu'à apprendre !

Mikaël OLLIVIER : Tu ne sais rien de l'amour.

Le chien noir est de retour. Après des années d'absence, il vient à nouveau de faire incursion dans l'esprit de Nicolas, sous forme de rêve, ou de cauchemar.

Neuf ans que Nicolas n'avait plus eu de nouvelles du chien noir. Alors, en plein milieu de la nuit, il se lève, boit un verre d'eau et remarque que son ordinateur n'a pas été éteint. Il a reçu un mail de sa mère. Enfin non, ils ont reçu chacun un mail, Malina et lui. Il le lira plus tard.

Malina est loin, à la Réunion, tandis que lui est à Strasbourg, interne dans un hôpital. Ils ont vingt cinq ans, ont été élevé ensemble, depuis leur prime enfance, mais les années ont passé, et justement le passé fait une incursion. Comme une cicatrice qui se réveille.

Nicolas décide de prendre l'air, de marcher au gré de son inspiration, laissant Hoshi, son vieux chien, qui n'est pas celui de ses cauchemars, dormir profondément.

Tout en marchant, il rumine ses années de jeunesse, ses parents, Malina, son copain Barthélémy. Il est près de quatre heure et une bonne odeur de pain chaud et de viennoiseries lui monte aux narines. Son père était boulanger, Nicolas aurait pu prendre la suite. Mais la farine a rongé la santé du père qui est mort il ya maintenant neuf ans, ou un peu plus.

Il rencontre incidemment une jeune femme qui promène son chien lequel vagabonde, la nuit pas besoin de laisse. Nicolas est surpris, il reconnait Juliette, la copine de son ex-amoureuse. C'était quand il étudiait à Paris. Mais la revoir à Strasbourg, changée physiquement en mieux comme si c'était possible, Nicolas en est ému. Cela ajouté à la peur qu'il a ressentie en voyant le chien débouler devant lui, favorise la conversation. Juliette qui veut devenir avocate, écoute volontiers Nicolas dans ses explications. Nicolas qui se confie comme une cocotte-minute dont on vient d'enlever le sifflet. Les réminiscences s'échappent comme la vapeur.

Né en banlieue parisienne, Nicolas a suivi ses parents lorsqu'ils ont décidé de s'installer près de Chartres. Sa mère avait une amie qui était agent immobilier et qui leur a trouvé un terrain à vendre. Ses parents ont racheté une boulangerie fréquentée par de nombreux chalands, seulement son père, un boulanger à l'ancienne qui avait l'amour du métier, n'était guère à la maison. Les relations entre le boulanger et son fils étaient quasi inexistantes. Ils ont fait la connaissance de Sandro qui venait de perdre sa femme dans un accident peu avant leur installation, veuf avec une gamine du même âge que Nicolas. Malina.

Malina et Nicolas sont devenus inséparables et la gamine dormait souvent chez Nicolas. Puis Sandro a trouvé quelqu'un avec qui partager sa vie, et la mère de Nicolas a proposé d'héberger Malina, de s'en occuper. Alors Nicolas et Malina ont fait chambre commune, l'aménagement du grenier qui était prévu tardant à se réaliser. Ils se retrouvaient tous les ans dans la même classe à l'école, ils jouaient en double au tennis, ils pratiquaient les mêmes jeux, la même affection, devenant presque des jumeaux. Un peu plus même. Un soir Malina rejoint Nicolas dans son lit, afin de pouvoir deviser ensemble sans faire de bruit. Puis les jeux interdits ont débuté, se sont amplifiés, améliorés.

Le père de Nicolas tombe malade, puis c'est la rémission, puis la rechute. Mais tout se déclenche un jour lorsque Nicolas, séchant l'école, aperçoit sa mère dans un restaurant de Chartres en compagnie d'un homme. Et leurs gestes ne sont pas ceux de copain-copine.

 

Le tournant dans la vie de Nicolas qui va enquêter sur cet inconnu, la recherche devenant une obsession. Et lui qui n'a jamais su dire non, se rebelle. Lui qui était docile, trop docile, acceptant tout, ne rechignant pas devant les décisions, se laissant faire et mener par le bout du nez, commence à regimber. D'abord il ne prendra pas la succession de son père mais deviendra médecin. Mais sa résistance ne va pas jusqu'à refuser l'idée de se fiancer avec Malina, idée émise par sa mère alors qu'ils n'ont que seize ans.

 

L'amour, toujours l'amour. Les amours enfantines qui attendrissent les adultes, les amours adolescentes qui peuvent évoluer dans un sens comme dans l'autre, les amours d'adultes qui peuvent vagabonder vers d'autres rivages, c'est ce que Mikaël Ollivier tente de percer et de décrire dans ce roman de la pudeur même si cela peut choquer certains puritains. Après tout il n'y a pas d'inceste entre deux enfants qui n'ont rien en commun comme héritage de macromolécule biologique.

Une histoire qui ravivera, par certains côtés uniquement, des épisodes de notre enfance, lorsque nous recherchions une amitié amoureuse, ne sachant trop où commençait l'une où s'arrêtait l'autre. Des rêves, des désirs, souvent inexprimés et parfois rapidement mis dans le classeur des souvenirs, à cause de changement de domicile ou tout simplement d'école.

Mikaël Ollivier touche à un sujet sensible avec cette amitié amoureuse entre Nicolas et Malina, amitié encouragée implicitement. Et si son propos ne s'arrêtait qu'à cet aspect de la vie de jeunes adolescents, le livre aurait déjà son charme et son intérêt. Mais il y a également la maladie du père qui vient jouer les trouble-fête et la relation de la mère avec un inconnu. Tout un enchainement qui débouche sur des révélations brutales.

On a tous besoin de rêves, pas forcément de les réaliser.

Mikaël OLLIVIER : Tu ne sais rien de l'amour. Editions Thierry Magnier. Parution 24 août 2016. 240 pages. 15,90€.

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 07:09

Mais pas sans frère...

Mikaël OLLIVIER : Frères de sang.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si trois policiers ne venaient pas à l’improviste troubler une soirée qui s’annonçait paisible.

Pour une fois la famille était réunie pour le dîner. Le père, neurochirurgien, la mère, directrice artistique dans une agence de publicité, et les deux garçons, Brice dix-neuf ans et Martin quatorze.

Alors l’intrusion de policiers sème la panique d’autant que Brice est emmené sans grandes explications et que sa chambre est fouillée. Ce n’est que trois jours plus tard que Martin apprendra pourquoi son frère est en garde à vue.

Brice serait l’auteur de cinq ou six meurtres. Il se serait débarrassé d’une première petite amie qui s’était moquée de lui dans la classe, d’un professeur qui l’aurait pris comme tête de turc, l’obligeant à redoubler, d’un condisciple qui lui aurait piqué une autre petite copine, etc.

Les policiers étayent leurs assertions sur des preuves supposées flagrantes : un bout de vêtement gisant près d’une victime, des traces de pas qui correspondent à celles de Brice, une caméra vidéo démontrant que Brice se serait introduit chez le prof, plus quelques autres indices.

Brice clame son innocence et Martin va se substituer aux policiers et plus particulièrement au capitaine Despart, un vieux de la vieille.

Malgré tout ce qui peut accabler son frère, Martin est convaincu qu’un piège s’est refermé sur Brice. Mais pourquoi et par qui ?

 

Publié pour la première fois en 2003 aux éditions J’ai Lu jeunesse, ce livre a été réédité à plusieurs reprises chez Thierry Magnier et un téléfilm en a été adapté par Stéphane Kappes avec dans les rôles principaux Olivier Loustau, Isabelle Renauld, Yvon Back, Sophie Mounicot, Clément Chebli, et diffusé le 21 octobre 2009.

A ne pas confondre avec le film de guerre homonyme qui lui est sorti en 2005.

N’étant pas un adepte de la télévision (je préfère lire) je me contenterai simplement d’écrire que le livre de Mikael Ollivier, outre le suspense qui tient en haleine le jeune lecteur (et pourquoi pas l’adulte), délivre le message suivant : il faut toujours avoir à l’esprit que tant que des preuves formelles n’ont pas été apportées, que tant que l’inculpé n’a pas avoué son forfait (ou même s’il le fait à cause de brutalités et d’harcèlement), il est présumé innocent.

Ce qui n’est pas toujours édicté par des personnages dont les fonctions politiques devraient les amener à plus de prudence dans leurs paroles et surtout que ces propos ne soient pas relayés par des médias friands de sensationnel.

Mais ce que l’on ne pourra jamais éviter ce sont les méchancetés, les malveillances, les agressions verbales, les harcèlements téléphoniques émanant de voisins qui connaissent toujours mieux que les autres les tenants et les aboutissants, sans oublier les rumeurs qui se propagent comme des sauterelles au dessus d’un champ.

Au lieu d’étudier en classe des classiques qui parfois n’intéressent aucunement les écoliers, voici un genre de romans qui pourrait, devrait, être expliqué, disséquer dans les écoles. Enfin dernière information, ce roman a reçu 8 prix, ce qui constitue au moins une reconnaissance.

Mikaël OLLIVIER : Frères de sang. Editions Thierry Magnier. Parution 13 avril 2006. 142 pages. 8,00€.

Version numérique : 5,99€.

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 13:59

Un Cassius Clay de province ?

Pierre PELOT : Le 16ème round.

Pour Renato, fils d’émigrés portugais, son emploi au super marché, rayon légumes et poissons, ce n’est peut-être pas la grande vie, mais au moins il travaille.

Il est heureux, à sa façon. Son passé ne plaide pas en sa faveur pourtant le gérant l’a embauché. Et avec sa petite amie, ce pourrait être pire. Bien sûr il y a parfois les petits coups de gueule avec Verchant, son chef de rayon, mais ça ne va jamais bien loin.

Début de semaine morose, mais tout finit par s’arranger. A la faveur d’un incident, Renato va faire la connaissance de Raymond Clay, un vieux boxeur. Celui-ci est installé dans une maison qui rappelle de mauvais souvenirs à Renato, mais le passé, c’est le passé.

Sauf que parfois il vous remonte à la surface. Juste au moment où l’on ne s’y attendait plus. Alors tout commence à aller de travers, et les gendarmes se mettent de la partie.

 

Comme dans la plupart des romans de Pierre Pelot, l’action se passe dans les Vosges.

Dans le vent, la pluie, le froid, la neige. Une histoire simple, avec des personnages simples.

Enfin, c’est ce que l’on croit car Pierre Pelot n’a pas son pareil pour planter le décor et construire une intrigue dans laquelle le suspense, l’angoisse, l’émotion tiennent les rôles principaux.

Un livre pour les enfants, à partir de 12 ans, mais que les plus grands liront avec plaisir, en cherchant bien.

 

Pierre PELOT : Le 16ème round. Editions La Farandole/Messidor. Parution septembre 1990. 182 pages.

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 14:34

Le testament en noir et blanc de Jan Thirion.

Jan THIRION : Les Lucioles.

Parti au Paradis des écrivains en mars de cette année, Jan Thirion n'aura pas eu le plaisir de découvrir les réactions de ses jeunes et moins jeunes lecteurs à propos de ce roman qui, on l'espère, restera du domaine de la parabole de la politique-fiction pour adolescents mais pas que.

La locution A lire d'urgence est devenue par trop galvaudée par des chroniqueurs qui ne peuvent étayer leur affirmation, par des journalistes qui ne se réfèrent qu'à la quatrième de couverture, par des écrivains payés pour voir leur nom apposé sur un bandeau, que je ne l'utilise jamais. Aussi je ne me renierai pas, mais je vous conseille toutefois fortement de lire ce roman avant les prochaines élections présidentielles car il s'agit d'un ouvrage édifiant.

 

Tyrone a treize ans, mais cela ne se voit pas. A la suite de la disparition de sa mère quand il était tout jeune, il a été électrochoqué et depuis il possède le physique d'un gamin de sept ans et est devenu sourd et muet. Pour tout le monde ou presque, sauf Biscoto son chien blanc à l'œil au bord noir, il n'entend plus et ne parle plus qu'avec la langue des signes.

Son père s'est remarié avec Chloé, et après un temps d'adaptation, Tyrone s'entend bien avec sa nouvelle maman. Chloé a amené dans ses bagages, outre Biscoto qui était tout jeune à l'époque, Edgar et Saskia, ses nouveaux frère et sœur plus âgés que lui. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes pour Tyrone et la famille Bradoux qui habitent Lanormale-les-Ponts, une petite ville traversée par la rivière du même nom.

Tyrone, qui comme je l'ai dit a treize ans mais en parait sept, va à l'école du Moulin, dans la classe de cours préparatoire. Il sait lire et écrire, et aime raconter des histoires. Enfin il se les raconte à lui-même et les partage avec Biscoto.

Lors de la kermesse gratuite organisée par des membres des Lucioles, un nouveau rassemblement, tout est organisé en faveur des noirs aux points blancs. Par exemple, à la pêche aux canards, il faut sortir du bassin les canards qui ne sont pas noirs aux points blancs. Et tout à l'avenant.

Jusqu'au jour où, à la télévision, il regarde en compagnie de ses parents, des reportages sur les Lucioles. Dans une ville dont il n'a pas retenu le nom, des camionnettes noires avec des points blancs distribuent des denrées alimentaires, des vêtements et des objets destinés aux bébés. Des personnages affables, aimables, souriants, affublés de brassards noirs aux points blancs et habillés de la même façon, distribuent des friandises et des livres vantant les mérites des Lucioles. Dans un autre reportage, ce sont des SDF qui sont secourus par des individus affublés de vêtements similaires. Selon papa et maman il s'agit d'une propagande destinée à influencer les électeurs pour un prochain vote destiné à élire un nouveau président.

Si papa et maman émettent des réserves, Edgar et Saskia sont subjugués par les Lucioles et bientôt s'embrigadent dans leurs rangs. Le système de racolage a bien fonctionné et un nouveau président est élu, le grand chef des Lucioles. C'est le début du changement. Imperceptible au départ, cela s'amplifie, et très rapidement.

Dans le parc, les interdictions se multiplient. Cela pourrait sembler logique, relever de la courtoisie, du savoir-vivre en société, mais trop c'est trop. Un musicien qui veut jouer de l'accordéon, peut être pour récolter quelques piécettes, est tabassé par des Lucioles tandis que Tyrone est sommé de donner son nom et adresse car Biscoto est en liberté.

Sur le marché, la pâtissière ne vend plus ses bons gâteaux. D'office il faut acheter des cubes noirs aux points blancs, il n'y a pas le choix. Si, celui de ne rien acheter. La petite épicerie tenue par une personne d'origine étrangère est fermée. Papa ne peut plus s'approvisionner en produits exotiques. L'échoppe est transformée en Bureau de la Transparence du Quartier. Des Lucioles s'introduisent dans les maisons, les appartements, et fouillent à la recherche de livres étrangers pour les confisquer. Les ouvrages seront brûlés en place publique.

C'est comme une chape de plomb qui s'abat sur la ville, sur le pays. Et c'est de mal en pis. Ceux qui émargent au rassemblement des Lucioles briment avec sadisme les opposants.

 

Ne croyez pas que Jan Thirion, même si ce roman est destiné aux lecteurs de 10 à 110 ans, a écrit une fable, une fiction qui ne pourrait pas s'inscrire dans une réalité. Juste pour mémoire, on pourrait citer dans les années 1990 les municipalités d'Orange, de Vitrolles, de Marignane, de Toulon, dont les maires nouvellement élus sur des listes d'un parti extrémiste, ont expurgé les bibliothèques municipales d'ouvrages censés être non conformes aux bonnes mœurs ou propager des idées néfastes (dont les romans policiers de Didier Daeninckx).

Jan Thirion s'empare donc d'un sujet sensible, de la montée en puissance d'un parti dit populaire ou populiste, qui progressivement sous des sourires fallacieux, sous des bonhommies de façade mais des discours énergiques, sème des relents d'obscurantisme, de racisme, d'exclusion.

Tyrone narre cette aventures, un peu naïvement, n'oublions pas qu'il n'a que treize ans rectifiés sept, d'après ce qu'il voit, ce qu'il entend (oui), ce qu'il ressent. Il ne comprend pas tout, contrairement à ses parents qui dès le début se sont méfiés mais n'ont rien pu faire. Quand à son frère et sa sœur, ils ont absorbé la doctrine qui leur a été inculquée par des artifices propres à ce phénomène de promesses d'un monde meilleur.

Le lecteur adulte s'étonnera peut-être de la façon inhabituelle dont a usé Jan Thirion pour écrire ce roman. Des phrases courtes, des perceptions, des images, mais pas de profondeur psychologique réservée habituellement aux adultes. Ce roman est raconté par un enfant, destiné aux enfants et aux plus grands, et la portée d'une écriture simple est plus efficace qu'un discours alambiqué, torturé, pétri de bons sentiments mais illisible car incompréhensible par tous. Evidement certaines voix vont s'élever, niant une réalité prochaine, une vision d'un pays sous le joug d'un parti, embrigadées qu'elles sont dans une sorte de populisme égoïste aux idées perverses.

Seuls les obtus, les bornés, les inconscients, ne comprendront pas le message qu'a voulu faire passer Jan Thirion qui nous laisse en héritage un roman fort, puissant, tout en finesse et dont l'épilogue ne peut que rassurer les lecteurs avisés, alors que, tout au long du récit, ceux-ci auront pu s'émouvoir, s'indigner, se révolter, ressentir des pulsions de rejets par les actes décrits avec une certaine forme de candeur, d'ingénuité par une narration supposée juvénile.

 

Jan THIRION : Les Lucioles. Editions Lajouanie. Parution le 22 avril 2016. 160 pages. 15,00€.

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 10:21

Et il y a de quoi !

Jean-Paul NOZIERE : Maman, j'ai peur.

Les vacances en compagnie des parents, très peu pour Grégoire. Il a assez suivi ses géniteurs durant leurs déplacements estivaux pour aspirer à un peu de liberté, d'air frais, même en ce chaud mois de juillet.

Seulement ce qu'il n'avait pas prévu dans sa petite tête d'adolescent de seize ans, c'est qu'il ne verra pas Julia comme il l'escomptait. Il se faisait une fête de la revoir et patatras, elle doit accompagner ses parents en Toscane. La tuile.

Alors, faut bien l'avouer, il commence à s'ennuyer ferme dans la petite station thermale de Boriro-les-Bains. Bien sûr il peut se rendre à Dijon, en compagnie de sa sœur qui est tout juste majeure et possède son permis de conduire, mais cela ne remplace pas la présence tant souhaitée de Julia. Il est tellement malheureux que lorsqu'il aperçoit Tintin, son ami âgé de vingt-deux ans en train de vaquer à des occupations qui lui sont chères, il préfère l'éviter.

Avant de suivre Grégoire jusque chez lui, et assister à un épisode qui va marquer ses vacances et sa vie, penchons-nous sur le cas de Tintin. Car le jeune homme est un cas. Vingt-deux ans, ancien gendarme, il n'aura effectué que six mois de présence chez les représentants des forces de l'ordre pour intempérance. Il soigne sa dipsomanie à Boriro-les-Bains, station thermale spécialisée dans toutes sortes d'affections et généralement réservée aux représentants du quatrième, voir cinquième âge. Et pour passer le temps, Tintin découpe dans les journaux nationaux et régionaux les articles consacrés aux faits-divers, articles qu'il collationne précieusement dans des classeurs.

Pendant ce temps, Grégoire est parvenu en vue de la maison de ses parents. Les vitres d'une fenêtre ont été brisées pourtant il ne règne aucun désordre dans les pièces du bas. A l'étage, dans la chambre de ses parents, s'étale un déballage de fringues, pis que dans un vide-grenier. Cela le laisse coi, et s'avançant il entrevoit une gamine tentant de se cacher derrière l'amas de vêtements.

Elle s'exprime dans un sabir dans lequel surnagent quelques mots de français. Elle a réalisé le désastre seule, a quatorze ans et s'appelle Anca Marcovic. Et elle profite d'un moment d'inattention de Grégoire pour s'enfuir.

Envolée, Julia. Enfouie dans les limbes de la mémoire, Julia. Effacée d'un coup de gomme amoureux, Julia. Car oui, Grégoire est tombé amoureux de la petite voleuse. Il sait que ces filles sont des esclaves du vol, exploitées par des individus peu scrupuleux, en provenance de l'Est et plus particulièrement de Roumanie, mais il ne pensait pas que l'une d'elle se serait perdue dans la région. Et que les quatorze ans annoncés comportent sûrement quelques mois supplémentaires.

Il faut d'abord ranger les affaires dans les penderies, et constater qu'Anca, si elle se prénomme bien ainsi, n'a rien volé, n'en a pas eu le temps. Donc inutile de prévenir les gendarmes. Et les parents non plus, superflu de leur annoncer ce qu'il s'est déroulé durant leur absence et de gâcher leur voyage en Irlande.

Il convainc sa sœur Eloïse de l'aider dans sa démarche, c'est-à-dire de retrouver Anca, et demande de même à Tintin de l'aider. Un ancien gendarme, ça peut avoir des relations, même s'il n'a que six mois d'expérience et est sur la touche.

 

Une enquête qui peut s'avérer dangereuse, Grégoire et ses complices vont bientôt s'en apercevoir. Mais cela permet aussi à Grégoire de cerner le problème, le secret de Tintin. Quant à Eloïse, si elle accepte, elle veut toutefois garder une marge de manœuvre et de liberté afin de consacrer un peu de son temps à son petit copain. La vie privée doit être respectée, il n'y a pas de raison. Mais le principal est bien de retrouver Anca, de l'aider à s'affranchir de la tutelle d'individus qui profitent de certaines situations, ou les provoquent, afin de se constituer un magot conséquent sur les dos de gamins perdus affectivement et socialement.

 

Parallèlement à cette intrigue, nous suivons le parcours de Téréza Marcovic. Marcovic, c'est ce qu'elle doit dire aux policiers si elle se fait arrêter. Et tricher sur son âge également.

Téréza écrit son parcours, depuis sa naissance, ou ce qu'elle en sait, près de ses parents, de sa famille, comment elle a été amenée à quitter son village natal, Mitru au sud de la Roumanie, à venir en France dans la voiture d'un passeur, et ses différentes pérégrinations et mésaventures. Tout ça parce que sa famille croule sous les dettes d'usuriers qui méprisent les gitans, les tziganes, même dans leur propre pays.

 

Ancré dans un paysage social qui n'est pas sans rappeler un épisode qui s'est déroulé il y a quelques années dans le Sud de la France, le réseau Hamidovic pour ne pas le citer, Maman, j'ai peur s'adresse en principe aux adolescents. Mais il s'agit bien de montrer la réalité sous ses angles les plus noirs, tout en gardant cette part d'humanisme qui devrait toujours guider la vie de tout un chacun. Ne pas porter de jugements hâtifs, ne pas se laisser aller à des préjugés engendrés et colportés par des adultes qui eux-mêmes forgent leurs opinions sur des faits relatés sans véritable profondeur d'analyse, et souvent avec une bonne dose de suppositions non avérées.

Ce roman garde une grande part d'innocence propre aux enfants, aussi bien ceux qui sont les bannis de la vie que ceux qui n'ont rien à demander parce qu'ils ont tout, amour, tendresse et confort matériel. Une opposition entre deux mondes narrée avec pudeur par Jean-Paul Nozière qui explore avec justesse et force l'univers des enfants dans le monde pervers des adultes.

 

Jean-Paul NOZIERE : Maman, j'ai peur. Editions Thierry Magnier. Parution 10 février 2016. 272 pages. 14,50€ version papier. 10,99€ version numérique.

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 13:54

Hommage à Paul Gerrard, décédé le 19 janvier 1994.

Paul GERRARD : Le masque de verre.

La petite Nathalie ne se sentait pas à l'aise dans cette propriété immense gardée par deux grands dogues jaunes et blancs, deux molosses aux yeux roses.

Rien que de les voir, de les sentir tournicoter autour d'elle, lui coupait les jambes. Et quand on a les jambes coupées, on ne court pas vite, ce qui est vraiment dommage car deux malabars qui vous filent le train à longueur de journée avec comme idée fixe de goûter à vos mollets dodus, ce n'est guère rassurant.

Elle avait bien raison de se méfier Nathalie, qui malgré les mises en garde et objurgations de toutes sortes, s'est affolée.

Terminer sa destinée comme pâtée à chiens n'est pas une destinée rêvée et pourtant c'est ainsi que Nathalie va perdre la vie.

Ceux qui sont bien embêtés, ce sont les membres de la famille Hiricalde, car non seulement il va falloir trouver une remplaçante à la jeune fille sans que le voisinage se doute de quoi que ce soit, mais de plus l'odeur de l'argent, sous forme d'héritage commence à titiller agréablement leurs narines. Et les Hiricalde auraient bien besoin d'argent frais pour renflouer l'entreprise familiale.

 

L'univers décrit par Paul Gerrard dans ses romans est résolument noir, même si transparaissent parfois des pointes d'humour. Dans les années 1960, Paul Gerrard avait fait les beaux jours de la collection Un Mystère, mais les modes, les goûts changent, et Paul Gerrard était tombé dans un purgatoire qu'il ne méritait pas. Heureusement le directeur du Masque, collection qui dans les années 1980 était en pleine mutation, l'avait sorti des oubliettes ainsi que bien d'autres romanciers qui avaient marqué une génération de lecteurs.

En effet outre ses romans noirs pour adultes, Paul Gerrard avait adapté pour la jeunesse des ouvrages publiés dans des collections comme Rouge et Or au début des années 1950, des romans qui ont pour titre Le dernier des Mohicans, Les contes des Mille et une nuits ou encore Les Trois mousquetaires pour ne signaler que les plus célèbres, mais également sous le nom de Paul Berna écrit une petite trentaine de romans juvéniles dont le célèbre Cheval sans tête (Gd prix de littérature du salon de l'enfance 1955) qui a été réédité à moult reprises.

 

Réédition Le Masque Jaune N°2003. 1990.

Réédition Le Masque Jaune N°2003. 1990.

Paul GERRARD : Le masque de verre. Collection Un Mystère N°755. Editions des Presses de la Cité. Parution 1965. 192 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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