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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 14:23

Ne s'use que si l'on s'en sert ?

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons et la pile atomique.

Tout comme le monde en général change, grâce ou à cause des nouvelles technologies par exemple, les romans jeunesse d'aujourd'hui ne possèdent plus la même tonalité que ceux que nous pouvions lire il y a cinquante ans.

Le style et la façon de raconter, le sujet et le contenu diffèrent parfois profondément. Pour s'en rendre compte il suffit de lire deux ouvrages parus ou réédités récemment : Tu ne sais rien de l'amour de Mikaël Ollivier ou Luz de Marin Ledun, dont vous trouverez les liens en fin d'article, et qui s'adressent plus à des adultes qu'à des préadolescents et celui dont je vous propose la lecture aujourd'hui.

Il eut été impensable dans les années cinquante ou soixante de mettre en scène des adolescents, des deux sexes, de quatorze ans coucher dans la même chambre, le même lit et s'adonner au simulacre de la reproduction, ou s'adonner aux boissons alcoolisées.

Les héros de notre enfance étaient plus sages tout en vivant des aventures exaltantes. Mais surtout ils proposaient ce goût de l'aventure et de l'identification au(x) héros, sentiments que l'on ne ressent plus forcément avec les romans pour adolescents qui nous sont présentés de nos jours.

 

Ainsi dans Les six compagnons et la pile atomique, roman écrit par Paul-Jacques Bonzon, un instituteur né en 1908 dans la Manche, plus exactement à Sainte-Marie-du-Mont, village où s'est installé depuis quelques décennies Gilles Perrault. Après ses études à l'Ecole Normale de Saint-Lô et enseigné dans son département natal, Bonzon est muté dans la Drôme, ayant épousé une native de ce département, elle-même enseignante. Il termine sa carrière en 1961 se consacrant alors à son métier d'écrivain pour enfants.

Et c'est tout naturellement que Paul-Jacques Bonzon va prendre pour héros des gamins de douze et treize ans issus du quartier de La Croix-Rousse, ou comme Tidou, le personnage principal et narrateur, de la Drôme et plus exactement de Reillanette ou Reilhanette. Son père ayant trouvé un emploi dans la capitale des Gaules, Tidou a débarqué à Lyon et son premier contact avec cette ville est plutôt décevant. Mais il se fera des copains en la personne de Corget, chef incontesté de la bande, et de Mady, une jeune handicapée. Suivront un peu plus tard Gnafron, la Guille, Bistèque, le Tondu, des surnoms en référence à leur physique ou à la profession du père. Sans oublier Kafi, le chien de Tidou.

Au moment où débute cette histoire, le maître (on ne parlait pas encore de professeur des écoles, un barbarisme) donne le clap de fin. Les vacances vont pouvoir commencer et Tidou se réjouit d'aller à Reillanette, son village, et retrouver Mady, sa copine d'enfance. Mais pour Corget et les autres compagnons de la Croix-Rousse, comme ils ont été surnommés, commence une période d'ennui. Que faire durant ces semaines estivales de vacances scolaires ?

L'idée est simple. Et si tout le monde partait ensemble, sans oublier Kafi le chien, à Reillanette ? Aussitôt envisagée, l'idée est aussitôt approuvée. Les parents ayant accordé leur aval, il ne reste plus qu'à se préparer pour ce voyage long de deux-cent-cinquante kilomètres environ. La bande descendra le Rhône à bicyclette en trois étapes, et afin de ne pas fatiguer Kafi, il voyagera dans une carriole attachée à l'un des vélo. Seulement un imprévu se dresse devant eux. Trouver des vélos ne pose aucun problème, ceux des parents ou grands-parents seront réquisitionnés. Le problème, c'est La Guille. Il ne sait pas faire de vélo. Quelques exercices pourvoiront à son apprentissage et enfin le grand jour est arrivé.

Les deux premières journées se passent sans incident où presque. La Guille se retrouve parfois à terre, mais ce n'est pas grave. Et puis il faut compter avec les crevaisons également. La petite troupe repart, et les voici arrivés près de Marcoule, la nouvelle structure nucléaire. Ils couchent à la belle étoile mais au petit matin, Kafi a disparu. Ils attendent la levée du jour pour le rechercher. Ils battent les bois et ne le découvrent que quelques longues minutes plus tard. Il est blessé, mais ils ne parviennent pas à déterminer ce qui a pu provoquer cette blessure. Ils repartent et arrivent enfin à Reillanette où Mady les attend allongée dans sa chaise longue. Sa maladie l'oblige à rester le plus souvent couchée, mais elle profite du soleil, ce qui ne peut que lui faire du bien.

Tidou retrouve avec plaisir un copain d'enfance, Frigoulet. Ils vont dormir dans un vieux moulin délabré sur des meules de foin. Ils ne possèdent pas beaucoup d'argent et cela n'obèrera pas leur pécule. Et comme un vétérinaire coûte cher, Frigoulet leur enseigne l'adresse d'un rebouteux, un vieil homme amoureux des animaux qui découvre dans la plaie de Kafi une balle provenant d'un revolver.

Des campeurs, deux hommes et un enfant, se sont installés non loin du moulin, mais leurs déplacements intriguent Tidou et ses amis. D'autant que s'ils se déplacent souvent en voiture, c'est de nuit.

Les six compagnons vont faire un lien entre ces hommes, qui cachent des armes dans leur tente et un coffre énigmatique d'où s'échappe un tic-tac pouvant être celui d'une petite bombe à retardement, et la blessure de Kafi. Ils en parlent aux gendarmes qui ne croient pas à leurs assertions, et visiblement se moquent d'eux.

 

Première édition 1963.

Première édition 1963.

Un roman bien dans l'esprit de l'époque. Les préadolescents pouvaient en toute confiance de leurs parents, partir en vacances, sans que planent sur leurs têtes des menaces actuelles, disparitions, enlèvements, accidents de la circulation. D'ailleurs la circulation automobile était moindre. Les six compagnons prennent de petites routes pour atteindre leur but. Et cela fournit des indications sur l'état d'esprit, la mentalité, les mœurs d'une époque qui n'est pas si éloignée de nous.

Les gendarmes ! s'écrie Gnafron, ils ne nous écouteraient pas. Parce que nous portons des culottes courtes, personne ne nous croirait.

Il n'existe pas de leur part une peur du gendarme, mais une méfiance, et ils ont raison car effectivement les gendarmes dont ils sollicitent l'aide les prennent pour des affabulateurs.

 

Mais il est bon de savoir qu'à l'époque où est paru ce roman, 1963, la menace nucléaire n'était pas aussi prégnante qu'aujourd'hui. De nos jours il existe les pro-nucléaires pour des raisons principalement économiques et financières, et les antinucléaires qui songent aux conséquences désastreuses éventuelles.

Tout en cassant la croûte, nous parlons de Marcoule. Le mot "atomique" nous impressionne terriblement. Mais nous sommes trop fatigués, bientôt nous ne pensons plus qu'à dormir.

Cette mystérieuse usine est un peu au cœur de l'intrigue, et des agrandissements, des aménagements sont réalisés. Mais le danger qu'elle représente est vaguement évoqué, tandis que de nos jours elle en serait presque le personnage principal.

 

Alors même si certains peuvent qualifier cette histoire de simplette, elle offre ce plaisir lié à l'enfance, où le plaisir de la lecture primait sur la télévision, les jeux vidéos. Evidemment il paraît que la lecture est un plaisir solitaire mais il est amusant de constater que dans la plupart de ces romans, les enfants connaissent des aventures épiques en bande. Bien sûr une certaine moralité se dégageait de ces romans prônant l'amitié et la solidarité, des valeurs qui devraient toujours exister.

De nos jours ce sont des faits de société qui nous sont imposés la plupart du temps, chômage, drogue, agressions sexuelles. Didier Daeninckx avait ouvert la brèche dans les années 1980 dans ses romans publiés chez Syros, entraînant de la part de certains chroniqueurs une réflexion de démagogie et de rejet, et depuis la plupart des romanciers pour juvéniles se sont emparés de ces thèmes. Il est bon d'en parler et de dénoncer certaines pratiques, mais il est bon également de laisser une part de rêve dans les romans pour enfants.

 

Réédition de 1990.

Réédition de 1990.

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons et la pile atomique. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. 190 pages. Réédition mars 1979.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 09:13

Je ne demande qu'à apprendre !

Mikaël OLLIVIER : Tu ne sais rien de l'amour.

Le chien noir est de retour. Après des années d'absence, il vient à nouveau de faire incursion dans l'esprit de Nicolas, sous forme de rêve, ou de cauchemar.

Neuf ans que Nicolas n'avait plus eu de nouvelles du chien noir. Alors, en plein milieu de la nuit, il se lève, boit un verre d'eau et remarque que son ordinateur n'a pas été éteint. Il a reçu un mail de sa mère. Enfin non, ils ont reçu chacun un mail, Malina et lui. Il le lira plus tard.

Malina est loin, à la Réunion, tandis que lui est à Strasbourg, interne dans un hôpital. Ils ont vingt cinq ans, ont été élevé ensemble, depuis leur prime enfance, mais les années ont passé, et justement le passé fait une incursion. Comme une cicatrice qui se réveille.

Nicolas décide de prendre l'air, de marcher au gré de son inspiration, laissant Hoshi, son vieux chien, qui n'est pas celui de ses cauchemars, dormir profondément.

Tout en marchant, il rumine ses années de jeunesse, ses parents, Malina, son copain Barthélémy. Il est près de quatre heure et une bonne odeur de pain chaud et de viennoiseries lui monte aux narines. Son père était boulanger, Nicolas aurait pu prendre la suite. Mais la farine a rongé la santé du père qui est mort il ya maintenant neuf ans, ou un peu plus.

Il rencontre incidemment une jeune femme qui promène son chien lequel vagabonde, la nuit pas besoin de laisse. Nicolas est surpris, il reconnait Juliette, la copine de son ex-amoureuse. C'était quand il étudiait à Paris. Mais la revoir à Strasbourg, changée physiquement en mieux comme si c'était possible, Nicolas en est ému. Cela ajouté à la peur qu'il a ressentie en voyant le chien débouler devant lui, favorise la conversation. Juliette qui veut devenir avocate, écoute volontiers Nicolas dans ses explications. Nicolas qui se confie comme une cocotte-minute dont on vient d'enlever le sifflet. Les réminiscences s'échappent comme la vapeur.

Né en banlieue parisienne, Nicolas a suivi ses parents lorsqu'ils ont décidé de s'installer près de Chartres. Sa mère avait une amie qui était agent immobilier et qui leur a trouvé un terrain à vendre. Ses parents ont racheté une boulangerie fréquentée par de nombreux chalands, seulement son père, un boulanger à l'ancienne qui avait l'amour du métier, n'était guère à la maison. Les relations entre le boulanger et son fils étaient quasi inexistantes. Ils ont fait la connaissance de Sandro qui venait de perdre sa femme dans un accident peu avant leur installation, veuf avec une gamine du même âge que Nicolas. Malina.

Malina et Nicolas sont devenus inséparables et la gamine dormait souvent chez Nicolas. Puis Sandro a trouvé quelqu'un avec qui partager sa vie, et la mère de Nicolas a proposé d'héberger Malina, de s'en occuper. Alors Nicolas et Malina ont fait chambre commune, l'aménagement du grenier qui était prévu tardant à se réaliser. Ils se retrouvaient tous les ans dans la même classe à l'école, ils jouaient en double au tennis, ils pratiquaient les mêmes jeux, la même affection, devenant presque des jumeaux. Un peu plus même. Un soir Malina rejoint Nicolas dans son lit, afin de pouvoir deviser ensemble sans faire de bruit. Puis les jeux interdits ont débuté, se sont amplifiés, améliorés.

Le père de Nicolas tombe malade, puis c'est la rémission, puis la rechute. Mais tout se déclenche un jour lorsque Nicolas, séchant l'école, aperçoit sa mère dans un restaurant de Chartres en compagnie d'un homme. Et leurs gestes ne sont pas ceux de copain-copine.

 

Le tournant dans la vie de Nicolas qui va enquêter sur cet inconnu, la recherche devenant une obsession. Et lui qui n'a jamais su dire non, se rebelle. Lui qui était docile, trop docile, acceptant tout, ne rechignant pas devant les décisions, se laissant faire et mener par le bout du nez, commence à regimber. D'abord il ne prendra pas la succession de son père mais deviendra médecin. Mais sa résistance ne va pas jusqu'à refuser l'idée de se fiancer avec Malina, idée émise par sa mère alors qu'ils n'ont que seize ans.

 

L'amour, toujours l'amour. Les amours enfantines qui attendrissent les adultes, les amours adolescentes qui peuvent évoluer dans un sens comme dans l'autre, les amours d'adultes qui peuvent vagabonder vers d'autres rivages, c'est ce que Mikaël Ollivier tente de percer et de décrire dans ce roman de la pudeur même si cela peut choquer certains puritains. Après tout il n'y a pas d'inceste entre deux enfants qui n'ont rien en commun comme héritage de macromolécule biologique.

Une histoire qui ravivera, par certains côtés uniquement, des épisodes de notre enfance, lorsque nous recherchions une amitié amoureuse, ne sachant trop où commençait l'une où s'arrêtait l'autre. Des rêves, des désirs, souvent inexprimés et parfois rapidement mis dans le classeur des souvenirs, à cause de changement de domicile ou tout simplement d'école.

Mikaël Ollivier touche à un sujet sensible avec cette amitié amoureuse entre Nicolas et Malina, amitié encouragée implicitement. Et si son propos ne s'arrêtait qu'à cet aspect de la vie de jeunes adolescents, le livre aurait déjà son charme et son intérêt. Mais il y a également la maladie du père qui vient jouer les trouble-fête et la relation de la mère avec un inconnu. Tout un enchainement qui débouche sur des révélations brutales.

On a tous besoin de rêves, pas forcément de les réaliser.

Mikaël OLLIVIER : Tu ne sais rien de l'amour. Editions Thierry Magnier. Parution 24 août 2016. 240 pages. 15,90€.

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 07:09

Mais pas sans frère...

Mikaël OLLIVIER : Frères de sang.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si trois policiers ne venaient pas à l’improviste troubler une soirée qui s’annonçait paisible.

Pour une fois la famille était réunie pour le dîner. Le père, neurochirurgien, la mère, directrice artistique dans une agence de publicité, et les deux garçons, Brice dix-neuf ans et Martin quatorze.

Alors l’intrusion de policiers sème la panique d’autant que Brice est emmené sans grandes explications et que sa chambre est fouillée. Ce n’est que trois jours plus tard que Martin apprendra pourquoi son frère est en garde à vue.

Brice serait l’auteur de cinq ou six meurtres. Il se serait débarrassé d’une première petite amie qui s’était moquée de lui dans la classe, d’un professeur qui l’aurait pris comme tête de turc, l’obligeant à redoubler, d’un condisciple qui lui aurait piqué une autre petite copine, etc.

Les policiers étayent leurs assertions sur des preuves supposées flagrantes : un bout de vêtement gisant près d’une victime, des traces de pas qui correspondent à celles de Brice, une caméra vidéo démontrant que Brice se serait introduit chez le prof, plus quelques autres indices.

Brice clame son innocence et Martin va se substituer aux policiers et plus particulièrement au capitaine Despart, un vieux de la vieille.

Malgré tout ce qui peut accabler son frère, Martin est convaincu qu’un piège s’est refermé sur Brice. Mais pourquoi et par qui ?

 

Publié pour la première fois en 2003 aux éditions J’ai Lu jeunesse, ce livre a été réédité à plusieurs reprises chez Thierry Magnier et un téléfilm en a été adapté par Stéphane Kappes avec dans les rôles principaux Olivier Loustau, Isabelle Renauld, Yvon Back, Sophie Mounicot, Clément Chebli, et diffusé le 21 octobre 2009.

A ne pas confondre avec le film de guerre homonyme qui lui est sorti en 2005.

N’étant pas un adepte de la télévision (je préfère lire) je me contenterai simplement d’écrire que le livre de Mikael Ollivier, outre le suspense qui tient en haleine le jeune lecteur (et pourquoi pas l’adulte), délivre le message suivant : il faut toujours avoir à l’esprit que tant que des preuves formelles n’ont pas été apportées, que tant que l’inculpé n’a pas avoué son forfait (ou même s’il le fait à cause de brutalités et d’harcèlement), il est présumé innocent.

Ce qui n’est pas toujours édicté par des personnages dont les fonctions politiques devraient les amener à plus de prudence dans leurs paroles et surtout que ces propos ne soient pas relayés par des médias friands de sensationnel.

Mais ce que l’on ne pourra jamais éviter ce sont les méchancetés, les malveillances, les agressions verbales, les harcèlements téléphoniques émanant de voisins qui connaissent toujours mieux que les autres les tenants et les aboutissants, sans oublier les rumeurs qui se propagent comme des sauterelles au dessus d’un champ.

Au lieu d’étudier en classe des classiques qui parfois n’intéressent aucunement les écoliers, voici un genre de romans qui pourrait, devrait, être expliqué, disséquer dans les écoles. Enfin dernière information, ce roman a reçu 8 prix, ce qui constitue au moins une reconnaissance.

Mikaël OLLIVIER : Frères de sang. Editions Thierry Magnier. Parution 13 avril 2006. 142 pages. 8,00€.

Version numérique : 5,99€.

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 13:59

Un Cassius Clay de province ?

Pierre PELOT : Le 16ème round.

Pour Renato, fils d’émigrés portugais, son emploi au super marché, rayon légumes et poissons, ce n’est peut-être pas la grande vie, mais au moins il travaille.

Il est heureux, à sa façon. Son passé ne plaide pas en sa faveur pourtant le gérant l’a embauché. Et avec sa petite amie, ce pourrait être pire. Bien sûr il y a parfois les petits coups de gueule avec Verchant, son chef de rayon, mais ça ne va jamais bien loin.

Début de semaine morose, mais tout finit par s’arranger. A la faveur d’un incident, Renato va faire la connaissance de Raymond Clay, un vieux boxeur. Celui-ci est installé dans une maison qui rappelle de mauvais souvenirs à Renato, mais le passé, c’est le passé.

Sauf que parfois il vous remonte à la surface. Juste au moment où l’on ne s’y attendait plus. Alors tout commence à aller de travers, et les gendarmes se mettent de la partie.

 

Comme dans la plupart des romans de Pierre Pelot, l’action se passe dans les Vosges.

Dans le vent, la pluie, le froid, la neige. Une histoire simple, avec des personnages simples.

Enfin, c’est ce que l’on croit car Pierre Pelot n’a pas son pareil pour planter le décor et construire une intrigue dans laquelle le suspense, l’angoisse, l’émotion tiennent les rôles principaux.

Un livre pour les enfants, à partir de 12 ans, mais que les plus grands liront avec plaisir, en cherchant bien.

 

Pierre PELOT : Le 16ème round. Editions La Farandole/Messidor. Parution septembre 1990. 182 pages.

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 14:34

Le testament en noir et blanc de Jan Thirion.

Jan THIRION : Les Lucioles.

Parti au Paradis des écrivains en mars de cette année, Jan Thirion n'aura pas eu le plaisir de découvrir les réactions de ses jeunes et moins jeunes lecteurs à propos de ce roman qui, on l'espère, restera du domaine de la parabole de la politique-fiction pour adolescents mais pas que.

La locution A lire d'urgence est devenue par trop galvaudée par des chroniqueurs qui ne peuvent étayer leur affirmation, par des journalistes qui ne se réfèrent qu'à la quatrième de couverture, par des écrivains payés pour voir leur nom apposé sur un bandeau, que je ne l'utilise jamais. Aussi je ne me renierai pas, mais je vous conseille toutefois fortement de lire ce roman avant les prochaines élections présidentielles car il s'agit d'un ouvrage édifiant.

 

Tyrone a treize ans, mais cela ne se voit pas. A la suite de la disparition de sa mère quand il était tout jeune, il a été électrochoqué et depuis il possède le physique d'un gamin de sept ans et est devenu sourd et muet. Pour tout le monde ou presque, sauf Biscoto son chien blanc à l'œil au bord noir, il n'entend plus et ne parle plus qu'avec la langue des signes.

Son père s'est remarié avec Chloé, et après un temps d'adaptation, Tyrone s'entend bien avec sa nouvelle maman. Chloé a amené dans ses bagages, outre Biscoto qui était tout jeune à l'époque, Edgar et Saskia, ses nouveaux frère et sœur plus âgés que lui. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes pour Tyrone et la famille Bradoux qui habitent Lanormale-les-Ponts, une petite ville traversée par la rivière du même nom.

Tyrone, qui comme je l'ai dit a treize ans mais en parait sept, va à l'école du Moulin, dans la classe de cours préparatoire. Il sait lire et écrire, et aime raconter des histoires. Enfin il se les raconte à lui-même et les partage avec Biscoto.

Lors de la kermesse gratuite organisée par des membres des Lucioles, un nouveau rassemblement, tout est organisé en faveur des noirs aux points blancs. Par exemple, à la pêche aux canards, il faut sortir du bassin les canards qui ne sont pas noirs aux points blancs. Et tout à l'avenant.

Jusqu'au jour où, à la télévision, il regarde en compagnie de ses parents, des reportages sur les Lucioles. Dans une ville dont il n'a pas retenu le nom, des camionnettes noires avec des points blancs distribuent des denrées alimentaires, des vêtements et des objets destinés aux bébés. Des personnages affables, aimables, souriants, affublés de brassards noirs aux points blancs et habillés de la même façon, distribuent des friandises et des livres vantant les mérites des Lucioles. Dans un autre reportage, ce sont des SDF qui sont secourus par des individus affublés de vêtements similaires. Selon papa et maman il s'agit d'une propagande destinée à influencer les électeurs pour un prochain vote destiné à élire un nouveau président.

Si papa et maman émettent des réserves, Edgar et Saskia sont subjugués par les Lucioles et bientôt s'embrigadent dans leurs rangs. Le système de racolage a bien fonctionné et un nouveau président est élu, le grand chef des Lucioles. C'est le début du changement. Imperceptible au départ, cela s'amplifie, et très rapidement.

Dans le parc, les interdictions se multiplient. Cela pourrait sembler logique, relever de la courtoisie, du savoir-vivre en société, mais trop c'est trop. Un musicien qui veut jouer de l'accordéon, peut être pour récolter quelques piécettes, est tabassé par des Lucioles tandis que Tyrone est sommé de donner son nom et adresse car Biscoto est en liberté.

Sur le marché, la pâtissière ne vend plus ses bons gâteaux. D'office il faut acheter des cubes noirs aux points blancs, il n'y a pas le choix. Si, celui de ne rien acheter. La petite épicerie tenue par une personne d'origine étrangère est fermée. Papa ne peut plus s'approvisionner en produits exotiques. L'échoppe est transformée en Bureau de la Transparence du Quartier. Des Lucioles s'introduisent dans les maisons, les appartements, et fouillent à la recherche de livres étrangers pour les confisquer. Les ouvrages seront brûlés en place publique.

C'est comme une chape de plomb qui s'abat sur la ville, sur le pays. Et c'est de mal en pis. Ceux qui émargent au rassemblement des Lucioles briment avec sadisme les opposants.

 

Ne croyez pas que Jan Thirion, même si ce roman est destiné aux lecteurs de 10 à 110 ans, a écrit une fable, une fiction qui ne pourrait pas s'inscrire dans une réalité. Juste pour mémoire, on pourrait citer dans les années 1990 les municipalités d'Orange, de Vitrolles, de Marignane, de Toulon, dont les maires nouvellement élus sur des listes d'un parti extrémiste, ont expurgé les bibliothèques municipales d'ouvrages censés être non conformes aux bonnes mœurs ou propager des idées néfastes (dont les romans policiers de Didier Daeninckx).

Jan Thirion s'empare donc d'un sujet sensible, de la montée en puissance d'un parti dit populaire ou populiste, qui progressivement sous des sourires fallacieux, sous des bonhommies de façade mais des discours énergiques, sème des relents d'obscurantisme, de racisme, d'exclusion.

Tyrone narre cette aventures, un peu naïvement, n'oublions pas qu'il n'a que treize ans rectifiés sept, d'après ce qu'il voit, ce qu'il entend (oui), ce qu'il ressent. Il ne comprend pas tout, contrairement à ses parents qui dès le début se sont méfiés mais n'ont rien pu faire. Quand à son frère et sa sœur, ils ont absorbé la doctrine qui leur a été inculquée par des artifices propres à ce phénomène de promesses d'un monde meilleur.

Le lecteur adulte s'étonnera peut-être de la façon inhabituelle dont a usé Jan Thirion pour écrire ce roman. Des phrases courtes, des perceptions, des images, mais pas de profondeur psychologique réservée habituellement aux adultes. Ce roman est raconté par un enfant, destiné aux enfants et aux plus grands, et la portée d'une écriture simple est plus efficace qu'un discours alambiqué, torturé, pétri de bons sentiments mais illisible car incompréhensible par tous. Evidement certaines voix vont s'élever, niant une réalité prochaine, une vision d'un pays sous le joug d'un parti, embrigadées qu'elles sont dans une sorte de populisme égoïste aux idées perverses.

Seuls les obtus, les bornés, les inconscients, ne comprendront pas le message qu'a voulu faire passer Jan Thirion qui nous laisse en héritage un roman fort, puissant, tout en finesse et dont l'épilogue ne peut que rassurer les lecteurs avisés, alors que, tout au long du récit, ceux-ci auront pu s'émouvoir, s'indigner, se révolter, ressentir des pulsions de rejets par les actes décrits avec une certaine forme de candeur, d'ingénuité par une narration supposée juvénile.

 

Jan THIRION : Les Lucioles. Editions Lajouanie. Parution le 22 avril 2016. 160 pages. 15,00€.

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 10:21

Et il y a de quoi !

Jean-Paul NOZIERE : Maman, j'ai peur.

Les vacances en compagnie des parents, très peu pour Grégoire. Il a assez suivi ses géniteurs durant leurs déplacements estivaux pour aspirer à un peu de liberté, d'air frais, même en ce chaud mois de juillet.

Seulement ce qu'il n'avait pas prévu dans sa petite tête d'adolescent de seize ans, c'est qu'il ne verra pas Julia comme il l'escomptait. Il se faisait une fête de la revoir et patatras, elle doit accompagner ses parents en Toscane. La tuile.

Alors, faut bien l'avouer, il commence à s'ennuyer ferme dans la petite station thermale de Boriro-les-Bains. Bien sûr il peut se rendre à Dijon, en compagnie de sa sœur qui est tout juste majeure et possède son permis de conduire, mais cela ne remplace pas la présence tant souhaitée de Julia. Il est tellement malheureux que lorsqu'il aperçoit Tintin, son ami âgé de vingt-deux ans en train de vaquer à des occupations qui lui sont chères, il préfère l'éviter.

Avant de suivre Grégoire jusque chez lui, et assister à un épisode qui va marquer ses vacances et sa vie, penchons-nous sur le cas de Tintin. Car le jeune homme est un cas. Vingt-deux ans, ancien gendarme, il n'aura effectué que six mois de présence chez les représentants des forces de l'ordre pour intempérance. Il soigne sa dipsomanie à Boriro-les-Bains, station thermale spécialisée dans toutes sortes d'affections et généralement réservée aux représentants du quatrième, voir cinquième âge. Et pour passer le temps, Tintin découpe dans les journaux nationaux et régionaux les articles consacrés aux faits-divers, articles qu'il collationne précieusement dans des classeurs.

Pendant ce temps, Grégoire est parvenu en vue de la maison de ses parents. Les vitres d'une fenêtre ont été brisées pourtant il ne règne aucun désordre dans les pièces du bas. A l'étage, dans la chambre de ses parents, s'étale un déballage de fringues, pis que dans un vide-grenier. Cela le laisse coi, et s'avançant il entrevoit une gamine tentant de se cacher derrière l'amas de vêtements.

Elle s'exprime dans un sabir dans lequel surnagent quelques mots de français. Elle a réalisé le désastre seule, a quatorze ans et s'appelle Anca Marcovic. Et elle profite d'un moment d'inattention de Grégoire pour s'enfuir.

Envolée, Julia. Enfouie dans les limbes de la mémoire, Julia. Effacée d'un coup de gomme amoureux, Julia. Car oui, Grégoire est tombé amoureux de la petite voleuse. Il sait que ces filles sont des esclaves du vol, exploitées par des individus peu scrupuleux, en provenance de l'Est et plus particulièrement de Roumanie, mais il ne pensait pas que l'une d'elle se serait perdue dans la région. Et que les quatorze ans annoncés comportent sûrement quelques mois supplémentaires.

Il faut d'abord ranger les affaires dans les penderies, et constater qu'Anca, si elle se prénomme bien ainsi, n'a rien volé, n'en a pas eu le temps. Donc inutile de prévenir les gendarmes. Et les parents non plus, superflu de leur annoncer ce qu'il s'est déroulé durant leur absence et de gâcher leur voyage en Irlande.

Il convainc sa sœur Eloïse de l'aider dans sa démarche, c'est-à-dire de retrouver Anca, et demande de même à Tintin de l'aider. Un ancien gendarme, ça peut avoir des relations, même s'il n'a que six mois d'expérience et est sur la touche.

 

Une enquête qui peut s'avérer dangereuse, Grégoire et ses complices vont bientôt s'en apercevoir. Mais cela permet aussi à Grégoire de cerner le problème, le secret de Tintin. Quant à Eloïse, si elle accepte, elle veut toutefois garder une marge de manœuvre et de liberté afin de consacrer un peu de son temps à son petit copain. La vie privée doit être respectée, il n'y a pas de raison. Mais le principal est bien de retrouver Anca, de l'aider à s'affranchir de la tutelle d'individus qui profitent de certaines situations, ou les provoquent, afin de se constituer un magot conséquent sur les dos de gamins perdus affectivement et socialement.

 

Parallèlement à cette intrigue, nous suivons le parcours de Téréza Marcovic. Marcovic, c'est ce qu'elle doit dire aux policiers si elle se fait arrêter. Et tricher sur son âge également.

Téréza écrit son parcours, depuis sa naissance, ou ce qu'elle en sait, près de ses parents, de sa famille, comment elle a été amenée à quitter son village natal, Mitru au sud de la Roumanie, à venir en France dans la voiture d'un passeur, et ses différentes pérégrinations et mésaventures. Tout ça parce que sa famille croule sous les dettes d'usuriers qui méprisent les gitans, les tziganes, même dans leur propre pays.

 

Ancré dans un paysage social qui n'est pas sans rappeler un épisode qui s'est déroulé il y a quelques années dans le Sud de la France, le réseau Hamidovic pour ne pas le citer, Maman, j'ai peur s'adresse en principe aux adolescents. Mais il s'agit bien de montrer la réalité sous ses angles les plus noirs, tout en gardant cette part d'humanisme qui devrait toujours guider la vie de tout un chacun. Ne pas porter de jugements hâtifs, ne pas se laisser aller à des préjugés engendrés et colportés par des adultes qui eux-mêmes forgent leurs opinions sur des faits relatés sans véritable profondeur d'analyse, et souvent avec une bonne dose de suppositions non avérées.

Ce roman garde une grande part d'innocence propre aux enfants, aussi bien ceux qui sont les bannis de la vie que ceux qui n'ont rien à demander parce qu'ils ont tout, amour, tendresse et confort matériel. Une opposition entre deux mondes narrée avec pudeur par Jean-Paul Nozière qui explore avec justesse et force l'univers des enfants dans le monde pervers des adultes.

 

Jean-Paul NOZIERE : Maman, j'ai peur. Editions Thierry Magnier. Parution 10 février 2016. 272 pages. 14,50€ version papier. 10,99€ version numérique.

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 13:54

Hommage à Paul Gerrard, décédé le 19 janvier 1994.

Paul GERRARD : Le masque de verre.

La petite Nathalie ne se sentait pas à l'aise dans cette propriété immense gardée par deux grands dogues jaunes et blancs, deux molosses aux yeux roses.

Rien que de les voir, de les sentir tournicoter autour d'elle, lui coupait les jambes. Et quand on a les jambes coupées, on ne court pas vite, ce qui est vraiment dommage car deux malabars qui vous filent le train à longueur de journée avec comme idée fixe de goûter à vos mollets dodus, ce n'est guère rassurant.

Elle avait bien raison de se méfier Nathalie, qui malgré les mises en garde et objurgations de toutes sortes, s'est affolée.

Terminer sa destinée comme pâtée à chiens n'est pas une destinée rêvée et pourtant c'est ainsi que Nathalie va perdre la vie.

Ceux qui sont bien embêtés, ce sont les membres de la famille Hiricalde, car non seulement il va falloir trouver une remplaçante à la jeune fille sans que le voisinage se doute de quoi que ce soit, mais de plus l'odeur de l'argent, sous forme d'héritage commence à titiller agréablement leurs narines. Et les Hiricalde auraient bien besoin d'argent frais pour renflouer l'entreprise familiale.

 

L'univers décrit par Paul Gerrard dans ses romans est résolument noir, même si transparaissent parfois des pointes d'humour. Dans les années 1960, Paul Gerrard avait fait les beaux jours de la collection Un Mystère, mais les modes, les goûts changent, et Paul Gerrard était tombé dans un purgatoire qu'il ne méritait pas. Heureusement le directeur du Masque, collection qui dans les années 1980 était en pleine mutation, l'avait sorti des oubliettes ainsi que bien d'autres romanciers qui avaient marqué une génération de lecteurs.

En effet outre ses romans noirs pour adultes, Paul Gerrard avait adapté pour la jeunesse des ouvrages publiés dans des collections comme Rouge et Or au début des années 1950, des romans qui ont pour titre Le dernier des Mohicans, Les contes des Mille et une nuits ou encore Les Trois mousquetaires pour ne signaler que les plus célèbres, mais également sous le nom de Paul Berna écrit une petite trentaine de romans juvéniles dont le célèbre Cheval sans tête (Gd prix de littérature du salon de l'enfance 1955) qui a été réédité à moult reprises.

 

Réédition Le Masque Jaune N°2003. 1990.

Réédition Le Masque Jaune N°2003. 1990.

Paul GERRARD : Le masque de verre. Collection Un Mystère N°755. Editions des Presses de la Cité. Parution 1965. 192 pages.

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 13:54

S'il est invisible, c'est quoi sa couleur ?

Pierre PELOT : La couleur de Dieu.

Même s'il savait ce qu'il allait découvrir, Dylan Stark ne peut s'empêcher d'éprouver une vive émotion en revenant au pays, à la ferme familiale. Ou ce qu'il en reste.

Il était parti, enrôlé malgré lui dans les rangs sudistes, et son retour à Jaspero, Arkansas, ne signifie pas les retrouvailles du fils prodigue. La ferme a été incendiée, ses parents sont décédés, et son jeune frère a disparu. Mais ce ne sont pas les soldats nordistes, même s'ils patrouillent encore dans la région, qui sont à l'origine de cette destruction.

Son arrivée à Jaspero ne passe pas inaperçue. Personne ne l'attend, lui ce fils de métis Cherokee, un Bois-Brûlé comme ont l'habitude de les surnommer les Sudistes ancrés dans un racisme primaire. Mais il sait qu'il doit accomplir une mission : retrouver ceux qui ont dénoncé ou massacré ses parents.

A Jaspero, l'instituteur Dashiell Manton songe. Depuis un mois il a accueilli un élève noir dans l'unique classe du village. Mais les habitants sont furieux et ont même décidés de retirer leurs gamins de l'école si Lincoln Sodom continue à fréquenter l'établissement. Le vieux Rakaël, son seul ami, lui apprend que Dylan est de retour. Manton est effondré et soupire. Dylan, l'ami et le condisciple lorsqu'ils étaient gamins.

Dylan se présente chez Manton, ne sachant où aller et pensant à juste titre qu'il y sera bien reçu. Il est étonné toutefois d'apprendre que son ami est marié, avec Lilith, celle qui partageait leurs jeux lorsqu'ils étaient gamins. Les seuls avec Rakaël qui se réjouissent de retrouver Dylan tout en ayant peur pour lui.

 

Car en ville, dans une pièce du saloon Beckett, des hommes, des scélérats discutent, surveillant l'arrivée de Dylan qui franchit la porte de l'école. Ils n'ont pas spécialement peur, quoi que l'un d'eux redoute ce retour. Il sait que Dylan va chercher à se venger. Les Stark ont été abattus par des guérilleros, la version officielle, mais les assassins ne sont pas venus uniquement pour le plaisir.

Le maire, Lovedown, suivi comme son ombre par le shérif, n'en a cure du retour de Dylan Stark. Pour l'heure, seule l'affaire Lincoln Sodom l'énerve, l'exaspère. Un Noir dans une école réservée aux Blancs, c'est inadmissible. D'ailleurs les parents n'osent plus envoyer leurs gamins étudier.

 

C'est dans ce contexte délétère sur fond de racisme que Dylan Stark va se battre, moralement et physiquement sur plusieurs fronts. Retrouver ceux qui sont à l'origine du meurtre de sa famille, mais également aider les parents du petit Lincoln. Le gamin ne comprend pas ce qui lui arrive, lui qui ne demande qu'à apprendre à lire et à compter.

Les habitants de Jaspero sont en majorité des racistes qui n'acceptent pas que les Noirs puissent jouir des mêmes avantages que les Blancs, si l'éducation peut être considéré comme un avantage. Et le maire, homme tout puissant du village, riche et méprisant, va devoir subir la colère de Dylan Stark. Mais celui-ci, de même que Rakaël, est confronté à la vindicte des scélérats et les coups de fouet, une arme dont le vieil homme s'est fait une spécialité, sont un moyen dérisoire pour se défendre contre les armes à feu.

 

En cette année 1865, la guerre de Sécession a cessé, c'est sûr, mais pour autant les mentalités n'ont pas changé. Au contraire, il semble que le racisme, l'acrimonie envers les Noirs, se sont renforcés avec la défaite devant les Nordistes. Et cent ans plus tard, lors de l'écriture du roman, Pierre Pelot ne racontait pas une histoire qui se terminait, mais bien qui se prolongeait et se prolonge encore à cause de l'imbécilité des hommes et de leur supposée prépondérance naturelle envers ceux qui ne sont pas de la même couleur de peau qu'eux. Pourtant, qui peut dire quelle est la couleur de peau de Dieu ?

Bizarrement, en lisant la description des paysages peints par Pierre Pelot, j'ai eu l'impression diffuse que l'auteur était assis devant sa fenêtre et s'inspirait du décor qu'il avait devant lui.

Ce roman est destiné pour tous, à partir de onze ans affirme l'éditeur. Je suis sceptique, même si l'intention est bonne. Je ne sais pas si à onze ans, on comprend toutes les subtilités, les messages que désirait faire passer Pierre Pelot. Il est vrai qu'en 1967 ou encore en 1980, le contexte n'était pas le même qu'aujourd'hui. Les enfants lisaient plus et n'étaient pas saturés par les jeux vidéos et les violences, et donc étaient plus réceptifs à ce genre de lecture. Mais ce n'est que mon avis, et je pencherai plutôt pour une lecture à partir de quatorze ans.

 

Merci à Serge, qui m'a offert ce livre et qui se reconnaîtra.

Première édition Marabout. 1967.

Première édition Marabout. 1967.

Réédition Lefrancq. 1997.

Réédition Lefrancq. 1997.

Réédition Le Navire en pleine ville. 2006.

Réédition Le Navire en pleine ville. 2006.

Réédition Bragelonne. Version numérique. Février 2014.

Réédition Bragelonne. Version numérique. Février 2014.

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 13:54

Et ceux qui soupirent, râlent ?

Brice TARVEL : Ceux du soupirail.

Les précédentes aventures de Morgane et de Mamie Edwige, sans oublier Valentin qui serait jaloux si on l'oubliait, ont été relatées dans certains magazines et même sur des réseaux sociaux, ce qui est flatteur mais également perturbateur.

Ce qui oblige Morgane, mais elle s'y adonne volontiers, à lire de nombreux messages via son ordinateur, et y répondre, car elle est une jeune fille polie. Toutefois, alors que les vacances de Pâques se profilent, elle reçoit un appel au secours de la part de Noémie, une gamine habitant au Tréport. Enfin, ce n'est pas Noémie qui a écrit le message, mais une copine un peu plus âgée, petite précision qui ne nuit en rien à la compréhension de cette notule, au contraire.

Aussitôt mamie Edwige prépare le voyage qui va s'effectuer en train et en car, son véhicule ayant déclaré forfait pour cause de vieillesse. Ils s'installent à l'hôtel puis partent à l'assaut de la falaise, afin de rejoindre la demeure de Noémie. Trois cent soixante cinq marches, environ, à se coltiner, c'est bon pour l'équilibre pondéral, pour la circulation sanguine, surtout lorsque l'on peut emprunter le funiculaire.

Mais avant de continuer cette histoire et suivre dans leurs déambulations mamie Edwige et les deux adolescents, intéressons-nous quelque peu au texte en raccourci du message, afin de nous plonger dans l'atmosphère de ce roman.

Noémie a dix ans, elle a lu un magazine qui présentait mamie Edwige, a tout de suite été intéressée, ses parents ont disparu depuis quelques semaines et elle a été adopté par son oncle et sa tante, depuis elle vit dans une baraque baroque en haut de la falaise, laquelle falaise est creuse en partie et grouille de monstres. Elle n'invente rien, d'ailleurs elle en a aperçu quelques-uns par le soupirail placé au pied de la maison.

 

Il n'en fallait pas plus pour attiser la curiosité de mamie Edwige, et alors que nos trois héros s'approchent de la demeure, ils sont abordés par une gamine sortant d'une hutte et qui les attendait. Noémie, vous avez deviné n'est-ce pas. Ils entendent une voix accompagnée par un piano s'élever dans les airs. La tante Madeleine, épigone de la Castafiore, et l'oncle Jean qui s'adonnent à leur passion, et ce durant des heures tous les jours.

Munie d'un cylindre métallique, Noémie s'approche du soupirail et les trois compagnons médusés distinguent une espèce de tentacule nantie de ventouses s'infiltrer entre les barreaux. Leur conviction est faite. Ils quittent Noémie et lui promettent de revenir le lendemain afin de s'entretenir avec ses parents adoptifs.

Après une nuit réparatrice à l'hôtel du Homard capricieux, mamie Edwige, accompagnée de Morgane et de Valentin, frappe à la porte du couple d'artistes amateurs. Elle se présente comme recruteuse pour la télévision et affirme que leur prestation, dont elle a pu entendre un extrait, l'a tellement éblouie qu'elle veut leur proposer de participer à une émission. Des louanges qui ne laissent pas indifférents et Tante Madeleine les invite à entrer. Hélas. Installés dans un canapé, mamie Edwige, Morgane et Valentin, assistent à une scène étonnante puis au moment où ils ne s'y attendent pas se trouvent basculés dans une sorte de trappe, plongent dans un gouffre et se retrouvent dans une grotte. Ce qui leur permet de constater que Noémie avait raison. Cohabitent dans cette caverne une méduse géante, un Léviathan, des crabes immenses et autres gentilles bestioles qui ne demandent qu'à accueillir les trois spéléologues malgré eux. Le genre d'accueil que peut effectuer un ogre en apercevant des gamins perdus dans la forêt.

Heureusement une aimable sirène du nom de Fahil va les aider à se dépêtrer d'un piège mortel.

 

Evidement, le lecteur adulte ne peut s'empêcher en lisant cette histoire d'évoquer deux grands noms du domaine littéraire fantastique : Jean Ray bien sûr, mais ce n'est pas la première fois que Brice Tarvel s'inspire du maître et narrateur des aventures de Harry Dickson. L'autre nom n'est autre que Howard Phillips Lovecraft, lui aussi grand fantastiqueur amateur d'animaux issus d'une imagination débordante et torturée.

Ce bestiaire, qui n'est pas composé de monstres inconnus mais d'êtres hypertrophiés, permet à Brice Tarvel de laisser sa fantaisie créatrice s'exprimer librement, et de jouer avec les codes de la littérature soi-disant juvénile mais que les adultes aiment lire, en cachette ou non, afin de retrouver cette innocence et ce débordement dans la démesure qui peuplaient les romans de notre enfance, succédanés d'Alice au pays des Merveilles, de Prince Caspian, de Bilbo le Hobbit, avec un petit air du Club des cinq, pour ne citer que les classiques.

Mais si mamie Edwige est toujours égale à elle-même, on assiste à une mue de Valentin et surtout de Morgane. En effet l'adolescente est jalouse parce que Valentin, son ami de cœur et d'aventures, rencontre un peu trop souvent à son goût Aglaé, la fille du gérant de la supérette de Florac. Aglaé, qui malgré son prénom, n'est pas si belle que ça, possédant un nez plus long qu'un salsifis et qu'une de ses prunelles ne parait pas bien axée. Evidemment, lorsqu'on veut trouver des défauts à quelqu'un il n'est pas difficile d'en repérer quelques-uns. Pourtant Morgane sait qu'elle ne doit pas céder à la jalousie. Ce qui ne l'empêche nullement de lancer quelques piques à son ami qui n'est pas désossé.

 

Brice TARVEL : Ceux du soupirail. Série Morgane. Collection Brouillards. Editions Malpertuis. Parution novembre 2015. 120 pages. 10,00€.

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 16:14

Tu sais ma môme que j'suis morgane de toi...

Brice TARVEL : Le démon du grenier.

Parce que ses parents, qui travaillent à Paris pour une nouvelle chaîne de télévision, dont l'audience laisse à désirer, n'ont guère de temps à lui consacrer, Morgane a été confiée à sa grand-mère qui vit dans un coin reculé de la Lozère, près de Florac.

Mamie Edwige possède une réputation de sorcière, et il est vrai qu'une pièce de sa maison a été transformée en laboratoire, dans lequel éprouvettes, cornues, cristallisoirs et autres bibelots de chimiste avéré cohabitent en bonne intelligence, même si le nez de Morgane est parfois agressé par les émanations qui s'en dégagent. Mais il faut toutefois avouer que mamie Edwige possède un don, celui de chasser les fantômes, spectres, revenants, ectoplasmes et conjurer les sortilèges et qu'elle est très demandée. Seulement tout est scientifique affirme mamie Edwige, ne pratiquant la magie d'aucune sorte.

Parmi les élèves du collège de Mende où elle étudie, Morgane n'a guère d'amies. Evidemment avec un prénom pareil, il est bon de soupçonner qu'elle aussi s'adonne quelque peu à la sorcellerie et à la magie. Seul trouve grâce à ses yeux, Valentin, qu'elle aide à résoudre ses exercices de maths, ce qui leur permet de rester ensemble un peu plus longtemps. Au plus grand plaisir des deux adolescents qui ressentent l'un pour l'autre un sentiment plus fort que de l'amitié ou de l'affection.

Maintenant que les présentations sont faites, intéressons-nous à ce soir de fin novembre. Neuf heure vient de sonner au clocher de Florac, et aucune bonne odeur de soupe aux légumes chatouille les narines de Morgane qui commence sérieusement à avoir faim. Mamie Edwige a laissé passer l'heure du repas, absorbée par la préparation de sa nouvelle recette chimique : le goudron bleu.

C'est à ce moment que retentit la sonnette de la porte. Elles découvrent un petit bonhomme ventripotent, un gnome que Morgane catalogue tout de suite comme une incarnation de Quasimodo ou de Grincheux. Il s'agit du père Chassagnac, ferronnier d'art de son métier, fabricant de girouettes. Le bonhomme est tout tourneboulé. Alors qu'il travaillait à la pose d'une nouvelle girouette, il a aperçu sur le toit d'une vieille bâtisse voisine un oiseau énorme qui ressemble tout à la fois à un corbeau et à un toucan mais aux dimensions multipliées au moins par dix.

Décision est prise rapidement et sans tergiverser : Chassagnac est chargé de construire une énorme cage tandis que mamie Edwige, Morgane, bientôt rejointes par Valentin, se dirigent vers la chaumière et son impressionnant volatile. Seulement il leur faut prendre des précautions car des pierres de lune ont été utilisées pour l'édification de cette bâtisse. D'abord se méfier de l'oiseau, le Corcan comme le définit par contraction mamie Edwige, et dont les réactions peuvent être imprévisibles et peut-être mortifères. Ensuite cette maison qui recèle bien des dangers, mamie Edwige et ses petits accompagnateurs vont bientôt en subir les conséquences. Ils commencent à léviter, comme Mary Poppins, mais en vrai. Et Morgane aperçoit de grosses lucioles au travers des fourrés environnants. De même elle pense distinguer dans le grenier derrière un tas de vieilles bricoles, comme un fantôme dont le visage serait revêtu d'une cagoule de cuir.

 

Ce roman et les autres de la série Morgane, que j'espère pouvoir vous présenter bientôt, sont destinés à un lectorat allant de dix à cent-dix ans, des jeunes adolescents et aux plus vieux, ceux qui ont gardé leur âme d'enfant. Tout comme l'auteur d'ailleurs.

Conte de fée moderne, Le démon du grenier emprunte aux récits qui ont enchanté notre enfance, dans lesquels le surnaturel bon enfant prime, mais s'adapte au goût du jour. Les nouvelles technologies sont passées par là, et s'immisçant dans un scientifique merveilleux, ce sont les soi-disant progrès élaborés par le genre humain, celui qui est toujours à la recherche de transformations génétiques, qui sont mis en scène dans ce roman.

L'angoisse et l'humour malicieux sont les deux mamelles de cette histoire dont le propos est plus profond qu'il y parait. Ne serait-ce que, sans vouloir déflorer par trop l'intrigue, de respecter Dame Nature et éviter de mettre dans des structures spécialisées des personnes atteintes de différences physiques, de les rejeter.

 

Première édition : Atelier de Presse. Parution janvier 2008.

Première édition : Atelier de Presse. Parution janvier 2008.

Réédition : Editions des Lucioles : avril 2011.

Réédition : Editions des Lucioles : avril 2011.

Brice TARVEL : Le démon du grenier. Série Morgane. Editions Malpertuis. Collection Brouillards. Parution 28 novembre 2015. 118 pages. 10,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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