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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 17:04

 

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À l’occasion de la sortie de votre nouveau roman Mémoire morte aux éditions Asgard, il me semble qu’une petite conversation en toute décontraction s’impose. D’abord un petit tour d’horizon sur vos différentes activités. Vous avez été libraire, éditeur en créant les Éditions de l’Incertain, littérateur et plus spécifiquement romancier, lecteur-correcteur.

Votre parcours professionnel a toujours été axé sur le domaine du livre ?

Oui, presque. Déjà, la lecture était ma passion tout gamin, et elle m’a poussé à écrire très tôt, des poèmes, puis des nouvelles – mais bon, tous les auteurs vous disent ça. Puis, lors de ma vingtaine, après avoir travaillé un temps dans le spectacle, et publié mon premier roman à 24 ans, j’ai appris le travail de libraire, chez feue la librairie Fahrenheit 451, rue Linné, dans le 5e (tenue par Alain Heurtier), puis à la Terrasse de Gutenberg, dans le 12e (tenue elle, par Michèle Ferradou). J’ai ensuite créé ma propre librairie, avenue Ledru-Rollin, La Grande fenêtre (un petit hommage à Chandler), où je vendais des livres d’occasion – avec un gros département polar. C’est dans ce cadre que j’ai monté d’abord les éditions Le vent noir (avec la publication d’une plaquette de René Belletto, Le temps mort), puis les éditions L’Incertain… Mais j’ai aussi travaillé pour une coopérative d’achat de livres pour bibliothèques !


Passer de libraire à éditeur a été une démarche très usitée au xixe siècle et plus rarement de nos jours. Une opportunité ou un besoin de tenter autre chose ?

Oui, d’ailleurs, beaucoup d’éditeurs étaient libraires à l’époque… Le plus bel exemple de réussite de nos jours est Le dilettante. La librairie ne me suffisait plus, en fait, je commençais à m’y ennuyer, et l’édition m’attirait irrésistiblement. Une fois revendue ma librairie, je me suis consacré à cette activité.


Les éditions de l’Incertain ont publié des auteurs aujourd’hui reconnus. Mais cela n’a pas pour autant été un garant de longévité. Pourquoi ? Si vous avez une réponse bien évidemment.

Avec mon compère Grégoire Forbin, qui s’est joint à moi à ce moment-là, nous avons surtout eu la malchance de subir deux faillites de distributeurs qui ont anéanti tout notre travail en ne nous payant pas des mois et des mois de (très) bonnes ventes. Et comme nous n’avions pas de trésorerie… Mais je ne regrette rien. Le passé est le passé, il faut regarder devant.


portes-de-l-ombreOn vous retrouve comme directeur de collection au Fleuve Noir avec en charge la collection « Nuit Grave » qui s’adressait plus particulièrement à un lectorat jeune. On y retrouve quelques auteurs connus dont Sholby qui fut publié chez Méréal. Puis ailleurs.

C’est Natalie Beunat qui m’a fait rencontrer Christian Garraud, le directeur de Fleuve Noir à l’époque, et ce dernier m’a alors proposé la collection. C’était vraiment novateur : des livres courts avec des textes en forme de coups de poing, des auteurs venant de différents horizons, un petit prix public et des couvertures qui mettaient en avant de jeunes illustrateurs. Comme d’autres collections du Fleuve, elle s’est éteinte suite à une nouvelle orientation éditoriale de l’éditeur. Auparavant, je m’étais occupé de la collection « Tombeau », chez le Castor Astral, des hommages à des auteurs ou musiciens disparus (je veux en passant rendre hommage à Jean-Yves Reuzeau, l’éditeur constant de Thomas Transtromer, qui vient de récolter les fruits de son travail avec le Nobel de littérature décerné au Suédois). Après « Nuit grave », je me suis occupé de la « Bartavelle noire », publiant, je pense, de bons petits polars avec comme auteurs des Jean-Jacques Reboux, Olivier Mau, Sergueï Dounovetz, Jean-Pierre Andrevon…


Vous êtes maintenant lecteur-correcteur, un métier de l’ombre, indispensable de l’édition, mais qui tend à disparaître si l’on se réfère aux nombres de coquilles que les lecteurs déplorent dans bon nombre d’ouvrages. Les éditeurs se fient-ils plus au correcteur d’orthographe informatique qu’à l’œil humain ?

Cela fait une quinzaine d’années que je suis correcteur, un travail qui me passionne. Il est certain que la qualité intérieure des livres se dégrade d’année en année… Déjà, les petits éditeurs n’ont pas les moyens de se payer de correcteur – c’est compréhensible et bien entendu pardonnable… Mais qu’au moins, ces petits éditeurs aient quelques notions d’orthographe, de règles de typographie et de syntaxe, et corrigent eux-mêmes les livres qu’ils publient (tant pis si ce n’est pas parfait) ! Ce n’est malheureusement pas le cas. Le problème, c’est que n’importe qui peut s’improviser éditeur de nos jours… ce qui n’est pas compliqué, avec la PAO, et l’édition en ligne…


Vous êtes un littérateur, et plus particulièrement un romancier. À cause de vos multiples occupations, écrivez-vous en dilettante ?

Écrire a toujours été ma principale (pré)occupation, celle qui me donne le plus de joie. Mais il faut bien faire bouillir la marmite, alors, à moins d’être rentier comme Proust, ou vendeur de best-sellers comme Marc Lévy, il me faut travailler… J’écris donc, effectivement, lors de mes périodes de loisirs.


Si j’ai écrit que vous êtes un littérateur, c’est bien parce que vous touchez à tous les domaines de la littérature. En particulier vous avez écrit des ouvrages sur le football, notamment un almanach paru chez Méréal en 1997 avec la complicité de Jean-Yves Reuzeau. Un sport qui vous attire plus particulièrement ?

Oui, j’ai tout d’abord écrit de la littérature dite « blanche » (toutes ces étiquettestapie.jpg ne veulent rien dire)… Autrement, j’adore le football depuis tout gamin. Comme la plupart des gamins d’ailleurs, j’ai tapé dans un ballon et joué des matchs. Et je suis un grand fan de l’OM depuis l’âge de 15 ans. Écrire sur le football a été un grand plaisir ! Comme pour Tous fous de foot aussi, que j’ai publié chez L’Archipel, en 2006.


L’on se souvient du passage de Bernard Tapie dans les arcanes footballistiques, or, avec Emmanuel Loi, vous avez écrit en 1997 Pour ou contre Bernard Tapie ? (Le Castor Astral). Réécririez-vous ce livre aujourd’hui et prendriez-vous partie ?

Tapie était en prison à ce moment-là, et avec Emmanuel Loi, nous avons eu l’idée de ce petit pamphlet où nous proposions des arguments pour et contre le grand bateleur (il n’y avait pas Internet à l’époque et on s’échangeait les textes par fax !). Cela dit, au regard de ce qu’est devenu le personnage, je ne le réécrirais pas…


chat.jpgVous écrivez également des ouvrages pour les enfants, mais peu. Vous semblez plus attiré par les chats, animaux auxquels vous avez consacré plusieurs publications : Le chat et ses mystères, Almanach littéraire du chat, Sacré chat… En possédez-vous un, ou plusieurs, préférant les félidés à l’être humain ?

Je n’ai publié qu’un seul livre pour enfants Marie-Lulu la tortue, et c’était pour ma fille… Pour les chats, c’est une vieille passion. J’ai eu trois chats dans ma vie, un dans ma jeunesse, puis deux en même temps, durant près de 18 ans. Le chat est le compagnon par excellence de l’écrivain. Quand le dernier, Plume, est mort, j’ai eu un immense chagrin, heureusement atténué par la naissance de ma fille un mois auparavant… Cela dit, bien que Jean Cocteau ait écrit que « la supériorité des chats sur les chiens est qu’il n’existe pas de chat policier », je dois dire que j’ai une chienne westie depuis quatre ans (sur l’insistance de ma femme), que j’adore… Le chien a des qualités que le chat n’a pas, et vice versa. Donc, acte.


Entre Sombres héros paru en 2008 chez Atelier de presse, et les deux ouvrages parus coup sur coup cette année, Les portes de l’ombre aux éditions Coups de tête, et Mémoire morte chez Asgard, une certaine latence a eu lieu. Pourquoi ? Une forme d’inappétence pour l’écriture, un ras-le-bol, un manque d’inspiration ?

Non, pas du tout. Les deux romans sont importants en terme de nombre de signes, et il m’a donc fallu pas mal de temps pour les écrire, surtout que j’ai beaucoup de travail alimentaire par ailleurs. Et puis, je les ai réécrits plusieurs fois, j’ai essayé de les rendre les meilleurs possible. Ensuite, il y a les éditeurs idoines à trouver : cela devient de plus en plus difficile, même pour un auteur ayant pas mal publié…


Avez-vous un roman en préparation ?

Je suis déjà en train d’achever un livre qui paraîtra en avril 2012 chez Le Papillon rouge éditeur qui a pour titre Histoires vraies à Paris. 25 histoires donc de personnages connus ou méconnus de la capitale à travers l’Histoire. Je les ai traitées comme je l’aurais fait pour des nouvelles de fiction. Autrement, j’ai en effet démarré un nouveau roman noir (polar, thriller ?), je vais m’y mettre à fond très bientôt.


Aimeriez-vous retenter l’aventure de l’édition en fondant une nouvelle maison ?

Non, je ne pense pas, j’ai déjà donné ! Trop de contingences, d’angoisses, de soucis… Et puis ça empêche d’écrire !


Que pensez-vous du livre numérique ?

Quand j’étais libraire, j’avais des visiteurs fidèles avec qui j’avais nombre d’affinités, de longues discussions. Certains personnages du quartier venaient me consulter, c’était marrant, j’avais l’impression d’être plus qu’un libraire, une sorte de confesseur des fois – d’ailleurs certains sont devenus des amis, même très proches, que je vois encore aujourd’hui. Tout cela pour dire que si le livre numérique prend en Europe les dimensions qu’il a actuellement aux États-Unis, et même pire, j’ai bien peur que dans un proche/moyen avenir les trois quarts de nos librairies disparaissent : ce serait très grave. Cependant, je pense que les livres demeureront toujours, quoi qu’il advienne, car rien ne remplacera jamais un vrai livre, les gens aimant toucher le papier, le sentir, soupeser l’objet… Moi, j’ai toujours vécu entouré de bouquins, je ne me vois pas changer. Maintenant, mon dernier roman est en vente aussi en version numérique. On ne peut pas y couper… Wait and see.

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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