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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 17:02

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Ce n’est pas parce qu’il dormait que Carl Frot a rêvé. Il a perçu des craquements, des frôlements et il est persuadé que quelqu’un s’est introduit dans la maison. Guère rassuré, il se lève quand même et descend à la cuisine, à tâtons, glissant inopportunément sur un objet qui traînait. Il a le temps d’apercevoir une silhouette. Il chute lourdement, ce qui à pour conséquence de réveiller sa femme Diane. Il narre succinctement ce qui vient de lui arriver, dissimulant toutefois l’intrusion d’un personnage d’apparence frêle. Puis ils remontent se coucher et en profitent pour… mais ceci ne nous regarde pas. Ah si quand même, au cours des ébats, Carl a comme une vision, le visage de sa femme se déforme, prend une autre apparence.

Gérant d’une agence d’affacturage dans une cité portuaire, Carl doit le lendemain matin se rendre chez un client potentiel, directeur d’une cimenterie. Lorsqu’il arrive sur le lieu de son rendez-vous des policiers sont déjà en plein travail. Le cadavre, ou ce qu’il en reste, d’une jeune femme vient d’être découvert, à moitié déchiqueté par une machine. Le commissaire Franck Parisot est sur les dents. C’est le deuxième corps féminin ainsi retrouvé en trois semaines. La piste d’un serial killer n’est pas à négliger, d’autant qu’un individu nommé Antoine Merlin avait été soupçonné avant de s’évaporer dans la nature. Mais d’autres affaires attendent Franck Parisot, résolues plus ou moins dans la douleur, avec des cadavres à la clé.

La journée pour Carl non plus n’est pas terminée. Il retrouve coincé sous un balai d’essuie-glaces une feuille de papier sur laquelle est inscrite cette phrase énigmatique : MA VENGEANCE EST PERDUE S’IL IGNORE EN MOURANT QUE C’EST MOI QUI LE TUE. Dans le même temps Carl se sent épié, un regard qui lui vrille la nuque. Et alors que lui et Diane, laquelle vient de lui annoncer qu’elle est enceinte de deux mois, ce qui réjouit le couple, passent leurs temps à effectuer quelques emplettes en prévision de l’heureux événement, un individu s’est infiltré dans leur domicile. Les vêtements de Diane, du plus intime au plus épais, ont été lacérés, alors que le coffret à bijoux n’a pas attiré la convoitise de leur visiteur (visiteuse ?) indélicat. C’est le bouquet, et Carl détaille alors à Diane par le menu l’infiltration nocturne. Plus tard il reçoit à son bureau un petit colis contenant une poupée, vieillotte, amochée, cabossée, lacérée, l’expéditeur restant anonyme bien évidemment. Ils se décident à contacter le commissaire Franck Parisot.

Pendant ce temps Parisot et ses hommes ne sont pas restés inactifs. La piste gothique semble la seule probable. Les deux premières victimes étaient adeptes de ce mouvement tout comme Antoine Merlin, leur façon de vivre, de se vêtir, de décorer leurs chambres, de se connecter sur Internet le confirmant. Les deux premières à laquelle s’ajoute une troisième disparition. Une jeune fille dont le père est un peintre universellement reconnu. Parait-il. Et bien entendu le procureur s’attache à ses basques comme une colonie de morpions sur un pubis broussailleux.

Entre les affaires dont s’occupe Parisot et les tracas endurés par Carl Frot existe-t-il un lien ? Et si oui lequel ? Des éléments de réponse sont apportés à Parisot par Murielle, une psy qui travaille dans une clinique non loin de Gramont, ville dans laquelle se déroule cette histoire. Quant à Carl, il est aux quatre cents coups lorsqu’il apprend que Diane est à l’hôpital, accidentée après avoir été probablement poussée dans un escalator. Et que vient faire cette personne qui se surnomme Le Lémure dans cet imbroglio ?

Après la pluie qui se fait de plus en plus insistante, la tempête prend la relève et se conjuguent alors dans une sorte de cataclysme les quatre éléments : l’eau, l’air, la terre et le feu.

Un roman qui débute par des scènes d’action très puissantes qui s’enchainent les unes aux autres dans un rythme infernal jusqu’à l’épilogue où enfin le lecteur peut souffler. Tout comme chacun de nous, les protagonistes possèdent une fêlure, une fracture, ancienne ou récente, oubliée ou non, méconnue, qui influe sur leur vie quotidienne, leur moral, leurs agissements, parfois inconsciemment. L’auteur se permet quelquefois de digresser, mais sans appesantir le texte. Ainsi ces quelques lignes empreintes de bon sens, bon sens que ne possèdent pas toujours nos politiques, une réflexion pensée par Carl lors d’un incident dans un supermarché.

Il avait encore en tête ce qu’il avait lu il y avait quelque temps dans la presse, à savoir que le PDG du groupe qui détenait cette chaîne de supermarchés touchait un salaire colossal, des primes mirobolantes, sur les bénéfices et des stock-options honteuses, et qui, de surcroît, bien qu’il eut tout récemment été élevé en toute impunité au grade de chevalier de la Légion d’Honneur, résidait depuis deux ans à l’étranger, dans un ersatz de paradis fiscal, afin d’échapper au fisc.

Il ne me reste plus qu’à souhaiter que ce roman ne reste pas enfoui entre deux navets chez les libraires, mais mis en évidence et même recommandé par ceux-ci.

Vous pouvez également retrouver mon entretien avec Gilles Vidal

Gilles VIDAL : Mémoire morte. Collection Zone d’ombres ; éditions Asgard. 384 pages. 18€.

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commentaires

Le Papou 23/05/2012 23:32

Je ne connais pas cet auteur mais ton billet me tente donc je le note.

le Papou

Oncle Paul 24/05/2012 11:51



Et bientôt un article sur son nouveau livre. Un auteur peu prolixe mais très intéressant. D'ailleurs tout est dit ou presque dans son entretien.


Amicalement



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