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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 10:03

Mais qui sont ces cloportes qui clopinent ?

 

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En ce mois d'août les affaires marchent bien pour la DIJP (Direction Interdépartementale de la Police Judiciaire) de Lille. Trop bien même car la commissaire Emma Telier est débordée et n'a pas assez d'agents sous sa coupe pour tout régler. Elle se résigne à envoyer Etienne Lalouze, ancien agent administratif devenu lieutenant stagiaire et dont l'occupation principale et unique consiste en la rédaction des divers documents inhérents au bon fonctionnement du service.

Etienne Lalouze, à peine la cinquantaine, est un individu falot, introverti, hypocondriaque et qui se déplace dans un pot de yaourt sans permis. Son aversion pour les véhicules dits normaux provient que tout jeune, il avait vingt-cinq ans, il s'est planté avec son véhicule tuant du même coup sa passagère qui était également sa fiancée. Il ne peut qu'obéir, en apparence, à sa chef et il conduit donc le véhicule de fonction pour se rendre sur le lieu du drame. Mais aussitôt hors du vue d'Emma Telier, il récupère son engin personnel et arrive enfin chez la vieille dame qui a été retrouvée morte dans son appartement loué par une association caritative, la Fondation Insula.

Il est vrai que le tableau qui se présente à ses yeux est plutôt triste et indécent à regarder. Mathilde Hardelin, soixante-douze ans, est attifée comme une jeune première désirant attirer l'œil d'un producteur de cinéma. Selon les premières constatations elle aurait dansé avec ses escarpins sur la table, se serait emmêlé les pinceaux et tombée la tête la première au pied d'un évier. Le tableau n'est guère affriolant : Elle porte un déshabillé arachnéen - poncif habituel des littératures érotico-pornographiques - par dessus un soutien-gorge transparent qui laisse voir les aréoles fripées de ses seins que la rigidité cadavérique n'empêche pas d'être flasques comme de gros préservatifs usagés. Un petit détail attire l'attention du timide Lalouze. Du sexe de la défunte émerge une ficelle grisâtre et intrigante. Mais Lalouze ressent comme un manque sur cette dame, quelque chose qu'il ne parvient pas à définir.

khatchkar.jpgPendant ce temps Emma Telier est en compagnie de son adjoint Franck sur le lieu d'un autre drame. Deux individus circulant en moto ont arraché sur le parking d'une supérette le collier d'une vieille femme ainsi que son sac à main. Mais celle-ci tenait à son maigre bien, et entraînée sa tête a heurté une balise, son crâne ne résistant pas au choc. Ce n'est pas le premier incident de ce genre mais pour la première fois, la victime est décédée. D'après les premiers témoignages, le conducteur pourrait être une jeune femme quant à son passager il portait un blouson de cuir, ou simili, avec dans le dos une étrange croix, celle d'un khatchkar (à ne pas confondre avec quatre-quarts) ou croix arménienne, avec une aile au bout de chacune des deux branches horizontales.

Emma est la maman d'une petite Océane, qu'elle doit souvent donner en garde car son mari est un agent immobilier travaillant en Belgique et qui possède un pied-à-terre à Bruxelles. Et elle soupçonne Maxime, son conjoint, de différer ses retours à Lille afin de pouvoir batifoler à son aise avec une maîtresse. Mais heureusement son travail l'accapare, ce qui l'empêche de penser à autre chose, quoique dans ses rêves...

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Lalouze vit chez sa mère Lydia, artiste peintre. Son père était friand de lecture, et de pêche, et il avait aménagé en surplomb à l'étage une pièce en avancée et qui est devenue son refuge. Sa mère, elle, peint selon son inspiration, selon ses options du moment, passant d'un artiste à un autre. Longtemps elle a eu sa période Soulages. Des trucs bizarres difficiles à interpréter, mais ça soulage.

Le médecin légiste, une femme, apprend à Telier et Lalouze que la ficelle était attachée à un substitut de virilité masculine fonctionnant à l'aide d'une télécommande. Ce que les Anglo-Saxons dénomment un sex-toy et qu'en bon français on dénomme un jouet érotique. De plus elle a relevé sur le corps de la défunte des marques, assez anciennes, comme peuvent en porter des femmes battues. Lalouze, que l'attitude du procureur énerve, celui-ci ayant le désir de classer l'affaire en banal accident, décide d'enquêter seul, et pour cela demande à son généraliste habituel un congé de maladie. Il débute par se renseigner à la Fondation INSULA et l'un des SDF qui le prend pour un compère, Lalouze étant vêtu hiver comme été des mêmes vêtements, quoique possédant une garde-robe uniforme, des costumes de la même marque et de même couleur, et s'en fait un ami, un copain de comptoir, en lui offrant quelques pintes de bière. C'est ainsi qu'il apprend que la fondation INSULA est dirigée, comme d'autres œuvres caritatives dont le Secours Chrétien, par un certain Swindoo qui a perdu un bras lors d'une mission humanitaire dans le Haut-Karabagh région située entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, déchirée par des guerres ethniques et religieuses. Il fait la connaissance de deux permanents de la fondation puis visite à nouveau l'appartement de la défunte. Et il rend compte que non seulement la télécommande destinée à mettre en mode vibreur le jouet sexuel est absente mais qu'en outre il n'y a pas trace de bijoux ce qui est anormal, car les personnes âgées gardent toujours par devers elles quelques reliques d'une vie précédant leur déchéance. Ne serait-ce que de la bimbeloterie.


cloporte1Son nouvel ami qui fut un éditeur d'ouvrages libertaires lui décline sa théorie des Cloportes prenant pour exemple un ouvrage de Bernard Mandeville (1670 - 1733), homme de lettres et médecin hollandais, La fable des abeilles. Muni de ces renseignements, Lalouze en fait part à Emma, qui était fort mécontente de l'attitude de son stagiaire mais lui ouvres des horizons sur d'autres affaires en instances et sur le vol du collier et du sac à main.

 

L'auteur (ou plutôt le couple d'auteurs puisque ce roman a été écrit par Patrice Dauthie et Maryse Cherruel) donne de petits coups de griffe envers des auteurs de romans policiers ou des spécialistes de telle ou telle profession. Les mandarins de sa profession (médecin légiste) trouvent dans l'exposé du compte rendu de leurs analyses l'occasion d'étaler les arcanes de leur vocabulaire, et les auteurs de romans noirs reprennent ce travers en nous encombrant par trop de transsudation du sang dans les partie déclives avec apparition de pétéchies.

Mais l'amusant là-dedans réside dans ce que le récit est émaillé de mots qui s'ils figurent dans le dictionnaire sont peu utilisés par le commun des mortels : l'électuaire préconisé par le toubib ou le journal solipsiste de Lalouze, et de nombreux autres.

Des allusions à des événements récents, à des sujets politiques ou pseudos politiques, à des hommes politiques, avec à la clé quelques égratignures, ou à des phénomènes de société, fustigeant les philosophes et les économistes. A croire que les universités n'étaient plus désormais que de gigantesques couveuses d'où sortaient des types avec des avis sur tout et n'importe quoi, qui écrivaient des livres dont elle se demandait bien qui pouvait les acheter.

Il est évident que le titre de ce roman policier sociologique, psychologique, philosophique et lexicologique, mais très sympathique au demeurant avec par-ci par-là des traits d'humour noir, est un clin d'œil à Alphonse Boudard et à son roman La métamorphose des cloportes


DAUTHIE-CHERRUEL : La fable des cloportes. Collection Riffle Noir. Editions du Riffle. Parution novembre 2013. 310 pages. 15,00€.

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