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20 octobre 2017 5 20 /10 /octobre /2017 07:38

Mais j’espère bien vivre en d’autres…

Fabrice PAPILLON : Le dernier Hyver.

Dans une célèbre boutique de luxe parisienne qui possède pour enseigne le messager des dieux, donneur de la chance, inventeur des poids et des mesures, dieux des voyageurs, des commerçants, des voleurs, des orateurs et des prostituées, c’est-à-dire Hermès, un cadavre vient d’être découvert. Et ce n’est pas tant parce que le corps a été découpé et les morceaux entreposés les uns sur les autres que parce qu’il est calciné que ce cadavre indispose.

Le commandant Marc Brunier, du 36 Quai des Orfèvres, est dépêché sur place avec quelques membres de sa brigade, dont Thomas qui sert de maître de stage à Marie, vingt ans, étudiante prometteuse en biologie moléculaire, qui rêve d’intégrer la police scientifique. Le seul problème qui la perturbe, ce sont ses céphalées incessantes ou presque et ses boyaux qui se contractent de temps à autre comme si des mains intérieures les entortillaient.

Lors de l’autopsie du cadavre, ou de ce qu’il en reste, le légiste et ses assistants se rendent compte qu’il manque des morceaux. Mais le plus énervant pour Brunier c’est de savoir comment le calciné s’est retrouvé dans la boutique, car aucune marque de début de feu ou de crémation n’est visible. Pour les enquêteurs, le cadavre a été déplacé.

Non loin, sur la place Michel Debré, s’élève la célèbre statue du Centaure, réalisée par César, le spécialiste de la compression. Toutefois, et il n’y avait qu’une femme pour le remarquer (non, ce n’est pas du sexisme, juste une constatation sur les capacités féminines à voir ce que les hommes ignorent), l’animal a perdu les choses de la vie. Sa fierté de reproducteur lui a été ôtée. Et sous l’animal, coincé dans une petite grille, un morceau de charbon de bois. Rectification, il ne s’agit pas d’un résidu prétendument cancérigène, mais d’un fragment d’os calciné. En effectuant quelques recherches dans des archives, il s’avère que sous cette grille, un escalier conduit à la station de métro fantôme Croix-Rouge, fermée depuis le 2 septembre 1939.

Fabrice PAPILLON : Le dernier Hyver.

Grâce à un historien du métropolitain, qui leur prodigue moult renseignements, Brunier et consorts s’infiltrent dans ce vestige qui, à leur grand étonnement, est couvert de graffiti. Brunier manque même de se faire écraser lors du passage d’une rame. Ce n’est qu’un épisode dans cette histoire mouvementée, dans laquelle Marie apprendra que sa mère n’est pas du tout celle qu’elle croit, et va côtoyer professionnellement, ou non, des personnes qui sont liées à sa génitrice. Mais elle va se rendre compte, au grand dam de Brunier, qu’elle est liée à des meurtres, car oui évidemment un seul cadavre chez Hermès ne suffit pas, qui sont le prolongement de ce qui s’est déroulé plus mille six cents ans en arrière.

 

Fabrice PAPILLON : Le dernier Hyver.

Abandonnons donc quelque peu nos enquêteurs dans la continuation de leurs recherches, et puisque l’on a évoqué le métro, suivons une histoire en parallèle qui se décline comme une ligne de métro, avec stations de croix à l’appui.

En tête de ligne, c’est-à-dire en l’an 415 après J.C., nous assistons à la mise à mort d’Hypatie, célèbre philosophe, mathématicienne et astronome, en conflit avec l’évêque Cyrille. Elle est brûlée vive, le feu étant alimenté par des rouleaux de papyrus provenant de la célèbre bibliothèque d’Alexandrie. Elle meurt en emportant son secret. Quelques semaines plus tard, Synésios, un de ses plus brillants disciples, revient en catastrophe de Ptolémaïs, ou il a été nommé évêque, s’infiltre dans une des salles obscures de la bibliothèque et récupère un codex.

Mille ans plus tard, en décembre 1415, Poggio Bracciolini, philosophe, érudit, écrivain, puis homme politique, chancelier de la République de Florence, arrive à l’abbaye de Cluny, fuyant Constance, ville du Saint Empire romain germanique, son maître le Pape Jean XXIII ayant été déchu par les cardinaux et jugé comme antipape. Poggio s’intéresse de près aux parchemins et à un nouveau support, le papier, ainsi qu’aux travaux des copistes. Il initie même certains d’entre eux à cet art et parvient à subtiliser le Codex avant de s’enfuir.

Et sont insérés ainsi divers épisodes, jusqu’à nos jours, relatant les recherches du fameux Codex par d’éminents savants, philosophes et autres.

 

Le dernier Hyver, une histoire historico-ésotérique, ne manquera pas de surprendre le lecteur par ses côtés réalistes. Touffu, documenté, il possède de nombreux atouts pour happer le lecteur, dont un souffle épique ménageant le suspense. Si je n’ai pas forcément tout apprécié dans cette intrigue, notamment la complaisance de l’auteur dans certaines scènes, il me faut avouer que ce pavé est toutefois digeste.

Le rôle de l’Inquisition, la férocité avec laquelle des religieux torturaient des femmes, n’est plus à démontrer, et je me serais volontiers contenté de ne lire que des évocations, des ellipses dans les forfaits perpétrés par Heinrich Kramer dit aussi Henri Institoris, le dominicain inquisiteur qui joue un rôle prépondérant dans la chasse aux sorcières et connu également pour avoir écrit avec Jacques Sprenger le Malleus Maleficarum (le Marteau des sorcières), un ouvrage sur la sorcellerie commandé et approuvé par le pape Innocent VIII en 1484. L'ouvrage est publié pour la première fois à Strasbourg en 1487 puis réédité plus de trente fois malgré son interdiction par l'Église catholique dès 1490.

Ce roman nous plonge dans des arcanes insoupçonnés qui marquent l’esprit.

Fabrice PAPILLON : Le dernier Hyver. Collection Thriller. Editions Belfond. Parution le 5 octobre 2017. 624 pages. 21,90€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 23/10/2017 19:40

Quelle drôle de sculpture !

Oncle Paul 23/10/2017 20:25

Faut aimer l'art moderne ! Personnellement, je ne dépenserais pas mon argent là-dedans, mais faut bien que tout le monde vive.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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