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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 14:00

Oh Marie si tu savais
Tout le mal que l'on me fait
Oh Marie si je pouvais
Dans tes bras nus me reposer

Denis FLAGEUL : Jagu.

Dix ans qu'il n'était pas revenu à Guingamp, cette charmante cité costarmoricaine qui accueilli durant des décennies les futurs appelés pour effectuer leurs trois jours.

Et en débarquant sur les quais de la gare, Guénolé Le Maout plus familièrement surnommé Guéno, se sent un peu perdu, lui qui sort de deux ans de taule, pour des bricoles non avouables mais qu'il a fini par avouer, dans la capitale. En attendant la correspondance pour Paimpol, le train vert avec ses trois voitures, il s'enfile quelques bières dans un troquet. Pas grand monde dans l'établissement, juste une fille un peu plus loin. Son regard est attiré par ses cheveux bruns courts. Comme s'il l'avait déjà vue, voire connue.

Allez, c'est l'heure de monter dans la micheline. Paimpol, ses mythiques falaises, chantées par Théodore Botrel, le bout du voyage. Et sur le quai, un contrôleur qui l'interpelle. Malard, l'ineffable Malard, un ancien condisciple, dont il a du mal à se débarrasser.

Guéno trouve réconfort et soutien auprès de Serge, un ami, un vrai, qui tient un bar à Paimpol. Serge ne lui demande rien, pas même de raconter ses années de galère. Il lui propose, pour s'occuper, de retaper un appartement qu'il vient d'acquérir et lui prête la maison de ses parents à Guingamp afin qu'il ait un pied à terre où se loger. Marché conclu.

Guéno fera donc tous les jours le trajet Guingamp-Paimpol aller-retour. Ce n'est pas le Transsibérien, celui qui va à Moscou, la ville aux mille et trois clochers et aux sept gares d'après Cendrars, un auteur qu'il lit et relit avec plaisir, mais ce train aux trois voitures va l'emmener dans une aventure mouvementée.

D'abord il reconnait sa belle inconnue lorsqu'elle monte en gare de Traou-Nez, une gare à l'abandon. Les voyageurs qui désirent descendre doivent prévenir le contrôleur, tandis que ceux qui veulent monter font du train-stop. Oui, c'est bien elle, celle qu'il appelait Cousine, comme la plupart de ses condisciples. Cousine, de son prénom Marie-Jeanne, mais plus familièrement Marie tout court.

Il revoit Marie, tous les jours. Marie qui est contente de le voir. Bref ils sont contents tous les deux de se voir, de se revoir, de parler ensemble le temps du trajet, de prendre un pot ensemble, de partager le même lit, chez elle, dans un vieux manoir de Traou-Nez.

Seulement, car bien évidement il existe un seulement, Marie n'est pas seule. Elle a perdu son père et son jeune frère dans un accident, sa mère est décédée ensuite, et il ne lui reste plus que son frère Richard. Mais Guéno ne le sent pas Richard, et encore moins Tino, cet homme aux yeux de poisson mort d'amour qui l'accompagne en permanence mais ne dit rien.

Cherchez la femme disait, ou plutôt écrivait, Alexandre Dumas dans Les Mohicans de Paris. Là, Guéno n'a pas eu besoin de la chercher, il l'a trouvée, seulement il a également trouvé son frère et le copain de celui-ci. Et les ennuis qui se profilent à l'horizon, plus rapidement que la micheline qui effectue le trajet Guingamp-Paimpol, vont bientôt s'abattre sur les épaules du pauvre Guéno qui n'en demandait pas tant. Et tous ça à cause d'une histoire de vengeance.

 

C'est un beau roman, c'est une belle histoire comme chantait Michel Fugain. Le lecteur se trouve transporté dans une histoire courte mais intense. Sous cette histoire d'amour se cache une sombre intrigue ferroviaire qui nous ramène au bon vieux temps des déplacements au cours desquels le voyageur pouvait s'intéresser au paysage, et dont les voitures ne sont pas bondées.

Mais cette nostalgie ne dure guère car outre l'aspect touristique pas trop appuyé mais avec des lieux de passage remarquables, comme le château de La Roche-Jagu ou le viaduc du Trieux, ce sont bien les personnages auxquels il faut s'intéresser. Guéno, dont le passé est juste effleuré, Marie dont le passé recèle bien des drames, Malard le contrôleur qui effectue les navettes en réclamant les billets avec une pointe de facétie, et les deux vilains car il en faut bien dans toute histoire noire qui se respecte.

Nous sommes loin de la Madone des Sleepings, quoi que, mais cette idée du Transsibérien qui trottine dans la tête de Guéno nous y fait penser insidieusement. Ainsi que de lire, ou relire Blaise Cendrars. Mais indépendamment de ces deux réflexions, c'est l'ambiance même du roman qui fascine.

Un court roman aux courts chapitres, légèrement déstructuré, avec un épisode qui s'intercale dans la narration du retour de Guéno au pays et cette rencontre avec Marie et la suite. Si au départ, du train, cela peut sembler perturbant, le rythme prend tranquillement sa cadence, et ces intercalaires sont comme autant de stations dans ce voyage dramatique.

Denis FLAGEUL : Jagu.

Denis FLAGEUL : Jagu. Collection Goater Noir N°16. Editions Goater. Parution le 24 novembre 2016. 160 pages. 16,00€.

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