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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 05:26

Méditerranée
Aux îles d'or ensoleillées

Aux rivages sans nuages

Au ciel enchanté…

Philippe GEORGET : Amère Méditerranée.

Confetti posé sur les eaux méditerranéennes, Ostiolum est une petite île accueillante. Les touristes s’y pressent, les migrants aussi.

Journaliste travaillant principalement sur internet, alimentant son site avec des informations recueillies sur l’île, Louka Santoro déguste tranquillement son café matutinal tout en regardant les touristes se préparer à monter sur le bateau de Corto, lorsque celui-ci d’un seul coup débarque le matériel de plongée qui était déjà à bord et refuse l’accès aux amateurs de plongée sous-marine.

Il vient de recevoir un appel d’Ugo Fabri qui était en mer pour pêcher en compagnie de sa femme et d’un copain lorsqu’il a aperçu des migrants à la mer. Le chalutier qui les transportait vient de couler suite à un début d’incendie qui a provoqué la panique parmi les trop nombreux passagers. Naturellement Louka embarque ainsi qu’un ancien marin qui était au bar et les voilà partis repêchés les naufragés. Ils parviennent à en recueillir quelques-uns, ainsi que les autres navires qui se sont portés à leur secours, mais de nombreux cadavres flottent sur la mer ou disparaissent dans l’eau.

Parmi les naufragés Fatou, une jeune Malienne à la tête rasée qui tient une caisse dans laquelle un chaton de quelques mois se demande ce qui lui arrive. D’autres aussi, Abdel, qui dirigeait le chalutier en compagnie de son cousin Mansour, Seyoum, un petit Erythréen qui parait beaucoup plus jeune que son âge, Saïda, Marwan, et combien d’autres qui rêvaient d’accoster la terre promise dans de meilleures conditions.

Les rescapés sont placés dans un Centre d’Hébergement pour Migrants. Flavio, le responsable local de la police, Lila, l’ancienne amie de cœur de Louka et journaliste télé sur le continent sont également intéressés par ce périple qui a mal tourné. Louka essaie d’interroger les rescapés, mais il se heurte à un mur, comme si parler de ce qu’ils avaient subi ravivait les horreurs. A moins que ce soit autre chose. Comme si une certaine forme de fraternité les unissait dans l’adversité. Pourtant Louka sauve la mise à Fatou en adoptant temporairement son chaton qui doit être mis en quarantaine, le pelage pelé par l’incendie et peut-être porteur de maladie. Peu à peu toutefois les langues se délient mais il reste de nombreux secrets dans leurs déclarations.

En compagnie de Corto, Louka se rend sur les lieux du drame, emmenant avec lui une caméra de plongée. Ils repèrent l’épave avec à la proue un couple attaché à la rambarde. Un homme, le cou tranché, et une femme sont attachés par des menottes. Corto inspecte la cale d’où s’échappent des cadavres. Rentré chez lui, Louka fait des copies du film et les cache soigneusement.

La découverte des cadavres intéresse non seulement la police locale en la personne de Flavio, car des gardes civils sont envoyés sur place. Grâce à ses contacts, Louka apprend que des envoyés, dont une femme, du FBI viennent d’arriver. Le FBI est le nommé donné aux membres de la Sécurité intérieure. Deux autres individus attirent l’attention, d’autant que désirant se faire passer pour des touristes, ils sont vêtus d’habits hawaïens, ce qui n’est pas synonyme de discrétion. Les deux hommes rapidement surnommés Heckel et Jeckel (volatiles qui en France sont popularisés sous les noms de Hurlu et Berlu) semblent être des mafieux, ce qui sera confirmé par la suite.

 

Adepte de poésie, surtout de Pablo Neruda et de Federico Garcia Lorca, féru de jazz et joueur de guitare lui-même, interprétant et chantant des airs de blues dans son bar habituel, Louka est un journaliste indépendant et dilettante, vendant parfois ses papiers à des journaux nationaux. Il connait tout le monde sur l’île, et inversement, ayant toujours vécu sur ce bout de terre posé sur la mer et son père ayant été le maire de la ville durant de longues années avant de mourir quelques sept années auparavant. Malgré ses bonnes fortunes, c’est un solitaire.

C’est un peu l’auteur qui se transpose dans son personnage narrateur, Philippe Georget étant lui-même journaliste et ayant pas mal bourlingué dans sa vie, visitant de nombreux pays dont certains de ceux qui géographiquement parsèment ce roman. Sans oublier un personnage récurrent dans les romans de Philippe Georget, le chat.

Roman ? Récit documentaire accompagné d’une fiction serait plus juste. Car cette intrigue, qui réserve de nombreuses surprises, est englobée dans le reportage des migrants qui fuient leurs pays pour diverses raisons, toutes honorables malheureusement, car s’il n’y avait pas la dictature, la guerre, la misère ou la famine, tout se liant et s’enchaînant, ils ne se jetteraient pas dans les bras de passeurs nécrophages avides d’argent.

Les naufrages ne manquent d’être relatés à travers les journaux télévisés ou papiers, mais dans ce récit, il s’agit d’une plongée en apnée dans le ventre mou des bateaux transbordeurs de viande humaine. Avec les conditions difficiles de la vie à bord, la proximité, le manque d’hygiène, d’eau, de nourriture, les multiples rebuffades accompagnées éventuellement de coups de la part des passeurs qui n’hésitent à quitter le bord à l’aide de l’unique canot de sauvetage lorsque le besoin s’en fait sentir.

Et on ne peut s’empêcher de penser à Lampedusa, à l’Acquarius, et à tous ces migrants rejetés de tous bords parce qu’ils gênent, qu’ils ne possèdent pas la même culture, la même religion, la même couleur de peau par des gens bien-pensants qui prônent l’humanisme mais ne le pratiquent pas.

 

Sur les murs de la digue, des habitants de l’île ont écrit il y a quelques années à la peinture rouge : « Protégeons les peuples, pas les frontières ». Nous avons toujours été ici du côté des naufragés. C’est un état d’esprit, une culture. Notre identité. Nous sommes des gens de la mer, notre île est un radeau. Si elle avait dérivé plus au sud, nous ne serions pas un avant-poste de l’Europe mais un point de départ de l’Afrique. Notre sort s’est joué à quelques miles. Nous en avons conscience.


Et c’est encore sur ce stock que je puise aujourd’hui pour restaurer l’engin devenu collector. Ou vintage. Je n’ai jamais bien pigé la différence entre ces deux mots inventés pour désigner des objets autrefois à la mode, qui se sont retrouvés un jour désuets puis ringards avant de connaître subitement un regain de faveur.

La neige était fabriquée par des canons, il n’y en avait que sur les pistes, on aurait dit des toboggans. On faisait la queue aux remontées, la queue pour descendre, la queue pour boire un verre ou manger… Moi qui croyais la montagne aussi sauvage que la mer, je n’ai trouvé là-bas qu’un parc d’attractions !

Philippe GEORGET : Amère Méditerranée. Editions IN8. Parution le 12 juin 2018. 464 pages. 22,00€.

ISBN : 978-2362240904

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commentaires

Pierre FAVEROLLE 04/11/2018 11:28

Salut Paul, en cours de lecture ... je repasse plus tard. Amitiés

Oncle Paul 04/11/2018 13:16

Bonne lecture Pierre et à bientôt
amitiés

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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