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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 15:27

Point final ? Non, points de suspension...

Sylvie HUGUET : Point final.

Ayant déjà assez glosé lors de précédentes chroniques sur les bienfaits procurés par la lecture de nouvelles, je ne reviendrai donc pas dessus, mais me contenterai de vous présenter un nouveau recueil dû à la plume de Sylvie Huguet qui joue aussi bien sur la dérision que l'ironie.

Oh non, vous n'allez pas vous esclaffer, seulement sourire et surtout réfléchir, car de nombreux textes nous renvoient à ce qui nous rassemble, la lecture, et ce qui tourne autour du livre et de l'écrit en général.

L'écrit qui devient le vecteur prônant le droit à la différence, et conduit à des situations absurdes, abracadabrantesques, amenant à imposer sa différence, focalisant des idées, des pensées, confinant à des déclarations qui sont plus ambigües et délétères que ce qu'elles devaient dénoncer à l'origine. Le droit à la différence qui peut tout aussi bien être morale que physique.

Et si l'écrit ne suffit pas, les paroles, des avocats parfois, viennent contrebalancer le pouvoir des mots en s'insinuant dans des approximations et des failles juridiques.

 

Parcourons quelque peu les textes de Sylvie Huguet et arrêtons-nous sur quelques exemples afin de démontrer ce qui a été écrit ci-dessus.

Dans L'Imprévu, deux hommes, deux écrivains, à la vision de leur art totalement différente, s'opposent cordialement. L'un est prolifique et ses succès ne se comptent plus tandis que l'autre est plus effacé, ne rédigeant parfois qu'une ligne par jour et naturellement ses rares ouvrages sont plus confidentiels. Pourtant ils sont d'accord pour dénigrer une partie de leurs confrères ou consœurs, notamment Betty Mariland, connue pour ses voiles froufroutants de mousseline rose, stigmatisant sa production littéraire sentimentale jugée d'une sottise abyssale.

Epreuves met en scène une romancière qui vient de terminer un manuscrit, mais pour que celui-ci soit accepté elle doit corriger les épreuves, quatre fois de suite. A Graphipolis, les Ecrivains détiennent le pouvoir, et le premier devoir de l'Etat est de préserver et d'illustrer la Langue. Seulement se relire, corriger, traquer les fautes d'orthographe, de syntaxe, de vocabulaire, une fois ça va, mais quatre cela devient un pensum, une punition, un calvaire.

Lettre à Voltaire est une épître écrite au philosophe par un agnostique à la fin du XXIe siècle. Les religions monothéistes ont pris l'ascendant sur le droit de ne pas se conformer à une religion ou une autre, la séparation de l'Etat et de l'Eglise ayant été abolie. Et pour vivre, le rédacteur de cette lettre avoue avoir trompé l'Etat en créant une nouvelle religion basée sur le culte d'Apis. Et on ne manquera pas de mettre des noms sur des ministres revendiquer publiquement une foi qu'ils auraient dû garder en leur particulier, s'ils avaient fait leur devoir.

Dans Morte, nous entrons dans ce droit à la différence légalisé. Et ayant opté pour le droit au suicide, est-il possible de revenir sur sa décision ?

De même dans Criminel, le narrateur avoue avoir refusé son pourvoi, d'avoir transformé son procès en tribune, d'avoir scandalisé tout le monde, et d'avoir aggravé son cas au point de le rendre indéfendable. Mais qu'est-ce qui motivait cette posture ?

Dans La Cérémonie, là encore il s'agit de la mort, dans une mise en scène particulière.

Dans ce droit à la différence, le physique importe beaucoup, et Le crime de Ronsard peut nous renvoyer à une situation familiale et politique actuelle, mais qui démontre que lorsque l'on veut dénoncer certains abus, la façon de procéder est plus nuisible que le but recherché. Dans ce texte nous assistons à une séance de mannequinat, mais l'auteure se repose sur une étude de l'HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité) et qui mettait en exergue un poème de Ronsard, jetant justement un regard discriminatoire sur un texte et une façon de l'interpréter fallacieuse. Déjà refuser de reconnaître le statut de personnes âgées en les gratifiant de Senior alors qu'en toute logique on devrait parler de Vétérans, comme dans les compétitions sportives, est une forme de discrimination jugée politiquement correcte.

Le handicap physique est aussi abordé dans Le Peuple sourd. Des parents sourds bénéficient de certains avantages, par exemple ne pas subir les éclats de voix des voisins, les bruits de radios dont le volume est poussé au maximum, les pétarades des motos et des voitures. Mais pour autant, tout le monde doit-il devenir sourd pour bénéficier d'un avantage silencieux ?

 

Dix-neuf textes dans lesquels Sylvie Huguet transpose toute son regard vif, acéré, caustique, voire corrosif mais toutefois tout en retenue, afin de dénoncer quelques aberrations dont inconsciemment nous sommes victimes. Bien sûr, comme pour le chercheur qui dans son laboratoire examine au microscope une culture microbienne peut prendre une importance visible, Sylvie grossit les traits, les dysfonctionnements, mais n'est-ce pas le meilleur moyen pour que le lecteur en prenne conscience ?

 

Sommaire :

L'avenir de l'homme

L'imprévu

Epreuves

Lettre à Voltaire

La cérémonie

Morte

Criminel

Le crime de Ronsard

Le peuple sourd

Attention, fleurs méchantes

Au nom du droit

Jurisprudence

Reconversion

Longévité

Les Templiers d'Adam

Des anthropoïdes

Serment

L'héritier

Point final

Sylvie HUGUET : Point final. Recueil de Nouvelles. Collection KholekTh N°33. Editions de La Clef d'Argent. Parution le 5 avril 2017. 138 pages. 9,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 22/05/2017 13:32

Une auteure qu'il faut que je découvre.

Oncle Paul 22/05/2017 16:42

Elle a déjà à son actif de nombreux recueils de nouvelles et des romans. Pour info :
http://clefargent.free.fr/
Et bonnes lectures, bien sûr...

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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