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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 04:24

Un auteur bicéphale

Pierre MAËL : Fille de rois.

En ce mois de janvier 1641, partie de la région de Quimperlé, la jeune Jeanne de Plonay, comtesse de Blois et de Poher, treize ans, surnommée Jeanne la Pâle à cause de son teint de porcelaine blanche, se rend à Rennes. Elle désire rencontrer les Messieurs du Parlement afin de plaider sa cause dans une affaire de spoliation d’héritage que c’est approprié un sien parent.

Elle est accompagnée de huit personnes : son cousin Hervé de La Ville-Rouault, le sire de Kerbullic son oncle maternel, le majordome Anthelme Bullic plus deux serviteurs, Hugon Bohec et Yves Kemener. Dans le fiacre qui l’emmène, siègent Anne de Plonay, une parente, et Reine Bohec la première de ses suivantes, et la petit Aloyse Kemener, sœur du serviteur.

Sa requête n’ayant pu aboutir, Jeanne de Poher décide d’en référer plus haut auprès du cardinal Mazarin mais avant de rejoindre la capitale, elle se rend à Blois où siègent quelques membres de la famille royale.

En cours de route, cet équipage s’installe pour une nuitée dans une auberge. Mais celle-ci est attaquée par des brigands de grands chemins, et Hervé de La Ville-Rouault, dix-neuf ans, et ses compagnons ainsi que l’aubergiste et ses valets, se montrent intrépides, refoulant les assauts. Une bataille bientôt couronnée de succès. Surtout pour Hervé qui est amoureux de sa jeune cousine.

Puis il aura encore l’occasion de démontrer son courage lorsque des loups affamés par la rigueur de l’hiver attaquent eux aussi le convoi. Non sans mal encore une fois, il réussira à mettre en fuite les canidés.

Arrivée à Blois, Jeanne de Poher est reçue comme il est dû à son rang, mais la jeune Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans et cousine germaine du futur Louis XIV, lui bat froid car toutes deux possèdent le titre de comtesse de Blois. Pourtant Jeanne de Poher n’usurpe pas son titre puisqu’elle est la petite fille d’Oliver de Bois, duc de Penthièvre. Une mise au point nécessaire qui attire les bonnes grâces de celle qui deviendra la Grande Mademoiselle. Les deux adolescentes sont à peu près du même âge et bientôt elles deviendront amies.

Tandis que Jeanne de Poher reste à Blois en compagnie de sa jeune compagne mademoiselle de Montpensier, Hervé de La Ville-Rouault se rend à Paris où il est présenté au cardinal de Richelieu, par l’entremise de son oncle Geoffroy de Kerbullic et d’un ancien compagnon d’armes de celui-ci attaché au service du prélat ministre.

Il est affecté au service du maréchal de La Meilleraie puis à celui de Louis de Bourbon, duc d’Enghien, un général de vingt-deux ans. Il se distingue lors de la bataille de Rocroy contre les Espagnols.

 

Ce roman se déroule de 1641 jusqu’en 1652, à la fin de cette période qui vit la révolte des Princes, déclenchée par la haine de Condé et quelques autres envers Mazarin et contre la royauté en général depuis Henri IV et Louis XIII. La fameuse Fronde ou Guerre des Lorrains qui ébranla le pouvoir royal.

Un épisode trouble au cours duquel Hervé de La Ville-Rouault saura se mettre en valeur, tandis que La Grande Mademoiselle participera activement à cette révolte, contre le jeune futur Louis XIV né en 1638.

Trempant sa plume dans l’encrier d’Alexandre Dumas, Pierre Maël, pseudonyme collectif de Charles Causse (1862-1904) et Charles Vincent (1851-1920), fait revivre cette période agitée avec verve.

Fille de rois est tout autant un roman historique, qu’un roman sentimental, malgré le jeune âge des deux principaux protagonistes. Surtout Jeanne de Poher qui n’a que treize ans au début du récit mais dont l’émoi amoureux s’intensifie au fur et à mesure de la déclinaison de cette intrigue, un élan amoureux qui toutefois reste chaste (y’en a qui ont eu peur, l’époque actuelle fustigeant les amours enfantines).

Malgré leur jeune âge, treize ans et un peu plus, Jeanne de Poher et Anne Marie Louise d’Orléans sont déjà matures. Jeanne la Pâle est déterminée, courageuse, et Anne Marie Louise est déjà rebelle, indépendante et dotée d’un fort caractère. Ce qui les a divisé au départ et a forgé leur amitié par la suite. Deux figures féminines loin des clichés de soumission de l’époque. Mais les autres protagonistes eux aussi possèdent un caractère trempé.

Les romans d’aventures, historiques et sentimentaux de Pierre Maël étaient destinés à la jeunesse et furent souvent associés comme livres d’étrennes et prix scolaires. Ils connurent le succès jusque dans les années 1950 et si leurs auteurs, tous deux d’origine bretonne, étaient catholiques fervents et légitimistes, n’en font pas étalage dans leurs écrits. A noter que Charles Causse est le père de Jean d’Agraives, lui-même auteur fort reconnu

Pierre MAËL : Fille de rois. Collection Bibliothèque de la Jeunesse. Editions Hachette. Parution 1948. 256 pages.

Première publication : Hachette. 1902.

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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 05:40

Mariage foutu ?

Pierre LAVAUR : Fiançailles rompues.

A la veille du grand jour, Emmeline et Amélie, la gouvernante, papotent à propos de littérature. Il est vrai qu’Amélie est une lectrice compulsive, mais c’est son domaine réservé. Depuis plus de quarante ans elle est au service de la famille Brémont, et jouit d’une existence paisible et régulière.

Presque, car le lui rappelle Emmeline, un drame s’est déroulé dans cette honorable famille aisée d’armateurs près de dix-huit ans auparavant. Mais revenons sur ces épisodes, avec l’assentiment des protagonistes.

Trois épisodes qui se sont enchaînés dramatiquement. Jeune marié, Gérard Brémont se rendit en Indochine pour des affaires, laissant seule sa jeune épouse. Raymonde s’ennuie bien un peu de son mari absent pourtant lorsque ses amies désirent qu’elle participe avec elles à un bal donné sur l’Alcyon, un trois-mâts basé en rade du Havre, elle refuse. Il fallut que ce soit son père qui insista pour qu’elle accepte d’y participer. Seulement un incendie se déclare à bord du bâtiment, et elle en réchappe miraculeusement. Mais son père et sa sœur n’ont pas eu cette chance.

Devenue dépressive, Raymonde est soignée par Amélie. Un jour Raymonde décida de quitter la demeure de Sainte-Adresse pour s’installer seule au château d’Ormesson, près de Montivilliers. Parfois elle revenait à Sainte-Adresse, mais pour un laps de temps très court. Les mois s’écoulent puis enfin Gérard Brémont revient au port. Raymonde, prévenue, est revenue au domicile conjugal mais elle est pâle, en pleurs. Gérard attribue cette tristesse à la perte de ses parents et n’osent pas interroger sa femme qui dépérit.

Un jour une villageoise de Montivilliers portant un poupon demande à s’entretenir avec Raymonde. Il s’ensuit que Raymonde demande à son mari de tenir lieu de père à l’enfançon, prénommée Emmeline, et qui est orpheline. Quelques jours plus tard, Raymonde décède sans avoir fourni plus d’explication quant à son geste concernant la petite Emmeline.

Les années ont passé et dix-huit ans plus tard, au moment où nous faisons la connaissance de la jeune fille, celle-ci doit se marier le lendemain avec son protecteur, le quadragénaire Gérard Brémont. Mais cette journée est particulière, et pas uniquement à cause des préparatifs de la noce. Et tandis qu’Amélie remémore ces événements, ces épisodes douloureux à Emmeline, surgit un invité, Richard Noisy, un vaudevilliste optimiste.

Le jeune André Chazel, amoureux d’Emmeline lui donne un rouleau de documents secrets la concernant de la part de son employeur, le notaire familial, documents qui devaient lui être remis la veille de son mariage. Puis il lui annonce son départ pour Paris. Il trouvera facilement du travail dans la capitale et ne veut pas empiéter sur la décision d’Emmeline et de son bienfaiteur, Gérard Brémont, qui s’est occupé de lui tandis que son père veuf parcourait le monde à bord d’un navire. D’ailleurs Firmin Chazel, l’ami de la famille, et dont il a fait la connaissance en Indochine dans des circonstances qui auraient pu lui être fatales, est attendu pour le lendemain.

Emmeline laisse le soin à Gérard Brémont de s’enquérir du contenu des documents dont l’enveloppe est scellée. Brémont tergiverse, n’osant décacheter le rouleau, puis il monte dans sa chambre, les fameux papiers à la main. Il est bientôt l’heure pour le notaire de procéder à l’établissement du contrat de mariage, et les témoins se pressent dans la pièce où se tenaient au début du récit Emmeline et Amélie. Seulement Gérard Brémont se fait attendre. Et lorsqu’il redescend enfin, il prie tout le monde dégager et de le laisser seul.

 

Fiançailles rompues, comme son titre l’indique, est un roman sentimental mélodramatique, doublé d’un suspense psychologique.

L’auteur, avec malice, nous met en condition afin d’anticiper les événements qui vont se dérouler dans la journée et le lendemain, avec quelques retours en arrière fournis par les différents protagonistes.

Le lecteur est persuadé qu’un coup de théâtre va se dérouler, ce qui ne manque pas de se produire, que la naissance d’Emmeline est l’un des ressorts de ce mélodrame, mais l’épilogue déjoue tous les pronostics.

Un bon roman écrit par un romancier dont on parle peu de nos jours. Né le 2 novembre 1865 à Bordeaux, décédé à Paris le 6 juin 1943, Pierre Lavaur, de son vrai nom Henri Gibert (est-il apparenté au fameux libraire du Quartier Latin ?), utilisa de nombreux pseudonymes dont Claude Syrvall, Pol Ternoise, Gille Cordouan, Paul de Calonges.

Des romans sans prétention, parfois un peu naïfs, mais charmants, et à l’écriture soignée, agréable, peut-être ampoulée penseront certains, mais il s’agit bien du reflet d’une époque et du respect des auteurs envers les lecteurs. Que demander de plus pour occuper ses soirées et ses dimanches, sans se prendre la tête ?

Pierre LAVAUR : Fiançailles rompues. Collection Le Livre de Poche N°324. Editions J. Tallandier. Parution octobre 1933. 64 pages.

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19 février 2021 5 19 /02 /février /2021 05:55

Avec ses pépins…

Amédée ACHARD : Le Clos Pommier.

Le Normand n’est point pingre ni avare, il est économe.

Le père Glam, garde-champêtre à Varaville près de Cabourg et de Dozulé dans le Calvados, pourrait être riche mais il a trop bon cœur, et ses économies se sont envolées afin de permettre à des membres de sa famille, à des voisins, à des amis de ne pas se retrouver ruinés. Du coup, c’est lui qui se retrouve presque sur la paille. Heureusement, sa fille Catherine fait bouillir la marmite grâce à ses travaux domestiques et les dentelles qu’elle tisse infatigablement.

Le père Glam est veuf et il a eu le malheur de perdre son fils Fulgence de l’autre côté des océans, péri en mer. Jean Simon, pêcheur et qui était aux côtés de Fulgence lors de sa disparition, a ramené les quelques effets filiaux. Le père Glam les garde précieusement dans un coffre dans l’ancienne chambre de Fulgence, une pièce dédiée à son fils.

Simon et Catherine s’apprécient et envisagent même de se marier. Seulement le père Hennebaut, riche propriétaire local, aimerait pouvoir annexer à son domaine les quelques terres et la maison dite du Clos Pommier à cause de l’arbre qui trône dans la cour. Et Pacôme, le fils Hennebaut, se verrait bien marié à cette fille courageuse et travailleuse. Et comme le père Glam est redevable de quelques dettes qu’il ne peut honorer, une forme de chantage s’exerce sur lui.

En bon Normand qu’il est, il tergiverse puis signifie son refus à cette union, ce qui l’entraîne dans des complications sans fin. Un huissier de Dozulé est mandaté pour réquisitionner le Clos Pommier, au grand dam de Catherine et de Simon. Les deux amoureux se sentent contraints d’accepter la proposition de Pacôme mais auparavant ils contactent quelques membres éloignés de la famille, et l’huissier ému prélève même sur sa cagnotte quelques pièces blanches afin de rembourser la dette. Même les édiles et les notables des alentours se cotisent pour arrondir la somme. Mais cela ne suffit pas. Têtu, comme tout bon Normand qui se respecte, le père Glam ne veut pas donner la main de sa fille à n’importe qui, surtout à Pacôme. Seulement, ses vieux démons d’aider son prochain se réveillent et l’argent récolté est offert à un voisin qui est encore plus dans la dèche que lui.

 

Auteur du XIXe siècle, Amédée Achard est bien dédaigné de nos jours. Seuls survivent dans la mémoire littéraire deux romans, Les Coups d’épée de M. de La Guerche et Envers et contre tout. Pourtant il a écrit plus d’une soixantaine de romans d’inspiration diverse.

Roman de l’amour et de la jalousie, de l’honneur et de la cupidité, de la prodigalité et de la convoitise, de l’abnégation et de la concupiscence, Le Clos Pommier met en scène deux types de personnages aussi différents l’un de l’autre qu’un arbre vert qu’un arbre mort. L’un donne ses fruits à profusion, l’autre est un cœur desséché.

Dans ce roman datant de 1858, nous découvrons les prémices des thèmes que développeront plus tard Hector Malot, Emile Zola, Guy de Maupassant et quelques autres. L’argent, le terroir, le naturalisme, l’adversité à toute épreuve, le don de soi, le sacrifice et le dévouement, et une forme d’accumulation d’épreuves sentimentales et financières en sont les ressorts inépuisables.

Une étude des mœurs paysannes décrites avec justesse placées dans un quotidien séculaire, car ce qu’il se déroulait hier ou avant-hier se passe encore de nos jours malgré la libération des traditions ancrées dans les esprits. Presque car le poids des habitudes et des conventions régit souvent encore le parcours sentimental devant les exigences capitalistes.

Amédée ACHARD : Le Clos Pommier. Collection Dauphine N°63. Editions de Montsouris. Parution 2e trimestre 1947. 96 pages.

Première édition 1858.

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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 04:26

A ne pas confondre avec les Compagnons de J’ai bu !

Alexandre DUMAS : Les compagnons de Jéhu.

Le 9 octobre 1799, deux voyageurs s’arrêtent à l’Hôtel du Palais-Royal d’Avignon et demandent à se sustenter à la table d’hôtes, où déjà sont installés une douzaine de convives. Les discussions vont bon train, la ville papale étant principalement royaliste. Mais ce sont les récentes attaques de diligences qui alimentent les conversations.

En effet, une bande nommée Les Compagnons de Jéhu s’en prend aux diligences transportant des fonds destinés au gouvernement, s’emparant de l’argent récolté. Cet argent, indûment acquis, est destiné aux rebelles de Vendée afin de leur permettre de continuer leur travail de sape et de rétablir les Bourbons sur le trône de France, en l’occurrence le roi Louis, dix-huitième du nom.

S’introduit un homme masqué, répondant au nom de Morgan, qui remet à l’un des convives un sac d’argent qui se trouvait en compagnie de l’argent destinée au gouvernement. Car, il l’affirme, les Compagnons de Jéhu ne sont point des voleurs de grands chemins et ne dérobent jamais le pécule des particuliers. Puis il repart comme il est arrivé sans être inquiété.

Les deux inconnus ne sont guère diserts. L’un répond au nom de Roland, l’autre est un général d’après son ami. L’on apprendra plus tard qu’il s’agit de Bonaparte qui vient de débarquer à Toulon, ayant quitté précipitamment l’Egypte. Nous retrouverons plus tard Bonaparte, mais ce sont bien Roland de Montrevel et le fameux Morgan, qui n’est autre que le baron Charles de Sainte-Hermine, qui s’imposent comme personnages principaux de ce roman.

Le général et Roland se quittent, l’un pour monter à Paris, l’autre pour se rendre dans sa famille près de Bourg (devenue Bourg-en-Bresse). Mais auparavant, Roland doit s’acquitter d’une dette d’honneur envers l’un des convives et pour cela, il demande à un Anglais, qui était présent lors de la tension qui montait autour de la table, sir John Tanlay de lui servir de témoin. Roland sort vainqueur de son duel et peut partir dans l’Ain en compagnie du Britannique, un compagnon qu’il apprécie et les deux hommes deviendront amis.

Roland et sir John Tanlay sont accueillis à bras ouverts par Madame de Montrevel, le jeune Edouard, treize ans, et Amélie, la sœur de Roland, une fort belle jeune fille d’une vingtaine d’années. Les Compagnons de Jéhu sévissent dans la région et Roland, qui a découvert leur refuge dans un vieux couvent, est épargné. Il n’est va pas de même de Sir John, qui s’étant rendu de nuit sur les lieux où Roland a surpris une réunion des Compagnons, déguisés et masqués, est grièvement blessé. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que Morgan et Amélie se retrouvent en cachette, étant amoureux l’un de l’autre.

Puis Roland, ayant retrouvé Bonaparte à Paris, est envoyé par celui-ci en mission afin de parlementer avec Georges Cadoudal, le chef des insurgés bretons. Les fameux Chouans, ou chats-huants, ainsi surnommés car leur cri de ralliement est le cri de la chouette.

Entre Morgan et Amélie, ce sont des amours contrariées, car ils appartiennent à des clans différents. Quant à Sir John, remis de ses blessures, il tombe amoureux de la jeune fille.

 

Situé entre le 9 octobre 1799 et le 14 juin 1800, ce roman fourmille de nombreuses péripéties hautes en couleurs, dont les moindres ne sont pas le coup d’état du 18 brumaire fomenté par Bonaparte, instaurant le Consulat, et la bataille de Marengo, décrite en long, en large, et en travers.

Un roman dense, qui n’oublie pas les coups d’éclats, une très grande partie se déroulant en Bresse ou encore dans le Morbihan, fief de Cadoudal. Avec des personnages qui se combattent mais en même temps, quoiqu’ils appartiennent à des régimes politiques différents, s’estiment. Les amours de Morgan et d’Amélie s’inscrivent dans la longue liste des amants qui s’aiment malgré les divisions dressées entre eux. Un peu à la façon de Roméo et Juliette. Une histoire dans l’histoire.

C’est la reconstitution de toute une époque avec en toile de fond l’ombre du général Dumas, le père de l’auteur, et du général Brune, deux proches de Bonaparte mais pas de Napoléon. Roland de Montrevel est un jeune homme atteint de mélancolie qui désire mourir, quel que soit le moyen, duels, combats contre des adversaires, mais sans aller jusqu’au suicide. Or lorsqu’il combat les Chouans, en Bresse puis en Bretagne où il est envoyé par Bonaparte, sa vie est mystérieusement préservée, se demandant pour quelle raison.

Le personnage de Bonaparte, pour une fois de la part de Dumas, n’est pas considéré comme un chef d’état plongeant la France dans les guerres. Il bénéficie d’une certaine mansuétude, contrairement à certains romans, comme Conscience l’Innocent dans lequel il est surnommé l’Ogre Corse ou encore le Petit tondu.

Si Dumas se perd parfois en digressions, il se justifie, tout comme il explique dans sa note au lecteur, narrant les différents événements dont Avignon, ville royale et papale, fut le théâtre, qu’il ne peut rédiger un roman sans se rendre personnellement sur place afin de s’imprégner de l’atmosphère des lieux et du décor qui les nimbent.

 

Collection Alexandre Dumas. Fac-similé Collection A. Levasseur et Cie. Illustrations de G. Doré, A. De Neuville et Daubigny. Editions Altaya. 366 pages.

Collection Alexandre Dumas. Fac-similé Collection A. Levasseur et Cie. Illustrations de G. Doré, A. De Neuville et Daubigny. Editions Altaya. 366 pages.

A noter que la différence du nombre de pages qui existe entre les trois versions proposées est consécutive à la mise en page et à la taille des polices de caractères employées.

 

Alexandre DUMAS : Les compagnons de Jéhu. Collection Folio Classique N°6855. Parution 26 novembre 2020. 864 pages. 11,50€.

ISBN : 9782070464463

Collection Alexandre Dumas. Fac-similé Collection A. Levasseur et Cie. Illustrations de G. Doré, A. De Neuville et Daubigny. Editions Altaya. 366 pages.

Collection A tous les vents. La Bibliothèque électronique du Québec. 851 pages. Version numérique gratuite. 544 pages sur liseuse Bookeen.

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 05:19

Et l’Ange vint…

David ANGEVIN : Les aigus Bee-Gees.

Ce roman de David Angevin ne s'inscrit pas directement dans la mouvance de la littérature noire, pourtant il existe une atmosphère qui s'y apparente et une ébauche d'enquête rapidement avortée.

Garth est enseignant dans un collège et Emma, sa collègue, est en butte aux agressions sexuelles de ses élèves. La déprime est proche et Garth saura lui rendre le goût de vivre dans une séance de copulation sur la moquette élimée de son appartement.

La voisine de Garth, qui lui prête des magazines dont la teneur est strictement réservée aux adultes, part pour le Mexique. Mais elle ne revient pas et au bout de quelques mois Garth décide de la retrouver en compagnie d'Emma.

Ils feront la connaissance d'un producteur de télé qui avale du Prozac comme d'autres sucent à longueur de journées du Cachou, de stars du porno, et chacun trouvera sa voie, qui comme scénariste, qui comme vedette en page centrale.

 

Les aigus Bee-Gees se découpe en chapitres qui constituent à eux seuls de petites nouvelles, comme les romans de Barry Gifford mettant en scène Sailor et Lula.

Un roman bizarre dans lequel l'intrigue passe au second plan, l'auteur s'ingéniant à privilégier les personnages et les tranches de vie prélevées comme au hasard. Un peu comme si le lecteur feuilletait un album photo.

Un livre qui ne peut laisser indifférent.

 

David ANGEVIN : Les aigus Bee-Gees. Collection Franc-parler. Editions de l'Incertain. Parution juin 1994. 120 pages.

ISBN : 9782906843523

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 05:50

La grande course autour du monde…

Paul D’IVOI : La course au radium.

Nonchalamment étendu dans un fauteuil de son appartement parisien, Dick Fann, détective privé anglais, se repose béatement. Il n’a rien d’autre à faire. Sauf que Jean Brot, son serviteur engagé de la veille, un gamin d’une quinzaine d’années, s’introduit dans la pièce en précisant qu’une jeune fille désire lui parler. C’est une question de vie ou de mort, selon elle.

Aussitôt le détective redevient l’homme d’action et reçoit Fleuriane Defrance, Canadienne. Son père, Catulle Defrance, est le syndic de l’Association mondiale du commerce des pierres précieuses. Or quelques mois auparavant, un vol simultané a été perpétré en divers pays, et les individus malhonnêtes se sont emparés de quelques vingt-trois grammes de radium.

Des expériences ont démontré que l’exposition de corindons ordinaires au radium transformait ces pierres de peu de valeur en pierres précieuses tandis que l’exposition des gemmes dans un four électrique amenait une décoloration et une dépréciation de ces mêmes gemmes. Des manipulations préjudiciables dans certaines circonstances mais destinées également pour éloigner des individus peu scrupuleux.

Fleuriane sent que les voleurs de radium la surveillent pour l’amener à la cachette de pierres précieuses transformées en vils corindons, et elle a peur pour son père resté au Canada. Aussi elle se propose d’organiser une course automobile, et elle demande à Dick Fann d’être son mécanicien. Ce qui lui permettrait de rejoindre l’autre côté de l’Atlantique en compagnie d’autres concurrents.

C’est à ce moment que Jean Brot introduit un policier émérite en la personne de monsieur Ginat. Celui-ci demande d’enquêter sur un vol de pierres précieuses en la boutique d’un joailler installé rue de la Paix, le sieur Larmette. Dick Fann se rend au lieu indiqué et s’aperçoit que le célèbre joailler a pipé les dés et que le vol est du pipeau.

Bientôt c’est le grand jour du départ de la course automobile, qui part de Paris, traverse l’Atlantique, se rend de New-York à San-Francisco, remonte à Valdez en Alaska, traverse le détroit de Béring, puis parcourant la Sibérie, revient à Paris via Moscou. Parmi les concurrents, Dick Fann qui sert de mécanicien, c’est-à-dire de chauffeur à Fleuriane, le jeune Jean Brot ainsi que dame Patorne, la dame de compagnie de Fleuriane. Ils voyagent à bord d’une De Dion de 30 CV. Mais Larmette, le joailler prétendument spolié, participe également à cette course en compagnie de Botero, l’ingénieur qui a mis au point leur véhicule de 100 CV, sorte de tout terrain. Larmette s’attache aux pas, ou plutôt aux roues de Fleuriane, dans l’espoir que celle-ci l’amènera à son père et aux corindons trafiqués. La vie de Catulle Defrance, de sa fille Fleuriane, et bien entendu des accompagnateurs de la jeune fille, est menacée. Ils s’en rendront rapidement compte.

Car voyage ne s’avère pas être de tout repos. De nombreux incidents, voire accidents, ponctuent ce périple. Dick Fann est obligé de se grimer à afin de pouvoir mieux surveiller les agissements de Larmette et consorts. De plus il se trouve embarqué dans une enquête à la demande de Gregson, chef de la police new-yorkaise, à l’initiative de Larmette qui a présenté les deux hommes l’un à l’autre. Pendant ce temps Fleuriane, Jean Brot et madame Patorne continuent leur périple à travers les Etats-Unis, conduits par un nouveau mécanicien, un homme à la solde de Larmette. Larmette lui-même se trouve parfois devant, parfois derrière Fleuriane qui sera rejointe par Dick Fann en cours de route. Jean Brot, qui tient un carnet de voyage, transcrit leurs péripéties, nombreuses et mouvementées, lorsque Dick Fann est occupé par ailleurs.

 

Il existe une similitude entre Dick Fann, détective privé britannique, et Sherlock Holmes. C’est un adepte de la déduction par l’observation. Il pourra démontrer ses talents à moult reprises au cours de ce voyage qui s’inspire de The Great Race, un événement médiatisé durant les années 1907 et 1908 en France et aux États-Unis. Et qui n’est pas sans rappeler le film de Blake Edwards, La grande course autour du monde, sorti en 1965, avec Tony Curtis, Jack Lemmon et Nathalie Wood dans les rôles principaux. Fatalitas !

Des autres concurrents, il n’est est pas question, l’auteur s’attachant à décrire les aventures partagées par Dick Fann et ses compagnons d’une part, et dans un moindre nombre d’épisodes, à Larmette et consorts.

Les personnages mis en scène ne manquent pas d’originalité apportant au récit des touches d’humour, dans une intrigue débridée.

Le radium a été découvert par Marie Curie et son mari Pierre en 1898 et de nombreux romanciers se sont emparés de cette donnée scientifique pour l’imposer dans des romans de science-fiction. Tout naturellement Paul d’Ivoi y a trouvé un emploi dans ce roman d’aventures fantaisistes et policières, teintées de fiction scientifique, et lui offrant quelques débouchés originaux, le tout combiné à cette fameuse course évoquée ci-dessus.

Le point de départ semble un peu faible, tiré par les cheveux comme disait le chauve, mais il est rapidement gommé par l’accumulation d’épisodes, reliés ou non, qui constituent l’intrigue, un peu dans l’esprit, mais par anticipation, de la série télévisée animée composée de 34 épisodes et qui s’intitulait Satanas et Diabolo et les fous du volant.

 

Paul D’IVOI : La course au radium. Illustrations intérieures de Louis Blomfeld. Les voyages excentriques N°16. Editions J’ai Lu N°1544. Parution 10 octobre 1983. 512 pages.

ISBN : 9782277215448

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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 05:02

Lorsque l’Oncle Paul se lâche en fin d’article !

Pierre LAVAUR : Vous êtes trop jolie.

A vingt-deux ans, la trop jolie Jeannine Brémond ne manque pas de prétendants. Peut-être sont-ils attirés également par sa richesse en plus de sa joliesse et de sa grâce. Seuls deux jeunes hommes semblent avoir ses faveurs.

L’un, Jacques Daubry, vingt-six ans, beau garçon et de tournure aimable, issu d’excellente famille, promis à un bel avenir dans l’administration, s’est déclaré, mais elle a réservé sa réponse. Timide, il a attendu un certain temps qu’elle se décide mais elle a toujours repoussé l’engagement qu’il attendait.

L’autre, Fernand Lastours, semble avoir sa préférence mais celui-ci la dédaigne. C’est un actif, travaillant comme ingénieur d’usine. Son seul tort est d’être lui aussi timide, mais sans oser se déclarer. Pourtant il l’aime, Jeannine en est convaincue.

De leur côté, les parents de Jeannine verraient d’un œil favorable cette union. D’ailleurs, malgré leur souhait de garder leur fille à la maison, ils la pressent de se marier car elle en a l’âge. Et ils aimeraient aussi devenir grands-parents. Ils sont unanimes : Fernand Lastours, qu’ils connaissent bien pour le recevoir fréquemment, serait leur préféré.

Incidemment, alors qu’elle se promène dans un parc, Jeannine rencontre Daubry. Elle lui affirme toute son affection, sans plus. Quant à Fernand Lastours, il est bien obligé de s’expliquer sur son manque d’entrain et se non-demande en mariage. Il affirme qu’il l’aime mais qu’elle est trop jolie pour lui

Une phrase qu’il n’aurait jamais dû prononcer car Jeannine emploie les grands moyens, pensant ainsi que Fernand la demandera en mariage. Pas besoin de plus d’explication, l’illustration de couverture est assez parlante pour que je m’étende davantage sur le sujet. Seulement, et après, comment réagira le jeune homme inconscient de ses paroles ?

 

Un roman sentimental qui, comme souvent se clôt sur une note dramatique. Presque. Mais il est des paroles qu’il vaut mieux éviter de prononcer, même si l’on est sincère, on ne prévoit jamais les réactions que cela peut entraîner.

Les temps ont bien changé depuis ce début des années 1930, et une femme se conduirait-elle ainsi après avoir entendu ce genre de réponse ? Pas sûr, et même cette réplique pourrait éventuellement être considérée comme du non-harcèlement ou du harcèlement à l’envers. Les réactions ne seraient sûrement pas les mêmes de nos jours.

Et puis, entre temps, il y aurait eu essayage, et chacun aurait pu émettre son opinion sur d’autres capacités. Etait-ce mieux avant ? Mais comme disait la jeune mariée : je préfère avant parce qu’après c’est pendant !

Pierre LAVAUR : Vous êtes trop jolie. Collection Le Roman du Dimanche N°75. Editions Librairie Contemporaine. Parution 1933. 30 pages.

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29 janvier 2021 5 29 /01 /janvier /2021 05:28

De tous temps il y a eu des rebelles !

Hélène SIMART : Le rebelle.

Quelques individus voient du Dard partout. Ainsi ils affirment que sous le pseudonyme d’Agnès Laurent, auteur de romans dans la collection Angoisse du Fleuve Noir, il ne s’agirait pas d’Hélène Simart mais du créateur du commissaire chéri de ses dames, San-Antonio. Ils arguent en effet que le style d’Hélène Simart serait totalement différent de celui d’Agnès Laurent. Ils oublient qu’entre Frédéric Dard et San-Antonio ce fameux style est lui aussi distinct et que si ces deux noms n’avaient pas été reliés, on aurait souvent du mal à imaginer qu’il s’agit du même auteur.

Ayant eu l’occasion de lire un roman d’Hélène Simart, je me suis amusé à comparer et je n’ai trouvé aucune différence majeure entre cette dernière, spécialiste des romans dits sentimentaux, et celui d’Agnès Laurent, dont j’ai chroniqué par ailleurs L’Ultime rendez-vous.

Deux romans axés sur la psychologie des personnages principaux.

Entre Davies Norton, orphelin recueilli et élevé par son Oncle Edouard Norton, et celui-ci, s’est élevé un mur. Davis, après des études non achevées de médecine, s’est tourné vers la sociologie, abandonnant peu après les études et quittant le domicile de cet oncle, un hôtel particulier de Neuilly. Une rupture qui semble définitive et qui d’ailleurs l’est, puisque lorsque nous faisons la connaissance de Davies, celui-ci s’introduit dans la demeure familiale et apprend par Pierre, le fidèle serviteur, que son oncle vient de décéder.

Le conflit entre l’oncle et le neveu était permanent, et les événements de Mai 68 ont forgé l’esprit contestataire du jeune Davies. Il était devenu un rebelle, préférant effectuer de petits boulots pour subsister, louant une chambre mansardée dans un quartier très populaire de la capitale, et se rendant souvent dans une cité défavorisée de Nanterre et dans un bidonville.

Or donc, lorsqu’il arrive chez son oncle défunt, dont il ignorait le décès, il est interloqué par l’annonce que celui-ci venait de se marier avec une jeune femme de plus de trente ans sa cadette. Répondant au doux nom de Marie-Estella, c’est-à-dire Marie-Etoile. Le comble est atteint lorsqu’elle déclare sans vergogne que si elle s’est mariée, c’était bien pour l’argent, Edouard Norton ne désirant pas que Davies soit héritier.

Lors d’une nouvelle visite à Marie-Etoile (j’aime bien ce prénom !) Davies apprend qu’elle a fait venir son père et son jeune frère qui étaient restés en Espagne. Il avait bien vu sur une étagère la photo d’un homme déjà âgé, mais il s’était fourvoyé dans ses suppositions.

Davies reçoit très souvent ses amis dans son studio. Jacqueline, la seule femme du groupe ; Louki, ancien pupille de l’Assistance publique, efflanqué, faux Chérubin instable ; Fan, un métis intelligent et nonchalant ; Georges dit le Pluvian, maigre et roux, ayant perdu trois doigts de sa main droite dans une courroie de transmission. Ils se sont connus sur les barricades de Mai 1968.

L’argent de l’oncle, présumé détourné par Marie-Etoile, aurait fait le bonheur de ces cinq amis, qui aident les défavorisés de la cite Marguerite et du bidonville. Déjà Davies avait eu des projets d’emploi de cette manne, espoir tombé à l’eau. Pour autant lui et ses camarades ne désarment pas. Sachant que Marie-Etoile doit se rendre dans un restaurant huppé, les amis investissent l’établissement, le visage masqué, et dévalisent les clients. Seulement, Davies se brûle le poignet à la cigarette de Marie-Etoile et de plus il lui chipe une bague de valeur. Deux faits anodins qui seront lourds de conséquences.

Mais ce n’est pas assez, et un kidnapping est envisagé. Davies s’est entiché du jeune frère de Marie Etoile qui voit en lui un ami, un protecteur. Malgré ses objurgations, le gamin est enlevé à la sortie de l’école et Davies est contrarié, voire en colère. Marie-Etoile est désemparée.

 

Ce roman publié dans une collection sentimentale est également un roman policier, de suspense et d’angoisse. La bonne entente entre les amis se fissure bientôt, surtout lorsque Louki traite Fan de métis. Une entorse raciste que Davies n’admet pas.

Les actions entreprises par les amis envers les enfants de la cité et ceux des bidonvilles sont à assimiler aux agissements d’œuvres caritatives, un peu comme le font les compagnons d’Emmaüs, mais à une petite échelle. Et il y a en eux l’aspect de Robins des Bois modernes. Seulement, cela ne peut toujours durer, surtout lorsque les tensions s’élèvent et que le cœur s’émeut.

Il n’y a guère de différence entre Hélène Simart et Agnès Laurent, malgré les assertions de certains, du moins dans ce roman, beaucoup moins qu’entre Frédéric Dard et Agnès Laurent. Il me faudra trouver d’autres romans de cet auteur afin d’affiner les comparaisons.

 

On s’acharne à tuer le temps, en attendant qu’il nous tue. Finalement, c’est toujours lui le plus fort. Il gagne toujours.

 

Croyez-vous que si les clients des grands restaurants pratiquaient le jeûne, cela remplirait pour autant l’estomac des autres ?

Opinion bourgeoise d’une société de consommation.

Hélène SIMART : Le rebelle. Cercle Romanesque. Editions Jules Tallandier. Parution 3e trimestre 1975. 220 pages.

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25 janvier 2021 1 25 /01 /janvier /2021 05:22

Quand Barbara Cartland dénonçait la politique discriminatoire des races appliquée par ses compatriotes !

Barbara CARTLAND : Les roses de Lahore

Devenue orpheline à seize ans dans des conditions tragiques, Azalée Osmund a été recueillie par son oncle, un militaire intransigeant, rigide et obtus à la fin des années 1880.

Elle fille d’un militaire britannique et d’une mère d’origine russe, a quitté son pays natal, l’Inde, et s’est trouvée mise au service de son oncle et de sa famille. Sa tante, qui ne vaut guère mieux que son mari, et leurs deux filles. Elle est devenue la Cendrillon du foyer, occupée à des tâches ménagères, qu’elle subit sans broncher car elle sait qu’elle ne peut se rebeller. Le passé de ses parents ne plaide guère pour elle, selon son oncle. Elle cache un secret honteux, du moins c’est ce qu’il affirme, et elle doit vivre avec sans en parler. Sans pouvoir s’épancher auprès d’une oreille amie.

Lors d’une réception, elle est surprise, dans une salle retirée, par Lord Sheldon, un militaire impérieux et séduisant. Il était en discussion avec un ami, se plaignant de la politique britannique envers les peuples placés sous la domination de la Couronne royale. Il pense être en présence d’une domestique, à cause de sa vêture, et qu’elle l’espionnait mais elle dément toute intention de lui nuire.

Son oncle doit se rendre à Hong-Kong afin de remettre de l’ordre, le gouverneur actuel professant des idées qui ne sont pas à l’ordre du jour. Azalée est toute contente. Elle va retrouver une ambiance et une atmosphère qui lui manquent. Le froid, l’humidité, la grisaille britannique lui pèsent et au moins elle va se sentir presque chez elle. Le voyage s’effectue à bord d’un navire et si la famille Osmund bénéficie d’une cabine de première classe, la pauvre Azalée se verra confinée dans une sorte de débarras.

Mais elle ne reste pas recluse longtemps. Azalée s’occupe, avec l’accord d’une stewardesse, d’enfants des 2e et 3e classes. Au moins pendant qu’elle leur chantera des chansons et racontera des histoires, ils ne seront pas à courir dans les couloirs. Elle se lie avec une Chinoise de Hong-Kong qui doit rejoindre son mari. Et un jour, alors qu’elle se promène sur le pont, elle rencontre incidemment Lord Sheldon. Elle lui apprend son statut d’orpheline mais garde pour elle son secret. Ils tombent amoureux, ça arrive, pourtant durant leur séjour à Hong-Kong, elle continuera à rester évasive sur ce qui la tracasse et l’empêche d’être heureuse.

A Hong-Kong, elle sera reçue par son amie chinoise, et vivra des aventures mouvementées, étant même la proie de pirates qui pillent les navires malgré la flotte britannique qui maraude autour de l’île.

 

Roman sentimental, Les roses de Lahore est aussi un roman d’aventures historiques qui s’immisce dans la sociologie et la géopolitique de l’époque. Barbara Cartland écrit en prologue :

Sir John Pope-Kennedy fut le premier gouverneur de Hong-Kong à traiter les Chinois en égaux. Il fut aussi le premier à mettre en pratique le principe de non-discrimination des races, principe énoncé dans les instructions du gouverneur en 1886 seulement, mais bien antérieurement dans les lois concernant les colonies britanniques.

Et c’est bien ce principe de non-discrimination qui porte l’intrigue de ce roman, Barbara Cartland le mettra souvent en avant, dénonçant la morgue de ses compatriotes vis-à-vis des pays colonisés dont les habitants sont traités comme des êtres inférieurs. Azalée se hausse comme porte-parole de cette révolte morale. Elle n’hésite pas à déclarer à Lord Sheldon, lors de leur première rencontre située sous le signe d’un malentendu :

Les remarques que vous avez faites au sujet des femmes me font croire que vous êtes un homme insupportable, suffisant et vaniteux ; celles émises à propos de Hong-Kong correspondent exactement à ce que j’attendais d’un Anglais buté qui croit que la seule façon de prouver sa suprématie est d’écraser ceux qu’il a conquis par la force des armes.

N’avez-vous jamais pensé que tout irait mieux si notre nation traitait ces peuples étrangers avec davantage de générosité, de clémence et de considération ?

Et elle continue sa diatribe en enfonçant le clou. Mais ces propos ne sont pas uniquement à mettre au déficit moral de l’Angleterre. Bien des pays pourraient être la cible de ces vindictes, de nos jours encore.

Ce qui prouve que les romans de Barbara Cartland ne sont pas si anodins que certains veulent le croire en les dénigrant. Encore faut-il les lire pour porter un jugement de valeur.

Barbara CARTLAND : Les roses de Lahore (Fragrant Flower – 1976. Traduction de Roger Foehrle). Editions J’Ai Lu N°1069. Parution 15 avril 1980. 224 pages.

ISBN : 2277210692

Première édition : Editions de Trévise. 1978.

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 05:15

La peur de l’étranger jusque dans

les petits villages…

Barbara SYDNEY : Amoureuse de l’étranger.

Les habitants du petit village de Rosbourg, en Picardie, ne comprennent pas pourquoi Arnaud Benaerts, supposé écrivain spécialisé dans les romans d’aventures pour enfants, s’est installé seul dans une vieille masure dénuée de tout confort louée au fermier Fabry.

Les filles du fermier étaient présentes lorsque cet inconnu a proposé d’habiter cette masure. Marieké, seize ans, est sous le charme. Ses deux sœurs, Wilfride, vingt-deux ans et Célia, l’aîné de vingt-quatre ans, sont plus réservées. D’ailleurs Célia est fiancée à Benoît, le jeune instituteur du village. Marieké, afin de rencontrer le plus souvent possible le romancier, lui apporte des œufs, du beurre, des produits de la ferme. Mais l’homme ne se confie guère. Il n’est pas vraiment mutique mais cache jalousement sa vie privée, familiale.

Les villageois eux-aussi se posent de nombreuses questions et toutes les suppositions sont avancées. Arnaud est-il en fuite ? Certains affirment qu’il serait un repris de justice. Célia va jusqu’à affirmer qu’il est un espion.

Pendant ce temps, à Paris, dans le quartier chic jouxtant le Bois de Boulogne, Lucrèce d’Aigremont et son mari Xavier parlent de lui à demi-mots, sans le nommer. C’est toujours Il ou Lui. Xavier se montre plus conciliant tandis que Lucrèce voue une haine inextinguible envers l’écrivain. Quant aux enfants, Patrick qui va au lycée, et Catherine, quatorze ans, ils n’ont pas leur mot à dire.

Un jour, Arnaud Benaerts quitte le village et rejoint la capitale. Les habitants de Rosbourg, non prévenus, se posent des questions, lancent des rumeurs, alimentées par Célia. Marieké est déçue et Wilfride se rend compte qu’elle est tombée amoureuse d’Arnaud et le défend auprès de tous. Un gamin, qui s’avérera n’être autre que Patrick s’installe dans la masure, attendant Arnaud.

 

Ce roman d’amour et de haine psychologique procède par ellipses, les personnages apparaissant peu à peu mais leur rôle et leur rapport avec Arnaud se précisent par petites touches au fur et à mesure qu’avance le récit.

A la fin le lecteur saura quels liens attachent Arnaud et la famille d’Aigremont, et chacun des personnages dévoile sa véritable personnalité. La tension est alors à son comble.

Barbara Sydney n’est autre que Viviane Sirmen, épouse successivement Cambon puis Pernet, mais elle était surtout connue sous le pseudonyme de Liane Méry pour de très nombreux romans érotiques notamment chez Eurédif dans les années 1970.

Malheureusement, si elle a beaucoup produit, c’était souvent chez des éditeurs qui payaient mal, mettant parfois la clé sous la porte en oubliant de régler leurs dettes. Ce genre de mésaventure est arrivé à de très nombreux romanciers dits populaires, dont André Jammet qui signait Paul Berg ou encore Colonel Céruse. Des témoignages écrits le confirment.

 

Un seul geste. Un seul acte. Celui qu’espèrent toutes les femmes à un instant de leur vie : un baiser.

Mais ceux qui partent ne reviennent jamais tels qu’ils sont partis.

Première édition collection Nous Deux N° 231. Parution janvier 1965.

Première édition collection Nous Deux N° 231. Parution janvier 1965.

Barbara SYDNEY : Amoureuse de l’étranger. Collection Romance au coin du feu N°39. Editions Presses Sélect Ltée. Canada. Parution 4eme trimestre 1976. 176 pages.

Réédition de Cet inconnu dans la plaine. Collection Rose rouge N°8. France Sud Publication. 1976.

Première édition collection Nous Deux N° 231. Parution janvier 1965.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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