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17 avril 2021 6 17 /04 /avril /2021 04:23

Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, le Titanic

sombrait dans les eaux glaciales de l’Atlantique.

Didier DECOIN : La femme de chambre du Titanic.

Le propre d’un écrivain digne de son métier, de sa vocation, c’est d’absorber, dès les premières pages de son œuvre, le lecteur.

Que celui-ci entre de plain-pied dans l’action et ne relâche plus son attention. Qu’il y ait communion entre le roman et le lecteur. Et c’est véritablement ce qui se produit dès la première page de La femme de chambre du Titanic.

Horty sue sang et eau lors du concours annuel du meilleur docker, ployant sous la charge d’un veau vivant, pendant douze minutes, en courant.

C’est la cinquième année consécutive qu’il remporte ce concours et Zoé a de quoi être fière de son homme. D’autant plus qu’en cette année 1912, les temps sont durs pour le petit peuple, et un veau aide à améliorer l’ordinaire.

Mais les organisateurs en ont décidé autrement et, cruelle désillusion, le premier prix ne sera pas le veau, offert à un quelconque hospice, mais un voyage. L’inauguration à Southampton de la première traversée du Titanic et son premier voyage à New-York. Qu’à cela ne tienne, Horty a gagné et il va profiter de son cadeau.

Et cet homme de cinquante deux ans, marié à la frêle Zoé, va découvrir l’aventure et l’amour dans le port de Southampton. Une rencontre va le marquer à tout jamais.

C’est un brave homme qu’Horty, un être frustre et peu compliqué. Lorsque l’hôtelière lui demande de prêter sa chambre à une jeune femme, tout d’abord il refuse. Puis il accepte, désemparé devant cette jeunette timide, innocente et enrhumée.

Marie Diotret doit le lendemain embarquer en qualité de femme de chambre sur le Titanic. Ils vont passer la soirée ensemble, à manger dans une gargote. Puis ils vont coucher ensemble. Mais attention : dans le même lit, soit, mais en tout bien tout honneur.

De retour chez lui, Horty ne garde de Marie qu’une image, une photographie prise sur le port, au moment du départ. De quoi alimenter les conversations de ses amis au café de La Tête d’écaille.

Jusqu’au jour où Horty apprend que le Titanic a sombré dans l’océan. Dès lors, Horty affabule. Sa nuit d’amour toute platonique avec Marie devient une nuit d’amour extravagante. Lui qui de l’acte sexuel n’a connu avec Zoé, sa légitime, que des étreintes rapides et hygiéniques, invente des jeux qui laissent pantois les habitués de La Tête d’écaille.

Zeppe, un ancien Monsieur Loyal, va même l’exhorter à se produire dans des théâtres, des salles dans lesquelles les spectateurs restent sous le charme. Marie revit pour et par Horty, excitant les jalousies.

 

La femme de chambre du Titanic est un roman d’amour, d’atmosphère, un roman noir également, et Didier Decoin fait vivre sous une plume alerte, légère, parfois humoristique, parfois pathétique, une galerie de personnages hors du commun.

Un paradoxe puisque ces personnages justement font partie de ce que l’on nomme le petit peuple et que théoriquement ils vivent dans un monde clos, fermé, et que rien d’extraordinaire, d’inhabituel ne peut leur arriver.

Tout ça à cause d’un concours gagné dans la sueur, la douleur et la rage de vaincre.

Lorsque j’avais participé comme animateur dans un débat auquel Didier Decoin avait été invité, en mai 1991, il avait déclaré que son souhait serait que La femme de chambre du Titanic soit adapté au cinéma avec dans le rôle principal Gérard Depardieu, un film réalisé par Milos Forman.

Ce projet a avorté. Mais il ne faut pas oublier que Didier Decoin, fils d’Henri Decoin le cinéaste, ne considère pas le film comme une œuvre mineure par rapport au cinéma.

 

Didier DECOIN : La femme de chambre du Titanic. Editions du Seuil. Parution janvier 1991. 334 pages.

ISBN : 9782020129251

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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 03:58

Les histoires d’amour finissent mal, en général !

Guy VANDER : Qu’as-tu fait de ta jeunesse ?

Cousines, Louise, dix-sept ans, et Madeleine, vingt-deux, ont été élevées par le père de Louise, devenu veuf à la naissance de sa fille. Madeleine est orpheline recueillie par son oncle.

Au moment où nous faisons leur connaissance, elles sont toutes deux excitées car Robert Wall, le fils d’un ami exilé aux Etats-Unis, doit arriver. Enfin Louise va rencontrer pour la première fois celui qui lui est promis depuis des années.

Le mariage est projeté, seulement, comme vous pouvez vous en douter, des interférences amoureuses se produisent. Madeleine est attirée, malgré elle par le beau jeune homme, qui lui aussi se sent aimanté, malgré la présence affective de Louise.

Il va même déclarer sa flamme auprès de Madeleine qui tente de le raisonner. Elle ne veut pas trahir sa cousine.

Le mariage est célébré, Louise nage dans le bonheur, tandis que Robert nage dans les eaux troubles de l’envie. Un jour il soutient avec encore plus de tendresse, plus de chaleur, son amour à Madeleine qui elle aussi ressent la même émotion, tout en essayant de le repousser.

L’oncle de Madeleine, dont les oreilles traînent non loin, est persuadé que les deux jeunes gens sont amants. Il n’accepte pas cette situation et signifie à Madeleine, qui pleure comme une madeleine justement, qu’elle doit quitter la demeure et s’installer ailleurs, hors de sa vue.

Robert n’a pas dit son dernier mot !

 

Dans une intrigue conventionnelle, celle du trio, Guy Vander décrit cette histoire d’amour contrarié avec un côté sentimental larmoyant. Madeleine est confronté à un terrible dilemme, aimer le mari de sa cousine ou se désister. Elle résiste, grâce à son abnégation, mais une faille se produit. Toutefois elle trouvera la force pour résister après avoir succombé.

L’illustration de couverture est trop explicite pour laisser planer le doute sur le dénouement, mais tant pis, la lecture de cette historiette est trop agréable pour la négliger.

 

Guy VANDER : Qu’as-tu fait de ta jeunesse ? Collection Mon livre favori N°601. Editions Ferenczi. Parution 22 octobre 1932. 64 pages.

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31 mars 2021 3 31 /03 /mars /2021 04:35

Meilleur que le bain du même nom ?

Max-André DAZERGUES : Le cocktail de minuit.

La fête bat son plein à l’Elyséeum, un luxueux music-hall de l’avenue des Champs-Elysées, et surtout dans les coulisses. Le spectacle mis en scène par Maxime Frémy, le directeur, vient d’être joué pour la deux-centième fois et la vedette principale, Gladys Damour, est ovationnée. Elle doit se produire pour les Etats-Unis.

Naturellement Maxime Frémy est aux anges, mais il n’est pas le seul. L’amant de la charmante chanteuse, le banquier Abel Berhmann, ne peut que se réjouir, car le succès enregistré par sa maîtresse rejaillit sur lui. Seul peut-être Mimi d’Olso, le chanteur florentin, un individu chafouin, ressent une pointe de jalousie.

Berhmann invite chez lui à une petite fête quelques-uns des participants à cette prestation qui vient de se terminer. En sortant il remarque une des danseuses, une des Darling Girls, et elle lui tape dans l’œil. Et il se renseigne auprès de Mimi d’Olso. Comme à son habitude, à minuit, délaissant ses invités, Berhmann se rend dans son bureau afin de déguster son cocktail de minuit qu’il ingurgite quotidiennement à la même heure.

Ignorant l’attrait qu’elle suscite, Colette Denis rentre chez elle, dans sa mansarde où elle vit avec sa mère souffrante. Leur jeune voisin, Georges Serrières, s’enquiert de leur santé. Il est si prévenant avec Colette.

Dans un journal, il repère une petite annonce dans laquelle il est précisé qu’on recherche un secrétaire particulier. Pas de nom mais un numéro. Il se rend au journal, puis au domicile du particulier qui n’est autre que le banquier Berhmann. Celui-ci engage le jeune homme mais à une condition, que Georges soit à sa disposition vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Comme Georges a besoin de se refaire une santé financière il accepte, mais ne peut prévenir immédiatement son amie Colette.

Berhmann demande à Mimi d’Olso de lui organiser une entrevue avec Colette, et la jeune fille, confiante se présente au domicile du banquier. Elle accepte une coupe de champagne puis Berhmann tente de la prendre dans ses bras. Quoiqu’elle soit un peu grise, Colette se défend. C’est à ce moment que Georges entre inopinément dans la pièce et surprend Colette dans les bras de son patron.

Aussitôt il imagine que son amie cède aux avances de son patron alors qu’il n’en est rien, au contraire. Il coupe les ponts avec la pauvre Colette. Un peu plus tard, la banque Berhmann connait de sérieuses difficultés de trésorerie, mais Berhmann n’en a cure. Il continue à déguster son cocktail de minuit. Jusqu’au jour où il est découvert mort dans son fauteuil. Empoisonné. Crime ou suicide ? Georges est soupçonné de meurtre.

 

Comme souvent, un roman sentimental peut cacher une histoire policière.

Le cocktail de minuit est une œuvre de jeunesse, avec ses défauts et ses qualités, et malgré certaines coïncidences troublantes, l’intrigue tient la route, avec un épilogue dont on se doute mais qui est toutefois bien amené.

Par la suite Max-André Dazergues rédigera des intrigues plus abouties, toujours dans le registre sentimentalo-policier, mais en se renouvelant.

Max-André DAZERGUES : Le cocktail de minuit. Collection Mon livre favori. Editions Ferenczi. Parution 5 août 1929. 64 pages.

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23 mars 2021 2 23 /03 /mars /2021 04:32

Être une femme libérée, ce n’est si facile…

Marcelle DAVET : La lueur dans la nuit.

Cachée derrière un pilier de l’église de la Madeleine, Marianne Marcy assiste au mariage de son dernier amant en date. Elle est quelque peu dépitée, mais elle saura rebondir, comme à chaque fois.

Elle se remémore son enfance auprès de ses grands-parents, son passage au théâtre de Montauban où elle a été repérée grâce à sa voix harmonieuse, puis son entrée au conservatoire de Toulouse, sa présence à l’Opéra de Paris, son mariage avec le Prince Savouroff, l’assassinat de celui-ci lors de la révolution russe d’octobre 1917, son emprisonnement puis sa fuite facilitée par un rustre avec lequel elle a couché en guise de remerciements, puis son retour à la Paris, où elle connait le succès sur les planches de l’Opéra.

Cette remontée de souvenirs a été déclenchée également à la lecture d’un article d’un journal annonçant la présence d’Olga Savouroff, épouse Karl von Forbak, sa belle-sœur. Aussitôt elle se précipite à l’hôtel où réside cette princesse qu’elle aimait bien et est accueillie bras ouverts.

Olga s’inquiète pour la santé de son fils. L’air de Berlin ne lui convient pas et il doit s’installer quelque temps dans le Sud de la France. Mais il lui tarde de rejoindre son mari dont elle est toujours follement amoureuse. Marianne lui propose alors de s’occuper de son fils puisqu’elle-même va se rendre sur sa terre natale, à Montauban.

Elle retrouve le jeune homme, prénommé Eitel, qui a dix-huit ans et ne paraît pas si mal en point que cela. Et le jeune homme commence à lui faire une cour effrénée qu’au début elle repousse. Mais bientôt ils se retrouvent dans le même lit. Au grand contentement d’Eitel et d’elle-même car elle a toujours aimé l’amour et sa pratique charnelle.

Mais Eitel, malgré son jeune âge est imbu de sa petite personne, suffisant, et Marianne n’est qu’une passade à ses yeux. Bientôt Marianne fait la connaissance d’un militaire, le commandant Jean de Sermoy, et entre eux débute une histoire d’amitié suivie d’une histoire d’amour. C’est par hasard qu’il apprend l’identité de scène de Marianne, mais aussi ses précédentes frasques amoureuses. Pourtant cette fois, Marianne ne joue pas.

 

Marcelle Davet, plus connue sous le nom de Michel Davet par ses nombreux romans publiés chez Plon et aux Presses de la Cité notamment, fut une romancière prolifique dès les années 1930 jusqu’au début des années 1980.

Née Hélène Marty, le 2 décembre 1905 à Catus dans le Lot, elle est décédée le 16 novembre 1990 à Paris, dans le 16e arrondissement. Selon certaines sources (Babelio et Wikipedia), elle aurait emprunté son nom de plume à sa grand-mère, dont c’était le nom de jeune fille, et serait restée célibataire, sans enfant. Des informations qui se contredisent puisqu’elle se serait mariée avec le docteur Davet.

Elle a également signé sous les pseudonymes de Madeleine Bru et Laura Mirandol. Son roman Douce a été adapté au cinéma par Claude Autant-Lara, l’héroïne étant interprétée par Odette Joyeux.

Avec La lueur dans la nuit, elle nous propose un étonnant portrait de femme, libre avant l’heure, ayant eu de nombreux amants, mais n’étant pas une femme vénale. Une amoureuse tout simplement, profitant de la vie et des hommages, ou des circonstances parfois dramatiques tout en y trouvant malgré tout son plaisir.

Comme elle le déclare elle-même :

J’ai mené la vie libre des hommes et, jusqu’à ce jour, je pensais que c’était mon droit.

Ce qui était permis aux hommes était interdit aux femmes. Rappelez-vous ces mères de famille qui déclaraient, cachez vos poules, je sors mon coq, parlant de leurs fils.

Marcelle Davet dans ce roman, à l’écriture soignée, égalait la pensée de ces romancières qui se sont fait une célébrité littéraire dans le combat de la femme pour la parité, l’égalité sexuelle, et autre, telles que Renée Dunan, Colette, Françoise d’Eaubonne et bien d’autres, mais n’a pas atteint la gloire à laquelle elle aurait pu prétendre, étant éditée chez un éditeur populaire dont la production était trop prolifique pour marquer les esprits.

 

Marcelle DAVET : La lueur dans la nuit. Collection Le Livre favori N°1146. Editions Ferenczi. Parution 2e trimestre 1954. 64 pages.

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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 04:24

Un auteur bicéphale

Pierre MAËL : Fille de rois.

En ce mois de janvier 1641, partie de la région de Quimperlé, la jeune Jeanne de Plonay, comtesse de Blois et de Poher, treize ans, surnommée Jeanne la Pâle à cause de son teint de porcelaine blanche, se rend à Rennes. Elle désire rencontrer les Messieurs du Parlement afin de plaider sa cause dans une affaire de spoliation d’héritage que c’est approprié un sien parent.

Elle est accompagnée de huit personnes : son cousin Hervé de La Ville-Rouault, le sire de Kerbullic son oncle maternel, le majordome Anthelme Bullic plus deux serviteurs, Hugon Bohec et Yves Kemener. Dans le fiacre qui l’emmène, siègent Anne de Plonay, une parente, et Reine Bohec la première de ses suivantes, et la petit Aloyse Kemener, sœur du serviteur.

Sa requête n’ayant pu aboutir, Jeanne de Poher décide d’en référer plus haut auprès du cardinal Mazarin mais avant de rejoindre la capitale, elle se rend à Blois où siègent quelques membres de la famille royale.

En cours de route, cet équipage s’installe pour une nuitée dans une auberge. Mais celle-ci est attaquée par des brigands de grands chemins, et Hervé de La Ville-Rouault, dix-neuf ans, et ses compagnons ainsi que l’aubergiste et ses valets, se montrent intrépides, refoulant les assauts. Une bataille bientôt couronnée de succès. Surtout pour Hervé qui est amoureux de sa jeune cousine.

Puis il aura encore l’occasion de démontrer son courage lorsque des loups affamés par la rigueur de l’hiver attaquent eux aussi le convoi. Non sans mal encore une fois, il réussira à mettre en fuite les canidés.

Arrivée à Blois, Jeanne de Poher est reçue comme il est dû à son rang, mais la jeune Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans et cousine germaine du futur Louis XIV, lui bat froid car toutes deux possèdent le titre de comtesse de Blois. Pourtant Jeanne de Poher n’usurpe pas son titre puisqu’elle est la petite fille d’Oliver de Bois, duc de Penthièvre. Une mise au point nécessaire qui attire les bonnes grâces de celle qui deviendra la Grande Mademoiselle. Les deux adolescentes sont à peu près du même âge et bientôt elles deviendront amies.

Tandis que Jeanne de Poher reste à Blois en compagnie de sa jeune compagne mademoiselle de Montpensier, Hervé de La Ville-Rouault se rend à Paris où il est présenté au cardinal de Richelieu, par l’entremise de son oncle Geoffroy de Kerbullic et d’un ancien compagnon d’armes de celui-ci attaché au service du prélat ministre.

Il est affecté au service du maréchal de La Meilleraie puis à celui de Louis de Bourbon, duc d’Enghien, un général de vingt-deux ans. Il se distingue lors de la bataille de Rocroy contre les Espagnols.

 

Ce roman se déroule de 1641 jusqu’en 1652, à la fin de cette période qui vit la révolte des Princes, déclenchée par la haine de Condé et quelques autres envers Mazarin et contre la royauté en général depuis Henri IV et Louis XIII. La fameuse Fronde ou Guerre des Lorrains qui ébranla le pouvoir royal.

Un épisode trouble au cours duquel Hervé de La Ville-Rouault saura se mettre en valeur, tandis que La Grande Mademoiselle participera activement à cette révolte, contre le jeune futur Louis XIV né en 1638.

Trempant sa plume dans l’encrier d’Alexandre Dumas, Pierre Maël, pseudonyme collectif de Charles Causse (1862-1904) et Charles Vincent (1851-1920), fait revivre cette période agitée avec verve.

Fille de rois est tout autant un roman historique, qu’un roman sentimental, malgré le jeune âge des deux principaux protagonistes. Surtout Jeanne de Poher qui n’a que treize ans au début du récit mais dont l’émoi amoureux s’intensifie au fur et à mesure de la déclinaison de cette intrigue, un élan amoureux qui toutefois reste chaste (y’en a qui ont eu peur, l’époque actuelle fustigeant les amours enfantines).

Malgré leur jeune âge, treize ans et un peu plus, Jeanne de Poher et Anne Marie Louise d’Orléans sont déjà matures. Jeanne la Pâle est déterminée, courageuse, et Anne Marie Louise est déjà rebelle, indépendante et dotée d’un fort caractère. Ce qui les a divisé au départ et a forgé leur amitié par la suite. Deux figures féminines loin des clichés de soumission de l’époque. Mais les autres protagonistes eux aussi possèdent un caractère trempé.

Les romans d’aventures, historiques et sentimentaux de Pierre Maël étaient destinés à la jeunesse et furent souvent associés comme livres d’étrennes et prix scolaires. Ils connurent le succès jusque dans les années 1950 et si leurs auteurs, tous deux d’origine bretonne, étaient catholiques fervents et légitimistes, n’en font pas étalage dans leurs écrits. A noter que Charles Causse est le père de Jean d’Agraives, lui-même auteur fort reconnu

Pierre MAËL : Fille de rois. Collection Bibliothèque de la Jeunesse. Editions Hachette. Parution 1948. 256 pages.

Première publication : Hachette. 1902.

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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 05:40

Mariage foutu ?

Pierre LAVAUR : Fiançailles rompues.

A la veille du grand jour, Emmeline et Amélie, la gouvernante, papotent à propos de littérature. Il est vrai qu’Amélie est une lectrice compulsive, mais c’est son domaine réservé. Depuis plus de quarante ans elle est au service de la famille Brémont, et jouit d’une existence paisible et régulière.

Presque, car le lui rappelle Emmeline, un drame s’est déroulé dans cette honorable famille aisée d’armateurs près de dix-huit ans auparavant. Mais revenons sur ces épisodes, avec l’assentiment des protagonistes.

Trois épisodes qui se sont enchaînés dramatiquement. Jeune marié, Gérard Brémont se rendit en Indochine pour des affaires, laissant seule sa jeune épouse. Raymonde s’ennuie bien un peu de son mari absent pourtant lorsque ses amies désirent qu’elle participe avec elles à un bal donné sur l’Alcyon, un trois-mâts basé en rade du Havre, elle refuse. Il fallut que ce soit son père qui insista pour qu’elle accepte d’y participer. Seulement un incendie se déclare à bord du bâtiment, et elle en réchappe miraculeusement. Mais son père et sa sœur n’ont pas eu cette chance.

Devenue dépressive, Raymonde est soignée par Amélie. Un jour Raymonde décida de quitter la demeure de Sainte-Adresse pour s’installer seule au château d’Ormesson, près de Montivilliers. Parfois elle revenait à Sainte-Adresse, mais pour un laps de temps très court. Les mois s’écoulent puis enfin Gérard Brémont revient au port. Raymonde, prévenue, est revenue au domicile conjugal mais elle est pâle, en pleurs. Gérard attribue cette tristesse à la perte de ses parents et n’osent pas interroger sa femme qui dépérit.

Un jour une villageoise de Montivilliers portant un poupon demande à s’entretenir avec Raymonde. Il s’ensuit que Raymonde demande à son mari de tenir lieu de père à l’enfançon, prénommée Emmeline, et qui est orpheline. Quelques jours plus tard, Raymonde décède sans avoir fourni plus d’explication quant à son geste concernant la petite Emmeline.

Les années ont passé et dix-huit ans plus tard, au moment où nous faisons la connaissance de la jeune fille, celle-ci doit se marier le lendemain avec son protecteur, le quadragénaire Gérard Brémont. Mais cette journée est particulière, et pas uniquement à cause des préparatifs de la noce. Et tandis qu’Amélie remémore ces événements, ces épisodes douloureux à Emmeline, surgit un invité, Richard Noisy, un vaudevilliste optimiste.

Le jeune André Chazel, amoureux d’Emmeline lui donne un rouleau de documents secrets la concernant de la part de son employeur, le notaire familial, documents qui devaient lui être remis la veille de son mariage. Puis il lui annonce son départ pour Paris. Il trouvera facilement du travail dans la capitale et ne veut pas empiéter sur la décision d’Emmeline et de son bienfaiteur, Gérard Brémont, qui s’est occupé de lui tandis que son père veuf parcourait le monde à bord d’un navire. D’ailleurs Firmin Chazel, l’ami de la famille, et dont il a fait la connaissance en Indochine dans des circonstances qui auraient pu lui être fatales, est attendu pour le lendemain.

Emmeline laisse le soin à Gérard Brémont de s’enquérir du contenu des documents dont l’enveloppe est scellée. Brémont tergiverse, n’osant décacheter le rouleau, puis il monte dans sa chambre, les fameux papiers à la main. Il est bientôt l’heure pour le notaire de procéder à l’établissement du contrat de mariage, et les témoins se pressent dans la pièce où se tenaient au début du récit Emmeline et Amélie. Seulement Gérard Brémont se fait attendre. Et lorsqu’il redescend enfin, il prie tout le monde dégager et de le laisser seul.

 

Fiançailles rompues, comme son titre l’indique, est un roman sentimental mélodramatique, doublé d’un suspense psychologique.

L’auteur, avec malice, nous met en condition afin d’anticiper les événements qui vont se dérouler dans la journée et le lendemain, avec quelques retours en arrière fournis par les différents protagonistes.

Le lecteur est persuadé qu’un coup de théâtre va se dérouler, ce qui ne manque pas de se produire, que la naissance d’Emmeline est l’un des ressorts de ce mélodrame, mais l’épilogue déjoue tous les pronostics.

Un bon roman écrit par un romancier dont on parle peu de nos jours. Né le 2 novembre 1865 à Bordeaux, décédé à Paris le 6 juin 1943, Pierre Lavaur, de son vrai nom Henri Gibert (est-il apparenté au fameux libraire du Quartier Latin ?), utilisa de nombreux pseudonymes dont Claude Syrvall, Pol Ternoise, Gille Cordouan, Paul de Calonges.

Des romans sans prétention, parfois un peu naïfs, mais charmants, et à l’écriture soignée, agréable, peut-être ampoulée penseront certains, mais il s’agit bien du reflet d’une époque et du respect des auteurs envers les lecteurs. Que demander de plus pour occuper ses soirées et ses dimanches, sans se prendre la tête ?

Pierre LAVAUR : Fiançailles rompues. Collection Le Livre de Poche N°324. Editions J. Tallandier. Parution octobre 1933. 64 pages.

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19 février 2021 5 19 /02 /février /2021 05:55

Avec ses pépins…

Amédée ACHARD : Le Clos Pommier.

Le Normand n’est point pingre ni avare, il est économe.

Le père Glam, garde-champêtre à Varaville près de Cabourg et de Dozulé dans le Calvados, pourrait être riche mais il a trop bon cœur, et ses économies se sont envolées afin de permettre à des membres de sa famille, à des voisins, à des amis de ne pas se retrouver ruinés. Du coup, c’est lui qui se retrouve presque sur la paille. Heureusement, sa fille Catherine fait bouillir la marmite grâce à ses travaux domestiques et les dentelles qu’elle tisse infatigablement.

Le père Glam est veuf et il a eu le malheur de perdre son fils Fulgence de l’autre côté des océans, péri en mer. Jean Simon, pêcheur et qui était aux côtés de Fulgence lors de sa disparition, a ramené les quelques effets filiaux. Le père Glam les garde précieusement dans un coffre dans l’ancienne chambre de Fulgence, une pièce dédiée à son fils.

Simon et Catherine s’apprécient et envisagent même de se marier. Seulement le père Hennebaut, riche propriétaire local, aimerait pouvoir annexer à son domaine les quelques terres et la maison dite du Clos Pommier à cause de l’arbre qui trône dans la cour. Et Pacôme, le fils Hennebaut, se verrait bien marié à cette fille courageuse et travailleuse. Et comme le père Glam est redevable de quelques dettes qu’il ne peut honorer, une forme de chantage s’exerce sur lui.

En bon Normand qu’il est, il tergiverse puis signifie son refus à cette union, ce qui l’entraîne dans des complications sans fin. Un huissier de Dozulé est mandaté pour réquisitionner le Clos Pommier, au grand dam de Catherine et de Simon. Les deux amoureux se sentent contraints d’accepter la proposition de Pacôme mais auparavant ils contactent quelques membres éloignés de la famille, et l’huissier ému prélève même sur sa cagnotte quelques pièces blanches afin de rembourser la dette. Même les édiles et les notables des alentours se cotisent pour arrondir la somme. Mais cela ne suffit pas. Têtu, comme tout bon Normand qui se respecte, le père Glam ne veut pas donner la main de sa fille à n’importe qui, surtout à Pacôme. Seulement, ses vieux démons d’aider son prochain se réveillent et l’argent récolté est offert à un voisin qui est encore plus dans la dèche que lui.

 

Auteur du XIXe siècle, Amédée Achard est bien dédaigné de nos jours. Seuls survivent dans la mémoire littéraire deux romans, Les Coups d’épée de M. de La Guerche et Envers et contre tout. Pourtant il a écrit plus d’une soixantaine de romans d’inspiration diverse.

Roman de l’amour et de la jalousie, de l’honneur et de la cupidité, de la prodigalité et de la convoitise, de l’abnégation et de la concupiscence, Le Clos Pommier met en scène deux types de personnages aussi différents l’un de l’autre qu’un arbre vert qu’un arbre mort. L’un donne ses fruits à profusion, l’autre est un cœur desséché.

Dans ce roman datant de 1858, nous découvrons les prémices des thèmes que développeront plus tard Hector Malot, Emile Zola, Guy de Maupassant et quelques autres. L’argent, le terroir, le naturalisme, l’adversité à toute épreuve, le don de soi, le sacrifice et le dévouement, et une forme d’accumulation d’épreuves sentimentales et financières en sont les ressorts inépuisables.

Une étude des mœurs paysannes décrites avec justesse placées dans un quotidien séculaire, car ce qu’il se déroulait hier ou avant-hier se passe encore de nos jours malgré la libération des traditions ancrées dans les esprits. Presque car le poids des habitudes et des conventions régit souvent encore le parcours sentimental devant les exigences capitalistes.

Amédée ACHARD : Le Clos Pommier. Collection Dauphine N°63. Editions de Montsouris. Parution 2e trimestre 1947. 96 pages.

Première édition 1858.

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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 04:26

A ne pas confondre avec les Compagnons de J’ai bu !

Alexandre DUMAS : Les compagnons de Jéhu.

Le 9 octobre 1799, deux voyageurs s’arrêtent à l’Hôtel du Palais-Royal d’Avignon et demandent à se sustenter à la table d’hôtes, où déjà sont installés une douzaine de convives. Les discussions vont bon train, la ville papale étant principalement royaliste. Mais ce sont les récentes attaques de diligences qui alimentent les conversations.

En effet, une bande nommée Les Compagnons de Jéhu s’en prend aux diligences transportant des fonds destinés au gouvernement, s’emparant de l’argent récolté. Cet argent, indûment acquis, est destiné aux rebelles de Vendée afin de leur permettre de continuer leur travail de sape et de rétablir les Bourbons sur le trône de France, en l’occurrence le roi Louis, dix-huitième du nom.

S’introduit un homme masqué, répondant au nom de Morgan, qui remet à l’un des convives un sac d’argent qui se trouvait en compagnie de l’argent destinée au gouvernement. Car, il l’affirme, les Compagnons de Jéhu ne sont point des voleurs de grands chemins et ne dérobent jamais le pécule des particuliers. Puis il repart comme il est arrivé sans être inquiété.

Les deux inconnus ne sont guère diserts. L’un répond au nom de Roland, l’autre est un général d’après son ami. L’on apprendra plus tard qu’il s’agit de Bonaparte qui vient de débarquer à Toulon, ayant quitté précipitamment l’Egypte. Nous retrouverons plus tard Bonaparte, mais ce sont bien Roland de Montrevel et le fameux Morgan, qui n’est autre que le baron Charles de Sainte-Hermine, qui s’imposent comme personnages principaux de ce roman.

Le général et Roland se quittent, l’un pour monter à Paris, l’autre pour se rendre dans sa famille près de Bourg (devenue Bourg-en-Bresse). Mais auparavant, Roland doit s’acquitter d’une dette d’honneur envers l’un des convives et pour cela, il demande à un Anglais, qui était présent lors de la tension qui montait autour de la table, sir John Tanlay de lui servir de témoin. Roland sort vainqueur de son duel et peut partir dans l’Ain en compagnie du Britannique, un compagnon qu’il apprécie et les deux hommes deviendront amis.

Roland et sir John Tanlay sont accueillis à bras ouverts par Madame de Montrevel, le jeune Edouard, treize ans, et Amélie, la sœur de Roland, une fort belle jeune fille d’une vingtaine d’années. Les Compagnons de Jéhu sévissent dans la région et Roland, qui a découvert leur refuge dans un vieux couvent, est épargné. Il n’est va pas de même de Sir John, qui s’étant rendu de nuit sur les lieux où Roland a surpris une réunion des Compagnons, déguisés et masqués, est grièvement blessé. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que Morgan et Amélie se retrouvent en cachette, étant amoureux l’un de l’autre.

Puis Roland, ayant retrouvé Bonaparte à Paris, est envoyé par celui-ci en mission afin de parlementer avec Georges Cadoudal, le chef des insurgés bretons. Les fameux Chouans, ou chats-huants, ainsi surnommés car leur cri de ralliement est le cri de la chouette.

Entre Morgan et Amélie, ce sont des amours contrariées, car ils appartiennent à des clans différents. Quant à Sir John, remis de ses blessures, il tombe amoureux de la jeune fille.

 

Situé entre le 9 octobre 1799 et le 14 juin 1800, ce roman fourmille de nombreuses péripéties hautes en couleurs, dont les moindres ne sont pas le coup d’état du 18 brumaire fomenté par Bonaparte, instaurant le Consulat, et la bataille de Marengo, décrite en long, en large, et en travers.

Un roman dense, qui n’oublie pas les coups d’éclats, une très grande partie se déroulant en Bresse ou encore dans le Morbihan, fief de Cadoudal. Avec des personnages qui se combattent mais en même temps, quoiqu’ils appartiennent à des régimes politiques différents, s’estiment. Les amours de Morgan et d’Amélie s’inscrivent dans la longue liste des amants qui s’aiment malgré les divisions dressées entre eux. Un peu à la façon de Roméo et Juliette. Une histoire dans l’histoire.

C’est la reconstitution de toute une époque avec en toile de fond l’ombre du général Dumas, le père de l’auteur, et du général Brune, deux proches de Bonaparte mais pas de Napoléon. Roland de Montrevel est un jeune homme atteint de mélancolie qui désire mourir, quel que soit le moyen, duels, combats contre des adversaires, mais sans aller jusqu’au suicide. Or lorsqu’il combat les Chouans, en Bresse puis en Bretagne où il est envoyé par Bonaparte, sa vie est mystérieusement préservée, se demandant pour quelle raison.

Le personnage de Bonaparte, pour une fois de la part de Dumas, n’est pas considéré comme un chef d’état plongeant la France dans les guerres. Il bénéficie d’une certaine mansuétude, contrairement à certains romans, comme Conscience l’Innocent dans lequel il est surnommé l’Ogre Corse ou encore le Petit tondu.

Si Dumas se perd parfois en digressions, il se justifie, tout comme il explique dans sa note au lecteur, narrant les différents événements dont Avignon, ville royale et papale, fut le théâtre, qu’il ne peut rédiger un roman sans se rendre personnellement sur place afin de s’imprégner de l’atmosphère des lieux et du décor qui les nimbent.

 

Collection Alexandre Dumas. Fac-similé Collection A. Levasseur et Cie. Illustrations de G. Doré, A. De Neuville et Daubigny. Editions Altaya. 366 pages.

Collection Alexandre Dumas. Fac-similé Collection A. Levasseur et Cie. Illustrations de G. Doré, A. De Neuville et Daubigny. Editions Altaya. 366 pages.

A noter que la différence du nombre de pages qui existe entre les trois versions proposées est consécutive à la mise en page et à la taille des polices de caractères employées.

 

Alexandre DUMAS : Les compagnons de Jéhu. Collection Folio Classique N°6855. Parution 26 novembre 2020. 864 pages. 11,50€.

ISBN : 9782070464463

Collection Alexandre Dumas. Fac-similé Collection A. Levasseur et Cie. Illustrations de G. Doré, A. De Neuville et Daubigny. Editions Altaya. 366 pages.

Collection A tous les vents. La Bibliothèque électronique du Québec. 851 pages. Version numérique gratuite. 544 pages sur liseuse Bookeen.

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 05:19

Et l’Ange vint…

David ANGEVIN : Les aigus Bee-Gees.

Ce roman de David Angevin ne s'inscrit pas directement dans la mouvance de la littérature noire, pourtant il existe une atmosphère qui s'y apparente et une ébauche d'enquête rapidement avortée.

Garth est enseignant dans un collège et Emma, sa collègue, est en butte aux agressions sexuelles de ses élèves. La déprime est proche et Garth saura lui rendre le goût de vivre dans une séance de copulation sur la moquette élimée de son appartement.

La voisine de Garth, qui lui prête des magazines dont la teneur est strictement réservée aux adultes, part pour le Mexique. Mais elle ne revient pas et au bout de quelques mois Garth décide de la retrouver en compagnie d'Emma.

Ils feront la connaissance d'un producteur de télé qui avale du Prozac comme d'autres sucent à longueur de journées du Cachou, de stars du porno, et chacun trouvera sa voie, qui comme scénariste, qui comme vedette en page centrale.

 

Les aigus Bee-Gees se découpe en chapitres qui constituent à eux seuls de petites nouvelles, comme les romans de Barry Gifford mettant en scène Sailor et Lula.

Un roman bizarre dans lequel l'intrigue passe au second plan, l'auteur s'ingéniant à privilégier les personnages et les tranches de vie prélevées comme au hasard. Un peu comme si le lecteur feuilletait un album photo.

Un livre qui ne peut laisser indifférent.

 

David ANGEVIN : Les aigus Bee-Gees. Collection Franc-parler. Editions de l'Incertain. Parution juin 1994. 120 pages.

ISBN : 9782906843523

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 05:50

La grande course autour du monde…

Paul D’IVOI : La course au radium.

Nonchalamment étendu dans un fauteuil de son appartement parisien, Dick Fann, détective privé anglais, se repose béatement. Il n’a rien d’autre à faire. Sauf que Jean Brot, son serviteur engagé de la veille, un gamin d’une quinzaine d’années, s’introduit dans la pièce en précisant qu’une jeune fille désire lui parler. C’est une question de vie ou de mort, selon elle.

Aussitôt le détective redevient l’homme d’action et reçoit Fleuriane Defrance, Canadienne. Son père, Catulle Defrance, est le syndic de l’Association mondiale du commerce des pierres précieuses. Or quelques mois auparavant, un vol simultané a été perpétré en divers pays, et les individus malhonnêtes se sont emparés de quelques vingt-trois grammes de radium.

Des expériences ont démontré que l’exposition de corindons ordinaires au radium transformait ces pierres de peu de valeur en pierres précieuses tandis que l’exposition des gemmes dans un four électrique amenait une décoloration et une dépréciation de ces mêmes gemmes. Des manipulations préjudiciables dans certaines circonstances mais destinées également pour éloigner des individus peu scrupuleux.

Fleuriane sent que les voleurs de radium la surveillent pour l’amener à la cachette de pierres précieuses transformées en vils corindons, et elle a peur pour son père resté au Canada. Aussi elle se propose d’organiser une course automobile, et elle demande à Dick Fann d’être son mécanicien. Ce qui lui permettrait de rejoindre l’autre côté de l’Atlantique en compagnie d’autres concurrents.

C’est à ce moment que Jean Brot introduit un policier émérite en la personne de monsieur Ginat. Celui-ci demande d’enquêter sur un vol de pierres précieuses en la boutique d’un joailler installé rue de la Paix, le sieur Larmette. Dick Fann se rend au lieu indiqué et s’aperçoit que le célèbre joailler a pipé les dés et que le vol est du pipeau.

Bientôt c’est le grand jour du départ de la course automobile, qui part de Paris, traverse l’Atlantique, se rend de New-York à San-Francisco, remonte à Valdez en Alaska, traverse le détroit de Béring, puis parcourant la Sibérie, revient à Paris via Moscou. Parmi les concurrents, Dick Fann qui sert de mécanicien, c’est-à-dire de chauffeur à Fleuriane, le jeune Jean Brot ainsi que dame Patorne, la dame de compagnie de Fleuriane. Ils voyagent à bord d’une De Dion de 30 CV. Mais Larmette, le joailler prétendument spolié, participe également à cette course en compagnie de Botero, l’ingénieur qui a mis au point leur véhicule de 100 CV, sorte de tout terrain. Larmette s’attache aux pas, ou plutôt aux roues de Fleuriane, dans l’espoir que celle-ci l’amènera à son père et aux corindons trafiqués. La vie de Catulle Defrance, de sa fille Fleuriane, et bien entendu des accompagnateurs de la jeune fille, est menacée. Ils s’en rendront rapidement compte.

Car voyage ne s’avère pas être de tout repos. De nombreux incidents, voire accidents, ponctuent ce périple. Dick Fann est obligé de se grimer à afin de pouvoir mieux surveiller les agissements de Larmette et consorts. De plus il se trouve embarqué dans une enquête à la demande de Gregson, chef de la police new-yorkaise, à l’initiative de Larmette qui a présenté les deux hommes l’un à l’autre. Pendant ce temps Fleuriane, Jean Brot et madame Patorne continuent leur périple à travers les Etats-Unis, conduits par un nouveau mécanicien, un homme à la solde de Larmette. Larmette lui-même se trouve parfois devant, parfois derrière Fleuriane qui sera rejointe par Dick Fann en cours de route. Jean Brot, qui tient un carnet de voyage, transcrit leurs péripéties, nombreuses et mouvementées, lorsque Dick Fann est occupé par ailleurs.

 

Il existe une similitude entre Dick Fann, détective privé britannique, et Sherlock Holmes. C’est un adepte de la déduction par l’observation. Il pourra démontrer ses talents à moult reprises au cours de ce voyage qui s’inspire de The Great Race, un événement médiatisé durant les années 1907 et 1908 en France et aux États-Unis. Et qui n’est pas sans rappeler le film de Blake Edwards, La grande course autour du monde, sorti en 1965, avec Tony Curtis, Jack Lemmon et Nathalie Wood dans les rôles principaux. Fatalitas !

Des autres concurrents, il n’est est pas question, l’auteur s’attachant à décrire les aventures partagées par Dick Fann et ses compagnons d’une part, et dans un moindre nombre d’épisodes, à Larmette et consorts.

Les personnages mis en scène ne manquent pas d’originalité apportant au récit des touches d’humour, dans une intrigue débridée.

Le radium a été découvert par Marie Curie et son mari Pierre en 1898 et de nombreux romanciers se sont emparés de cette donnée scientifique pour l’imposer dans des romans de science-fiction. Tout naturellement Paul d’Ivoi y a trouvé un emploi dans ce roman d’aventures fantaisistes et policières, teintées de fiction scientifique, et lui offrant quelques débouchés originaux, le tout combiné à cette fameuse course évoquée ci-dessus.

Le point de départ semble un peu faible, tiré par les cheveux comme disait le chauve, mais il est rapidement gommé par l’accumulation d’épisodes, reliés ou non, qui constituent l’intrigue, un peu dans l’esprit, mais par anticipation, de la série télévisée animée composée de 34 épisodes et qui s’intitulait Satanas et Diabolo et les fous du volant.

 

Paul D’IVOI : La course au radium. Illustrations intérieures de Louis Blomfeld. Les voyages excentriques N°16. Editions J’ai Lu N°1544. Parution 10 octobre 1983. 512 pages.

ISBN : 9782277215448

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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