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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 04:14

Quand on partait de bon matin
Quand on partait sur les chemins
A bicyclette
Nous étions quelques bons copains…

Maurice LEBLANC : Voici des ailes.

Deux couples en promenade s’apprêtent à se restaurer dans un établissement du Bois de Boulogne. Les deux hommes comparent leurs montures, en tout bien tout honneur. En effet ils sont arrivés, ainsi que leurs compagnes, en bicyclette, et ils s’extasient devant l’étroitesse des pédaliers, la rigidité des cadres, et autres détails concernant ce moyen moderne permettant de se déplacer partout.

Il est vrai qu’en cette année 1898, la technologie a beaucoup progressé et les bicyclettes sont devenues plus légères, plus maniables et fort agréables à enfourcher.

Les deux couples sont composés de Guillaume d’Arjols et de sa femme Madeleine ainsi que de Pascal Fauvières et de son épouse Régine. Des éléments si dissemblables que l’on se demande comment ils ont pu se marier ou tout simplement se prendre d’amitié.

Au bout d’une année de mariage, Guillaume a repris son habitude de fréquenter les couloirs de théâtres et les boudoirs d’accès facile, n’ayant pas honte d’afficher ses maîtresses. Madeleine est assiégée par les hommes, et elle accueille favorablement leurs hommages. Pour autant elle reste sage, étant d’une nature équilibrée.

Pascal lui est du genre mutique, voire taiseux, sauf lorsqu’un sujet le passionne et dans ce cas il peut être prolixe. Régine est plus gamine et enjouée, alerte et bavarde.

Les deux hommes se sont connus par leurs femmes qui étaient amies de pension.

Comme ils doivent se rendre à Dieppe quelques jours après, pourquoi ne pas y aller à bicyclette, propose Guillaume. C’est un long voyage, mais ils iraient en train jusqu’à Rouen, puis dans la cité portuaire avec leurs vélos, ce qui ne leur prendrait que deux jours. L’idée est adoptée, et les préparatifs achevés, bon voyage Monsieur du mollet…

Puis, comme il fait beau, pourquoi ne pas continuer et visiter la Normandie par petites étapes. Mais bientôt des affinités se créent entre les différents partenaires des deux couples. C’est ainsi que la pétulante Régine est plus souvent en selle aux côtés de Guillaume, tandis que la réservée Madeleine appuie volontiers sur les pédales en compagnie de Pascal.

Et un jour, à l’embranchement de deux chemins, les deux groupes se séparent, volontairement ou non, peu importe, et qu’ils continuent leur périple en couples séparés.

 

Ce court roman est une ode à la nature normande, traversant les cinq départements, mais également un éloge aux bienfaits de la promenade à bicyclette, et naturellement une charmante histoire d’amour qui se développe peu à peu en cours de route.

L’auteur s’attache plus aux pérégrinations de Pascal et Madeleine, laissant Guillaume et Régine batifoler de leurs côtés. Et cet amour naissant surprend ce nouveau couple de vélocipédistes, mais avec pudeur. On est loin du temps où l’on couche d’abord puis échange les prénoms après. C’est tout doucement que les liens se créent, avec des hésitations de part et d’autre, des rougeurs et des pâleurs lors des discussions, des aveux à moitié émis, des baisers chastes volés, et ainsi de suite.

Parfois il règne comme un nuage de libertinage, comme lorsque Madeleine afin de profiter du soleil pédale buste nu, mais cela ne va pas bien loin. Tout est pudiquement décrit, en retenue, contrairement au très érotique roman que Maurice Leblanc écrira plus tard sous le titre Le scandale du Gazon bleu et publié en 1935.

 

Vous pouvez également télécharger gratuitement, en toute légalité, ce roman sur le site de la Bibliothèque numérique romande :

Maurice LEBLANC : Voici des ailes. Editions Libretto. Parution 2 mai 2016. 128 pages. 7,70€. Première édition 1898.

ISBN : 978-2369142638

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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 04:50

Le poids des maux et le choc des mots, ou leur contraire.

Brigitte GUILHOT : 22/10 22 :10.

Ange ou démon ? Le démon, c’est Marcus, qui mâche ses mots mais ne les digère pas toujours. Il sort de prison, on ne sait pas pourquoi, d’ailleurs cela ne nous intéresse pas. Sachons toutefois que c’est une boule de nerfs qui ressemblerait à un soufflet. Il monte rapidement mais redescend aussi vite, sans parachute. L’ange se prénomme Lucie, fleur blanche fragile, filiforme presque, si menue qu’il pourrait la tenir dans sa pogne.

Mais comme les balourds, il fond devant Lucie. Un peu comme le Capitaine Crochet qui voudrait tenir dans sa main manquante la Fée Clochette.

Ils se sont connus dans un cinéma. Marcus l’avait remarquée à cause de sa bretelle en dentelle qui pendouillait sur son épaule dénudée. Et ils se sont revus et il en garde toujours le souvenir ému.

Puis il est parti comme colocataire terre-à-terre dans une espèce de résidence monastique où vivent des végétaliens. Ils aiment tellement la nature qu’ils la mangent crue. C’est Richard, que Marcus a baptisé l’Enorme (chut, il ne faut pas le répéter), qui l’a convoyé jusqu’à destination.

Les débuts n’ont pas été faciles. Forcément, lorsque l’on est un sanguin, un ours qui n’arrive pas à trouver son miel. Mais il trouve Loba, ou plutôt c’est elle qui l’aborde, comme si inconsciente elle s’approcherait d’un plantigrade avec pour seule arme de défense son sourire.

 

Si la cohabitation avec les autres est difficile, Marcus est en proie au même sentiment avec lui-même.

La cohabitation avec moi-même est impossible, voilà la vérité.

Car le narrateur est bien Marcus lui-même, et il n’est pas tendre envers son double. Pourtant il essaie de narrer cette histoire car il aime les mots. Il les choisit comme un gourmand fasciné devant un étalage. Toutefois il est lucide. Lucie de… ?

Peut-on raconter une histoire en n’en disant rien comme on peut raconter le vide d’un instant ?

Un texte minimaliste et intimiste comme sait si bien les écrire Brigitte Guilhot, maniant les mots et les sentiments avec aisance, leur insufflant vigueur et vivacité. Et derrière le personnage de Marcus, l’on devine la silhouette d’Hafed Benotman.

 

Vous pouvez commander cet ouvrage directement chez l’éditeur, cela lui fera plaisir :

Brigitte GUILHOT : 22/10 22 :10. Jacques Flament Alternative éditoriale. Parution novembre 2020. 70 pages. 5,90€.

ISBN : 9782363364623

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 04:29

A la recherche du tant perdu…

Gilles VIDAL : Loin du réconfort.

Franck, le narrateur a tant perdu dans sa vie.

Perdu du temps, des occasions, des illusions, une mère, un père, une arrière-grand-mère, des amantes…

Ivina, sa dernière en date, une belle blonde prometteuse d’avenir puisqu’elle porte leur fils, Ivina n’est plus. Il la découvre chez eux, attachée à une chaise, le ventre ouvert, et je vous laisse deviner la suite. Ivina, rappelle-toi…

Il se résout à appeler la police et malgré leurs dires, ils savent qu’il n’est pas coupable, il est appréhendé. Dans le bureau des pleurs ou des aveux il est confronté à un homme qui, sans être aimable mais pas persécuteur non plus, l’interroge et à la sortie lui remet un papier blanc sur lequel, il le compulsera plus tard, est inscrit un nom et une adresse.

Pour l’heure, Franck a d’autres occupations. Le voyage au cimetière, au jardin des souvenirs. Il rencontre le père d’Ivina, un Biélorusse du nom de Sergueï, arrivé en France dans des conditions mal définies.

Puis c’est le départ, un long voyage à bord de son véhicule assez vieillot, écoutant ses morceaux préférés qui vont de la musique classique aux groupes des années 1960, tout en prenant des notes dans un petit carnet. Car Franck est écrivain, mettant sa plume au service d’entreprises ou autres. Avec l’espoir de rédiger son roman.

Il se rend dans un petit village puis se dirige vers la mer, calmée mais pas lui, accumulant en cours de route des rencontres pas toujours heureuses.

 

Le lecteur à la lecture de ce texte empreint de poésie et de nostalgie, se croit sur un matelas pneumatique, dirigeant ses regards vers les nuages qui s’échelonnent dans le ciel à la queue-leu-leu, se déchirant parfois ou se rattrapant.

Comme autant de souvenirs, d’épisodes familiaux ou personnels vécus par le narrateur. Des digressions, certes, mais qui en apprennent plus sur celui qui se confie, que ne pourraient le faire des analyses oiseuses édictées par des professionnels de la psychologie.

Dans Géronima Hopkins attend le Père Noël, Gudule écrit :

Dans un texte à la première personne, l’auteur, lui aussi, s’implique différemment. Il ne raconte pas, il se raconte. Vraie ou fausse, l’histoire n’est plus une histoire, mais son histoire. Le livre devient aveu, confession. Véritable confession. Aveu authentique. Ainsi truque-t-on sa propre mémoire.

Et Gilles Vidal narre avec tant de conviction cette histoire, que le lecteur a du mal à distinguer quelle part prendre entre le fictif et le réel, entre le vécu et l’imaginé, et il se trouve balloté comme un yoyo, descendant jusqu’aux tréfonds des souvenirs et remontant jusqu’aux épisodes présents, frénétiquement ou nonchalamment.

 

Nous traversons nos existences en nous accrochant comme des sangsues à nos biens matériels, mais en réalité nous ne possédons rien, pas plus qu’un seau l’eau qu’il contient.

Il est une contrée qui s’appelle l’enfance.

Gilles VIDAL : Loin du réconfort. Editions Zinédi. Parution le 29 octobre 2020. 168 pages. 16,90€.

ISBN : 978-2848592152

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 03:24

Les fonctionnaires sont comme les livres d'une bibliothèque: ce sont les plus haut placés qui servent le moins.

Georges Clémenceau.

Léo GESTELYS : Nuit d’épouvante.

Tu peux aller te rhabiller déclare René Fortier à sa jeune modèle qui peut également quitter la pose. Fortier est un jeune sculpteur installé dans une petite impasse du 14e arrondissement parisien, une cité dédiée aux artistes.

Liette, diminutif de Juliette, est secrètement amoureuse du sculpteur qui lui ne pense qu’à Gemma Ricardo, danseuse étoile. Il envisage même de l’emmener en voyage, son oncle de province lui ayant envoyé la coquette somme de dix mille francs accompagnée d’une mercuriale. Il s’est empressé d’empocher l’argent, mais n’a pas lu la missive.

Puis il se rend dans un restaurant fréquenté par quelques amis et confrères, et vers minuit rentre chez lui, insouciant. A l’entrée de la ruelle, il aperçoit une forme ramassée sur un banc. Il l’interpelle, lui pose la main sur l’épaule. L’individu chavire. Il est mort, probablement de froid. Alors René Fortier se dirige immédiatement vers une borne d’urgence et contacte la police du quartier.

Son devoir accompli, il rentre chez lui, et est fort étonné que la lumière dans sa chambre soit allumée. C’est pour découvrir Liette allongée dans son lit et endormie. Pour l’éternité. Il se prend les pieds dans un vêtement et se rend compte qu’il s’agit du manteau de Liette. Le col d’hermine est taché de sang. Alors il demande à son ami Axel, un peintre norvégien qui vit dans un pavillon voisin, de prévenir la police.

Bientôt le commissaire spécial, les hommes de l’identité judiciaire, le procureur de la république, le juge d’instruction, sont sur place et pour tous, il est indéniable que Fortier est le coupable tout désigné. D’autant que le cadavre sur le banc n’est autre que l’oncle du sculpteur qui avait annoncé son arrivée dans la capitale. Leur conviction est faite. Sauf pour le jeune inspecteur Larsac qui sent que l’affaire n’est pas si simple, à cause d’un simple bout de papier traînant sous un rideau, papier que personne n’avait remarqué, sauf lui.

 

Il suffit de peu de chose pour accuser sans preuve, juste sur de simples présomptions et des déductions hâtives. Seul, ce simple représentant des forces de l’ordre émargeant dans le bas de l’échelle de la fonction publique et policière s’obstine, pensant à raison que Fortier, coupable désigné, est la victime d’une embrouille. Ce qui justifie la citation placée en exergue de ma chronique.

Une intrigue simple, comme il y en avait beaucoup dans ces petits fascicules de 32 pages, l’auteur ne pouvant extrapoler à l’infini. Et souvent, ces histoires ne se terminent pas dans la joie et la bonne humeur. Le protagoniste principal ressentant un goût amer pour s’être montré négligent et imprévoyant.

Léo GESTELYS : Nuit d’épouvante. Collection Mon Roman Policier N°17. Editions J. Ferenczi et Fils. Parution 1er trimestre 1946. 32 pages.

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 03:46

Sans rire, il est difficile d’être un bouffon du roi…

Michel ZEVACO : Triboulet.

A cinquante ans, François 1er est las de sa maîtresse Madeleine Ferron, dite la Belle Ferronnière. Il a jeté son dévolu sur une adolescente de dix-sept ans, Gilette. Il annonce à ses courtisans cette décision et Triboulet, le Fou du Roi, un bossu dont les réparties sont sarcastiques, et font souvent rire jaune ceux à qui il s’adresse, l’entend. Même le roi est importuné dans certaines circonstances et ne mâche pas ses mots. Mais rien n’y fait.

Triboulet oyant la déclaration de François 1er est bouleversé, car Gilette est sa fille. Ou du moins, il considère l’orpheline comme sa fille, l’ayant élevée. Et Gilette est persuadée que Triboulet est son géniteur.

Afin de parvenir à ses fins François 1er avertit Jean Ferron, le mari de la Belle Ferronnière de son infortune, et va jusqu’à lui donner la clé de la chambre dans laquelle elle reçoit son royal amant. Cela ne se fait pas, surtout de la part d’un personnage aussi important, et elle médite sa vengeance.

Gilette, lorsqu’elle apprend l’envie du roi, est chagrinée. Elle aime un malandrin du nom de Mandred, qui vit dans la cour des Miracles en compagnie d’un autre jeune homme de son âge, Lanthenay. Tous deux sont orphelins, comme bon nombre de personnages qui gravitent dans ce roman. Orphelins, ou enlevés à leurs parents dans leur plus jeune âge.

Gilette aime Mandred, depuis qu’elle l’a aperçu de sa fenêtre et Mandred aime Gilette depuis qu’en déambulant dans la rue il l’avait vue appuyée à sa fenêtre. Pourtant autant ils ne se sont jamais parlé.

De nuit il rencontre le roi, accompagné de quelques-uns de ses fidèles, importunant Gilette (cela commence à devenir rasoir penserez-vous) et le provoque. Il est arrêté et promis à la pendaison. Il en réchappera grâce à un subterfuge. Il aura à cœur de venger l’honneur de sa belle et aidé de Lanthenay et des membres de la cour des Miracles en s’introduisant dans le palais royal.

Le roi François qui ne deviendra 1er lorsque François II accèdera, pour quelques mois, au trône, apprend que Gilette dont il voulait faire sa maîtresse est sa fille. Pourtant il sera toujours le cul entre deux chaises, ressentant un vague amour paternel mais surtout une grosse envie de la coucher dans son lit.

 

Tout comme Alexandre Dumas, Michel Zévaco s’inspire de l’histoire de France, mettant en scène des personnages célèbres et des épisodes réels. Il les déforme un peu parfois, tout comme le fit son célèbre prédécesseur. Mais ses romans sont parfois plus hauts en couleurs, plus exubérants, plus démesurés, plus épiques, plus théâtraux dans la description des événements et des combats.

Zévaco narre des intrigues d’amour et de haine, dans lesquelles coups fourrés, trahisons, empoisonnements et transmissions de maladies, vengeance, amitiés, combats, foisonnent offrant des heures de lecture passionnantes.

Parmi les personnages réels, outre la Belle Ferronnière, on retrouve Etienne Dolet, écrivain, poète, imprimeur, humaniste et philologue, qui prend une part active dans le cours de l’intrigue, et surtout François 1er et Ignace de Loyola, fondateur et premier supérieur de la Compagnie de Jésus, les Jésuites.

Et il reste fidèle à ses idées anarchistes, pour lesquelles il fût arrêté à plusieurs reprises et purgeât plusieurs mois en prison pour ses déclarations : Les bourgeois nous tuent par la faim ; volons, tuons, dynamitons, tous les moyens sont bons pour nous débarrasser de cette pourriture.

Michel Zevaco n’est pas tendre envers le roi et le jésuite. François 1er est ainsi décrit :

François 1er était un type de reître policé. Sous le vernis brillant de son imagination, sous le faste de ses prétentions à la poésie et aux arts, ce qu’on trouvait en lui, c’était l’homme de la bataille. On en a fait un ténor, c’était un tueur.

 

Quant à Loyola, c’est un religieux prêt à tout pour imposer ses idées.

Savez-vous, leur dit-il, qu’il est permis de mentir dans l’intérêt et pour la gloire de Dieu ?...

Savez-vous qu’aucune action n’est condamnable, si elle tend au bien de l’Eglise et à la gloire de Dieu ? Je dis aucune action : même le vol, même le meurtre…

Il faut qu’on le sache ! Tout est permis, tout est juste, tout est bon qui conduit au triomphe de Jésus et de la Vierge. Si la fin proposée est bonne, tous les moyens sont bons.

 

Et lorsqu’il s’entretient avec Rabelais, il lui déclare, en présence de Manfred et de Calvin :

Ces philosophies, je leur déclare une guerre à mort. Ce sera avant peu l’extermination des hérésies, et de la science. La science est maudite. L’ignorance est sacrée. En Espagne, nous avons commencé à traquer les faiseurs de livres. En France, j’ai obtenu du roi chrétien François de Valois que les mêmes poursuites soient commencées. Malheur ! Trois fois malheur aux hérétiques et aux savants ! Il y a à Paris un homme de perdition : Etienne Dolet… Nous voulons tuer la science. Pour tuer la science, nous tuerons l’imprimerie. Pour tuer l’imprimerie, nous tuerons Dolet.

Un peu plus loin il ajoute :

Il faudra choisir entre la croix et le bûcher. Ou la croix dominera le monde, ou le monde deviendra un véritable bûcher !

 

Une étrange conception de la région qui n’est pas très catholique !

Ce roman possède une suite qui s’intitule La Cour des Miracles. A lire prochainement sur cet écran. En attendant, je vous laisse juge des bienfaits et des méfaits des Jésuites, et de l’influence sur ceux qui en ont reçu l’éducation. Comme un certain président actuel.

 

Vous pouvez lire ce roman en le téléchargeant gratuitement et légalement en pointant votre curseur sur le lien ci-dessous :

Michel ZEVACO : Triboulet. Texte établi d'après l'édition Arthème Fayard, Le Livre populaire 1948. Version numérique gratuite sur Bibliothèque électronique du Québec. 482 pages.

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 04:29

C’est un homme comme un autre…

Barbara CARTLAND : Le Diable amoureux

Quelle n’est pas la désillusion de la famille Stanton lors du décès du père Sir Beaugrave Stanton. Celui-ci a dilapidé toute sa fortune dans des voyages et dans des livres couteux et rares pour satisfaire sa passion sur l’Antiquité grecque.

Une passion qui s’était étalée jusque dans le choix des prénoms de ses quatre filles et de son unique fils. L’aînée, Cynthé, dix neuf ans, Larrissa, dix-huit ans, Athéna, dix-sept ans, Delos la petite dernière, quinze ans. Enfin le fils, Nicias, dont bien vite le prénom fut transformé en Nicky, afin d’éviter les moqueries de la part de ses condisciples. Ils vivent dans le château familial, Redmarley, sis dans la campagne anglaise, non loin de Gloucester, mais comme le portefeuille commence à se rétrécir en peau de chagrin, il va falloir opérer quelques coupes dans le train de vie.

Nicky est destiné à poursuivre ses études à Oxford afin de devenir diplomate, mais cela semble compromis. Ses sœurs n’acceptent pas qu’il sacrifie sa carrière à cause d’un manque pécuniaire. Aussi ses sœurs et leur mère envisagent diverses solutions pour pallier cette infortune. Larrissa écrit à sa marraine qui vit à Londres, laquelle connaît une vieille dame établie en France, la comtesse de la Roche, dont le frère, le comte de Barmont recherche une gouvernante pour son petit-fils Jean-Pierre.

Une situation en poche de gouvernante, ou plutôt de préceptrice, ne peut se refuser, aussi afin de paraître à son avantage en France, Larissa restaure quelques vieilles robes de ses sœurs ou de se mère, en leur ajoutant dentelles et les réaménageant. Puis c’est le départ, l’arrivée sur le continent. Dans le train qui l’emmène vers la capitale, Larissa fait la connaissance de Madame Madeleine qui s’extasie sur ses robes. Elle est une coutière renommée et apprécie le travail de rénovation. Elle parle également du comte Raoul de Barmont, le père veuf du jeune Jean-Pierre, mais ce n’est pas à l’avantage du trentenaire. Raoul est un fêtard bien connu dans les clubs de la capitale et des endroits de débauches comme les Folies-Bergères.

En gare un coche attend Larissa qui va enfin connaître les aîtres et les êtres. Le comte de Barmont père est un sexagénaire froid et distant qui ne voit que par son petit-fils, ne désirant pas entendre parler de son fils qu’il veut répudier. Madame de Savigny sa sœur qui vit au château accueille Larissa avec sympathie, ainsi que le personnel dont la nourrice de Jean-Pierre qui fut également celle du père, le comte Raoul.

Larissa doit enseigner surtout la langue anglaise à Jean-Pierre, un petit bonhomme de six ans qui ne pense qu’à jouer. C’est un gamin rêveur qu’un rien distraie, n’essayant pas de retenir les leçons de sa préceptrice. Au contraire, comme s’il en faisait exprès. Larissa s’aperçoit rapidement qu’il manque quelques neurones dans le cerveau de Jean-Pierre ce dont, à part son grand-père, tout le monde s’est aperçu. Et elle ne peut mettre en doute l’intelligence du gamin, au risque de se faire renvoyer au bout de quinze jours comme les gouvernantes précédentes.

Un jour, Jean-Pierre, toujours dans la lune, manque se faire écraser par un cheval qui galope dans une allée du château. Il s’agit du comte Raoul venu prendre des nouvelles de son fils, de la nouvelle préceptrice, et proposer une affaire à son père. Celui-ci refuse sans même étudier la proposition, engoncé qu’il est dans sa morgue et sa prévention envers le fils qui n’est pas prodigue. Mais le jeune comte Raoul tape dans les yeux et le cœur de Larissa et apparemment, c’est réciproque.

 

Sous cette ébauche d’histoire d’amour, qui se déroule en 1890, se niche un drame familial, un épisode imprévisible, dans sa conclusion, mais dont Barbara Cartland avait déjà posé les prémices par quelques péripéties sentant le roman policier. En effet, le comte Raoul manque être empoisonné, selon l’un des serviteurs toujours à l’affût des ragots, par une des bouteilles de Champagne ramenées du domaine. Car le comte, ne pouvant déshériter son fils, avait imaginé un meurtre afin que son petit-fils devienne l’héritier.

Mais Larissa, mise au courant, sauvera la vie de Raoul, en se précipitant à Paris, découvrant par la même occasion les lieux supposés de débauche du père de Jean-Pierre, à l’insu de son patron. Mais ce n’est pas fini.

 

Barbara Cartland se pique également de psychologie, mettant en parallèle les sociétés huppées britanniques et françaises, et leurs conceptions du mariage.

Les Français ont la réputation d’être très audacieux avec les femmes affirme Lady Stanton, qui ajoute : Un Anglais, s’il est homme d’honneur, ne courtisera une jeune fille que si ses intentions sont honnêtes, que s’il compte lui offrir le mariage.

On pourrait longtemps gloser sur ces deux affirmations tendancieuses. Mais laissons les philosophes s’écharper sur ces allégations, Ah bon, il n’existe pas de Français homme d’honneur, et que font les Anglais qui ne sont pas hommes d’honneur, comme il en existe partout ? Vaste sujet de dissertation, n’est-il point ?

Alors que le comte Raoul lui déclare qu’elle est infiniment ravissante, et qu’il suppose que de nombreux admirateurs le lui ont déjà dit, Larissa rétorque :

En Angleterre, monsieur, les hommes sont bien élevés.

Elle avait eu l’intention de le rabrouer, mais elle vit Raoul sourire. Ses yeux pétillaient.

Serait-il mal élevé de dire la vérité ? demanda-t-il. A vous voir, j’aurais cru que, plus que quiconque, vous apprécieriez la franchise.

Peut-on penser qu’il s’agit d’un cas de harcèlement ou d’un compliment mérité ?

Ce qu’un enfant ne connait pas ne lui manque pas.

Barbara CARTLAND : Le Diable amoureux (The devil in love – 1974. Traduction de Denyse Renaud). Collection Nous Deux N°358. Les Editions Mondiales. Parution juillet 1976. 222 pages.

ISBN : 2707413585

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 03:55

Alexandrie
Alexandra
Alexandrie où l'amour danse au fond des draps…

Francis CARCO : Palace Egypte.

Labellisé sobrement Roman, cet ouvrage est surtout un récit de voyage, une histoire d’amour et une autobiographie romancée.

Au moment où cette histoire débute, le narrateur, qui n’est autre que Francis Carco, est installé dans un vieil hôtel opulent et bourgeois du Caire. Son ami Poloche, guide dans le pays depuis dix-huit ans, l’informe qu’il a obtenu des prix au Sémiramis, un établissement plus sélect, et surtout la chambre qu’il a réservée est avec vue sur le Nil.

En investissant sa nouvelle chambre, l’auteur s’aperçoit que son balcon est mitoyen avec la chambre voisine. Une ravissante jeune femme blonde l’occupe et une autre femme qui se tient dans la rue l’appelle par le prénom de Naïla. Un bien joli prénom, Poloche précisant que Naïla veut dire Soupirante en arabe. N’écoutant que son courage, Francis s’avance et lorgne dans la pièce où évolue cette charmante personne. Elle ne s’offusque pas de cette curiosité déplacée, au contraire, cela l’amuse de même ainsi que la brune qui l’a rejointe.

Naïla partage son lit avec Freddy, mais, et cela Francis l’entend de sa chambre, les deux amants se disputent souvent, se réconciliant après, en personnes bien élevées. Francis est attiré par cette femme, et il fait la connaissance de Freddy, un individu qu’il n’apprécie pas plus que cela. Grâce à Naïla, le narrateur fera connaissance également de Yasmine, cette amie brune qui hélait de la rue sa copine. Deux inséparables et Francis se demande même si, des fois, afin de changer d’herbage, les deux amies ne batifoleraient pas du côté de Lesbos.

Yasmine est mariée et elle change souvent d’amant. Elle n’en est plus à compter ses aventures. Mais comme le déclare Freddy, On ne lui avait jamais connu deux amants à la fois. Francis est attiré par Naïla mais bientôt c’est Yasmine qui la supplante dans son cœur. Il est invité chez l’une ou chez l’autre, il visite la ville et surtout les quartiers chauds, en compagnie la plupart du temps de Naïla, puis il se rend à Louxor puis à Alexandrie, retrouvant Yasmine de plus en plus souvent.

 

L’auteur nous fait partager ses aventures amoureuses platoniques avec Naïla et Yasmine, ses élans, ses retenues, mais également jette un œil critique sur la société égyptienne et la condition féminine. Il évolue dans les milieux huppés, et reçoit les confidences de Naïla et Yasmine. Les femmes égyptiennes étouffent, et à Yasmine qui déclare à une plantureuse et jolie créature : Tu as de la chance, ton mari te laisse partir, celle-ci lui rétorque :

Eh bien rends-toi malade. Ce n’est pas sorcier. Veux-tu l’adresse de mon docteur ? il te donnera des gouttes ou une potion…

Naïla, qui les écoutait, me dit :

Entendez-les. Toutes ne pensent qu’à s’enfuir. Chaque année, vers la fin de l’hiver, elles s’arrangent avec des médecins qui prescrivent une cure à Vittel, Vichy ou Brides. C’est une comédie !

Mais pourquoi ce besoin de départ, Naïla ?

Pour être libres ! Vous ne savez pas ce que c’est… Ici aucune indépendance. Tout se sait immédiatement. A moins d’avoir le toupet de la princesse qui a loué, dans la maison de son coiffeur, une garçonnière…

 

Cet état de fait, depuis ne s’est pas amélioré, au contraire ! Mais restons dans le sujet, ce livre, qui traite également de la drogue. Ainsi Naïla, qui se promène en compagnie de Yasmine, déclare à Francis lors de la visite d’un quartier :

On passait autrefois de la drogue par ici.

Quelle drogue ?

Haschich, opium, héroïne, coco.

Et maintenant ?

Oh ! on en a toujours.

Naïla, objecta timidement Yasmine, qu’en sais-tu ?

Il suffit de lire les rapports de Russel Pacha. Ils sont édifiants. Ainsi les trafiquants plaçaient les tablettes de haschich sous les touffes de poils de chameaux, et ils fixaient ces touffes à l’aide d’un peu de glu, entre la bosse et le flanc de la bête.

Un peu plus loin, Naïla dévoile de quelle façon les mercantis débarquent leur drogue :

Ils recourent à diverses méthodes. Certains utilisent des suppositoires que se mettent des gamins, à bord, avant de descendre. D’autres fraudeurs se servaient des jarretelles que portaient des jeunes filles complices.

 

Un livre intéressant à plus d’un titre, loin de l’univers argotique et montmartrois de Jésus la Caille, le premier roman de Francis Carco publié en 1914, mais dans lequel on retrouve certains thèmes, comme la prostitution. Et l’on ne peut s’empêcher de penser à Henry de Monfreid et à Joseph Kessel dans certains passages du livre.

Francis CARCO : Palace Egypte. Editions Albin Michel. Parution juillet 1933. 252 pages.

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 04:38

D’où l’expression Belle comme un camion ?

Andrew VACHSS : Blue Belle

Détective privé un peu spécial, marginal, souvent exerçant à la limite de la régularité, de la légalité, Burke comprend, pardonne, accepte même l’emploi de certains coups fourrés, de certaines arnaques.

Mais s’il y a une chose qu’il condamne avec force et combat par tous les moyens, c’est l’exploitation, le mal, et toutes les formes d’exactions perpétrées à l’encontre des enfants.

Burke vit avec Pansy, un dogue napolitain qui lampe sa canette de bière plus facilement qu’un nourrisson avale son biberon. Il possède quelques amis sur lesquels il sait pouvoir compter en n’importe quelle occasion. Max, La Taupe, Le Prophète, La Mama, Michèle et Terry forment sa famille. Une famille hétéroclite mais soudée.

Pourtant Burke porte sa croix. Une croix qui a pour nom Flood, mais c’est une vieille et une autre histoire. Belle pourra-t-elle et saura-t-elle lui faire oublier Flood et cicatriser ses souvenirs qui le poursuivent ?

Burke fait la connaissance de Belle lorsque Marquès, un proxénète sorti du rang, lui propose une affaire délicate : un camion fantôme s’en prend aux belles de nuit qui travaillent sur les quais, et pour lui comme pour ses collègues, c’est un sérieux manque à gagner.

Au cours de son enquête Burke va découvrir des ramifications qui mettent en danger la vie de certains membres de sa famille.

 

Roman noir, Blue Belle est surtout un fascinant roman d’amour entre Burke et Belle. Mais attention, on est loin des romans dits à l’eau de rose de Barbara Cartland, quoi que.

Après Flood, après La Sorcière de Brooklin, parus dans la même collection, Andrew Vachss nous propose un roman dur, fort et poignant.

Mais il est vraiment dommage que les auteurs, ou les traducteurs, se croient obligés de souligner certaines scènes par une verdeur, une crudité dans les dialogues hors de propos, apportant ainsi de l’eau au moulin de ceux qui dénigrent la littérature policière et populaire en tant que véritable littérature. Presque comme une provocation hors de mise.

Andrew VACHSS : Blue Belle (Blue Belle – 1988. Traduction Marie-Hélène Dumas). Collection Spécial Policier. Editions Albin Michel. Parution mai 1990. 374 pages.

ISBN : 9782226041180

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 04:11

Faut en profiter !

Peter VANETT : Trois jours à vivre.

Méthodique, maniaque, célibataire, Simon Auclair effectue tous les jours, à la même heure, les mêmes gestes avant de se rendre à son travail. Seulement, ce vendredi matin, il entend aux informations une nouvelle qui le ramène cinq ans en arrière et va le perturber pour le début de la journée.

Aldo Frascati avait été inculpé cinq ans auparavant pour meurtre et il avait écopé de la perpétuité. Or c’est Simon Auclair qui l’avait identifié et avait témoigné à charge. Les dénégations de Frascati n’avaient rien changé à la donne, il avait été condamné. Mais Frascati vient de s’évader de la prison où il était enfermé et Simon commence à se poser des questions quant à son avenir.

Au bureau, son chef de service et ses collègues sont évidemment informés de cette évasion, eux qui l’avaient chaudement félicité cinq ans auparavant. Simon était même devenu un petit héros au sein de l’entreprise. Soudain le téléphone sonne, c’est Frascati qui se rappelle à son bon souvenir, lui signifiant qu’il n’a plus que trois jours à vivre.

Simon Auclair décide de se rendre au commissariat et demander une protection. Le commissaire ne croit pas trop en la vengeance du truand, mais il va mettre quand même des hommes en faction, chargés de surveiller les alentours et les déplacements de Simon Auclair, lequel n’est pas au courant des précautions prises.

Et Simon Auclair se trouve le lendemain en présence de Frascati dans la rue mais une voiture arrive sur les entrefaites. Simon s’enfuit pensant à des complices de Frascati et le truand parvient à s’échapper. Dès lors, Simon Auclair va vivre des heures sombres, angoissantes, au cours desquelles il se sent traqué, à juste titre.

Parallèlement, le lecteur suit Frascati dans sa nouvelle vie d’évadé. Il s’est réfugié dans une mansarde, dans l’immeuble où vit Mario, son ancien complice, un truand sur le retour. Il est approvisionné par Mimi, seize ans, qui a bien changé depuis qu’il l’avait vue pour la dernière fois. Et Mimi, jeune plante pas encore tout à fait en fleur, tombe amoureuse de Frascati, et veut absolument l’aider dans sa fuite. Les sentiments de Frascati prennent le même chemin, malgré le jeune âge de Mimi.

 

Si la première partie du roman est consacrée à Simon Auclair et à ses affres qui enflent au fur et à mesure que les heures passent, peu à peu l’intérêt du roman se déplace sur Frascati qui devient le personnage principal avec Mario et la jeune Mimi.

Roman psychologique à suspense, dont l’épilogue est franchement noir et pessimiste, Trois jours à vivre est le seul roman de Viviane Syrmen, plus connue des amateurs de littérature populaire sous les noms de Viviane Pernet et Liane Méry, à avoir été publié au Fleuve Noir. Et ce roman, de par certaines scènes et descriptions, sa structure et les différentes phases (et phrases) d’écriture semble bien être une collaboration entre Viviane Syrmen avec son mari de l’époque, Pierre Cambon.

Mais il infirme également les suppositions que ce roman a été réédité dans la collection Femme Viva sous le titre Véronique et signé Isabelle Verdet. Il s’agit juste d’une légère homonymie entre Syrmen/Vernet et Verdet.

 

Les flics ne sont pas des gens bien malins, tout le monde le sait, mais tout de même, tu pourrais finir par te faire posséder…

Peter VANETT : Trois jours à vivre. Collection Spécial Police N°86. Editions Fleuve Noir. Parution 4ème trimestre 1955. 224 pages.

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12 août 2020 3 12 /08 /août /2020 04:29

Perry c’est Périsset !

Michel PERRY : Les feux du printemps

Lors des vacances d’été, Gilberte et Guy, le frère et la sœur, ont l’habitude de se rendre chez leur tante à la villa Mi-Ra-Sol, à Hyères. Ils sont rejoints par leurs cousins Aliette et Serge. Ils ont à peu près dix-huit ans ou vingt ans, le bel âge. Tante Adé est une jeune fille prolongée de soixante ans mais très jeune d’esprit.

Aliette est heureuse. Elle vient de recevoir au courrier une lettre émanant de son romancier fétiche François Davrey, lui proposant une rencontre à l’hôtel Stuhart. Elle lui avait écrit en espérant une réponse mais pas forcément une rencontre. Lorsqu’elle se présente elle se trouve en présence d’un jeune homme, mais bientôt celui-ci précise qu’il n’est que le frère, Thierry. Car François Davrey, ce n’est qu’un pseudonyme derrière lequel se cache une jeune femme, Françoise Davrey. Aussitôt Aliette et Françoise sympathisent et la romancière est même invitée à la villa par mademoiselle Saint-Roman alias Tante Adé.

Françoise aime marcher en réfléchissant, et inversement, mais elle est dérangée par un ballon qui se met en travers de son chemin. Jacky, un gamin de cinq ans, est malheureux et Françoise, lui renvoyant le ballon par-dessus le muret de la propriété où il vit, lui pose quelques questions. Ce n’est pas qu’elle se montre indiscrète, mais ce gamin qui est confiné dans la villa en compagnie de Nanou, s’ennuie. Il n’a pas de maman et son père n’est pas souvent présent à ses côtés.

Tante Adé retrouve par hasard à Toulon Jean-Louis, un jeune sculpteur qui entame une carrière prometteuse. Il vit à Arles, ayant quitté son Nord natal et l’entreprise familiale, préférant s’adonner à son art, laissant son frère prendre la succession. Jean-Louis promet de rendre visite à la villa où il est reçu avec joie par les neveux qui le connaissent déjà.

Françoise s’inquiète de Jacky et elle fait des pieds et des mains pour obtenir de Nanou qu’il se rende sur la plage quelques heures, à l’abri des vacanciers. Et c’est ainsi qu’elle aperçoit un jour Jean-Louis et Jacky ensemble. Le sculpteur n’est pas content mais Nanou plaide la cause du gamin. Première surprise enregistrée par Françoise qui bientôt va en encaisser une autre.

Caren Gravet, une actrice de cinéma qui vit de l’autre côté de l’Atlantique, s’installe en toute discrétion au même hôtel que Françoise et son frère Thierry. Elle ne tient pas à signaler sa présence pour des raisons qui lui sont particulières et pas uniquement pour éviter les photographes toujours avides de clichés sensationnels.

 

L'été sera chaud, l'été sera chaud, Dans les tee-shirts dans les maillots…

Chantait Eric Charden. Et oui, l’été sera chaud et pas que dans les maillots. Dans les cœurs aussi, car des histoires d’amour se profilent à l’horizon. L’été est une saison propice à forger des liaisons et couver de tendres sentiments.

Mais l’été, c’est aussi synonyme d’orages. Car les amourettes engendrent quelques crises de jalousie, et les tensions sont plus ou moins nombreuses. Et au cœur de cette histoire, Jacky le gamin qui est isolé, d’un coup se trouve tiraillé entre son père et une mère prétendument morte qui réapparait.

Ce roman, dont la première publication date de 1962, a été quelque peu remanié pour les besoins de la réédition. Ainsi Aliette apprécie les disques de Pink Floyd. Mais comme souvent la première édition n’est pas indiquée. Encore heureux le nom de l’auteur et le titre de l’ouvrage ont été respectés. Mais dans le remaniement se glissent quelques invraisemblances.

Le cinéma, thème cher à Michel Perry alias Maurice Périsset, est abordé par la présence d’une actrice, mais l’auteur est plus prolixe sur la littérature, et principalement la littérature populaire, défendant ce que l’on appelle les romans à l’eau de rose.

Alors, vous aimez les romans de Françoise Davrey ? demanda-t-il.

Ses romans ont une fraîcheur telle qu’ils m’ont souvent donné l’impression d’y retrouver un peu de mon enfance. Et puis, ils sont si différents des contes bleus que l’on a coutume de lire !

Ça c’est vrai. Ils m’ont réconcilié avec un genre de littérature dont, à tort, je médisais.

Le rire d’Aliette sonna clair dans la pièce.

Ces romans sont-ils d’ailleurs vraiment des contes bleus ? Il me semble que François Davrey a créé un genre nouveau : le roman blanc si je puis dire.

 

Un peu plus loin, l’auteur enfonce le clou dans cette discussion entre le sculpteur, Aliette et Gilberte.

Bien entendu, attaqua Aliette, vous pensez que la littérature bleue est à ce point inférieure à la littérature tout court que vous ne devez jeter qu’un coup d’œil condescendant ? Eh bien, en ce qui concerne François Davrey, laissez-moi vous dire que vous vous êtes privé d’une joie rare.

Ma petite Aliette, je ne demande qu’à réparer ! Mais vous, Gilberte, reprit Jean-Louis, en se tournant vers a jeune fille qui, muette, suivait le débat d’une oreille attentive, quelle est votre opinion ?

Elle répondit très vite et d’un ton un peu sec :

J’estime qu’on ne doit pas classer les livres en bleu, blanc ou autre couleur. Il y a de bons et de mauvais livres, c’est tout. Ceux de Françoise sont à classer parmi les bons.

 

Certains devraient réviser leurs jugements et ne pas déclarer avec pédantisme, je ne lis jamais de romans policiers, ou de thrillers, ou encore de romans sentimentaux. Bien souvent ces genres se mêlent, se mélangent, s’interfèrent. Et l’on ne peut déclarer qu’on n’aime pas, que lorsque l’on a goûté. Mais c’est tout une éducation à refaire.

Première édition : Collection Mirabelle Sélection. Editions des Remparts. 1962.

Première édition : Collection Mirabelle Sélection. Editions des Remparts. 1962.

Michel PERRY : Les feux du printemps. Collection Ambre N°2. Editions du Guépard. Parution juin 1980. 160 pages.

ISBN : 2865270025

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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